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CHOIX DE PIÈCES NOUVELLES,
JOUÉES SUR TOUS LES THÉATRES DE PARIS.

THÉATRE ROYAL DE L’ODÉON.

LE LAIM) DE DUMBICKY,
Drame en cinq actes.

PARIS.
MARGIIANT, ÉDITEUB
Boule‘vuIt Saint-Martin, m.

BRUXELLES.

TÀRRIDE, LIBRAIRE, PASSAGE LA COMÉDIE.

La réimpression des 25 volumes formant la BIBLIOTHÈQUE DE VILLE ET DE CAMPAGNE,


n Îest entièrement
nouveaux terminée;
volumes nous àprévenons
faisant suite nos Souscripteurs
cette collection; qu’il
ces volumes paraîtra
comme chaque
ceux déjà année
publiésdeux
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Vendr0nt séparément. ‘ ’
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ACTE u scène xu.

LE LAIRD DE DUMBIK‘Y,
COMÉDIE EN ClNQ ACTES. EN PROSE.

PAR lu. ALEXANDBE noms,


asrn'a«eana, Pour: La rnmru“.nn nous, A anus , son I.F. rnmrne mur. un noueux, LE 30 Monsieur. l848.

PERSONNAGES. l A CTEURS. PERSONNAGES. ACTEURS.


CHARLES II, roi d’Angleterre. . . . .
M. MILON. DlKINS, M. Luuovrc.
} fournisseurs du Duc .. M. PÉnÉz.
LE DUC DE BUCKINGHAM . . . . .. M. Pzeaaon. RUSSEL,
MAC ALLAN, laird de Dumbiky.. . M. L. Monnose. UN HUISSIER DU PALAIS . . . . .. M. BARDA.
GHIFFINCH, valet de chamb. du Roi. M. ALEX. Mauzm. NELLY QUINN, actrice de Drury—
J ERNINGI‘IAM, valet de chambre du Lane, maîtresse du Roi . . . . . . . .. MIle Boonmen.
Duc . . . . . . 4 . . . . . . . . . . . . . . . . . .. M. Srn-Mmra. ' SARAH DUNCAN, jeune Ecossaise.. Mile VOLET.
JOHN BRED. marchand de chevaux. M. Bannis, REBECCA , tante de Sarah . person
TOM GIN , tavernier du Chardon Mile VERTPRÊ.
nage muet . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
d‘Écosse . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . M. Rousssr. Catamarans ar Douesrmuas ou Duc.
Le 1“ acte à l’hôtel Buckingham; le ‘2° à la tiwerne du Chardon d'Écosse; les 3=, 4°, 5&1 dans un pavillon du parc de
' Windsor.

AuAV\ uvvu vvmV\uvmvvuwvnnkunmvcuwnxvu\vvuv\vwv.« .,.


\

ACTE PREMIER.
Un._salon de l’hôtel Buckingham.

SCÈNE PREMIÈRE. JOHN BRED. De par saint Georges, nous


entrerons.
MAC ALLAN , JOHN BRED, RUSSEL, TOUS LES CRÉANCIERS. Oui, oui.
DICKINS, VALETS et CREANCIEBS DU JOHN BRED. Mylord nous doit. nous vou
DUC , puis JERNINGHAM. lons voir mylord... Allons, camarades, dé
Au lever du rideau le devant de la scène est vide, mais
barrassens—nous de cette valetaille.
on aperçoit dans la galerie du fond M‘ac Allan , John Les coups de poing commencent‘a pleuvoir sur les valets;
Bred et les autres Créanciers, que les laquais du Duc et parmi les plus chauds assaillants, on remarque John
ne veulent pas laisser pénétrer dans le salon. Bred et Mac Allan en Écossais.
‘ MAGASIN THÉATRAL.
JERNINGHAM, entrant par une porte de en même temps, avez-vous ajouté, si elle ne
côté. Eh bien l. que signifie cela, messieurs, serait point par hasard en disposition de nous
et que se passe-t-il? De,la violence chez mi payer nos factures?
lord duc ! JOHN BRED. Eh bien! nous vous avouons,
JOHN ImED, s'avançant. Ah! c'est vous, monsieur Jerningham, puisque vous nous en
monsieur Jerningham! Nous allons enfin parlez le premier, que cela ne nous ferait
trouver à qui parler. J'étais las, pour mon pas de peine de toucher quelques guinées. . .
compte, de ne trouver que de quoi battre. il y a longtemps que nous n'avons rien reçu.
JERNINGHAM. Vous vous en acquittiez ce JERNINGHAM. Laissez-moi le soin de
pendant à merveille, maître John. cela... Je sais mieux que personne les jours
JOHN BRED. J'ai la prétention de tenir ce où mylord a de l'argent... Donnez-moi vos
qu'il y a de mieux en chevaux et en coups de factures, car je présume que vous les avez.
poing, et si votre maître et vos valets veu surzvous, toujours par hasard.
lent me rendre justice, ils vous diront, mon JOHN BRED. Je ne les quitte jamais. .. vous
sieur Jerningbam, qu'il n'y a jamais en sei comprenez, au moment où l'on s'y attend le
gneur mieux monté ‘et laquais mieux battus. moins, on peut rencontrer une occasion..."
JEaNINGHAM. Il n'y a pas même contesta JERNINGHAM. Comme celle-ci, n'est-ce
tion lit-dessus, mon cher monsieur John Bred, pas? et il faut la saisir aux cheveux... peste!
et mylord le disait encore hier à sa gracieuse c'est prudemment pensé. Voyons, donnez-moi
majesté le roiCharles II,’ qui le complimentait. cela, et revenez dans une heure...
JOHN BRED. Sur quoi? JOAN BRED. Pour en toucher le montant?
JERNINGHAM. Sur ce qu'il était le gentil JERNINGHAM. Non, mais pour apporter à
homme dbingleterre, d'Ecosse et d'Irlande,
mylord vos demandes.
le mieuxlogé, le mieux mis etle mieux équipé.
(1e à quoi mylord répondait : Eh bien ! sire, JOHN BRED. De. fournisseurs de la cour?
voulez-vous être aussi bien équipé, aussi bien JERNINGHAM. Oui, mylord les appuiera.
miS, aussi bien logé que moi? prenez Russel JOHN nnED. Ce serait bien aimable à sa
mon tapissier, Dikins mon tailleur et John grâce. Mais il faudra aussi qu'elle nous donne
Bred mon marchand de chevaux. un petit acompte... Ohl mon Dieu, rien que
JoHN BRED. Comment! le roi disait cela à les trois quarts de ce qu'elle nous doit; nous
mylord, et mylord. .. attendrons pour le reste.
JERNINGHAM. Faisait littéralement an roi JERNINGHAM, de mauvaise humeur. Eh
la réponse que je viens de vous répéter. bien! soit, revenez dans une heure.
RUSSEL. Dis donc, John Bred, si nous pou JoHN BRED. C'est convenu. (Mtmtrant
vions par mylord obtenir la fourniture de la les laquais.) Maintenant il ne nous reste
cour? plus qu'à faire des excuses à ces messieurs
JERNINGHAM. Rien de plus facile. des coups...
DIKINS. Ce serait une glorieuse affaire. JERNINGHAM. Inutile, c'est leur état.
JEIININGHAM. Sa grâce n'a que deux mots JOHN BnED. Alors, c'est autre chose.
à dire pour cela à sa majesté, et il y en a déjà Ils sortent tous.
un de dit. '
JOHN BRED. Alors, monsieur Jerningham, 'A vvNMWWAMAMMW v “vWMMWWWMMM ww- nMA

il faudrait tâcher qu'il dît l'autre.


JERNINGHAM. Eh bien! mes bons amis, je SCÈNE II.
ne vous cacherai pas que c'était son intention. JERNINGHAM, MAC ALLAN, assis dans
JOHN BRED. Vraiment!
un coin.
JERNINGHAM. Ce matin même, je devais
vous écrire à ce sujet-là. C'est le dernier JERNINGHAM, se croyant seul. Les malc
ordre que m'a donné, hier soir, mylord en se trus! de l'argent! Ils veulent de l'argent
couchant; mais puisque le hasard fait que . parce qu'on leur en doit... la belle raison!
vous voici... ‘ ‘ (Apercetiant l'Ecossais.') Ehl ehl quel est
JOHN BRED. Oh! mon Dieu, oui... le ha celui-là? ( l l va à Mac Allan.) Mon ann!
sard... vous avez dit le mot, monsieur Jer MAC ALLAN, Finterrompant. D'abord je
ningham. Nous passions, Russel, Dikins et ne suis pas votre ami, attendu que je ne vous
moi, devant l'hôtel, et nous nous sommes dit: connais pas et que c'est la première fois que
Eh bien! puisque nous voilà en face du pa nous nous voyons.
lais de mylord, si nous montions chez sa JERNINGHAM. Ah! nous sommes fiers.
grâce pour demander des nouvelles de sa MAC ALLAN. Nous sommes Ecossais.
santé ? JERNINGHAM. C'est cela que je voulais
JERNINGHAM. Et nous nous informerions dure... Eh bien! vous avez entendu ce que
LE LAIRD DE DUMBIKY. _ L)‘

j'ai dit à vos camarades; pourquoi n'êtes MAC ALLAN. Moi?


vous point parti avec eux? JERNINGHAM. Oui, vous.
MAC ALLAN. Avec qui? MAC ALLAN. 0h! non, pas si fou, on a trop
JERNINGBAM. Avec les gens qui sortent de mal à entrer.
d'ici. ll s'assied.
MAC ALLAN. Les gens qui sortent d'ici ne JERNlNGBAltl. Eh bien? mais que faites
sont pas mes camarades. vous donc?
JERNINGBAM. Nêtes-vous pas un des créan MAC ALLAN. Vous le voyez, je m'assieds.
ciers de mylord? ‘JERNINGHAM. Vous vous asseyez?
MAC ALLAN. Oui, si la reconnaissance est MAC ALLAN. Je suis très-fatigué. Depuis
considérée comme une dette; sinon. mylord sept heures du matin je suis sur mes jambes.
ne me doit rien. JERNINGHAM. Et que comptez-vous faire
JERNINGHAM. Ah ça, mais alors, qui êtes dans ce fauteuil?
vous? ‘ 2 MAC ALLAN. Parbleu ! je compte attendre.
MAC ALLAN. Je suis Mac Allan, laird de JERNINGHAM. Quoi?
Dumhiky du comté de Durham. MAC ALLAN. Le lever de sa grâce.
JERNINGHAM. Que voulez-vous? JauNIuGHAM. Sa grâce ne se lèvera pas cr‘
MAC ALLAN. Voir mylord. matin.
JEIININGHAM. Dans quelle intention? MAC ALLAN. Pourquoi cela?
MAC ALLAN. Pour obtenir de lui qu'il JERNINGBAM. Parce qu'elle a couché de‘
mette cette requêtesous lesyeuxde sa majesté. hors. .
JERNINGHAM, avec dédain. Alors vous MAC ALLAN. C'est bien, elle ‘rentrera.
êtes un Solliciteur. JEuNINCHAM. Ah ça, monsieur l'lieus
MAC ALLAN. Vous vous trompez, je ‘ne sais, faudra-t-il que je sonne?
sollicite pas. MAC ALLAN. Sonnez si vous voulez Qu'est
JERNINGHAM. Que faites-vous donc? ce que cela peut me faire, à moi?
MAC ALLAN. Je réclame. JEnNINGHAM. Je vous préviens que c'est
JERNINGHAM, [massant les épaules. C'est pour appeler les laquais.
la même chose. MAC ALLAN.- Appelez.
MAC ALLAN. En Angleterre peut-être; JERNINGHAM. Et que si vous ne voulez
mais pas en Ecosse. pas sortir de bonne volonté...
JERNINGHAM. Et venant demander un MAC ALLAN. Eh bien?
service à mylord, vous vous êtes introduit - JERNINGHAM. Jls vous feront sortir de
chez lui avec violence? force.
MAC ALLAN. Dam, on fait comme on peut; MAC ALLAN, se levant. Par saint André,
il y a quinze jours que j'essaie d'entrer par monsieur, iÿavez-vous point parlé (le me
toutes les portes, et que par toutes les portes mettre à la porte?
on me repousse. JERNINGHAM. Et quand j'aurais parlé de
JERNINGHAAJ. De sorte qu'aujourd'hui?... cela, qtrauriez-vous à dire?
MAC ALLAN. Au moment où j'étais en train MAC ALLAN. J'aurais à dire que si mon
de me morfondre, comme hier, comme avant oncle David Mac Mahon de Stisquebaugh avait
hier, comme les autres jours, j'ai rencontré été aussi impertinent, lorsque, dans la nuit
desgens qui (lisaient: Il faut que nous en du 16 septembre 1651, sa majesté Charles II
trions; et vous? — Etmoi aussi, ai-je répondu, et sa grâce mylord duc de Buckingltam vin
il faut que j'entre. —Alors ils se sont mis à rent lui demander un asile, sa majesté aurait
taper; moi j'ai tapé comme eux, j'ai cru que bien pu avoir -la tête tranchéecottltne- le mil.
c'était l'habitude en Angleterre. Moi, vous s0t1 père, et sa grâce être pendue comme lord‘
comprenez, je n'en sais rien, je suis Ecos Monrose. (Se rasseyant. ) Voila ce que j'au—.
sais... En tout cas, il paraît que c'est le bon rais à dire.
moyen. JERNINGHAM, à part. Ah! diable! ceciâ
JERNINGHAM. Oui, je vous ai vu à l'œuvre; c'est ‘autre chose. (Haut) D'après ce que
vous y alliez de bon cœur, mon maître. vous dites , monsieur, il paraîtrait qu'un:
MAC ALLAN. Par esprit national, voilà membre de votre famille a rendu autrefois un;
tout. service à mylord. ‘
JERNINGHAM. ll est fâcheux, mon cher‘ MAC ALLAN. Ah! mon Dieu, il lui a sauvé
ami, qu'un si bel exploit ne doive vous me la vie, voilà tout. Mais à cette époque-là la
ner à rien. vie était comptée pour si peu de chose, qu'il
MAC ALLAN. Il me semble cependant que n'y aurait rien d'étonnant à ce que mydoril
jusqu'à présent cela ne va pas trop mal. eût oublié cette dette-là avec les autres.
JERNINGHAJI. Oui, mais à présent vous JERNINCHAM, (i part. (l'est probable. Mais
allez sortir. si par hasard mylord avait (le la mémoire. il
4 . MAGASIN ‘FIIÊATRAL.
m'en voudrait peut-être d'avoir maltraité ce MAC ALLAN. (festjuste. Mais vous l'aver
garçon. ( llaut.) Ecoutez-moi. tirez, c'est convenu.
MAC ALLAN. J'écoute. JEnNtNGt1AM. Aujourd'hui même.
JEnNINGIJAM. Entendez-vous raison quel MAC ALLAN. Alors , demain...
quefois ! JERNINGHAM. Demain vous pourrez vous
MAC ALLAN. Oui, quand on me parle poli présenter à l'hôtel, votre nom sera donné.
ment. MAC ALLAN. Dites-lui que pour cette hos
JERNINGHAM. Je pèserai chaque parole. pitalité donnée au roi et au duc, le séquestre
. MAC ALLAN. Et pas de faux poids, hein? a été mis par Cromwell sur les biens de
JERNINGHAM. Vous u'ignorez pas que my mon oncle David, et que ce séquestre n'est
lord est un des plus grands seigneurs du pas encore levé.
royaume? JERNINGHAM. C'est bien. C'est bien... on
MAC ALLAN. Je sais cela. le lèvera. (Mac Allan veut sortir par le
JEnMsCt1Att. Vous savez encore qu'on fond.) Non, non, pas par ici... vous pourriez
n'entre pas de force chez un simple particu rencontrer mylord. Traversez cette chant
lier, à plus haute raison chez le favori du roi. bre, la porte à gauche, le corridor à droite,
MAC ALLAN. Je n'entrerais pas de force puis tout au bout l'escalier dérobé... Allez,
chez un paysan qui me prierait poliment de allez... (Apart. ) Il était temps.
l'ester dehors. Mais je vous ai raconté com AwkmrAm“wwvv“nmv“mvv“wmAvmmmwnAAw
ment les choses s'étaient passées.
JERNINGHAM. Aussi je vous excuse. Main SCÈNE ut;
tenant voulez-vous vous en rapporter à ma
LE DUC. en robe de chambre, suivi de ‘
parole? .
MAC ALLAN. C'est selon ce que vous me deux laquais dont l'un porte la reste, et
promettrez. _ dont l'autre porte le manteau, le chapeau
JERNINGHAM. Je vous promets (le parler et l'épée; ou pose le tout sur des chaises.
aujourd'hui à mylord, et que demain mylord JEBNINGHAM.
vous recevra. LE DUC. Viendra-t-on quand je sonne?
MAC ALLAN. Sur votre honneur? JERNINGHAM. J'étais retenu ici pour le
JEuNtNGuAM. Sur mon honneur. service (le votre grâce.
MAC ALLAN. Très-bien. Maintenant faites LE DUC. Vraiment?
attention que si demain je n'entre pas, ce JERNINGHAM. La matinée a été chaude,
n'est plus àmylord, mais àvons, que je m'en monseigneur.
prends. LE DUC. En effet, j'ai entendu quelque
JERNINGHAM. Vous ferez comme vous l'en bruit. ‘
tendrez. Avez-vous un mémoire? JERNINGHAM. C'étaient les fournisseurs de
MAC ALLAN. J'en ai deux. Un dans votre grâce qui forçaient la porte.
chaque poche. Voyez. (lisant) a Le 13 sep LE DUC. Il fallait les jeter par la fenêtre.
n tembre 1651, jour de la bataille de Wor A quoi s'occupent donc tous ces fainéants
n cester, mon oncle David Mac Mahon de de valets que je vois bâillet‘ à se démonter la
n Susquebaugh passa toute la nuit enfoncé mâchoire toutes les fois que je traverse mes
n jusqu'au cou dans un marais. Le 1h sep antichambres?
n tembre 1651, lendemain de la bataille de JERNINGHAM. Ce n'est pasleurfaute, mon
» Worcester. mon oncle David Mac Mahon seigneur; ils ont fait une résistance superbe.
v de Susquebaugh passala journée toute en Mais le Dieu des armées s'est déclaré contre
n tière caché dans les branches d'un arbre... eux et ils ont été battus.
n Le 15 septembre... » LE DUC. Et alors?
JEnNINGHAM. Mais l'affaire importante, JERNINGHAM. Alors les fournisseurs de sa
l'hospitalité donnée au roi et à sa grâce... grâce ont fait irruption jusque dans ce hou-'.
MAC ALLAN. Elle est àsa date. « Le16 sep doir.
» tembre 1651, surlendemain de la bataille LE DUC. Que voulaient-ils en définitive?
n de Worcester, mon oncle David Mac Mahon JERNINGHAM. Ils voulaient savoir quand‘
n de Susquebaugh donna l'hospitalité.. . n monseigneur daignerait les payer.
JERNINGHAM. Silence. LE DUC. Ils sont bien Curieux.. . Mes lettres.
MAC ALLAN. Qu'y a-t-il? . JERNINGHAM, a un valet. Les lettres de
JERNINGBAM. Monseigneur qui sort de monseigneur.
son lit... Et vite, vite. LE DUC. Et après?
MAC ALLAN. Quoi vite? JERNINGHAM. L'intendant de mylord est
JERNINGHAM. ll pourrait trouver mauvais venu.
qu'un étranger fût ici sans que je lîeusse LE DUC. Que la peste l'étoulfel
averti de sa présence. JenNtNGHAM. Monseigneur ne peut faire
LE LAIRD DE DUMBiKY. 5
un souhait plus facile à exaucer. Nous avons pourpoint et son manteau. Aussi dit-il que
justement cette terrible maladie sous la main. ce n'est pas lui, mais son oncle David Mac
LE DUC. Qu'est-il donc arrivé? est-ce que Mahon de Susquebaugh...
ce vaisseau pestlféré a rompu son ban? LE DUC.‘ En effet,‘ je crois me souvenir de
JEniv1NGHAM. Non , monseigneur; mais ce nom.
comme il est chargé d'étofles d'orient, étof JEtiNtNGHAM. Qui a eu l'honneur d'offrir
fes dont nos dames sont très-curieuses, il l'hospitalité au roi et à mylord, trois jours
paraît que des contrebandiers sont parvenus après la bataille de Worcester.
à tromper la vigilance des gardes, et que des LE DUC. Le surlendemain, monsieur, le
symptômes de peste se sont manifestés hier surlendemain; il nous a même donné un sou
dans la cité. Deux marchands qui avaient per détestable. Je m'en souviens comme si
acheté de ces sortes de marchandises en sont c'était aujourd'hui. S'il n'a que ce sauve-
morts. nir-là àinvoquer...
LE DUC. Gestjustice. Ils sont punis par où JERNINGHAM. Et cependant, monseigneur,
ils ont péché. Mais il me semble qu'avant ce souper, il l'a payé de toute sa fortune. Le
de parler de la peste, nous parlions d'autre protecteur a su l'anecdote et a mis le séques
chose. tre sur ses biens.
JERNINGHAM. Je disais à monseigneur que LE DUC. Mais ce séquestre a été levé lors
son intendant... de la rentrée du roi.
LE DUC. Ahl c'est juste. JERNINGHAM. Justement, mylord, voilà
JEnNtNGHAM. Etait venu pour causer avec l'erreur. On a oublié cette petite formalité,
sa grâce de cette hypothèque prise sur son de sorte que la famille est ruinée.
domaine d'York. LE DUC , froidement. Ah l vraiment?
LE DUC. Eh bien, mais que les usuriers pauvres gens !
s'en emparent, qu'ils le dépècent, qu'ils le JEnmNGHAM. Mais un seul mot de votre
vendent, puisqu'il est impossible de le tirer de grâce qui rappelle à sa majesté cet oubli,
leurs mains. et....
JERNINGHAM. Je ferai observer à monsei LE DUC. Ah! oui... avec cela que le mo
gneur que son intendant ne parle pas d'im ment est bien choisi, et que nous sommes
possibilités, mais de difficultés seulement. dans de bons termes, sa majesté et moi! Je
LE DUC. S'il n'y a que des difficultés, qu'il ne sais quelles sottes histoires on aura encore
les aplanisse. été lui faire sur mon compte; de sorte que
JEnNINGHAM. Mais, mylord... nous sommes au plus mal. Hier, à son lever,
LE DUC. Ah ça, monsieur J erningham, il me à peine si sa gracieuse majesté m'a parlé.
semble que si j'ai un intendant, c'est pour Tout le monde me croit perdu, et l'on chante
qu'il me vole d'abord et pour qu'il fasse mes déjà ma disgrâce sur vingt airs différents.
affaires ensuite. Il m'a volé, eh! bien, qu'il JERNINGHAM. Que dirai-je alors à ce pau- .
fasse mes affaires maintenant. Chaque chose vre garçon lorsqu'il reviendra?
a son tour, que diable! LE DUC. Vous lui direz de ne plus revenir.
JERNINGHAM. Aussi prétend-il que si my (Au valet, qui lui apporte ses lettres sur
lord veut signer ce papier... un plateau d'argent). Qu'est cela?
LE DUC. Ah ça, mais, niais que vous JERNuvGHAM. Le courrier de monseigneur.
êtes, donnez-le donc tout de suite; il fallait Monseigneur n'attendait-il pas ses lettres?
commencer parlà. (ll signe et trouve sur la LE DUC. Voyons : (( Vous êtes un ingrat
table la demande de vljac Allan.) Et cet » et un perfide. » Ah! bien , une litanie sur
autre papier, est-ce encore quelque chose à le parjure, une jérémiade sur la perfidie. De
signer? pendant quej'y suis... vieilles paroles auxquelles on ne s'est pas
JERNINGHAM. Non, monseigneur; ceci même donné la peine de faire un air nou
c'est la requête d'un pauvre diable d'Ecos veau... Duchesse de Clarick... Brûlez cela,
sais. monsieur Jerningham, hrûlez. (Il chercheune
LE DUC, quittant la table. Quand donc autre lettre.) Voyons celle-ci. Ah! c'est de
tous ces mendiants retourneront-ils dans leurs la petite comtesse de Sussex, la fille d'honneur
montagnes , et débarrasseront-ils, une fois de la reine... «Mon beau duc... je vous
pour toutes, l'Angleterre de leurs réclama » écris avec une plume arrachée à l'aile de
tions ! » l'amour.. . » Ah! pardieu, comtesse, vous lui
JERNINGHAM. Celui-ci prétend qu'il ades en avez encore laissé assez pour qu'il s'envole.
droits à la bienveillance de votre grâce. Pendant que vous le teniez, vous auriez bien
LE DUC. Comment se nomme-t-il? dû le plumer tout entier ce drôle -là « Pour‘
JERNINGHAM. Mac Allan , laird de Dumbiky. » vous dire que, selon votre promesse, je
LE DUC. Je ne le connais pas. » vous attendrai ce soir à 11 heures, pleine
JERNINGHAM, aidant le Duc a mettre son u de confiance dans mon Buckingham. »
s MAGASIN THÉATRAL.
Ces petites filles ne doutent de rien, ma pa robé. Allez, monsieur Jerningham, allez; puis,
role d'honneur! Brûlez, brûlez , Jerning comme je ne veux pas être dérangé, donnez
ham... Ah! diable... cette écriture... je ne . l'ordre qu'on ne laisse entrer ni sortir per
me trompe pas... non... (Il ouvre précipi sonne de l'hôtel.
tamment la lettre.) Nelly.
vwv JvWvMNWMIWWM“vWtWvvMAWvMNA/v“WvWM vwv
JERNINGHAM. Une lettre de Nelly?
LE DUC. Eh bien, qu'y a-t-il donc là SCÈNE IV.
d'étonnant? ne savez—vous pas que je suis un
de ses adorateurs? (Lisant). (( Mylord-duc, LE DUC, seul, -relisant la lettre.
)) vous m'avez dit souvent que vous n'aviez (( Mylord-duc, vous m'avez dit souvent que
» rien à me refuser. J'ai une grâce àvons » vous n'aviezrien à me refuser. J 'ai une grâce
» demander ; pouvez-vous me recevoir ce » à vous demander; pouvez-vous me recevoir
)) matin en audience très-particulière ?...>) Je » ce matin en audience très-particulière? »
le crois bien, pardieu! Ah! elle y vient donc, Ces femmes ont une manière d'écrire qui dit;
à la fin l tout et ne dit rien. Je ne sais vraiment pas
JERNINGHAM. Comment, monseigneur, la pourquoi on leur interdit la politique. La
favorite du roi! plus naïve jeune fille en remontrerait au plus
. LE DUC. Vous savez bien, monsieur Jerning rusé diplomate. (Itelisant) « Mylord-duo. .»
ham, que j'ai pour habitude d'être le rival Ah! j'entends du bruit du côté de l'escalier
éternel de sa majesté. dérobé. C'est elle, sans doute.
JERNINGHAM. Monseigneur vous vous per Il va à la porte et l'ouvre doucement, tandis que de son
drez par trop d'audace. côté Mac Allan la pousse avec précaution.
LE DUC. Mais non, au contraire; tu sais mlmlvmwmwwivm/vVIAWWMÀA nm MW
bien que je n'ai jamais eu d'autre planche de
salut. C'est par ses favorites que j'ai tou
jours dominé le roi. Nelly avait résisté seule, SCÈNE V.
et la voilà qui v vient d'elle-même. Il faut LE DUC , MAC ALLAN.
que j'entre à toute heure chez le roi, sinon
' par la porte, du moins par la fenêtre. Esca Avançant la tète chacun d'un côté de la porte.
lier ou échelle, peu m'importe. L'échelle de LE DUC. Venez, belle Nelly, venez.
Nelly est placée, et solidement, à ce que je MAC ALLAN. Pardon, mais c'est que je me
crois du moins; va pour l'échelle. suis perdu.
JERNINGHAM. Monseigneur ferait bien LE DUC. Qui êtes-vous?
mieux de s'occuper de cette jeune fillle dont MAC ALLAN. Je suis Mac Allan, laird de
je lui ai parlé. _ Dumbiky.
LE DUC. Monsieur Jerningham , je vous LE DUC. Que cherchez-vous?
‘vois venir. Vous avez peur et vous voulez me MAC ALLAN. Je cherche mon chemin.
_lancer sur une fausse piste. LE DUC. Que voulez-vous?
f JERNINGHAM. Non, d'honneur, mylord, MAC ALLAN. Sortir d'ici.
cette jeune fille est un trésor. LE DUC. Qui vous en empêche?
LE DUC. Cette petite Ecossaise? MAC ALLAN. Je me suis égaré.
JERNINGHAM. Une véritable rose des monts LE DUC. Comment, égaré!
Cheviots. MAC ALLAN. Oui tout à l'heure, j'étais là à
‘ LE DUC. Jolie? causer avec monsieur Jerningham. Tout à
JERNINGHAM. Comme toutes les Nelly de coup il m'a poussé dans cette chambre en me
disant : La porte a gauche ou à droite, je ne
la terre.
LE DUC. Chut! pas de sacrilége. Quand la sais plus bien; le corridor à droite ou à gau
divinité sera renversée de son autel, vous che, je ne me rappelle plus ; l'escalier dérobé,
blasphémerez tout à votre aise. le couloir, l'antichambre, tout cela s'est
JERNINGHAM. Et sagel... mêlé dans mon espritg; j'ai pris la porte en
LE DUC. Monsieur Jerningham, vous m'en face, je n'ai trouvé aucun corridor. J'ai cher
direz tant que je ne vous croirai plus. Et où ché inutilement l'escalier dérobé; je n'ai pas
loge cette merveille '! osé appeler, je n'ai pas osé sonner, et depuis
JERNINGHAM. Au Chardon d'Ecosse. un quart d'heure je me promène de cham
LE DUC. C'est bon... surveillez-la... et si bre en chambre... sans savoir où je vais.
j'ai un instant... nous verrons. Mais puisque vous voilà, vous allez nie mon
JERNINGHAM. Cela sulfit, monseigneur. trer mon chemin, et si jamais vous venez
. LE DUC. Maintenant faites-moi le plaisir de en Ecosse, et que vous ayez besoin d'un
surveiller l'arrivée de Nelly, et dès qu'elle guide, eh bien, je vous rendrai la pareille.
‘paraîtra, faites-la‘ monter par l'escalier dé LE DUC , montrant la porte du fond. Mer
LE LAIRD DE DUMBIKY. 7
ci. Prenez cette porte , elle donne dans l'an quand je suis, a ce qu'il paraît. si puissante
tichambre. Cette fois il n'y aura plus à vous auprès de vous!
tromper. Allez. LE DUC. Ehl madame, vous connaissez
MAC ALLAN. 'l‘rès-bien. (Il fait un pas mieux que personne cette puissance dont
vers la porte et revient.) A propos, est-ce vous paraissez douter; et je suis même on
que vous êtes attaché à la maison du duc? ne peut plus étonné que, pouvant tout exiger
LE DUC. Non, je suis son ami. de Dieu, vous veniez faire votre prière à l'un
MAC ALLAN. revenant. Son ami! diable l... de seS saints,
un instant. (Tirant sa requête.) Le 13 sep NELLY. Et si c'est à vous, mylord, que je
tembre 1651, mon oncle David Mac Mahon voulais avoir cette reconnaissance et non au
de Susquebaugh passa la nuit enfoncé jus roi? qu'avez-vous à dire?
qu'au cou dans un marais. LE DUC. Que vous me rendez fier et heu
LE DUC. Eh bien, que m'importe à moi? reux en me plaçant sur la même ligne que sa
MAC ALLAN. Attendez; le 1li septembre majesté.
i651, mon oncle David Mac Mahon de Sus NELLY. Eh bien, mylord, puisqu'il faut en
quebaugh... arriver au sujet de ma visite, je vousdirai que
LE DUC. Chut! je viens vous prier de rendre la liberté à un
MAC ALLAN. Quoi? pauvre diable de poëte qui est en prison.
LE DUC. C'est elle, cette fois. LE DUC. Sans doute pour avoir faitquelque
MAC ALLAN. Qui, elle? satire contre sa très-gracieuse majesté ou con
LE DUC. Mon cher ami, vous me conterez tre son très-indigne favori.
tout cela demain. Mais j'attends quelqu'un NELLY. Oh! mon Dieu, non; pour. avoir
avec qui je désire demeurer seul. tout bonnement oublié de payer un billet de
MAC ALLAN. Je ne veux gêner personne; de cinquante livres sterling, ce qui est beau
vous me promettez de parler au duc? coup plus prosaïque. Aussi, mylord, je viens
LE DUC. Je vous le promets. à vous, qui êtes le distributeur des largesses
MAC ALLAN. Alors, à demain. royales, vous prier au nom des muses, les
LE DUC. Oui, à demain... Allez, allez, par seules maîtresses auxquelles vous ne soyez pas
cette porte... bien! infidèle, de faire cette aumône à un pauvre
Mac Allan sort. le Duc tire la porte du fond En même confrère.
temp Nelly entrouvre la porte de côté. LE DUC. Comment! la belle Nelly, la reine
Nwnmvwwvwvmm“wWwm“v vWvvvWNMMMMMIM“ de la prodigalité, la fée de la bienfaisance, a
recours à moi pour cinquante livres sterling!
SCÈNE VI. Décidément, comme je m'en étais douté, mon
LE DUC, NELLY. adorable Thalie, votre demande n'était qu'un
prétexte. .
NELLY. On m'a djt que je pouvais entrer NELLY. Vraiment! vous avez déjà eu cette
sans être indiscrète. idée ?
LE DUC. Vous, iudiscrète, charmante Nelly l LE DUC. Un baiser contre mille louis, ma
Comment donc! vous ne croyez pas un mot dame, et répondez franchement; je tiens le
de ce que vous dites, j'espère... c'est moi, pari. Vous n'êtes pas venue pour me deman
tout au contrairefqui depuis une heure vous der une chose qu'il était si facile de faire vous
attends avec une impatience. .. même, n'est-ce pas?
NELLY. Je comprends cela. Votre grâce NELLY. Vous avez le don de lire au plus
est si bien habituée à faire attendre les au profond des cœurs, mylord, et une pauvre
tres. femme est bien malheureuse quand elle se
LE DUC. Mettez mon exactitude àl'épreuve, présente devant vous, car elle ne peut cacher
belle Nelly, ct vous verrez que je suis un le plus petit secret à votre grâce. Eh bien,
composé de contrastes. oui, mylord, vous avez deviné juste.
NELLY. En vérité. monseigneur, en vous LE DUC. Ainsi votre prétendu protégé ?...
trouvant si plein de galanterie pour moi, je NELLY. Un instant, un ‘instant; le protégé
suis désespérée d'avoir si peu de chose à vous existe toujours, quoique pour l'heure il soit
demander. relégué au second plan. Laissez-moi la con
LE DUC. Comment! je suis assez heureux science d'avoir fait une bonne action en même
pour que vous ayez une demande à me faire, temps qu'une démarche hasardeuse, l'une
madame? Parlez vite, et à part les étoiles du servira d'excuse à l'autre.
ciel qui appartiennent à Dieu et la couronne LE DUC. Ainsi vous disiez...
d'Angleterre qui est au roi, je mets tout le NELLY. Je disais, mylord, que j'étais heu
reste à votre disposition. reuse de voir votre empressement à mon
NELLY. 0h! mon Dieu, que! malheur, je égard.
le répète, d'être si humble dans mes désirs, LE DUC. Est-ce parce que vous y trouvez
8 MAGASIN THÉ ATRAL.
la preuve que, malgré vos rigueurs, je vous l'être... voilà tout... Eh bien, mais, au fait,
c'est quelque chose que tout cela... c'est
aime encore?
NELLY. Non, mais parce que j'y puise la beaucoup même... c'est trop l... et si jamais
conviction que, malgré mes bontés, le roi j'oubliais le roi... décidément ce ne serait
m'aime toujours. pas pour le duc, car j'aurais peur, à mon
LE DUC. Comment cela, madame? je cher tour, d'en devenir folle.
che à comprendre... . M/“WNv“ NMIWAMA WMAA“ANWWNW'Mmw‘lwvwwv“/w
NELLY. Ah! pour un diplomate, mylord...
LE DUC. J'avoue ma maladresse. SCÈNE Vlll.
NELLY. Eh bien, mylord, j'avais‘peur, je
ne sais pourquoi, d'avoir depuis quelques NELLY, assise; MAC ALLAN, roaorant la
jours, près de sa majesté une rivale... triom porte du fond et passant la tête.
phante. .. Mais puisque le duc de Bucking
ham; le compagnon, le favori, le confident MM: ALLAN. Dites-moi donc, vous vous
du roi... me reçoit à ma première requête... êtes trompé, on ne peut pas sortir. Monsei
m'accorde du premier coup la grâce que je gneur le duc de Buckingham a défendu d'ou
lui demande, et veut bien me faire entendre vrir la porte de l'hôtel à qui que ce fût. De
qu'il ne me trouve pas tout à fait indigne de sorte que je suis prisonnier l... (Aperceoant
son attention, c'est que ma puissance n'a Nelly.) Tiens, une femme!
subi aucune atteinte... Mylord duc de Buc NELLY. Que demandez-vous, mon ami?
kingham est trop bon courtisan pour user MAC ALLAN. Pardon, madame; je demande
son crédit en faveur d'une femme qui aurait à m'en aller, voilà tout. Mais il paraît qu'il
perdu le sien. Merci deux fois, mylord; merci est aussi difficile de sortir d'ici que d'y en
pour mon poëte. merci pour moi. trer.
LE DUC, piqué. Si c'est pour cela véritable NELLY. Comment cela?
ment que vous êtes venue, madame, rassurez MAC ALLAN. Il paraît que mylord attendait
vous; vous êtes toujours la seule, la véritable quelqu'un et désirait ne pas être troublé dans
reine... reine de beauté, reine de puissance, son tête-à-tête, Car il a donné l'ordre de ne
et malgré le désappointement que j'éprouve, laisser entrer ni sortir personne.
soyez convaincue que votre majesté trouvera NELLY, à part. Allons, décidément, mon
en moi un fidèle et dévoué serviteur. Qu'elle seigneur se croyait en bonne fortune.
ordonne donc, et je suis prêt à lui prouver MAC ALLAN. Si seulement vous aviez la
mon obéissance à ses moindres désirs. bouté de me dire où je puis attendre... j'at
NELLY. Eh bien, ma majesté ordonne que tendrais, moi, madame; je ne suis pas pressé.
vous alliez me chercher une bourse de cent NELLY. Non,c'est inutile; je dirai un mot
livres sterling pour mon pauvre prisonnier. au duc, et il lèvera la consigne.
MAC ALLAN. Vous connaissez donc le duc?
Allez, mylord. .
LE DUC. A l'instantmême, madame; et vous NELLY. Beaucoup.
m'excuserez, je l'espère, de vous laisser seule, MAC ALLAN. Et vous avez de l'influence
en songeant que cette incivilité apparente sur lui?
n'est qu'une preuve de mon obéissance NELLY, souriant. Je suis toute-puissante
pour le moment.
réelle. MAC ALLAN. En ce cas, madame, permettez,
[1 sort par une des portes de côté.
vous pouvez me rendre un grand service.
_NELLY. Dites. J'ai un faible pour les Ecos
sais.
MAC ALLAN, tirant un placet de sa poche.
Mon oncle David Mac Mahon de Susque
NELLY, seule.
baugh...
Tous ces hommes à la mode sont vérita NELLY. Comment, David Mac Mahon de
blement bien étranges. On ne peut faire un Susquebaugh, dites vous?
pas vers eux, qu'ils ne prennent ce pas pour MAC ALLAN. Oui, c'était mon oncle.
une avance... le duc surtout. Mais qu'a-t—il NELLY. Alors vous êtes donc...
donc de plus que les autres, le duc 'i... il est MAC MAHON. Je suis son neveu.
bien fait, c'est un caprice de la nature... il NELLY. Mac Allan ?
est élégant, c'est un compliment à faire à son MAC ALLAN. Laird de Dumbiky.
tailleur... il est généreux, parce qu'il est NELLY. C'est cela.
plus facile de donner que de refuser... gai, MAC ALLAN. Comment! vous me connais
parce qu'il est jeune et se porte bien... brave, sez ?
parce qu'une lâcheté le déshonorerait... sp1 NELLY. Et vous, vous ne me reconnaissez
rituel, parce qu'il ne peut pas s'empêcher de pas .
LE LAIRD DE DUMBIKY. 9
y
MAC ALLAN. Non. l MAC ALLAN. Comment, le duc, c'est...
NELLY. Regardez-moi. NELLY. C'est sa grâce, à laquelle j'ai l'hon
MAC ALLAN. Attendez donc... neur de vous présenter.
NELLY. Eh bien ?
v“. “NWWÀMvWMWM \'\““W:\/l“M"W\\M'Nvv\M/|
MAC ALLAN. Impossible! ,
NELLY. Pourquoi'!
MAC ALLAN. Vous ressemblez...
SCÈNE IX.
NELLY. A qui? Les MÊMES, LE DUC.
MAC ALLAN. A une petite fille...
NELLY. Après .9 LE DUC, a part. Encore cet Ecossais!
MAC ALLAN. Qui avait été abandonnée. (Haut) Voudrez-vous bien nfexpliquer,
NELLY. Par qui? madame...
MAC ALLAN. Par des bohémiens. NELLY. C'est tout simple, mylord : j'avais
NELLY. Où? un protégé en prison à Newgate, et un pro
MAC ALLAN. Surles bords dela Tweed. tégé en prison chez vous. Vous vous plai
NELLY. Et qui fut recueillie? guiez tout à l'heure que je vous demandasse
MAC ALLAN. Par mon oncle David. si peu. Maintenant, mylord,je vous demande
NELLY. Elle s'appelait? beaucoup.
MAC ALLAN. Nelly. LE DUc. Et que demandez-vous, madame?
NELLY. C'est cela même. NELLY. Je vous demande votre protection
MAC ALLAN. Comment! cette petite fille... pour ce jeune homme, qui vient faire auprès
NELLYJOUi. de sa majesté la réclamation la plus juste qui
MAC ALLAN. Qui a quitté l'Éeosse il y a ait jamais existé.
quinze ans... MAC ALLAN. Ohl pour cela, oui; mon on
NELLY. Oui. cle David Mac Mahon de Susquebaugh. ..
MAC ALLAN. Cette Nelly, .. LE DUC. Je sais, je sais... Mais comment ce
NELLY. Oui. jeune homme est-il encore ici?
MAC ALLAN. C'était... NELLY, d'un ton Tailleur. Par la raison
NELLY. C'était moi. infiniment simple que votre grâce ayant
MAC ALLAN. C'était toi! Oh! pardon, ma craint. sans doute, que je ne voulusse fuir
dame, mille fois pardon ! de force, avait donné l'ordre de ne laisser
NELLY. Non, non... mais voyons vite, mou sortir personne.
cher Dumbiky, que voulez-vous? que dési LE DUC. C'est juste, je l'avais oublié. VouS
rez-vous? que venez-vous chercher à Lon pardonnez l. .. .
dres? NELLY. D'autant plus volontiers que sans
MAC ALLAN. Vous savez que mon oncle elle je n'eusse point rencontré mon jeune
avait été ruiné par le séquestre? ami, le laird de Dumbiky.
LE DUC. Mais vous connaissez donc ce
NELLY. Oui, mais je présume qu'à la ren
jeune homme ?
trée du roi ce séquestre a été levé. ‘
MAC ALLAN. Au contraire.
NELLY. Nous avons été élevés ensemble.
N'avez-vous pas entendu dire quelquefois,
NELLY. Oh! mon Dieu! dites vite, car j'ai .‘ mylord, par ces marchands de scandale qu'on
beaucoup à racheter envers vous et votre fa appelle les poëtes, que j'étais une pauvre en
mille. Vous venez ici... fant de Bohême, oubliée par mes parents
‘MAC ALLAN. Faire valoir mes droits à la sur les bords d'une rivière, et recueillie par
fortune de mon oncle, dont je suis le seul un brave laird écossais?
héritier. LE DUC. Oui, mais je n'en ai pas cru un
NELLY. Alors on vous a dit qu'il fallait mot.
s'adresser au duc de Buckingham. NELLY. Eh bien! vous avez eu tort, mon
MAC ALLAN. M'aurait-on trompé? seigneur, car c'est l'exacte vérité. Eh bien,
NELLY. Non, à lui d'abord, puis, s'il ne ce brave laird écossais qui m'a recueillie.. .
fait pas ce que nous voulons... LE DUC. C'était...
MAC ALLAN. Eh bien? MAC ALLAN. C'était mon oncle David Mac
NELLY. Eh bien! nous irons plus haut. l Mahon de...
MAC ALLAN. Mais plus haut que lui, c'est LE DUC. Ah ça, mais ce gaillard-là il a
le roi. donc recueilli tout le monde?
NELLY. Eh bien! nous irons au roi... NELLY. Vous sentez, mylord, qu'après
Chut! le voilà! un pareil service je serai très-reconnaissante
MAC ALLAN , tirant le placet de sa poche. à celui...
Qui? le roi? LE DUC. Cela sullit, madame, et vous pou
NELLY. Non, le duc. vez être tranquille. ‘
.___‘__._._ . . .—. v* 1— -.—r. ""__' _"‘ "‘ "“" “«

40 MAGASIN THEATRAL.
NELLY, a Mac Allan, a rai-voix. ou de MAC ALLAN , a part. Que diable ont—ils à
meurez-vous ? chuchotter ensemble? ‘
MAC ALLAN. A l’auberge du Chardon d’E LE DUC. Maintenant, mon cher. me voilà
cosse. tout à vous.
NELLY. J’irai vous y voir. MAC ALLAN. Que de bonté! Ainsi vous
'MAC ALLAN. Bien. consentez, monseigneur, à remettre cette
NELLY. Mylord... suppüque à sa majesté?
LE DUC, faisant le geste de conduire Nelly LE DUC. Je ferai mieux que cela, je vous
à la porte secrète. Madame, si vous voulez présenterai vous-même.
accepter mon bras. .. MAC ALLAN. Au roi?
NELLY. Oh! non... par la porte de tout LE DUC. Oui; mais vous comprenez, vous
le monde, mylord. Réservez celle-ci pour les ne pouvez pas venir comme cela a la cour.
grandes datnes qui viennent vous rendre MAC ALLAN. Pourquoi cela?
Visite incognito. La pauvre Nelly, comédienne LE DUC. il vous faut des chevaux, des ha
au théâtre de Drury—Lane, n’est point digne bits, des laquais, des voitures, un train
de tant d’honneur. enfin.
LE DUC, a part. Ah ! démon, tu m'as MAC ALLAN. A moi?
joué... mais je prendrai ma revanche. il: DUC. Sans doute. Si vous aviez l’air
Il conduit Nelly jusqu’au fond, la salue, et Nelly disparaît. d’avoir besoin de quelque chose, on ne vous
donnerait rien, mon cher ami.
MAC ALLAN. En vérité?
LE DUC. Oh! c’est ainsi!
SCÈNE X. MAC ALLAN. Mais moi, je n’ai pu d’ar
LE DUC, MAC ALLAN, puis JERNING gent pour acheter tout cela.
HAM. LE DUC. Le beau mérite d’acheter avec de
l'argent! qui donc a de l’argent? en a du
MAC ALLAN , a part. Si je comprends
crédit, voilà tout.
quelque chose à tout ce qui m’arrive aujour—
d’hui, je veux que... MAC ALLAN. Mais je n’ai pas de crédit, moi!
LE DUC , redescendant la scène. Eh bien! LE DUC. Pas de crédit! Allons donc !...
voyons, mon jeune ami, de quoi s’agit-il? Quand on est neveu de David 'Mac Mahon
MAC ALLAN , à part. Le duc m’appelle son de Susquebaugh, on peut acheter pour dix
ami! mille livres sterlingsans tirer un penny de
LE DUC. ,Vous dites donc que cette re sa poche.
quête... MAC ALLAN. Vraiment?
MAC ALLAN. A besoin d’être appuyée par LE DUC. Vous allez voir... je vais vous
Votre grâce. présenter à mes fournisseurs... les coquins
JEBNINGHAM, entrant, bas, au Duc. My les plus habiles, les plus chers et les plus
lord... commodes du monde.
LE DUC, à l’Ecossais. Vous permettez?
MAC ALLAN. Comment donc!
LE DUC, bas, a Jerningham, Qu’y a;t-il? SCÈNE XI.
JERNlNGHAM, bas. Ce sont vos fournis
seurs qui reviennent avec leurs placets. LES MÊMES, JERNINGHAM, JOHN BRED,
LE DUC. Et ils veulent ?... RUSSEL, DIKINS, CRÉANCIERS.
JERNINGHAM. Etre brevetés de la cour. LE DUC. Bonjour, messieurs, bonjour. Je
LE DUC. Rien que cela? sais de quoi il est question... remettez-moi
JEBNINGHAM. Pardon, votre seigneurie...
vos demandes.
ils exigent aussi que vous leur donniez un
J. BKED. Comment, monseigneur, vous
à-compte sur leurs mémoires.
daigneriez. ..
LE DUC. Un a—compte... rien n’est plus LE DUC. Avec le plus grand plaisir, mes—
facile. sieurs... enchanté de faire quelque chose qui
JERNINGHAM, étonné. Notre caisse est vide. puisse être agréable a de si honnêtes gens.
LE DUC. Ecoute!
Il lui parle bas à l'oreille. J. BRED. Eh bien, puisque nous trouvons
JEBNINGHAM, montrant l'Ecossaz‘s, bas. sa grâce dans de si bienveillantes dispositions,
Ce jeune homme !... quoi! vous voulez... nous en profiterons pour lui demander un
LE DUC. De cette façon, j'aurai l’air de léger à-compte.
m’occuper du protégé de Nelly, et je ferai LE DUC. C’est trop juste... écoutez... (Bas,
patienter mes vampires... Allons, va... à John Bred.) Si je vous fais monter la
Jerningham sort. maison d’un de mes amis, riche à millions,
LE LAIRD DE DUMBIKY. ' ‘11
les bénéfices que vous allez faire ne vous les trousses bleues, le pourpoint gris et argent
feront—ils pas prendre patience ?... et le manteau grenat sont très-bien portés.
J. BBED. Certainement, votre seigneurie... DIKINS. A la place de monseigneur, je
LE DUC, bas lui montrant Mac Allan. Eh préférerais les tentures de velours... c’est un
bien , voilà le laird de Dumbiky... Je veux peu plus cher , mais c’est véritablement
que le diable m’emporte s’il ne possède pas royal.
la moitié de l’Ecosse..... mais fantasque, MAC ALLAN. Ah ça, messieurs, êtes—vous
bizarre... il a une, manie... il dit toujours fous?
qu’il ne poSsède rien... Ne vous inquiétez J. BRED. Pas le moins du monde, mylor I;
pas de ses paroles, mes maîtres, et taillez en au contraire, nous savons parfaitement ce que
plein drap... Les guinées sont au bout de nous faisons.
l’aune. MAC ALLAN. Mais qui payera tout cela?
John Bred va parler aux autres créanciers.
RUSSEL. Que votre grâce se rassure, nous
ne sommes point inquiets.
JERNINGHAM, a qui un laquais est venu MAC ALLAN. Ce c’est pas moi, dans tous
parler bas. Monseigneur. les cas, attendu que je suis pauvre comme
LE DUC. Eh bien? Job, je vous en préviens.
JEBNINGHAM. Chifiinch . le valet de chambre DICKINS. Oui, nous savons que c’est la
de sa majesté demande a parler à votre grâce. manie de monseigneur de ne pas avouer
LE DUC. Faites—le entrer dans mon cabi— qu’il est riche.
net... j’y vais. ’Messieurs, cela tombe à MAC ALLAN. De ne pas avouer que je suis
merveille, justement le roi me fait demander. riche 7... répétez un peu, s’il vous plaît, que '
On voit Chiffinch qui passe au fond. c’est ma manie. ..
J. BRED. Oh! monseigneur... mcxms. Pardon si j’ai offensé monsei
LE DUC. Adieu, messieurs; je Vous recom gneur.
mande mon jeune ami, le laird de Dumbiky. MAC ALLAN. Monseigneur, sa grâce, mylord,
Traitez-le comme moi—même. (A part.) Le ma manie! ah ça , messieurs, pas de préci—
malheureux! ils vont l’écorcher vif. pitation... un peu de calme. Entendons-nous
Il sort. bien ayant de faire les choses... ou bien,
nous en serons fâchés après , vous verrez...
et vous encore plus que moi.
J. BBED. Ainsi, des chevaux bais bruns et
- SCÈNE XII. les carrosses vert bouteille.
MAC ALLAN. Vous y tenez?
LES MÊMES, moins LE DUC. RUSSEL. Six habits assortis dans les couleurs
J. BBED, s’inclinant. Mylord, nous sommes les plus a la mode.
vos très-humbles serviteurs. MAC ALLAN. Vous ne voulez pas en dé—
mordre ?
John Bred, Russel, et Dickins entourent Mac Allan, qui
les regarde avec une certaine inquiétude.
DICKINS. Des tentures de velours.
MAC ALLAN. C’est votre opinion?
MAC ALLAN. Mylord! JOHN BEED. Parfaitement.
RUSSEL. Sa grâce monte sa maison, à ce MAC ALLAN. Messieurs, je vous dis et je
qu’on nous assure? vous répète...
MAC ALLAN. Moi! je ne monte rien du JERNINGHAM, bas. Laissez-vous faire.
tout. Si l’on vousadit cela, on vous a trompés. MAC ALLAN, bas. Que je me laisse faire?
DICKINS. Soyez tranquille , monseigneur, JEBNINGHAM, bas. C’est pour votre bien.
Vous ne trouverez nulle part meilleurs four MAC ALLAN. Vous le voulez absolument?
nisseurs que nous. TOUS. Eh! oui. sans doute.
J. BBED. De quel poil mylord désire—H! MAC ALLAN. Eh bien, alors, c’est dit, c’est
son attelage ? convenu... Dix laquais en livrée dans mes
MAC ALLAN. Mon attelage? antichambres; de l’argenterie à foison; des
BUSSEL. Quelles sont les couleurs que armoiries partout. des tableaux, des bronzes,
mylord préfère pour ses habits? un appartement meublé dans le dernier goût;
MAC ALLAN. Mes habits? six habits assortis; des carrosses bais bruns
DICKINS. Monseigneur veut-il ses tentures et des chevaux vert bouteille; non, je veux
en velours ou en soie? dire des carrosses... Allons, c'est convenu...
MAC ALLAN. Mes tentures? rien ne sera trop rare, rien ne sera trop
JOHN BRED. Je conseillerais à mylord de brillant, rien ne sera trop beau, rien ne sera
prendre ses chevaux bais bruns, et ses car trop a la mode, rien ne sera trop cher (à part) ’
rosses vert bouteille. et payera... ma foi, qui pourra !...
RUSSEL. Si sa grâce veut être a la mode, Il sort suivi des fournisseurs,
l2 MAGASIN THÉATRAL.

v.‘ v

ACTE DEUXIÈME.
L’auberge du Chardon d’Écosse. Porte au fond, portes latérales.

SCÈNE PREMIÈRE. ce maudit bâtiment pestiféré qui dépeuple


tous les environs de la Tamise. Je n’ai con
TOM GIN, JERNINGHAM, en matelot. servé chez moi que ceux qui ne pouvaient
faire autrement que d’y rester.
TOM GIN, entrant, et suivi de Jerningham. JERNINGHAM. C'est juste. (Se retour
Mais je vous dis que je l’ai parfaitement re nant. ) Mais attendez donc...
connu. TOM GIN. Ce sont ces dames qui ren
JERNINGHAM. Tant pis pour vous, car il y trent.
va de votre tête si un autre que vous sait ce JEBNINGHAM. Et le duc qui les suit.
déguisement. TOM GIN; Qui croirait qu’un si grand
TOM GIN. Mais si je garde le silence? seigneur...
JERNINGHAM. Alors, c’est autre chose. Il JERNINGHAM. Silence !. . .
y aura dans ce cas, pour maître Tom Gin, le
tavernier du Chardon d’Ecosse, une bourse
pareille à‘ celle-ci.
Il lui donne une bourse. SCÈNE 11.
TOM GINN. Vous pouvez être parfaitement Les MÊMES. SARAH , UNE VIEILLE DAME,
tranquille; à partir de ce moment j'ai la
LE DUC, mmaielot,
bouche cousue.
JERNINGHAM. Pas tout à fait cependant; SARAH, au duc. Tenez, mon ami, voilà
car il vous reste à me dire dans quelle partie un schelling pour votre peine.
de la maison habite la jeune fille que mon LE DUC. Merci, mon étoile polaire; et si
camarade est allé conduire de l’autre côté de vous avez besoin de mai à l’avenir. faites de
la rivière. mander le bateau le Saint-Georges, et le ba—
TOM GIN. Elle habite un pavillon dans le telier Thomson ; batelier et bateau seront à
jardin. leur poste.
JERNINGHAM. Isolé? SAflAH. Très-bien.
. TOM GIN. Une île. ' Les deux femmes sortent par la porte gauche du
JERNINGHAM. Et elle l’habite seule? spectateur.
TOM GIN. Avec sa tante.
JERNINGHAM. Ces dames reçoivent— elles
quelqu’un ? SCÈNE III.
TOM GIN. Ame qui vive.
JEBNI‘NGHAM. Personne de s’occupe d’el LE DUC, TOM GIN, JERNINGHAM.
les? Quand je dis d’elles... c’est de la jeune
fille que je parle, bien entendu. ' LE DUC, frappant sur l’épaule de Tom.
TOM GIN. Personne. Mon ami, faites-moi le plaisir de monter un
JERNINGHAM.’ Vous,n’avez vu rôder aucun pot de bière et deux verres.
muguet autour de votre taverne? ' TOM GIN. Ici, monseigneur?
TOM GIN. Hier et avant hier,seulement, LE DUC. Qu’est-ce que cela , monsei—
un homme enveloppé d'un grand manteau gneur ?. .. Et a qui parlez-vous, je vous prie?
brun... TOM GIN. Pardon; mais c’est que le res—
JERNINGHAM. Jeune ou vieux? pect...
TOM GIN. Entre deux âges, quarante a LE DUC. Je suis le matelot de Thomson...
quarante-cinq ans. et vous, vous êtes un sot... Allez.
JERNINGHAM. Le connaissez—vous? ' Tom Gin sort.
AAAA .
TOM GIN. Non.
JERNINGHAM. Mais comment se fait-il, si
ces dames sont aussi pauvres que vous le di SCÈNE IV.
tes, qu’elles habitent un pavillon à elles
seules ? JERNINGHAM, LE DUC.
TOM GIN. Parce que je suis obligé de JERNINGHAM. Eh bien, monseigneur,
donner les logements pour rien à cause de qu’en dites—vous?
. LE LAIIBD DE DUMBIKY. 15
WvWvWWNWWWNWMÀMWNMNNMWW
LE DUC. Je dis que vous êtes un homme de
goût, monsieur Jerningham.
JERNINGHAM. Sa grâce trouve donc cette SCÈNE V.
jeune fille...
LES MEMES, TOM GIN.
LE DUC. Charmante!
JERNINGHAM. Et monseigneur a appris ce TOM GIN, après avoir posé le pot de
qu'il désirait savoir? bière et les deua: verres sur la table. Ces
LE DUC. Depuis A jusqu'à Z. La vieille messieurs sont servis.
tante est bavarde comme une corneille... et LE DUC. C'est bien... Allez; si l'on a be
attendu qu'on ne se défiait aucunement du soin de vous, ou vous appellera. ( Tom Gin
matelot Thomson.. . sort.) Asseyez-vous là, monsieur Jerning
JERNINGHAM. Ainsi l'on n'a point soup ham.
çonné qu'un grand seigneur fût caché sous JERNINGHAM. A la même table que mon
ces humbles habits? seigneur !
LE DUC. Et comment vouliez-vous qu'on LE DUC. Allons donc, pas de façons... A
le soupçonnât? votre santé, maître Richard.
JEBNINGHAM. Je tremblais que monsei JERNINGHAM. A votre santé , monsieur
gneur ne se trahit par l'élégance de ses ma Thomson.
nières. LE DUC, goûtent la bière. L'alfreux breu
LE DUC. Vous êtes un abominable flat vagel... et quand on pense qu'il y a des
teur, monsieur Jerningham. gens qui avalent cela !.
JERNINGHAM. Ainsi donc, comme je l'a JEnNINGHAM. Pardon, monseigneur; mais
vais dit à mylord, elles sont à Londres...
maintenant qu'attend donc votre grâce?
LE DUC. Je vais vous le dire, maître cu
LE DUC. Pour un procès qui compromet rieux.
leur petite fortune... elles traversent pres JERNINGHAM. J'écoute monseigneur.
que tous les jours la Tamise pour aller faire LE DUC. Savez vous qui je crois avoir vu
visite à un vieux procureur qui demeure rôder à l'entour de cette auberge ?
derrière Farchevêché, et qui suit leur af
JERNINGHAM. Non.
faire. LE DUC. Eh bien, je me trompe fort, ou
JERNINGHAM. A quelle classe de la société c'est l'honnête Chiflinch.
appartiennent-elles? JERNINGHAM. Le valet de chambre de sa
LE DUC. Vous demandez à quelle classe majesté 7
de la société appartiennent des gens qui LE DUC. En personne.
viennent de l'autre côté de la Tweed ?... Et JERNINGIIAMAII! c'est sans doute l'homme
où diable avez-vous vu un Ecossais qui ne au manteau brun que Tom Gin avait re
descendit pas du roi Robert lzruce ?... et une marqué depuis deux jours.
Ecossaise qui ne fût pas parente, au vingt LE DUC. En manteau brun? c'est juste
cinquième ou trentième degré, de la reine ment cela.
Marie ?... Nobles !... monsieur Jerningham, JERNINGHAM. Chasserait-il le même gi
archinobles l bier que nous?
JERNINGHAM. Ainsi, monseigneur en est y LE DUC. Ce serait fort possible, le limier a
amoureux ? le nez fin.
LE DUC. Moi? JERNINGBAM. Alors, monseigneur, il t'au
JEnNINGHAM. Oui. drait céder la place. - -
‘LE DUC. Le diable m'emporte si j'en sais LE DUC. Allons donc, monsieur Jerning
rien encore. ham, quelle sottise me dites-vous donc là ?
JERNINGHAM. Mais mylord a, tout au JLRNINGHAM. Monseigneur oserait faire
moins, une fantaisie pour elle? concurrence à sa majesté?
LE DUC. Je le crois. LE DUC. J 'oserai, pardieu, bien autre chose.
JERNINGHAM. Et sans être trop indiscret, JERNINGHAM. Jusqu'à présent, du moins,
peut-on savoir quel est le plan de sa grâce? monseigneur se contentait de venir à la suite
LE DUC. Si cette fantaisie passe à l'état de du roi Charles lI.
désir, ce qui doit nécessairement arriver LE DUC. Eh bien! c'est justement cela...
pour peu que je rencontre quelque obstacle, je me lasse à la fin d'être Charles III, et je
je prends le titre de votre neveu; je viens veux être Charles I".
m'établir ici... Par votre protection toute
puissante, je fais gagner sa cause à la tante, JERNINGIIAM. Oh! monseigneur! monsei
gneur l...
et la nièce paie les fraiS de la procédure...
voilà tout. . Ou voitMac Allan, qui parait au fond, suivi de Tom Gin,
14 MAGASIN THÉATRAL. .
LE DUC, bas. silence! CejeiineÉcossais. . . s'il avait pas de plus beaux” et des habits... Te
nous voit tous les deux, il nous reconnaîtra. nez, en voilà un échantillon... j'en avais six
Baissez la tête, nlaître Richard, el faltessem pareils.
blant de dormir... vous êtes ivre. TOM GIN. Comment! de la même couleur?
11a baissé la tête de Jerningham. MAq ALLAC. Non... ils avaient varié les
nuances.
WWM“ÀNMMIMWWWMMMWM
TOM GIN. Mais sous quel prétexte, tout
cela?
SCÈNE VI. MAC ALLAN. Pardieu, sous prétexte que
LE DUC, faisant semblant de boire; JER pour faire fortune il faut avoir l'air d'être
NINGHAM, faisant semblant de dormir; riche; et, en cllet, quand on m'a vu des
chevaux, un hôtel, des voitures, c'était à qui
MAC ALLAN ET T031 GIN, entrant par
m'olîrirait ses services, excepté ce démon
le fond. de Buckingham qui devait me présenter au
TOM GIN. Comment! c'est vous, mon cher roi, disait—il, et sur lequel je n'ai jamais pu
compatriote? remettre la main, quoique je me sois pré
MAC ALLAN. 0h! mon Dieu, oui, c'est senté plus de vingt fois à son hôtel.
moi. TOM GIN. Et comment tout cela a-t-il
TOM GIN. Peste! dans quel équipage je fini?
vous retrouve! vous avez donc fait for MAC ALLAN. Ce n'est pas difficile à devi
tune? ner. Un beau matin les fournisseurs sont
MAC ALLAN. Au contraire. venus (lemander l'argent de leur fourniture;
TOM GIN. En ellet, je vous trouve tout je leur ai dit que je n'en avais pas, et je les
changé... auriez‘-vous des chagrins de cœur? ai renvoyés au duc de Buckingham. Ils se
MAC ALLAN. Oui, mêlés d'argent. sont lâchés et‘moi aussi... ils ont crié, j'ai
TOM GIN. Allons donc, vous êtes doré sur crié plus fort qu'eux : il y en a un qui a fait
toutes les coutures. un geste qui m'a déplu. Je l'ai jeté du haut
MAC ALLAN. An dehors. (Retonrnant ses en bas des escaliers... Quand les autres l'ont
poches. j Mais voyez au-dedans. .. vu dégringoler les marches quatre à quatre,
TOM GIN. Que vous est-il donc arrivé? ils se sont sauvés en criant qu'ils allaient
MAC ALLAN. Il m'est arrivé que j'ai servi chercher le constable. Alors j'ai profité de
de jouet à un grand seigneur. leur fuite pour battre en retraite de mon
TOM GIN. Et à qui donc? côté; de sorte qu'à cette heure ils doivent
MAC ALLAN. A ce damné Burkingham. être maîtres du champ de bataille. Quant à
TOM GIN. Chut! silence, donc... moi, mon cher, me voilà comme Bias , je
MAC ALLAN. Et pourquoi cela, s'il vous porte tout avec moi... etje vous réponds que
plaît? mon tout, ce n'est pas grand'chose.
TOM GIN. Comment osez-vous parler ainsi TOM GIN. Pauvre garçon! un pot de bière,
de sa grâce? , voyons, pour vous remettre.
MAC ALLAN. Ah !... ça m'est, pardieu, MAC ALLAN. Je ne demande pas mieux,
bien égal. Sa grâce!... sa grâce, tant qu'il mais je vous préviens que je ne possède pas
vous plaira. un penny.
TOM GIN. Mais que vous a-t-il donc fait, TOM GIN. N 'importe, ou n'est pas un turc,
enfin? que diable! et il ne sera pas dit qu'on aura
MAC ALLAN. Il a fait qu'il a lâché sur moi laissé mourir un compatriote de soif au Char
ses fournisseurs. don d'Ecosse.
TOM GIN. Mais dans quel but? MAC ALLAN. Merci. Eh bien! tenez , vous
MAC ALLAN. Dans celui de leur faire per valez mieux dans votre petit doigt que le Buc
dre sa piste,‘ probablement... quelle meute! kingham dans toute sa personne.
TOM GIN , bas. Et vous avez contribué à TOM GIN, sortant. Mais taisez-vous donc.
tromper de braveS marchands! vous , un MAC ALLAN. Que je me taise? jamais. Eh
Écossaisl... fi donc! bien! c'est charmant... j'aurai été joué, ba
MAC ALLAN. Mais j'ai eu beau leur dire foué, pillé... je serai retourné vingt fois à son
que je n'étais pas ce qu'ils croyaient... qu'on hôtel sans pouvoir le rencontrer une seule,
ne m'appelait pas sa grâce; que je ne répon et je ne pourrai pas dire que c'est un coquin,
dais pas au titre de monseigneur; j'ai eu un brigand, un scélérat à pendre? mais, au
beau leur protester que je ne possédais pas contraire, je le dirai à tout le monde, je le
un penny" . ils n'ont pas voulu me croire... dirai...
ils m'ont voiture, ils m'ont habillé, ils m'ont Il.s'arrête court en apercevant le duc.‘
meublé... tout cela malgré moi... Un hôtel LE DUC. Eh bien ! mon jeune maître, qu'a.
magnifique, des carrosSes, que le roi n'en vezsvous donc à me regarder ainsi?
LE LAIRD DE DUMBIKY. I5
ww vvWvvWWWWW 'ANMMNWWANNM
MAC ALLAN, à part. Ohl maisc'est que c'est
extraordinaire, c'est sa figure, c'est sa voix! SCÈNE vu.
LE DUC. Je ne me savais pas si curieux à
voir. Payez quelque chose, au moins, pour me Les PRÉCÈDENTS, CHIFFINCH.
regarder... vous savez que c'est l'habitude. CHIFFINCH, a Tom Gin. Vous êtes le maître
MAC ALLAN. Il-n'y a pas de doute... je ne de cette taverne?
me trompe pas... c'est vous! TOM GIN. Oui, monsieur; que faut-il vous
LE DUC. Eh bien! sans doute, c'est moi. servir?
MAC ALLAN. Ah! oui, mais je m'entends... CHIFFINGH. Rien.
vous, vous, vous, mylord... TOM GIN. Comment, rien? -
LE DUC. Ah bon! mylord! c'est moi que CHIFFINCH. Je ne viens pas pour boire.
vous appelez mylord? TOM GIN. Que venez-vous faire alors? x
MAC ALLAN. Sans doute, c'est vous que... GHIFFINCH. Je viens causer.
et vous ne me ferez pas prendre le change. TOM GIN. Avec qui?
TOM GIN, revenant. Bien, voilà ce que je CHIFFINCH. Avec loi.
craignais. TOM GIN, brusquement. C'est que, voyez
MAC ALLAN. Et vous me rendrez raison... vous, je n'ai guère le temps de vous écouter.
et nous irons faire un tour, si vous le voulez CHIFFINCH, lui donnant une pièce d'or.
bien, à Darn Elms ou à Montagu. Tu le prendras.
LE DUC. Dis donc, Tom Gin, il m'appelle TOM GIN, très- humblement. Je le prendrai.
mylord, et il me propose d'aller faire um tour CHIFFINCH. Tu as le temps de m'écouter
à Darn Elms ou à Montagu; que dis-tu de cela? maintenant ?
Il rit. TOM GIN. Oui. .
TOM GIN, montrant Bnekingham. Lui! CHIFFINCH. Et de me répondre?
mylord ! . TOM GIN. A vos ordres.
Il rit. CHIFFINCH. C'est bien. Quels sont les voya
MAC ALLAN. Ah ça, est- ce que ce n'est geurs qui demeurent dans ton auberge?
véritablement pas au duc de Buckinghan que TOM GIN. Hommes ou femmes?
j'ai affaire? CHIFFINCH. Hommes.
TOM GIN. Le duc de Buckingham, lui! vous TOM GIN. Nous avons d'abord un Irlandais.
êtes fou, mon cher ami; il s'appelleTh0ms0n CHIFFINCH. Jeune?
il est matelot du bateau le Saint-Georges. TOM GIN. Jeune.
MAC ALLAN. Vous en êtes sûr? CHIFFINCH. Beau garçon?
TOM GIN. Pardieu, il y a dix ans que je le TOM GIN. Beau garçon.
connais. CHIFFINCH. Riche?
MAC ALLAN. C'est étonnant... je n'en re TOM GIN. Pauvre.
viens pas... c'est qu'il ressemble à mylord... CHIFFINCH. Cela me va. A propos, espil
LE DUC. Oh! vous n'êtes pas le premier noble?
qui ayez été pris à cette ressemblance, allez... TOM GIN. C'est un marchand de bestiaux
après cela, mon père était beau garçon, bate de Limerik.
lier, comme moi sur la Tamise, et il a con CHIFFINCH. Voilà qui dérange tout... inu
duit dans sa vie plus d'une jolie (lame... je ne tile d'aller plus loin; passons à un autre. Qui
serais donc pas étonné quand il y aurait de avez-vous encore?
part le monde quelque grand seigneur qui TOM GIN. Un Espagnol.
me ressemblât. (Se russeyant.) A votre santé, CHIFFINCH. Jeune?
mon gentilhomme. TOM GIN. Trente à trente-cinq ans.
MAC ALLAN , s'asseyant a une table pla CHIFFINCH. Beau cavalier?
cée de l'autre côté de la scène. A votre santé, TOM GIN. L'air noble.
mon ami. C'est que tout y est, la ressem CHIFFINCH. Riche?
blance est frappante... c'est mirabuleux! TOM GIN. Une mine d'or.
Chiffinch paraît au fond, enveloppé dans un manteau. CHIFFINCH. Ce n'est pas mon affaire. A un
JERNINGHAM, bas. Maintenant, monsei autre.
gneur, puis-je m'éveiller? TOM GIN. Nous avons un baronnet du
LE DUC, apercevant Chiffinch, vivement. comté de Lancastre.
Moins que jamais! CHIFFINCH. Jeune?
JERNINGHAM. Pourquoi cela? ‘TOM GIN. Oui.
LE DUC. Chiflich ! malheureux !... Chiifinch CHIFFINCH. L'air gentilhomme?
en personne! TOM GIN. Oui.
JERNINGHAM, rebaissant la tête. Ahl mon CHIFFINCH. Riche?
Dieu! TOM GIN. Non.
LE DUC. Silence! CuIFFINCII. A merveille.
ic . MAGASIN THÉATRAE; t
TOM GIN. Seulement, si vous avez affaire MAC ALLAN. Mais je ne vous connais pas,
à lui, il faudra vous presser. dites donc, moi, pour boire avec vous.
CHIFFINCH. Pourquoi cela? ‘ CHIFFINCH. Eh bien! nous ferons con
TOM GIN. Parce qu'il part demain avec sa naissance... D'ailleurs je suis un ancien ami
femme. de votre famille, j 'ai servi avec votre oncle
CHIFFINCH. Il est marié? David Mac Mahon de Susquebaugh, dans les
TOM GIN. Depuis un mois. dragons du major Landfort.
CHIFFINCH. Il fallait donc dire cela tout de . MAC ALLAN, se rasseyant. Ah l vous avez
suite, imbécile... ton baronnet ne m'est bon connu mon oncle... c'est autre chose alors.
à rien. CHIFFINCH. Oui, jeune homme, et c'est
TOM GIN. Ah ça, mais, que cherchez-vous un gaillard qui a rendu autrefois de grands
donc ? . _ services à la cause royale.
CHIFFINCH. Je cherche un jeune homme, MAC ALLAN. Ah! eh bien! à la bonne
noble, pauvre et célibataire. heure, en voilà un, au moins, qui lui rend
TOM GIN, montrant Mac Allan. Eh bien! justice, à l'oncle Mac Mahon.
tenez, voici là, à ma gauche, un Ecossais qui CHIFFINCH. Aussi, quand j'ai su que vous
est très-noble, très-pauvre et très-garcon; étiez à Londres. je vous ai cherché partout.
je vous réponds de celui-là. MAC ALLAN. Vous m'avez cherché... vrai
CHIFFINCH. Il aurait des dettes même que ment?
cela n'en vaudrait que mieux. _ CI-IIFFINCH. Je n'aifaitque cela depuis huit
TOM GIN. C'est une providence, Celui-là jours.
doit cinq mille livres sterling. MAC ALLAN. Eh bien! me voilà, mon
CHIFFINCH. Il se nomme? sieur, et tout à votre service. ‘
TOM GIN. Mac Allan, laird de Dumbiky. Ils se saluent.
Celle conversation entre Chiffinch et Tom Gin a lieu sur CHIFFINCH, le regardant en souriant.
le devant du théâtre et à voix basse.
Eh bien! nous avons donc fait des nôtres à
LE DUC. Sortez sans être vu, et revenez Londres, mon gentilhomme?‘
dans vingt minutes avec deux de mes gladia MAC ALLAN. Moi, j'ai fait des miennes?
teurs. Il faut que ce soir Sarah soit dans ma CHIFFINCH. Ah ! ne cherchez pas à nous en
petite maison de Clarence Market. faire accroire. Nous avons entendu parler de
JERNINGHAM. Mais. monseigneur... vous... peste! vous meniez un train de prince .
LE DUC. Faites ce que je vous dis. Il nous a donc laissé de la fortune‘ notre on
Jerningham sort. Pendant que le duc a parlé à Jernin cle David Mac Mahon de Susquebaugh?
b iîham, Chiffineh a tourné autour de Mac Allan en
examinant des pieds à la tête. MAC ALLAN. Pas un penny. Je suis arrivé
à Londres avec quinze livres sterling.
vwvwvvwvww W“W/LMAWMNNWIWNMWWLNvM
CHIFFINCH. Et avec quinze livres sterling
vous avez un hôtel magnifique, des carrosses
SCÈNE Vm. splendides, des chevaux comme ceux d'A
LES MÊMES, moins JERNINGHAM. chille... Ce n'est pasmaladroit, jeune homme,
TOM GIN, continuant sa conversation avec
pour un début.
Chiffinch. Eh bien l celui-là vous convient-il? MAC ALLAN. Mais attendez donc, vousne
savez pas...
CHIFFINCH. Sous tous les rapports, et ce
que vous venez de me dire me décide tout à CHIFFINCH. Eh! mon Dieu, si, je sais...
fait; je ferais le tour du monde que je ne vous avez fait des dettes, quoi !
trouverais pas mieux. y MAC ALLAN. Certainement. Seulement,
moi, c'est sans. le vouloir.
TOM GIN. Voulez-vous que je vous présente
à lui? ‘ CHIFFINCH. On ne veut jamais..... on se
laisse entraîner... et puis, un beau matin ,
CHIFFINCH. Ce n'est pas la peine, j'entame
on se trouve comme cela, avoir cinq ou six
rai bien la conversation sans toi, sois tranquille.
Il va à Mac Allan, qui le regarde venir, prend le pot de
mille livres sterling de dettes.
hierre qu'on vient de lui servir, et le jette par la fe MAC ALLAN. Eh bien! c'est juste mon
nêtre avec ce qu'il contient. chiffre. Que dites-vous de la somme?
MAC ALLAN, se levant furieux'. Monsieur, CHIFFINCH. Je dis que c'est une misère.
que veut dire cela, s'il vous plaît? ‘ MAC ALLAN. Une misère! ahl vous appe
CHIFFINCH. Cela veut dire qu'un gentil lez cela une misère!
homme comme le laird de Dumbiky n'est CHIFFINCH. Sans doute. A votre âge César
pas fait pour boire de la mauvaise bière de devait cent vingt millions de sesterces. Cinq
Inatelot. Tom Gin, une bouteille de vin d'Es. mille livres sterling, qu'est-ce que cela , je
pagne, et du meilleur. vous le demande, pour un homme comme
TOM GIN. A Finstant, votre seigneurie. vous?
l! sort. Cbiffincb va s'asseoir en face de Mac Allan. MAC ALLAN. Il me semble que c'est juste
___-_. , - ._.. .. ._... - A...‘ m u-“

LE LAIRD DE DUMBIKY.‘ 17
ment pour un homme comme moi que c'est CHIFFINCH. Et si la chose au contraire ne
beaucoup. peut s'arranger qu'à la condition que vous
CHlFFlNCl-I. Cela vous tourmente! n'en ferez pas...
MAC ALLAN. Je vous avoue qu'il y a des V MAC ALLAN, se levant. Alors , vous com
momen [Su . prenez, mon cher ami...
CHlFFINCH. Bah! un beau mariage paiera CHIFFINCH. se levant aussi. Ne précipitons
tout cela. rien, mon gentilhomme! D'ailleurs je ne veux
MAC ALLAN. Un beau mariage! pas surprendre votre bonne loi. Ecoutez : une
CHIFFINCH. Oui. certaine visite à faire m'oblige à vous quitter
MAC ALLAN. Sans doute, un beau mariage pour une demi-heure; vous, pendantce temps,
paierait tout cela, je le sais bien; mais il faut réfléchissez... la splendeur ou la misère..."
le faire ce beau mariage. Eh ceci vaut la peine d'y songer... Dans une
CIIIFFINCH. Avec votre nom. demi-heure je serai de retour, et quelque
MAC ALLAN. Le fait est qu'il en vaut bien chose me dit... oui, oh! j'en suis convaincu,
un autre. Vous savez ou vous ne savez pas quelque chose me dit que je vous trouverai
qu'il y a une tradition écossaise qui dit que plus raisonnable. A bientôt, et rappelez-vous
les Dumbiky sont parents an cinquante qu'un bonheur pareil à celui queje vous pro
cinquième degré du roi Robert Bruce. pose ne se représente jamais deux fois... pe
CHlFFlNCH. Avec votre figure... sez bien ces paroles, et attendez-moi"... A
MAC ALLAN. Vous trouvez qu'avec ma fi bientôt.
gure... c'est drôle, je n'avais jamais compté MAC ALLAN. Permettez...
dessus. CHIFFINCH. Dans une heure je reviens.
Cl-IIFFINCH. Vous êtes trop modeste... Età Il sort.
tout cela joignez la protection qui vous est
Nv' V“WvMAAWIU\MAAMMAM“Œ“\MWv\“A\vV\WMvWvvM\
due à cause des services de votre oncle.
MAC ALLAN. Je vous dirai que jusqu'à pré
sent ces services n'ont pas été très-bien ap SCENE IX.
préciés.
CHIFFINCH. Parce que vous ne vous êtes MAC ALLAN, LE DUC.
point adressé à ceux qui pouvaient les faire Tous deux regardent (lhiffinch qui s'éloigne; puis le Duc
valoir... mais moi je vous réponds, si toute se retourne sur sa chaise et interpelle Mac Allan , qui
s'est assis sur le tabouret de Chillluch.
fois vous n'avez pas de répugnance pour le
mariage... LE DUC. Eh bien! que dites-vous de la
MAC ALLAN. De la répugnance pour le ma chose?
riage, moi! je n'en ai aucune, et pourvu que MAC ALLAN. Et vous?
ma femme soit jeune, sage, jolie, noble et LE DUC. Je dis que je n'ai jamais entendu
riche, je me deciderai facilement. - faire pareille proposition à un gentilhomme.
CBIFFINCH. Si vous n'exigerez que cela , MAC ALLAN. Atnsi, à ma place, vous re
jeune homme, j'ai votre affaire sous la main. fuseriez?
LE DUC, qui n'a pascesse de prêter l'oreille, LE DUC. Comment, si je refuserais! c'est
a part. C'est cela même. Buckngham, mon à-dire que si, à moi, simple matelot, on ve
ami, vous avez tout deviné tdécidément vous nait me faire une proposition pareille... je
êtes un homme de génie. jetterais l'homme qui me la ferait par la fe
MAC ALLAN. Voyons, voyons un peu..... nêtre.
comment dites-vous cela? . MAC ALLAN. Cependant l'intention peut
CHIFFINCH. Vingt-cinq mille livres ster être bonne.
ling de dot et une placeà la cour. La fortune LE DUC. Bah! quelque intrigant qui cher
et le pouvoir en même temps. Cela vous vat-il? che une dupe.
MAC ALLAN. Certainement; mais il faudrait MAC ALLAN. Quel intérêt aurait-il?
au moins que je connusse la personne... LE DUC. Dam! on a quelquefois des rai
CHIFFINCH. Inutile. sons urgentes de se défaire promptement
MAC ALLAN. Vous pouvez au moins me dire d'une fille, d'une sœur, ou d'une nièce.
son nom? MAC ALLAN.Au fait...
CHIEFINCE. Que vous importe? LE DUC. Ah ça! avez-vous cru, franchement,
MAC ALLAN. Où demeure-t-elle seulement? que c'était pour vos beaux yeux seulement
(ZHIFFINCH. Qu'avez-vous besoin de savoir qu'on venait vous ollrir une dot de vingt-cinq
cela? mille livres sterling et une charge à la cour?
MAC ALLAN. Comment! qu'ai-je besoin de MAC ALLAN. Le fait est que c'est fort lou
savoir cela! il me semble que je suis assez che.
intéressé à tous ces détails pour que je me LE DUC. Sans vouloir vous dire le nom, la
permette de faire quelques queStions. demeure, la famille de votre future?
‘l8 ‘ MAGASIN THEATEAL.
MAC ALLAN. C'est vrai, il a refusé de me MAC ALLAN. Vous, Nelly! Ah! c'est le ciel
dire tout cela. qui vous envoie à mon secours.
LE DUC. Que diable! on ne se marie pas NELLY. Ce n'est pas ma faute si je ne vous
ainsi la tête dans un sac. ai pas retrouvé plus tôt. Vous m'aviez donné
MAC ALLAN. Aussi vous avez entendu, j'ai cette adresse, et je suis venue pour vous y
I refusé. . chercher.
LE DUC. Et vous avez bien fait, morbleu! MAC ALLAN. Hélas! il m'est arrivé tant de
Mais il va revenir. choses depuis que je ne vous ai vue... ima
MAC ALLAN. Je refuserai encore. ginez-vous. . .
LE DUC. Vous le dites. NELLY. Je sais tout.
MAC ALLAN. Je le ferai. MAC ALLAN. Ah! vous savez que votre mi
LE DUC. En vérité, si je n'étais‘pas forcé de sérable Buckingham...
m'en aller, je resterais pour vous prêter main NELLY. Vous a livré à ses créanciers pour
' forte. se débarrasser d'eux. .
MAC ALLAN. Restez. MAC ALLAN. Aussi, si je le rattrape jamais,
LE DUC. Impossible... j'ai donné rendez ainsi qu'un certain railleur qui vient de me
vous... mais quand il reviendra... faire la proposition la plus étrange...
MAC ALLAN. Soyez tranquille. NELLY. Laquelle?
LE DUC. Traitez-le comme il le mérite. MAC ALLAN. Celle de me marier.
MAC ALLAN. l! aura Ce qui lui revient. NELLY. Avec qui?
LE DUC. A votre place, et si j'avais comme MAC ALLAN. Avec une femme dont on ne
vous une épée au côté, je lui en donnerais veut pas me dire le nom.
du plat sur les épaules, jusqu'à ce qu'il me NELLY. Jeune?
demaudât pardon à genoux. MAC ALLAN. Je n'en sais rien.
TOM GIN, entrant, et bas au duc. Votre NELLY. Belle?
valet de chambre est en bas, il vous attend. MAC ALLAN. Je n'en sais rien.
LE DUC. Bien. NELLY. Noble?
TOM GIN, allant à. Mac Allan. Une femme MAC ALLAN. Je n'en sais rien.
dont le visage est couvert d'un loup est là... NELLY. Riche?
elle vous demande. MAC ALLAN. Vingt-cinq mille livres sterling
MAC ALLAN. Faites entrer. de dot. .
Tom Gin sort, NELLY. Qu'avez-vous répondu?
LE DUC. Ainsi je vous laisse bien décidé, MAC ALLAN. J'ai refusé.
n'est-ce pas? NELLY. Vous avez bien fait.
MAC ALLAN. Résolution inébranlable. MAC ALLAN. N'est-ce pas?
LE DUC. Au revoir, mon gentilhomme, et NELLY. C'est quelque piège.
tâchez de vous maintenir dans ces bonnes MAC ALLAN. lllais, comment faire, ma chère
dispositions. Nelly? comprenez-vous? cinq mille livres
Il sort. sterling de dettes!
WWWW\\W \ “m/v v\w \W\“A vww nxvwwrvwi MAN/w“ An,“
NELLY. Ohl ceci n'est rien.
MAC ALLAN. Comment, ce n'est rien!
SCÈNE X. NELLY. Oui, on les payera.
MAC ALLAN. Qui?
MAC ALLAN , puis N ELLY. NELLY. Le roi.
MAC ALLAN. Le roi payera mes dettes '!
MAC ALLAN. Une femme dont le visage est
NELLY. Sans doute; il vous doit bien cela.
caché sous un masque me demande. Ah ça,
mais est-ce que ce serait déjà ma future? MAC ALLAN. Mais qui lui parlera?
NELLY. Moi.
Elle n'aurait pas perdu de temps.
MAC ALLAN. Vous connaissez le roi?
TOM GIN, de la'porte. Voici le gentil NELLY. Beaucoup. Seulement une chose
homme que vous demandez, madame.
m'inquiète.
NELLY. a Tom Gin. C'est bien, laissez MAC ALLAN. Laquelle?
nous _ NELLY. Depuis deux ou trois jours sa ma
MÀW MWNWW “n. jesté...
MAC ALLAN. Est malade, peut-être '.7
SCÈNE XI. NELLY. Non, ce n'est pas cela.
MAC ALLAN, NELLY. MAC ALLAN. Tant mieux. Dieu conserve
la santéde sa majesté jusqu'à ce quelle ait
MAC ALLAN. Madame, puis-je savoir ?... payé mes dettes. -
NELLY , ôtant son masque. Enfin je NELLY. Il faut qu'il se brasse quelque in
vous retrouve! trigue que j'ignore.
LE LAIRD DE DUMBIKY. '19

MAC ALLAN. Vous croyez? mais, pour qui uÿavezyvous pris? Voyons un
NELLY. Mais cela ne vous regarde pas. peu...
Soyez tranquille. CHIFFINCH. Mais pour un‘ pauvre gentil
MAC ALLAN. Ah! dans ce cas... homme qui ne serait pas fâché de faire sa
NELLY. Cependant, cela peut influer sur t fortune. .
vous. ‘ MAC ALLAN. Oui, monsieur, mais par d'au
MAC ALLAN. Diable! 7 tres moyens que ceux que vous me proposez,
NELLY. Tout mon crédit dépend d'un ca entendez-vous ? .
price. Econtez. CHIFFINCH. Les moyens de faire fortune
MAC ALLAN. Pardieu! j'écoute. . sont rares, mon maître, et lorsqu'on en ren
NELLY. Avez-vous confiance en moi? contre un par hasard, il ne faut point le dé
MAC ALLAN. si j'ai confiance en vous'! daigner, de peur qu'il ne s'en présente pas
NELLY. Oui. un second.
MAC ALLAN. Confiance entière. ' MAC ALLAN. N'importe, je refuse.
NELLY. Êtes-vous disposé à vous laisser CHIFFINCH. Songez-y; vous êtes à Lon
conduire par mes avis .9 dres, sans connaissances, sans appui, sans
MAC ALLAN. Avenglément. secours. Votre refus, c'est la misère, la faim,
NELLY. Vous engagez-vous d'avance à faire sans compter que vous devez cinq mille livres
tout ce que je vous dirai? sterling qu'il faudra bien payer; ou Newgate
MAC ALLAN. Tout. est là... Les lois anglaises ne plaisantent pas
NELLY. Sans hésitation? à l'endroit des débiteurs.
MAC ALLAN. A l'instant même. N'êtes-vons MAC ALLAN. Je refuse... je vous dis que
pas ma seule amie dans cette Babylone où je je refuse.
suis perdu? CHIFFINCI1. Tandis qu'au contraire si vous
NELLY. D'abord, pas de mariage. acceptez, vingt-cinq mille livres sterling,
MAC ALLAN. Je crois bien. une place à la cour, (les laquais, des che
NELLY. Quand cet homme reviendra... vaux, des carrosses, un hôtel! Vous avez
MAC ALLAN. Je Yenverrai... très-loin. goûté de tout cela pendant huit jours...
NELLY. Vous, restez ici. Voyons, dites, est-ce que ce n'était pas fort
MAC ALLAN. Je n'en bouge pas. agréable? .
NELLY. Vous m'attendrez? MAC ALLAN. Retire-toi, tentateur.
MAC ALLAN. De pied ferme. CHIFFINCH. Mais...
NELLY. Le temps d'aller à White-hall et MAC ALLAN. Retire-toi , te dis-je , ou
bien...
de revenir.
MAC ALLAN. Si je vous accompagnais ? CHIFFINCH, épouvante et se sauvant au
NELLY. Non, il faut que j'y aille seule. fond du théâtre. Un instant! un instant!
(Bemettant son masque.) Surtout, pas de MAC ALLAN, eæaspéré et menaçant Chif
mariage. finch d'un tabouret qu'il tient à la main.
MAC ALLAN. J'aimerais mieux me jeter Je refuse l je refuse! je refuse l
dans la Tamise. . NELLY, ouvrant à moitie' la porte du ca
NELLY. C'est bien... Adieu. binet de droite. Acceptez.
MAC ALLAN. Gest-à-dire, au revoir! MAC ALLAN. Hein?
NELLY. Oui. (Elle fait quelques pas vers NELLY. Acceptez.
la porte, et rencontre (‘kif/inch. A part.) MAC ALLAN. Quoi?
Chiflinch! Chiflînch icil... Oh! ce n'est NELLY. Le mariage qu'on vous propose.
plus le montent de m'éloigner. MAC ALLAN. Mais tout à l'heure...
Elle se jette vivement dans un cabinet à droite. NELLY. J'avais tort.
MAC ALLAN. Vous m'assuriez que c'était
wnMNtwwvWMAM/Il
un piège.
NELLY. Je me trompais.
SCÈNE XII. MAC ALLAN. Mais je ne connais pas celle
CHIFFINCH , MAC ALLAN. qu'on me propose.
NELLY. Prenez de confiance.
CHIFFINCH. Eh bien, mon gentilhomme, MAC ALLAN. Mais si elle est vieille ?
avez-vous réfléchi? NELLY. Elle doit être jeune.
MAC ALLAN. Oui. MAC ALLAN. Mais si elle est laide?
CHIFFINCH. Et vous êtes déeidé P NELLY. Elle doit être jolie.
MAC ALLAN. Parfaitement. MAC ALLAN. Mais si sa vertu est douteuse?
CHIFFINCH. A vous marier? NELLY. Ce doit être une Lucrèce.
MAC ALLAN. A rester garçon... Ah ça, MAC ALLAN. Mais enfin...
h
20 MAGASIN THEATRAL.
NELLY. Acceptez, vous dis—je, acceptez,
ou vous êtes perdu.
Elle referme la porte. Ce eu de scène est exécuté très— SCÈNE XIV.
rapidement et sans que Nelly ait été aperçue de Chif
fineh. Mac AHau, pendant ce temps, a tenu machina
lement son tabouret en l'air. MAC ALLAN, SARAH.
MAC ALLAN, tombant sur son escabeau. SARAH, entrant par la porte latérale à
J’en deviendrai fou, ma parole d’honneur! gauche du spectateur et dans le plus grand
Moment de silence. désordre. Au secours! au secours ! Oh ! si
CHIFFINCH. de la porte. Eh bien, jeune vous êtes gentilhomme, monsieur, défendez
homme, notre accès est-il passé? mor, sauvez-mer.
MAC ALLAN. Oui. _MAC ALLAN. Cet accent l... une compa
CHIFFINCH. Nous ne sommes plus enragé? triote... Vous êtes Ecossaise?
MAC ALLAN. Non. SARAH. Oui.
CHIFFINCH. Et l’on peut se rapprocher de MAC ALLAN. Que vous arrive-t-il? parlez.
vous? . SARAH. Je n’en sais rien moi-même. Deux
MAC ALLAN. Oui. hommes ont profité de l’absence de ma tante,
CHIFFINCH. Vous ne me prenez plus pour ils sont entrés dans le pavillon, ils ont voulu
Satan? m’enlever. J’ai fui par un escalier dérobé,
MAC ALLAN. Non. mais ils m’ont poursuivie... et tenez, les
CHIFFINCH. Et vous ne voulez plus me voilà... les voilà... Où me cacher?
fendre le crâne? MAC ALLAN. Entrez dans cette chambre, et
MAC ALLAN. Soyez tranquille. avantqu’ils n’arriventjusqn’à vous, je vous le
CHIFFINCH, revenant en scène. C’est bien jure, il faudra qu’ils me passent sur le corps.
heureux. , SARAH. Oh! monsieur, que de reconnais—
MAC ALLAN. A votre tour, m’en voulez-vous? sance! Votre nom?qu je le garde dans mon
CHIFFINCH. Je n’ai pas de rancune. cœur.
MAC ALLAN. Est-il encore temps de dire oui? MAC ALLAN. Mac Allan, laird de Dumbiky. .
CHIFFINCH. Toujours. Et vous ?
MAC ALLAN. Eh bien, j’accepte. SAnAH. Sarah Dunkan.
CHIFFINCH. Pour tout de bon? MAC ALLAN. Maintenant, ne craignez rien.
MAC ALLAN. Pour tout de bon. Il referme la porte sur Sarah.
CHIFFINCH. Vous engagez votre parole?
MAC ALLAN. Foi de gentilhomme.
CHIFFINCH , s'éloignant. Cela suffit.
MAC ALLAN. ou allez-vous? SCÈNE XV.
CHIFFINCH. Chercher un carrosse. Les MÊMES , JERNINGHAM , DEUX HOMMES
MAC ALLAN. Pour qui?
CHIFFINCH. Pour votre seigneurie. armés.
MAC ALLAN. Nous quittons donc cette ta JERNINGHAM , entrant le premier. Par
verne? ici... par ici... Elle ne peut nous échapper...
CHIFFINCH. Dans dix minutes je vous em Elle doit être la... Arrière, mon gentil
mène. homme...
MAC ALLAN. ou cela ? MAC ALLAN. Halte—là, mes maîtres, en ne
CHIFFINCH. Vous le verrez. passe pas.
Il sort. JERNINCHAM. Insolent! savez—vous à qui
Ivvu ‘ vous avez affaire?
MAC ALLAN. Oh ! oui, car je vous recom—
SCÈNE X]II. nais... Nous avons même un vieux compte a
MAC ALLAN , seul. régler ensemble. Ah! tenez-vous bien, mon
Ah! je ne suis pas fâché qu’il me laisse un sieur Jerningham.
instant... Au moins Nelly m’expliquera les JERNINGHAM, ana: hommes qui l’accom
pagnent Flamberge au vent, messieurs, et
causes de son changement. ( Ouvrant la
porte.) Eh bien! Nelly. êtes—vous contente? débarrassez-moi de ce drôle.
Vous ai-je obéi aveuglément? Mais où est— MAC ALLAN, tirant son épée. Le premier
elle donc? personne... disparue... Tom Gin! qui fait un pas est mort.
Tom Gin! N\N\MVVu
SARAH , dans la coulisse. A l’aide ! au ses
cours! au secours! SCÈNE XVI.
MAC ALLAN, s’arrêtant. Qui appelle?
SARAH , plus proche. Au secours! LES MÊMES , CHIFFINCH.
MAC ALLAN. C’est la voix_d’une femme. CHIFFINCH, au fond. Holà, messieurs!
LE LAIRD DE DUMBIKY. 24
que veut dire cette violence? trois contre CHtFF1NCH. C'est bien, sortez. (Ils sortent
un! ceci ressemble fort à un guet-apens, par la porte de côté par laquelle ils sont
savez-vous bien ? entrés. ) Maintenant, monseigneur, le car
JERNINGHAM, à part. Chiflinch! rosse est en bas, et si vous voulez venir...
MAC ALLAN , a part. Mon inconnu! MAC ALLAN. Un mot... rien qu'un mot à
cHtFFINCH. Allons, les épées au fourreau. une personne qui est là dans cette chambre.
(On obéit.) C'est bien... ce gentilhomme ( Il fait quelquespas, puis s'arrête. A part.)
appartient à la maison de notre gracieux sou Oh! non... si je la revoyais, je n'aurais peut
verain Charles II. Apprenez cela, et ne l'ou être plus le courage de tenir ma promesse.
bliez point, je vous prie. (A Chiffinch.) Me voilà, monsieur; condui
MAC ALLAN, stupéfait. J'appartiens à la sez-moi bien vite... mariez-moi bien vite...
maison du roi l Me voilà! je vous suis.
JERNINGHAM , à Mac A llan. Mille pardons. Ils sortent tous deux par le fond.

b
WWMMWWWWvVVVWvvWW WWWWMNWWIHMWWvWWvWMNvWWNWWW WVXWÏVWU

ACTE TROISIEME.
Un pavillon à Windsor. au fond du parc et entièrement séparé du château.

SCENE PREMIÈRE. LE DUC. De Londres, sire.


LE R01. Oui; mais de quel quartier de
UN HUISSIER précédant LE DUC DE Londres?
BUCKINGHAM. LE DUC. Sire, de Sommerstown.
UHUISSIER. Que mylord veuille bien atten LE R01. Vous n'avez pas approché de la
dre quelques minutes , et je vais prévenir sa rivière ?
majesté que sa grâce est à ses ordres. LE DUC. Je m'en suis bien gardé. . Mais sa
LE DUC. Faites, monsieur. (L'huissier sort.) majesté craint donc réellement...
‘ Que diable peut me vouloir le roii... Je
LE RO1. Ma foi, mon cher, je l'avoue, j'ai
croyais que la peur de la peste m'avait dé une peur terrible de cette horrible peste... je
barrassé de lui au moins pour quelque temps. . . ne me soucie pas le moins du monde de
pas du tout... juste au moment où ma pré mourir comme saint Louis , dussé-je être
sence est urgente à Londres, il m'envoie canonisé.
chercher... Jerningham a-t-il réussi à enlever LE DUC. Sire, les plus grands hommes ont
Sarah ?... Je disais bien que si quelque ob en leurs faiblesses. Carraciolo tremblait de
stacle voulait s'en mêler, je deviendrais amou vant un rat, et M. de 'l‘urenne, à ce qu'on
reux de cette petite... Voilà le roi qui, de son
assure, ne peut pas voir une araignée.
côté, en a envie... et je sens que j'en suis LE RO1. Eh bien, voilà qui m'excuse... je
tout affolé... Au reste, c'est peut-être pour t'ai donc fait venir pour deux raisons, mon
me parler de cela que sa majesté m'envoie cher Georges; la première, c'est que je m'en
chercher... et il est possible que tout à l'heure nuyais horriblement à Windsor dans ce pa
villon isolé... La seconde, parce que j'ai à
je sache de sa propre bouche... Ah !... (Les
deux battants a droite du spectateur s'ou Ventretenir d'une affaire sérieuse.
vrent; un huissier crie : Le roi.) LE DUC. D'une affaire sérieusel... votre
Et traverse le théâtre sortantypgr la porte du fond.
majesté me fait frémir... Sire, on meurt
d'ennui aussi bien que de la peste , faites—y
"MWMWVWWWWWWWvMMNVWM attention... car, d'après ce que vous me dites,
vous avez déjà des symptômes de maladie.
SCÈNE n. LE R01. Ah ! c'est seulement un conseil que
LE ROI, LE DUC. je veux te demander. ,
LE DUC. Un conseil sur une affaire sérieuse,
LE R01, passant la tête par la porte, et sire?... je crois que vous auriez mieux fait de
tenant un mouchoir devant son nez. Vous . me laisser à Londres. . . Votre majesté sait bien
êtes 1à, duc? qu'aux yeux de son peuple bien-aimé, un de
LE DUC, faisant un pas vers le roi. Oui, ses plus grands crimes est de suivre mes
sire, je me rends aux ordres de votre ma conseils.
jesté. LE nO1. Que veux-tu, Georges? nous som
LE R01. Un instant, un instant; d'où venez mes deux grands coupables, et le ciel nous
vous? châtie l'un par l'autre. Je suis condamné à
22 MAGASIN THÉATRAL.‘ _
t'avoir pour favori, et tu es condamné à LE DUc. Allez, sire, allez toujours... faites
m'avoir pour roi... Tu me trompes une fois de moi le bouc émissaire... je ne demande
par heure, tu me trahis une fois par jour... pas mieux que de me charger des péchés de
tu conspires contre moi une fois par mois, toute la tribu d'Israël, et même de ceux de
et, une lois par an, je te pardonne pour te son roi. Mais, au moins, lâchez-moi ensuite,
punir... Tiens, Georges, je ne sais pas com afin que je puisse retourner à Londres, où
ment cela se fait, mais la vérité est que je te je suis impatiemment attendu.
déteste, et cependant je ne puis me passer LE RO1. Oui, par quelque nouvelle maî
de toi. tresse, mauvais sujet.
_ LE DUC. Votre majesté est véritablement LE DUC. Non, sire, par de vieux créan
trop bonne... mais me permettra-t-elle de ciers... je paye mes dettes.
lui rappeler qu'elle m'a mandé pour aflaires LE R01. Buckingham paye ses dettes !...
sérieuses ?.. . alors, il faut croire à la fin du monde. Eh
LE R01. Je vois que tu meurs d'envie de ‘ ‘bien , ce soir, mon cher Georges', tu seras
retourner à Londres. .. Alors je te garde toute libre; mais. d'honneur, j'ai besoin de toi
la journée pour te faire enrager... d'ailleurs pour toute la journée.
j'aurai peut-être besoin de toi pour une LE DUC, a part. Et Jerningham... et cette
cérémonie. jeune fille, cette belle Sarah...
LE DUC. Pour une cérémonie! “wwwanAv“vmvwwmmv\vmvmv\wwvimwvwv
LE R01. Oui, une bonne action queje fais...
une jeune fille que j'arrache aux séductions SCÈNE 111.
d'un grand seigneur... mais chaque chose
viendra à son tour... Parlons d'abord de LEs MEMES CHIFFINCH.
l'afiaire principale... il s'agit d'envoyer un
agent secret à la cour de France. CmFFnvCH, au fond. Sire!
LE RO1. Ahl c'est toi, Chiflinchl eh bien?
LE DUC. Puis—je demander à sa majesté CHIFFINCH. Miss Sarah et sa tante arrivent
dans quel but? ‘ à l'instant même à Windsor.
LE R01. On m'assure que mon cousin LE DUC, à part. Sarah à Windsor! Sarah
Louis XlV a pris parti pour les Hollandais ici! Ah ça. mais cet imbécile de Jerningham
contre l'évêque de Munster. Il me faudrait a donc échoué?
un homme très-adroit, très-fin et très-intel LE RO1. Et qui les a amenées?
ligent, qui se rendit à Paris, sans mission CHIFFINCH. Madame GhilÏinch, sire.
apparente... et qui, là, pût apprendre par LE RO1. Et la jeune fille consent à tout ?
Henriette pour qui est réellement le roi CHIFFINCH. A tout, sire. Mais il était temps
Louis XIV. Eh bien, voyons, Georges, con que j'arrivasse... encore un peu,et l'on pri
nais-tu quelqu'un que nous puissions charger vait votre majesté de la joie de faire une
de cette mission? Parlel... j'avais pensé à bonne action.
Grammont. LE R01. Que veux-tu dire?
LE DUC. Il est Français dans l'âme. CHIFFINCH, regardant le duc. Oui, un
LE RO1. Que dis—tu (le Rochester? grand seigneur, dont j'ignore le nom, avait
LE DUC. Il a déjà fait deux voyages à Paris; donné des ordres pour faire enlever cette
il y sera reconnu tout de suite. jeune fille.. . Heureusement, je suis arrivé à
LE RO1. D'Ormond ? temps, et je l'ai tirée des mains de ses ravis
LE DUC. Est un grand homme dans un seurs.
cabinet.. . mais un homme fort médiocre dans LE RO1. Comment! en plein‘ jour, il se
un salon. passe des choses pareilles dans ma capitale!
LE RO1. Tout cela est parfaitement vrai. Buckingham, vous manderez le chef de la
, J'ai eu un instant Fidée de t'y envoyer... police, et vous lui recommanderez de faire
mais ton père, de glorieuse mémoire, y a un peu plus consciencieusement son état.
déjà fait tant de folies, et je te sais si fou LE DUC. Sire, aussitôt mon retour à Lon
toi-même, que j'ai bien vite renoncé à cette dres, je nrempresserai de lui faire part des
idée... Tu serais capable de me brouiller avec griefs de votre majesté; mais serait-il indis
mon cousin Louis XIV pour les deux premiers cret de demander au roi ce qu'il compte faire
beaux yeux que tu rencontrerais... Ah! de cette jeune fille, de la vertu de laquelle il
Georges, Georges! il serait cependant bien prend tant de soin ?.
temps que cela fiuît... Ta conduite devient LE RO1. Miss Sarah Duncan est d'une vieille
scandaleuse !. .. après avoir fâché les hommes, famille royaliste. Georges, nous avons trop
tu finiras par fâcher Dieu. Et je ne serais pas longtemps négligé ces fidèles serviteurs qui,
étonne que cette peste qui nous désole fût à l'époque du danger, se sont montrés si
une punition du ciel, attirée par tes péchéS. dévoués... il est temps que les récompenses
LE LAIRD DE DUMBIKY. 25
aillent les chercher dans l'obscurité où leur Mon cher Georges, c'est toi qui présenterais
modestie les retient, et où un ingrat oubli les Sarah Duncan à la reine.
avait laissés. Miss Sarah sera attachée à la LE DUC. Je suis entièrement aux ordres
reine. Elle épouse un jeune Ecossais, neveu de votre majesté... seulement, puisqu'elle
de ce brave laird chez lequel nous avons m'interdit de retourner à Londres, elle me
trouvé l'hospitalité le surlendemain de la permettra bien de faire parvenir une lettre
bataille de Worcester. Te rappelles-tu? à mon homme d'affaires.
LE DUC. Parfaitement ; sir David Mac LE ROI. Va, Georges, va... mais reviens
Mahon de Susquebaugh. vite... Tu ne quittes pas Windsor, surtout?
LE R01. C'est cela, justement! LE DUC. Non, sire; et dans quelques mi
LE DUC, a part. Mon Ecossais damné se nutes je suis ici... (A part.) Ce misérable
sera décidé, malgré sa promesse. (lhilfiilch l'emporte encore... mais j'aurai
LE R01. De cette façon je récompense d'un mon tour.
æul coup les services de deux familles dé Il sort.
vouées. Hélas! si j'avais fait plus souvent de WWWMMWAN“WNN“AW LMAW\vNvMW\M
ces bonnes actions-là, Buckingham, au lieu
de suivre tes mauvais conseils, je ne serais ‘ SCENE IV.
pas de moitié dans les malédictions qu'on te
donne. Heureusement que je suis d'âge à me LE ROI , CHIFFINCH.
repentir, et qu'il n'y a pas -encore de temps LE R01. Bravo! Chifiinch, bravo !... tu as
perdu. . rempli ta mission en diplomate consommé.
LE DUC, avec ironie. Je ‘vois avec plaisir, CHIFFINCH. Que dira donc votre majesté
sire, que vous êtes sur la route du salut, et lorsqu'elle saura que ce grand seigneur qui
qu'il ne vous reste plus qu'à persévérer... était sur le point de nous enlever la jolie Sa
D'ailleurs, l'honorable Chiflinch est là pour rah, c'était... .
soutenir votre majesté dans cette vertueuse LE R01. Qui T Rochester, Grammont, Sus
résolution, si votre majesté se sentait faiblir. sex ?. ..
CHIFFINCH, saluant hum blement. Je suis CHIFFINCH. Le duc de Buckingham, sire.
on ne plus reconnaissant à sa grâce de la LE RO1. Georges! (RianL) Et c'est lui que
bonne opinion qu'elle a de moi. nous avons chargé de la présentation!
LE DUC. Et quand le mariage aura-t-il lieu, CHIFFINCH. C'est bien pour cela ‘que j'en
sire? ai soufllé l'idée à votre majesté.
LE RO1. Aujourd'hui même, mon cher duc. LE R01. Chiflinch, décidément tu es un
LE DUC. Aujourd'hui même !...Votre ma grand homme l... Et où est la jeune fille?
jesté est bien pressée... de faire sa bonne CHIFFINCH. La, sire... dans cette cham
action. bre. (Le roi fait an pas vers la porte.) Mais
LE RO1. Dois-je hésiter quand il s'agit du que fait donc votre majesté?
bonheur de mes sujets ?... LE RO1. Tu as raison , Chiflinch , trop
LE DUC. Et d'une jolie sujette... d'empressement lui donnerait des soupçons.
LE RO1. Laide ou jolie, qu'importe ?... la’ CHIFFINCH. 0h! c'est que, cette fois, sa
vertu est toujours belle. majesté n'a plus affaire à l'une de nos sages
LE DUC. Sans doute. .. votre majesté ne voit ‘ duchesses, ou de nos vertueuses demoiselles
que la vertu. . . Votre majesté est si vertueuse. . . d'honneur; elle a allaire à une petite fille
LE R01. Ce soir, en sortant de la chapelle, des bords de la Tweed... et les armes d'É
lady Dumhiky sera présentée à la reine. cosse, que votre majesté y prenne garde,
LE DUC. En grande présentation? sont un chardon.
LE RO1. Oh! non, en petit comité; par le LE RO1. Eh ! je me fais une fête de cette difq
gentilhomme de service, tout simplement. férence, Chilïinch! Rien de plus charmant,
CHIFFINCH. Mais votre majesté pourrait à mon avis, que la rougeur d'une petite cam
rendre plus grande encore la récompense pagnarde, partagée entre la joie et la crainte,
qu'elle accorde à la vieille loyauté des Dum la surprise et la curiosité; c'est le duvet qui
biky et des Duncan, en chargeant de cette orne la pêche... malheureusement il dure un
présentation le gentilhomme le plus élégant, jour... la pêche reste bien encore, mais le
l
le plus spirituel et le plus noble de la cour... coloris n'existe plus. Ahl... à propos, Chif
j'ai nommé le duc de Buckingham. finch, et la pauvre Nelly?
‘ LE DUC. Mille remercîments, monsieur CHIFFINCH. J'ai rempli près d'elle le mes<
Chitïinch; je vois que décidément vous me sage dont m'avait chargé votre majesté.
protégez. . LE RO1. Et l'entrevue s'est passée sans
CHIFFINCH. Je vous rends la pareille, my trop de cris, sans trop de désespoir?
lord. CHIFFINCH. Mais oui; elle a été beaucoup
LE R01. Tu as: pardieu raison, Chillinch. .. plus calme que je ne m'y attendais.
24 MAGASIN THÉATRAII.
LE R01, piqué. Ah! conservé un double... Eh bien! est-ce qu'il
CHIFFINCH. Et lorsque je lui ai demandé est resté, par hasard, dans la poche d'un de
la clef de cette‘porte secrète... mes cinq autres habitsî. ..
LE RO1. Eh: bien? LE R01. Vous avez cinq autres habitsL.
CHIFFINCH. Elle n'a fait aucune difficulté diable!
de me la rendre. MAC ALLAN. Ce n'est pas moi, sire... c'est
LE RO1. Fort bien! Chiflinch. tu choisiras ce scélérat de Buckingham... Ah! le voici...
un beau diamant, et tu le remettras à Nelly bien... que votre majesté veuille jeter les
en échange de cette clef. yeux sur cette liste de services rendus au roi
Il fait un mouvement pour sortir. et à la patrie, et il verra que mes préten
CHIFFINCH. Votre majesté s'éloigne? tions sont pleines de justice.
LE RO1. Oui... Avais-tu donc autre chose LE RO1. Personne ne vous conteste vos
à me dire? - droits. N'est-ce pas, Chiflinch?
CHIFFINCH. Je croyais que le roi avait per CHIFFINCH. Au contraire. (A part.) On
mis que le laird de Dumbiky lui fût pré est tout prêt à lui en reconnaître de nou
senté. veaux. ‘ ‘
LE RO1. Qu'est-ce que cela? MAC ALLAN. Voyez, sire... Le '13 septem
CHIFEINCH. Notre prétendu, le neveu de bre 1651, jour de la bataille de Worcester,
sir David. David Mac Mahon de Susquebaugh, mon on
LE RO1. Ah! oui... est-il arrivé? cle, passa la nuit enfoncé jusqu'au cou dans
CHIFFINCH, montrant la porte opposée a un marais. Le 1lt septembre 1651, lende
celle de Sarah. Il est là... sire... il attend. main de la bataille de Worcester, Davic Mac
LE RO1. Eh bien, à merveille... présente, Mahon de Susquebaugh, mon oncle, passa la
mon cher, présente! journée tout entière caché dans les branches
Chiffinch ouvre la porte, Mac Allan paraît. d'un arbre... Le ‘l5...
WWMMMNVWVWMMMWM LE RO1. Le 15, il nous donna l'hospitalité,
a Georges età moi, au risque de sa vie... Je
SCENE V. sais‘ cela, mon cher Dumbiky.
LEs MÊMES, MAC ALLAN. MAC ALLAN, a part. Son cher Dumbiky!
LE RO1. Approchez, laird de Dumbiky, ap le roi m'a appelé son cher Dumbikyl
LE R01. Mais la liste s'arrête là?
prochez. MAC ALLAN. Oui, sire... mon oncle n'a.
MAC ALLAN, a Chiffirtch, montrant le rot'. pas eu le bonheur de rendre d'autres servi
Est-ce queî... .
CHIFFINCH. Oui. ces à sa majesté.
' MAC ALLAN. Comment! ce seigneur... LE RO1. Vous êtes dans l'erreur, mon cher.
c'est le roi l _ MAC ALLAN. Bah!
CHIFFINCH. Lui-même. LE R01. Comment! votre oncle ne vous a
MAC ALLAN, mettant un genou en terre. pas parlé de son voyage en Irlande?
MAC ALLAN. Non.
Sire... LE RO1. De ses deux voyages dans les
LE R01. Relevez-vous, laird de Dumbiky;
vous êtes le rejeton d'une noble et loyale Provinces-Unies ?
race... j'espère que vous serez noble et loyal MAC ALLAN. Non. ‘
comme vos aïeux. _ _ LE RO1. De ses trois voyages à Paris ?
MAC ALLAN. Pardon, sire,‘ mais j'étais S1 MAC ALLAN. Il ne nflpn a pas dit le plus
loin de me douter que j'étais destiné à un petit mot. Il est vrai que, comme à cette
pareil honneur, que je ne sais comment ex époque. je n'avais que six ou huit ans, il
primer a votre majesté... î y . m'entretenait peu de ses affaires politiques.
LE RO1. Jeune homme , ce n est qu une CI-IIFFINCH, ademt-voiæ. C'est cela... Eh
dette que nous payons, et bien tard même, bien , votre oncle a tout bonnement sauvé
à‘ sir David Mac lllahon de Susquebaugh, Ivo l'Êcosse.
MAC ALLAN. Comment! mon oncle!.. .
tre oncle je crois. _
MAC ALLAN. Mon oncle maternel, sire, LE RO1, riant. Oui, oui... Chiflinch vous
dont je suis le seulhéritier... c est pourquoi racontera tout cela.
j'étais venu à Londres avec ce placet... (et MAC ALLAN. Alors votre majesté lèvera le
cherche dans ses poches) que je comptais séquestre ?
faire présenter à votre majesté par cet infâme LE R01. Il est levé, avec rappel des reve
duc (le Buckingham. .. Ah! pardon , sire, nus depuis 1652. Voici l'ordre.
j'oubliais que le duc est votre favori. MAC ALLAN, tendant la main. Mille fois
LE RO1. Oh! non, non, ‘ne vous gênez pas; merci, sire.
allez toujours, je vous le livre. n _ _ CHIFFINCH, prenant l'ordre des mains du.
MAC ALLAN. Heureusement que) en avais roi. Après votre mariage, je vous le remettrai.
LE LAIRD DE DUMBIKY. 25
MAC ALLAN. Après mon mariage 2.. . Tiens, MAC ALLAN. Comprenez-vous cela? Autre
c'est vrai, au fait, je me marie... fois, quand je parlais des services de mon
CHIFFINCH. Dans une demi-heure. oncle, on ne m'écoutait même pas, ou l'on
MAC ALLAN. Très-bien. (Le roi s'éloigne. me riait au nez... Aujourd'hui tout le monde
——bas, (‘t Chiffinch.) Dites-moi, le roi s'en le connaît. ,. c'est un grand homme! c'est
va... faut-il que je le suive? un homme historique!
CHIFFINCH. Non; attendez dans cette salle NELLY. Eh bien, quand je vous disais que
jusqu'à ce que vous entendiez la cloche de tout irait à merveille.
la chapelle; et quand vous entendrez la clo MAC ALLAN. Et cependant vous nesaviez
che, rentrez dans cette chambre. pas le plus beau, vous, le plus important;
MAC ALLAN. A merveille. vous ne saviez pas qu'il avait fait un voyage
CHIFFINCH, suivant le roi, bas. Eh bien, en Irlande, deux voyages dans les Provinces
que dit votre majesté de votre prétendu? Unies, et trois voyages en lfrance. Il paraît
LE R01, de même. Mais que c'est justement que c'est lui qui a sauvé l'Ecosse.
l'homme qu'il nous faut, et que tu l'aurais NELLY. Sauvé l'Écosse?
fait faire exprès, qu'il ne serait pas mieux. MAC ALLAN. Dam! c'est devant le roi lui
CHIFFINCÉ, accompagnant le rot". Oui, ‘ même qu'on me l'a dit.
n'est-ce,pas, sire... j'ai la main heureuse? NELLY. Eh bien, mais voilà qui vous met
Ils sortent par la porte du fond. Mac Allan les suit en en bonne position, mon cher Dumbiky. .
faisant force révérences. Pendant ce temps une petite MAC ALLAN. (Pest-à-dire que celafme met
porte secrète s'ouvre doucement. Nelly paraît. en position excellente... et maintenant sur
tout que ma femme, de son côté, sera près
WWMMAUMMIW
de la reine.
NELLY. Oui , sans doute, c'est fort hono
SCÈNE Vl . rable; mais si j'ai un conseil à vous donner,
c'est de veiller avec attention sur elle.
NELLY, MAC ALLAN. MAC ALLAN. Sur la reine?
NELLY, ù part. Ahl sire, vous m'avez fait NELLY. Non, sur votre femme. N'oubliez
redemander la clef du passage secret" . heu pas, mon cher Dumbiky. que vous vivez au
reusement, par prévoyance, j'en avais fait faire milieu de la cour la plus dissolue de l'Eu
une seconde. Grâce à cette précaution, je rope.
viens de tout entendre... le mariage, la pré MAC ALLAN. Eh bien, ‘qu'est-ce que cela
sentation et le titre de dame d'honneur... me fait à moi?
Très-bien! c'est la marche ordinaire des NELLY. Votre femme sera exposée à mille
choses... nous connaissons cela... mais je séductions.
suis là, sire, et j'espère bien déranger tous MAC ALLAN. ‘Tiens, elle est dame d'hon
vos petits projets. neur; qu'elle s'en tire comme elle pourra,
MAC ALLAN, revenant. Quel grand roi !... cela ne me regarde pas.
Tiens,‘c'est vous, Nellyl par où êtes-vous . NELLY. Comment, cela ne vous regarde
donc entrée‘. pointl. .. que dites-vous donc là?
NELLY. Chut! MAC ALLAN. Sans doute. Moi, je ne la con
MAC ALLAN. Bah! encore du mystère? nais pas, je ne l'aime pas... je ne l'ai jamais
NELLY. Je suis pour vous ici, et personne vue, je ne sais pas même son nom. J'épouse,
ne sait que j'y suis. parce que vous m'avez dit d'épouser... voila
MAC ALLAN. Merci, chère Nelly, merci tout; mais vous ne m'avez pas prévenu} que
mille fois... vous m'avez donné un conseil je devais l'aimer.
admirable; tout ce qui m'arrive est fabu NELLY. Mais, mon Dieu! que me dites
leux... il me semble que je suis le héros d'un vous là? ‘ ‘
conte de fée... je nage dans le surnaturel. MAC ALLAN. La pure vérité. D'ailleurs, j'ai
NELLY. Alors, vous êtes content? bien autre chose à faire, allez, que de veiller
MAC ALLAN. Ravi. sur ma femme!
NELLY. Ce mariage ne vous effraie plus? NELLY. Qu'avez-vous à faire? C'est, à mon
MAC ALLAN. Il m'enchante. tour, moi qui marche de surprises en sur
NELLY. Vous avez vu le roi? prises, je l'avoue.
MAC ALLAN. Nous nous quittons; il m'a MAC ALLAN. Ma chère Nelly, je suis amou
appelé son cher Dumbiky. reux.
NELLY. Et sa majesté a été... NELLY. Vous, amoureux! ‘
MAC ALLAN. Adorable... mais il faut dire MAC ALLAN. Comme un fou!
aussi que mon oncle lui a rendu de grands NELLY. De qui?
. services. MAC ALLAN. D'une jeune fille charmante !
NELLY. Vraiment '3 NELLY. Qui se nomme?
2o MAGASIN THEATEAL.
MvvMNIvWvv\“I\\W\AAM\N\V\MAM\I'N\V\Œ\v “MN\«\N\\%\AM
MAC ALLAN. Sarah Duncan.
NELLY. Sarah Duncan.. . Comment ne m'a
vez-vous pas dit cela? SCÈNE Vlll.
MAC ALLAN. C'est que je ne vous ai pas LE DUC , NELLY.
rencontrée depuis que je l'ai vue pour la pre
mière fois. LE DUC. Nelly ici!
NELLY. Et vous avez pris feu ainsi tout à NELLY. Cela vous étonne de me voir dans
coup T ce pavillon, mylord... je vous attendais.
MAC ALLAN. Que voulez-vous! je suis du LE DUC, froidement. Moi, madame! et qui
pays des bruyères, moi, je m'enflamme faci peut me mériter une pareille faveur?
lement. ‘ NELLY. Notre intérêt à tous deux.
NELLY. Ah! tous mes projets renversés! LE DUC. Pardon, mais je cherche vaine
MAC ALLAN. Vous dites? ment, belle Nelly, ce qu'il peut y avoir de
NELLY. Rien. Je vous demande seulement commun...
je que vous comptez faire. NELLY. Entre la comédienne de Drury Lane
MAC ALLAN. Mais je vais être riche, je vais et sa grâce. mylord duc deBuckingham? D'a
être grand seigneur, je ferai comme'les grands bord, il y a de commun que notre faveur a
seigneurs, mes confrères. tous deux, mylord, est fort aventurée en ce
NELLY. Mais si, pendant que vous vous moment.
ferez aimer de cette jeune fille, un autre se LE DUC. Oh! je suis bien tranquille. Charles
fait aimer- de votre femme! ne peut se passer de moi.
MAC ALLAN. Que voulez-vous? je serai NELLY. Ehl mon Dieu! mylord, c'est no
philosophe. N'est-ce pas ainsi que cela s'ap tre erreur à nous autres courtisans de nous
cpelle à la cour '2 croire indispensables. Et cependant je suis
NELLY, a part. Ah, le malheureux! qui sur le point d'avoir la preuve du contraire,
aurait dit cela de lui? (Haut) Ainsi, peu vous moi.
importe ‘ceque deviendra votre femme? LE DUC. Oui. Le roi est affolé de cette pe
MAC ALLAN. Elle peut devenir ce qu'elle tite fille.
..voudra; cela m'est absolument égal. NELLY. Dont de son côté...
NELLY. Cependant elle doit être jeune, LE DUC. Ma foi, j'avoue que je suis piqué
elle doit être jolie. au jeu. ‘
MAC ALLAN. Qu'elle soit tout ce qu'elle NELLY. Et si je vous donnais un moyen de
voudra, j'en aime une autre. gagner la partie?
NELLY. C'est bien, Dumbiky; voilà tout ce LE DUC. Vous, Nelly?
que je voulais vous dire... que je ne vous re NELLY. Oui, moi.
tienne plus. LE DUC. Mais quel motif avez-vous de me
MAC‘ ALLAN. Est-ce que je ne vous reverrai servir contre le roi ?
pas, chère Nelly? NELLY. Vous le demandez!
NELLY. A quoi bon? tout ce que je pouvais LE DUC. C'est juste... cette jeune fille est
faire pour vous, je l'ai fait. Vous allez être votre rivale. Si le roi échoue, vous reprenez
riche, heureux, en faveur, vous n'avez plus votre faveur.
besoin de la pauvre Nelly. NELLY. Et vous, vous avez toute chance
MAC ALLAN. Mais qu'avez-vous? de réussir. Vous voyez bien, monseigneur,
que la comédienne Nelly et le duc de Buc
NELLY. Bien, rien... allez.
MAC ALLAN , insistant. Nelly? kingham, si loin que la fortune les ait placés
l'un de l'autre, peuvent avoir des intérêts
NELLY. Allez.
Mac Allan sort par la porte à droite du spectateur.
communs. ‘
LE DUC. Oui, sans doute. Mais voyons, que
WANWwWvmNMNmAMMvwvNmwwwMNwwwvwv me conseillez-vous?
NELLY. Vous n'avez donc rien trouvé?
SCÈNE VII. LE DUC. Non.
NELLY. Comment votre imaginative...
NELLY , seule. DE DUC. Me fait défaut.
NELLY. A vous, l'homme le plus habile de
Je suis perdue! tout le plan que j'avais la cour!
élevé sur la jalousie de ce jeune homme est LE DUC. Je l'avoue à ma honte.
anéanti... puissante avec lui, je ne puis rien NELLY. Écoutez donc, mylord, et recon
sans lui... On vient! (Elle va au passage naissez votre maître.
secret.) Le duc! oh! mais, j'y pense, si par LE DUC. J'écoute et je m'humilie.
lui... si l'un par l'autre... oh! c'est le ciel qui NELLY. Vous êtes chargé de présenter lady
me l'envo‘e. Dumbiky a la reine’!
LE LAlRD DE DUMBIKY. 27
LE DUC. D'où savez-vous cela? amoureux !... Ah! roi et duc, je vous tiens
NELLY. Je le sais... que vous importe? tous deux dans cette main. ï
LE DUC. Oui, c'est une obligation que j'ai Elle rentre parla petite porte secrète, qui se referme
au roi et à ce damné de Chiiflnch. aussitôt.
NELLY. Eh bien! mylord , il faut que la \AAN\“MAv\“\«\“M n' ‘V\\ \ v\ '\ xm“ v“hm\wmm“mvvwsm

plaisanterie tourne à la confusion de ceux qui


vous l'ont faite. SCÈNE 1x.
LE DUC. Ah! je ne demande pas mieux. MAC ALLAN, qui depuis la sortie du Due
NELLY. A quelle heure la présentation? s'est montré au fond, dans la seconde “salle,-
LE DUC. Ce soir, à neuf heures. en paraissant vouloir s'orienter.
NELLY. C'est bien, il fera nuit noire. C'est elle! c'est bien elle! Sarah Duncan,
LE DUC. Sans compter que, si courte que je l'ai vue! mes yeux et mon cœur n'ont pu
soit la cérémonie, elle durera toujours bien me tromper; et j'en suis sûr, elle aussi m'a
une demi-heure. aperçu! Oh! mais, je veux la revoir, lui par
NELLY. Où a-t-elle lieu? ler. .. Voyons, orientons-nous : j'étais dans le
LE DUC. Au château de Windsor. jardin, elle a paru à une fenêtre; cette fe
NELLY. Où reconduit-on la mariée? nêtre doit être de ce côté. Cette porte doit
LE DUC .‘ On la ramène ici. Cet appartement conduire à l'appartement où était Sarah! ne
lui est destiné. perdons pas une minute.
NELLY. Ici... eh bien, devinez-vous main Il frappe et écoute. On ne répond rien. Il frappe une ‘
tenant? deuxième fois.
LE DUC. Non. SARAH , de l'autre côté de la porte. Qui
NELLY. Vous faites comprendre au mari frappe?
que le cérémonial exige qu'il soit dans une MAC ALLAN. C'est sa voix... Moi, Sarah!
seconde voiture... SARAH. C'est vous! je vous avais reconnu.
LE DUC. Attendez donc. MAC ALLAN. Alors, ouvrez-moi; j'ai mille
NELLY. Vous montez avec la mariée dans choses à vous dire.
la première... SARAH. Moi aussi, mais la porte est fermée.
LE DUC. Et comme il fait nuit noire... MAC ALLAN. Attendez; les verroux sont de
NELLY. Elle ne s'aperçoit pas que vous pre ce côté, je crois... oui, oui, la porte cède...
nez une autre route... _ (Sarah paraît.) 0 chère Sarah! 0h! venez,
LE DUC. Et au lieu de la reconduire ici... venez... queje suis heureux de vousretrouverl.
NELLY. Vous l'emmenez. SARAH. Et moi aussi, je suis bien contente
LE DUC. Mais où cela? Je ne puis la con de vous revoir“ J'ai attendu longtemps dans
duire qu'à Londres. Elle s'apercevra à la lon la chambre de cette taverne, espérant que
gueur de la route que je la trompe; elle vous alliez rentrer; mais j'ai attendu vaine
appellera, elle crieral ment; j'ai cru que c'était fini et que nous
NELLY. Ma maison de campagne est à deux étions séparés pour jamais.
milles d'ici. MAC ALLAN. Comment,pour jamais! pour
LE DUC. Carlton-Cottage. quoi cela, séparés?
NELLY. En voici la clef. SARAH. Monsieur Dumbiky, je vais me
LE DUC, avec joie. Oh l Nelly... marier.
NELLY. Et maintenant, mylord, vous com MAC ALLAN. Hélas! et moi aussi, made
prenez qu'il ne faut pas qu'on nous voie en moiselle. -
semble. ’ SARAH. Et sans doute, monsieur, ‘vous ai
Un valet entre. mez votre fiancée?
LE DUC. D'ailleurs'voici le roi, qui, je crois, MAC ALLAN. Moi! je ne la connais pas.
m'envoie chercher. SARAH. Comment! vous ne connaissez pas
NELLY. Ah! un dernier mot. la femme que vous allez épouser?
LE DUC. Lequel? MAC ALLAN. Non... c'est un mariage de
NELLY. Savez-vous le nom de cette jeune convenance, des intérêts de famille.
fille ? SARAH, a part. Oh! c'est étrange.
LE DUC. Sarah Duncan. MAC ALLAN. Mais vous, vous épousez sans
NELLY, vivement. Sarah Duncan! doute quelque beau gentilhomme que vous
LE DUC. Hein? adorez.
NELLY. Rien. SARAH. Il faudrait au moins que je l'eusse
LE DUC, au valet. Je vous suis, mon ami... vu pour savoir si je l'adore.
je vous suis. MAC ALLAN. Vous n'avez pas vu votre
Il s'éloigne. fiancé? j '
NELLY, seule. Sarah Duncan !. .. c'est de sa SARAH. Non... Nous avions à Londres un
femme qu'il ne connaît pas que Dumbiky est procès d'où dépendait toute notre fortune.
23 MAGASIN THEATRAL.
-- ‘ " vuvvu
On a proposé à ma tante de me marier pour
arranger les choses. ‘ SCÈNE X.
MAC ALLAN. Qui cela? * Les MÊMES, CHIFFINCH.
SARAH. Notre avocat.
MAC ALLAN. Alors votre futur est probable CHIFFINCH, s'avançant. Eh bien, que fai
ment la personne avec laquelle Vous plaidiez. tes-vous donc ?
SARAH. Probablement. MAC ALLAN. Vous le voyez.
MAC ALLAN. Sans doute quelque vieil SARAH. Nous obéiSsons.
avare... quelque vieux juif. CHIFFINCB. En ce cas, au lieu de vous
SARAB. Non; on m'a assuré que c’était un quitter. . .
jeune homme. MAC ALLAN. Quoi?
MAC ALLAN, piqué. Ah! alors c’est autre CHIFFINCH. Donnez—vous la main.
chose; je vous fais mon compliment, made— SARAH. Comment?
moiselle. MAC ALLAN. Ma future?
5AnAH. Recevezle mien en échange, mon— CHIFFINCH. La voici.
sieur. SAnAn. Mon fiancé?
MAC ALLAN. Merci, il n’y a pas de quoi. CHIFFINCH. Le voilà.
SARAH. Est-ce que vous épousez une vieille SARAB. Mac Allan, mon mari!
femme, par hasard? MAC ALLAN. Sarah, ma femme!
MAC ALLAN. Non, on m’assure même CHIFFINCH. Sans doute.
qu’elle est fort jolie. SARAB. 0 mon Dieu, que je suis heureuse!
SARAB, soupirant. Tant mieux, monsieur, MAC ALLAN. C’est pour en mourir de joie.
vous serez heureux... c’est ce que j’avais de— SABAH. Vous ne nous trompez pas?
mandé à Dieu, en récompense du service CHIFFINCH. Non.
que vous m'avez rendu. MAC ALLAN. C’est la vérité?
MAC ALLAN. Mais comment êtes—vous à CHIFFINCH. Oui.
Windsor? MAC ALLAN. Sarah!
SABAH. Commesa majesté le roi Charles 11, SABAH. Dumbiky!
que ma famille a toujours servi avec loyauté, MAC ALLAN. Ah! décidément le roi Char
s’intéresse a ce mariage, on m’a prise ce ma— les Il est le plus grand roi de l’univers.
tiu en carrosse et l’on m’a amenée ici.
MAC ALLAN. Tiens, c’est comme moi.
SARAH. Puis on m’a donné cet apparte— SCÈNE XI.
ment, à la fenêtre duquel vous m’avez vue.
LES MÊMES, LE ROI, LE DUC, parais
MAC ALLAN. Et a moi celui-là.
sant au fond.
SAnAH. Enfin on m’a prévenue de me te
nir prête quand j'entendrai sonner la cloche LE ROI. Je suis bien aise que telle soit
votre opinion, monsieur Dumbiky.
de la chapelle.
MAC ALLAN. J’ai reçu la même recom MAC ALLAN, saisissant une main du roi,
mandation. Il paraît qu’on fera nos deux ma qu’il baise. Oh! sire l
SARAH, saisissant l’autre. Sire!
riages en même temps. Chiffineh paraît au fond.
currrmcn, à Buckingham. Eh bien, my
SARAH, écoutant. Oh! mon Dieu! lord, ne trouvez-vous pas quelque chose de
MAC ALLAN. Quoi! touchant dans cette reconnaissance ‘I
SARAH. La cloche, entendez-vous?
LE DUC. Si fait... parole d’honneur, et
MAC ALLAN. Il faut nous quitter. j’en ai les larmes aux yeux.
SARAH. 0 mon Dieu! LE ROI. Allons, laird de Dumbiky, donnez
MAC ALLAN. Si j’étais sûr, au moins, que le bras à votre femme. .. le chapelain vous at
vous ne m’oublierez pas ‘2
SARAH. Si je croyais que vous gardassiez tend.
MAC ALLAN. A vos ordres, sire.
mon souvenir? Il donne le bras à Sarah et sort avec elle.
MAC ALLAN. Oh! cela, je vous le jure. LE ROI, à part. Elle est a moi!
SARAH. Le service que vous m’avez rendu Il sort.
vous est un gage de ma reconnaissance. LE DUC, a part. Elle est à moi!
MAC ALLAN. Ainsi, Sarah... ' Il sort.
SARAH. Je penserai a vous. \\W\MN\ vW vvw vvvv
MAC ALLAN. Toujours?
sAnAn. Ah! toujours. SCÈNE XII.
MAC ALLAN. Et moi aussi, Sarah, partout Les MÊMES s’éloignant, NELLY.
où je serai, je vous le jure... adieu!
, 5AnAn. Adieu! NELLY, ouvrant la petite porte secrète. .4
Chacun d’eux se dirige vers son appartement. part. Ni à l’un ni à l’autre.

-;» .--..., >‘g ,—.,— __ _


LE LAIRD DE DUMBIKY. 29

ACTE QU ATRIEME.
Même décoration.

CHIFFINCH. Elle entre en fonctions de


SCÈNE PREMIÈRE.
main. -
CHIFFINCH, MAC ALLAN, SARAH. MAC ALLAN. Oh! alors, si elle entre en
fonctions demain, c'est autre chose.
CHIFFINCII, entrant le premier. Par ici, SARAH. Je vous écoute, monsieur, et vous
milady, par ici. pouvez assurer sa majesté qu'à défaut de
MAC ALLAN, paraissant avec Sarah. En science, tout ce que la bonne volonté peut
fin, voilà qui est terminé. Je vousjure-, mon
sieur Chiflinch, que jusqu'à présent j'ai priS faire... ‘
CHIFFINCH. Oui, certainement, et sa ma
ce qui s'est passé pour une plaisanterie... jesté est bien convaincue...
mais maintenant que tout est fini... et que
Sarah, à ce que je suppose du moins, est
MAC ALLAN, a part. Que de préambules,
bien véritablement ma femme, mille remer mon Dieu!
cîments, monsieur Chifîinch, de toute la part CHIFFINCH. D'abord, tant que vous êtes de
que vous avez prise à cette aventure... Aussi service, vous couchez au château.
soyez persuadé que je n'oublierai jamais que MAC ALLAN. Comment! ma femme couche
c'est vous qui êtes venu me faire les premiè au château?
res propositions... vous pouvez donc être as CHIFFINCH. Certainement... la reine peut
suré que vous avez en moi un ami... mais se trouver indisposée et avoir besoin de ses
un ami dévoué... Monsieur Chiflinch, j'ai femmes.
bien l'honneur.. . . _V SARAH. C'est juste, mon ami.
CBIFFINCH, a Sarah. Voici votre apparte MAC ALLAN. C'est juste, c'est juste... je ne
ment tant que la cour restera à Windsor... trouve pas cela juste du tout, moi...‘qu'on
Vous le voyez, il se compose de cette anti fasse veiller un médecin dans l'antichambre...
chambre, de ce salon où nous sommes, d'un c'est bien plus simple. En cas d'événement,
boudoir... et de cette chambre à coucher. il rendra bien plus de services que ma femme.
MAC ALLAN. Oui, je sais... c'est là la cham .. CHIFFINCH. Le matin, vous assistez au le
bre à coucher. J'ai déjà remarqué. ver de sa majesté, puis, vous l'accompa
CHIFFINCH. Ces deux portes sont des dé gnez à la messe; au retour, vous déjeunez
gagements communiquant à l'aide d'un long avec les autres ‘damesd'honneur, à moins que
corridor, l'un chez sa majesté... sa majesté ne vous admette àsa table. Le dé
MAC ALLAN. Ah! c'est parlà qu'on va chez jeuner fini, vous vous tenez prête, s'il fait
sa majesté? très-bien. Ainsi, quand j'aurai beau, àla suivre à la promenade; s'il fait mau
quelque chose à demander au roi... vais temps, à lui tenir compagnie.. . Au retour,
CHIFFINCH. L'autre communiquant aux ap sa majesté a l'habitude de se faire faire une
partements réservésà sa grâce lord Bucking lecture, après quoi elle s'occupe de sa toi
ham, lorsque le roile fait mander à Windsor. lette... Presque toujours, à moins de circon
MAC ALLAN. Celui-là,je suis moins pressé stances particulières, les dames d'honneur
de le voir, je puis même dire que je lui dînent à la table de sa majesté... Après le dî
garde une certaine rancune, et que si l'occa ner, la reine, qui est Portugaise, passe dans
sion se présente de lui être désagréable, je son boudoir et se repose une heure ou deux...
ne la manquerai pas... Quant à vous, mon Pendant ce temps les dames (l'honneur veil
sieur Chiiîinch, mille grâces pour les ren lent à ce que le sommeil de la reine ne soit
seignements topographiques que vous avez eu pas interrompu... puis elle se réveille, fait
la bonté de nous donner... et croyez quej'ai une troisième toilette pour le cercle, où les
bien l'honneur. . . dames d'honneur doivent assister, et qui dure
CHIFFINCH, continuant, àSarah. Mainte en général jusqu'à minuit.
nant , il me reste à vous donner quelques in
structions sur le genre de service auquel vous SARAH. Etle lendemain?
êtes appelée près de sa majesté la reine. CHIFFINCH. Le lendemain, cela recom
mence, l'étiquette étant la même pour tous
MAC ALLAN. Est-ce bien nécessaire qu'elle
les reçoive dans ce moment-ci? les jours de l'année.
CIIIFFINCH. Absolument. MAC ALLAN. Dites-moi, monsieur Chiflinch ,
MAC ALLAN. On ne pourrait pas un peu et combien de temps, je vous prie, dure ce.
plus tard? service ?
30 MAGASIN THÉATRAL.
CHIFFINCH. Trois mois. . . Lesquartiers sont Quel bonheur de revoir ensemble nos lacs,
divisés par trimestres. nos bruyères, nos montagnes... nos forêtsl...
MAC ALLAN. Allons, c'est trois mois à pas car vous êtes comme moi, Sarah, vous ai
ser; mais au moins, il en reste neuf... pen mez votre pays.
dant les neuf autres mois nous sommes libres, SARAH. Ah! oui.
n'est-ce pas? MAC ALLAN. Et puis, d'ailleurs, j'ai mes
CHIFFINCH. Entièrement. affaires en Ecosse... Je ferai valoir que pen
MAC ALLAN. Ah! dant tout le séquestre les biens de mon
CHIFFINCH. Seulement il ne faudrait pas oncle David Mac Mahon de Susquebaugh ont
trop vous éloigner de la cour, attendu qu'en été très-mal entretenus... Je dirai qu'ils ré
cas dïndisposition d'une dame de service, clament impérieusement ma présence... et
vous pouvez, si vous êtes en faveur, être dé c'est vrai au moins... tout cela est désert,
signée par la reine pour la remplacer. tout cela est dévasté, tout cela tombe en
MAC ALLAN. Ah ça, mais on redoute dia ruine... Eh bien, mais... (conduisant Sa
blement les maladies par ici. rah vers un canapé.) que dis-je donc là?
CHIFFINCIJ. Maintenant, pour les jours de de quoi est-ce que je m'occnpe T je vous le
grande fête, pour les jours de réceptions... . demande... quandje suis là près de vousl...
MAC ALLAN. Pardon, monsieur Chiflinch... chère Sarah. .. je puis donc enfin vous ex
Comme je vous le disais, je vous suis on ne primer... (On frappe à la porte du milieu
peut plus reconnaissant de ce que vous avez au moment où Mac Allan va {asseoir près
fait pour moi, et de ce que vous faites pour de sa femme. Avec humeur.) Entrez.
ma femme... mais si elle commence demain
NvMwwwwwvvnww“ 'MMMvV: 1M MNV“WHWWAMM
un service qui réclame tant d'assiduité... un
service qui va me séparer d'elle pendant trois
mois... vous comprenez que ce soir... mon SCENE III.
sieur Chifïinch... j'ai bien Fhonneur... LES MÈMES, UN VALET.
CHJFFINCH. Comment donc! mais rien de
plus naturel... et je regrette bien vivement... MAC ALLAN. Qn'est-ce que cela, voyons!
MAC ALLAN. Il n'y a pas de quoi. LE VALET, offrant un écrin à Sarah. De
CHIFFINCH. Mais j'ai/ais cru de mon de la part de sa majesté.
voir... MAC ALLAN, le prenant. Donnez...
Il ouvre Yécrin.
MAC ALLAN. Certainement.
CHIFFINCH. Plus tard donc... SARAH. Ah! des diamants adorables...
MAC ALLAN. Oui, monsieur Chiflinch... LE VALET. Sa majesté désire que lady
plus tard... tant que vous voudrez, plus Dumbicky porte ces diamants à la présenta
tard..... tion de ce soir.
CHIFFINCII, s'inclinant. ltlilady... SARAH. Dites à sa majesté que je me con
MAC ALLAN. Monsieur Chifiinch, j'ai bien formerai à ses désirs.
l'honneur. . . ' MAC ALLAN. Dites à sa majesté que nous
Chiifincb sort. nous conformerons à ses (lésirs... Monsieur,
j'ai bien l'honneur... Il pousse la porte der
IIMWAMNM v“wvwum wwwvt/
rière le valet.) Ah!
SCÈNE H. M NWUvM“NvMvWvUvWIW

MAC ALLAN, SARAH. SCÈNEIV.


MAC ALLAN, après avoir reconduit Chif
SARAH, MAC ALLAN.
finch jusqu'à la porte. Ah !...
SARAH, tristement. Eh bien, mon ami, SARAH. Ohl voyez donc, mon ami, l'ad
avez-vous entendu ce qu'il a dit? mirable parure!
MAC ALLAN. Je n'en ai pas perdu une MAC ALLAN. Oui, admirable... mais hen
parole, je vous prie de le croire... Savez reusemont, ma Sarah n'a pas besoin de dia
vous , chère Sarah, que c'est une place mants pour être belle. .
fort désagréable pour moi que votre place?... SARAH, posant le diadème sur sa tête.
Comment, pendant trois mois... à peine si Nïmporte, cela ne gâte rien... Voyez donc
je pourrai vous voir un instant. comme ce diadème fera bien sur mes cheveux.
sARAH. Heureusement que ces trois mois MAC ALLAN . lui reprenant le diadème et
passés... le posant sur la table. Oui, oui... très-bien.
MAC ALLAN. Nous nous sauvons bien vite SARAH, mettant le collier. Et ce collier à
en Ecosse, n'est-ce pas ?... Ils seront ma mon cou.
lades ici, si cela leur fait plaisir... quant à MAC ALLAN, lui retirant le collier. A
nous, il n'y a pas de danger, n'est-ce pas?” merveille!
LE LAIRD DE DUMBIKY. 5l
SARAH, passant les bracelets. Et ces bra Diable !... c'est fort joli, et beaucoup de nos
celets à mes bras... ducs et pairs voudraient pouvoir établir
MAC ALLAN, lui reprenant les bracelets. une pareille filiation... la reine vous fera
Délicieux l. . . ‘ quelques compliments... ou sur vous-même,
SARAH. Flatteurl ou sur vos aïeux... vous répondrez à ces
MAC ALLAN , la reconduisant au canapé. compliments par une simple révérence.
Non, foi d'Ecossais! je dis ce que je pense. SARAH. Oui, mylord.
(Essayant de s'asseoir.) Chère Sarah! je LE DUC. Puis, lorsque la reine aura cessé
puis donc enfin vous exprimer... (On frappe de parler, vous ferez trois pas en arrière,
e la porte de droite du spectateur. De très et vous vous tiendrez debout jusqu'à ce que 4
mauvaise humeur.) Entrez !. . . deux marraines vous fassent signe de vous
'Mv mMwvvvwwvlA/vmmmw vMMvWIMWvW
retirer... alors, je m'avance; je vous présente
la main. Je vous conduis à votre voiture,
SCÈNE V. et je vous ramène.
MAC ALLAN. Ah! mon Dieu! monseigneur,
LEs MÊMES, LE DUC. ne vous donnez pas tant de peine, c'est inu
tile. .. Je serai là, et je ramènerai madame.
LE DUC, a part. Ensemble... non pas. LE DUC. Impossible, mon cher... c'es t
MAC ALLAN, apart. Le duc, à présent... contre toutes les règles de l'étiquette; vous
Bonl ne pouvez même pas monter dans le même
LE DUC. Pardon! je ne vous dérange pas, carrosse qu'elle. ‘
j'espère. - MAC ALLAN. Comment, je ne puis pas
MAC ALLAN. Non, pas absolument... Ce monter dans le carrosse où sera ma femme?
pendant, monseigneur (A part.) Tiens, je LE DUC. C'est-à-dire... que cela vous est
ne sais pas pourquoi je me gênerais avec positivement interdit... vous suivrez dans
lui, moi... un homme qui avoulu m'enlever une seconde voiture, ou vous attendrez ici.
ma femme. MAC ALLAN.‘ J'aime mieux suivre.
LE DUC. Oh! mon Dieu! je suis déses LE DUC. Vous le pouvez... c'est à votre
péré, mais il faut absolument que je donne choix...
à lady Dumbiky quelques conseils sur la MAC ALLAN. Merci... c'est bien heureux!
présentation de ce soir. Maintenant, ma chère Sarah, vous savez ce
MAC ALLAN, a part. Enfin, il est écrit qu'il y a à faire, n'est-ce pas?
que tout le monde causera avec ma femme, SAnAH. Oui.
excepté moi. MAC ALLAN. Vous vousrappellerez de point
SARAH. Je vous suis bien reconnaissante; en point les conseils que sa grâce a eu la
mylord, de votre complaisance. bonté de vous donner... les deux marraines,
MAC ALLAN, a part. Et moi donc l le compliment, la révérence...
LE DUC. Je viendrai vous prendre à neuf SARAH. Parfaitement.
heures précises... MAC ALLAN. Il ne nous reste donc plus
MAC ALLAN, regardant à sa montre. qu'à présenter nos remercîments à sa grâce;
Merci, mylord... Il esthuit heures un quart... ainsi, monseigneur... (Voyant entrer Chif
Vous pouvez être tranquille, dans quarante finch par la porte a gauche du spectateur.)
cinq minutes, nous serons tout à vos ordres... Allons, Chiflinch, àcette heure..... bien....
ainsi donc, monseigneur. . .
LE DUC , a Sarah. La duchesse de Nor
folk et la comtesse de Sussex vous atten
dront dans le premier salon... vous prendrez SCÈNE VI.
place entre elles; car pour moi... je suis
votre chevalier seulement... Je vous conduis LES MÊMES , CHIFFINCH.
et je vous remène, voilà tout... CAIFFINCH, a part. Le ducl... j'en étais
MAC ALLAN. Fort bien! fort bien! my sûr.
lord. LE DUC, a part. Chiflinch !... en effet,
LE DUC. Vos deux marraines vous intro j'étais étonné de ne pas l'avoir déjà sur mes
duiront alors chez sa majesté, on déclinera vos talons.
titres.. . vous êtes de votre chef... baronne... CHIFFINCH. Je venais de la part du roi...
comtesse... LE DUC. Pour parler dela représentation?
SARAH. Nous sommes nobles Ecossais, de vous le voyez, monsieur Chifliuch, je m'en
puis le onzième siècle, mylord, voilà tout... étais chargé, et à l'instant même je m'oc
les titres, vous le savez mylord, sont rares cupais de ce devoir.
de l'autre côté de la Twed. CHIFFINCH, bas a Mac Allan. Eloignez
LE DUC. Nobles, depuis le onzième siècle, le duc...
52 MAGASIN THEATnAL.
MAC ALLAN, bas. Je ne demande pas mieuxä‘ instructions pour la présentation de ce soir...
LE DUC, bas a Mac AllarLDébarrassez-vous LE R01. Je reconnais bien à cette. com
de Chifliuch... plaisance la courtoisie du duc.. . Ainsi Chif
MAC, ALLAN, bas. C'est mon plus vif dé finch... n'a rien pu vous dire... .
sir... Ecoutez, faites semblant de vous en MAC ALLAN. Non, sire.
aller... et quand il verra que je ne vous re LE RO1 , a part. Ah! diable..... le temps
tiens pas, vous... le duc de Buckingham... presse..... c'est qu'elle est vraiement char
il comprendra que je désire être seul. mante cette petite femme. .
LE DUC. Très-bien! MAC ALLAN. Si votre majesté daigne me
MAC ALLAN , a Chiffinch. Faites mine de communiquer de sa propre bouche...
vous retirer, et quand il verra que je ne LE R01. Oui..... et puisque Chiffinch ne
vous retiens pas, vous, le valet de chambre vient pas...
du roi... il sentira qu'il est importun. MAC ALLAN. Non , sire... il ne vient pas...
CHIFFINCH. A merveille! LE R01. J'ai à vous parler d'affaires im
MAC ALLAN, bas au duc, qui s'est assis sur portantes.
le canapé, à côté de Sarah. Mylord..... my MAC ALLAN. A moi, sire?
lord... nous sommes convenus que... LE RO1. Oui... à vous...
LE DUC. Et maintenant, milady, que vous MAC ALLAN. D'affaires importantes?
êtes bien édifiée, j'attendrai l'heure de I Éloignez
LE n01.lady
De Sarah.
la plus haute importance"...
la présentation.
MAC ALLAN. C'est cela ,, mylord, c'est cela. .. MAC ALLAN, a part. Eh bien! à la bonne
nous avons quarante-cinq minutes, vous sa heure... sa majesté vient pour moi au moins.
vez... - LE RO1, regardant vers la porte, à part.
CHIFFINCE. Puisque sa grâce s'est chargée Ce diable de Chiffinch...
de la commission que je venais remplir de la MAC ALLAN. Ma chère Sarah, l'heure de la
part de sa majesté... présentation approche... Je crois qu'il serait
MAC ALLAN. Vous le voyez... monseigneur temps que vous vous occupassiez un peu de
a eu cette bonté..... messieurs, j'ai bien votre toilette.
l'honneur... SAnAH. A l'instant même.
1l les salue tous les deux à la fois. lls sortent chacun LE R01. Vous avez reçu, milady ?...
d'un côté. Mac Allan va mettre les verroux aux deux SARAH. Oui, sire, une parure superbe, et
portes par lesquelles ils sont sortis. je rends mille grâces à votre majesté de ce
“ANAMAWN 1M vMwwMM précieux cadeau.
LE RO1. Oh ! cela n'en vaut pas la peine...
SCÈNE Vll. SARAH. Sire...
Elle fait une profonde révérence.
sAnAH, MAC ALLAN. MAC ALLAN. Va, ma petite Sarah... val; je
MAC ALLAN. Enfin les voilà partis..... ce te rejoindrai aussitôt que je pourrai.
n'est pas sans peine que je suis parvenu à Il veut lui baiser la main.
les éloigner... Chère Sarahl... je puis donc SARAH. 0h!... devant le roi... que faites
enfin vous exprimer... .vous?
UN Hulss1sn, ouvrant la porte du fond. MAC ALLAN. C'est juste.
Le roi l... Elle rentre par la porte latérale du premier plan.
MAC ALLAN furieuæ. Entrezl... Il ne
vvW‘
manquait plus que cela.
M1 MA NWVWvW“ANM
SCÈNE IX.
LE ROI , MAC ALLAN , puis CHIFFINCH.
SCÈNE vIu.
MAC ALLAN. Sire, je suis à vos ordres.
LES MÈMES, LE ROI. LE RO1. Mon cher Dumbiky, vous êtes
MAC ALLAN, allant au devant duroi. Com d'une famille connue pour les services qu'elle
ment, sire.. c'est votre majesté en personne. .. a toujours rendus à moi et à mes aïeux.....
votre majesté daigne... c'est un héritage que cette famille vous a lé
LE RO1. N'avez-vous pas vu Chiffinch tout gué, et auquel vous n'avez pas le droit de
à l'heure? je croyais qu'il: m'avait précédé... . renoncer. l‘
MAC ALLAN. Oui, sire... il est venu, il n'y MAC ALLAN. Que votre majesté commande,
a qu'un instant... mais comme il s'est ren et elle verra si elle peut compter sur moi.
contré avec le duc de Buckingham... LE RO1. Il s'agit d'une mission très-impor
LE RO1. Le duc de Buckingham ici... et tante et pour laquelle j'ai besoin d'un homme
qu'y venait-il faire? intelligent et dévoué...
MAC ALLAN. Donner a lady Dumbiky des MAÇ ALLAN. Sire, s'il ne s'agissait que de
LE LAIRD DE DUMBIKY. 55
dévouement, je pourrais promettre à votre MAC ALLAN. Et sera-t-il nécessaire, sire,
majesté... que je pénètre dans l'intérieur du pays?
LE R01. Vous vous étonnerez peut-être, LE RO1. Non, je ne crois pas.
mon cher Dumbiky... que je m'adresse ainsi CHIFF1nCmreltsant ce qu'il aécri t, a part.
à vous tout d'abord.. . - « Faites tout votre possible pour remettre au
MAC ALLAN. Sire, j'avoue que le Choix me porteur une couple de ces charmants ani
flatte, mais que je suis encore à me deman maux, l'un blanc et feu, l'autre noir et blanc. . .
der... ce qui me mérite cet honneur. J'ai l'honneur...
LE RO1. C'est justement parce que vous ar MAC ALLAN. Votre majesté ne signe pas la
rivez à la cour que je vous ai choisi... vous dépêche elle-même?
êtes encore étranger à tous les partis, in LE RO1. Non... vous comprenez... si la dé
nocent de toutes brigues , pur de toutes pêche était surprise, je ne veux pas être com
haines... . . promis.
MAC ALLAN. 0h! quant à cela, sirei... MAC ALLAN. Peste... c'est important.
excepté le duc, que je ne peux pas souffrir... LE RO1, prenant sa bague et scellant. Mais
LE R01. Votre départ restera ignoré, et, ce cachet fera foi que vous venez de ma part.
fût-il su, n'éveillera aucun soupçon , ne fera MAC ALLAN. Ah! votre majesté...
naître aucune conjecture. CHIFFINCH, remettant la dépêche a Mac
MAC ALLAN. Je ne crois pas. Allan. Laird de Dumbiky, veillez sur cette
LE RO1. Ecoutez, Dumbiky : j'ai des or dépêche avec le plus grand soin.
dres secrets à transmettre au gouverneur de MAC ALLAN. Elle ne me quittera pas un
l'Irlande. seul instant, monsieur.
MAC ALLAN. Ah! c'est vrai, au fait, j'ai CHIFFINCH. Vous ne vous doutez pas de ce
entendu dire qu'il y avait quelque chose en qu'elle contient.
Irlande. MAC ALLAN. Et le saurai-je?
LE nOI. L'Irlande se perd , monsieur! CHIFFINCH. C'est selon..." la réponse du
MAC ALLAN. Bah! gouverneur sera peut-être symbolique.
LE RO1. Vous partirez pour Dublin. MAC ALLAN. Oui, comme celle de Tar
MAC ALLAN. Je partirai pour Dublin? quin... qui abattait avec sa badine des têtes
LE RO1. Oui. de pavots.
MAC ALLAN. Diable... et quand cela?... CHIFFINCH. Justement.....mais, de vous à
LE RO1. Demain. moi... vous êtes chargé de sauver l'Irlande...
Chiffinch entre.
tout bonnement...
MAC ALLAN , a part. Ah ! demain, cela MAC ALLAN. Vraii...
m'est à peu près égal... comme c'est demain CHIFFINCH. Pas d'indiscrétions..... je vous
que ma femme commence son service près de en dis plus que je ne devrais vous en dire...
la reine... (Haut.) Eh bien! oui, sire... je LE RO1. Nous allons vous voir, je l'espère,
partirai demain, et si votre majesté veut bien au cercle de la reine.
me donner ses instructions... MAC ALLAN. Dans un instant, sire, j'aurai
LE RO1. Vous savez de quoi il est ques l'honneur de m'y rendre.
tion, Chiffinch? LE RO1. Au revoir, laird de Dumbiky.....
CHIFFINCH. Il est question de cette grande Soyez noble et fidèle comme l'ont été vos
affaire... dont m'a parlé sa majesté. aïeux... et vous serez récompensé selon vos
LE RO1. Oui, écrivez les instructions. mérites.
Chiffinch se met à la table.
MAC ALLAN. Sire...
MAC ALLAN. Et que ferai-je à Dublin, sire? Il s'incline Le Roi sort.
LE RO1. La conduite que vous avez à sui
vre sera toute tracée dans ces dépêches... wwu. vvwvwwm wwwnv“mvvwwmlvm
CHIFFINCH écrivant, à part, pendant que
le Roi cause a voies basse avec Mac Allan. SCENE X.
« Monsieur le gouverneunvoussavez la grande
passion que sa majesté a pour ces petits épa MAC ALLAN, CHIFFINCH.
gneuls , que l'on a nommés, à cause de cela,
Rings-Charles Dogs. MAC ALLAN. Sauver l'Irlande, mon cher
‘ LE RO1, à Mac Allan. Vous sentez, ce monsieur Chiffinch !...
sont là de ces affaires qui doivent se faire en CHIFFINCH. Chaque homme a sa mission...
dehors du conseil. c'est la vôtre, jeune homme...
MAC ALLAN. Oui, c'est de la politique per MAC ALLAN. Me confier du premier coup
sonnelle, (le la diplomatie particulière. une mission de cette importance"... je n'en
LE RO1. A merveille..." je vois que vous reviens pas.
comprenez. CHIFFINCB. Le fait est que l'honneur est
54 MAGASIN THÉATRAL.
grand... mais il va être neuf heures, ne l'ou CHIFFINCH. Hésiteriez-vous?
MAC ALLAN. Je n'hésite pas, mais...
bliez pas. _ _
MAC ALLAN. c'est jusle... je vais v011‘ s1 la CHIFFINCH. Quand le roi vous a cru digne
toilette de lady Dumbiky s'avance. (Il frappe de sa confiance... y
a la porte.) Tiens, on ne répond pas. MAC ALLAN. Je le suis toujours.
CHIFFINCH. Frappez plus fort. CHIFFINCH. Quand sa majesté comptait sur
MAC ALLAN. Sarah! ma chère amie, êtes votre dévouement...
MAC ALLAN. Elle y peut compter encore...
vous prête?
CHlFFlNCrt. Ouvrez la porte... un mari mais... si je ne partais que demain?
peut bien entrer chez sa femme. CHIFFINCH. Impossible.
MAC ALLAN. Ma chère Sarah... Plus per MAC ALLAN. De très-bonne heure..... au
sonne... Savez-vous ce que peut être deve point du jour, par exemple.
nue ma femme ?... CHIFFINCH. En partant à l'instant même ,
CHIFFINCH. Mylord duc sera venu la pren je ne sais pas si vous arriverez à temps.
dre pour la présentation, et comme elle vous MAC ALLAN. Comment! l'Irlande est si
savait avec le roi, elle n'aura pas voulu vous pressée que cela?
CHIFFINCH. Une heure de retard et tout
déranger.
MAC ALLAN. c'est probable..... mais moi, est perdu peut-être.
comment vais-je me rendre au château? MAC ALLAN. Alors c'est autre chose... mais
CHIFFINCH. Je vous conduirai. comment faire ?... Je n'ai ni chevaux ni
MAC ALLAN. Ahl très-bien alors... Dites voiture... moi... et je ne puis pas aller à pied
moi, le chemin le plus court pour aller en en Irlande... d'aulant plus qu'il y a un bras
Irlande, quel est-il? de mer. ..
CHIFFINCH. Ah! mon Dieu, c'est bien sim- . CI-IIFFINCH. Dans cinq minutes tout sera
ple : vous passez par Bambury-Warwich, prêt... surtout ne bougez pas d'ici. .. je viens
Birmingham , et en arrivant à Chester, vous vous y rejoindre... .
Il sort.
trouvez un bâtiment qui vous conduit droit à
NMWLM“IIMAMMMMMW“NvWW 'AANvvWWvWvW
Dublin. ‘
MAC ALLAN. Droit à Dublin. bon... et
une fois-là. ..
SCÈNE XI.
CHIFFINCH. Vous vous présentez chez le MAC ALLAN , seul.
gouverneur et vous lui remettez vos dépê Si seulement j'avais pu la revoir un
ches, voilà tout. petit instant... mais... c'est impossible..... il
MAC ALLAN. Tout cela me paraît on ne paraît que l'lrlande ne peut pas attendre..."
peut plus facile. Voyons, mon manteau, mon chapeau, mes
UN vALET, apportant un ordre tout ouvert armes. .
à Chiffinch. De la part de sa majesté...
vwwww“vmvww vwl. wwm wvuwwww“/wvwvMMM/'A
CHIFFINCH. Bien.
MAC ALLAN. Maintenant quand vous
voudrez...
SCÈNE XII.
CHIFFINCH, qui a jeté les yeux sur le MAC ALLAN, NELLY, qui est entréepar la
papier. Ah! mon Dieu! porte secrète.
MAC ALLAN. Quoi?... NELLY, Farrêtant au moment où il va
CHIFFINCH. Voilà bien autre chose. entrer dans la chambre a côté. Où allez
MAC ALLAN. Qu'y a-t-il? vous donc?
CHIFFINGH. Il paraît que les alfaires s'em MAC ALLAN. Ah! c'est vous, Nelly!
brouillent affreusement. NELLY. Oui, c'est moi.
MAC ALLAN. Où cela? MAC ALLAN. Enchanté de vous voir... mais
CHIFFINCH. En Irlande. si vous avez quelque chose à me dire... dites
MAC ALLAN. Bah! vite...
CHIFFINGH. Le roi me mande qu'un cou NELLY. Pourquoi cela?
rier extraordinaire arrive à l'instant même. MAC ALLAN. Parce que je pars.
MAC ALLAN. Un courrier? NELLY. Vous partez?
CMIFFINCH. Ce n'est plus demain qu'il faut MAC ALLAN. Dans cinq minutes.
partir. NELLY. Ah! je comprends.
MAC ALLAN. Et quand donc? MAC ALLAN. Vous comprenez?
CHIFMNCH. c'est cette nuit, ce soir, à la NELLY. Oui...
minute même. MAC ALLAN. Vous êtes bien heureuse
MAC ALLAN. .Un instant"... un instant, alors...
monsieur Chiffinch, cela se complique. NELLY. Ne m'avez-vous pas tout dit?
LE LAIRD DE DUMBIKY. 55
MAC ALLAN. Moi? NELLY. Soyez tranquille; je réponds...
NELLY. Oui... que vous faisiez un mariage d'elle.
de convenance. MAC ALLAN. Alors, c'est autre chose... Où
MAC ALLAN. Au contraire. dois-je m'arrêter l
NELLY. Que vous n'aimiez pas la femme ELLY. A Carlton-Cottage.
que vous alliez épouser. MAC ALLAN. Et que ferai-je là?
MAC ALLAN. Au contraire. 4 NELLY. Vous y attendrez quelqu'un que
NELLY. Et que comme vous en aimiez une vous serez bien aise de voir.
autre, peu vous importait... MAC ALLAN. Et cette personne, quelle est
MAC ALLAN. Mais au contraire... au con elle ?
traire... c'était la même, Nelly. .. un coup du NELLY. Je ne puis vous la nommer, car
'sort... c'était Sarah Duncan... Je l'aime, je avec le caractère que je vous connais, mon
l'adore ma femme..... c'estvà-dire que j'en cher Dumbiky, vous feriez quelque sottise...
suis amoureux fou... mais si j'ai un conseil à vous donner...
NELLY. Et aimant votre femme, adorant MAC ALLAN. C'est?...
votre femme..... amoureux fou de votre NELLY. C'est... dès que cette personne
femme, vous la quittez comme cela... le soir sera descendue de sa voiture, de la faire
de votre mariage. monter dans la vôtre et de l'emmener avec
MAC ALLAN. Il le faut, Nelly. vous.
NELLY. Il le faut? MAC ALLAN. A Dublin?
MAC ALLAN. Les circonstances les plus NELLY. Au bout du monde, si vous y
graves... allez.
NELLY. Et quelles circonstances? MAC ALLAN. Nelly, vous parlez comme les
MAC ALLAN. Il faut que dans trois jours je sorcières de Macbeth.
soiS à Dublin. NELLY. Vous savez que c'est mon habi
NELLY. A Dublin? et qu'allez—vous faire à tude.
Dublin? MAC ALLAN. Mais n'importe, j'ai confiance
MAC ALLAN, mystérieusement. L'Irlande en vous, et je ferai ce que vous dites.
se perd, Nelly. NELLY. Vous me le promettez?
NELLY. En vérité ?. .. MAC ALLAN. Sur mon honneur.
MAC ALLAN. Mon oncle a sauvé l'Ecosse, NELLY. C'est bien. (Ecoutant) Quel
Nelly.. . Moi, je vais sauver l'lrlande... et si qu'un.
jamais j'ai un fils, il est probable qu'il sau— MAC ALLAN. C'est Chiffinch qui vient me
vera l'Angleterre. chercher.
NELLY, souriant. Dumbiky! NELLY. Silence! il ne faut pas qu'il me
MAC ALLAN. Hein? voie.
NELLY. Avez-vous toujours confiance en MAC ALLAN. Bien!
moi? . NELLY. Il ne faut pas qu'il sache que vous
MAC ALLAN. Vous le demandez... quand m'avez vue.
je vous ai obéi aveuglément. MAC ALLAN. Non.
NELLY. Eh bien, il faut m'obéir encore. NELLY. A Carlton-Cottage?
MAC ALLAN. Je ne demande pas mieux. MAC ALLAN. A Carlton-Cottage.
NELLY. Quand partez-vous? NELLY. Chut! le voilà.
MAC ALLAN. A l'instant même. Elle s'élance dans la chambre à droite du spectateur.
NELLY. Quelle route prenezsvous?
vMNM/“H , WMMAN“WW
MAC ALLAN. Celle de Bambury.
NELLY. A merveille.
MAC ALLAN. Cela vous va alors? SCÈNE Xlll.
NELLY. Oui. CHIFFINCH , MAC ALLAN , NELLY,
MAC ALEAN. Tant mieux!
cachée.
NELLY. A trois milles d'ici vous vous arrê
tercz... MAC ALLAN. Si je comprends quelque
MAC ALLAN. Ahl... oui, mais c'est que chose à tout cela, je veux bien que le diable
cela m'est expressément défendu de m'ar m'emporte, par exemple:
rêter. CHIFFINCH , entrant. Etes-vous prêt?
NELLY. Dumbiky, vous avez promis de MAC ALLAN. Oui... la voiture ?...
m'obéir. CHIFFINCH. Elle attend.
MAC ALLAN. Et l'lrlantle... l'lrlande... MAC ALLAN. 'l'oule attelée?
NELLY. L'Irlande attendra. CHlFFlNCH. Le postillon est en selle.
MAC ALLAN. Mais justement... il paraît MAC;ALLAN. Puis-je écrire à ma femme?
qu'elle ne peut pas attendre. CmrriucH. Ah bien, ouil...
56 MAGASIN THÉATRAL.
MAC ALLAN. Un tout petit mot. MAC ALLAN. S'iln'y avait pas en urgence...
CHIFFINCH. Inutile. _ _ . CHIFFINCH. Sans doute.
MAC ALLAN. Mais elle sera inquiète, MAC ALLAN.Au revoir, monsieur Chiffinch.
CHIFFINCH. On la préviendra. CHIFFINCH. Je vous accompagne jusqu'à
MAC ALLAN. Qui? la voi ure.
CHIFFINCH. Moi. MAC ALLAN. Vous êtes trop bon.
MAC ALLAN. Vous? CHlFFINCH. Non, je veux vous voir partir.
CHIFFINCH. Oui..‘ je m'en charge. MAC ALLAN. Allons... en Irlande!
MAC ALLAN. Vous lui direz bien, n'est-ce ‘ Il sort.
pas ?... ‘ CHIFFINCH. En Irlande !...
Il éteint les flambeaux, le théâtre devient obscur, puis il
CHIFFINCH. Certainement. sort.
MAC ALLAN. Que je ne serais pas parti... NELLY, reparaissant. Et maintenant, sire. ..
CHIFFINCH. Ne vous inquiétez de rien. à nous deux!

WWWvINWvWvvvWVM

ACTE CINQUIÈME.
Même décor qu'au premier acte.

SCÈNE PREMIÈRE. NELLY. Mais vous n'êtes donc pas Dum


biky?‘
LE ROI , puis NELLY. LE RO1. Écoutez-moi , Sarah, et pardon
nez-moi ma hardiesse en songeant que c'é
Le Roi fermant la porte du fond et s'avançant dans tait le seul moyen de pénétrer jusqu'à vous,
l'obscurité.
de vous dire que je vous aimais. J'avais d'a
bord eu l'intention de profiter de l'obscurité,
LE RO1. Bien, tout est ainsi que Chif mais au moment d'exécuter mon projet, la
fiinch me l'a dit: obscurité complète. Sarah! honte m'a pris de réussir par un pareil
Sarah l moyen, et je me suis dit que le roi Charles II
Il frappe à la porte de la chambre de Sarah. .
méritait peut-être d'être aimé pour lui-même,
NELLY. Qui frappe? et conservait encore quelques chancesen se
LE RO1. Moi, Dumbiky! Ouvrez , Sarah! présentant sous son véritable nom.
NELLY. Me voici. NELLY. Eh bien, c'est comme moi, sire!
LE nO1. Déjà de retour du château? peut-être aurais-je pu, moi aussi, profitant
NELLY. La présentation n'a duré qu'un de l'obscurité, détourner cet amour de son
instant... sans doute des ordres avaient été véritable but, et prendre pour moi les protes
donnés pour l'abréger. tations adressées à une rivale; mais j'ai
LE RO1. Bénis soient ces ordres qui rap pensé, sire, que je valais bien la peine d'ê
prochent l'instant de mon bonheur; qui fait tre aimée pour moi-même, et que si le roi
envie à toute la cour! Charles II n'était point fait pour être larron
NELLY. Envie à toute la cour! Allons, dé d'amour..... Nel!y..... était encore trop
cidén1ent, Dumbiky, vous êtes amoureux, jeune et trop jolie pour recevoir un hom
puisque vous me dites sérieusement de pa mage dont elle ne serait pas l'objet.
reilles folies. LE RO1. Nellyl... Vous, Nellyl... impos
LE RO1. Non, d'honneur; depuis qu'il vous sible!
a vue, Buckingbam en perd la tête, et le NELLY, sonnant. Vous en doutez, sire?
roi Charles II en devient fou.
LE RO1. Que faites-vous?
NELLY. Commenti... et vous dites que le
roi... NELLY, a un tzalet qui entre. Des flam
LE R01. Est amoureux comme il ne l'a ja beaux!
mais été, Sarah! je dis qu'il serait prêt à LE RO1. Nelly, je suis joué.
tout sacrifier pour vous. Je dis qu'il ne tient NELLY. Voilà ce que c'est, sire, que d'a
qu'à vous d'être reine, Sarah !. .. plus reine voir eu l'imprudence de prendre pour maî
qu'Isabelle, Sarah !... car elle ne règne que
tresse une comédienne.
sur le royaume, et vous, vous régnez sur le
roi. LE RO1. Mais dans quel but, dans quelle
LE LAIRD DE DUMBIKY. '5'!-.
intention vous êteS-vous substituée à cette croie sa toute fidèle et toute reconnaissante.
jeune fille? Nelly.
NELLY. Sire, pour donner le temps à Buc Elle salue profondément et sort par la porte du fond.
kingham de l'enlever.
\\‘\\rl'\NW“r\r \.'w““w\ vuv“ ww\\\ \ “n! “ W14“ ““ vw mv
LE RO1. Comment, de l'enlever !... Buc
kingbam enlève Sarah?
NELLY. Oui, sire. Comment, vous qui con
' SCÈNE 11.
naissez la hardiesse du duc, vous le chargez, LE ROI, seul.
quand vous savez qu'il est votre rival, de ra
mener le soir, à neuf heures, du château ici, Joué! indignement joué !... Ah l Bucking
la femme que vous aimez ?... Ah! sire... je ham est le seul sur lequel je puisse me ven
ne reconnais pas là votre prudence habi ger; cette fois vous me payerez votre impru
tuelle. dence. Ah! c'est toi, Chiflinch!
LE RO1. Eh! où sont-ils? où la conduit
'œwmvvuvw“ \ “vv“waAn \\'\uu“W\W\W\\\'
il ?... -
NELLY. Ils sont maintenant sur la route
de Canon-Cottage, où ils seront arrivés SCÈNE 111.
dans un quart d'heure.
LE ROI , CHIFFINCH.
LE nO1. Mais c'est un rapt... une vio
leuce. Je ne permettrai pas une pareille in CHIFFINCH. Oui, sire.
famie à ma cour, sous mes yeux, et presque LE RO1. Sais-tu ce qui se‘passe?
en ma présence. CHIFFINCH. On me dit que votre majesté a
Il fait un mouvement pour sortir.
sonné pour demander des flambeaux, et que
NELLY. Où allez-vous, sire ?
c'est Nelly quivient de sortirde cette chambre.
LE RO1. Je vais faire monter à cheval mes LE RO1. Comprends-tir' quelque chose à
gardes, mes trabans, et ordonner que l'on toute cette machination, Chiflinch? c'est i1
coure après lui jusqu'à ce qu'on le rat croire que le démon de l'intrigue en per
trape.
sonne a pris le contre-pied de tout ce que
NELLY. Inutile, sire. nous avons fait: je u'ouve ici Neliy quand je
LE RO1. Inutile! crois y trouver Sarah; pendant ce temps,
NELLY. Oh! mon Dieu, oui. Buckingham Buckingham m'enlève lady Dumbiky. Chif
a enlevé Sarah à votre majesté, mais Dum finch, donne l'ordre qu'aussitôt qu'ilren
biky va l'enlever à Buckingham. trera au château le duc vienne me parler.
LE RO1. Dumbiky !... Dumbiky est sur la CHIFFINCH. Votre majesté n'attendra paS
route de Dublin. longtemps; j'entends une voiture, c'est sans
NELLY. Et Galion-Cottage aussi , sire; doute la sienne.
c'est là que Dumbiky doit attendre Bucking LE R01. Assurez-vous-en.
ham... et, comme à tout prendre, Dumbiky CHIFFICH, ouvrant la fenêtre. Je ne me
a sur Sarah des droits que, je l'espère, le trompais pas, sire... c'est bien la voiture de
duc ne lui contestera pas, toutes choses ren mylord. ‘
treront dans leur état habituel. Votre ma LE R01. Ah! le voilà enfin!
jesté se consolera, le duc reviendra tout con
MAC ALLAN. dans la coulisse. Le roi! ou
solé, et Dumbiky, qui, Dieu merci, n'aura
est le roi? je vous dis que je veux parler à sa
pas besoin de Consolations, continuera,‘avec
majesté.
sa femme, sa route de l'lrlande.
LE RO1. Dumbiky!
LE n01. Ainsi, Dumbiky et Sarah...
NELLY. Courent la poste, réunis et ben “w tvw \M“www \\W“vv\/“vW\'I “vnvv
reux, et bénissant votre majesté pour tous les
bienfaits dont elle les a comblés. Quant à SCÈNE IV.
moi, je n'ai que des remercîments à faire à
votre majesté; je n'oublierai jamais que Dum LES MÊMES, MAC ALLAN, SAHAH.
biky était mon protégé, et qu'à cette consi
dération sans doute, le roi lui a rendu les MAC ALLAN, entrant. Le roil... Ah! vous
biens de sa famille, a payé ses dettes,‘l'a ma voilà sire.
rié à une femme charmante, et, pour comble LE n01. Que me voulez-vous, laird de Dum
de bontés, lui a donné à lui, jeune étranger biky? et pourquoi n'êtes-vous pas sur la route
encore à la diplomatie, une importante mis d'Irlande?
sion en Irlande. Que sa majesté reçoive donc MAC ALLAN. J'y étais, sire, et 1nême fort
ici mes actions de grâces , et qu'elle me mal à mon aise, attendu que, sous le prétexte
5s MAGASIN THÈATRAL.
spécieux qu'il n'y voyait pas clair. le postil suis, pour m'élever où mevoilà; c'est vous qui à
lon m'avait versé dans un fossé. J'étais donc travers les dangers d'un amour terrible comme
là, me promenant sur la route en attendant est celui du duc de Buckingham , avez fait de
que la voiture fût sur ses roues, quand tout moi une femme heureuse et honorée. Cher
à coup un carrosse s'approche, duquel sor Dumbiky! comme il est loyal! comme il est
tait une voix qui criait : Au secoursl... Il me brave! comme il m'aime !... et ne pas avoir pu
semble reconnaître cette voix; je m'élance, le voir un seul instant pour lui dire combien
j'arrête les chevaux, j'ouvre la portière. un sa Sarah est reconnaissante à celui qui l'a
homme saute sur le pavé, met l'épée à la sauvée... sauvée! Mon Dieu, car maintenant,
main, j'en fais autant; nous croisons le fer... grâce à vous et à lui , je suis sauvée, n'est«ce
je lui allonge une botte... je ne sais pas où, pas ?
mais bien appliquée... je lui laisse ma voi
m'! ““ “w “““mvwmvWwww “vv\kwWvv “A vw“n\w
ture... je monte dansla sienne; j'y retrouve
Sarah et sa tante qui me racontent qu'on les
enlevait; que cet homme auquel j'ai donné SCÈNE VI.
un coup d'épée est le duc de Buckiughatn.
SABAH, NELLY.
Un instantj'ai l'idée de continuer ma route,
mais je pense que mylord peut faire courir NELLY, qui est entrée par la petite porte,
après nous, et nous rejoindre; je prends et qui s'est rapprochée doucement de Sarah.
aussitôt ma résolution : je me rappelle votre Vous êtes perdue l
majesté si bonne pour moi, et pour concilier SARAH. Grand Dieu ! qui êtes-vous?
mes craintes avec mon devoir, je fais tourner
bride aux postillons; je reviens au grand ga NELLY. Que vous importe sije viens à votre
lop à Windsor, et je repars pour l'Irlande. aide ?
LE R01. Comment, belle Sarah! on osait SARAH. Quelques dangers nouveaux et in
porter la main sur vous, sur une femme at connus me poursuivent donc encore?
tachée à la reine, sur une jeune fille placée NELLY. Le plus grand de tous.
sous ma sauve-garde !... Ah ! celui qui a eu SARAH. Sous la protection du roi 'l
une telle audace sera puni, je vous jure. NELLY. Le roi vous aime.
SARAH. Oh ! sire ! l... ‘ SARAH. GrandDieul... en elfet. .. ces atten
MAC ALLAN. Ahl le bon, l'excellent roi! tions continuelles. ..
Adieu, sire, je pars. Au revoir, Sarah. NELLY. Ce logement dans ce pavillon. . .
LE R01. Nous nous retirons avec vous, SARAH. Ces diamants...
laird de Dumbiky; bonne nuit, belle Sa NELLY. Cette mission à votre mari...
rah; après tant d'émotions, vous devez avoir SARAH. Tout, jusqu'à sa colère contre le
besoin de repos. duc... Ohl vous avez raison, madame, vous
SARAl-l. Sire, mille grâces à votre majesté avez raison ; mais que faire? Pourquoi n'avez
de toutes ses attentions. vous pas tout dit à Dumbiky?
LE nO1. J'en suis récompensé si vous NELLY. Parce qu'avec sa tête écossaise, il
voulez bien vous en apercevoir. Venez , mes allait droit au roi comme il a été droit au
sieurs... venez. duc, et qu'alors tout était perdu.
CHIFFJNCH. Mon ami, l'lrlande, vous sa SARAH. O mon Dieu! que faire? fuir,
vez... n'est-ce pas?
SAnAH. Mais, monsieur Chiflinch... NELLY. Où fuirez-vous? l'Angleterre tout
CHIFFINCH. Je suis à vous, madame; à l'in entière, n'est-elle pas au roi?
stant, je reviens... SARAH. Je m'enfermerai dans cette ‘cham
“/\\I\\A\l\‘\4\ v\“1l\ \A vWvÏWvNv\\lvWv\Mv\Nv\I \r\.\1l \v“/
bre.
NELLY. Puis, tout à coup, quelque porte
secrète s'ouvrira.
SCENE V.
SARAH. Vous m'ép0uvantez! Mou Dieu!
SABAH, seule. mon Dieu! que devenir? Pouvez-vous me
sauver, vous? et une reconnaissance éternelle. .
Oh ! oui, j'ai besoin d'être seule pour NELLY. Peut-être.
songer librement à tout ce qui nfarrive, pour
mettre un peu d'ordre dans mes idées. 0 mon
sARAH. Oh! dites, dites, et tout ce que
vous prescrirez sera fait.
Dieu! c'est votre main puissante qui a con
duit tout cela. C'est elle qui m'a prise à cause NELLY. Ecoutez bien.
des mérites de ma mère, sans doute, pauvre SARAH. J'écoute.
enfant sans fortune pour me conduire où je NELLY. Rentrez dans cette chambre.
LE LAIRD DE DUMBIKY. 59
SARAH. A l'instant. CHIFFINCH. Le roi!
NELLY. Sur le fauteuil qui est près de la SARAH. Le roi?
cheminée , vous trouverez une écharpe tur CHIFFINCH. Oui; ayez donc confiance en
que, rouge et or. ' lui... conduisez-vous par ses conseils... c'est
SABAH. Après? ce que désire votre mari... qui vous a donné
NELLY. Enveloppez-vous de cette écharpe, l'exemple en vous ramenant lui-même près
et ne la quittez pas. de sa majesté.
smart. Et cette écharpe peut me sauver? SARAH. Mais, sa majesté...
NELLY. Oui. CHIFFINCH. Elle-même va venir, milady;
SARAH. C'est donc un talisman î? elle- même se charge de lever tous vos doutes...
NELLY. Infaillible! si, comme je vous le s'il vous en restait encore.
dis, vous ne la quittez pas un instant. sanaH, a part. Le roi va venir... que
faire T. . .
SARAB. Cependant expliquez-moi.
NELLY. En deux mots, vous allez com CHIFFINCH, à un valet qui entre. Que
prendre : tout le monde ici a une peur effroya venez-vous faire ici? Que voulez-vous?
ble de la peste; avant d'entrer ici, j'ai écrit à LE VALET. Cette lettre.
Chiflinch... Silence! Il la remet à Chiffinch et sort.
Écoutaut. CHIFFINCH. Eh bien! cette lettre... Vous
SARAH. Quoi? permettez, mylady?
NELLY. Quelqu'un dans ce corridor. SARAH. Comment donc... (A part.) Cette
SAnAH. Mon Dieu! c'est monsieur Chif lettre viendrait-elle. ..
finch, il m'a dit qu'il allait revenir. CHIFFINCH, jetant les yeuœ sur le papier.
NELLY. Rentrez dans votre chambre, et « Lisez, si vous voulez éviter de grands mal
sans perdre un instant. » heurs. S'il en est temps encore, sauvez sa
SARAH. Oui; mais, monsieur Chiflinch! que » majesté. Une écharpe , achetée sur le
faire! que faireT... » vaisseau pestiféré le Plymouth, a été en
» voyée à Sarah. .. Vous la reconnaîtrez à sa
NELLY. Je suis là, je veille... allez! l'é
» couleur ronge et à ses broderies d'or. »
charpe, l'écharpe! et le reste me regarde. (Tombaut dans un fauteuil.) Ah ! mon Dieu!
‘Sarah rentre dans la chambre. Nelly disparaît par la SARAH. Une écharpe.
porte secrète. La porte du fond s'ouvre, et Chiffinch
CHIFFINCH. Oh! la malheureuse! elle l'a
entre.
sur ses épaules.
“w w“/wwww vwvwwmmmmvmmmmvvwv ww\“|. 'w ï’ SARAH. Mon Dieu! monsieur Chiffinch!
est-ce que vous vous trouvez mal? monsieur
SCÈNE VIl. Chiffinch!
CHIFFINCH. Ne m'approchez pas... cette
CHIFFINCH, puis SARAH. écharpe... miséricorde... (Il se sauve et
aperçoit le roi qui est au fond dans la se
CHIFFINCH. Eh bien! déjà rentrée chez coude salle.) Sire, sire, n'entrez pas... n'en
elle, malgré ma recommandation... (Sarah trez pas...
rentre avec l'écharpe.) Ah ! non... la voici... Il se jette au devant du Roi et referme les portes.
SABAH. Vous aviez quelque chose à me “Mv“An/wtwwww vMNv“/vww“wu.wv\wm
dire, monsieur Chiflinch?
CHIFFINCH. Je viens de la part de votre SCÈNE V111.
mari, bellesarah.
SARAH. De la part de Dumbiky 'l SARAH, seule.
CBIFFINCB. Oui , je viens vous dire qu'en Eh hien! il s'enfuit? Cette dame avait rai
son absence il vous recommande la plus son... l'écharpe qu'elle m'a donnée est un
grande circonspection. Une jeune et jolie véritable talisman... Ah! mon Dieu; mais si
femme comme vous est entourée de mille quelque ennemie, quelque rivale... Cette
dangers. inconnue ne m'a-t-elle pas dit que le r01
SARAH. Oh ! je le sais... m'aimait! si pour se venger... Ahl (Elle
CHIFFINCH. Il vous recommande de vous jette l'écharpe, et courta la porte.) Ah l mon
défier de tout le monde... il me charge de Dieu ! (Elle court a‘ 'une autre porte.) Fer
vous dire que vous n'avez iciqu'un seul ami... mée ! (A une troisième.) Fermée aussi! Ah!
bien réel. bien sincère, bien dévoué... cette fenêtre! (Elle y court.) Quelqu'un!
sanan. Lequel ?... qui êtes-vous ?. . .

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40 MAGASIN THEATRAL.
“.mstvww“ \ v v . . SABAH. Oui, elle qui m’a donné cette
écharpe fatale.
SCÈNE IX. DUMBIKY. Vous, Nelly! vous. .
I NELLY. Il est vrai , c’est moi qui ai donné
SARAH, MAC ALLAN. cette échape à milady, et je vois avec regret
MAC ALLAN. d mi—voiæ. Chut! c’est moi, qu’elle tient en bien médiocre estime le pré
Sarah, pas un mot. Ma foi, l’Irlande attendra sent que je lui fais.
une heure; la première fois que je la verrai, DUMBIKY. Vous osez l’avouer! mais cette
je lui ferai bien mes excuses. écharpe...
SARAH. Vous! vous. NELLY. Est celle avec laquelle je joue
MAC ALLAN. Oui, moi; j’ai fait faire le tour Desdemona; je vous l’avais offerte, vous n’en
du parc a la voiture, j’ai sauté par-dessus le avez pas voulu, je la reprends.
mur, et me voilà! tu n’as donc pas vu tous Elle noue l’écharpe autour de son cou.
les signes que je t’ai faits en te quittant? cela SARAH. Mais ce tissu, il n’est donc point...
voulait dire, ma petite Sarah, renvoie-moi NELLY. Je vous avais dit que c’était un
tous ces gens-là, et dans un quart d’heure... talisman infaillible. Vous a—t-il trahie dans
SARAH. Eloignez-vous, Dumbiky. ne m’ap— l’occasion ?
prochez pas, au nom du ciel! SARAH. Oh ! je comprends, madame;
MAC ALLAN. Que je ne vous approche pas? pardon, pardon...
je suis revenu, au contraire... MAC ALLAN. C’est drôle, moi je ne com
SABAH. Oh ! c’est que vous ne savez pas. prends plus.
(Lui montrant l'écharpe.) Cette écharpe, NELLY. On vient.
voyez cette écharpe. . . MAC ALLAN, effrayé. Oh! si c’était le roi.
MAC ALLAN. Eh bien? NELLY, froidement. C’est lui certaine
SABAH. Elle vient du vaisseau le Plymouth; ment.
cette écharpe m’a touchée, je l’ai mise sur MAC ALLAN. Dans ce cas, je me sauve, je
mes épaules, je suis perdue. Fuyez! fuyez! me cache. ' ‘
MAC ALLAN. Moi, fuir! que dis-tu donc la? NELLY. Au contraire, restez.
SARAH. Oui , faites comme les autres. MAC ALLAN. Mais il me croit parti.
Voyez, ils ont fui tous, ils m’ont abandonnée, NELLY, Il sait que vous êtes revenu.
ils m'ont laissée seule; et, lorsque j’ai voulu
appeler du secours , toutes les portes se sont MAC ALLAN. Alors, il va être furieux!
NELLY. Non, si vous faites ce que je vous
fermées sur moi.
MAC ALLAN. C’est cela , et voilà l’idée que dirai de faire.
Sarah Duncan a de son mari? Parce que ces MAC ALLAN. Je ferai tout ce que vous
courtisans sont des lâches et des misérables... voudrez.
Dumbiky sera un lâche et un misérable comme NELLY. Silence! le voilà.
eux! Viens, ma petite Sarah,viens. (Il l'en— UN HUISSIEB, ouvrant. Le roi!
traîne de force et la presse contre son cœur.)
V W
Il fallait une circonstance comme celle—là pour
que je te trouvasse seule. Ah ! ils ont peur de
la peste! Eh bien! je bénis la peste, moi; SCÈNE XI.
grâce à elle, je puis enfin m’approcher de
toi, t’embrasser tout à mon aise. (Il l’em— LES MÊMES, LE R01, CHIFFINCH.
brasse.) Ah! ma foi, ça n’est pas sans peine!
LE ROI, à Sarah. Pardon, milady, si je
vous dérange encore, mais c’est pour la der—
nière fois. D’ailleurs , j’ai pensé que votre
SCÈNE X. mari serait inquiet si je ne répondais pas à
sa lettre, et que cette inquiétude trouble
Les MÊMES, NELLY, qui a paru pendant rait votre bonheur.
les dernières paroles de Dumbiky. MAC ALLAN, intrigué. A ma lettre, sire?
NELLY. Très-bien, Dumbiky, et voilà ce LE ROI. Sans doute; n’est-ce pas vous qui
que je voulais. venez de m’envoyer cette lettre?
DUMBIKY. Nelly! MAC ALLAN. Y aurait-il de l’indiscrétion,
SABAH, e/frayée. Nelly; mais savez-vous sire, a vous demander ?.
LE ROI, lui donnant la lettre. Voyez!
que c’est elle?. ..
MAC ALLAN, lisant avec un étonnement
DUMBIKY. Elle!
LE LAIRD DE DUMBIKY. M
croissant. « Je viens supplier votre majesté MAC ALLAN , bas, a Nelly. Ils se consul—
de me pardonner si je ne suis pas reparti tent, Nelly, je suis un homme perdu.
à l’instant même pour l’Irlande. mais le dé—' LE ROI, bas a Chiffinch. Il n'a pas craint
sir de revoir Sarah m’a ramené à Windsor, d’arracher sa femme aux mains de Buckin
où , grâce au faux bruit qui s’est répandu, gham; mais, redoutant le pouvoir du duc, il
j’ai enfin eu le bonheur de rester une demi— l’a remise en notre pouvoir; puis, soupçon
heure en tête-à-tête avec ma femme. » nant que Sarah courait ici un danger plus
LE ROI, souriant. Ma femme souligné. grand encore, il a imaginé la ruse la plus
MAC ALLAN. Oui, sire ; c’est, ma foi, vrai, infernale.
ma femme est souligné. (Il continue.) «J’at— CHIFFINCH. Je reste confondu, sire! j’ai
tends près d’elle, sire, le pardon ou le châ vu peu de diplomates de sa force.
timent de ma désobéissance. LE ROI. Il est d’autant plus dangereux
« Je suis avec respect, etc. » qu’il cache une merveilleuse finesse sous
LE ROI. Eh bien, reconnaissez-vous cette la plus grande simplicité.
lettre? CH!FFINCH. Si l’Angeterre avait à l’étran—
MAC ALLAN. Sire... ger des ambassadeurs comme celui—là! Quel
_NELLY, bas. Dites que vous la recon homme !
naissez. LE ROI. Pardieu !... Eh! mais, tu m’y
MAC ALLAN. Sire, je suis forcé d’avouer fais penser! nous cherchions un envoyé
que je la reconnais. . habile à diriger vers la cour de France,
LE ROI. Votre franchise est rare, Dumbiky; Voilà notre homme tout trouvé. (Haut)
vous pouviez me laisser ignorer que vous Laird de Dumbiky, vous vous rendrez de
étiez revenu, et vous me l’avez écrit, c’est main dans mon cabinet pour y recevoir mes
bien; mais quant à celui qui a envoyé la instructions.
lettre anonyme que Chiflinch a reçue, quant MAC ALLAN. Je ne pars donc plus pour
à celui—là, si jamais je puis le découvrir, il l’Irlande, sire ‘1’
payera cher , je vous en réponds, l’audace LE ROI. Non, vous allez en France.
qu’il a eue de plaisanter avec son roi.
NELLY, bas. Remerciez le roi.
NELLY, bas. Dites que c’est vous.
MAC ALLAN. Croyez, sire, qu’une pareille
MAC ALLAN, bas à Nelly. Comment, que faveur...
je dise que c’est moi! est-ce que vous n’en L’HUISSIEE , annonçant. Sa grâce, mylord
tendez pas?
duc de Buckingham.
LE ROI. Nous lui apprendrons, s’il l’ignore,
dans quel but a été bâtie la Tour de Lou svww ‘ * V\W \.M
dres?
NELLY, bas. Dites que c’est vous. SCÈNE XII.
MAC ALLAN. Sire, je ne sais comment
avouer à votre majesté. . ' LES MÈMES, LE DUC.
LE ROI. Comment! ce serait vous en
core? LE DUC, le bras droit en écharpe. Votre
MAC ALLAN. Eh bien, oui, sire, c’est moi. majesté m’a fait dire de la venir joindre ce
LE ROI. Mais, au moins, lorsque vous avez soir partout où elle serait, et je m’empresse
écrit cette lettre anonyme, vous étiez dans de me rendre à ses ordres.
la conkuon que l’écharpe était empoison LE ROI. Venez, mylord; ce n’est ici ni
née? l’heure ni le moment de vous faire des re
NELLY, bas. Dites que vous saviez qu’elle proches, aussi je vous les épargne.
ne l’était pas. LE DUC. Je comprends; votre majesté ne
MAC ALLAN, avec son sourire le plus fin. veut pas abuser de sa position de protecteur
Pardon, sue, _mais je savais parfaitement de l’innocence; c’est très—modeste de sa part,
qu’elle ne l’était pas. et le lieu même où je la trouve...
LE ROI. Alors c’était tout simplement LE ROI. Silence, mylord, je vous l'or
pour... donne.
NELLY , bas. Dites que oui. LE DUC. Je me tais, sire.
MAC ALLAN. Oui, sire, c’était tout sim LE 1101. Ce n’est pas tout; vos terres sont
plement pour. . . mal administrées, duc, et elles réclament votre
LE cm, a Chiffinch. Chiflinch, ce gar présence. Demain vous partirez.
çon-là, avec son air naïf, nous a joués tous, LE DUC. Pour laquelle sire?
toi, Buckmgham, et moi. LE ROI. Pour la plus éloignée de Londres,
42 MAGASIN THÈATRAL.
et vous y resterez jusqu'à ce que vous rece LE n01. Est-ce qu'il connaissait le contenu
viez un aviS qui vous rappelle à la cou r. de ces dépêches?
LE DUC. Sire, malgré la sévérité de cet CHIFFINCH. Le démon l'aura deviné.
ordre, je m'y conformerai. LE R01 , haut. Mylord, à la prière du laird
de Dumbiky, votre exil se change en une
MAC ALLAN , a Buckingham. Écoutez , mission. Demain vous partirez pour l'Ir
mylord : je vous ai donné un coup d'épée, je
trouve donc que nous sommes quittes. Lais lande.
MAC ALLAN. Voici la dépêche, mylord?
sez-moi arranger votre aflaire. (Il prend la Il remet les dépêches au due.
place du Duc. ) Sire, il me semble que la dé -
LE R01, s'approchant de Nelly. Vous le
cision de votre majesté... voyez, Nelly, le roi a pardonné à tout le
LE 11O1. Estjuste, monsieur, vous le savez monde.
mieux que personne. NELLY. La clémence est vertu royale.
MAC ALLAN. Oui, mais aux yeux de la LE R01. N'êtes-vous pas à moitié reine?
cour... on pourrait colorer cet exil, adoucir NELLY. Ainsi, prenez garde, sire ; je n'ac
cette disgrâce... Par exemple, sire, puisque corde qu'un demi-pardon.
vous n'avez pas besoin de moi à Dublin. .
LE RO1. En tout cas, à vous cette clef que
LE nO1. Eh bien? Chiflinch vous avait redemandée par erreur.
MAC ALLAN. On pourrait envoyer mylord NELLY fait un mouvement pour snontrer
sauver l'Irlande à ma place. au roi laseconde clef,puis se ravisant a part.
LE R01 , bas, a Chiffinch. Chiflinch l Prenons-la toujours; on ne sait pas ce qui
Cn1FF1NCH , de même. Sire! peut arriver. ‘

FIN.

imprimerie de Mme l"e DONIIEY-DUPRË. rue Saint-Louis. 46, au lllarais.


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