La restauration écologique des cours d’eau en Bretagne (France) et dans les Asturies (Espagne) : comparaisons pour optimiser les

pratiques

http://www.parquederedes.com/public/agua10.JPG

Maud Oberlin Etudiante en année interstitielle à Agrocampus Ouest, Rennes, France (maud.oberlin@agrocampus-ouest.fr) Maître de stage : Ivan Bernez Ingénieur de recherche à l’INRA de Rennes, UMR Ecologie et Santé des Ecosystèmes, France (ivan.bernez@agrocampus-ouest.fr)

Septembre 2011 – février 2012

Remerciements

Avant toute chose je tiens à remercier Agrocampus Ouest pour m’avoir permis de réaliser cette année interstitielle, qui dès à présent tient déjà toutes ses promesses en me permettant d’éclaircir mon projet professionnel. Par la suite mes remerciements s’adressent à mon maître de stage, Ivan Bernez, pour m’avoir proposé un sujet de stage plus qu’intéressant et formateur, ainsi qu’à Eva Garcia Vázquez pour m’avoir fait une place au sein de son équipe de recherche dans l’université d’Oviedo et pour m’avoir conseillée dans l’étude d’une région qui m’était jusqu’alors inconnue. Je suis également très reconnaissante à tous ceux qui sont le sujet même de ce rapport : les associations de pêcheurs, les associations écologistes, les professeurs de l’université d’Oviedo, les ingénieurs de Tragsa et de Inmasa, les biologistes de la Confédération Hydrographique Cantabrique et de la Consejería de Medio Ambiente des Asturies pour leur disponibilité et leur patience face à toutes mes questions. C’est grâce à leur côtoiement que j’ai pu réellement comprendre les problématiques propres aux Asturies. Il me reste à remercier tous ceux qui m’ont accompagné lors de ce stage : l’équipe de l’UMR ESE pour le premier mois passé à Rennes ; en Espagne, mes fidèles compagnons de despachín pour leur bonne humeur chronique : Chechu, Claudia, Iván, Laura, Marta et Victor mais aussi Chas, Leticia, Marga, Tamara et Yas, qui savent toujours égayer un déjeuner ou une pause-café comme il se doit… Bien sûr je remercie infiniment ma famille et mes amis en France pour m’avoir, comme toujours, accompagné de leur soutien lors des périodes de grand doute. Enfin, ce stage n’aurait pu être réalisé dans les meilleures conditions sans l’aide financière du projet AARC et la bourse attribuée par la Fondation Pierre et Jeanne Spiegel de Mulhouse.

3

Sommaire
Introduction................................................................................................................................ 7 I. Objet d’étude .......................................................................................................................... 9 1. La restauration écologique des rivières : définitions ..................................................... 9 2. Limites actuelles ........................................................................................................... 11 3. Supports européens pour la restauration écologique des rivières.............................. 13 a. La Directive Cadre sur l’Eau................................................................................... 13 b. Directive « Habitats » .............................................................................................. 14 4. Problématique et objectifs........................................................................................... 15 II. Matériel et méthodes........................................................................................................... 17 1. Recherche bibliographique .......................................................................................... 17 2. Entretiens ..................................................................................................................... 17 3. Comparaison de guides ................................................................................................ 19 III. Résultats et éléments de discussion ................................................................................... 21 1. Analyse des entretiens ................................................................................................. 21 a. Implication des personnes/structures rencontrées dans la restauration ................. 21 b. Analyse des résultats ................................................................................................ 25 c. Conclusions .............................................................................................................. 27 2. Organisation de la gestion de l’eau.............................................................................. 28 d. Cadre réglementaire ................................................................................................ 28 e. Cadre institutionnel.................................................................................................. 31 f. Supports à la restauration des rivières .................................................................... 32 3. Les cours d’eau en Bretagne et dans les Asturies : état des lieux ............................... 35 a. Présentation des cours d’eau dans les deux régions................................................ 35 b. Altérations constatées .............................................................................................. 35 c. Espaces protégés existants ....................................................................................... 51 4. La restauration des rivières en France et en Espagne, suivant les exemples de la Bretagne et des Asturies ...................................................................................................... 53 a. Avancée des opérations de restauration et principaux acteurs ............................... 53 b. La mise en pratique de la restauration écologique.................................................. 61 c. Comparaison de guides............................................................................................ 64 Bibliographie ............................................................................................................................ 71

5

6

Introduction
L’écologie de la restauration est une science relativement jeune, qui a réellement commencé à prendre son essor au cours des années 1970 dans un contexte de prise de conscience des dégradations occasionnées par l’homme aux écosystèmes. Les hydrosystèmes se trouvent à l’interface entre les milieux terrestre et aquatique, ce qui les rend particulièrement vulnérables. En effet ce rôle d’interface leur confèrent une haute valeur biologique, mais les expose aussi à de nombreuses convoitises, que ce soit pour l’énergie que les rivières fournissent, la ressource en eau, essentielle pour la pratique de l’agriculture et les besoins des populations, ou encore les loisirs et l’aspect esthétique et culturel qui leur sont liés. Il s’est bien vite révélé que des approches relevant uniquement de l’ingénierie traditionnelle ne pourraient venir à bout des dégradations profondes affectant les rivières, car bien souvent elles n’interviennent pas au niveau des causes mais plutôt des conséquences des problèmes. En outre la restauration des cours d’eau ne peut se passer d’une approche réfléchie d’une manière globale et durable, qui intègre les contraintes socio-économiques existantes. La restauration écologique des cours d’eau apparaît alors comme une solution prometteuse pour retrouver les fonctionnements des hydrosystèmes tout en tenant compte des services écologiques qu’ils assurent pour les populations humaines. Le programme européen Interreg IVb, plus connu sous le nom de projet AARC (Atlantic Aquatic Resource Conservation), poursuit comme objectif la protection des espaces naturels, des ressources en eau et des zones côtières. Les poissons migrateurs présentent l’intérêt de relier ces différents aspects, de plus ils ont un poids culturel et économique important : ces espèces ont ainsi été placées à juste titre au centre du projet AARC, ainsi que la restauration d’un de leurs habitats que sont les cours d’eau. Ce stage s’inscrit au sein du projet AARC, qui implique les différents pays européens bordant l’océan Atlantique. Une étude des pratiques de la restauration des cours d’eau en France et en Espagne à partir des exemples de la Bretagne et des Asturies s’avérait en effet intéressante dans un contexte de développement du partage d’expérience entre les pays, pour mettre à profit les succès et échecs liés aux projets de restauration des cours d’eau. Nous nous pencherons dans ce rapport sur les différents aspects de la restauration des cours d’eau en Bretagne et dans les Asturies, en prenant soin d’exposer le contexte de la restauration dans chacune des régions puis d’identifier et comparer les initiatives existantes. Cela permettra de mettre en avant les faiblesses et les points forts de la restauration écologique des rivières observés dans ces deux régions.

7

8

I. Objet d’étude
Dans un premier temps, nous allons présenter les fondements de la restauration écologique des rivières afin d’identifier précisément en quoi elle se distingue des autres types de restauration menées jusqu’à présent. Nous prendrons soin de bien définir les termes associés à la restauration, et nous mettrons l’accent sur les nombreux défauts émaillant encore cette jeune discipline, dont le besoin pressant implique que la restauration soit mise en application avant même que les théories scientifiques ne soient vérifiées. Enfin, nous présenterons dans quelle cadre européen s’inscrit la restauration des cours d’eau en France et en Espagne, en mettant en avant les directives pouvant apporter un soutien au développement de la restauration des rivières.

1. La restauration écologique des rivières : définitions
D’après la Society for Ecological Restoration International Science (SERI), la restauration écologique est le processus qui assiste l’autoréparation d’un écosystème qui a été dégradé, endommagé ou détruit (SERI, 2004). L’écologie de la restauration est quant à elle la science sur laquelle se fonde cette pratique de restauration des écosystèmes. La restauration écologique s’appliquant aux hydrosystèmes repose sur les trois principes suivants (Scheimer et al., 1999) : son approche doit être fondée sur des concepts théoriques de l’écologie des rivières : en effet ils permettent la compréhension des liens entre la géomorphologie, l’hydrologie et le fonctionnement de l’écosystème (River Continuum Concept, Flood Pulse concept, Fluvial Hydrosystem Concept), la restauration doit se réaliser dans une perspective holistique : elle se concentre sur les processus de l’écosystème et non uniquement sur les espèces qu’il contient. Il ne s’agit pas de restaurer l’habitat d’une espèce en particulier mais de rétablir l’intégrité fonctionnelle de l’écosystème : si celle-ci est restaurée avec succès, une augmentation de la biodiversité est attendue, il faut s’intéresser en priorité aux fonctions hydrologiques et géomorphologiques du cours d’eau afin de laisser la rivière se rétablir par elle-même.

-

-

Cependant la dimension écologique n’est qu’une des facettes de l’écologie de la restauration. En effet elle cherche aussi à améliorer la qualité de vie des communautés humaines (Perrow et Davy, 2002) en rétablissant les flux de biens et de services naturels que les écosystèmes fournissent à la société, et à conserver l’héritage culturel et l’aspect esthétique qui leur sont associés (Clewell et Aronson, 2010). Par ailleurs, l’écologie de la restauration intègre la viabilité économique afin d’éviter un investissement démesuré dans des projets qui apportent peu de bénéfices écologiques et sociaux. Cette science intègre ainsi les trois piliers du développement durable, qui se réfèrent aux aspects écologiques, sociaux et économiques. Cairns définit en 1991 la restauration écologique comme étant « un retour structurel et fonctionnel complet à un état avant perturbation ». Cependant en pratique la restauration écologique dans son sens premier est rarement réalisable : en Europe notamment il est souvent impossible d’inverser les processus écologiques car il est nécessaire de prendre en compte lors de l’établissement des conditions de référence les nouvelles contraintes écologiques et socioéconomiques existantes (Perrow et Davy, 2002).

9

Ces contraintes sont liées aux activités humaines qui menacent de transformation les écosystèmes par leurs impacts sur l’environnement : on peut citer le réchauffement climatique, les pluies acides, la fragmentation des paysages, les espèces invasives. La présence humaine n’est cependant pas toujours à l’origine de conséquences négatives. En effet de nombreux écosystèmes ont évolué avec des pratiques culturelles traditionnelles (incendie volontaire, cueillette, chasse, agriculture), qui font alors partie de leurs processus normaux (Clewell et Aronson, 2010). Cependant de nombreuses cultures traditionnelles ont disparu et ont cédé la place à la civilisation moderne, déséquilibrant les écosystèmes par les impacts précédemment évoqués. Ainsi en réalité il est rarement possible pour un écosystème de retrouver un stade antérieur à toute dégradation humaine, en raison des nouvelles contraintes s’exerçant sur son fonctionnement. Cependant si l’on conçoit la restauration écologique comme le retour d’un écosystème à sa trajectoire historique (SERI, 2004), on peut restaurer l’écosystème comme on pense qu’il aurait évolué par lui-même avec les conditions environnementales actuelles et en ne supposant aucune dégradation (Clewell et Aronson, 2010). Concrètement, cela consiste à initier ou faciliter la reprise des processus. Pour cela il est nécessaire (SERI, 2004) : de connaître la structure préexistante à l’écosystème endommagé, sa composition et son fonctionnement (écosystème de référence), d’étudier des écosystèmes intacts comparables, de rechercher des informations sur les conditions environnementales régionales et sur les références historiques et culturelles.

Par la suite l’écosystème restauré doit pouvoir s’auto-organiser, se pérenniser et se maintenir comme un écosystème similaire non perturbé situé dans un même contexte (Clewell et Aronson, 2010). Cependant les écosystèmes restaurés nécessitent souvent une gestion continue pour compenser les impacts des activités humaines (SERI, 2004). La restauration écologique est souvent confondue avec d’autres pratiques, qui peuvent par certains aspects s’y apparenter mais n’en poursuivent pourtant pas les mêmes objectifs. Néanmoins ces pratiques peuvent à certaines occasions s’inscrire dans un projet de restauration écologique, et suivant les contraintes en jeu elles peuvent même dans certains cas constituer une solution plus réaliste. Pour s’en rendre compte, voici les définitions des pratiques les plus courantes (ces définitions ne sont pas toujours univoques dans les ouvrages. Les définitions suivantes sont les plus couramment employées) : l’entretien : il s’agit de travaux visant à maintenir un écosystème dans un état donné lorsque cet état correspond à l’état souhaité. Les interventions sont légères, sélectives et régulières (Ledard, Gross et al., 2001). L’entretien se distingue de la restauration par le fait qu’il n’est pas une solution temporaire mais une action toujours répétée. la réhabilitation : elle met l’accent sur la réparation des processus de l’écosystème, de la productivité et des services, alors que la restauration intègre aussi le rétablissement de la composition spécifique et de la structure des communautés. De plus, la réhabilitation ne se réfère pas à un état de référence (Clewell et Aronson, 2010). Cependant on peut considérer que la restauration écologique englobe la majorité des travaux de réhabilitation (SERI, 2004). la récupération : son application est plus large que dans le cadre de la réhabilitation. Les principaux objectifs consistent à stabiliser le terrain, à assurer la sécurité publique, à améliorer l’aspect esthétique et généralement à retrouver un paysage « utile » dans le contexte régional. Une de ses composantes, la revégétalisation, ne rétablit que peu d’espèces. Cependant la plupart des projets de récupération sont fondés sur des bases écologiques et peuvent être qualifiés de réhabilitation, parfois même de restauration écologique (SERI, 2004).

-

-

10

-

l’atténuation : elle tend à atténuer les dommages subis par l’environnement. Quelques projets (mais peu) peuvent être qualifiés de restauration écologique (SERI, 2004). le réaménagement : il s’agit de convertir des terres considérées comme inutiles pour la production (en général agricole ou sylvicole), avec pour objectif principal le rétablissement de la productivité (Clewell et Aronson, 2010). la bioingénierie : elle implique l’utilisation de matériaux naturels, d’organismes vivants et de l’environnement physico-chimique pour résoudre des problèmes techniques. Contrairement à la restauration écologique, elle n’intègre pas la dimension de l’imprévu et l’éventuelle nécessité d’ajustements dans ses projets. Cependant lorsque ces problèmes d’imprévisibilité n’interviennent pas, de nombreux projets d’ingénierie écologique peuvent être qualifiés de restauration écologique (SERI, 2004).

-

2. Limites actuelles
Un intérêt de plus en plus grand est porté à la restauration écologique des rivières dans le monde entier. Les pays les plus actifs dans la réalisation de projets de restauration et la production de littérature scientifique sont les pays d’Amérique du nord (Etats-Unis et Canada) ainsi que les pays d’Europe du nord (Grande-Bretagne, Irlande, Finlande, Norvège, Danemark, Suède) et de l’est (Allemagne, Autriche). Depuis peu la restauration écologique des rivières a aussi pris son essor en Australie, en Nouvelle–Zélande ou encore au Japon. (Vigier et Caudron, 2008) Cet intérêt croissant s’est traduit par l’explosion du nombre de projets de restauration depuis les années 1990. A l’heure actuelle, la science de la restauration se trouve confrontée à un certain nombre d’obstacles. En effet, plusieurs dérives et lacunes dans la pratique de la restauration ont été constatées : - Les termes associés à la restauration ne sont souvent pas bien définis. Or ces définitions sont particulièrement importantes dans l’écologie de la restauration puisque cette science se situe à la croisée de plusieurs disciplines qui n’utilisent pas le même vocabulaire, ce qui peut être source de confusions (Vigier et Caudron, 2008). - La restauration traditionnelle a eu tendance à se focaliser sur le rétablissement ou la conservation de quelques espèces en particulier. La restauration a longtemps consisté à recréer la morphologie des cours d’eau suivant ce qui était susceptible de présenter un bon habitat pour ces espèces. Ces approches ne prêtaient bien souvent pas suffisamment attention aux processus géomorphologiques sous-jacents, ce qui a conduit à la création d’hydrosystèmes ne pouvant pas s’auto-maintenir et nécessitant une gestion permanente. Bien que cette conception de la restauration ait évolué ces dernières décennies, de nombreux projets suivent encore cette approche en ne considérant que quelques espèces piscicoles d’intérêt par exemple. (Clarke, Bruce-Burgess et al., 2003) - La perspective socio-économique manque souvent dans les projets de restauration. Or les hydrosystèmes ne peuvent pas être considérés comme des systèmes isolés des populations environnantes, il est nécessaire qu’elles soient impliquées dans la réalisation des projets (Matthews, Reeze et al., 2010). De plus la viabilité économique des projets impose la prise en compte des contraintes économiques dès le début de l’élaboration des actions de restauration. - Une grande quantité de connaissances fondamentales en écologie ont été produites depuis les débuts de l’écologie de la restauration, cependant elles restent largement sous-exploitées par les gestionnaires et les praticiens de la restauration. Par ailleurs la majorité des travaux de la recherche n’apporte pas de solutions facilement applicables et qui soient en adéquation avec les besoins de la mise en pratique de la restauration. (Palmer, 2009)

11

- La plupart des projets de restauration ne font pas l’objet d’évaluation, et lorsqu’elle est réalisée elle n’est souvent pas assez rigoureuse ou conduite sur une trop courte période, ses résultats ne peuvent alors pas être correctement exploités. Or l’évaluation des projets est primordiale, ce n’est qu’ainsi que l’on peut déterminer si les objectifs d’une action de restauration ont été atteints et à quoi les échecs sont dus, et ainsi tirer parti de cette expérience. De plus il est nécessaire de prouver l’efficacité de ces travaux ne serait-ce que pour justifier auprès des financeurs et du public les coûts engagés dans la restauration (Vigier et Caudron, 2008). Enfin, l’absence d’évaluation entraîne de nombreuses conséquences négatives. Ainsi certaines méthodes pour lesquelles il n’existe pas de réelles preuves de leur efficacité ont été banalisées : de cette manière s’est répandue l’installation de structures dans le lit des cours d’eau, ce qui pourtant est une approche interventionniste aux résultats controversés. Une autre conséquence est qu’il n’y a pas suffisamment de recueil d’informations pour alimenter les banques de données et permettre d’aiguiller la recherche (Palmer, 2009) - La communication des avancées scientifiques et des résultats des projets de restauration n’est la plupart du temps pas satisfaisante. Ceci est dû d’une part aux difficultés qu’éprouvent les chercheurs à traduire leurs résultats en préconisations que peuvent suivre les praticiens de la restauration, ce qui abouti à des projets déconnectés des concepts écologiques fondamentaux (Palmer, 2009). Mais la faute revient aussi à ceux qui mettent la restauration en pratique, puisque peu d’entre eux font la démarche de partager leurs résultats (Vigier et Caudron, 2008). - La majorité des actions de restauration sont trop isolées et limitées en extension. Or il est indispensable d’agir à l’échelle du bassin versant, entre autre car c’est la connectivité des habitats qui détermine la dispersion de la faune et de la flore. Cependant bien souvent le manque de coordination entre les acteurs de la gestion de l’eau, qui ne partagent pas suffisamment leurs informations, et les difficultés administratives déterminent la portée et la localisation des projets. (Palmer, 2009) Ces différents points constituent les principaux enjeux auxquels l’écologie de la restauration va devoir trouver une réponse dans les années à venir, afin de parvenir à une restauration des rivières la plus efficace et durable possible. Il est par ailleurs primordial de développer les réseaux existants de l’écologie de la restauration, afin que les différents acteurs puissent échanger leurs expériences et ainsi surmonter plus facilement les obstacles précédemment cités. A ce jour il existe déjà un certain nombre d’organisations jouant ce rôle de relai entre la science et les praticiens de la restauration à travers l’organisation de conférences, la publication de revues spécialisées, etc. On peut notamment citer : - La SERI, qui est la plus importante organisation se dédiant à l’écologie de la restauration : elle a été créée dès 1988 et est implantée dans plus de 70 pays, ce qui fait d’elle le réseau international le plus développé à l’heure actuelle dans le domaine. - REVER, le Réseau d’Échanges et de Valorisation en Écologie de la Restauration. C’est un réseau francophone existant depuis 2008 qui s’inspire du fonctionnement de la SERI. Tout comme elle, il cherche à fédérer les gestionnaires, praticiens, étudiants et scientifiques travaillant dans le domaine de la restauration écologique. - Gaié, le Groupe d’Application de l’Ingénierie des Ecosystèmes. Ce groupe intervient au niveau de l’Ile-de-France. Il a été créé en 2006 et se compose de scientifiques et ingénieurs issus de disciplines scientifiques très variées contribuant à l’écologie de la restauration. L’objectif est la résolution des problèmes environnementaux grâce à l’emploi de l’ingénierie écologique. - Le CIREF, Centro Iberico de Restauración Fluvial. Cet organisme intervient au niveau de la péninsule ibérique et se constitue de chercheurs, de gestionnaires, de praticiens et de représentants d’ONG qui sont investis dans la restauration des cours d’eau.

12

3. Supports européens pour la restauration écologique des rivières
a. La Directive Cadre sur l’Eau La gestion de l’eau s’inscrit dans un contexte européen depuis les années 1970 : dès le départ, la qualité de l’eau a été l’une des préoccupations de l’Union Européenne. Dans un premier temps à travers les usages de l’eau (eau potable, pisciculture, baignade, conchyliculture) en adoptant des politiques sectorielles, puis c’est une approche davantage centrée sur le milieu naturel qui s’est développée, avec la volonté de réduire les pollutions (eaux usées, nitrates) (Ghiotti, 2007). Depuis 1975, ce sont ainsi plus de trente directives ou décisions concernant la pollution de l’eau douce et de l’eau de mer qui ont été élaborées par l’Union Européenne. La Directive Cadre sur l’Eau 2000/60/CE (DCE), adoptée en octobre 2000, traduit la volonté des Etats-membres d’harmoniser ces textes européens afin de parvenir à une politique communautaire globale et à une gestion de l’eau plus efficace (site Internet de l’agence de l’eau Seine-Normandie). Elle définit un cadre pour la gestion et la protection des eaux par grand bassin hydrographique et intègre le concept de développement durable. Cette directive marque un point de rupture dans la politique de l’eau qui était jusque là menée : en effet en plus d’établir un cadre communautaire, elle intègre les thématiques de l’économie et de l’aménagement du territoire dans la gestion de l’eau et devient un véritable outil de planification. L’objectif général de la DCE est d’atteindre d’ici à 2015 le bon état écologique et chimique de toutes les masses d’eau (partie distincte et significative d’un cours d’eau, d’un lac, d’un estuaire, d’un littoral ou d’un aquifère) souterraines, superficielles et côtières grâce à des mesures de protection et de restauration (site Internet de l’agence de l’eau Seine-Normandie). Cet objectif général peut se décliner de la manière suivante (site Internet de l’agence de l’eau Adour-Garonne) : - gérer durablement les ressources en eau, - prévenir les dégradations des écosystèmes aquatiques, - assurer un approvisionnement suffisant en eau potable de bonne qualité, - réduire la pollution des eaux souterraines et les rejets de substances dangereuses, - supprimer les rejets des substances dangereuses prioritaires. La méthode de travail repose sur quatre documents essentiels : l’état des lieux pour identifier les problématiques, le plan de gestion pour fixer les objectifs environnementaux, le programme de mesure qui définit les actions permettant d’atteindre ces objectifs et enfin le programme de surveillance, qui assure le suivi de l’évolution des actions et l’atteinte des objectifs fixés (site Internet d’Eau-France). Plus concrètement, cette méthode de travail consiste pour les Etats membres à recenser les masses d’eaux présentes sur leur territoire par bassins et districts hydrographiques, à les analyser, et enfin à adopter des plans de gestion ainsi que des programmes de mesures adaptés à chacune des masses d’eau recensées (site Internet de la Commission Européenne). Le respect de la DCE constitue un cadre propice au développement des projets de restauration, notamment depuis qu’elle a imposé la prise en compte de l’hydromorphologie dans le bon état écologique des cours d’eau. En effet pour atteindre le bon état écologique, il n’est bien souvent pas suffisant d’intervenir uniquement au niveau des pollutions physico-chimiques car lorsque la morphologie des cours d’eau a été modifiée (canalisation, recalibrage, etc.), leur dynamique naturelle se trouve perturbée. De plus le manque d’entretien des berges et l’assèchement des zones humides présentent aussi un impact sur la biologie de la faune et de la flore, en altèrant les processus des milieux aquatiques et donc leur état écologique. (site Internet de Bretagne Environnement)

13

b. Directive « Habitats » La Directive « Habitats » 92/43/CEE, adoptée en mai 1992, vise à contribuer au maintien de la biodiversité dans les Etats membres en définissant un cadre commun pour la conservation des habitats, des plantes et des animaux d’intérêt communautaire. Pour cela un réseau écologique de sites d’intérêt communautaire a été créé, il s’agit du réseau Natura 2000. Le réseau se constitue : des Zones de Protection Spéciales (ZPS), correspondant aux zones instaurées dans le cadre de la Directive « Oiseaux » 79/409/CEE (adoptée en 1979) ou à des zones servant d’aires de reproduction, de mue, d’hivernage ou de zones de relais à des oiseaux migrateurs. Leur désignation se réalise à l’échelon national. des Zones Spéciales de Conservation (ZSC), visant la conservation des types d’habitats et des espèces animales et végétales figurant dans la Directive « Habitats » en raison de leur rareté ou de leur rôle écologique primordial. Chaque Etat membre doit réaliser une liste de propositions de Sites d’Intérêt Communautaire (SIC), puis après approbation par la Commission Européenne les zones obtiennent le statut de Sites d’Intérêt Communautaire et sont intégrées dans le réseau Natura 2000. Ce ne sera qu’une fois le document d’objectif terminé et approuvé que les SIC deviennent enfin des ZSP.

-

Une fois un SIC défini, l’Etat membre doit prendre toutes les mesures nécessaires (contractuelles, réglementaires, législatives) pour empêcher la détérioration des habitats du site. Par ailleurs les Etats membres sont tenus (site Internet de la Commission Européenne) : d’encourager la gestion des éléments du paysage considérés comme essentiels à la migration, la distribution et l’échange génétique des espèces sauvages, d’instaurer des systèmes de protection particulièrement stricts pour certaines espèces animales et végétales menacées et d’étudier l’opportunité de réintroduire ces espèces sur leur territoire, d’interdire l’utilisation de moyens non sélectifs de prélèvement, de capture et de mise à mort pour certaines espèces végétales et animales.

Cette directive a fait l’objet de nombreuses polémiques, notamment en France : on lui reprochait entre autre le manque d’implication des gestionnaires et des propriétaires, une mauvaise de communication ayant engendré, à tort, la peur de l’interdiction de toute activité dans les zones protégées, une stratégie d’action n’étant pas assez claire (Rameau, 1997). Malgré tout cette directive présente un fort potentiel pour la mise en place de bases solides pour le développement de la restauration écologique. En effet ce réseau de zones protégées connectées par des corridors constitue un intérêt certain pour la restauration des hydrosystèmes, puisque il favorise le déplacement des animaux et la dispersion des végétaux et remet en connexion des habitats qui au fil du temps ont pu se retrouver isolés et ainsi être à l’origine d’un appauvrissement génétique des populations. De plus, tout comme la DCE cette directive permet l’instauration d’un cadre commun pour la protection de la biodiversité dans tous les Etats-membres. Cela devrait pouvoir faciliter la réalisation de projets transnationaux s’étendant sur une échelle spatiale plus cohérente qu’auparavant (Perrow and Davy, 2002).

14

4. Problématique et objectifs
La problématique de ce travail peut se décliner en plusieurs questions-clés :
• • •

Comment est organisée la restauration des cours d’eau en Bretagne et dans les Asturies ? Dans quel cadre s’inscrivent les actions de restauration ? Quels projets ont été concrètement réalisés ? Quels sont les acteurs de la restauration ? Quelles sont les avancées observées et quels sont les limites au développement de la restauration écologique ?

De ces questions découlent des objectifs auxquels le rapport va répondre. Le premier objectif va consister dans un premier temps à comprendre le fonctionnement des deux régions du point de vue de la réglementation et de la distribution des rôles dans la gestion de l’eau. En effet c’est un préalable pour bien cerner les acteurs de la restauration écologique et comprendre sur quelles bases elle se fonde dans chaque pays. Puis il va s’agir de faire le point sur l’état des cours d’eau en Bretagne et dans les Asturies, afin de connaître les pressions s’appliquant aux cours d’eau et par conséquent les besoins en restauration. Enfin, il s’agira de mettre en évidence où en est la restauration écologique dans chacune des deux régions, quels sont les aspects qui l’entravent ou au contraire l’encouragent, et quels sont les enjeux futurs afin qu’elle puisse se développer dans un contexte favorable et être la plus efficace possible.

15

16

II. Matériel et méthodes
Ce rapport repose sur des travaux de différentes natures réalisés en Bretagne et dans les Asturies qui vont être présentés dans la partie suivante. Il est important de préciser que le temps passé dans chacune des régions était inégal (un mois en Bretagne / quatre mois dans les Asturies), ce qui explique que davantage d’informations aient pu être collectées dans les Asturies. De plus ce séjour prolongé en Espagne a permis de rencontrer de nombreuses personnes, et ces entretiens se sont révélés d’une grande richesse pour appréhender la restauration des rivières du point de vue des gestionnaires et des usagers des cours d’eau. En effet ces acteurs de la restauration font face à des difficultés bien distinctes de celles qu’expriment la majorité des articles scientifiques et des sites Internet.

1. Recherche bibliographique
Une grande partie du rapport repose sur les recherches bibliographiques ayant été réalisées tout au long du stage. Dans un premier temps, il s’agissait de se familiariser avec l’objet d’étude, la restauration écologique. Cela s’est traduit par la recherche d’informations sur ses principes de base, issus de l’écologie de la restauration. Au départ, il a pu se révéler déconcertant de faire la distinction entre les nombreuses pratiques associées à la restauration écologique : en effet la restauration est un sujet en vogue dans le contexte actuel de développement durable, et il faut être prudent face à des projets qui sont arbitrairement rattachés à la restauration écologique alors qu’ils n’en suivent pas la philosophie. De plus, l’écologie de la restauration étant une science relativement récente, peu d’ouvrages lui sont exclusivement consacrés. Cependant à l’aide de quelques ouvrages synthétiques présentant l’écologie de la restauration et sa mise en pratique ainsi que des articles scientifiques évaluant des projets de restauration écologique ou dressant le bilan des enjeux actuels, il a été possible de dégager les grandes lignes de l’objet d’étude. Par la suite, le travail bibliographique a surtout consisté à se plonger dans la littérature « grise » (i.e. qui est destinée à un public restreint, tel que les rapports, mémoires, actes de congrès, etc.) afin d’avoir une idée des actions entreprises et des préconisations données (notamment à travers des guides) en matière de restauration des cours d’eau à l’échelle nationale et régionale. Enfin, une recherche bibliographique davantage tournée vers les sites Internet des différentes institutions compétentes en matière de gestion de l’eau s’est révélée nécessaire pour connaître les plans, stratégies et autres actions susceptibles de soutenir le développement de la restauration écologique.

2. Entretiens
La recherche bibliographique permettant surtout d’aborder les aspects théoriques de la restauration écologique, il s’est révélé nécessaire de rencontrer en parallèle les acteurs de la restauration. Ceux-ci ont été plutôt difficiles à localiser dans un premier temps : en effet il n’existe pas en Espagne de contrats de rivière passés avec des collectivités locales, ou encore de techniciens de rivière. De plus les projets de restauration existants, trouvés grâce à Internet, s’apparentaient davantage à des techniques de bioingénierie pure visant à résoudre des problèmes bien précis qu’à une restauration réfléchie de manière plus globale. Les projets de restauration écologique étant ainsi difficilement repérables, le choix des personnes à rencontrer s’est dans un premier temps porté vers les services s’intéressant à la restauration des rivières au sein des administrations compétentes en matière de gestion de l’eau. Dans ce cadre ont été rencontrés des biologistes travaillant pour la Consejería du développement, de l’aménagement du territoire et de l’environnement des Asturies (que l’on appellera par la suite Consejería) au service de la chasse et de la pêche, et des biologistes travaillant pour la Confédération Hydrographique Cantabrique (que l’on appellera par la suite CHC) au service des 17

études environnementales et hydrologiques de la Commission de l’eau. Cela permettait de savoir plus concrètement si des projets de restauration écologique existaient, s’ils étaient déjà en cours de réalisation, qui les réalisait, etc. Ces entretiens ont aussi permis de connaître ceux qui préparent ou réalisent les projets de restauration (entreprises d’ingénierie) et de prendre contact avec eux. Il semblait par ailleurs important de rencontrer les associations de pêcheurs ainsi que les associations écologistes. En effet les associations de pêcheurs affirment souvent sur leurs sites Internet réaliser du « nettoyage » (traduction littérale) de rivières : il s’agissait donc de vérifier ce qu’elles entendaient par nettoyage et de voir si cela pouvait être rattaché à de la restauration de rivières. Quant aux associations écologistes, de même il paraissait important de connaître leur niveau d’implication dans les projets de restauration. Enfin, les Asturies ne disposant pas de chercheurs s’intéressant au thème particulier de la restauration écologique, des entretiens ont été réalisés avec des chercheurs spécialisés dans les milieux aquatiques pour connaître leur point de vue sur l’état des cours d’eau dans la région et l’éventuelle nécessité de leur restauration. Au final les personnes rencontrées ont été les suivantes :

• • • • • •

6 associations de pêcheurs : en effet, il s’est vite révélé que la pêche jouait un rôle important dans les Asturies, et que les principaux acteurs potentiels de la restauration des rivières pourraient être les pêcheurs regroupés en associations. Au final très peu participent à la restauration proprement dite des cours d’eau, mais leurs points de vue et leurs préoccupations se sont révélés intéressants pour comprendre le fonctionnement de la gestion de l’eau et les lacunes existantes. Parmi les 6 associations, 5 sont collaboratrices de la Consejería, c’est-à-dire contribuent à l’effort de repopulation en saumons et en truites, comme cela sera expliqué dans la partie suivante. Cette disproportion est voulue : en effet ce sont les associations regroupant le plus grand nombre de membres et donc étant les plus influentes car elles disposent de plus de moyens. 2 associations écologistes : l’une est connue pour être la plus influente dans les Asturies, et l’autre a été rencontrée pour son implication dans la stratégie nationale de restauration des rivières. 3 chercheurs de l’université d’Oviedo : l’un est directement impliqué dans la gestion des cours d’eau puisqu’il réalise le suivi de la repopulation pour le compte de la Consejería, et les deux autres travaillent dans le milieu aquatique mais n’ont pas vraiment de lien avec les gestionnaires. Un biologiste de la Consejería travaillant au service de la chasse et de la pêche. Deux biologistes (rencontrés pour le même entretien) travaillant au bureau de planification hydrologique de la CHC. Le chef de service, biologiste lui aussi, du service des études environnementales et hydrologiques de la commission de l’eau de la CHC. Un ingénieur des travaux publics de Tragsa, entreprise publique à laquelle la CHC confie les travaux de restauration. Un géologue travaillant pour le Grupo de cauce de Tragsa : cette équipe est spécialisée dans la réalisation des études préalables aux projets de restauration de la CHC. Un ingénieur des travaux publics d’Inmasa, entreprise d’ingénierie préparant des projets de restauration et d’ingénierie des rivières qui sont par la suite réalisés par d’autres entreprises.

18

Ces dix-sept entretiens ont permis de recueillir des points de vue variés. On pourrait classer les personnes rencontrées dans trois groupes, qui représentent les principaux acteurs intervenant dans tout projet de restauration écologique : - les praticiens de la restauration, à travers les gestionnaires et les entreprises rencontrés, - les chercheurs : les chercheurs rencontrés ne s’intéressent pas directement à la restauration des rivières, cependant leurs connaissances des hydrosystèmes seraient d’une grande richesse pour une application la plus efficace possible de la restauration écologique, - le public, à travers les associations de pêcheurs et les associations écologistes. Elles se situent plus exactement quelque part entre la sphère des praticiens et du public, puisque certaines prennent part aux projets de restauration. Cependant les associations n’étant pas impliquées permettent d’avoir un écho de l’avis du public, c’est-à-dire des personnes vivant dans la région qui ont un avis sur les travaux engagés car ils en voient les conséquences. Leur connaissance ou non des actions de restauration permet d’avoir une idée de l’efficacité de la communication autour des programmes de restauration. Concernant le déroulement des entretiens, au départ un questionnaire de base avait été réalisé. Cependant il avait été rédigé en partant du principe que les personnes rencontrées prenaient part à des actions de restauration des cours d’eau. Or il s’est révélé que la restauration des rivières étant peu développée dans les Asturies, très peu des personnes rencontrées participaient concrètement à la restauration. Le questionnaire a donc été dû être retravaillé, ne traitant pas uniquement de la restauration écologique mais de la restauration en général ainsi que de l’état des cours d’eau dans les Asturies, afin de savoir si la restauration paraît nécessaire et sur quels aspects elle devait se concentrer. Par la suite, le problème se posant était la diversité des structures rencontrées : le questionnaire développe ainsi des aspects plutôt généraux de la restauration des rivières afin que les entretiens puissent être comparés. En parallèle aux questionnaires, certaines questions étaient approfondies suivant l’implication de chacun, ce qui a permis une compréhension globale de la situation dans les Asturies. Le questionnaire développe les grandes lignes suivantes :
• • •

• • •

Les informations sur la personne rencontrée, et suivant le cas sur la structure dans laquelle elle travaille, Les principaux problèmes des cours d’eau dans les Asturies, L’état des cours d’eau, en général dans les Asturies, ou bien dans les bassins versants dans lesquels interviennent les structures (par exemple les associations de pêcheurs). Les aspects développés sont la qualité de l’eau, la morphologie des cours d’eau, la ripisylve, la continuité des rivières, la pression foncière, la faune piscicole, les espèces invasives, etc. La gestion des cours d’eau, l’objectif étant de connaître le rôle de chacun et l’avis que chaque acteur a des autres, La connaissance des programmes de restauration des rivières, la nécessité de leur restauration et les projets existants, Eventuellement, ce que la personne rencontrée pense qu’il faudrait réaliser pour parvenir à un meilleur état des rivières.

3. Comparaison de guides
Au cours du stage, plusieurs guides traitant de la restauration des cours d’eau ont été lus afin d’identifier le type de restauration développée dans les régions étudiées. Un ouvrage par région a été choisi comme représentatif du type de restauration privilégiée sur le territoire : le choix s’est porté sur les guides les plus utilisés par les acteurs de la restauration. Les lignes directrices que préconise la SERI pour la réalisation de projets de restauration écologique ont ensuite été utilisées pour analyser ces guides. Cela permettait en effet de disposer de critères pertinents pour caractériser la restauration recommandée et déterminer en quels points cette restauration se rapprochait ou au contraire se détournait des principes de la restauration écologique. 19

20

III. Résultats et éléments de discussion
Dans cette partie, nous nous pencherons tout d’abord sur les entretiens réalisés dans les Asturies, dont l’analyse permet de dégager les problématiques spécifiques à cette région et sert de base pour la comparaison des deux territoires étudiées. Puis une présentation générale de l’organisation de la gestion de l’eau en France et en Espagne permettra de rappeler les bases avec lesquelles les gestionnaires doivent composer pour développer les projets de restauration des cours d’eau. Par la suite, nous dresserons un état des lieux pour chacune des régions étudiées en se référant aux principales thématiques que l’analyse des entretiens a permis d’identifier. Suivant les thèmes, une disproportion se fera sentir entre les deux régions, la collecte d’informations n’ayant pas toujours pu être aussi riche en Bretagne puisqu’une grande partie du stage s’est déroulé dans les Asturies. Ensuite un aperçu des projets de restauration existants et de leurs principaux acteurs en Bretagne et dans les Asturies sera réalisé, et nous présenterons les grandes orientations de la restauration adoptées dans chacun des pays. Pour finir nous comparerons deux guides de restauration qui sont communément utilisés afin de conclure quant au type de restauration préconisée en France et en Espagne. Dans cette partie, nous considérerons la plupart du temps la restauration des cours d’eau en général et pas uniquement leur restauration écologique. En effet, la limitation du sujet d’emblée ne permettait pas de développer tous les aspects de la restauration écologique des cours d’eau. Cependant dans la dernière sous-partie nous ferons clairement la distinction entre les actions relevant de la restauration écologique et les autres.

1. Analyse des entretiens
a. Implication des personnes/structures rencontrées dans la restauration des rivières Il ressort des entretiens réalisés que très peu des personnes rencontrées interviennent au niveau de la restauration des rivières, et encore moins de leur restauration écologique. Cela donne une première idée de l’étendue du développement de la restauration des cours d’eau dans les Asturies. Les entretiens ont révélé que la restauration des rivières est seulement depuis peu intégrée dans la gestion des cours d’eau, avec des projets de restauration menés par le service des études environnementales et hydrologiques de la commission de l’eau de la CHC. En effet depuis 2004 il existe une stratégie nationale, la Estrategia Nacional de Restauración de Ríos (que l’on appellera ENRR) qui soutient la restauration des rivières. Chaque Confédération hydrographique (correspondant aux grands bassins hydrographiques découpant le pays) doit dans ce contexte réaliser dix projets de restauration de rivières. La CHC s’étendant dans tout le nord de l’Espagne, seuls trois projets de restauration concernent les Asturies. Cependant bien que ces trois projets soient prêts à être exécutés (toutes les étapes préalables ont été remplies : établissement de l’état de référence, participation publique, etc.), aucun n’a encore été réalisé. Plus aucun financement n’est en effet accordé à l’ENRR, dans le contexte actuel de crise qu’affronte l’Espagne. Cependant la CHC a réalisé d’autres projets de restauration en parallèle à l’ENRR : il s’agit principalement de réponses à des problèmes précis (érosion des berges, etc.) à l’aide de techniques de bioingénierie, ce qui ne constitue pas à part entière de la restauration écologique. En Espagne, la gestion de l’eau et de la faune et de la flore sont dissociées, ainsi un autre gestionnaire des milieux aquatiques apparaît : il s’agit de la Communauté autonome des Asturies. Celle-ci intervient à travers la Consejería, et plus particulièrement à travers le service de la chasse et de la pêche. La Consejería ne prend pas part à l’ENRR, et donc à aucun des projets de restauration écologique. Cependant elle joue un rôle primordial dans les Asturies car la pêche y est une activité 21

de grande importance en raison de la présence de salmonidés dans la région. Ainsi la Consejería prend en charge (le plus souvent en coopération avec la CHC) la restauration de la continuité écologique en recensant les ouvrages hydrauliques devant être démantelés ou équipés de passes à poissons et en supervisant les travaux associés. La restauration de la continuité des rivières seule ne constitue pas de la restauration écologique, cependant elle peut s’inscrire dans une démarche plus globale de restauration. Un autre rôle joué par la Consejería est la gestion des ressources piscicoles. Du fait de l’importance accordée à la pêche dans la région, les Asturies ont choisi de déployer des moyens considérables pour protéger les populations de salmonidés et surtout conserver la pratique de la pêche, qui attire bon nombre de passionnés dans la région. La Consejería soutient ainsi la repopulation de truites et de saumons : pour cela elle dispose de quatre établissements piscicoles (trois destinés aux saumons et un aux truites). De plus elle encourage depuis 1997 les associations de pêcheurs à investir dans de tels établissements, à travers l’octroi de subventions et de réductions sur le prix des emplacements de pêche. Les associations se consacrent quant à elles principalement à l’élevage de la truite, car l’élevage de saumons est plus technique et nécessite davantage de suivi que celui que peuvent assurer les bénévoles d’une association. De plus les associations de pêcheurs participant à l’effort de repopulation (qualifiées de collaboratrices de la Consejería) peuvent alors siéger au Conseil de pêche, qui est un organe consultatif régional. Cela a pour conséquence un effet pervers, qui est la surreprésentation des associations collaboratrices au détriment des autres, étant pourtant peut-être plus favorables à la repopulation naturelle ou à la restauration des hydrosystèmes. Au sein de ce conseil, la répartition des sièges est la suivante : sept associations de pêcheurs collaboratrices, une association écologiste et un chercheur spécialiste des populations piscicoles (il n’y a pas de représentant du tourisme). Par ailleurs la Consejería régule le nombre de cormorans, principal prédateur des poissons aux dires des pêcheurs, en tuant chaque année 20% de la population. Tout ceci démontre bien l’orientation nette prise en faveur de la sauvegarde de deux espèces emblématiques, le saumon et la truite (celle-ci dans une moindre mesure, puisqu’elle peut se passer de migrer en constituant des populations sédentaires). De plus, un entretien avec la Consejería a conduit à la conclusion que les populations existantes pourraient probablement se reconstituer toutes seules, mais qu’elles sont soutenues dans le seul objectif de poursuivre la pratique de la pêche. En ce qui concerne les associations de pêcheurs, ce qu’elles appellent « nettoyage » consiste à réaliser les tâches suivantes : ramasser les déchets (urbains ou liés à la pratique de la pêche avec la perte de plombs, de cuillères, etc.), élaguer les arbres (pour faciliter la pratique de la pêche et faire parvenir davantage de lumière jusqu’à la rivière), récupérer des zones de frai, lutter contre les espèces invasives (écrevisse américaine), recenser les populations de poissons. Ces activités relèvent de l’entretien des rivières. Néanmoins ces interventions pourraient s’inscrire dans un projet de restauration, associés à d’autres actions. Les associations de pêche réalisent par ailleurs la plupart du temps de la sensibilisation (notamment à travers des visites scolaires) en enseignant une pratique de la pêche qu’elles jugent plus durable (par exemple la pêche sans mort, ou la pêche à la mouche). Cette sensibilisation et d’autres activités sont par ailleurs requises pour les associations collaboratrices en échange des subventions perçues : en effet elles sont tenues d’accorder 75% de leur budget à des interventions en faveur des rivières (nettoyage, repopulation, sensibilisation, etc.). Cependant il a été révélé au cours d’entretiens que la Consejería n’était pas pleinement satisfaite de leur engagement, jugeant l’investissement des associations de pêcheurs pour les activités autres que la repopulation insuffisant. Cependant, certaines associations mènent aussi en parallèle des projets en faveur de la protection de leurs rivières. Ainsi deux associations réalisent conjointement avec la fondation Biodiversidad un projet sur le thème « L’apport des associations de pêcheurs à la gestion durable du saumon atlantique ». Il s’agit d’améliorer les populations de saumons (repopulation et reconstitution de zones de frai) et de mener des actions de sensibilisation au sujet de la pêche durable (site Internet de l’association Real Asociación Asturiana de Pesca Fluvial).

22

Une autre association, la seule rencontrée n’étant pas collaboratrice de la Consejería, réalise quant à elle des projets davantage tournés vers la protection de l’environnement et moins vers la repopulation (bien qu’elle aussi possède un établissement piscicole). Il s’agit de projets tels que la conversion de zones fortement polluées ; la récupération touristique, environnementale et patrimoniale de bassins fluviaux (projet Leader) ; ou encore la lutte contre l’écrevisse américaine, une espèce invasive. De plus l’association participe à un programme de volontariat issu de l’ENRR, qui consiste en un ramassage de déchets dans diverses rivières. Cette association organise aussi des journées environnementales une fois par an, avec des conférences sur la pratique durable de la pêche, l’état des populations de poissons, la protection de l’environnement. Concernant les liens entre les associations de pêche et les gestionnaires, toutes ont des contacts réguliers avec la Consejería à travers les échantillons de poissons qu’elles donnent pour réaliser le suivi de la repopulation. La CHC semble quant à elle plus distante, ses interventions se limitant du point de vue des pêcheurs à réaliser quelques interventions (installation de déflecteurs de courant, entretien des berges, etc.) et des contrôles de la qualité de l’eau et des débits écologiques. Les entretiens réalisés avec des associations écologistes révèlent que le secteur écologiste est très peu soudé, avec en outre un nombre réduit d’associations régionales se consacrant à la protection des rivières. En effet beaucoup d’associations s’emploient davantage à protéger des animaux emblématiques des Asturies tels que le coq de bruyère, le loup ou encore l’ours. Au sein du Conseil de pêche, seule une association écologiste est ainsi représentée. Les associations nationales œuvrant pour la protection des rivières ne semblent pas avoir beaucoup d’influence dans la région. Les entreprises d’ingénierie auxquelles fait appel la CHC pour préparer les projets de restauration écologique paraissent très bien formées en restauration écologique et en bioingénierie : les ingénieurs travaillant sur ces thèmes ont ainsi reçus des formations adaptées et participé à divers séminaires, etc. Le problème se situerait davantage au niveau des entreprises réalisant concrètement les projets, puisqu’il n’existe pas d’entreprise spécialisée dans de tels travaux. Par conséquent le savoir-faire manque, et les actions entreprises atteignent vite des coûts élevés. De plus il semblerait que la jeunesse de l’écologie de la restauration, l’incertitude liée aux résultats et l’entretien devant être assuré après la phase de travaux constitue encore un frein au développement des pratiques de restauration écologique, ou même de la bioingénierie seule. Les entretiens avec les chercheurs mettent en avant le fait que seule la recherche en génétique des populations de poissons est réellement mise à profit par les gestionnaires. En effet la Consejería fait appel à l’université d’Oviedo pour réaliser le suivi de la repopulation, en donnant à analyser les échantillons demandés aux associations de pêcheurs disposant d’un établissement piscicole. Pourtant d’autres chercheurs s’intéressent aux hydrosystèmes et pourraient apporter leur soutien aux opérations de restauration des rivières. La CHC estime d’ailleurs qu’il serait plus que souhaitable de réaliser un suivi des résultats des opérations de bioingénierie et de restauration réalisées. Cependant elle affirme ne pas disposer de fonds pour financer de telles études. Par ailleurs la Consejería, bien qu’utilisant les travaux de l’université d’Oviedo, ne suit pas toujours toutes les préconisations données concernant le type de repopulation à effectuer. Les différents types d’acteurs ont tous évoqué le problème de la surveillance des cours d’eau. D’une part car les gardes se consacrant à cette tâche (40 gardes de la Consejería surveillant la pêche, et 10 gardes de la CHC contrôlant les milieux aquatiques en général) sont peu nombreux, et d’autre part car les rivières sont souvent difficile d’accès en raison du fort relief existant dans les Asturies et de la fermeture des paysages. De plus, l’entretien avec un représentant de la Consejería révèle que davantage de gardes sont affectés à la surveillance de la chasse qu’à celle de la pêche, ce qui s’expliquerait par un plus grand nombre d’espèces protégées à surveiller. De plus de manière générale le nombre de gardes a tendance à rester inchangé alors que les taches qui leur sont incombées sont plus nombreuses, en raison de l’augmentation du nombre de réglementations environnementales.

23

Bo

Nombre de citations

10

0
2 1 1 2

1

2

3

4

5

6

7

8
2 2 1 2 7 Canoë Braconnage

9

1

Qualité de l’eau Végétation Continuité Morphologie

1 1 Pollution Prédateurs

Figure 1 : Principaux problèmes des rivières des Asturies d’après les personnes rencontrées.

Figure 2 : Etat des cours d'eau des Asturies d'après les personnes rencontrées.
Barrière thermique Pêche non durable Occupation des plaines d'inondation Effluents d'élevage Fermeture des paysages Mauvais fonctionnement des stations d'épuration Barrages Consommer l'eau de manière plus durable

Poissons

(Les chiffres correspondent au nombre de citations. La somme diffère du nombre total d’entretiens car les personnes rencontrées ont parfois cité plusieurs problèmes principaux.)

24

nn e Pr D qu ob é lè ch alit m ar é es g gé d' es né as sa ra sa uv le O uv in ag Q is ra ua s es ge lit Po Sé em s é e ut e llu di n ile Fe nc tion me t s Ab r o ( re s m re ag nts O fu en etu à ric uv ge t e r e am o ra s ou d é l e ge po t u lio P r s/ ur rop pa re o b ce le a ys r lè ntr m a O s p bo a ge e les u oi nd Ec de a vr ss an he a o s lle an ffec ges ns, te s in V cie ten inu etc su a n t . ff ria ne la tili ) Pr ob M isa tio s c co sés n n n C D lèm axi tes du onc tin Pe ana éve e d mu ou ni es uité u lis lop e l m m ve si de at p a d'é a au ons io er lib c l e d c n La an /en les éra hel nt re 'ea al fe is ro én tio les ten u rm at ch er n in u et ion em gie de st a es ur / e e s sé llé e nr nt re d e de o d n i m s s c he e b ou en pa m c ve ts C ys e p d l a on Es ag nt e ble s t pè s ru c e (h r ct e Pré P s l orm iviè io in da êc eur is res ns v a oc siv teu he est vill cu e rs tr o né es pa : é en p i fa ) c n Im nt l rev aug ten ste pa es iss m si ct pla e en ve né in am t a ga es ér tion tif d' ica de ino in l'e nd e xo ati de on ru ra l

b. Analyse des résultats i) Les principaux problèmes des cours d’eau dans les Asturies

Tout d’abord, la première question posée qui paraît intéressante à analyser est ce que chacune des personnes rencontrées estime être le(s) problème(s) principal(aux) des rivières dans les Asturies (figure 1). Un des problèmes évoqués se dégage nettement, il s’agit de la pollution des rivières. Puis les réponses ont été plus variées, avec peu de réponses identiques (une ou deux citations au maximum pour chaque aspect évoqué) : elles dépendaient surtout de la sensibilité et des intérêts de chaque personne. Ainsi ont été évoqués divers aspects, comme la cohabitation avec les canoës (qui concerne quelques rivières seulement), l’occupation des plaines d’inondations, les barrages et les barrières thermiques générées par les centrales thermiques, et enfin la difficulté pour les Asturies à intégrer les manques d’eau à venir avec le changement climatique. Le mauvais fonctionnement des stations d’épuration ainsi que les rejets d’effluents d’élevage ont parfois été directement mis en avant et non la pollution des cours d’eau en général. Les associations de pêcheurs ont souvent avancé des problèmes étroitement liés à la pratique de la pêche, à savoir : la pêche non durable, le braconnage, la fermeture des paysage (qui nuisent aux poissons et rendent l’accès à la rivière plus difficile), la présence de prédateurs (surtout des cormorans, qui sont une menace relativement nouvelle : il y a quelques années ils ne s’aventuraient pas dans les terres). ii) L’état général des cours d’eau dans la région Puis en seconde analyse viennent les réponses concernant l’avis général sur l’état des cours d’eau dans les Asturies : cela consiste à analyser de manière plus approfondie les résultats précédents, car les problèmes déjà évoqués resurgissent avec plus de détails. De plus les aspects qui apparaissaient secondaires aux personnes interrogées sont aussi évoqués. Concernant le cas particulier de la plupart des associations de pêcheurs et d’une association écologiste, les réponses ne s’appliquent qu’aux rivières se situant dans leur périmètre d’action. Les autres personnes interrogées se référaient quant à elles aux rivières des Asturies toutes entières. Il ressort de cette analyse (figure 2) que les aspects les plus abordés (citations > 5) concernaient la qualité de l’eau, la continuité des rivières et la végétation. Par ailleurs la qualité de l’eau et la continuité des rivières étaient les rubriques ayant fait l’objet du plus grand nombre de développements. Ainsi concernant la qualité de l’eau, les réactions se révèlent être très partagées : en effet 6 citations affirment que la qualité de l’eau est en général bonne, s’étant déjà beaucoup améliorée grâce aux efforts réalisés ces dernières années, alors que 7 avis jugent que les efforts doivent encore être considérablement intensifiés et que 17 avis sur la qualité de l’eau sont négatifs. Ces avis négatifs font surtout référence aux problèmes d’assainissement dus à un mauvais fonctionnement des stations d’épuration (souvent à cause des coûts d’entretien) ou à leur absence dans certains villages reculés, et à la pollution agricole (effluents d’élevage clandestinement rejetés dans les cours d’eau, pollution diffuse due aux produits phytosanitaires). D’autres avis négatifs font référence à la présence de décharges sauvages et à l’augmentation de la quantité de sédiments dans les rivières (liée au développement des routes entre autre). Cependant en général tous s’accordent à dire que le bassin versant Nalón-Narcea est de loin le plus dégradé, ce qui est lié à la présence de la majorité de la population et des activités industrielles. En ce qui concerne la continuité des cours d’eau, le principal commentaire entendu (9 citations) est que les barrages et les centrales thermiques affectent considérablement la continuité des rivières. Les autres avis sont tout au plus cités 4 fois et ils s’adressent à la présence d’ouvrages hydrauliques inutilisés qui devraient être démolis ; au problème que constituent les anciennes concessions (dont la démolition ou la mise aux normes vis-à-vis des dispositifs de passage s’avère très coûteuse) ; la variation du niveau provoquée par certains ouvrages (cas très localisé, concerne une rivière) ; un nombre de passes à poissons jugé insuffisant ou bien des dispositifs mal entretenus et donc inefficaces ; le problème des sédiments, qui lors d’un démantèlement 25

3

2 1 Elle est nécessaire Elle n'est pas vraiment nécessaire (rétablissement naturel possible) Ne connaît pas l'ENRR A participé à une réunion de l'ENRR Implication directe dans l'ENRR (réalisation, propositions, volontariat) L'ENRR n'est pas concrète 4

3

7

Figure 3 : Intérêt porté à la restauration des rivières.
(Les chiffres correspondent au nombre de citations. La somme diffère du nombre total d’entretiens car les personnes rencontrées ont parfois évoqué donné plusieurs réponses.)

26

d’ouvrages peuvent représenter un volume considérable ; et la nécessité de développer des énergies alternatives (énergie marémotrice, éolienne, exploitation des eaux souterraines). De plus, deux aspects plus positifs concernant la continuité des rivières ont été cités : il s’agit de remarques avançant que les ouvrages peuvent aussi être utiles et constituer des refuges pour la faune aquatique, et d’un avis affirmant que le maximum de dispositifs de passage qu’il était possible d’installer avaient été réalisés. La végétation est très souvent perçue comme étant trop abondante et provoquant de ce fait la fermeture des paysages (7 citations). Il a été une fois précisé que la végétation était certes trop abondante à certains endroits, mais qu’à d’autres elle avait été supprimée. La morphologie des cours d’eau a fait l’objet de remarques contraires : 5 avis disent que les rivières des Asturies ont été beaucoup canalisées et disposent d’enrochements, et 2 avis affirment à l’inverse qu’hormis les zones urbanisées la morphologie des rivières a été peu affectée. La faune piscicole, représentée par les poissons, est évoquée concernant l’impact négatif que présente la fermeture des paysages sur les populations (manque de lumière, diminution du nombre d’insectes) et le fait que la pêche serait trop intensive. Il reste enfin quatre sujets qui ont été abordés plus rarement : il s’agit de la présence d’une espèce invasive, l’écrevisse américaine, des prédateurs (surtout les cormorans) qui sont en augmentation, du problème que constituent les constructions dans les plaines alluviales et enfin de l’impact négatif que provoque l’abandon des pratiques agricoles traditionnelles. iii) L’intérêt porté à la restauration des rivières Sur la figure 3 sont représentées les différentes opinions exprimées au sujet de la nécessité de la restauration des rivières et des projets en cours. Tout d’abord il pourrait paraître surprenant que parmi les personnes interrogées, qui sont tous des acteurs de la gestion des milieux aquatiques, certains (3 personnes) n’aient pas eu connaissance de l’existence de l’ENRR développée par l’Etat à travers la CHC : cela pourrait témoigner d’une communication insuffisante autour des projets. Cela peut s’expliquer d’une part par le fait qu’aucun de ces projets n’a encore été réalisé, et d’autre part parce que les processus de participation publique, qui ont tous déjà eu lieu, ne concernent que deux bassins versants parmi tous ceux que contiennent les Asturies. Sept des personnes rencontrées font partie d’une structure participant activement à l’ENRR, à travers la contribution à des programmes ou bien plus en amont à travers la conception des projets. Quatre personnes n’ont fait que participer à des réunions de participation publique. Trois personnes évoquent le fait que l’ENRR n’est pour le moment pas quelque chose de concret, mais plutôt des projets qui restent sur le papier. Une personne évoque clairement le fait que les rivières pourraient se rétablir sans aide extérieure. c. Conclusions Certes le nombre réduit d’entretiens réalisés ne permet pas de tirer de conclusions globales quant à la restauration écologique des rivières dans les Asturies. Cependant les informations recueillies et la variété des opinions entendues a permis de cerner les principales problématiques propres aux Asturies concernant les cours d’eau. De plus les entretiens ont permis de localiser les projets de restauration existants et leur cadre d’intervention, et de savoir quelle était opinion des différents acteurs à leur sujet. Nous allons à présent nous intéresser à la gestion des rivières, aux particularités institutionnelles et aux différents outils mis à la disposition de la restauration des rivières dans chaque pays afin de savoir dans quel contexte s’ancre la restauration écologique.

27

2. Organisation de la gestion de l’eau
d. Cadre réglementaire i) Espagne

En Espagne, les ressources en eau sont en théorie suffisantes pour approvisionner tout le pays. Cependant la ressource est inégalement répartie, avec des précipitations concentrées dans le nord du pays (site Internet de l’Office International de l’Eau). C’est la raison pour laquelle la gestion de l’eau a été un aspect fondamental de la politique de développement économique qui a été conduite durant le XXème siècle en Espagne. Une grande partie de cette période a été marquée par un fort interventionnisme de l’Etat, avec une gestion de l’eau centrée sur la construction d’ouvrages hydrauliques pour développer l’irrigation et la production d’énergie hydroélectrique. Depuis le XXème siècle, plusieurs lois sur l’eau ont guidé sa gestion. Les premières ont été à l’origine de principes de base tel que l’appartenance des eaux superficielles au domaine public. Jusqu’à l’apparition de la Constitution espagnole de 1978, la gestion de l’eau était davantage prise en compte du point de vue quantitatif que qualitatif, la qualité de l’eau étant uniquement considérée lorsqu’il s’agissant de protéger l’approvisionnement en eau de la population et de l’agriculture face aux usages industriels. Avec cette nouvelle Constitution émerge l’idée que la qualité de l’eau, en tant que ressource naturelle, constitue une valeur qui doit obligatoirement être préservée et restaurée. Ce tournant pris dans la gestion de l’eau se confirme avec la loi sur l’eau promulguée en 1985, puis l’adhésion en 1986 à la Communauté Européenne : en effet la planification hydrologique succède à la politique hydraulique, et un plus grand intérêt est porté à la gestion des ressources et à la protection de l’environnement (Barciela López et Melgarejo Moreno, 2000). Cette nouvelle loi intègre les directives prises avant l’entrée de l’Espagne dans la Communauté Européenne : elle encourage la participation des usagers à la gestion de l’eau et instaure cette gestion à l’échelle du bassin versant, avec pour outil d’organisation la planification hydrologique (site Internet de l’Office International de l’Eau). Cette planification se compose d’un Plan Hydrologique National, rédigé par le gouvernement, dont découlent des Plans Hydrologiques de Bassins. Ces derniers sont rédigés par les Confédérations hydrographiques, qui sont les organismes de gestion de la ressource en eau par bassin versant créées en 1926, avec le soutien technique du gouvernement (Blomquist, Giansante et al., 2005). Les Plans Hydrologiques de Bassin doivent contenir la prévision des demandes en eau pour les dix à vingt années à venir, ainsi qu’un programme d’action pour y répondre. Les demandes et les ressources doivent être attribuées à chaque secteur (urbain, environnement, irrigation, industrie, énergie hydroélectrique, pêcheries et navigation). Par ailleurs les Plans Hydrologiques de Bassin doivent établir des objectifs de qualité pour chaque type d’eau de surface existant dans le bassin versant. Enfin ces plans doivent tenir compte des autres politiques et plans en cours, par exemple ceux concernant l’utilisation des terres, la conservation de la nature ou encore l’agriculture (notamment avec la Politique Agricole Commune). (Blomquist, Giansante et al. 2005) La loi de 1985 a ensuite été revisitée par la loi sur l’eau de 1999 : celle-ci ne modifie pas l’esprit de la loi qui la précède, elle assure uniquement une plus grande prise en compte des exigences environnementales des milieux (par exemple en imposant des débits minimums aux maîtres d’ouvrages) et encourage le développement de pratiques tel que le dessalement d’eau de mer et la réutilisation des eaux usées, ainsi que l’amélioration et le contrôle des débits pompés et de la qualité des rejets (site Internet de l’Office International de l’Eau). Enfin, la transposition de la DCE dans la législation espagnole fut réalisée en 2000.

28

ii) France Depuis les années 1950, la gestion de l’eau ainsi que les outils associés ont considérablement évolués en France. La gestion par filière d’usage, liée à la politique de l’offre, a été progressivement remplacée par une approche plus durable et globale où la ressource puis les milieux aquatiques ont constitué les éléments centraux. A partir de la loi sur l’eau de 1964, l’eau est prise en compte à la fois en tant que ressource et en tant que milieu : il y a ainsi une évolution conjointe des impératifs économiques et environnementaux. De plus la gestion de l’eau est devenue territoriale avec une organisation institutionnelle et politique centrée autour des bassins versants (Ghiotti, 2007). Six circonscriptions administratives, correspondant aux bassins hydrographiques, ont été créées : elles possèdent toutes un comité de bassin et une agence de l’eau (site Internet de la Direction de l’information légale et administrative). Les agences de l’eau sont l’outil d’exécution de la politique définie par les comités de bassin : dans une France marquée par la centralisation, ceci est une révolution car les agences de l’eau peuvent prélever des impôts et gérer entre elles leur budget, sans le contrôle du Trésor Public ou du Parlement (Ghiotti, 2007). A partir des années 1960 et pendant vingt ans, de nombreuses lois portant sur la protection de l’environnement ont été adoptées. De nouveaux textes s’appliquant plus particulièrement aux cours d’eau sont apparus : ils s’intéressent à la préservation et à la restauration de la qualité des milieux aquatiques (faune et flore) et au maintien de leurs fonctionnalités (Ghiotti, 2007). On peut notamment citer : - la loi sur la protection de la nature de 1976, qui instaure les études d’impact, - la loi relative à la pêche en eau douce et à la gestion des ressources piscicoles de 1984. Dans les années 1980-1990, on s’aperçoit que les principes de 1964 sont en décalage avec les progrès de la connaissance scientifique et les revendications sociales. Le système juridique et institutionnel s’avère inadapté aux nouveaux usages de l’eau (développement de l’irrigation, loisirs) et aux nouvelles formes de pollution (pollution diffuse d’origine agricole, pollution urbaine, assainissement insuffisant), et ceci s’est vu confirmer par la mauvaise gestion des sécheresses répétées qui ont marqué cette période. La peur du manque d’eau relance alors les politiques dans le domaine : c’est ainsi que la loi sur l’eau de 1992 fait son apparition (Ghiotti, 2007). La loi sur l’eau de 1992 reconnait l’eau comme faisant partie du « patrimoine commun de la Nation ». Cette loi conforte la gestion par bassin hydrographique puisque la gestion de l’eau devient planifiée et organisée à partir des Schémas Directeurs d’Aménagement et de Gestion des Eaux (SDAGE), qui fixent les orientations fondamentales de la politique de l'eau pour quinze ans, et par des Schémas d’Aménagement et de Gestion des Eaux (SAGE) élaborés par les Comités de Bassin. Une Commission Locale de l’Eau (CLE) est chargée de l’élaboration, de la révision et de l’application de ce dernier schéma. (Site Internet de la Direction de l’information légale et administrative) La Loi sur l’Eau et les Milieux Aquatiques (LEMA) de 2006 ne bouleverse pas fondamentalement la politique de l’eau qui avait déjà été engagée, mais elle apporte un certain nombre d’évolutions ayant une incidence sur la gestion locale des collectivités en leur mettant à disposition de nombreux outils techniques, administratifs et financiers. Ces outils doivent notamment permettre d’atteindre le bon état écologique des eaux d’ici 2015, de rendre plus transparent et efficace le service public de l’eau et de l’assainissement (ces deux premiers critères étant contenus dans la DCE) et de moderniser l’organisation de la pêche en eau douce en France. On peut citer parmi les dispositions prises pour atteindre les objectifs la reconquête de la qualité écologique des cours d’eau par des méthodes d’entretien douces ainsi que la restauration de la continuité écologique des cours d’eau. Par ailleurs un débit minimum est imposé aux ouvrages hydrauliques et les frayères sont protégées par des outils juridiques (site Internet de Eau-France).

29

ESPAGNE

FRANCE

30
Figure 4 : Cadre institutionnel de la gestion de l’eau en Espagne et en France. (Les mots rédigés en bleu correspondent aux outils de la gestion de l’eau)

e. Cadre institutionnel Les différentes institutions compétentes en matière de gestion de l’eau dans chacun des deux pays sont représentées sur la figure 4. Les différents échelons existants (national, bassin versant, local) y sont présents. Cela permet dans un premier temps de constater qu’en Espagne, certes la gestion de la ressource hydrique est décentralisée au niveau des bassins versants, mais au sein même de ces bassins il n’existe pas réellement de déclinaison de la gestion à l’échelon local, avec des contrats ou d’autres accords passés entre les institutions et les municipalités par exemple. Ceci se différencie de la gestion de l’eau en France, où ce type de sous-traitance a été mis en place. Par ailleurs la France et l’Espagne se distinguent encore sur deux autres points importants : - le caractère public de l’eau : en Espagne tous les cours d’eau sont publics, tandis qu’en France on distingue les rivières domaniales, qui sont publiques et se caractérisant par le fait qu’elles sont navigables, des rivières domaniales, qui sont privées. La gestion des cours d’eau diffère alors suivant que la rivière soit publique ou non. - la gestion de la pêche : en France l’Etat est l’institution compétente en matière de gestion de l’eau et des espèces aquatiques peuplant les rivières, alors qu’en Espagne l’Etat délègue la gestion de la faune aux communautés autonomes. Comme nous le verrons plus loin, dans certaines Communautés autonomes la gestion de l’eau est contrôlée par l’Etat : cela peut alors parfois être sources de complications puisque la gestion conjointe de l’eau et de la faune aquatique nécessite une bonne coordination entre les différentes institutions concernées. Au niveau national, dans les deux pays l’Etat joue bien sûr un rôle primordial puisque c’est lui qui définit les grandes orientations de la politique de l’eau en élaborant les lois associées, et un Plan Hydrologique National dans le cas de l’Espagne. Que ce soit en France ou en Espagne, l’Etat peut s’appuyer sur l’avis d’un Comité national de l’eau. Au niveau du bassin versant, en Espagne la situation est différente suivant les Communautés autonomes. La gestion de l’eau est comme en France décentralisée au niveau des bassins hydrographiques, mais la situation va être différente suivant que le bassin soit intercommunautaire ou intracommunautaire. Ainsi dans le cas des Asturies (cas représenté sur la figure 4), le bassin hydrographique la concernant s’étend sur plusieurs Communautés autonomes : sa gestion est alors assurée par une Confédération hydrographique, qui est sous le contrôle du gouvernement et du Président (site Internet de l’Office International de l’Eau). Lorsque le bassin est intracommunautaire (ainsi que pour certains cas particuliers, comme la Galice ou le Pays Basque, où un accord a été établi avec l’Etat), la gestion de l’eau revient à la Communauté autonome. Il existe donc dans les Asturies cette dissociation de la gestion des rivières et de la faune piscicole évoquée précédemment. Dans la région, la CHC élabore alors un Plan Hydrologique de Bassin, qui est la déclinaison au niveau du bassin hydrographique du Plan Hydrologique National. En France, au niveau du bassin versant la gestion de l’eau est assurée par les comités de bassin et leur outil exécutif, les agences de l’eau. Les comités de bassin élaborent une politique de gestion de l'eau conciliant les besoins du bassin versant avec les orientations nationales, ainsi qu’un SDAGE qui fixe les orientations de la politique de l’eau dans le bassin pour les quinze prochaines années. Pour cela le SDAGE établit des objectifs de qualité des eaux, de valorisation du milieu aquatique et de gestion équilibrée des ressources en eau (site Internet de l’Agence de l’Eau Rhône Méditerranée et Corse). Les agences de l’eau jouent un rôle clé dans le développement de la politique de l’eau, puisque ce sont elles qui mettent en œuvre les orientations définies pas les comités de bassin. Pour cela les agences de l’eau apportent leurs moyens techniques et financiers aux personnes publiques et privées réalisant des opérations d'aménagement des ressources en eau, de lutte contre la pollution et de réhabilitation des milieux aquatiques. Pour subventionner ces opérations, les agences de l'eau perçoivent des redevances auprès des utilisateurs de l'eau, calculées selon le principe du "pollueur-payeur" en fonction des quantités de pollution rejetées et des volumes prélevés. (site Internet de la Direction de l’information légale et administrative)

31

En France, la déclinaison peut se poursuivre à l’échelon local lorsque cela s’avère nécessaire. Pour cela il existe des commissions locales de l’eau, qui élaborent des SAGE (déclinaison d’un SDAGE sur une unité hydrographique limitée), et des comités de rivière, qui élaborent et assurent le suivi les contrats de rivière (Ledard, Gross et al., 2001). f. Supports à la restauration des rivières i) Estrategia Nacional de Restauración de Ríos (ENRR)

En Espagne, la plupart des rivières ne présentent pas un état écologique satisfaisant, ce qui est notamment dû à une exploitation passée des ressources hydriques n’ayant pas tenu compte de leur fonctionnement en tant qu’hydrosystèmes. Pour remédier à cela, ces dernières années le Ministère de l’Environnement et des Milieux Ruraux et Marins a lancé plusieurs initiatives pour améliorer la gestion des rivières et leur état de conservation. Ceci s’est traduit par différents programmes et actions, notamment dans les domaines de la qualité de l’eau et du contrôle de son utilisation. Cependant certains aspects comme la morphologie des rivières nécessitaient d’être encore davantage connus et améliorés, leur prise en compte étant un préalable pour retrouver la dynamique et la résilience des systèmes fluviaux. C’est dans ce contexte et celui de la transposition de la DCE et de la Directive relative à l'évaluation et à la gestion des risques d'inondation (Directive 2007/60/CE) que vit le jour l’ENRR en 2004. (Ministerio de Medio Ambiente y Medio Rural y Marino, 2010) L’ENRR est une stratégie proposant une nouvelle conception des rivières, avec de nouvelles lignes de conduite pour encadrer leur gestion et une utilisation plus durable de la ressource en eau. Elle vise par ailleurs à remplir les objectifs de la DCE relatifs à la prévention de nouvelles détériorations des ressources hydriques et à l’amélioration progressive de leur état écologique. L’objectif final poursuivi par l’ENRR est ainsi l’amélioration écologique de tous les cours d’eau espagnols, notamment grâce à leur restauration. L’ENRR doit être un élément de plus dans les programmes d’action impliquant les rivières, comme dans les Plans Hydrologiques de Bassin (Ministerio de Medio Ambiente y Medio Rural y Marino, 2010). Les objectifs principaux de l’ENRR sont les suivants (site Internet du Ministerio de Medio Ambiente y Medio Rural y Marino): - conserver et récupérer le bon état écologique des cours d’eau espagnols, - minimiser les risques d’inondations, - préserver le patrimoine culturel associé aux rivières, - encourager à une utilisation rationnelle de l’espace fluvial. De ces lignes directrices découlent des objectifs plus spécifiques, tel que l’intégration de la gestion durable des écosystèmes fluviaux dans les politiques d’usage et d’aménagement du territoire, la collecte d’informations et d’expériences afin d’améliorer les pratiques de restauration, ou encore l’intégration progressive de la société dans la gestion des rivières à travers le développement de la participation publique pendant l’élaboration des projets de restauration (site Internet du Ministerio de Medio Ambiente y Medio Rural y Marino). Chaque Confédération hydrographique (ou Communauté autonome suivant le cas) est tenue de réaliser dix projets de restauration sur son territoire pour l’ENRR. Les Asturies, inclues dans un bassin hydrographique plus vaste géré par la CHC qui comprend tout le nord de l’Espagne, accueillent trois projets de restauration dans ce contexte. Tous les projets de restauration menés dans le cadre de l’ENRR suivent la même démarche. Ainsi dans un premier temps les conditions de référence des hydrosystèmes sont définies, puis des objectifs et les mesures de restauration permettant de les remplir sont adoptés. Ce premier jet du projet est ensuite présenté au public, et ajusté en tenant compte des observations et critiques apportées. A la fin de ce processus il est alors possible de définir une « image objective » pour l’hydrosystème considéré, c’est-à-dire un ensemble d’objectifs qui tiennent compte des contraintes existantes et se veulent ainsi réalistes. 32

Dans le cadre de l’ENRR est par ailleurs développé un programme de volontariat pour les rivières (Programa de voluntariado en ríos), dont les thèmes développés sont les suivants (site Internet du Ministerio de Medio Ambiente y Medio Rural y Marino) : - sensibiliser la population aux valeurs socio-environnementales associées aux systèmes fluviaux, - promouvoir la participation des citoyens à travers l’établissement de groupes de volontaires œuvrant pour améliorer les connaissances, le diagnostic et l’amélioration des hydrosystèmes, - protéger et restaurer le patrimoine naturel et culturel associé aux rivières en intégrant les principes du développement durable, - encourager et développer les relations entre les différents acteurs de la gestion de l’eau. ii) Outils de contractualisation pour la restauration des cours d’eau en France En plus des SDAGE et des SAGE, des outils d’intervention à l’échelle des bassins versants existent en France pour aider à la mise en œuvre des politiques de restauration des cours d'eau. Le plus souvent, ce sont des collectivités territoriales (communauté de communes, syndicat intercommunal, etc.), des communes, des associations, des fédérations ou associations de pêche qui y font appel. Suivant les problèmes existants et les objectifs fixés, différents outils existent : • Le Contrat Restauration Entretien (CRE), qui est une démarche initiée et développée par les agences de l’eau. Ce contrat est un outil de gestion à l'échelle du bassin versant et du corridor fluvial. Ses objectifs sont les suivants (site Internet de Bretagne Environnement): - corriger les altérations constatées sur les cours d'eau et les zones humides, - restaurer les fonctionnalités dégradées, - favoriser une approche globale et cohérente des milieux aquatiques, notamment en s'articulant avec les objectifs des SAGE existants. La réflexion préalable est menée au niveau d’un territoire cohérent (bassin versant ou sousbassin versant), et les actions sont ensuite réalisées sur tout ou une partie du réseau hydrographique pour une durée de cinq ans (Ledard, Gross et al., 2001). Le contrat de rivière, tout comme le SAGE, décline le SDAGE sur un bassin versant en fixant des objectifs de qualité des eaux, de valorisation du milieu aquatique et de gestion équilibrée des ressources en eau. Cependant à la différence du SAGE il n’a pas de portée juridique, et son principal objectif est d’aboutir à un programme d’actions de restauration et de gestion d’un milieu. Le SAGE et le contrat de rivière sont donc deux outils complémentaires, l'un établissant les lignes directrices de la gestion de l’eau et l'autre permettant le financement des actions. De la même manière que pour le CRE, les interventions s’inscrivent dans un périmètre géographique cohérent allant du sous-bassin versant au bassin versant. Le programme des travaux est piloté par un comité de rivière, qui représente l’ensemble des acteurs de l’eau. La durée moyenne d’un contrat est de cinq ans. (site Internet de l’Agence de l’Eau Rhône Méditerranée et Corse)

Par ailleurs il existe en France des postes de techniciens de rivière (une centaine dans toute la France, une trentaine en Bretagne). Ils sont d’une grande utilité pour coordonner l’ensemble des opérations prévues dans le cadre des contrats présentés plus haut. En effet ils assurent la liaison entre l’ensemble des acteurs, ils connaissent l’évolution de la rivière au fil des saisons et ses problèmes spécifiques, ils s’occupent de la planification avec le maître d’ouvrage et surtout ils jouent un rôle d’animation et de sensibilisation auprès des riverains et des usagers qui est primordial pour la protection et la gestion de l’écosystème rivière. Son rôle de médiateur auprès des riverains lors de la réalisation des travaux en particulier est un gage de réussite pour les contrats. (Ledard, Gross et al., 2001)

33

Figure 5 : Carte présentant l’état de dégradation du lit majeur des cours d’eau bretons (mai 2006).
(http://www.observatoire-eau-bretagne.fr/gipbeimage/download/photofullnoright/19925/386474/file/2006_Onema _Etat%20du%20lit%20majeur%20des%20cours%20d%5C%27eau.jpg, site Internet de l’Observatoire de l’eau en Bretagne. Consulté le 07/02/12.)

Concentration des altérations morphologiques

Figure 6 : Situation du bassin versant Nalón-Narcea dans les Asturies.
(http://www.bedri.es/Asturias/Medio_natural/Cuencas_hidrograficas/Mapas_Cuencas/Cuenca_del_Nalon-Narcea_001.jpg. Consulté le 07/02/12)

34

3. Les cours d’eau en Bretagne et dans les Asturies : état des lieux
a. Présentation des cours d’eau dans les deux régions La Bretagne aussi bien que les Asturies se caractérisent par la présence de rivières courtes se jetant directement dans la mer (petits fleuves côtiers) : ceci s’explique par la situation de presqu’île de la Bretagne, et par la présence de la cordillère cantabrique dans le nord de l’Espagne pour les Asturies. Les deux régions bénéficient en outre de précipitations abondantes. Les cours d’eau bretons présentent des caractéristiques bien différentes à l’est et à l’ouest de la région, en raison de variations géologiques, topographiques et climatologiques marquées. En effet l’ouest de la Bretagne se caractérise par un relief plus accentué qu’à l’est, des rivières plus courtes, une pluviométrie plus abondante et un sous-sol granitique qui permet le stockage de l’eau, contrairement au sous-sol sédimentaire de l’est où les débits d’étiage sont par conséquent très faibles (Ledard, Gross et al., 2001). Dans les Asturies le relief est très accentué, avec des sommets dépassant les 2 000 m d’altitude. Cela se traduit pour les hydrosystèmes par une forte pente et des vallées profondes où les plaines alluviales sont de taille très réduite, la capacité de transport élevée des rivières limitant le remplissage sédimentaire des vallées (site Internet de la Confédération Hydrographique Cantabrique). b. Altérations constatées i) Morphologie des cours d’eau

Que ce soit dans les Asturies ou en Bretagne, on observe encore les conséquences des modifications du monde rural après-guerre. En effet avec la modernisation des machines et la diminution de la main d’œuvre consécutive à l’exode rural, l’entretien des berges des rivières par les riverains (exploitation de la ripisylve pour le bois de chauffage, des moulins pour l’énergie hydraulique) a été délaissé (site Internet de Bretagne Environnement). Par conséquent les phénomènes d’érosion et d’inondation sont devenus plus fréquents et dommageables, les constructions s’étant rapprochées des rivières au fur et à mesure de l’accroissement de la population. Une réponse brutale au problème a été apportée dans les années 1960-1970 : des opérations lourdes de recalibrage ont été réalisées, avec uniquement une prise en compte de l’aspect hydraulique des cours d’eau (Le Gal, Haury et al., 2000). Ces impacts négatifs sont aujourd’hui connus, et des techniques plus « douces » ont été adoptées : cependant ces modifications physiques sont profondes et il s’avère souvent compliqué de revenir en arrière en réalisant des travaux de restauration, notamment dans les villes et les zones où les constructions se sont étendues jusque dans les plaines d’inondation. Comme on peut le constater sur la figure 5, les zones les plus dégradées en Bretagne sont principalement localisées à l’est. En effet la nature du sol y est plus propice aux activités agricoles, et le bassin rennais est densément peuplé et accueille de nombreuses industries. Les aménagements hydrauliques y sont alors nombreux et conséquents. Dans les Asturies, les altérations morphologiques sont concentrées dans les bassins centraux des rivières Nalón et Narcea (voir figure 6), dans la zone encerclée en bleu foncé : dans cette zone de basse altitude sont en effet concentrées la population (présence de la capitale de la province, Oviedo) et les activités industrielles, d’où de considérables altérations morphologiques (canalisation, enrochement).

35

Figure 7 : Décharge sauvage dans une rivière des Asturies.
(Observation réalisée lors d’une rencontre avec une association écologiste)

Figure 8 : Réseau d’eaux d’évacuation reliées à des fosses à purins présentes dans les champs (Asturies).
(Observation réalisée lors d’une rencontre avec une association écologiste)

36

ii) Pollution Dans les deux régions, après la seconde Guerre Mondiale le développement de l’agriculture et de l’industrie a provoqué la dégradation de la qualité de l’eau à cause des quantités toujours croissantes de rejets directs et diffus générées. De plus l’écoulement de l’eau a été modifié par l’évolution de l’occupation des sols, la suppression d’une partie du système bocager et de la ripisylve, et enfin par les travaux hydrauliques de recalibrage et de rectification des systèmes hydrographiques (Ledard, Gross et al., 2001). Or ces modifications de l’écoulement contribuent à l’altération de la qualité de l’eau, puisque le bocage et la ripisylve constituent un filtre pour une partie des polluants et que les plaines alluviales (la plupart du temps déconnectées de leurs rivières par les travaux hydrauliques) permettent elles aussi l’épuration de l’eau en éliminant une partie des nitrates et des phosphates (Angelier, 2000). En général, l’eau dans les têtes de bassin versant sont de bonne voire très bonne qualité, hormis lorsqu’il y a présence de rejets ponctuels. La pollution de l’eau, tout comme les altérations de la morphologie des cours d’eau déjà évoquées, touche principalement l’est de la Bretagne et le bassin versant central Nalón-Narcea des Asturies. Cette pollution est surtout générée par (Ledard, Gross et al., 2001 ; entretiens): - la fertilisation des terres par des engrais minéraux ou des apports organiques venant des élevages, - l’utilisation de produits phytosanitaires - les rejets urbains (figure 7) ou industriels persistants. Par le passé, lorsque l’activité minière était la première ressource économique des Asturies, elle constituait aussi une source de contamination importante pour les rivières. A présent que cette activité est fortement réduite et qu’il est obligatoire d’installer des stations d’épuration, cette source de pollution a presque été entièrement éliminée. Concernant les pollutions ponctuelles en tête de bassin versant évoquées plus haut, les commentaires entendus lors des entretiens ont révélé que dans les Asturies les rejets d’effluents d’élevage dans les rivières sont encore très répandus, malgré l’interdiction par la réglementation nationale et européenne. Ainsi il est possible d’observer dans les campagnes des installations dérivant une partie de la rivière pour nettoyer les étables, ou le déversement des fosses à purin dans la rivière (figure 8). Ce non-respect de la réglementation peut s’expliquer par une surveillance des pratiques un peu plus souple qu’en Bretagne en raison de la difficulté d’accès aux rivières, qui sont très encaissées à cause du relief, et du fait que l’agriculture soit principalement extensive, contrairement à la Bretagne, ce qui peut-être expliquerait une surveillance moins stricte. Dans les entretiens il a aussi été mentionné à plusieurs reprises le problème du mauvais fonctionnement des stations d’épuration dans de nombreuses municipalités, et de l’absence de stations dans des villages reculés. Ces dernières années, un grand effort a pourtant été réalisé pour financer la connexion des systèmes de rejet des eaux usées à des stations d’épuration, et la qualité de l’eau s’est de manière générale considérablement améliorée dans la région. Cependant certaines mairies n’ont pas toujours su prévoir les coûts associés à l’entretien des stations et gérer les subventions qu’elles avaient reçues. Ceci explique que certaines d’entre elles ne fassent plus fonctionner leur station par moment, ce qui revient à déverser les eaux usées directement dans la rivière. C’est alors pire que lorsqu’il n’y avait aucun système d’épuration, puisque toutes les eaux usées de la municipalité sont concentrées. L’eutrophisation est un phénomène qui s’observe dans les deux régions, même si elle touche beaucoup plus la Bretagne, les rivières étant fortement chargés en nitrates en raison des pratiques agricoles intensives. Dans les Asturies, l’eau est la plupart du temps courante et bien oxygénée, et les taux de nitrates n’excédent en général pas le niveau autorisé grâce à une faible superficie agricole et une structure du paysage en mosaïque relativement bien conservée qui continue à jouer son rôle de filtre naturel (De La Roza Delgado et Argamentería Gutiérrez, 2005). Par conséquent les problèmes d’eutrophisation y sont plus localisés, et ils affectent principalement les zones de barrages : en amont car les nutriments sont concentrés dans la retenue d’eau, et en aval car l’eau libérée provient du fond du barrage, où se trouvent les sédiments enrichis en polluants. 37

Figure 9 : Etat écologique visé pour les cours d’eau en Bretagne en 2015 (2007).
(http://www.eau-et-rivieres.asso.fr/media/user/File/DCE%202008/carte%20objectifs.png, site Internet de Eaux et rivières de Bretagne. Consulté le 07/02/12.)

Très bon état et potentiel écologique et bon état chimique d’ici 2015 Bon état et potentiel écologique et chimique d’ici 2015 Bon état et potentiel écologique et chimique d’ici 2021 Bon état et potentiel écologique et chimique d’ici 2027

Figure 10 : Etat écologique visé pour les cours d’eau dans les Asturies en 2015.
(Confederación hidrografica del Cantabrico, 2011)

38

iii) Etat écologique des cours d’eau

L’état écologique des cours d’eau demandé aux pays membres de l’Union Européenne d’ici à 2015 tient compte à la fois des aspects morphologiques et chimiques des cours d’eau. La France et l’Espagne ont déjà évalué l’ampleur des efforts à fournir pour atteindre ce bon état écologique. Ainsi on constate sur la figure 9 qu’en Bretagne de manière générale plus de la moitié des cours d’eau devraient pouvoir atteindre le bon état écologique d’ici à 2015. Dans le détail on observe que l’est de la Bretagne, en relation avec les altérations chimiques et morphologiques précédemment évoquées, ne pourra pas remplir les objectifs de la DCE déjà d’ici 2015. La figure 10 permet d’observer que dans les Asturies la majeure partie du territoire pourra obtenir le bon état écologique en 2015. Certaines têtes de bassins versants pourront même bénéficier du statut de très bon état écologique. Cependant le bassin versant central Nalón-Narcea, à cause des pressions importantes dont il fait l’objet, ne pourra pas atteindre le bon état écologique avant 2021. Ces résultats sont en accord avec les altérations morphologiques et chimiques qui ont été mises en avant dans les deux sous-parties précédentes.

39

Figure 11 : Usages du sol dans les Asturies
(http://www.chcantabrico.es/images/stories/cuenca/mapas_usos_suelo_dhcoccidental/usos_suelo_dhc_occidental.jpg, Usos del suelo, site Internet de la Confédération hydrographique de Cantabrique. Consulté le 26/01/12.)

40

iv) Usages du sol Comme cela peut se voir sur la figure 11, les espaces naturels sont prédominants dans les Asturies : la région est composée à 33% de surfaces boisées, à 30% de landes et les prairies naturelles représentent 19% de la superficie de la région. Les terres agricoles occupent seulement 11% du territoire (site Internet de la Confédération Hydrographique Cantabrique). L’agriculture est dominée par les exploitations laitières de petite taille, majoritairement localisées dans les zones de montagne (Arango Fernández, 2001). Les zones urbaines occupent 2% de la superficie des Asturies, et les zones humides 0,1% (site Internet de la Confédération Hydrographique Cantabrique). Sur la figure on distingue aussi quelques zones d’extraction minière. L’exploitation houillère était en effet au cours des XIXème et XXème siècles une activité primordiale pour la région, elle fournissait entre 50 et 70% de la houille nationale. A la fin du XXème la concurrence trop rude a entraîné une très forte réduction de l’activité (site Internet El rincón del vago). En Bretagne (figure 12), la situation est bien distincte puisque plus de la moitié du sol est occupée par des cultures (62% du territoire) : l’agriculture y est intensive et principalement tournée vers l’élevage. Les espaces naturels occupent quant à eux 26% de la superficie. Dans les espaces naturels sont inclues les surfaces boisées : la Bretagne présente la particularité de compter dans cette dernière catégorie 25% de linéaire bocager. Les sols artificialisés quant à eux occupent 12% du territoire. (Agreste - Enquête Teruti-Lucas, 2010)

Figure 12 : Répartition de l'occupation du sol en Bretagne (2010).
(Agreste - DRAAF Bretagne - Enquête Teruti-Lucas 2010

41

Figure 13 : Inondations de juin 2010 conduisant à l’évacuation de l’hôpital d’Arriondas, construit en zone inondable. (http://www.jairecanoas.com/iconos_riada/inundaciones.jpg)

Figure 14 : Avancée des protocoles de collaboration dans la zone cantabrique
(M. Gutiérrez García, J.A. Martín Ventura et al, 2011)

Figure 15 : Détail d’une zone de protection fluviale définie dans un protocole de collaboration (rivière Piloña, Asturies) (M. Gutiérrez García, J.A. Martín Ventura et al, 2011)

42

v) Constructions dans les plaines d’inondation Cette partie ne concerne que les Asturies, en effet elle se fonde sur des commentaires issus des entretiens réalisés, et des informations similaires se sont avérées difficiles à trouver pour la Bretagne. Nombreuses sont les personnes interrogées à avoir évoqué le problème de la construction dans les plaines alluviales, et la pression que cela constitue pour les rivières. Ceci est dû à la situation particulière des Asturies, qui se trouvent dans une zone au relief important où les vallées sont très encaissées et les rivières présentent une capacité de charge importante. Ces conditions limitent la formation de plaines alluviales, et l’occupation des zones exploitables est alors soumise à une forte compétition entre les différents usages (agriculture, activités industrielles, habitations). Il n’est alors pas rare de rencontrer des constructions en zone inondable, les mairies étant parfois tentées de céder face aux intérêts économiques et ne disposant en outre pas toujours de connaissances suffisantes en matière de dynamique fluviale et donc d’extension des inondations. En effet les mairies doivent demander une autorisation avant de permettre toute construction sur leur territoire à la CHC, cependant l’avis que cette dernière donne n’est pas à suivre obligatoirement. Un exemple parlant de ce problème de pression foncière est la construction récente d’un hôpital près d’Arriondas. Les précautions élémentaires pour un édifice de santé publique n’ont pas été prises, et l’hôpital a été construit en zone inondable : lors des fortes inondations ayant eu lieu en juin 2010 le bâtiment a dû être évacué (figure 13). En plus de présenter un réel danger pour les populations, l’occupation des plaines d’inondation provoque de nombreux impacts négatifs sur les rivières : dégradation environnementale accrue, altération de la dynamique géomorphologique (érosion des berges, colmatation du lit, etc.). Afin de mettre un terme à ce type d’excès, la CHC a pris l’initiative de signer avec les mairies des protocoles de collaboration : dix municipalités des Asturies ont déjà signé cet accord à ce jour (figure 14). Le protocole consiste à établir des zones de protection fluviale prenant en compte des critères autres que les seules propriétés hydrologiques et hydrauliques des rivières, tel que la dynamique géomorphologique et les propriétés écologiques du milieu. Cette nouvelle politique de gestion s’inscrit par ailleurs dans le respect de la Directive relative à l'évaluation et à la gestion des risques d'inondation. L’objectif de la création de ces zones de protection fluviale est d’éviter l’occupation des zones inondables. Les municipalités s’engagent à protéger ces zones afin d’éviter que le développement urbanistique n’aggrave les risques d’inondation et provoque la détérioration des hydrosystèmes. Il existe deux types de mesures de protection : la plus importante est la constitution de corridors fluviaux, qui sont des zones très inondables, soumises à une intense perturbation lors des crues. Ces zones sont incorporées aux plans d’urbanisme en tant que sols non urbanisables. Aux corridors fluviaux sont annexées des zones de protection spécifiques du milieu fluvial : il s’agit d’ajouter un contour de protection aux zones précédentes ainsi que d’intégrer les aires de protection naturelle existantes qui sont directement en lien avec la rivière. La figure 15 présente un exemple de délimitation des zones de protection fluviale. (Gutiérrez García, Martín Ventura et al., 2011) En contrepartie de l’instauration de telles zones et du respect de l’interdiction des constructions, la CHC fournit une cartographie la plus détaillée possible des risques d’inondation pour chaque municipalité.

43

Figure 16 : Localisation des barrages dans les Asturies (http://www.chcantabrico.es/images/stories/cuenca/mapas_embalses_dhcoccidental/embalses_dhc_occidental.jpg site Internet de la Confédération
Hydrographique Cantabrique. Consulté le 26/01/12.)

Figure 17 : Usage des principaux barrages de Bretagne (2009). (AEP : Alimentation en Eau Potable)
(http://www.bretagne-environnement.org/Media/Atlas/Cartes/Usages-des-principaux-barrages-de-Bretagne, site Internet de Bretagne environnement. Consulté le 12/12/11

Figure 18 : Amélioration de la continuité fluviale des rivières cantabriques.
(Martín Ventura, Pertierra de La Uz et al., 2011)

44

vi) Obstacles à la continuité écologique Les rivières des Asturies sont pour la plupart situées au fond de vallées profondes, ce qui est propice à la construction de barrages pour l’alimentation en eau potable et la production d’énergie hydroélectrique. L’énergie hydroélectrique représente près de 10% de l’énergie produite dans les Asturies (Consejería de Medio Ambiente, 2009). Bien que les premiers ouvrages de dérivation et les petites retenues aient été installés depuis longtemps, le véritable développement de ce type de constructions n’a eu lieu qu’au XXème siècle, avec un pic d’activité durant les années 1950 et 1960 (site Internet de la CHC). Les Asturies comptent une vingtaine de barrages (figure 14): ils constituent une des pressions majeures exercées sur le milieu naturel, avec des impacts tel que la modification de l’hydrologie et de la dynamique des sédiments, la perte de la continuité et de l’habitat (notamment des espèces migratrices), l’eutrophisation (Calzón García, 2011), la variation du niveau d’eau des rivières. Certains des barrages affectent la continuité des rivières déjà très en aval, comme on peut l’observer à l’ouest des Asturies sur la figure 16. De la même manière, la continuité des rivières bretonnes a été affectée par la construction d’ouvrages hydrauliques. La Bretagne compte une quinzaine de centrales hydroélectriques, ainsi que vingt retenues d’eau pour l’alimentation en eau potable ou la régulation du débit des rivières (figure 17). Près de la moitié de l’électricité produite en Bretagne provient de ces installations. La particularité de la Bretagne est que la majeure partie de cette hydroélectricité est générée par la force des marées : l’essentiel de cette électricité marémotrice provient d’une usine située dans l’embouchure de la Rance, où l’amplitude des marées est l’une des plus fortes du monde. Cette énergie renouvelable d’origine marine affecte cependant tout autant que les barrages classiques la continuité des rivières (site Internet de Bretagne Environnement). La houille est la principale source d’énergie électrique des Asturies (85% de l’énergie produite), et sa transformation dans les deux centrales thermiques de la région est à l’origine d’un autre type d’altération de la continuité des rivières (Consejería de Medio Ambiente, 2009). En effet l’eau utilisée pour le refroidissement des centrales retourne à la rivière, ce qui la réchauffe considérablement et constitue une véritable barrière thermique pour les espèces aquatiques dont les exigences de vie ne sont plus compatibles avec de telles températures (comme le saumon ou la truite). Pour le moment aucune réelle alternative énergétique n’est envisagée, bien que la production d’électricité à partir de la biomasse, de l’énergie solaire, de l’énergie éolienne, du biogaz et de la cogénération ait déjà fait son apparition (l’ensemble représente ~2,5% de l’électricité produite, d’après la Consejería de Medio Ambiente, 2009). Ce sont les énergies thermique et hydroélectrique qui restent les ressources énergétiques privilégiées. En effet des projets de construction de grands barrages (notamment un projet controversé dans une zone protégée, le parc naturel de Redes) ou de mini-centrales hydroélectriques dans les petits cours d’eau de montagne sont toujours en cours, et l’une des orientations de la politique énergétique à venir est de maintenir l’énergie thermique comme première source d’énergie de la région (Consejería de Medio Ambiente, 2009). Dans les Asturies, un réel effort de démantèlement des barrages n’étant plus en usage et d’installation de dispositifs de passage pour les poissons a été réalisé par la Consejería et la CHC ces quinze dernières années. Dans un premier temps cela a consisté à réaliser un recensement de tous les obstacles existants. Puis une trentaine de barrages et de seuils ont été détruits (figure 18), près de soixante-dix échelles à poissons ont été installées ainsi qu’un ascenseur à poissons, le seul d’Espagne. Cependant ce nombre de passes à poissons doit être nuancé : en effet la franchissabilité de certains ouvrages reste insatisfaisante même lorsqu’ils sont équipés de dispositifs de passage. Plus d’une trentaine d’échelles à poissons présentent ainsi peu d’intérêt pour le moment car elles se situent sur des tronçons de rivières rendus inaccessibles aux poissons à cause d’ouvrages situés plus en aval de trop grande taille ou non équipé d’échelles à poisson (voir figure 19) (Martín Ventura, Pertierra de La Uz et al., 2011).

45

Habitat potentiel des salmonidés

Figure 19 : Accessibilité des rivières des Asturies pour la faune piscicole (Décembre 2011).
(Grupo de Cauce – Tragsa)

46

De plus la poursuite du démantèlement d’ouvrages et de la mise en place de dispositifs de passage est limitée par la présence d’anciennes concessions toujours actives. En effet à l’époque de leur réalisation il n’existait pas d’obligations vis-à-vis de la faune piscicole : ainsi si un propriétaire ne souhaite pas réaliser de travaux, dans le cas de l’installation d’un dispositif de passage c’est à la CHC ou à la Consejería de les prendre en charge, et dans le cas d’un démantèlement il faut envisager l’expropriation. Ce sont des solutions très coûteuses dans les deux cas. De plus le démantèlement des barrages n’est pas toujours la meilleure solution, bien que ce soit la solution à privilégier car c’est la plus économique (comparé à l’installation d’une passe à poissons) et la moins problématique pour le retour des poissons à la mer (car à ce jour rien ne permet de les guider plutôt vers l’échelle à poissons que vers les turbines d’un barrage). En effet les quantités de sédiments déplacées peuvent être trop volumineuses, et dans certains cas les sédiments ont été contaminés par des matières dangereuses (présence d’une usine chimique, etc.) et celles-ci pourraient être réactivées lors de la libération des sédiments. Ainsi parfois il est préférable, même dans le cas d’un ouvrage n’étant plus en usage, de mettre en place un dispositif de passage. Par ailleurs il faut garder à l’esprit que tous les ouvrages hydrauliques ne présentent pas une menace pour la faune aquatique, au contraire ils ont parfois été intégrés au sein de l’écosystème et servent de refuge, de zone de frai, etc. Il en est ainsi pour certains seuils, digues d’irrigation installés depuis de très nombreuses années, qui font en outre partie du patrimoine d’une région et doivent être conservés dans la mesure du possible. vii) Poissons migrateurs Les rivières de Bretagne et des Asturies accueillent de nombreuses espèces migratrices, tel que l’anguille, le saumon, la lamproie marine, la lamproie fluviatile, l’alose vraie, l’alose feinte et la truite de mer (Ledard, Gross et al., 2001 ; communication personnelle). Les deux régions se distinguent pour accueillir la majorité des populations de saumons atlantique de leurs pays respectifs (Le Gal, Haury et al., 2000 ; Calzón García, 2011). Les salmonidés sont des indicateurs de haute valeur naturelle des cours d’eau, en raison de leurs exigences en matière de qualité d’eau et du fait que ce sont des poissons migrateurs pour la plupart (la truite peut dans certains cas constituer des populations sédentaires). Leur présence dans une rivière signifie donc qu’aucun obstacle majeur n’a entravé leur descente ou remontée des cours d’eau, et que l’eau présente une bonne qualité. Dans les cours d’eau anthropisés des deux régions, les populations de poissons sont affectées par de fortes modifications physiques et chimiques (Ledard, Gross et al., 2001) : - une qualité de l’eau dégradée par les activités industrielles et agricoles et les rejets des centres urbains, - une homogénéisation des habitats suite aux travaux hydrauliques (recalibrage, curage, mise en retenue), - un colmatage des substrats (ce qui dégrade les frayères) et une accélération des ruissellements provoquée par la suppression du système bocager ou de la ripisylve, - une entrave à la migration des espèces migratrices à cause des barrages et des seuils. Ainsi dans les Asturies 80% des principaux bassins versants sont rendus inaccessibles à cause de la présence de trois grands barrages (communication personnelle), comme on peut le constater sur la figure 19 en comparant les habitats potentiels et réels des salmonidés. Quant à la Bretagne, les plus importants ouvrages infranchissables sont visibles sur la figure 20 : on en décompte huit.

47

BRETAGNE

Figure 20 : Ouvrages infranchissables pour les poissons migrateurs en 2010 (non exhaustif).
(http://www.donnees.centre.developpement-durable.gouv.fr/SDAGE/classement_L214-17/9B_continuite_ecologique.pdf, site Internet de la DREAL du bassin Loire-Bretagne. Consulté le 07/02/12.)

Figure 21 : Etat de l’habitat piscicole en Bretagne (1997).
(http://sites.rivieres.pagesperso-orange.fr/images/bretagne/eau_bretagn/habita.jpeg, site Internet de Sites et rivières des terres de Loire. Consulté le 01/01/12.)

48

A l’inverse, le délaissement de certains cours d’eau par l’homme suite à l’exode rural peut aussi présenter des aspects négatifs. Le manque d’entretien peut en effet provoquer la dégradation de la qualité de l’eau (notamment à cause de la décomposition des feuilles tombées dans l’eau, fortes consommatrices d’oxygène), un colmatage du substrat par les vases et une diminution de l’intensité lumineuse, ce qui réduit le nombre d’insectes et donc la quantité de nourriture pour la faune aquatique (site Internet de l’Association Agréée de Quimper et de ses environs pour la Pêche et la Protection du Milieu Aquatique). Sur la figure 21, il est possible d’observer que l’habitat piscicole est fortement dégradé à l’est de la Bretagne, contrairement à l’ouest où les cours d’eau sont encore relativement préservés. Ceci est à lier avec un usage des sols plus dommageable pour l’environnement à l’est, comme on l’a déjà évoqué dans une partie précédente (Ledard, Gross et al., 2001). Dans les Asturies, la pêche est une activité traditionnelle et populaire ayant encore de nos jours une importance considérable : de nombreux pêcheurs viennent du reste de l’Espagne ou même de l’étranger pour y assouvir leur passion. A la différence du reste de l’Espagne, le nombre de licences dans les Asturies a doublé en presque trente ans (entre 1971 et 1999 ; Consejería de medio ambiente, 2003), et la région concentre près de 90% des captures nationales de saumons depuis 1995. La pression piscicole s’est par conséquent considérablement accrue ces dernières décennies, avec une demande croissante de nouveaux espaces de pêche, surtout salmonicoles. Ceci a conduit à une dégradation progressive des écosystèmes riverains et à la réduction de la taille des populations piscicoles (Grupo de desarrollo rural del Bajo Nalón, 2005). C’est la Communauté autonome, responsable de la gestion de la faune et donc compétente en matière de pêche, qui oriente la gestion des rivières par l’intermédiaire de la Consejería. De 1985 à 1992 elle a entrepris de relâcher dans les rivières des alevins venant du nord de l’Europe afin de pallier à la diminution des populations de salmonidés. Puis à partir de 1992 elle a fortement développé la repopulation à partir de reproducteurs autochtones, la technique précédente faisait disparaître les adaptations locales des espèces sauvages à cause de l’introgression de génomes étrangers (Horreo, De La Hoz et al., 2012). Dans un premier temps il s’agissait de repeupler les rivières des Asturies avec une seule variété de truites et de saumons, mais à présent chaque rivière est repeuplée à partir d’alevins des sous-espèces locales. Pour réaliser la repopulation, la communauté autonome dispose de quatre établissements piscicoles, et depuis les années 1997 elle encourage aussi les associations de pêcheurs à participer à l’effort de repopulation en leur octroyant des subventions et des réductions sur le prix des emplacements de pêche. Les sept associations collaboratrices étant les seules associations de pêcheurs représentées au Conseil de pêche (organe consultatif), cela leur offre l’exclusivité du droit de parole. La repopulation est encadrée par les scientifiques à travers la contribution de l’université d’Oviedo (suivi des populations), mais la Consejería ne suit pas toujours ses préconisations. Par exemple la repopulation actuelle consiste à relâcher dans les rivières des alevins et non des œufs fécondés, ce qui est controversé car il a été démontré que le comportement des alevins élevés dans des établissements piscicoles se trouve modifié, avec plus de la moitié des adultes n’étant plus capable de retrouver leur rivière d’origine (communication personnelle). Cette technique alternative a par ailleurs été essayée avec succès par quelques associations de pêcheurs (sans appui de l’université, cela vient de leur propre initiative), mais la Consejería n’a pas souhaité qu’elles reconduisent l’expérience. De plus il est reconnu à présent que la repopulation des rivières seule ne présente pas de résultats brillants : tout au plus elle contribue à près de 10% de la composition des nouvelles populations, notamment à cause d’un faible nombre de reproducteurs (Horreo, De La Hoz et al., 2012). De plus l’un des chercheurs rencontrés a fait part de ses inquiétudes quant à la pression supplémentaire sur les populations que représente le prélèvement de reproducteurs pour la repopulation. En revanche, il a été démontré que l’amélioration des habitats à travers la mise en place d’échelles à poissons pour récupérer des zones de frai en amont des obstacles à la migration était la meilleure solution existante à l’heure actuelle. De plus elle semble plus sensée écologiquement parlant que d’influer directement sur la composition des populations (Horreo, De La Hoz et al., 2012). Par ailleurs la Consejería travaille uniquement avec des chercheurs spécialisés dans le domaine de la génétique des poissons et non avec des écologues travaillant sur 49

les hydrosystèmes de manière plus générale, or leur aide permettrait de développer la restauration des habitats par exemple. De plus aucune étude ne s’intéresse à l’efficacité de la repopulation naturelle, bien que plusieurs personnes interrogées aient affirmé que les populations de salmonidés pourraient se reconstituer seules si la pêche était réduite voire interdite, et que la repopulation n’était en réalité réalisée uniquement dans le but de satisfaire la pratique de la pêche. Cependant malgré ces diverses preuves montrant que la repopulation n’est peut-être pas la meilleure solution à envisager, il semble difficile de renverser du jour au lendemain les orientations adoptées ces vingt dernières années. En effet le développement de la repopulation a représenté un investissement financier et humain (à travers la contribution des associations de pêcheurs) considérable, et un changement de politique qui soutiendrait une pression piscicole moins élevée ou une restauration plus axée vers les hydrosystèmes pourrait nécessiter un certain temps avant d’être acceptée par les principaux intéressés. A présent, le choix de l’orientation à adopter pour les années à venir commence déjà à se poser : en effet la prochaine étape de la repopulation consisterait à élever les saumons en cycle fermé, comme cela se fait déjà avec les truites. Cela signifierait ne plus prélever de nouveaux reproducteurs chaque année : cela représente une sécurité en cas d’années plus pauvres en saumons, mais signifierait aussi une certaine domestification des salmonidés, avec encore davantage d’altération de leur instinct naturel. L’importance de la pêche dans les Asturies se traduit jusque dans la sphère politique. Une illustration de l’influence du secteur de la pêche est le brusque tournant pris par la réglementation suite au changement du gouvernement local en 2011. En effet, alors qu’au cours de ces dernières années un durcissement de la réglementation de la pêche avait été amorcé afin de protéger les salmonidés, aboutissant à un total de trois captures de saumons autorisées par pêcheurs et par an, la nouvelle réglementation autorise la capture de cent prises. De plus, davantage de jours seront ouverts à la pêche, il n’y aura plus de journées interdites de pêche ni de période consacrée à la pêche sans mort comme auparavant. Cette nouvelle réglementation a été décidée bien que cinq associations de pêcheurs sur sept présentes au Conseil de pêche s’y soient opposées (article de La Nueva España du 19/10/11, Cascos elimina las restricciones al salmón al retirar los días de veda y la pesca sin muerte). Certains avancent l’idée que ce brusque changement de réglementation serait une manœuvre politique afin d’obtenir la satisfaction et donc le soutien des pêcheurs, nombreux dans la région. En Bretagne, la gestion des poissons migrateurs est bien différente. Bien qu’étant elle-aussi la région disposant des plus grandes populations de salmonidés en France, une moindre importance semble être accordée à la pêche dans la région. Cela pourrait s’expliquer par une économie reposant principalement sur les activités agricoles et industrielles, avec un tourisme dépendant peu des ressources piscicoles. Cependant tout comme dans les Asturies, des actions sont entreprises afin d’aider à la préservation des poissons migrateurs. Celles-ci ne concernent pas uniquement les salmonidés, mais tous les poissons migrateurs présents dans la région (dans les Asturies, les salmonidés sont les principaux poissons migrateurs peuplant les cours d’eau). Le soutien apporté en particulier au saumon atlantique consiste à (Arago, date inconnue) : - maintenir à leur niveau actuel les populations considérées en bon état, - augmenter la taille des populations en sous effectif grâce à la reconquête d’habitats perdus par blocage de la migration ou modification du milieu naturel, - soutenir les populations par la repopulation pour les cours d’eau en grande difficulté. Contrairement aux Asturies, la truite ne fait pas l’objet de repopulation, mais son habitat et notamment les frayères sont restaurées.

50

c. Espaces protégés existants
Un certain nombre d’espaces protégés ont été mis en place dans les Asturies et la Bretagne et contribuent à la protection de la faune et de la flore. Plusieurs types de zones protégées existent, dont voici quelques-unes : - les ZNIEFF (Zones Naturelles d’Intérêt Ecologique Faunistique et Floristique) en France. Il en existe de deux sortes, celles de type I qui sont des secteurs de grand intérêt biologique ou écologique, et celles de type II qui sont de grands ensembles naturels riches et peu modifiés, offrant des potentialités biologiques importantes. La Bretagne compte 872 ZNIEFF, le tout se répartissant sur 480 550 ha comme on peut l’observer sur la figure 22. Les ZNIEFF constituent un élément majeur pour la protection de la nature, en effet elles doivent être prises en compte dans le cadre de l’élaboration de projets d’aménagement du territoire (site Internet de l’Inventaire national du patrimoine naturel). - les Réserves Naturelles Fluviales en Espagne. Elles correspondent à des parties de rivières où l’intervention humaine est nulle ou rare. Ce concept est encore en cours d’élaboration, et l’objectif est d’intégrer ces Réserves Naturelles Fluviales dans les Plans Hydrologiques de Bassin. Ainsi ces zones encore préservées pourront être protégées des dégradations, et les zones environnantes le nécessitant seront restaurées afin d’établir un corridor écologique qui pourra être intégré au sein du réseau Natura 2000. La CHC a fait la proposition de 15 sites sur son territoire (qui s’étend sur tout le nord de l’Espagne) susceptibles de recevoir le statut de Réserves Naturelles Fluviales, ce qui représenterait un linéaire de près de 240 km (Congreso Ibérico de Restauración Fluvial – RestauraRíos, 2011). - le réseau Natura 2000 établit par la Directive Habitat : la Bretagne dispose de 58 SIC et de 25 ZPS (figure 23), et les Asturies de 49 SIC et 13 ZPS (figure 24).

Figure 22 : Localisation des ZNIEFF en Bretagne (2007)
(http://www.bretagne-environnement.org/Media/Atlas/Cartes/Znieff-et-Zico-de-Bretagne. Consulté le 07/02/12.)

51

SIC ZPS
Figure 23 : Le réseau Natura 2000 en Bretagne.
(http://cartelie.application.developpement-durable.gouv.fr/cartelie/voir.do?carte=Natura2000&service=DGALN, site Internet du Ministère de l’écologie, du développement durable, des transports et du logement. Consulté le 29/01/12.)

SIC ZPS SIC et ZPS

ASTURIES

Figure 24 : Le réseau Natura 2000 dans les Asturies (2010).
(http://www.marm.es/es/biodiversidad/temas/red-natura-2000/mapa_espana_red_natura_tcm7-24959.pdf, (carte date de 2010) site Internet du Ministère de l’agriculture, de l’alimentation et de l’environnement. Consulté le 29/01/12.)

52

4. La restauration des rivières en France et en Espagne, suivant les exemples de la Bretagne et des Asturies
a. Avancée des opérations de restauration et principaux acteurs i) Aperçu de l’avancée des projets de restauration Pour établir un premier état des lieux des projets de restauration existant en France et en Espagne, les données fournies par IWR-FORECASTER s’avèrent utiles. Il s’agit d’un projet européen (réalisé de 2008 à 2010) dont l’objectif est de faire le lien entre la science et la pratique de la restauration pour améliorer l’état des rivières et des eaux non courantes à travers la mise en place de stratégies de restauration efficaces et viables économiquement (site Internet de IWRFORECASTER). L’objectif est d’analyser et d’évaluer les résultats de la recherche et des études de cas s’intéressant aux dégradations et aux réhabilitations morphologiques et à leurs effets écologiques grâce à des échanges de données entre six pays (Allemagne, Grande-Bretagne, Espagne, France, Hollande et Roumanie). Cette plateforme Internet a l’ambition de constituer un outil pour les acteurs de la restauration en présentant les succès et échecs de chaque expérience. L’objectif n’étant pas de recenser toutes les opérations de restauration écologiques mais plutôt de disposer d’un ensemble représentatif de la situation dans le domaine (Morandi, 2011), les données issues de ce projet ne nous serviront dans un premier temps qu’à avoir une idée des actions de restauration présentées comme de bons cas d’étude (ce qui ne signifie pas pour autant exempts de défauts) en France et en Espagne. Ces projets bretons et asturiens sont localisés sur la figure 25 :

Esva

Narcea

Piles Sella Langonnet

Léguer

Lauzach

Figure 25 : Cas d’étude sélectionnés dans les Asturies et en Bretagne pour le projet IWR-FORECASTER.
(site Internet du projet IWR-FORECASTER)

Puis nous étendrons l’état des lieux des projets de restauration en Bretagne et dans les Asturies à d’autres types d’actions identifiées dans les deux régions.

Projets de restauration des cours d’eau dans les Asturies

Quatre projets ont été mis en avant dans les Asturies, dont deux sont des applications de l’ENRR. Comme seuls trois projets de restauration issus de l’ENRR ont été développés dans les Asturies (avec un troisième projet qui ne s’apparente pas à de la restauration écologique puisqu’il s’agit de la construction d’une passe à poissons), l’intérêt que le projet européen IWRFORECASTER leur porte signifie que la stratégie donne des résultats intéressants, du moins dans cette région. Nous développerons plus particulièrement ces deux projets car ils relèvent de la restauration écologique. Le premier projet distingué, qui ne fait pas partie de l’ENRR, concerne la mise en place d’une protection contre l’érosion des berges de la rivière Esva en 2009-2010, car malgré sa canalisation elle continue à être érodée lors des périodes de fort débit. Comme la zone a été déclarée d’importance communautaire, le choix s’est porté sur des techniques de bioingénierie. Par ailleurs quelques structures entravant la connectivité latérale de la rivière ont été éliminées (site Internet de IWR-FORECASTER). 53

Figure 26 : Mesures proposées pour un secteur dans le cadre de la restauration de la Narcea.
(Confederación Hidrográfica del Cantábrico, 2009)

Figure 27 : Création d’une zone humide sur la rivière Piles. (Martín Ventura et Santos Alonso, 2011)

Figure 28 : Mesures proposées dans un secteur de la Sella dans le cadre de sa restauration.
(Confederación Hidrográfica del Cantábrico, 2009)

54

Le deuxième projet, issu de l’ENRR, est développé sur un tronçon de la rivière Narcea, une des plus étendue des Asturies. Cette rivière souffre entre autre d’altérations morphologiques dues aux ouvrages hydrauliques existants (canalisation, enrochement, barrages) et de phénomènes d’érosion, de colmatation du lit, etc. Comme tous les projets de l’ENRR dans les Asturies, celui-ci n’a pas encore été réalisé bien que toutes les étapes préalables aient été effectuées. Afin de restaurer le tronçon concerné, les mesures suivantes ont été proposées (Confederación Hidrográfica del Cantábrico, 2009) : - signature de protocoles de collaboration avec les mairies des environs (cf. sous-partie précédente concernant les constructions dans les plaines d’inondation) afin de limiter le développement urbanistique dans la plaine d’inondation, - restauration de la morphologie de la rivière (enlèvement ou aménagement des infrastructures hydrauliques existantes) afin qu’elle récupère sa dynamique naturelle ainsi que les bras morts qui faisaient partie de son lit historique, - acquisition des terrains se situant dans la plaine alluviale dont l’usage n’est pas compatible avec la récupération morphologique de la rivière, - restauration de la continuité latérale et longitudinale de la ripisylve pour renforcer son rôle de corridor écologique. Ceci pourra être réalisé grâce à une restauration active (plantations) ou passive (délimitation de zones de protection : clôtures, etc.), - limitation des risques d’inondation concernant un secteur par des mesures structurelles (barrière défensive) ou non (imperméabilisation des façades, destination des parties basses des constructions à des usages peu vulnérables, etc.), - contrôle des espèces invasives. Ces différentes mesures (dont la figure 26 donne un aperçu cartographique) ont été soumises à l’avis des diverses parties intéressées à travers un processus de participation publique. Une partie du projet a été refusée, en effet elle suscitait trop d’inquiétudes auprès de la population concernant les risques d’inondations notamment. Ce projet relève bien de la restauration écologique, en effet une étude approfondie concernant tout le bassin versant dont dépend la zone à restaurer a été réalisée au préalable afin d’établir un état de référence qui oriente le choix des mesures. Les aspects humains n’ont pas été oubliés, puisque les risques d’inondation qu’implique la mise en œuvre de la restauration ont été pris en compte. De plus un processus de participation publique a été réalisé et a tenu compte de l’avis de la population. Un troisième projet concerne la création en 2010 d’une zone humide connectée à la rivière Piles, en compensation des multiples impacts environnementaux qui affectent ce tronçon du cours d’eau. La zone humide sert aussi de réservoir en cas d’inondations pour protéger les villes situées en aval. Cette zone humide a été créée en employant principalement des techniques de bioingénierie (figure 27). Les alentours accueillent à présent diverses espèces, en particulier des oiseaux migrateurs qui l’utilisent comme aire de repos. Un sentier et un mirador ont par ailleurs été installés, dans un souci de sensibilisation du public. (Martín Ventura et Santos Alonso, 2011) Le quatrième projet s’inscrit dans le cadre de l’ENRR. Il s’intéresse à la rivière Sella, et sa réalisation a suivi les mêmes étapes que le projet de la Narcea : étude préalable, propositions de mesures de restauration, processus de participation publique. Cette fois-ci lors de la participation publique toutes les mesures proposées ont été acceptées (voire des exemples sur la figure 28). Les mesures sont les suivantes (Confederación Hidrográfica del Cantábrico, 2009) : - élimination des altérations morphologiques (obstacles, barrières défensives, accumulation de matériel d’origine anthropique qui réduisent la largeur du lit, etc.), - récupération des berges dont des infrastructures proches (voie de chemin de fer) sont menacées par l’érosion (utilisation de techniques de bioingénierie), - restauration de la ripisylve, - installation de refuges pour les pêcheurs, de sentiers et d’embarcadères pour les canoës, - contrôle des espèces invasives. 55

Figure 29 : Distribution des ouvrages de bioingénierie sur le bassin hydrographique de la CHC.
(Martín Ventura et Santos Alonso, 2011)

Figure 30 : Exemples de projets de bioingénierie réalisés dans les Asturies.
(Martín Ventura et Santos Alonso, 2011)

56

Là aussi les aspects humains ont été pris en compte, avec la volonté d’aménager la rivière de telle manière que la population puisse tirer des bénéfices de la restauration autres que le seul aspect paysager, avec le développement d’espaces de loisirs. Ainsi sur ces quatre projets, seuls deux paraissent suivre les principes de la restauration écologique puisqu’ils considèrent les aspects environnementaux tout en n’occultant pas les besoins humains, et ils ne font pas appel à des techniques lourdes lorsque ce n’est pas indispensable. De plus ils se fondent sur une étude préalable approfondie de tout le bassin versant concerné afin de mener une restauration qui soit cohérente tout le long de la rivière. En dehors de ces actions que le projet IWR-FORECASTER a distinguées, il reste à signaler d’autres projets de restauration qui ont été menés (et qui ont déjà été réalisés, contrairement aux projets de l’ENRR) dans les Asturies. Ils font suite aux premières initiatives de la CHC à adopter des techniques alternatives à l’ingénierie traditionnelle. Ces projets, débutés en 2006, ne prétendent pas être issus de la restauration écologique, ce sont plutôt des projets de bioingénierie. En effet souvent ils n’ont pas été développés dans l’idée de restaurer les hydrosystèmes mais plutôt de lutter contre l’intense dynamique fluviale caractérisant la région, liée à la forte pente et aux débits importants. Cette dynamique provoque l’érosion des berges des cours d’eau et menace les infrastructures (gazoduc, route, etc.) ou les habitations proches, ce qui rend des aménagements nécessaires. Cependant parfois les projets ont aussi été conçus avec des objectifs de récupération des processus naturels, des techniques végétales combinées à l’élimination d’infrastructures ou encore la création d’espaces fluviaux. Ce sont en tout une quinzaine de projets de bioingénierie qui ont été réalisés dans les Asturies (figures 29 et 30), avec des budgets consacrés parfois conséquents. Avant la réalisation de tout projet est réalisé un diagnostic de la stabilité des berges, de l’enracinement des espèces végétales, du développement de la ripisylve, de l’état des tronçons adjacents et enfin de la présence d’espèces invasives. La plupart des projets présentent des résultats satisfaisants, même si certains ont souffert des inondations de juin 2010 car leur couverture végétale n’était pas encore assez développée. Certains échecs sont par contre dus à une mauvaise conception ou exécution du projet : ainsi certains travaux ont uniquement réussi à déplacer les problèmes d’érosion sur un autre secteur du cours d’eau. (Martín Ventura et Santos Alonso, 2011)

Projets de restauration des cours d’eau en Bretagne

En Bretagne, trois projets de restauration des cours d’eau ont été choisis par IWRFORECASTER comme cas d’étude. Il s’agit des projets de la rivière Drayac, de la rivière Langonnet et de la rivière Léguer. Nous développerons seulement les projets de la Drayac et de la Léguer, qui sont ceux pour lesquels nous disposons de suffisamment d’informations. L’opération de restauration de la Drayac (terminé en 2007), a consisté à rétablir une population de truites sur la rivière par la restauration de la qualité des habitats. En effet la Drayac ayant été recalibrée et recevant les rejets de deux usines agroalimentaires, la reproduction de la faune salmonicole était particulièrement affectée. Les travaux ont consisté à implanter dans le lit des petits aménagements hydrauliques pour recréer une sinuosité et diversifier les écoulements, mais aussi à mettre en place des mesures d’accompagnement comme l’entretien de la ripisylve, la mise à disposition de pompes de prairies, etc. La restauration s’inscrit dans le contexte d’un CRE, elle a été prise en charge par une fédération départementale de pêche ainsi qu’une association agréée pour la pêche et la protection du milieu aquatique. L’opération a fait l’objet d’une évaluation. Celle-ci a consisté à étudier l’évolution des différents aménagements et leur efficacité sur les habitats et les populations de poissons, ainsi qu’à identifier les facteurs limitant la récupération du milieu. (Morandi, 2010) Le projet de restauration du Léguer, réalisé en 1996 a consisté à démanteler un barrage n’étant plus en usage : par le passé il alimentait en électricité une papeterie, puis il a été utilisé pour la production d’hydroélectricité jusqu’en 1993. L’enjeu du projet était de deux ordres, sécuritaire et écologique. En effet le barrage présentait des signes de faiblesses lors des crues, et il 57

Figure 31 : Avancement des SAGE en Bretagne (2011).
(http://gesteau.eaufrance.fr/sage, site Internet de Gest’eau. Consulté le 03/01/12.)

Figure 32 : Contrats territoriaux – Volet milieux aquatiques en Bretagne (2011).
(http://www.bretagne-environnement.org/Media/Atlas/Cartes/Mise-en-oeuvre-des-programmes-restauration-et-entretien-des-milieuxaquatiques/%28image%29/85539, site Internet du Groupement d’Intérêt Public Bretagne Environnement. Consulté le 27/01/12.)

58

se trouve sur une rivière classée à poissons migrateurs. Or la passe à poissons existante ne fonctionne plus, et une faune piscicole de plan d’eau ainsi qu’une eutrophisation se sont développés. C’est l’Etat qui a pris en charge le projet, dont les travaux ont consisté à réaliser un curage des vases situé dans la retenue d’eau puis un arasement du barrage. En parallèle, des seuils ont été réalisés dans la rivière afin de ralentir les écoulements et favoriser la décantation. Puis cinq ans après la fin des travaux, les rives du Léguer ont été réhabilitées (stabilisation des berges, remise en prairies, etc.). L’opération de restauration a fait l’objet d’une évaluation, dont l’un des objectifs était de déterminer la nécessité d'aménagements complémentaires pour favoriser les peuplements piscicoles. (Morandi, 2010) Afin de compléter cet aperçu des actions de restauration existantes, les travaux de GeoRiv s’avèrent eux-aussi intéressants. Cette initiative s’inscrit dans le projet de IWR-FORECASTER : il s’agit d’un recensement Internet des opérations de restauration des rivières en France. En Bretagne, ce sont 27 projets de restauration qui ont été répertoriés. Les informations sur chaque projet sont très succinctes, cependant il semblerait que la grande majorité de ces actions ne s’inspire pas de la restauration écologique, puisque pour la plupart les objectifs consistent à mettre en valeur les radiers et à assurer la libre circulation piscicole et halieutique. Les travaux réalisés sont le dégagement des rives, des encombres et l’élagage de la ripisylve. Il semblerait donc que la restauration concerne surtout le compartiment piscicole et que les moyens employés pour atteindre les objectifs relèvent davantage de l’entretien que de la restauration. (site Internet de GeoRiv) Les outils existants en France pour soutenir la gestion des milieux aquatiques constituent par ailleurs un cadre favorable au développement de projets de restauration. Il se révèle ainsi intéressant de voir l’extension de ces mesures réglementaires en Bretagne. Tout d’abord, sur la figure 31 est visible l’état d’avancement des SAGE en Bretagne : on constate que près de 40% des SAGE sur territoire en sont au stade de l’élaboration des SAGE, et que plus de la moitié de la Bretagne dispose de SAGE se trouvant au moins au stade de la mise en œuvre. La figure 32 présente quant à elle les Contrats territoriaux s’appliquant aux milieux aquatiques en Bretagne. Les contrats territoriaux regroupent à la fois les contrats de rivière et les CRE. Un peu moins de la moitié de la région fait l’objet de tels contrats, et pour un quart de la Bretagne des contrats territoriaux sont en attente de mise en œuvre. Il ressort de cet aperçu des actions de restauration que la Bretagne réalise davantage de projets que les Asturies. La restauration des milieux aquatiques y a en effet été intégrée plus tôt dans la gestion des cours d’eau, et de nombreux outils ont été mis à la disposition des gestionnaires. Dans les Asturies l’apparition de la restauration des rivières a été plus tardive, elle n’a réellement débuté qu’à partir de 2006, et elle doit encore trouver une légitimité auprès des différents usagers des cours d’eau. Cet aperçu permet aussi de constater que malgré l’expérience dont bénéficie la Bretagne elle n’est pas à l’abri de dérives de la restauration, vers des actions davantage tournées vers des objectifs piscicoles par exemple.

59

ii) Les acteurs de la restauration Les travaux de Bertrand Morandi (2011), qui a recensé sur Internet et analysé 480 actions de restauration de rivières en France, permettent de dégager quels sont les principaux commanditaires des travaux de restauration des cours d’eau en France. Les principales structures assurant la maîtrise d’ouvrage sont : les syndicats intercommunaux et les EPTB (Etablissement Publics Territoriaux de Bassin (47% des travaux), la FNPF (Fédération Nationale pour la Pêche en France), ses Fédérations Départementales (FDPPMA) et les Associations Agréées pour la Pêche et la Protection du Milieu Aquatique (AAPPMA) à hauteur de 16%, les collectivités territoriales, l’Etat ou d’autres structures (~8%).

Néanmoins ces maîtres d’ouvrages n’agissent pas toujours seuls, ils peuvent bénéficier du soutien (technique, scientifique ou financier) de divers partenaires : il peut s’agir des maîtres d’ouvrage précédemment cités, mais aussi des agences de l’eau ou de l’Union Européenne. En ce qui concerne la nature des projets de restauration réalisés, ils peuvent se rattacher à une approche majoritairement écologique, piscicole ou hydraulique. Voilà les lignes de conduites suivies par les principaux acteurs de la restauration des rivières en France (Morandi, 2011): les structures de pêche se déclarent principalement impliquées dans des actions à objectif piscicole, et en second lieu à objectif écologique, les structures syndicales assurent prioritairement la gestion hydraulique, puisque quand elles agissent seules les mesures consistent la plupart du temps à assurer la sécurité des biens et des personnes (entretien du chenal et de la ripisylve, protection des berges, gestion hydraulique). La restauration écologique ne semble donc pas être souvent employée dans la mise en œuvre des SAGE et des contrats de rivière. les agences de l’eau sont fortement impliquées dans les actions écologiques, mais pourtant elles continuent de soutenir des travaux hydrauliques. Il en est de même de la part de l’Union Européenne, qui finance principalement des opérations écologiques mais qui apporte tout de même son soutien aux actions hydrauliques. Cela témoigne probablement d’une volonté d’approche plus globale.

-

En Espagne, la gestion des milieux aquatiques n’étant pas déclinée à l’échelon local, peu d’acteurs de la restauration écologique se dégagent. Ce sont principalement les Confédérations hydrographiques qui prennent en charge les opérations de restauration, de leur propre initiative (elles appartiennent à l’Etat mais néanmoins disposent d’une certaine liberté d’action) ou bien dans l’objectif de respecter les consignes nationales (ENRR) ou européennes (DCE, Directive Inondations, etc.). Par ailleurs les Asturies, par l’intermédiaire de la Consejería, contribuent indirectement aux projets de restauration écologique. En effet l’Etat ayant délégué ses compétences en matière de faune et de flore aux Communautés autonomes, c’est elle qui prend en charge la restauration de la continuité écologique des rivières. Elle a ainsi entrepris la destruction d’un certain nombre d’obstacles qui n’étaient plus en usage ainsi que l’installation de passes à poissons. La restauration de la continuité seule ne peut certes pas être considérée comme de la restauration écologique, mais alliée aux projets de restauration réalisés par la CHC elle permet de restaurer les habitats des hydrosystèmes à une plus grande échelle spatiale en considérant les bassins versants. Enfin, la Consejería prend en charge la repopulation des rivières en salmonidés, ce qui selon elle contribue à restaurer les rivières. Cependant cette vision de la restauration ne répond pas aux critères de la restauration écologique : seul le compartiment piscicole est considéré, et ce n’est pas la restauration de l’hydrosystème par lui-même qui est soutenue mais une reconstruction très assistée.

60

Même si la quasi totalité des actions de restauration sont prises en charge par la CHC, il existe tout de même des initiatives au niveau local. Ainsi il existe deux associations dans les Asturies (toutes deux ayant été rencontrées lors des entretiens) s’étant investies dans le programme de volontariat pour les rivières lancé par l’Etat dans le cadre de l’ENRR : les deux associations (l’une de pêcheurs, l’autre écologiste) ont choisi de réaliser du nettoyage des rivières et de la sensibilisation de la population. De plus, même si l’on a vu que le nettoyage réalisé par les associations de pêcheurs ne correspond pas à de la restauration écologique, il a toute sa place au sein d’un projet de plus grande envergure. b. La mise en pratique de la restauration écologique i) Evolution de la conception

Que ce soit en France ou en Espagne, par le passé les interventions sur les cours d’eau relevaient principalement d’une approche sectorielle et répondaient à des objectifs d’ordre hydraulique (lutte contre les crues, protection des terres agricoles et des zones urbaines) : la rivière était perçue dans une vision uniquement linéaire. A présent, les cours d’eau sont considérées à partir d’une approche plus globale, qui les intègre dans un bassin versant et qui prend en compte les interconnexions entre les milieux aquatique et terrestre : l’objectif premier est la protection des milieux (Le Gal, Haury et al., 2000). Cette approche globale, considérant tout le bassin versant, a été vivement encouragée par les financeurs en France. Cela s’est alors traduit par une multiplication des études préalables (Le Gal, Haury et al., 2000). Cependant sur le terrain cela a pu provoquer une certaine homogénéisation des travaux réalisés dans un même bassin versant, avec une absence d’élaboration d’objectifs sectorisés pour 90% des cas (Boyer, 1998). Ces deux aspects conduisent à une systématisation de l’entretien le long des cours d’eau, qui peut avoir des impacts négatifs si les techniques ne sont pas adaptées au fonctionnement de la rivière (Le Gal, Haury et al., 2000). Par ailleurs, alors que de nombreuses études ont démontré l’intérêt des débris ligneux grossiers et qu’en France 85% des techniciens pensent qu’ils doivent être préservés pour le rôle important qu’ils jouent dans le lit, pour les poissons notamment (caches, abris), en réalité ce sont 67% des rivières françaises qui en sont entièrement nettoyées (Boyer, 1998). Le terme de restauration écologique est encore trop souvent confondu avec celui de restauration hydraulique, et ceci même dans le contexte actuel d’application de la DCE, qui pourtant n’intègre pas de définition aussi élargie. En général, on retrouve trois types d’approches de la restauration des rivières. On peut les illustrer avec les travaux de Bertrand Morandi (2011). Il distingue en effet parmi les 480 actions de restauration de rivières qu’il a recensées en France les approches suivantes : une approche hydraulique, ingénieriste et visant avant tout à assurer la sécurité de la population (49% des actions recensées. 11% de celles-ci sont néanmoins couplées à des actions écologiques), une approche piscicole, soucieuse de conserver une ressource (27%), une approche écologique, qui cherche à retrouver un bon fonctionnement des hydrosystèmes (23%).

Malgré l’essor des actions piscicoles et écologiques, on constate ainsi que les actions à dominante hydraulique représentent encore près de la moitié des actions recensées. Le terme de restauration continue donc à être utilisé indifféremment, et la première difficulté à laquelle se heurte la restauration écologique est donc bien sémantique.

61

En Espagne, la restauration des rivières est devenue une préoccupation plus tardivement qu’en France. Ceci pourrait notamment s’expliquer par un contexte très différent : en effet le pays a dû au cours de son développement régler en priorité le problème d’une répartition des ressources hydriques très inégale, avec une grande partie du territoire soumis à une forte aridité et des rivières puissantes présentant parfois un danger pour la population (comme cela existe dans la France méditerranéenne). Ainsi tout au cours du XXème siècle les efforts ont été surtout tournés vers l’atteinte de la sécurité pour l’approvisionnement en eau et la prévention des inondations. Du fait des nombreux transvasements entre rivières réalisés, des grandes installations implantées pour les besoins de l’irrigation et de l’exploitation de l’hydroélectricité, les rivières ont été profondément dégradées au cours du siècle dernier (particulièrement plus au nord de la cordillère cantabrique, où les rivières sont peu nombreuses mais de taille considérable). Leur restauration s’impose donc, à présent que les objectifs de sécurité ont été atteints et que la conscience environnementale se fait de plus en plus grande. La restauration écologique des rivières en Espagne a réellement pris son essor après le lancement de l’ENRR en 2004. Les actions de restauration espagnoles distinguées dans le projet IWR-FORECASTER ont fait l’objet d’une première analyse par Diego García de Jalón, Marta González del Tánago (et de leurs collaborateurs, 2011), qui sont des figures importantes de la restauration écologique des rivières en Espagne. Premièrement, il apparaît que les pressions étant la cible des actions de restauration sont majoritairement associées à des problèmes de connectivité, de dégradation de la ripisylve ou de régulation du débit. Mais de manière générale, les objectifs poursuivis et les mesures adoptées se concentrent la plupart du temps uniquement sur l’amélioration de la connectivité et la restauration de la ripisylve à l’aide de techniques de replantation (la restauration de la ripisylve étant de loin la solution la plus adoptée). L’instabilité du lit, bien qu’elle aussi soit perçue comme un problème majeur, est rarement intégrée dans les objectifs puisque seuls 20% des projets mettent en place des mesures correctives. Par ailleurs, dans ces rares cas ce sont toujours des techniques de bioingénierie qui sont adoptées, et les coûts sont parfois largement disproportionnés par rapport au résultat obtenu. Les projets de restauration sont finalement souvent conçus comme des projets d’ingénierie traditionnelle, c’est-à-dire sans état de référence, sans suivi post-projet (ou s’il existe, il est toujours qualitatif et dispose de peu de budget) et sans participation publique. De plus aucun projet n’inclut d’analyse coûts-bénéfices, rien ne permet donc de tirer de conclusions quant à l’efficacité des méthodes employées. Par ailleurs les projets s’intéressant à la récupération l’espace fluvial et donc considérant la rivière de manière plus globale sont rares. Ainsi il semblerait que la majorité des investissements réalisés se destinent à développer la structure végétale des rivières sans restaurer au préalable les éléments fondamentaux de leur fonctionnement en tant qu’écosystème (flux d’eau et de sédiments, mobilité et espace fluvial). Dans le cas particulier des Asturies, il est important de mentionner aussi le développement considérable dont a fait l’objet la restauration piscicole à travers la repopulation en salmonidés. La restauration des rivières a dans cette région été presque entièrement tournée vers le rétablissement de ces espèces en raison de l’importance économique qu’elles représentent. Ainsi même si en Espagne la restauration des rivières commence à être considérée grâce à l’application de l’ENRR, il semble qu’elle soit encore mal interprétée et appliquée. Par ailleurs se pose le problème de la situation actuelle de crise affectant le pays, qui met pour le moment un frein au développement de ce type de pratiques.

62

ii) Les différents obstacles au développement de la restauration écologique constatés

Le manque de recherche et d’expérience

L’écologie de la restauration étant une science relativement récente, peu d’études ont été menées comparés à d’autres champs scientifiques. Cette constatation semble s’appliquer tout particulièrement à l’Espagne, en effet les gestionnaires concevant les projets de restauration font la plupart du temps appel à de la littérature étrangère, du nord de l’Europe ou des Etats-Unis car ils disposent de peu d’ouvrages d’origine espagnole. Or il est nécessaire de développer la collecte d’informations sur les hydrosystèmes espagnols, qui ont des fonctionnements et des contraintes socio-économiques qui leur sont propres. Dans le cas particulier des Asturies, il a été constaté que la recherche n’était pas correctement mise à profit par les gestionnaires : en effet les entretiens avec des ingénieurs chargés de travaux de bioingénierie ont révélé que très souvent aucun suivi et encore moins d’évaluations ne sont réalisés, or c’est un préalable indispensable pour recueillir des informations qui alimenteraient la recherche et serviraient de base pour d’autres projets à venir. Par ailleurs l’étude de la restauration dans les Asturies a aussi permis de constater les conséquences du manque d’expérience en écologie de la restauration. En effet la CHC n’avait encore jamais réalisé de participation publique avant l’apparition de l’ENRR, et c’est probablement la raison pour laquelle un certain nombre de processus de participation n’ont pas pu être réalisés pour certains projets menés par la CHC. La raison avancée est une mauvaise organisation, qui aurait conduit à ce qu’il ne reste plus suffisamment de temps pour réaliser la participation publique. Cependant ces projets ne comprenant pas de participation publique ne concernent pas les Asturies, il s’agit d’actions de restauration menées sur d’autres régions du périmètre géré par la CHC.

Le manque d’évaluation

Un des grands enjeux de la restauration écologique est de parvenir à ce que les opérations de restauration soient évaluées correctement : cela permet en effet de tirer les conclusions des opérations de restauration, et de les divulguer afin que les mêmes erreurs ne soient pas répétées, et que les réussites soient connues et inspirent d’autres opérations. Par ailleurs, la nécessité de l’évaluation est aussi motivée par le respect de la DCE, qui par ses délais ambitieux demande implicitement d’évaluer les actions conduites et d’en prouver l’efficacité en termes de gains écologiques pour un coût acceptable (Morandi, 2010). En réalité l’évaluation commence déjà en amont d’une opération, lorsque les objectifs sont établis. Cependant l’absence de définitions d’objectifs est plus que courante : ainsi seules 9% des actions recensées en France par Morandi (2011) formulent des objectifs. On constate par ailleurs que la majorité des opérations de restauration ne sont en réalité pas initiées dans le but d’apporter une réponse à la dégradation d’une rivière, puisque 71% des actions de la même étude ne répondent à aucun dysfonctionnement déclaré. Il semblerait alors que la distinction entre la restauration écologique et le simple entretien ou aménagement des cours d’eau ne soit toujours pas assimilée. En ce qui concerne l’évaluation proprement dite, même si la manière de tirer les conclusions des opérations de restauration a évolué (ce ne sont plus uniquement les aspects hydraulique ou paysager qui sont pris en compte), l’évaluation de la plupart des actions de restauration n’est toujours pas satisfaisante. Tout d’abord parce qu’elle n’est pas exhaustive la plupart du temps : en effet elle est centrée sur les bénéfices écologiques qu’elle apporte, alors que l’acceptation de la restauration par le public, son efficacité économique et les bénéfices sociaux qu’elle procure sont tout aussi déterminants (Morandi, 2010). Par ailleurs, la réalisation de l’évaluation n’est souvent pas assez rigoureuse, avec une partie des actions évaluées ne se fondant pas sur un suivi scientifique. En outre les éléments de suivi présentent parfois un intérêt limité : par exemple lorsqu’ils traduisent l’état d’un cours d’eau à un instant t, alors que le concept de la 63

restauration écologique se fonde sur des modifications physiques et biologiques et qu’il appelle donc davantage à travailler sur des processus (Morandi, 2010). De plus le recul temporel manque souvent, avec une évaluation post-travaux commençant souvent à peine un an après la fin de la restauration : l’évaluation sur le temps long est presque inexistante. La démarche élémentaire de l’évaluation consiste à distinguer un état « avant », un état de référence qui est l’objectif visé, et un état « après ». Dans l’étude précédemment citée de Morandi (2011), seules 7% des actions de restauration recensées comportent l’établissement d’au moins deux de ces états : ainsi c’est la structure même d’une évaluation efficace qui la plupart du temps n’est pas respectée.

Le manque de communication entre les chercheurs et les praticiens

Bien que la vision de l’écosystème ait considérablement évoluée en France et en Espagne depuis les premières interventions, qui étaient purement hydrauliques, la pratique de la restauration est encore largement en décalage avec les principes prônés actuellement par la restauration écologique des rivières. Ceci est en grande partie dû au fait que la science de la restauration et sa mise en pratique sont encore trop cloisonnées : la recherche ne répond souvent pas de manière concrète aux besoins des acteurs de la restauration, et l’expérience de ces derniers est rarement prise en compte par les scientifiques. Alors que de nombreux impacts de l’entretien sont connus dans la littérature « grise » (rapports, études d’impact), il existe peu d’articles scientifiques consacrés à l’entretien des petits cours d’eau (Le Gal, Haury et al., 2000). La responsabilité revient donc en partie aux scientifiques, mais aussi aux praticiens puisque d’une part l’évaluation de la restauration, quand elle existe, est souvent mal réalisée, et la communication des résultats auprès des chercheurs et du grand public est rarement satisfaisante. Il est ainsi difficile de réaliser un retour d’expérience technique qui permette la diffusion des méthodes ayant donné de bons résultats et le partage des difficultés opérationnelles rencontrées. Cette situation est par ailleurs étonnante dans un contexte de mise en œuvre de la DCE, puisque les délais impartis supposent un échange d’expériences maximum (Morandi, 2010). De plus l’absence de communication des résultats auprès du grand public est regrettable puisque c’est elle qui contribue à la sensibilisation aux questions de la restauration et à une acceptation plus rapide par la société. Un des enjeux fondamentaux de la restauration écologique est donc l’amélioration de la communication, que ce soit entre scientifiques, entre le monde de la recherche et de sa mise en pratique, mais aussi entre les acteurs de l’eau et le grand public (Morandi, 2011). c. Comparaison de guides Dans cette partie, nous allons comparer les deux guides les plus communément utilisés en Bretagne et dans les Asturies aux lignes directrices données par la SERI dans Guidelines for Developing and Managing Ecological Restoration Projects, 2nd Edition (Clewell, Rieger et al., 2005). Ce document décrit les points à respecter pour concevoir des projets de restauration qui soient en accord avec les fondements de l’écologie de la restauration. Cette comparaison donnera des pistes pour savoir si les projets de restauration des rivières utilisant ces guides relèvent davantage de la restauration écologique ou bien d’un autre type de restauration. Cela nous permettra aussi de savoir en quels points particuliers ces guides se détournent des principes de la restauration écologique. Le guide espagnol utilisé a été édité par le Ministère de l’Agriculture, de l’Alimentation et de l’Environnement. Celui-ci a en effet réalisé une série de guides pour aider les gestionnaires à mettre en place l’ENRR sur différents sujets : juridiction associées aux projets de restauration de cours d’eau, réalisation de processus participatifs, gestion des barrages, cartographie des zones inondables, etc. Ces guides sont les seuls documents de réalisation espagnole rencontrés lors du stage et utilisés par les rédacteurs des projets de restauration dans les Asturies. Un des guides en particulier expose les grandes lignes de l’ENRR en expliquant les bases de la restauration des rivières. Il s’agit du guide Restauración de ríos – Guía metodológica para la elaboración de proyectos (González del Tánago et García de Jálon, 2007). Il présente les 64

fondements de la science de la restauration, et une partie du guide s’intéresse de manière plus concrète au déroulement des projets et à la manière dont ils doivent être conçus. En Bretagne il existe un guide technique développé par la DIREN (Direction Régionale de l’Environnement) de Bretagne qui est sert couramment d’outil de base pour la rédaction des projets de restauration. Il s’agit du guide Restauration et entretien des cours d’eau en Bretagne. Guide technique (Ledard, Gross, et al., 2001). Il développe les aspects techniques de la restauration plutôt que ses fondements. Ces deux guides se présentent sous une forme bien différente, puisqu’ils ne visent pas le même public : le guide espagnol se destine à un public assez large puisque c’est une aide à la fois pour les gestionnaires qui développent les projets de restauration sur leur territoire et pour ceux qui concrètement conçoivent les projets, tandis que le guide breton est très technique et destiné précisément à ceux qui conçoivent les projets. De plus le guide de l’ENRR déclare de manière explicite suivre les principes de la restauration écologique, contrairement au guide de la DIREN qui se rattache à la restauration dans un sens plus général. Cependant, même si à prime abord les deux guides semblent très distincts, tous deux se fondent sur des principes que l’on parvient à discerner au fil de la lecture et qui rendent possible la comparaison. Le tableau suivant présente les résultats de l’étude comparée des deux guides en utilisant les lignes directrices proposées par la SERI : Phases du projet Lignes directrices
1. Identifier la localisation du site de restauration et ses limites 2. Identifier les propriétaires 3. Identifier le besoin de restauration écologique 4. Identifier le type d’écosystème à restaurer 5. Identifier les enjeux de la restauration 6. Identifier les paramètres physiques du site nécessitant une restauration 7. Identifier les causes de stress devant être régulées ou réinitiées 8. Identifier et lister le type d’interventions biotiques nécessaires 9. Identifier les restrictions associées au paysage (usage des terres, etc.) 10. Identifier les sources de financement 11. Identifier les besoins en personnel et en équipement 12. Identifier les ressources biotiques (plantes, animaux) nécessaires et leur provenance 13. Identifier les permis requis par les autorités compétentes 14. Identifier les restrictions d’intervention, les contraintes légales 15. Identifier la durée du projet 16. Identifier les stratégies à mettre en œuvre pour la protection et la gestion à long terme 17. Désigner une personne qui sera en charge de tous les aspects techniques de la restauration 18. Monter l’équipe de restauration 19. Prévoir un budget pour la réalisation des tâches préliminaires 20. Faire un état des lieux du site à restaurer (faune comprise) 21. S’informer sur l’historique du site, sur ce qui a conduit au besoin de le restaurer 22. Réaliser un suivi avant la réalisation des travaux si nécessaire 23. Etablir les conditions de référence de l’écosystème 24. Rassembler des informations pertinentes sur l’autoécologie des espèces « clé de voûte 25. Réaliser des études pour évaluer l’efficacité des méthodes et stratégies de restauration, si nécessaire (sites pilotes)

Guide ENRR
Oui Oui Oui Oui Oui Oui Oui Oui Oui

Guide DIREN
Oui Oui Oui Oui Oui Oui Oui Oui Oui Oui Oui Oui Oui Oui Oui Oui Oui Oui Oui Oui

Planification conceptuelle

Non Sous-entendu Sous-entendu Non Non Oui
Oui Oui Oui Oui Oui Oui Oui Oui

Tâches préliminaires

Non
Oui Oui Oui

Sous-entendu Non

Non

65

26. Reconsidérer les enjeux écologiques de la restauration, pour savoir s’ils sont réalistes ou s’ils doivent être modifiés 27. Préparer une liste d’objectifs permettant d’atteindre les buts de la restauration 28. Obtenir les permis requis par les autorités 29. Prendre contact avec les institutions concernées 30. Prendre contact avec le public et faire de la sensibilisation autour du projet 31. Prévoir une participation publique dans la planification et la réalisation du projet afin de remplir les enjeux culturels 32. Mettre en place des routes ou d’autres infrastructures nécessaires pour faciliter la réalisation du projet 33. Engager et former le personnel qui supervisera et dirigera les tâches à accomplir pour la réalisation du projet 34. Décrire les interventions qui devront être exécutées pour atteindre chaque objectif 35. Reconnaître le rôle de la restauration passive 36. Prévoir des critères de performance et des protocoles de surveillance pour connaître l’atteinte de chaque objectif 37. Planifier les tâches nécessaires pour remplir chaque objectif 38. Se procurer les équipements, stocks et ressources biotiques 39. Prévoir un budget pour la réalisation des tâches et de l’entretien et pour les imprévus

Oui Oui

Non
Oui Oui Oui Oui Oui

Non Oui
Oui Oui

Non
Oui Oui Oui Oui Oui

Non
Oui Oui Oui Oui Oui Oui Oui

Planification de la restauration

Sous-entendu
Oui

Tâches à accomplir

40. Délimiter le site et les zones de travail 41. Installer des dispositifs de surveillance permanents 42. Accomplir les tâches de la restauration 43. Protéger le site des vandales et des herbivores

Non Non Oui Non
Oui

Non Non Oui

± Tâches postrestauration
(herbivores seulement) Oui Oui Oui Oui Oui Oui Oui

44. Assurer l’entretien post-restauration 45. Faire régulièrement la reconnaissance du site pour identifier les corrections de mi-parcours nécessaires 46. Réaliser le suivi pour savoir si les critères de performance ont été atteints 47. Adapter la gestion (si les objectifs ne peuvent pas être atteints) 48. Evaluer les données du suivi pour déterminer si les critères de performance ont été satisfaits et si les objectifs ont été atteints 49. Réaliser une évaluation écologique du projet* 50. Déterminer si les enjeux culturels ont été atteints 51. Rendre les résultats publics et préparer un compte-rendu écrit du projet de restauration achevé

Sous-entendu Sous-entendu Oui
Oui Oui Oui

Evaluation et promotion

±
(compte-rendu seulement)

Non

* Uniquement pour les projets n’ayant pas spécifié de critères de performance (cf. ligne directrice 36)

Il ressort de cette analyse que la plupart des critères énoncés par la SERI sont remplis. Les points n’étant respectés par aucun des deux guides sont les suivants : - réaliser des études pour évaluer l’efficacité des méthodes et stratégies de restauration, si nécessaire (sites pilotes), - mettre en place des routes ou d’autres infrastructures nécessaires pour faciliter la réalisation du projet, - délimiter le site et les zones de travail, - installer des dispositifs de surveillance permanents, - rendre les résultats publics.

66

Le fait de ne pas mettre en place de sites pilotes et de dispositifs de surveillance pourrait signifier que les deux guides ne portent pas assez d’importance à l’évaluation de l’efficacité des projets de restauration, ce qui est pourtant un aspect primordial à développer dans l’écologie de la restauration comme nous l’avons vu dans la partie précédente. Les deux guides ne préconisent pas de rendre les résultats des opérations de restauration publics : cela aussi fait pourtant référence à une lacune souvent observée dans les projets de restauration, qui est le manque de communication (là aussi ce point a été vu dans la partie précédente). Pourtant c’est la communication autour des projets de restauration qui permet la sensibilisation du public à la restauration des rivières et assure un meilleur accueil pour les projets futurs. Enfin concernant le dernier point non respecté (la mise en place d’infrastructures), peutêtre n’est-il pas indispensable dans le cas particulier des rivières. En effet la SERI s’intéresse à la restauration de tout type d’écosystème, mais dans le cas des cours d’eau le plus souvent ils sont longés par des axes de communication dans les pays tel que la France et l’Espagne. Les cinq points n’étant pas du tout abordés dans le guide de l’ENRR (ni même sousentendus) font surtout référence à un manque d’identification des sources de financement, des contraintes légales, des permis requis, etc. Ce manque de clarté dans les tâches préliminaires s’explique peut-être par le fait qu’il s’agit d’un guide cherchant à développer une stratégie nationale, il pourrait ainsi partir du principe que de toute façon un certain budget sera alloué par l’Etat pour les interventions à réaliser et que les autorisations nécessaires seront délivrées pour tout projet jugé valide. Un autre point non évoqué est la mise en place de protection du site contre les herbivores et les vandales : c’est un aspect très concret qui n’a peut-être pas été jugé bon de développer dans ce guide, qui se veut être de portée générale et peu technique. Par ailleurs, outre ces points n’étant pas du tout abordés, la réalisation d’un suivi de la zone n’est pas clairement évoquée. Le guide de l’ENRR présente par ailleurs quelques particularités qu’il est intéressant de signaler. Tout d’abord tout au long de l’ouvrage les objectifs de la DCE et de la Directive Inondation sont intégrés aux enjeux de la restauration, ce qui témoigne d’une réelle volonté de synthèse des différentes demandes environnementales nationales et internationales. Par ailleurs le guide espagnol intègre une certaine prioritarisation des zones à restaurer : en effet il préconise de restaurer en priorité les zones bénéficiant du meilleur état écologique afin de les préserver, puis les zones dégradées mais qui pourraient être restaurées avec un financement raisonnable, et enfin les zones très dégradées. L’idée sous-jacente semble être qu’il vaut mieux prévenir que guérir. La participation publique est par ailleurs davantage développée que ce que préconise la SERI : en effet cette participation est prévue à deux moments dans les projets, avant même que la zone à restaurer et des objectifs ne soient choisis, puis une fois la rédaction provisoire du projet réalisée. Par ailleurs les buts culturels ne sont pas clairement énoncés : cependant le fait de réaliser de la participation publique et de tenir compte des besoins humains semble sous-entendre de tels buts. Le guide de la DIREN se distingue des lignes directrices de la SERI par trois aspects. D’une part il n’évoque pas d’étude préalable de l’historique du site et des raisons qui conduisent au besoin de le restaurer. D’autre part il n’est pas mentionné qu’il faille reconsidérer les enjeux écologiques de la restauration pour vérifier qu’ils soient réalistes, et dans le cas contraire les modifier. Enfin dans le guide il n’est pas question de rédiger un compte-rendu écrit du projet achevé. Ces trois aspects paraissent pourtant primordiaux dans un projet de restauration écologique. De manière général le guide de la DIREN est, comme cela était prévisible puisque c’est un guide technique, beaucoup plus clair que le guide de l’ENRR. Il insiste par ailleurs sur la nécessité de la sectorisation des objectifs et des mesures suivant les nécessités de chaque partie de la rivière. Tout comme le guide de l’ENRR, il ne fait pas de manière explicite référence à des buts culturels. Cependant il intègre des enjeux visant à sauvegarder certains usages de la rivière, ce qui sousentend l’existence de tels buts. Le guide français évoque lui-aussi le respect de la DCE, mais il ne le raccorde pas autant que le guide de l’ENRR à la restauration. Cependant cela pourrait 67

s’expliquer par le fait que le guide espagnol date de 2007, tandis que le guide de la DIREN a été rédigé alors que la DCE était encore en élaboration. Ainsi il apparaît que les fondements de ces deux guides se rapprochent beaucoup de ceux de la restauration écologique. Néanmoins ils s’en distinguent par quelques aspects, dont les plus importants sont le suivi, l’évaluation et la communication des résultats, ainsi qu’une étude préalable approfondie pour le guide de la DIREN. Cependant les deux guides développent aussi des idées intéressantes qui ne sont pas inclues dans les lignes directrices de la SERI, tel que la prioritarisation des lieux à restaurer, l’intégration des demandes de la DCE dans les objectifs, une participation publique tout au long de la réalisation du projet et enfin une sectorisation des objectifs et des mesures. Il ressort de cette comparaison que les deux guides respectent la structuration globale qu’un projet de restauration écologique se doit de suivre, même s’ils ne traitent pas de quelques aspects en particulier que la SERI juge important. La philosophie propre à l’écologie de la restauration (respect des trois piliers du développement durable, interventions minimales, soutien au rétablissement spontané de l’hydrosystème, etc.) étant respectée, on peut considérer que la restauration préconisée par ces deux guides relève bien de la restauration écologique.

68

V. Conclusion et perspectives
La restauration des rivières, comme nous l’avons vu tout au long de ce rapport, n’en est pas au même état d’avancement en France et en Espagne. En effet elle a été intégrée plus tardivement au sein de la gestion de l’eau dans la péninsule ibérique, et les outils servant à sa mise en place sont apparus plus récemment. Cependant actuellement l’écart entre les deux pays se réduit considérablement, au point que chacun puisse tirer parti des expériences déjà réalisées par l’autre. Ainsi la France présente une gestion de l’eau bien structurée et surtout se déployant à tous les échelons administratifs, ce qui permet l’appropriation de la restauration des cours d’eau par toutes sortes d’acteurs. De plus elle leur met à disposition des outils intéressants, tels que les différents contrats existants au sujet des milieux aquatiques. L’Espagne a quant à elle développé une stratégie ambitieuse de restauration des cours d’eau, qui suit les principes de la restauration écologique : une telle initiative n’a pas encore été tentée en France. La Confédération hydrographique cantabrique, gérant une grande partie du nord de l’Espagne, se distingue par ailleurs pour avoir amorcé la reconquête des plaines alluviales en concluant des accords avec les municipalités pour limiter les excès de l’urbanisme. Cependant plusieurs obstacles à l’extension des projets de restauration écologique des rivières ont été identifiés dans les deux pays. Ainsi tous deux présentent encore des projets largement orientés vers des objectifs hydrauliques ou piscicoles, ou bien des actions de bioingénierie qui consistent en réalité davantage à corriger les dégâts plutôt qu’à combattre leurs causes. De plus avec l’exemple des Asturies il a été possible d’observer la difficulté à faire évoluer les mentalités, en effet les méthodes de protection classiques de la faune et de la flore semblent pour certains être encore les plus efficaces. Par ailleurs même pour ceux intégrant bien la nécessité de faire évoluer les pratiques, l’acceptation par le reste de la société de la nécessité du changement leur semble être un travail de longue haleine. Ceci démontre bien que les efforts à venir doivent se concentrer vers une meilleure communication auprès des populations de l’intérêt de la restauration écologique et de son intégration dans la réalisation des projets. Par ailleurs il reste encore de nombreux aspects de l’écologie de la restauration que la recherche doit investir, et dont les résultats doivent prendre la forme la plus directement applicable possible. Les praticiens de leur côté doivent participer à l’effort de collecte d’informations à travers le suivi et l’évaluation de leurs projets. Les initiatives comme le projet IWR-FORECASTER, ou les organisations qui constituent un véritable réseau international pour la discipline doivent être renforcées, car elles présentent un réel potentiel pour surmonter ces enjeux actuels de l’écologie de la restauration. Par ailleurs il semble important de mettre à contribution toutes les petites structures qui œuvrent de près ou de loin pour la protection de l’environnement, comme les associations écologistes et les associations de pêcheurs, en leur attribuant un rôle à leur hauteur. Enfin, l’Europe contribue pour les deux pays à instaurer un cadre favorable à la restauration des cours d’eau : les initiatives existantes doivent encore être consolidées, mais elles traduisent une réelle intégration de la cause environnementale. Ainsi la connexion des zones protégées permet de constituer un réseau de grande intérêt pour la connectivité des habitats, et l’Union Européenne apporte par ailleurs un soutien financier considérable.

69

70

Bibliographie

Agreste Bretagne (2010), Résultats des enquêtes Teruti-Lucas 2006 et 2010, DRAAF Bretagne (Direction régionale de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt). Angelier E. (2000). Ecologie des eaux courantes. Tech & Doc Editions. Arago, M.A. (date inconnue), Milieux aquatiques et poissons migrateurs. Contrat de plan Etatrégion Bretagne 2000-2006. Ouest Grands Migrateurs. Arango Fernández, J. (2001). Agricultura y espacio rural en Asturias. RAE: Revista Asturiana de Economía, Nº. Extra 1. Barciela López, C. et Melgarejo Moreno, J. (2000). El agua en la historia de España. Salamanca, Publicaciones universidad de Alicante. Blomquist, W., Giansante C. et al. (2005). Institutional and Policy Analysis of River Basin Management. The Guadalquivir River Basin, Spain. World Bank Policy Research Working Paper no. 3526. Boyer, M. (1998). La gestion des boisements de rivières : fascicules 1 et 2, Bassin RhôneMéditerranée-Corse. Calzón García, J. (2011). Evaluación ambiental de los ríos en Asturias - Modelos óptimos de recuperación fluvial. Primero Congreso Ibérico de Restauración Fluvial - RestauraRíos, León, Espagne. Clarke, S., Bruce-Burgess, L. et al. (2003). Linking form and function: towards an ecohydromorphic approach to sustainable river restoration. Aquatic Conservation: Marine And Fresh Water Ecosystems 13: 439–450. Clewell, A. et Aronson, J. (2010). La restauration écologique - Principes, valeurs et structure d'une profession émergente. Arles, Actes Sud. Clewell, A., Rieger, J. et Munro, J. (2005) Guidelines for Developing and Managing Ecological Restoration Projects, 2nd Edition. Society for Ecological Restoration International. Confederación Hidrográfica del Cantábrico (2009). Restauración ambiental del tramo bajo del río Narcea en los términos municipales de Salas y Pravia (Asturias). Documento abierto para el proceso de participación pública. Tragsa. Confederación Hidrográfica del Cantábrico (2009). Proceso de participación pública sobre el proyecto de restauración fluvial del bajo Sella. Imagen objetivo, documento síntesis. Tragsa. Consejería de Medio Ambiente, Ordenación del Territorio e Infraestructuras del Principado de Asturias (2009). Perfil ambiental de Asturias 2008. García de Jalón D., González del Tánago M., et al. (2011). Evaluación de las actuaciones de restauración de ríos en España. Primero Congreso Ibérico de Restauración Fluvial - RestauraRíos, León, Espagne. Ghiotti, S. (2007). Les territoires de l’eau – Gestion et développement en France. CNRS Editions. 71

González del Tánago, M. et García de Jálon, D. (2007). Restauración de ríos – Guía metodológica para la elaboración de proyectos. Madrid. Grupo de desarrollo rural del Bajo Nalón (2005). Estudios del impacto económico de la pesca en la comarca del Bajo Nalón. Grupo de desarrollo rural del Bajo Nalón (2005). Análisis del modelo de gestión de la pesca deportiva en aguas continentales del principado de Asturias (resumen). Gutiérrez García M., Martín Ventura, J.A. et Santos Alonso, R. (2011). Prevención del riesgo de inundaciones y protección ambiental de cauces cantábricos mediante protocolos de colaboración con ayuntamientos. Primero Congreso Ibérico de Restauración Fluvial - RestauraRíos, León, Espagne. Horreo, J.-L., De La Hoz, J. et al. (2012). Restoration and enhancement of Atlantic salmon populations: what we have learned from North Iberian rivers, Knowledge and Management of Aquatic Ecosystems, 402, 23 Ledard, M., Gross, F. et al. (2001). Restauration et entretien des cours d’eau en Bretagne. Guide technique, DIREN Bretagne et Rivière-Environnement. Le Gal, A., J. Haury, et al. (2000). Entretien des cours d'eau: rôles de la ripisylve et impacts connus de l'entretien des cours d'eau. Synthèse bibliographique, Préfecture de région Bretagne, Direction Régionale de l'Environnement. Martín Ventura, J.A., Gutiérrez García, M. et Santos Alonso, R. (2011). Mejora de la continuidad fluvial en ríos de la confederación hidrográfica del cantábrico. Primero Congreso Ibérico de Restauración Fluvial - RestauraRíos, León, Espagne. Martín Ventura, J.A. et Santos Alonso R. (2011). Aplicación de técnicas de bioingeniería para la protección y restauración de márgenes fluviales en ríos cantábricos. Primero Congreso Ibérico de Restauración Fluvial - RestauraRíos, León, Espagne. Martínez López, S., Cerón Miranda, L. et al (2003). Estudio de la sociología y economía de la pesca fluvial en Asturias. Consejería de medio ambiente, Gobierno del principado de Asturias. Matthews, J., Reeze, B. et al. (2010). Lessons from practice: assessing early progress and success in river rehabilitation. Hydrobiologia 655:1–14. Ministerio de Medio Ambiente y Medio Rural y Marino (2010), Restauración de ríos. Bases de la Estrategia Nacional de Restauración de Ríos, Ministerio de Medio Ambiente y Medio Rural y Marino, Secretaría General Técnica, Centro de Publicaciones. Morandi, B. (2010). Opération de restauration de la Drayac. Site de Lauzach. Projet IWRFORECASTER. Morandi, B. (2010). Opération de restauration du Léguer. Site de Kernansquillec. Projet IWRFORECASTER. Morandi, B. (2010). L’évaluation des opérations de restauration écologique de rivières. Étude des pratiques françaises dans le domaine. Mémoire du Master Recherche « Interface Nature Société » de l’Université Lumière Lyon II. Morandi, B., Piégay, H. (2011). Les restaurations de rivières sur Internet : premier bilan. Natures Sciences Sociétés 19 : 213-223. 72

Palmer, M. (2009). Reforming Watershed Restoration: Science in Need of Application and Applications in Need of Science, Estuaries and Coasts 32:1– 17. Perrow, M. R. et Davy, A-J. (2002). Handbook of Ecological Restoration - Volume 2: Restoration in Practice, Cambridge University Press. Rameau, J-C. (1997). La directive “Habitats”: analyse d’un échec, réflexions pour l’avenir. Revue forestière française, volume XLIX, n°5. De la Roza Delgado, B., Argamentería Gutiérrez, A. (2005). Purines: ¿Residuo o recurso? Issu des Jornadas de transferencia "Recogida, almacenamiento y utilización de purines en zonas húmedas” (mai 2004), Servicio Regional de Investigación y Desarrollo Agroalimentario,Villaviciosa (Asturies). Vigier L. & Caudron A., 2008. Bibliographie annotée : évaluation de l’efficacité des travaux de restauration des habitats physiques des cours d’eau. FDP74.

Références sitographiques
http://www.eau-seine-normandie.fr/index.php?id=2212, La Directive Cadre sur l’Eau, Site Internet de l’agence de l’eau Seine-Normandie. Consulté le 24/11/11. http://europa.eu/legislation_summaries/agriculture/environment/l28002b_fr.htm, Protection et gestion de l’eau (directive-cadre sur l’eau), site Internet de la Commission Européenne. Consulté le 04/11/11. http://europa.eu/legislation_summaries/environment/nature_and_biodiversity/l28076_fr.htm, Habitats naturels (Natura 2000), site Internet de la Commission Européenne. Consulté le 24/01/12. http://www.eaufrance.fr/spip.php?rubrique15, La politique publique de l’eau, Site Internet de EauFrance (géré par l’ONEMA). Consulté le 21/11/11. http://www.eaufrance.fr/?rubrique15&id_article=35, La directive cadre sur l’eau, Site Internet de Eau-France. Consulté le 04/11/11. http://www.eau-adour-garonne.fr/page.asp?page=2260, Directive cadre européenne (DCE) sur l'eau, Site Internet de l’agence de l’eau Adour-Garonne, consulté le 24/11/11. http://www.oieau.fr/international/pays/2004/Espagne.pdf, Fiche Espagne, Site Internet de l’Office International de l’Eau - Service National d'Information et de Documentation sur l'Eau. Consulté le 10/11/12. http://www.vie-publique.fr/politiques-publiques/politique-eau/textes-reference/, Les grands textes législatifs en matière de politique de l’eau, Site Internet de la Direction de l’information légale et administrative. Consulté le 18/11/11. http://www.chcantabrico.es/index.php?option=com_content&view=category&layout=blog&id=2 59&Itemid=351&lang=es, Ríos, site Internet de la Confédération Hydrographique Cantabrique. Consulté le 26/01/12. http://www.chcantabrico.es/index.php?option=com_content&view=article&id=1846&Itemid=347 &lang=es, Usos del suelo, site Internet de la Confédération Hydrographique Cantabrique. Consulté le 26/01/12. 73

http://www.chcantabrico.es/index.php?option=com_content&view=category&layout=blog&id=2 55&Itemid=352&lang=es, Embalses, site Internet de la Confédération Hydrographique Cantabrique. Consulté le 26/01/12 html.rincondelvago.com/mineria-en-asturias.html, Minería en Asturias, site Internet El rincón del vago. Consulté le 07/02/12 http://www.marm.es/es/agua/temas/delimitacion-y-restauracion-del-dominio-publicohidraulico/estrategia-nacional-restauracion-rios/, Estrategia Nacional de Restauración de Ríos, site Internet du Ministerio de Medio Ambiente y Medio Rural y Marino. Consulté le 08/02/12. http://www.marm.es/es/ceneam/programas-de-educacion-ambiental/programa-de-voluntariadoen-rios/, site Internet du Ministerio de Medio Ambiente y Medio Rural y Marino Consulté le 17/11/11 http://forecaster.deltares.nl/index.php?title=Forecaster, FORECASTER. Consulté le 28/11/11. site Internet du projet IWR-

http://www.bretagne-environnement.org/Media/Atlas/Cartes/Usages-des-principaux-barrages-deBretagne, site Internet de Bretagne Environnement. Consulté le 12/12/11. http://www.bretagne-environnement.org/Eau/Quelles-actions/Restauration-et-entretien-desmilieux-aquatiques/Pour-un-bon-etat-morphologique-des-milieux-aquatiques. Pour un bon état morphologique des milieux aquatiques, site Internet de Bretagne Environnement. Consulté le 08/02/12. http://www.peche-rivieresquimper.com/index.php?option=com_content&view=article&id=106&Itemid=96, L’entretien des rivières, site Internet de l’Association Agréée de Quimper et de ses environs pour la Pêche et la Protection du Milieu Aquatique (AAPPMA). Consulté le 25/01/12. http://www.eaurmc.fr/les-partenariats-de-lagence/les-partenariats-avec-les-structures-de-gestionde-bassin/les-contrats-de-milieux.html, Les contrats de milieux, site Internet de l’Agence de l’eau Rhône Méditerranée et Corse. Consulté le 25/01/12. http://www.lne.es/asturias/2011/10/19/cascos-elimina-restricciones-salmon-retirar-dias-vedapesca-muerte/1144665.html, Cascos elimina las restricciones al salmón al retirar los días de veda y la pesca sin muerte, site Internet de La Nueva España. Consulté le 19/10/11. http://www.restauration.georiv.fr/95.html, site Internet de GeoRiv. Consulté le 28/11/1. http://www.asturianadepesca.es/index.php/id/11/objeto/17, site Internet de l’association de pêcheurs Real Asociación Asturiana de Pesca Fluvial. Consulté le 05/01/12.

74

Sign up to vote on this title
UsefulNot useful