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Éditorial

DE L’ANGOISSE À L’OBJET A
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Didier Castanet

ERES | « L'en-je lacanien »

2020/1 n° 34 | pages 5 à 7
ISSN 1761-2861
ISBN 9782749267265
Article disponible en ligne à l'adresse :
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https://www.cairn.info/revue-l-en-je-lacanien-2020-1-page-5.htm
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Éditorial
De l’angoisse à l’objet a

Didier CASTANET
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O n pourrait dire qu’Inhibition, symptôme et angoisse est le ­dernier
grand texte métapsychologique de Freud, texte de 1926 et postérieur à la
seconde topique, qui date de 1923.
On pourrait aussi dire que ce texte n’est pas le point d’aboutissement
de la démarche freudienne. Il est un nouveau départ pour Freud, où l’an-
goisse est au centre de ses élaborations.
L’angoisse devient une angoisse du moi et non plus une angoisse du
ça. C’est dans le moi qu’elle a sa source. L’angoisse signale un danger.
Elle se lie à une représentation et l’expérience des névroses de transfert
la désigne comme angoisse de castration. L’angoisse de castration fonc-
tionne dans le moi comme un signal, elle provoque le refoulement, et non
plus en résulte, comme l’avait jusque-là défendu Freud. Le danger a une
fonction causale : c’est lui qui suscite le signal d’angoisse, qui conduit le
moi à mettre en œuvre le refoulement.
De quel danger s’agit-il ? Le danger d’une augmentation excessive
de tension, d’une exigence libidinale qui laisserait le moi sans recours,
en détresse. L’angoisse signale au moi l’imminence de cette situation de
détresse. Cette situation résulte de la perte d’une médiation dans le rapport

Didier Castanet est psychanalyste à Toulouse et membre de l’epfcl.

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du sujet à une exigence pulsionnelle. Freud formule différemment cette


média­tion : perte de la mère, séparation d’avec elle ou perte de son amour.
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Dans Inhibition, symptôme et angoisse, il y a un débat entre Freud et
Otto Rank sur le traumatisme de la naissance. Freud décidera de prendre
la naissance comme prototype, modèle originel de cette perte. S’il le fait,
c’est parce que cette naissance est pour lui une castration de la mère qui
fonctionne sur le modèle de l’équivalence freudienne « enfant-pénis ».
On peut reformuler provisoirement l’énoncé de Freud selon lequel
l’angoisse signale un danger  : la menace de castration qui donne son
contenu à l’angoisse donne le signal d’un manque dans l’Autre, si l’on
veut bien traduire ainsi « castration maternelle ».
Ce n’est pas sur ce point que Lacan va reprendre la question de
l’angoisse. Pour lui, la question se pose d’abord dans le cadre d’un débat
sur la relation d’objet, et l’angoisse lui sert de fil dans la critique qu’il va
faire de cette dernière. À cette époque, l’angoisse avait pour lui la même
importance que pour Mélanie Klein, dont en quelque sorte il retrouve l’ins-
piration. Mélanie Klein a attribué un rôle prépondérant à l’angoisse dans
la constitution du monde des objets. Je renvoie à son article de 1930,
« L’importance de la formulation du symbole dans le développement du
moi », qui contient l’analyse du petit Dick. Mais c’est aux textes de Glover
que Lacan en appelle. En effet, Glover était plutôt réservé sur les déve-
loppements théoriques de Mélanie Klein. Lacan retiendra de Glover que
les relations du sujet à l’objet, aux différentes étapes du développement,
s’établissent sur fond d’angoisse.
Le deuxième point qui sert à Lacan pour avancer dans sa critique de
la relation d’objet (dans le séminaire de 1956-1957, La relation d’objet)
est l’une des définitions de l’objet chez Freud, et même sa définition la
plus radicale : l’objet est foncièrement perdu, il donne la raison des autres
objets qu’on trouve chez Freud, l’objet de la pulsion orale, celui de la
pulsion anale et l’objet d’amour.
Dans le séminaire L’angoisse, de 1962-1963, la question de ­l’affect
se trouve véritablement posée. Non pas, comme Lacan le signale, qu’il
l’avait jusqu’alors négligée, mais il estime qu’il l’avait abordée plutôt par
ses caractères négatifs : l’affect n’est pas l’être donné dans son immédia-
teté, il n’est pas non plus le sujet donné sous une forme brute, protopathique.

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La formule se trouve dans le texte « Subversion du sujet et dialectique du


désir  1 ». S’il s’agit bien des affects dans ce séminaire, Lacan évite d’en
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donner la doctrine, en raison même de l’axe choisi, le désir, qui seul, pour
Lacan, répond à ce qu’est la pratique de l’analyse, c’est-à-dire une « éro-
tologie ». Et l’affect le plus sûr pour se guider dans cette érotologie est
l’angoisse. Entre La relation d’objet de 1956 et L’angoisse de 1962, l’éla-
boration de la fonction de l’objet perdu a évidemment beaucoup évolué.
C’est la détermination du sujet au lieu de l’Autre qui provoque la perte de
l’objet, qui est donc un objet du sujet. Cela pour situer l’objet perdu.
Lacan s’attache à définir le statut de l’objet (a), qui n’est pas l’objet
perdu, mais qui, sur le vide que cet objet a laissé, se trouve mis en jeu dans
une dialectique où le désir de l’Autre a une fonction décisive. Il dégage la
fonction de cet objet (a) dans le fantasme et dans la relation spéculaire,
toujours en se servant de l’angoisse comme guide théorique et repérage
pratique.
Cet objet est manquant dans les trois registres du symbolique, de
l’imaginaire et du réel. Sur le nœud borroméen, il est placé au centre des
trois consistances. Dans l’imaginaire parce qu’il est sans image, dans le
symbolique parce qu’il n’est inscriptible dans aucun signifiant – il ne passe
pas au verbe. C’est l’action du symbolique qui soustrait cet objet du réel.
Il est cause du désir et non objet du désir, il inscrit la fonction dynamique
de castration de jouissance qui le fait équivaloir à un – „ réel. Il n’est pas
objectivable, il est tout aussi incompatible avec la parole que le désir. Du
fait du langage, du manque phallique, cet objet peut être déduit. L’objet
(a) comme réel est la condition de la cure analytique.
La référence à l’objet (a) dans l’expérience analytique est souvent
posée par ceux qui s’intéressent au fonctionnement de la pratique laca-
nienne. Comment cet objet se manifeste-t-il ? Quel traitement lui donnons-­
nous dans le dispositif analytique ? Quel rapport entretient-il avec le réel ?
C’est l’objet du dossier du présent numéro de L’en-je lacanien.
En vous souhaitant bonne lecture.

1. J. Lacan, Écrits, Paris, Le Seuil, 1966, p. 799.

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