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Poemas de Irène Gayraud

El lugar está en las afueras de la ciudad. Ahí donde las zonas periféricas tienen el color de los
árboles. Donde entre las hojas, los cristales y el cemento se abren paso múltiples umbrales.

Los seres que ahí viven están a cargo de las piedras y del tiempo. De su lengua incontable se
desprenden fisuras, fallas, magma. De inmediato su ruido de brasa.

Se puede, al abrir su mano, encontrar en su hueco pequeños bloques volcánicos ásperos,


transparentes algunas veces y olvidados desde hace mucho tiempo.

Habrá, allá, puede ser, un pasado.


Al comienzo era el magma.

No tenía aún ese nombre balbuceado

de garganta de niño llamando a su madre.

Nadie iba aún a la deriva

buscando aberturas

Ninguna palabra quebraba

el aire vacío, el viento desnudo.

Rojo, atravesaba

enigma de materia montándose en la materia

antes del tiempo y ya en el tiempo.


Antes de ese tiempo en que

con mis rodillas magulladas clavadas en las rocas

yo llamaba en vano

en vano y sin saber su nombre

a la piedra en fusión y al fuego.

La poeta Irène Gayraud, leyendo

Desde su primer día en el lugar, los hombres han visto el tiempo pasar de las rocas

por sus manos.

Ausentes a veces, escuchan la voz de basalto de las estatuas, en las islas vocálicas y lejanas.
Es este el principio de largos recorridos por tierras que jamás se erosionan. Los cortes dejados en
los valles del volcán dibujan, trazo a trazo, lo inverso de errar.

Recuerdo a una vida pasada

donde mi paso rozaba el flanco de los volcanes

sus suelos petrificados de frío

como grandes campos negros cultivados por la noche

o reverdecidos por hierbas dulces, por musgos

en los puntos en que el calor habita aún.


Dormir en el suelo cubierto de rocas

cartografiaba mi piel de trazas marcadas

de senderos.

Yo avanzaba, no sabiendo

que mientras más se hunde en el valle

más se hunde en el tiempo.

Mis manos hacían una provisión de piedras

escuchando

los basaltos informes, cortantes

pero resguardando ya las siluetas esculpidas

de contornos alisados.
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En la lengua del lugar, una misma palabra designa a una piedra molida y a un libro de párrafos
mezclados. Cada mañana sin reposo los hombres ordenan el polvo.

En las tuberías del bosque de vidrio el polvo negro se desplaza, de un gesto a otro se separa. Está
la parte ilegible que se cae, y la parte menos densa que permanece. Esa lleva en ella, solidificadas,
las trazas antiguas de la erupción.

En mi caída pierdo

algunos cristales

los dejo hundirse


bajo mi cuerpo en las grietas

descuidada

de su pesadez de la mía.

Mi boca sobre las lavas

empujada por el aire que remolinea

come los últimos granos con gusto a roca masticada

devora en la búsqueda

del tiempo de los diapiros

de su sabor.

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En el centro de un círculo minúsculo, justo en la luz, los hombres depositan el polvo de roca.

Por mínimos roces, mínimos empujones, ellos acompañan el retorno a la infancia de la piedra,
recuerdan a sus entrañas juguetonas y coloridas

Entonces cada grano bajo el haz se anima, deviene vitral estallante de colores.

No me levanté

La piedra se incrusta en mi

y yo me inserto en la piedra

me fundo piel a piel con el suelo.


Mis dedos dulcemente guían

mi ojo hacia del centro del cristal

en medio de parpadeos de resplandores.

Mientras cruza misturas abigarradas

colores locos

rojos y justo después azules

en el silencio tornándose amarillos jaspeados índigos

se desvelan

los hilos multicolores del manto terrestre.

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Algunos días la nostalgia baja sobre el lugar, empañados los ojos de los hombres.

Entonces ellos sacan de los armarios grandes estalagmitas, cuentan en ellas los trazos

del tiempo cavado y lento de las grutas.

Algunos se encierran en una sala encuevada donde crean la humedad y el frío. Y ellos

se sujetan allí, para recitarse los ríos subterráneos que infiltran al subsuelo y lo corrompen, para
vigilar el brote,

milímetro tras milímetro, de las estalagmitas.

Pausando en el frescor de la caverna


dejo deslizar

cada perla de sudor

teñida

a lo largo mío hacia mis tobillos

en el barro arenoso.

Fusionada de agua y de piedras

crece

la vida

gota a gota.

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(poemas en su idioma original, francés)


5 poèmes de Téphra (2019),

du Irène Gayraud

Le lieu est hors de la cité. Là où les zones

périphériques ont la couleur des arbres. Où

parmi les feuilles, les vitres e le béton

s’ouvrent des seuils multiples.

Les êtres qui y vivent ont charge des pierres

et du temps. De leur langue irracontable se

détachent fissures, failles, magma. Dés l’abord


leur bruit de braise.

On peut, en ouvrant sa main, trouver au

creux de petits blocs volcaniques âpres,

transparents parfois et oubliés depuis long-

temps.

Il y aurait là, peut-être, un passé.


Au commencement était le magma.

Il n’avait pas encore ce nom balbutié

de gorge d’enfant demandant sa mère.

Personne encore n’allait à la dérive

cherchant des embrasures.

Aucune parole ne brisait

l’air vide, le vent nu.

Rouge, il traversait

énigme de matière montant dans la matière

avant le temps et déjà dans les temps.

Avant ce temps que

les genoux meurtris enfoncés dans les roches


je n’apelle en vain

en vain et sans savoir leur nom

après la pierre en fusion et le feu.

La poeta Irène Gayraud.

Crédito de la foto Raphaël Lucas

Depuis leur premier jour dans le lieu, les

hommes ont vu le temps passer des roches

à leurs mains.

Absentés parfois, ils écoutent la voix

de basalte des statues, dans des îles vocaliques


et lointaines.

C’est l’amorce de longs arpentages par des

terres qui jamais ne s’arasent. Les entailles

laissées dans les vallées du volcan dessinent,

trace à trace, l’inverse d’une errance.

Je me rappelle une vie passée

où mon pas frôlait le flanc des volcans

leurs sols pétrifiés de froid

tels de grands champs noirs cultivés par la nuit


ou reverdis d’herbes douces, de mousses

aux points que la chaleur habite encore.

Le sommeil à même le sol drapé de roches

cartographiait ma peu de traces creuses

de sentes.

J’avançais, ne sachant

que plus on s’enfonce dans la vallée

plus on s’enfonce dans le temps.

Mes mains faisaient provision de pierres

à l’écoute

des basaltes informes, coupants

mais abritant déjà des silhouettes sculptées


leurs contours lisses.

Dans la langue du lieu, un même mot

désigne la pierre broyée et le livre aux

paragraphes mélangés. Chaque matin sans

relâche les hommes ordonnent la poussière.

Dans les tubulures de la foret de verre la

poudre noire glisse, d’un geste à l’autre se

sépare. Il y a la part illisible qui tombe, et

la part moins dense qui demeure. Elle porte


en elle, solidifiées, les traces anciennes de

l’éruption.

Dans ma chute je perds

quelques cristaux

les laisse s’enfoncer

sous mon corps dans les crevasses

oublieuse

de leur pesanteur la mienne.

Ma bouche sur les laves

plaquée par l’air qui tournoie


mange les derniers grains au gout de roche mâchée

avale à la recherche

du temps des diapirs

de sa saveur.

Au centre d’un cercle minuscule, juste sous

la lumière, les hommes déposent la poudre

de roche. Par d’infimes caresses, d’infimes

poussées, ils accompagnent le retour vers

l’enfance de la pierre, rappellent ses entrail-

les joueuses et bariolées.


Chaque grain alors sous le faisceau s’anime,

devient vitrail tout fusé de couleurs.

Je ne me suis pas relevée.

La pierre s’incruste en moi

et je m’insère dans la pierre

m’infuse peau à peau dans le sol.

Mes doigts doucement guident

mon œil au cœur du cristal

à travers clignotements éclats.

Sa traversée des bigarrures

des teintes folles


rouges et l’instant d’après bleues

virant dans le silence jaspées jaunes indigos

dévoile

les fils multicolores du manteau terrestre.

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Certain jours la nostalgie descend sur le

lieu, embue les yeux des hommes.

Alors ils tirent des armoires de grands

spéléothèmes, comptent en eux les traces

du temps creusé et ralenti des grottes.


Quelques-uns s’enferment dans une pièce

calfeutrée où ils créent de l´humide et du

froid. Et ils se tiennent là, à se réciter les

rivières infiltrant le sous-sol, le rongeant ; à

surveiller la pousse, millimètre après milli-

mètre, des stalactites.

À la halte dans la fraicheur de l’antre

je laisse glisser

chaque perle de sueur

teintée

le long de mon dos vers mes chevilles


dans l’argile sableuse.

La vie mêlée de l’eau et des pierres

croît

goutte à goutte.

*(Francia, 1984). Poeta, escritora, traductora y académica. Forma parte del grupo de traducción
creativa Outranpo (Ouvroir de translation potencial). Colabora a menudo con compositores de
música contemporánea. Desde 2018 enseña literatura comparada como Maîtresse de Conférences
en Sorbonne Université (Francia). Ha publicado en poesía à distance de souffle, l’air (2014), Voltes
(2016), Point d’eau (2017) y Téphra (2019); en novela, Le livre des incompris (2019); ha traducido
al francés la poesía de Dino Campana (en colaboración con Christophe Mileschi); y en ensayo
Chants orphiques européens. Valéry, Rilke, Trakl, Apollinaire, Campana et Goll (2019), y artículos
sobre literatura, poesía, los vínculos entre literatura y música.