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La phase phallique et la portée subjective du complexe de castration Le projet du présent essai s'est esquissé au cours de la le@ure faite en commun dans un groupe de travail, d’une série de textes de Freud relatifs au complexe d’Cidipe et de Pétude paralléle des travaux publiés par Jones 4 la méme époque. Il m’a semblé quvil pouvait étre intéressant de reprendre ces textes, d’abord parce qu’ils portent sur un point crucial de la théorie, mais surtout dans la mesure ott la distance qui se creuse entre Freud et Jones porte témoignage d’une dimension essentielle de l’expérience psychanalytique, que Freud maintient au travers de ses formu- lations sur le complexe de castration et son incidence dans I’ Edipe féminin, alors que Jones en vient 4 l’éluder de plus en plus pro- fondément. Non que ceci s'impose immédiatement : Jones parait 4 premiéte vue plus nuancé, plus attentif 4 ce que l’expérience appotte concer- nant les différences dans l’abord de l’Cidipe par le gargon et la fille. Et pourtant, globalement, la controverse est aujourd’hui jugée : Jones est sur la pente de cette réduétion de l’expérience qui tend 4 faire de Panalyse une psychologie du moi et de l’adap- tation 4 la réalité. Mais il reste 4 repasser par les articulations de Freud et a renter de ressaisir ce qu’il nous désigne, lorsque nous Ie voyons affirmer et maintenir avec une rigueur invariable au cours des années des théses dont le caraétére de patadoxe, voire d@impasse apparente, ont eu l’effet de susciter ce grand débat sur la phase phallique et la sexualité féminine qui s*étend de 1925 a 1935. De ces contributions, qui gardent pour nous la valeur de s’étre mesurées 4 lenseignement de Freud 4 son état naissant, nous ne 61 LA PHASE PHALLIQUE retiendrons ici que les travaux de Jones? dans la mesure méme de leur ampleur, du degré d’élaboration théorique qu’ils mani- festent, et de la netteté des positions critiques qui s’y expriment a Pégard de Freud; au reste, Jones y tient largement compte des publications dont la visée convergeait avec la sienne, celles de Mélanie Klein et de Karen Horney en particulier. I Je vais commencer par un tappel trés cursif de la thématisation freudienne en mettant en avant surtout les théses qui ont fait objet des critiques de Jones. Les Trois Essais nous laissaient, dans Pédition de 1915, sur Paffirmation que la sexualité infantile aboutissait au choix d’un objet sexuel hétéro-érotique, sans que toutefois les pulsions par- tielles aient été rassemblées et soumises au primat de la zone génitale. Dans son article de 1923 2, Freud corrige cette vue en reconnaissant que la sexualité infantile, “ au sommet de son pro- cessus de développement ”, arrive 4 une véritable “ organisation génitale ”, qui differe cependant de Porganisation adulte en ceci que “ pour les deux sexes i] n’y a qu’un organe génital, le mile, A jouer un réle. Ce qui existe n’est donc pas un primat génital mais bien un primat du phallus ”; 4 partir de cette affirmation d’une phase phallique (le terme apparait en 1924 %) commune aux deux sexes, Freud peut donner la description connue de la fin de ’ Edipe chez le garcon 4 partir de Pexpérience cruciale que constitue la vue du sexe féminin : Pabsence de pénis est saisic comme le résul- tat d’une castration; les menaces antérieurement proférées par la mére 4 Poccasion de la masturbation prennent leur effet aprés coup. L’acceptation de la possibilité de la castration met fin dés x, 10 The early development of female eaxuality, 1927 ; 2° The phallic phase, 1932 3 3° Early female sexuality, 1935 ; j’ai utilisé le texte anglais de la 5° édition des Papers on Psychoanalysis, ainsi que, pour les deux premiers articles, Ja traduttion francaise parue dans La pychanalyse, vol. 7. 2. Die infantile Genitalorganisation : cine Binschaltung in die Stxualthéorie, G. W., x11, . 291. B Fy Der Untergang des Gdipurkomplisces, G. W, ttt, p. 393. Le déclin du complexe @ Gidipe, traduétion frangaise dans le n° 3 des Lettres de (Ecole, bulletin intérieur de PE. F. P. 62 LA PHASE PHALLIQUE Jors aux deux possibilités (ative ou passive) de satisfaétion liées au complexe d’CEdipe, dans la-mesure od l’intérét narcissique porté au pénis Pemporte sut Vinvestissement libidinal des objets parentaux. L’organisation phallique se brise sur la menace de castration, — mais du méme coup c’est le complexe d’CEdipe qui est non pas seulement refoulé, mais 4 proprement parler détruit, Jes investissements obje@aux étant abandonnés et remplacés par Videntification (en particulier au pére : formation du surmoi). On peut donc remarquer que dans ces textes la phase phallique est introduite comme essenticlle 4 situer ce qui est en jeu dans Ja fin. du complexe d’CEdipe, dans la mesure ot: elle permet elle- méme d’introduire la fon@ion-clé de la castration. Chez la fille, Particle de 1924 affirme Pexistence d’une phase hallique et d’un complexe de castration, tout en mentionnant que “ de facon incompréhensible, notre matériel devient ici plus obscur et plus lacunaire ”. C’est en fait dans deux articles ulté ricurs, de 1925 et 1931 , que Freud exposera ses vues sur ’Edipe féminin, avant d’en donner un nouvel exposé d’ensemble en 1932 dans les Nomelles Conférences *. Il part d'une donnée nouvelle de son expérience : une découverte aussi surprenante que celle de la civilisation crétoise derriére Ja civilisation grecque — 4 savoir la mise au jour d’une longue préhistoire précedipienne de la fille : Pattachement adipien au pére a été précédé d’une période trés prolongéc d’attachement a la mére, qui ne se différencie pas essen- tiellement de ce qui caractérise les premidres années du gargon. Ce dernier point était déja affirmé dans les Trois Essais : les phases orale et anale sont identiques, 4 des nuances prés, dans les deux sexes, — mais Freud affirme maintenant qu’il en est de méme pour Ja phase phallique; le clitoris joue un rdle homologue de celui du pénis chez le garcon; ainsi se dessine’la double tache qui attend Ja fille dans la constitution d’une attitude cdipienne normale : changer de zone érogéne et changer d’objet d’amout. Mais quels sont les motifs qui vont détourner la fille de sa 1. 1° Einige psyscbiche Folgen des anatomischon Geschlecbisunterscbieds, G. W., X1V, Dp. 17. 29 Ucher die wwibliche Sexualitat, G. W., Xv p.515. 2. Die Weiblichkeit, G. W., XV, p. 119. Traduion francaise, p. 153. 63 LA PHASE PHALLIQUE mére ? Ils sont nombreux, obscurs, surprenants, nous dit Freud, et leur multiplicité méme donne a penser que V’essentiel échappe. C’est pourtant la phase phallique qui donne le fil condufteur, a partir justement de son terme : Ja vue du pénis. Freud en souligne Peffet immédiat, qui contraste avec les longues hésitations du garcon 4 admettre la réalité du manque de pénis chez la femme : “ En un rien de temps, elle en a terminé avec son jugement et sa résolution : elle I’a vu, elle sait qu’elle ne l’a pas et veut l’avoir 1.” A Venvie du pénis se rattache le reproche central fait 4 la mére de ne pas avoir donné. Dés lors “ la fille glisse, pouttait-on dire, le long d’une équivalence symbolique, du pénis 4 Penfant : son complexe d’Cidipe culmine dans le désit longtemps soutenu de recevoir du pére un enfant au titre de présent *”’. Une présentation aussi rapide glisse évidemment sur bien des articulations qui seraient 4 scruter en détail; nous reviendrons sut certaines. Soulignons dés 4 présent que le détachement de la mére représente “ plus qu’un simple changement d’objet ” puisqu’il s’accompagne d’un renversement de Pamout en haine ouen ressen- timent; la haine 4 l’égard de la mére.n’est donc pas 4 comprendre en termes de rivalité cedipienne, mais comme V’héritage de cette préhistoire qui, pour recouvrir celle du gargon, prend rétroadti- vement un sens différent 4 partir du complexe de castration. Freud désigne donc une asymétrie essentielle entre la fille et le gargon : “ La relation fatale d’un amour s’adressant 4 un des parents et d’une haine contemporaine dirigée contrt Pautre ne se produit que chez Penfant male *””, — mais, dit Freud, nous avons abandonné depuis longtemps Pespoir d’un paraliélisme parfait. Si au terme de la phase phallique “ le complexe d’Cidipe du gargon sombre sous le complexe de castration, ce demier est ce qui rend possible et introduit le complexe d’Edipe de la fille 4”. Il en résulte encore que chez la fille “ avec la mise hors de circuit de Pangoisse de castration tombe un puissant motif pour I’établissement du sur- mui "5 le wuplesc d?Cidipe “ n’cs& bicn souvent pas du tout surmonté pat la femme *”, d’ot aussi absence des résultats cultu- sels de sa destrudtion. 1. G. W., 209, p. 24. — 2. G. W., xin, p. gor. — 3. GW, XIV, pe 521. — 4.G.W,, x1v, p. 28, — 5. G. W., xm, p. or. — 6. G. W, x1v, p. $23. 64 LA PHASE PHALLIQUE Il Nous en arrivons donc ici, concernant la question de la termi- naison du complexe d’ CEdipe chez la fille, 4 une position freudienne qui fait assurément question et dont le caraétére abrupt semble avoir joué son réle dans le déclenchement du grand débat sur la signification de la phase phallique chez Ia fille. Car la question va étre mise 4 l’ordre du jour par un certain nombre d’analystes femmes, dont Ics travaux gardent tout leur intérét de s’étre affrontés au paradoxe ouvert par Freud 4 partic de la question du phallus. De 1924 4 1932 se succéderont les articles de Karen Homey (la premiére a entrer en lice), Mélanie Klein, Josine Miller, Héléne Deutsch, Jeanne Lampl de Groot, Ruth Mac Brunswick — pour ne citer que les contributions sut lesquelles Jones (pour les trois premiéres) et Freud (pour les suivantes) sappuicront dans leur controverse *, Commengons par un rapide commentaire du premier article de Jones. L’étendard s’y trouve d’emblée brandi : “ Les psycha- nalystes hommes ont été amenés 4 adopter une position phallo- centrique excessive... Pimportance des organcs féminins étant sous-estimée 4 Pavenant. ” (Nous aurions déja 4 nous demander sil est légitime d’aborder le probléme des divergences théoriques entre analystes par ce biais de Pintérét ou de ’estime qui motiverait chacun 4 l’endroit de tel ou tel “ organe ”.) Jones entreprend tout d’abord une révision critique du concept psychanalytique de castration, qui selon lui tend 4 obscurcir la discussion dans la mesure ow il prétend renvoyer a Pidée d’une “ abolition totale de la sexualité ” alors qu’il ne recouvre 4 peu prés cette idée que chez I’homme. Jones propose d’y substituer le con- cept d’aphanisis, défini comme “ l’extinétion totale et permanente 2, Outre les références données par Jones dans les articles cités, on trouvera les indications bibliographiques soit dans C. Laurin, Phallu ef sexualité féminine, La Poychanalyse, vol. 7, soit dans J. Chasseguet-Smirgel, Recherches psyshanalytiques now velles sur la sexualité féminine, Payot, 1964. L’intcodustion de cet ouvrage contient lun résumé de cette séric de travanx. 65 LA PHASE PHALLIQUE de aptitude au plaisir sexuel ”’. Voici qui va déja permettre de revenir sur ’asymétrie désignée par Freud : si nous admettons en effet que toute privation fait surgit la menace de Vaphanisis, et que donc “ la privation est équivalente 4 la castration”, nous ver- rons que “ les deux sexes craignent exaétement la méme chose ”, a savoir pour la fille la non-gratification de ses désits féminins; il se trouve seulement que “ pour des raisons physiologiques évi- dentes la femme dépend beaucoup plus de son partenaire pour sa gratification que homme ” et que la crainte de l'aphanisiss’exprime surtout chez elle en terme d’une peur de la séparation. Traversant donc une phase orale et anale marquées par la direstion féminine ptécoce de sa vie libidinale, la petite fille connaitra transitoirement une envie autoérotique du pénis, dans laquelle Jones reconnait un bref parallélisme avec le développement masculin, mais “ cette solution relativement insatisfaisante va conduire automatiquement Yenfant 4 chercher un pénis externe plus satisfaisant ” (souli- gnons que c’est 14 la fagon dont Jones prétend résumet Ia these de Freud). Mais pout Jones il agira bien str dune envie alloé- rotique du pénis, cest-i-dire de la position féminine achevée; Cest Pangoisse éventuellement liée aux désirs féminins qui pourra interdire cette position et amener une régression 4 la phase phal- lique antérieute; c’est cette dernidre possibilité qui recouvre Pessen- tiel de la phase phallique de Freud, que Jones désigne donc comme “ une construéion défensive secondaire plutét qu’un véritable Stade du développement ”. Rompant ici avec ordre chronologique, nous examinerons dés maintenant quelques-unes des précisions que Jones sera amené 4 appotter 4 sa conception de I’Cidipe féminin, en nous appuyant sur le texte de 1935. Jones s’attache tout particuliérement 4 l’étude de cette “ pré- histoire féminine ” dont parlait Freud, puisque ce sont les diffé- rences de conception portant sur cette phase qui sont 4 Porigine des divergences thénriqnes concernant les stades ultérieurs. Selon Pécole de Londres, la fille n’a pas Pattitude virile que Freud lui préte ; elle est Pemblée Féminine, “ receptive and acquisitive” ; ses préoccupations sont centrées sur l’intérieur de son corps (et de Gelui de sa mére); ce qu’clle souhaite, c'est s’incorporer les objets contenus dans la mére (le lait, le pénis congu comme mamelon. 66 LA PHASE PHALLIQUE lus satisfaisant, le pénis du péte enfin, que la mére a incorporé suivant la théorie fellative du coit) — mais deux motifs rendent plus angoissant que chez le gargon le sadisme dirigé vers le corps de Ja mére : d’une part ’angoisse concerne essentiellement Pinté- rieur du corps et la réassurance narcissique ne trouve aucun repére externe, sauf le clitoris; d’autre part la rivalité sexuelle s’adresse 4 la personne méme dont la fille dépend pour tous ses besoins; le sadisme ne peut donc pas étre extériorisé et se retourne plus pro- fondément contre la fille que contre le garcon — d’out la dépendance si prolongée 4 l’égard de la mére et le “ refoulement particulié- rement inexorable ” que Freud dit marquer ultérieurement cette relation; il y a donc attitude vaginale précoce, mais qui souvent ne peut pas s’exprimer, en raison notamment du fait que le vagin mrétant habité 4 cet age par aucune fonétion physiologique et se trouyant “ relativement inaccessible ”, la petite fille ne peut pas Putiliser au titre d’une réalité et d’une réassurance libidinale. La phase phallique décrite par Freud est bien pour une part liée 4 “la simple envie autoérotique ” d’un pénis, mais le yeu d’avoir un pénis 4 la place d’un clitoris tient en fait 4 des motifs secondaires essentiellement défensifs, liés 4 ’'anxiété que fait naitre le sadisme urétral, qui domine cette période : s’il est une arme pour attaquer Ja méte, le pénis sert aussi et surtout a des fins de restitution et en fin de compte la fille envie essentiellement l’efficacité de la défense que le pénis met 4 la disposition du garcon : car le meilleur moyen de se réassurer contre ce sadisme serait de ’exercer réellement et Wexpérimenter qu’il n’est pas mortel ; c’est ce que fait le garcon, qui se rassure en voyant le pénis rester inta&t. De ce voeu autoéro- tique de posséder un pénis en propre, Jones distingue chez la fille un “ désir naturel primaire d’un pénis ” qui est A considérer non comme un effort vers la masculinité, mais comme “ le désir normal féminin d’incorporer le pénis d’un homme, d’abord oralement puis vaginalement ”. Le déclin de la phase phallique n’eS duav cen Pause que le moment ou se révéle une féminité jusque-la réprimée, et Jones eSt en mesure de proposer une autre liaison entre ’envie du pénis et Phostilité dirigée contre la mére. Pour Freud, la petite fille désap- pointée “ se résigne sagement a chercher d’autres sources de plaisir Pour se consoler ” (Jones cache mal ici son ironie). Mais si la phase 67 LA PHASE PHALLIQUE phallique n’es& qu’une “ position phallique » une “ attitude émo- tionnelle plus qu’un Stade libidinal ”, la question de son déclin n’est pas en soi différente des motifs qui font qu’une phobie infan- tile en vient A disparaitre 4 mesure que progresse “ Padaptation a Ja réalité ” : dans le cas présent le fantasme défensif du pénis es abandonné parce qu'il est reconnu comme fantasme et donc inca- pable de donner la réassurance d’une réalité extérieure; le moi s’est fortifié, Pangoisse a diminué, et la petite fille est maintenant capable de reconnaitre en sa mére une personne réelle 4 laquelle Punit Yaffe@tion; enfin l'amour de objet partiel est dépassé ct la fille est maintenant intéressée par son pee “ entier ” (as a whol). Le ressen- timent contre la mére répond donc 4 la rivalité cedipienne dés long- temps présente, mais qui peut enfin s’exprimer. Ainsi pour Jones la féminité ne surgit pas comme pour Freud @une “ expérience externe ” (vue du pénis), pas plus que la phase phallique “ nest une téa&tion naturelle 4 un fait anatomique mal- heureux ” : elle “ se développe progressivement a partir des inci- tations d’une constitution instinétuclle ”; la femme n’est pas cet “ homme manqué, créature définitivement désappointée, luttant pour se consoler avec des subStituts secondaires ob s’aliéne sa vraie nature”. “‘ Une femme est-elle née ou faite ”, s’écric enfin Jones en écho 4 ce qui terminait son article de 1932 : “ Au com- mencement... Dieu les créa homme et femme. ” Crest sur ce caradtére inné et naturel que Jones confére 4 Ja fémi- nité comme 4 la masculinité en postulant leur insertion dire@te sur la bipolarité sexuelle biologique que nous ferons porter notre premiere interrogation; car c’est bien 1A ce qui commande finale- ment toute sa divergence d’ayec Freud. Mais comment y voir autre chose qu’un préjugé d’ordre naturaliste, que rien dans notre praxis ne peut véritablement soutenir ? Car il est patent que l’expérience auulytique u’a aucun point de conta, ne démontre aucune jone- tion dire&e avec une bipolarité des sexes telle qu’elle serait donnée dans la nature. Il suffira de rappeler que analyse depuis qu’elle exigte n’a contribué en rien au développement du savoir biologique concemant la sexualité, pas plus qu’elle n’y a puis¢ pour elle-méme le moindre aliment; ce que par exemple l’expétience peut rencon- 68 LA PHASE PHALLIQUE trer de difficultés chez Vindividu dans Passomption de son propre sexe ne comporte aucun rapport direét avec les faits biologiques dits d’intersexualité, L’évidence s’impose que V’analyse aborde la question sous un tout autre angle, sri€ement subje&if — nous ditions : sous l’angle d’une déclaration subjective du sexe. La posi- tion de Jones est donc sur ce point extérieure 4 ce qui spécifie le champ analytique, et tout au plus pourrait-on renvoyer a Ja bio- logie la charge de vérifier son bien-fondé — mais si son point de vue nous parait plus naturaliste que biologiste, c’est pour autant que la biologie elle-méme ne semble avoir progressé qu’a s’écarter @une telle affirmation massive de la bipolarité sexuelle, en la dis- sociant pat exemple en des niveaux hétérogénes (chromosomes, telais hormonaux, cara@tres sexuels primaircs et secondaires) qui laissent place 4 des discontinuités et 4 quelques interrogations concernant ce qu’il en est d’une claire répartition du mile et du femelle. Aussi bien, quels arguments internes 4 Pexpétience analytique esti] en mesure d’invoquer 4 ’appui de sa thése ? Rien d’autre en définitive que le repérage de pulsions a but passif, et c’est bien 14 ou nous pouvons marquer sa divergence d’avec Freud. Car on sait l’insistance avec laquelle Freud a marqué le hiatus qui sépare 4 ses yeux le contraste masculin-féminin du contraste attivité-passivité; je renvoie ici 4 trois textes de Freud, bien connus ailleurs 1, qui affirment nettement que la polarité aétivité-passi- vité est la seule qui ait un sens au niveau de la théorie des pulsions; sa soudure avec la polarité masculin-féminin “ nous semble étre un fait biologique miais elle n’est nullement aussi régulitrement décisive ni aussi exclusive que nous serions enclins 4 le croire ”. Cette soudure est 4 vrai dire laissée entitrement en suspens par Freud; Vopposition masculin-féminin nc saurait en tout cas étre prise en considération qu’au terme du complexe d’(Edipe, ce qui suffit 4 la situer dans un tout autre registre que le biologique. Enfin et surtout, Freud en viendra a affirmer que les termes de masculia et de féminin n’ont finalement aucun répondant direftement sai- sissable en tant que tel dans notre expérience. 1. Trois Fssait, nouvelle éd. N. R. F., p. 96 (G. W., v, p. 99); Métapoyebologie, p. 36 (G. W., x, p. 227) ; Nowelles Conférences, p. 136-160 (G. W., xv, p. 121-124). 69 LA PHASE PHALLIQUE Freud soutient parallélement qu'il existe “ une seule libido, qui sans aucun doute connait des buts aétifs et passifs et donc deux modes de satisfaction? ” — “ la libido est de fagon constante et ségulidre d’essence mile, qu’elle apparaisse chez Phomme ou chez Ja ferme et abstra@tion faite de son objet, homme ou femme *”’, Ce qui nous est par la donné 4 entendre, c’est que la dialeQique des pulsions pactielles est orientée pat instance phallique pour les deux sexes, et justement parce que cette dialetique est d’un autre ordre que la différence sexuelle biologique. L’abord freudien consiste a tenter de voir comment ces deux registres hétérogénes se recoupent, Ces-A-dire comment la différence biologique vient interférer dans le jeu pulsionnel. II s’agit de savoir non pas “ ce qu’est la femme ”’, mais “ comment l’enfant 4 dispositions bisexuelles devient une femme ” — et ici, ajoute Freud, “ la constitution ne se plie pas aisément 4 la fonétion”. Tout ce que Pexpérience peut saisir s’arti- culera dés lors en terme de “* conséquences psychiques de la diffé- rence anatomique des sexes ”, titre qui indique 4 lui seul la distance qui sépare le récl de la difference sexuelle de ce qui viendra 4 en retentir comme impasses de la subjedtivation du sexe. Ces thémes méritent d’étre précisés “a partir de ce que Freud fous apporte concernant T’évolution de la fille. Tout d’abord, lorsqu’il aborde Ja question de ce qui motive au dernier terme la fille 4 abandonner l’objet maternel pour se tourner vers le pére, nous le voyons si désireux d’éviter le recours 4 une féminité libi- dinale déja donnée, qu’il centre toute son interrogation sur le contraste pulsionnel aétivité-passivité (contraste de nature si peu biologique qu’il est tout entier supporté pat des oppositions gram- maticales). Ce méme contraste est explicitement référé 4 la pulsion de mort, sous Ja forme de la tendance de la petite fille a répéter aGivement sur ses poupées ce qu’elle a passivement subi de la part de sa mére (exemple propre 4 faire saisir combien Jones mésin- terpréte ce texte en reprochant a Freud de méconnaitre 4 cet endroit yuc la petite fille trouve dans ce jeu unc satisfaion libidinale de type féminin). Il ne peut pas 4 ce temps étre question de féminité, justement dans la mesure ott la dialeétique pulsionnelle s’arréte, au niveau de I organisation génitale infantile, 4 une opposition 1. G.W., xv, p. $34. — 2. Troit Essait, p. 129 (G. W., v, p. 120). Jo LA PHASE PHALLIQUE quine peut étre que “ organe génital male ou castration! ”’. Jones peut feindre de raffiner sur Freud en suggérant que, s’agissant de Ja fille, Popposition devrait s’énoncer : possédant le clitoris ou non; il démontre seulement V’indistin@ion dans laquelle il tient Yorgane et son symbole. C’est pourtant cette référence symbolique que Freud souligne si fortement lorsqu’il décrit le complexe @’Gidipe comme “ un phénoméne déterminé par hérédité, établi ¢ elle qui doit disparaitce conformément au programme quand gingtalle la phase suivante, prédéterminée elle aussi, du dévelop- pement* ”. Quel serait donc ce programme, sinon Parrangement aussi singulier que déterminé de la chaine signifiante qui préexiste au sujet et ott le symbole phallique trouve sa place et