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ARISTOTE

Physique
Physique d'Aristote ou Leçons sur les principes généraux de la nature.
par J. Barthélemy Saint-Hilaire,...

PRÉFACE À LA PHYSIQUE D'ARISTOTE.
Partie 6
Aristote se prononce sans hésiter pour l'éternité du mouvement, et il ne peut pas
comprendre que cette question reçoive une solution différente. Il réfute même, avec une
certaine vivacité, Anaxagore et Empédocle, qui se sont imaginé l'un et l'autre que le
mouvement devait avoir commencé à un moment donné. Selon lui, quand on soutient
que le mouvement a eu un commencement, il n'y a que ces deux hypothèses de
possibles : ou l'on croit, avec Anaxagore, que les choses étant restées durant un temps
infini dans le repos et la confusion, c'est l'Intelligence qui leur a communiqué le
mouvement et les a ordonnées ; ou bien, on croit, avec Empédocle, que le monde passe
par des alternatives éternelles de mouvement et de repos, le mouvement étant causé par
l'Amour et la Discorde, et le repos n'étant que l'intervalle entre leur action successive.
Ces deux explications semblent également insoutenables aux yeux d'Aristote ; et,
s'appuyant sur les définitions qu'il a données lui-même du mouvement et du repos, il
répond à Anaxagore qu'antérieurement au repos, qu'il croit primordial, il a dû y avoir un
mouvement, puisque le repos n'est que la privation passagère du mouvement naturel, et
qu'on ne comprend pas pourquoi l'Intelligence, qui serait restée un temps infini sans agir,
est sortie tout à coup de son inertie. Il répond à Empédocle que cette alternative de
mouvement et de repos ne se comprend guère mieux, bien qu'elle soit un peu moins
contraire à l'ordre qu'on doit toujours supposer dans la nature. Enfin, il reproche à tous
les deux, à Anaxagore aussi bien qu'à Empédocle, de n'avoir pas vu qu'ils admettent sans
y prendre garde l'existence antérieure de l'univers, et qu'ils n'expliquent qu'un état très
postérieur des choses. Aristote soutient donc que le mouvement est éternel, parce que le
temps, qui est le nombre du mouvement, est éternel aussi ; et il critique Platon, le seul
de tous les philosophes qui ait pensé que le temps avait pu être créé, comme si l'on
pouvait jamais se figurer un instant quelconque qui n'ait pas été précédé d'un certain
passé ni suivi d'un certain avenir.
Mais non seulement dans la pensée d'Aristote le mouvement n'a pas eu de
commencement ; il ne peut pas davantage avoir de fin. Il est indestructible comme il est
éternel, et par la même raison ; car s'il n'est pas possible de comprendre un premier
changement qui n'ait point été précédé d'un changement antérieur, il n'est pas plus facile
de comprendre un dernier changement qui ne serait pas suivi d'un autre changement
quelconque. Si le mobile est mis originairement en mouvement par quelque chose qui le
précède et existe avant lui, il n'est pas moins évident que le destructible sera détruit par
quelque chose qui lui survivra.
Ces explications en faveur de l'éternité du mouvement paraissent si satisfaisantes à
Aristote, qu'il blâme Démocrite de s'être arrêté à la surface des choses, et de s'être
borné à déclarer simplement que les choses sont ce qu'elles sont, et qu'elles ont toujours
été ainsi. Quant à lui, il se flatte d'avoir poussé l'analyse beaucoup plus profondément ;
et en effet, on ne saurait méconnaître qu'il s'est efforcé de pénétrer plus avant, en
rattachant son opinion sur l'éternité du mouvement aux définitions essentielles qu'il a
données de la nature, du mouvement, et du temps.

et il est facile de concevoir un mouvement un. Enfin. quand une pierre est mue par un bâton. à travers une foule d'intermédiaires ? Que se passe-t-il dans les profondeurs du moteur premier. comment peut-il produire en lui-même le mouvement qui se communique au dehors. Comment celles qui se meuvent reçoivent-elles le mouvement ? Aristote prend un exemple des plus ordinaires . source et principe de tous les mouvements dans l'univers. elle peut créer le mouvement. mais les deux parties dans lesquelles il se décompose ne le sont pas tout à fait comme lui . l'une est absolument immobile comme il l'est lui-même . et qu'il ne fait cependant que recevoir sans en avoir conscience. atteint jusqu'au mobile le plus éloigné. Dans ce moteur initial. on peut nier l'éternité du mouvement. il retrouvera donc encore les mêmes éléments qu'il a déjà constatés. il en conclut que. n'est pas non plus décisive . l'autre qui est mue et meut à son tour . et si le mouvement se passait également ainsi dans tous les cas. qui est plus sérieuse. se transmettant de proche en proche. Sans doute le changement se passe souvent entre des contraires. car ce serait se perdre dans l'infini. Il y aura dans le premier moteur deux parties. l'autre reçoit l'impulsion. et il recherche comment on peut concevoir qu'un mouvement soit éternel. et ces objections plus ou moins fortes. Aristote se réserve d'expliquer quel est ce mouvement. et. qui sont les contraires entre lesquels il se passe. et il n'est pas donné à des regards humains de voir ce qui se passe . et à tout moment des objets inanimés reçoivent le mouvement. elle n'a rien de contradictoire à l'éternité du mouvement. parce qu'il ne peut pas être infini. qu'il y a des objections possibles à son système . qui crée le mouvement . considérant que. que tout mobile est mu par un moteur qui lui est étranger. comme nous le voyons commencer dans ce monde un petit qu'on appelle l'homme ? Ces objections n'embarrassent pas Aristote. Mais parvenu au premier moteur. il les énumère au nombre de trois. lequel est luimême nécessairement immobile. éternel et continu. Pourquoi le mouvement n'aurait-il pas commencé dans le monde et l'univers. comme absolument impassible et absolument pure. à l'intérieur même de l'être animé et intelligent. Une fois ces objections écartées. la troisième objection. et elle peut la communiquer médiatement au reste des choses. et il n'a pas de peine à les repousser. Donc le mouvement. car le mouvement dans l'animal n'est pas aussi libre et aussi spontané qu'on le pense . l'une qui meut sans être mue elle-même. dont il fait le principe du mouvement. Quant à la seconde objection. Enfin. Le moteur tout entier reste immobile . ne peut pas être éternel. et qu'elle peut dominer le reste du monde en ne s'y mêlant point. c'est la main qui meut le bâton et l'homme qui meut la main. il sent bien qu'on ne peut plus rien chercher en dehors de lui . où il n'y a plus de contraires. tout en communiquant au dehors le mouvement qu'il possède et qu'il crée. une foule d'éléments naturels qui sont toujours en mouvement. nous voyons constamment le mouvement commencer sous nos yeux . et qui déterminent à son insu le mouvement qu'il croit se donner à lui-même. suppose qu'il peut y avoir. et qui. la première. car c'est seulement ainsi qu'étant immobile. Mais il y a d'autres mouvements que celui-là. Or. il faut toujours remonter à un premier moteur. ainsi qu'on le verra tout à l'heure. Il s'appuie d'abord sur ce fait d'observation évidente à savoir qu'il y a dans le monde des choses qui se meuvent et d'autres qui ne se meuvent pas. En second lieu. qui le reçoit et le transmet. Aristote revient à son sujet. et Aristote. qui n'est qu'un changement. en remarquant que tout changement a nécessairement des limites. et de quelle façon le mouvement peut-il y naître ? Aristote s'enfonce ainsi au coeur même de la question du mouvement. d'ailleurs. il ne serait pas éternel. et il résout ce problème si obscur par les principes qu'il a posés antérieurement et qu'il regarde comme indubitables. qu'ils n'ont pas par euxmêmes et que leur communique une cause extérieure. D'abord. la seconde. À cette occasion. Il serait sans doute téméraire d'affirmer qu'Aristote a porté définitivement la lumière dans ces ténèbres . puisque ces êtres se meuvent selon leur volonté et par une cause qu'ils ont en eux-mêmes et dont ils disposent. dans les êtres animés. Aristote loue Anaxagore d'avoir considéré l'Intelligence.Il ne se dissimule pas. dans tout mouvement. Mais le moteur étant immobile. et elle prouve seulement qu'il y a des choses qui tantôt sont mues et tantôt ne le sont pas. ce commencement du mouvement est bien plus manifeste encore. attaquant en ceci le libre arbitre. il a démontré jusqu'à présent. à l'abri de toute affection et de tout mélange .

si d'ailleurs il n'a pas eu plus qu'un autre le bonheur de la rencontrer. et l'on ne peut les prendre indifféremment l'un pour l'autre.dans le sein même de Dieu. et que c'est à tort que de l'éternité du mouvement. et que c'est du moteur qu'il faut conclure le mouvement. le mouvement est logiquement incompréhensible. le premier moteur doit être éternel comme le mouvement même qu'il produit éternellement. à la louange d'Aristote. le mouvement. Il a bien vu le mystère dans toute sa grandeur. Il semble cependant qu'ici il commet une erreur assez grave . ni au-dessous du Timée de Platon. il est plus conforme à ses lois de concevoir le moteur avant le mouvement . Mais en se mettant au point de vue de la seule raison. C'est bien. et il sonde l'abîme avec une sagacité et une énergie dignes d'en découvrir le fond. et ce n'est peut-être que par le besoin d'une déduction purement logique et en partant de l'observation sensible qu'Aristote paraît n'assigner au moteur que la seconde place. qu'il n'est point resté trop au-dessous de cet ineffable sujet. telle qu'il l'a établie. observé par nous. et il a eu le courage d'en chercher l'explication. et qui expliquent tout par les seules forces de la matière. car à moins d'acquiescer à ces systèmes qu'Aristote a cru devoir combattre. Le mouvement étant éternel selon Aristote. Sans le moteur. dune paraît que c'est absolument tout l'opposé. Le moteur doit être de toute nécessité antérieur à sa propre action . il conclut à l'éternité du premier moteur. il faut bien admettre que les choses n'ont pu être mues que par un moteur préexistant. loin de conclure de l'existence du mouvement l'existence du moteur. tandis qu'au contraire c'est le moteur qui fait le mouvement. Mais on peut croire. . Mais je ne voudrais pas trop insister sur cette critique . mais il ne le fait pas. si l'on veut. qui révèle le moteur . et il est bien possible qu'il n'y ait là qu'une différence de mots. Il proclame l'existence nécessaire d'un premier moteur sans lequel le mouvement ne pourrait se produire ni durer sous aucune forme dans l'univers. En dépit du respect que je porte au philosophe.