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COLLECTION DE VIES DE SAINTS

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UN SAINT
pour chaque jour du mois

JUILLET

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SAINT DOMITIEN
Fondateur de l'abbaye de Saint-Rambert-en-Bugey (t 440)
Fête le 1er juillet.

Dès le temps des persécutions, et surtout après la conversion de Constantin, beaucoup de
chrétiens se retirèrent en des lieux déserts, afin d'y servir Dieu plus librement. Telle fut l’origine de
la vie monastique, qui jaillit de l'essence même du christianisme. Les premiers solitaires vivaient
séparés, mais bientôt, ils commencèrent à se réunir sous la conduite d'un seul supérieur ou abbé.
Premières années. – Etudes.
Saint Domitien fut en Occident l'un des ouvriers de la première heure. C'est un titre que lui
reconnaît le martyrologe romain, lorsqu'il annonce sa fête à la date du 1 er juillet. De cet éloge
concis, quoique déjà bien long, si on le compare à la brièveté ordinaire du Martyrologe, nous
possédons un commentaire précieux dans le texte du Bréviaire de l'ancienne abbaye de Saint
Rambert-en-Bugey, manuscrit publié au XVII siècle, par l'érudit et savant Samuel Guichenon,
historiographe de la Savoie et de la France, et de nouveau, en 1900, par l'abbé Seignerin. Domitien
naquit à Rome, au début du Ve siècle, sous le règne de l'empereur Constance III (361).
Ses parents, nobles et chrétiens, surent conserver leur foi intacte, nous dit le chroniqueur, au
milieu des scandales de l'arianisme. Dès que leur fils fut en âge d'étudier, ils le confièrent à des
maîtres catholiques qui, secondés par les dispositions naturelles de l'enfant, lui communiquèrent un
grand amour de la Sainte Ecriture. Lorsqu'il atteignit sa douzième année, il obtint de ses parents
qu'ils vendissent une partie de leur patrimoine familial, pour lui permettre d'entreprendre des
études plus élevées, en vue de se rendre un jour utile à la défense de la foi. Trois années s'étaient à
peine écoulées que son père, nommé Philippe, fut mis à mort par les ariens et, quelque temps
après, sa mère, Marcianille, fermait à son tour les yeux à la lumière de ce monde.
La vraie liberté.
Resté seul, le pieux adolescent fut d'abord en proie à la plus vive douleur, et il eût souhaité
suivre au tombeau ses bien-aimés parents. Pendant deux mois il se demanda quel usage il allait
faire de ses biens. Resterait-il dans le monde ou embrasserait-il la vie monastique ? Tandis qu'il
était ainsi dans l'incertitude et ne savait à quel parti se résoudre, il s'adressa un jour à un de ses
serviteurs : « Écoute, Sisinius, lui dit-il. Penses-tu qu'un homme libre et pouvant conserver sa
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liberté doive se soumettre à une infinité de servitudes pour jouir des biens périssables ? » Sisinius
répondit : « J'estime que toutes les fois qu'on le peut, il vaut mieux être libre qu'esclave. »
« Tu as bien répondu, reprit Domitien. C'est ce que nous enseigne l'Apôtre, ainsi qu'on me l'a
appris à l'école : Si tu peux être libre, préfère la liberté à l'esclavage. J'ai résolu de me conformer à
cette règle, et c'est pourquoi je donne la liberté à tous mes serviteurs. Quant à mes biens je vais les
vendre et les distribuer aux pauvres. » Il mit aussitôt son projet à exécution. Au bout de deux
semaines, ayant vendu et distribué tous ses biens, il se retira du monde pour embrasser la vie
monastique. Nous ignorons quel fut le lieu de sa retraite, mais ce que nous savons, c'est qu'il n'y
jouit pas longtemps du calme et de la paix. Obligé de fuir, il partit pour la Gaule, visita le célèbre
monastère de Lérins et vint se réfugier auprès de saint Hilaire d'Arles, dont la vertu brillait alors du
plus vif éclat.
Le premier monastère de saint Domitien.
Saint Hilaire, touché de la piété de son hôte, voulut lui conférer la dignité sacerdotale.
Domitien reconnut la volonté de Dieu dans ce désir et il consentit à recevoir les saints ordres ;
mais, refusant toute charge et tout honneur dans l'Eglise, il ne pensait qu'à regagner la solitude.
L'île de Lérins exerçait sur son âme une douce attraction. Il se disposait à y retourner lorsqu'il
entendit parler de la vie merveilleuse de saint Eucher, évêque de Lyon. Changeant aussitôt de
direction, il remonta la vallée du Rhône jusqu'à la capitale des Gaules. Eucher le reçut avec une
bonté paternelle, écouta l'histoire de sa vie et de ses pérégrinations et approuva son projet de vie
solitaire.
Il lui donna une pierre d'autel avec des reliques des saints Chrysante et Darius pour la
célébration du saint sacrifice. Domitien se retira dans un lieu isolé, où il construisit un petit
oratoire en l'honneur de saint Christophe. C'est là que devait s'élever plus tard le village de BourgSaint-Christophe. Pendant que le serviteur de Dieu vivait en ce lieu, tout entier à l'oraison, aux
veilles, aux jeûnes, à la célébration quotidienne des saints mystères, il vit bientôt accourir à lui de
nombreux disciples, qui désiraient partager son genre de vie. Les gens du monde eux mêmes
apprirent le chemin de sa retraite, et leur affluence devint telle que le religieux résolut de fuir dans
un endroit plus retiré et d'y établir son monastère. Selon son habitude, il consulta saint Eucher, le
guide de son Ame : « Père vénérable, lui dit-il, le lieu que j'habite est maintenant si connu et si
plein de tumulte mondain, qu'il n'est plus convenable que des moines l'habitent, d'autant plus qu'il
est aride et privé d'eau bonne à boire. »
Saint Eucher lui répondit : « Va, et cherche où tu voudras une solitude comme tu la désires. »
Puis il le bénit et le congédia.
A la recherche d'une solitude.
Le lendemain matin, après la célébration de la sainte messe, Domitien se mit en route avec un
de ses disciples, du nom de Modeste, et se dirigea vers le Levant. Après une longue marche, ils
s'engagèrent dans les gorges d'une montagne et atteignirent un vaste espace entouré d'une forêt
profonde et qui avait été jadis un repaire de faux monnayeurs. L'endroit était délicieux, et, en l'examinant bien, les deux moines trouvèrent plusieurs sources. Vers le milieu de la nuit, Domitien eut
une vision. Notre-Seigneur lui apparut, le considéra avec bienveillance et lui dit : « Domitien,
athlète plein de prudence, montre-toi courageux, car je serai ton appui dans toutes tes entreprises.
Tu recevras en ce lieu des fils nombreux qui viendront se former à tes exemples. Mets donc à exécution le projet que tu as imaginé dans la journée d'hier. »
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Domitien avait en effet, la veille, conçu tout un plan de monastère. Sur la colline où se trouvait
la principale source, il s'était proposé de construire un grand corps de bâtiment pour les religieux,
et plus bas, près du chemin, une hôtellerie et une chapelle pour les voyageurs. A son réveil, il
rendit grâces à Dieu, et, retournant sans retard auprès de ses Frères, il leur fit part de son heureuse
découverte et des bénédictions que Dieu leur promettait. Confiant aux soins d'un prêtre vénérable
la chapelle de Saint-Christophe, leurs cellules et leur jardin, ils se rendirent tous à la nouvelle
solitude, dans le voisinage de laquelle s'élevaient seulement quelques maisons. Outre le couvent et
l'hôtellerie, ils construisirent deux chapelles, l'une en l'honneur de la Très Sainte Vierge, et une
nouvelle chapelle en l'honneur de saint Christophe. Saint Eucher lui-même vint de Lyon pour les
consacrer. On s'occupa en même temps de défricher une partie du terrain et de l'ensemencer. Un
jour d'été, après un travail pénible, Domitien descendit avec quelques Frères pour se baigner
jusqu'à une rivière qu'on appelait alors Alberonna et qui n'est autre que l'Albérine, affluent de
l'Ain. Tandis qu'ils étaient dans l'eau, un renard survint et se mit à ronger et à déchirer les
chaussures du serviteur de Dieu. Domitien s'en aperçut et fit cette prière : « Seigneur, créateur de
tous les êtres, je vous demande comme une faveur, qu'à l'avenir cet animal et tous ceux de son
espèce ne puissent plus faire aucun mal, ni à nous ni à nos successeurs. »
Il avait à peine achevé ces mots que le renard tomba mort à sa vue. Dans la suite, le couvent
n’eut jamais à souffrir de ceux de son espèce. Le manuscrit ajoute, et nous avons peine à le croire :
« Non seulement les renards n'ont jamais fait de mal à leurs poules, mais encore on 1es a vus
parfois jouer avec elles. »
Don des miracles. – Affluence des foules.
Dieu accorda, vers cette époque, à son serviteur, le pouvoir de chasser les démons des corps
des possédés ; aussi les foules connurent bientôt le chemin du nouveau monastère. Domitien, pour
échapper aux marques de vénération dont on l'entourait, fuyait en quelque retraite éloignée et ne
revenait qu'au bout de la semaine, pour revoir ses Frères et prendre un peu de nourriture, car dans
l'intervalle, il s'abstenait de tout aliment. Ses disciples, désolés de ces longues absences, lui
représentèrent qu'ils avaient un besoin incessant de ses conseils et ils obtinrent la promesse qu'il ne
s'éloignerait plus et consentirait à prendre tous les jours quelque nourriture. Devant l'affluence
irrésistible des visiteurs, Domitien imagina, pour les détourner de sa personne, de construire une
grande église qui serait un lieu de pèlerinage, afin qu'il ne fût pas dit qu'on accourait au monastère
uniquement pour le voir.
Les Frères applaudirent à cette idée, et, sans retard, ils se mirent à creuser la terre et à poser les
premiers fondements de l'édifice. Quelques maçons du voisinage furent invités à prendre part à
leurs travaux, et, en peu de temps, on vit s'élever en ce lieu un édifice qui faisait l'admiration de
tous.
Le pain miraculeux.
Pendant qu'on travaillait à l'église, il survint une famine qui désola plusieurs provinces de la
Gaule et plus spécialement la vallée du Rhône. Le pain vint à manquer aux moines et aux maçons.
L'homme de Dieu ne perdit point courage : « Continuez votre ouvrage, leur dit-il, pendant ce
temps je parcourrai les pays voisins pour vous trouver de la nourriture. » Il monta sur son âne et
alla jusqu'à Torcieu qui s'appelait alors Torciacus. Il y arriva précisément un jour où les habitants
s'étaient réunis pour cuire le pain. Chacun avait déjà reconnu et reçu sa provision, lorsqu'on retira
du four un pain plus gros et plus beau que les autres. Ce ne fut qu'un cri d'admiration. Ce pain, que
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personne ne réclamait, n'était là que par un miracle du ciel. On comprit que Dieu lui-même l'offrait
à Domitien, voulant se charger de subvenir aux besoins de ses serviteurs. Le religieux reçut donc le
pain merveilleux, qu'on lui attribua d'une commune voix, et s'en revint tout joyeux au monastère. «
Recevez, dit-il aux moines et aux ouvriers, la nourriture que le Seigneur lui-même vous a
préparée ! »
Par un nouveau miracle, le pain se multiplia de telle façon qu'il suffit pendant dix jours, à seize
moines et à quatre maçons.
Saint Domitien renverse deux temples païens.
II y avait déjà plusieurs jours que Dieu nourrissait ainsi Domitien lorsque celui-ci retourna
dans le monde pour quêter quelques provisions. Cette fois, il dépassa Torcieu, contourna la
montagne et se rendit jusqu’à Lagnieu qui s’appelait alors Latiniacus, du nom du propriétaire de
l’endroit, un riche seigneur gallo-romain nommé Latinus. Celui-ci était assis à l’ombre,
s’entretenant tantôt avec sa femme Syagria, tantôt avec les paysans qui venaient lui acheter du blé,
lorsque Domitien, toujours avec son âne, se présenta et lui adressa cette requête : « Nobles époux,
dit-il, Dieu vous donne longue vie et prospérité.

Saint Domitien réveille les maçons qui dorment depuis
trois jours.

Des serviteurs du Dieu vivant qui habitent non loin d'ici, dans le désert, m'ont envoyé vers
vous, ainsi que vers les autres seigneurs de la contrée, vous demander pour eux quelques
provisions, ils méritent d'autant plus votre charité que le pain est venu à leur manquer pendant
qu'ils travaillaient à la construction d'une église. »
Latinus répondit : « Comment veux-tu que je te donne mon blé, tu as plus l'air d'un bandit que
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d'un serviteur de Dieu. – Noble seigneur, vous m'avez bien jugé répliqua Domitien, car ma vie est
loin d'être en rapport avec ma profession. »
Or, Latinus était un hérétique arien, et comme ses congénères il ne manquait aucune occasion
de discuter sur les questions religieuses. Heureux de trouver à qui parler, il demanda au religieux :
« Puisque tu te dis le chef des serviteurs de Dieu qui vivent dans le désert, dis-moi donc quelle foi
vous professez ? »
Domitien répondit : « La foi est variable, et ne peut qu'engendrer les esprits différents et
boiteux ; si elle est invariable et universelle elle conduit les siens en toute sûreté à la béatitude
éternelle. – Et quelle est cette foi invariable et universelle ? interrogea Latinus. – La foi que j'ai
reçue et apprise de mes maîtres, successeurs des apôtres, foi contre laquelle les ariens s'acharnent
maintenant avec fureur. – Quelle est-elle donc ? » insista son interlocuteur.
Domitien, faisant alors une allusion directe à l'hérésie arienne qui niait la divinité de JésusChrist, répondit par cette profession de foi : « Croire en Dieu le Père tout-puissant, et en JésusChrist, son Fils unique, Notre-Seigneur, et dans le Saint-Esprit. Je dis Dieu le Père, parce qu'il a un
Fils ; Dieu le Fils, parce qu'il a un Père, à qui il est entièrement égal par la divinité. Le Saint-Esprit
procède de l'un et l'autre, cependant consubstantiel et coéternel au Père et au Fils. Nous déclarons
que ces trois Personnes ne font qu'un seul Dieu, parce qu'il n'y a qu'une seule divinité, une seule
puissance, une seule éternité, une seule majesté indivise. »
Alors Latinus : « La puissance du Père n'est donc pas supérieur à celle du Fils ? – Non, car le
Fils et le Père n'ont qu'une seule et même puissance, la puissance divine. – Ce que tu dis est
impossible, objecta l'arien. Serais-je sage, réponds-moi, si je confiais mes biens et ma dignité à
mon enfant, lorsqu'il est encore incapable d'en user ? Par la même raison, Dieu ne pouvait
communiquer sa puissance et sa dignité à son Fils, après qu'il l'eût engendré. – Ta sagesse est toute
charnelle, répondit Domitien. Pour te prouver que j'ai dit la vérité, regarde. Au nom du Fils unique
de Dieu, coéternel et en tout égal à son Père, que ces temples des démons s'écroulent à l'instant! »
Il y avait, en effet, près de là, deux temples païens dédiés l'un à Jupiter, l'autre à Saturne, où les
paysans superstitieux venaient encore, en cachette, offrir des vœux et des prières. A la parole du
Saint, la terre tremble et les deux édifices s'écroulent avec fracas. En même temps, le ciel se
couvre de nuages et, au milieu des éclairs et du tonnerre, tombent une pluie et une grêle
abondantes. L'arien, sa femme et ses domestiques courent se mettre à l'abri dans le palais, sans
s'inquiéter de Domitien. Latinus revenu à lui se mit à réfléchir sur ce qui venait de se passer, et il
comprit que Dieu avait voulu manifester que la foi du moine quêteur était la foi véritable. Les
paroles de sa femme, catholique depuis longtemps dans le fond de son cœur, vinrent le confirmer
dans cette pensée.
L'orage n'avait duré que quelques instants et, de nouveau, le soleil brillait radieux dans un ciel
sans nuages. On sortit pour se mettre à la recherche de l'homme de Dieu et on le trouva auprès de
l'aire, creusant avec son bâton de petits canaux, pour empêcher l'eau d'arriver jusqu'au blé, qui
avait été miraculeusement préservé de la pluie et de la grêle. Latinus se jeta à ses pieds, lui
demanda pardon et le pria de lui enseigner la foi véritable. Il le garda trois jours chez lui et le
renvoya à son monastère muni d'abondantes provisions. Il voulut en même temps subvenir aux
futures nécessités des religieux, et, pour cela, il leur fit don de vastes domaines, par acte notarié,
signé de sa main et contresigné par sa femme et ses enfants. Le monastère de Saint-Rambert était
fondé.
Les ouvriers endormis. – Mort de saint Domitien.
De retour au désert, Domitien ne fut pas peu surpris de trouver les maçons endormis à l'heure
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du travail. Il les réveilla et leur demanda : « Que faites-vous là, mes frères ? Pourquoi abandonnezvous l'ouvrage commencé ? Les forces vous auraient-elles manqué ? – Oui, lui répondirent-ils.
Pendant dix jours nous avons mangé à satiété du pain délicieux que vous nous aviez apporté, mais
hier, vendredi, nous n'avons pris aucune nourriture, et nous avons résolu de retourner à nos
maisons. – Et quel jour pensez-vous qu'il soit interrogea Domitien. – Samedi, répondirent-ils. – Il
est aujourd'hui lundi, reprit le Saint. Que ce repos de deux jours vous suffise. Mangez ce que je
vous apporte et reprenez votre travail. »
Les maçons restaurés se remirent à l'œuvre avec ardeur et, en peu de temps, ils achevèrent la
construction de l'église. Saint Eucher de Lyon revint encore pour la consacrer et bénir le nouveau
monastère. La renommée du fondateur ne tarda pas à lui attirer de nouveaux disciples. Domitien,
déjà avancé en âge, remit la conduite de son œuvre à un saint religieux du nom de Jean, pour se
préparer plus librement à la mort. La maladie le frappa soudainement. C'était en 440.
II appela alors ses Frères autour de son lit et leur parla en ces termes :
« Vivez dans la paix et la sainteté, car c'est la condition indispensable pour voir un jour le
Seigneur. Obéissez en tout au père de vos âmes. Enfin, apprenez que Dieu doit m'appeler à lui au
premier jour de juillet. »
A ces mots, tous fondirent en larmes : « Père, pourquoi nous quittez-vous si vite ? » lui
demandaient-ils avec des sanglots. Mais lui : « Je ne vous abandonne pas, leur disait-il, réjouissezvous, car je vais vous protéger auprès de Dieu. »
Quand le jour prédit fut arrivé, le saint sacrifice fut célébré devant le moribond qui, après avoir
communié avec tous les Frères, s'écria en levant les mains vers le ciel : « Seigneur, je remets mon
âme entre vos mains ! » Et il expira en prononçant ces mots. C'était, croit-on, le 1er juillet.
En même temps, la cellule fut remplie d'un parfum suave et pénétrant, dont l'odeur rendit la
santé à plusieurs Frères affectés de diverses maladies. Le corps du serviteur de Dieu fut déposé
dans l'église du monastère, près de l'autel de saint Genès, martyr. De nombreux miracles
s'accomplirent dans la suite sur son tombeau.
Saint Rambert. – Ses reliques et celles de saint Domitien.
Le monastère fondé par saint Domitien fut d'abord appelé abbaye de Bébron, du nom du
torrent, puis abbaye de Saint-Domitien. A la fin du VIIe siècle, se produisit un événement
considérable. En 680, les religieux inhumèrent dans leur monastère le corps de saint Ragnebert ou
Rambert, allié à la famille royale de France, assassiné sur les bords du Bébron par ordre d'Ebroïn,
maire du palais.
Avec le temps le couvent fut appelé abbaye des Saints-Domitien et Rambert, on trouve ce nom
encore en 1138, puis saint Rambert éclipsa le souvenir du fondateur du monastère d'où le nom de
Saint-Rambert-de-Joux que portèrent l'abbaye et le bourg voisin qu'on appelle encore SaintRambert-en-Bugey.
Les religieux y restèrent jusqu'à la Révolution ; ils appartenaient à l'Ordre bénédictin de Cluny.
Les reliques qui ornaient le sanctuaire furent transférées dans l'Eglise paroissiale le 12 juin 1789.
Cette église garde encore aujourd'hui dans une même châsse, qui date de 1763, des reliques
importantes de saint Rambert et quelques parcelles du corps de saint Domitien.
Un fait analogue de substitution de nom du saint patron s'est produit dans le Forez où le
prieuré de Saint-André des Olmes a pris le nom de Saint-Rambert, à la suite du transfert d'une
partie des reliques des deux Saints dans ce prieuré en 1078.
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Un inventaire de reliques, fait en 1625 Saint-Rambert-en-Forez, mentionne plusieurs
ossements importants, et en dernier lieu, « de la poussière des reliques de saint Rambert et du
bienheureux Domitien ». Les autres procès-verbaux sont en général muets sur saint Domitien.
Les reliques des deux Saints, ayant échappé à la Révolution, ont été déposées dans une
nouvelle chasse en 1872 ; le reliquaire se trouve aujourd'hui, dans l'église, abrité par une grille de
fer forgé.
R.B.L.

Sources consultées. – Guigernon, Histoire de la Bresse et du Bugey. – Abbé Charles Signerin,
Histoire religieuse et civile de Saint-Rambert-en-Forez (Saint Etienne, 1900). – (V.S.B.P., n° 1429.)

SAINT OTHON
Evêque de Bamberg et apôtre de la Poméranie (1062-1139)
Fête le 2 juillet.

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qui lui semblaient inexplicables. négligeant ses propres intérêts. pays alors privé de maîtres instruits. devait mettre à mort saint Stanislas. et faisant le vœu de n'accepter la consécration épiscopale qu'après que le Souverain Pontife aurait ratifié son élection.Saint Othon ou Otton naquit à Mistelbach. et lui demander une ligne de conduite. mais le duc y perdit son sage conseiller. et il s'y livrait déjà depuis quelques années avec un grand succès. On était aux premiers jours de février et le froid était rigoureux. L'empereur se promit de le récompenser et. en acceptant les propositions de son maître. Pour ne pas être à charge à son frère aîné. au milieu du clergé et du peuple accourus en foule pour le recevoir. au sujet de son élection : 9 . mais encore ils le prirent souvent comme intermédiaire pour trancher certaines questions litigieuses. Sa science. Il savait d'ailleurs que le pouvoir que s'arrogeait l'empereur de distribuer les bénéfices et les évêchés était une usurpation des droits de l'Eglise. de souiller son âme du crime de simonie. il fut appliqué à l'étude. il consentit à recevoir la crosse et l'anneau de la main de l'empereur. et ouvrit une école qui fut bientôt très fréquentée. La charge de chancelier étant devenue vacante. qu'il voulut l'avoir à sa cour. après avoir quitté sa patrie. plus tard. l'empereur ne lui confia que de petits emplois. L'ambassade réussit au delà de toute espérance. il passa en Pologne. Henri IV ne crut pas pouvoir mieux choisir qu'en y appelant son chapelain. y rentrait comme un personnage d'importance. Dès son enfance. lorsqu'il perdit tout à coup ses parents. malgré la glace et la neige. L'empereur fit conduire l'élu à Bamberg par les évêques de Wurzbourg et d'Augsbourg. Il alla plus loin encore (et luimême reconnaîtra sa faute) . En effet. pour éviter que l'évêché en question ne passât en des mains trop indignes (décembre 1102). si énergique dans ses refus antérieurs. pour aller demander la main de Judith. qui pouvaient souffrir de l'absence d'un ministre aussi entendu. Henri IV. – Fidélité de saint Othon au Pape. Le cœur du chancelier était au-dessus d'une telle bassesse. alors qu'une foule d'intrigants le sollicitaient. mais peu favorisés des biens de la fortune. l'empereur pensa de nouveau à son chancelier . sa distinction naturelle lui acquirent rapidement la sympathie et la confiance des seigneurs polonais . Celui-ci s'en acquitta pendant plusieurs années avec tant de zèle. non seulement ils recherchèrent l'amitié du jeune homme. le duc se l'attacha comme chapelain et le choisit. il voulut plusieurs fois donner à Othon un évêché . Evêque de Bamberg. pauvre et. Son premier soin fut d'écrire au Pape. se déclarant prêt à partir pour Rome. l'empereur avait été tellement frappé des belles qualités du négociateur de Boleslas. dans la Moyenne-Franconie. Othon. dont le principal était de réciter avec lui des psaumes. chapelain impérial. après la mort de sa première femme. Tout d'abord. que les affaires du palais ne furent jamais aussi prospères qu'au temps de son administration. évêque de Cracovie) . puis chancelier. si telle était la volonté du Pontife. et il aurait craint. et accompagné d'un imposant cortège. Sa renommée arriva jusqu'au duc Boleslas II (celui qui. sœur de l'empereur d'Allemagne. Directeur d'école. Il s'exprimait ainsi. C'est ainsi qu'Othon. céda cette fois. vers l'an 1062. de parents nobles. L'évêché de Bamberg étant devenu vacant en 1102. Pascal II. se contentant de réserver dans son cœur tous les droits de l'Eglise. Dès qu'Othon aperçut de loin le clocher de la cathédrale. sa piété. mais il se heurtait toujours à des refus. pour l'informer de ce qui s'était passé. il quitta ses chaussures et il fit pieds nus le reste du chemin. presque inconnu. cependant.

Tandis qu'il multipliait ses générosités. » Simple dans ses habits. il faut lui recommander cette affaire. Il craignait encore que la simonie n'entachât quelque peu son élection . une vingtaine de monastères. Faites donc savoir votre bon plaisir à votre serviteur. l'évêque fit le récit de son élection. il fonda et mit à même de se suffire. les périls auxquels étaient exposés les évêques. De plus. qui lui étaient servis. que le Pape lui envoya l'ordre de revenir. . comme étrangers en ce monde ». et j'ai gagné ses bonnes grâces . N'ayez aucun doute sur Notre bienveillance et faites-Nous jouir de votre présence au plus tôt. Seule une injonction aussi formelle pouvait le déterminer à retourner vers le Pontife. ce nombre fut doublé. après mûre délibération. Un jour de jeûne. admirant son humilité se contenta de lui dire : « La fête du Saint-Esprit approche. tant dans son propre diocèse que dans plusieurs autres de l'Allemagne. Un fils sage réjouit sa mère. 17 mai 1103. il avait dans sa nourriture la sobriété d'un anachorète . De retour dans son diocèse. se prit à considérer les difficultés du temps. il répondit « qu'on ne peut bâtir trop d'hôtelleries pour ceux qui se regardent. si Votre Sainteté n'a pour agréable de m'investir et de me consacrer elle-même. il se déclarait indigne de l'épiscopat et insistait pour qu'on écartât de ses épaules un tel fardeau. coûte ce poisson ? demanda l'évêque. pour vivre dans la retraite le reste de ses jours. Aussi son premier soin fut-il de favoriser de tout son pouvoir les Ordres religieux. sont les biens des pauvres. . me défiant de l'investiture donnée de sa main. son bien-aimé frère. de retour à son logis. Cette décision prise. Reçu par le Pape à Anagni. Pascal II ne lui fit point prêter serment. Comme certains se plaignaient de la multitude de ces fondations. évêque élu de l'Eglise de Bamberg. quoiqu'il n'en dispensât aucun de ceux qu'il consacrait. deux fois. qui étaient raccommodés comme ceux d'un pauvre. Cette lettre combla de joie le Pape. mais je ne le garderai point. afin qu'on put en faire profiter les indigents.. répondit le serviteur. son intendant lui avait apporté un poisson d'un prix assez élevé. Il m'a renouvelé une troisième fois ses instances et il m'a nommé à l'évêché de Bamberg . si peu habitué à une telle déférence de la part des évêques allemands. dont les évêques de Bamberg jouissaient alors quatre fois par an . afin que je ne coure pas en vain en courant à vous. Nos biens.J'ai passé quelques années au service de l'empereur mon maître. j'ai refusé de lui la dignité épiscopale. mais il était à peine à une journée de marche. il n'eut rien de plus pressé que de retourner en Allemagne . En même temps. en vertu de la sainte obéissance. Le Pape. on le voyait souvent se lever de table. ayant à peine touché aux mets. En quelques années seulement. remit au Vicaire de Jésus-Christ la crosse et l'anneau qu'il tenait des mains impériales et demanda humblement pardon pour tout ce que sa conduite pouvait avoir de répréhensible.Deux pièces d'argent. à Othon. salut et bénédiction apostolique. il devait se donner des auxiliaires capables de le seconder efficacement. il augmenta en sa faveur le privilège de la croix et du pallium. résolut-il de renoncer à toute dignité. » Othon. pour avoir une action durable sur le peuple qui lui était confié.Combien. aussi. leur disait-il. le nouvel évêque comprit que. Saint Othon propage la vie religieuse. Il répondit aussitôt en ces termes : Pascal. par des dons généreux. qui le sacra le jour de la Pentecôte. il était pour lui-même d'une parcimonie qui faisait l'étonnement des gens de sa maison. à partir de saint Othon. 10 . Othon partit pour l'Italie.. mais. Nous avons cru convenable d'honorer et d'aider votre avancement. l'indocilité des grands et des peuples eux-mêmes. – Le vœu d'obéissance. Vos œuvres et vos desseins manifestent un homme plein de prudence . accompagné d'une députation des fidèles de Bamberg. serviteur des serviteurs de Dieu.

à qui il était uni par les liens de la plus vive amitié. mais à leurs âmes.Fais présent de cette nourriture à Jésus-Christ. L'abbé. et. je suis prêt à le tenir.S'il en est ainsi. il résolut de se les attacher par les liens d'une foi commune. le malade. il hâta ses préparatifs de voyage. crut donc utile de se présenter en ce pays. une forêt immense. s'écria le prélat. Le duc de Poméranie. Le zélé missionnaire se mit en route le 24 avril 1124. il se souvint peut-être du geste de l'abbé de Saint-Vanne. pour les principaux de la nation. pour tenir dans l'obéissance ses nouveaux sujets barbares et indisciplinés. et.. destinés à l'accompagner. Saint Othon. qui ne cherchaient qu'à soulager leur indigence. de l'admettre en son monastère. parmi lesquels se distinguait un certain Paulicius. environné de tout l'éclat de sa richesse. traversa la Bohême et se rendit d'abord à Gniezno. il ajouta : . répondit Othon. de continuer les bonnes œuvres et les saints travaux que vous avez entrepris pour la gloire de Dieu. Quelque temps après. Père très saint. il passa la rivière avec une petite escorte et vint saluer l'évêque. Othon se soumit humblement . depuis longtemps. L'apôtre de la Poméranie. voyant 11 . je suis robuste. disposé à tenir fidèlement le vœu d'obéissance par lequel vous vous êtes lié envers moi ? . et. Celui-ci accueillit la proposition avec une joie indicible. avaient été traités comme des misérables.Au nom du Fils de Dieu. sollicité. la troupe apostolique s'arrêta sur les bords d'une rivière. quelques zélés missionnaires s'étant jadis présentés dans le simple appareil de la pauvreté évangélique. capable de l'aider même dans la prédication. Il choisit un certain nombre d'ecclésiastiques capables. venait de conquérir la Poméranie. qu'il regardait comme son monastère. Boleslas. un peu de pain me suffira. . mais encore en secret. en Lorraine. Il eut soin d'emporter aussi des étoffes précieuses et d'autres présents de grand prix. averti de sa venue. Il n'ignorait pas que la Poméranie était une contrée opulente et que les pauvres y étaient un objet d'aversion et de mépris . par l’empereur Henri II. ajoutant que. lui aussi. Offre-la-lui dans la personne de quelque pauvre malade ou paralytique. complètement rétabli. il était décida à déposer les insignes épiscopaux pour vivre loin du monde. reprit l'abbé. de Bamberg. au courant des faits. la Netze. Le duc Boleslas le retint pendant sept jours et lui donna des interprètes. Après avoir traversé à grand'peine. Mais l'abbé Wolfram ne voulait point priver l'Eglise d'un apôtre aussi zélé que le saint évêque de Bamberg . afin de montrer aux barbares qu'il n'en voulait point à leurs biens. prenant le plat. lorsqu'il fit appeler le saint abbé Wolfram. alors la capitale de la Pologne. et. car le prince était déjà chrétien. loua ce généreux projet. par crainte des infidèles. Pour moi. Il eut l'idée de confier l'œuvre d'évangélisation de ce pays au zèle bien connu de l'évêque de Bamberg. l'évêché. devint plus que jamais l'hôtellerie des pauvres. Othon relevait d'une longue maladie. je vous ordonne.Etes-vous.Il ne sera pas dit. homme sage et prudent. Othon et le chef des barbares se jetèrent dans les bras l'un de l'autre. s'était campé sur l'autre rive avec cinq cents hommes armés . pendant six jours. reçut aussitôt son vœu d'obéissance. que le misérable Othon a mangé aujourd'hui une telle somme à lui tout seul. Pendant qu'ils s'entretenaient tous deux à part. se munit de missels. dans la pauvreté. Et. l'obéissance et la mortification. Paulicius leur servant d'interprète. et de tout ce qui était nécessaire au service le l'autel. de calices. les barbares qui accompagnaient le duc. de psautiers. et le supplia avec instances de vouloir bien l'admettre au nombre de ses religieux. alla trouver son supérieur pour demander d'être reçu dans le monastère et d'en revêtir l'habit. duc de Pologne. dès qu'il eut obtenu la bénédiction du Pape pour cette entreprise. à partir de ce jour. . demanda-t-il à l'évêque. « qui s'est fait pour nous obéissant jusqu'à la mort ». d'ornements sacrés. acquiesçant à la demande d'Othon.

où il fit des baptêmes si nombreux que. Embarrassés. La pieuse caravane se dirigea d'abord vers Piritz. Les barbares accoururent en foule au-devant de lui. disaient-ils encore. les ducs de Poméranie et de Pologne se tiendraient pour offensés de ce mépris. Deux villes rivales : Vollin et Stettin. de se baigner et de se revêtir d'habits blancs. il leur ordonna de jeûner trois jours. Mais l'accueil ne fut pas le même à Vollin. déclarant qu'ils ne pouvaient résister au vrai Dieu. Dieu nous a donné. puis il se rendit à Camin. Son admirable patience devant les mauvais traitements toucha tellement les assaillants. encore tout excitée à cause d'une fête païenne qu'on venait de célébrer ce jour-là par des festins et des réjouissances bruyantes. Ils répondirent : 12 . et que. Cependant. Mais le duc les rassura bientôt. L'évêque-missionnaire demeura à Piritz environ trois semaines pour achever l'instruction des néophytes . revêtu de ses habits pontificaux. Paulicius et les députés du chef poméranien allèrent trouver les principaux de la ville pour leur annoncer la venu de l'évêque de Bamberg et leur ordonner de recevoir ce prélat. l'évêque. que l'évêque était à leurs portes. trempée de sueur jusqu'à la ceinture. et Paulicius. mais cruels. ville de commerce située à l'embouchure de l'Oder. regardant leurs nouveaux hôtes avec une grande curiosité et les aidant de leur mieux à s'installer. avec ses prêtres et ses clercs . prenaient plaisir à augmenter leur terreur. mais personne ne désirait entrer de nuit dans la ville. que leurs idoles n'étaient pas des dieux. puis. si les habitants de Stettin leur en donnaient l'exemple. en tirant leurs couteaux et en leur faisant entendre par gestes qu'ils voulaient les massacrer. pour se préparer au baptême. pour la bonne réception que vous nous avez faite ! Vous savez peut-être déjà la Cause qui nous a fait venir de si loin : c'est votre salut et votre félicité . ils voyaient bien. et quels présents ce Père nous fait. monta sur un tertre et parla par interprète à ce peuple avide de l'entendre : . malgré l'aide de ses prêtres. et. Il employa sept jours à les catéchiser soigneusement. et tous demandèrent à haute voix qu'on fit venir l'évêque.Bénis soyez-vous de la part de Dieu. où elle arriva sur le soir . qui déjouait tous leurs calculs . et que leurs menaces étaient une vaine plaisanterie. Les habitants étaient non seulement barbares. s'ils le faisaient attendre. lui offrit une canne d'ivoire. quoique l'évêque fût logé à la maison ducale. Le lendemain matin. il avait son aube. Othon. car vous serez éternellement heureux si vous voulez reconnaître votre Créateur et le servir. leur proposant de recevoir Othon. » Missions de Piritz et de Camin. de sorte que les compagnons d'Othon se préparaient déjà au martyre. les païens demandèrent quelque temps pour délibérer . accompagné des députés du duc. disant à ses soldats : « Voyez quel Père. alla trouver les principaux habitants de la ville. Othon se dirigea donc vers Stettin. mais les envolés. entre autres présents qu'il fit au duc. Leur résolution fut transmise au peuple. la foule vint l'y attaquer avec furie. tous déclarèrent d'une commune voix qu'ils désiraient être instruits de la foi chrétienne. sur laquelle le prince s'appuya aussitôt avec reconnaissance. Jamais présent ne m'a fait plus grand plaisir. répliquèrent qu'il fallait se déterminer promptement.les clercs peu rassurés. et leur expliqua qu'il n'était entouré que de chrétiens. Othon se présenta donc et campa sur une grande place qui était à l'entrée de la ville. que finalement ils se déclarèrent prêts à adhérer à la foi chrétienne. Comme il exhortait ainsi ce peuple avec simplicité. Les notables de Piritz se montrèrent surpris en apprenant que l'évêque fut si proche. Ils décidèrent aussitôt de le recevoir. comprenant que c'était là un artifice.

Mais le pontife des idoles. au moment de mourir. encouragée par ce récit. il se montra un apôtre de la foi qu'il avait jadis reniée et persécutée. Othon reprit ensuite le chemin de Vollin. Revenus auprès des jeunes gens de leur âge. pendant les huit jours suivants qu'ils passèrent revêtus de l'habit blanc des néophytes. la ville entière fut entraînée. après une absence d'environ un an. Cette merveille fit tomber la fureur de la multitude. les baptisa et les garda auprès de lui. De Stettin. En 1128. Après cette humble confession. leur donna sa bénédiction. et la liberté de leurs mouvements leur fut rendue. les mauvais traitements du premier voyage. on y voit toutes sortes de crimes et de supplices. ces hommes pouvaient chanter encore. l'évêque de Bamberg se rendit à Vollin. Les barbares furent extrêmement surpris de ce que. En effet. et. Enfin. en plus grand nombre. mais que les richesses que lui avait offertes le paganisme l'avaient empêché de se montrer chrétien. fit élever la croix et. – Mort de saint Othon. Seconde mission. mais. dont il trouva la population disposée à recevoir l'Evangile. Ces deux nouveaux chrétiens reçurent de l'évêque de Bamberg des tuniques brodées d'or. avec une ceinture d'or et des chaussures aux couleurs éclatantes. les habitants avaient envoyé en secret à Stettin des hommes intelligents pour s'informer de l'accueil ménagé aux missionnaires. La jeunesse païenne. comme il se l'était proposé.fessa qu'il avait reçu le baptême en Saxe. sa munificence. ils racontèrent ce qu'ils avaient vu chez le missionnaire : la pureté et la régularité de sa vie. avide du martyre. Enfin. dont il trouva les habitants divisés. Othon quitta de nouveau Bamberg et se rendit en Poméranie. vinrent assiéger la maison de l'évêque. Le père des deux premiers baptisés était absent au moment de leur conversion. Quand il les sut chrétiens ainsi qu'une grande partie de sa famille. ameutés par les prêtres des idoles. On dit qu'il y a chez les chrétiens des voleurs à qui on coupe les pieds et à qui on arrache les yeux . deux jeunes gens nobles vinrent trouver l'évêque et demandèrent à être instruits. ayant paru.. que continuaient les clercs. 13 . sa charité. nous sommes contents de notre religion. les apostats brandirent leurs lances pour le transpercer. en toutes manières. les uns persévéraient encore dans la foi. L'évêque fut donc reçu avec joie par la population de Vollin. Les habitants en étaient restés dans de meilleures dispositions ils reçurent avec une humble soumission ses remontrances et réformèrent les abus. comme pétrifiés. suivit leur exemple. entonnant des psaumes et de hymnes. Les apostats. puis l'âge mûr et la vieillesse . où l'idolâtrie menaçait de ruiner les belles espérances du début. revêtit ses habits pontificaux. en criant qu'il fallait le massacrer. Miracle ! leurs bras se raidirent et demeurèrent tendus. apaisé par les prières de sa femme et touché par la grâce de Dieu. sa douceur. les autres. – Prodiges. mû de pitié. Ils écoutèrent. il s'en alla trouver Othon. tous demandèrent pardon et revinrent de leurs égarements. Othon accueillit avec tendresse ces prémices d'une moisson nouvelle. avec la bénédiction du Pape Honorius et l'agrément du roi Lothaire. Il s'arrêta d'abord à Stettin. les catéchisa. commencèrent à s'adoucir. il entra en fureur et jura de se venger de l'évêque. Othon. qui avait résolu de tuer l'évêque. se jeta tout en larmes à ses pieds et lui con.Nous ne quitterons point nos lois. loin de nous une telle religion ! Les Stettinois demeurèrent deux mois dans cette obstination. recommanda au Seigneur son dernier combat. l'évêque de Bamberg était de retour dans sa ville épiscopale. se regardant en silence. Othon. étaient retournés au paganisme. qui s'efforça de réparer. un chrétien déteste un autre chrétien.

l'ont fait accuser d'opportunisme.. Sa fête est fixée au 2 juillet. de le déclarer solennellement canonisé en vertu de l'autorité du Siège apostolique.S. – Rohrbacher. Il fut certainement le défenseur de la foi orthodoxe. Histoire de l'Eglise. et leur enjoignait. par les Actes du Concile de Chalcédoine et par une biographie grecque peu ancienne et d'ailleurs sans grande valeur historique.B. la châsse qui renfermait ses reliques a été placée dans le trésor de l'Electeur de Hanovre. par les historiens avertis. n° 1441. l'évêque missionnaire rentra à Bamberg. si le résultat ne laissait pas de doute. 14 .P. L'Eglise d'Orient célèbre à la date du 3 juillet la mémoire de cet évêque de Constantinople. Le précepteur de saint Anatole. qu'il institua ses héritiers.Après avoir eu soin de donner à la Poméranie des prêtres chargés de maintenir et de développer son œuvre. Sa vie est connue surtout par la correspondance qu'Anatole échangea avec le Pape saint Léon le Grand. – Grands Bollandistes (2 juillet). Après le triomphe de l'hérésie luthérienne. étant devenu plus que jamais le père des pauvres. quelques année après. Mais les circonstances assez étranges de son élévation à l'épiscopat et plus encore.) SAINT ANATOLE Évêque de Constantinople (400?.458) Fête le 3 juillet. Saint Othon a été canonisé par Clément III en 1189 sous une forme particulière : le 29 avril. son hésitation à rompre avec les adversaires de la Papauté ou avec les partisans d'Eutychès. ce Pape prescrivait aux évêques allemands de procéder à une enquête sur les vertus et les miracles de l'évêque de Bamberg. pour le moins.B. le 30 juin 1139. Sources consultées. A. où il mourut pieusement.R. – (V.

Nestorius. de parents illustres. se réunit en juin 431. Dioscore. avait osé prêcher. qu'en Notre-Seigneur il y a deux personnes. sans pénétration. Chrysaphe. il n'y avait dans la personne de Jésus qu'une seule nature. envoya à Flavien une Instruction dogmatique. pour y traiter avec les empereurs des affaires de l'Eglise d'Alexandrie. Peu après.D'après cette biographie. Assidu à lire les Ecritures et à les méditer. vers l'état ecclésiastique. D'abord chargé de lire les Ecritures dans la sainte assemblée des fidèles. écrite par un anonyme et publiée par les Bollandistes. et cela. son attachement au patriarcat d'Égypte ainsi qu'aux doctrines défendues avec tant de vigueur par l'énergique et puissant évêque d'Alexandrie. il fut envoyé plusieurs fois. ne tarda pas à tomber dans une erreur opposée. cet indigne patriarche de Constantinople. Après le Concile d'Éphèse. Enfin. qu'accompagnaient un diacre et un notaire. le prit sous sa protection. le légat pontifical. dans une série de sermons. la cinquième seulement. En 428. Il eut pour éducateur et pour maître l'évêque même d'Alexandrie. Le Concile général. et son caractère sérieux contrastait avec celui des autres enfants. convoqua un nouveau Concile à Ephèse. Le peuple d'Orient se révolta devant ce blasphème. en qualité d’« apocrisiaire » – l'équivalent d'un nonce – à Constantinople. la même église où s'était réuni le Concile de 431. indigne successeur de saint Cyrille. à Alexandrie. et le dirigea. Le Pape saint Léon le Grand ( 461) accepta cette convocation. titre que personne ne lui avait contesté jusque-là. avait été un fougueux adversaire de l'hérésie nestorienne. archimandrite depuis de longues années d'un couvent de moines à Constantinople. saint Flavien. Eutychès fut réhabilité. sa conversation. C'était dénier du même coup à la Sainte Vierge son privilège de Mère de Dieu. la fit condamner par un synode d'évêques égyptiens. bien que le IIe Concile œcuménique eût attribué à son titulaire la première place après l'évêque de Rome. saint Cyrille (t 444) l'un des plus illustres Docteurs de l'Orient. patriarche d'Alexandrie. réclamé de toutes parts. nommé Jules ou Julien. Anatole semblait avoir l'esprit mûri avant le temps . Eutychès. il fut ensuite promu à l'ordre du diaconat. et saint Flavien déposé : ce dernier. Ce pseudo-Concile s'ouvrit le 8 août 449 dans l'église de Marie. saint Flavien. Il empêcha que lecture fût donnée des lettres pontificales adressées au Concile et à Flavien. l'hérésiarque fut excommunié et déposé par le Conseil des évêques séjournant habituellement dans la ville impériale. et dès la première session excommunia et déposa Nestorius : le diacre Anatole était aux côtés de l'évêque d'Alexandrie qui joua dans le Concile un rôle de premier plan. Une troisième lettre de saint Léon le Grand n'avait pu être remise à l'impératrice Pulchérie. dans la ville d'Éphèse. Mais cet esprit obtus. il y perfectionna son intelligence et affermit sa volonté dans l'amour du bien. Cet éminent précepteur conduisit son disciple dans les voies de la science sacrée et de la vertu. Le patriarche d'Alexandrie profita de son pouvoir pour abaisser le siège de Constantinople qui portait ombrage au sien. il en arriva à affirmer qu'après l'Incarnation. Dioscore présida l'assemblée des évêques. Saint Cyrille mit en garde ses fidèles contre la nouvelle hérésie. se serrant des troupes impériales et de moines fanatiques. et l'empereur Théodose II ( 450). Le « brigandage d'Éphèse » (449). qui était le filleul d'Eutychès. Anatole naquit au début du Ve siècle. circonvenu par son ministre favori. tout en gardant le cachet de simplicité du jeune âge. Dans ces missions se révéla son jugement droit. Il n'accepta pas cette sentence. Saint Cyrille le vit avec joie grandir dans ces heureuses dispositions. occupant la deuxième place. il imposa sa volonté aux évêques terrorisés. nette et précise. A force de défendre l'unité de personne dans le Christ. Dénoncé à l'évêque de Constantinople. Par l'ordre de la cour. n'admettait rien de frivole. dépourvu d'une solide culture théologique. où se trouvait énoncée la foi catholique : Le Christ est une personne unique possédant deux natures. après en avoir appelé au 15 .

Pape. – Au tombeau de sainte Euphémie. Comment le patriarche Dioscore se faisait illusion. vers la fin de l'année 449. gardien vigilant de l'orthodoxie. Le Pape ne tarda pas à lui témoigner (451) sa satisfaction et le pria d'agir en accord avec ses légats. toujours puissant à la cour de 16 . un an auparavant. est appelé à désigner le successeur de sa victime. à Flavien. L'intervention prépondérante de Dioscore et de ses amis dans le choix du successeur de saint Flavien devait rendre suspecte aux yeux du Pape. n'osant nommer. car on sait qu'il succomba des suites d'un accident de cheval (28 juillet 450). rendait vacant le siège de Constantinople (449). un prélat égyptien allait occuper le siège de Constantinople. Il réunit un synode à Constantinople. saint Léon voulut s'assurer de la foi orthodoxe d'Anatole avant de l'admettre à sa communion. Il espérait que le nouvel évêque reconnaissant saurait se plier à ses désirs. l'odieux Eutychès. dans sa lettre. le nouvel évêque ne donnait aucune profession de foi et parlait comme si la controverse eutychienne et le « brigandage d'Éphèse » n'avaient pas existé. Saint Léon le Grand ratifie l'élévation de saint Anatole. malgré son extrême désir. grâce au patronage de Chrysaphe. dit anathème à Nestorius et à Eutychès. Sa sœur. des mains de Dioscore. C'était peu connaître les sentiments intimes de son élu. et. et c'était pour lui une nouvelle victoire. non encore formellement condamnée par une décision conciliaire. qu'assistaient plusieurs prélats de ses amis. Saint Anatole au Concile de Chalcédoine. souscrivit le document dogmatique indiqué. Sans doute. les deux époux se montrèrent des défenseurs de l'orthodoxie. L'hérésie d'Eutychès. Le « brigandage d'Éphèse ». avec mission d'exiger de lui une profession publique de foi catholique et de lui faire souscrire et accepter l'Instruction dogmatique adressée. à Epipa. Aux envoyés du Pape. en épouserait la cause d'Eutychès. meurtrier de Flavien. Anatole accepta le siège parce qu'il prévoyait les troubles et les malheurs que causeraient à Constantinople son refus et ses hésitations. Eutychès lui-même était présent à la cérémonie du sacre. ne tarda pas à mourir des suites de ses blessures ou de sévices nouveaux. ce qui facilita la tache de la mission pontificale. au détriment des droits de la vérité. Il écrivit de nouveau à saint Léon pour l'assurer qu'il acceptait la foi de saint Cyrille. Poussant plus loin son zèle à répandre la vraie foi. il chercha à faire accepter par tous les évêques d'Orient la lettre du Pape à Flavien. dans l'examen de la cause des évêques qui avaient trahi leur devoir à Ephèse. l'ordination d'Anatole . Le nouvel évêque se hâta d'écrire au Pape saint Léon le Grand pour lui annoncer son élévation au siège de Constantinople et lui demander de l'admettre à sa communion . Le croirait-on ? Ce même Dioscore. Il reçut la consécration épiscopale. Malgré les lettres de recommandation des évêques consécrateurs et de l'empereur Théodose II. accompagnés des deux prêtres arrivèrent à Constantinople. Théodose était probablement mort. continuait à se répandre en Orient. latrocinium ephesinum – le terme est de saint Léon le Grand. l'impératrice Pulchérie se maria – du moins au yeux du monde car elle garda la continence parfaite – avec le général Marcien . il fait élire Anatole : ainsi. Successeur de saint Flavien sur le siège de Constantinople. Anatole s'empressa de donner les preuves les plus sincères de la pureté de sa foi. Il envoya donc deux légats à Constantinople. et cela d'autant plus que. il se flattait de ranger à son parti et de gagner à l'hérésie celui que sa faveur élevait à une si haute dignité. en Lydie. Lorsque les deux légats. de cette lettre un fragment est venu jusqu'à nous.

l'autorité patriarcale effective du siège de Byzance (Constantinople) sur l'Orient chrétien fut établie par le fameux canon 28. Marcen (450-457). avec les autres Pères. rédigé par une Commission de vingt-deux membres. Dioscore. Dieu donna aux décisions du Concile la sanction du miracle. Anatole ne défendit pas lui-même. la formule définitive. et aux agissements du patriarche d'Alexandrie. Anatole comprit que le seul moyen d'enrayer les progrès de l'erreur était la convocation d'un Concile général qui jugerait Eutychès et ses partisans. celle d'Eutychès et celle des Pères du Concile. Malgré les réclamations des légats. en octobre 451. Il reconnut l'orthodoxie de saint Flavien injustement déposé à Ephèse par Dioscore. Anatole y siégea immédiatement après les légats du Pape. était sincèrement catholique et désirait convoquer en Orient une nouvelle assemblée des évêques. Il prit lui-même une part active aux travaux et aux décisions conciliaires. D'après la légende grecque. la cédule de l'hérésiarque avait été froissée et rejetée è l'écart. s'en chargea . Anatole. Aétius. quelques jours après. de son Église à la primauté . La doctrine d'Eutychès était réprouvée ainsi que son auteur. Le Concile de Chalcédoine se réunit dans la basilique de Sainte Euphémie. De pareilles concessions ne pouvaient que développer davantage les prétentions ambitieuses et les interventions déjà abusives des évêques de la nouvelle Rome.Théodos II. Dans ses dernières sessions le Concile de Chalcédoine adopta plusieurs décisions disciplinaires importantes. et c'est seulement au XIIIe siècle que Rome devait finir par le reconnaître. et en raison de ses relations avec Alexandrie. Mais précisément parce qu'il devait son élection à Dioscore. son archidiacre. de la grandeur et des prérogatives plus politiques que religieuses de son siège épiscopal. Quand on ouvrit. peut-être avec excès. elles portaient atteinte aux prérogatives des sièges patriarcaux d'Antioche et d'Alexandrie . Le Pape refusa d'approuver ce texte usurpateur. elles lui accordaient une sorte de droit d'appel pour tout l'Orient . Certaines d'entre elles exaltaient outre mesure les pouvoirs et les privilèges du siège épiscopal de Constantinople . enfin. après avoir défendu quelque temps une formule où l'on disait que le Christ est de deux natures. Anatole déposa dans la tombe de la sainte martyre Euphémie les deux professions de foi. reconnue en 381 par le Concile de Constantinople. Par bonheur. Saint Léon le Grand y consentit. Défenseur des décisions et de la doctrine du Concile de Chalcédoine. les prétentions. En cette circonstance. parce qu'il avait agi contrairement aux lois ecclésiastiques et refusait d'obéir au Concile. au delà du IIIe siècle. Le siège de Constantinople devient siège patriarcal d'Asie et de Thrace. lequel ne remontait pas pourtant. elles ajoutaient une autorité effective sur les diocèses d'Asie Mineure et de Thrace. le reliquaire virginal. elles menaçaient de déplacer le vrai centre de l'unité catholique. et à sa primauté d'honneur. après avoir exigé qu'elle serait présidée en son nom par ses légats. Anatole montra bien qu'il se souciait. comme en d'autres aussi. devant le Concile. il estimait avec raison que mener à bien une telle entreprise lui serait difficile. Ce dernier fut déposé. le nouvel empereur. au nombre desquels il se trouvait. adopta. L'évêque de Constantinople joua un rôle important dans les événements religieux qui suivirent 17 . mais il écrivit au Pape saint Léon une lettre assez habile pour obtenir la confirmation du fameux canon. tandis que la main de la sainte martyre s'était ouverte pour saisir et pour presser le formulaire de foi des Pères du Concile de Chalcédoine et de toute 1"Église.

n'osaient y contredire ouvertement en présence d'Anatole. ceux qui l'avaient accusé. Anathématisé par Timothée Aelure. par sa vertu. et tout le peuple rendit grâces à Dieu qui avait glorifié son serviteur. il ne voulut pas condamner sans avoir entendu l'accusé : les calomniateurs durent se retirer. Qu'il vienne ici. Au cours de l'épiscopat d'Anatole. Saint Anatole défend le stylite saint Daniel. en 457. patriarche monophysite d'Alexandrie. ordonna des processions solennelles autour des murs de la ville. La peste cessa en même temps que la sécheresse. nouveau Moïse. et. soit pour suivre l'entraînement général. plein de confiance en Dieu. I1 passa les huit premiers jours dans une église dédiée à saint Michel. et. que je le voie. Par une permission divine. injustement accusé d'hérésie. Pluie miraculeuse. eux aussi. le mal qui. la pluie commença à tomber avec une telle abondance que tout en fut presque submergé. et. à la tête de son clergé et de son peuple. Tandis qu'une foule nombreuse entourait le solitaire pour s'édifier de sa sainteté. guidé par une sage prudence. mais leur sourire dédaigneux trahissait leur pensée. admirant ses rares vertus . où il allait vivre durant vingt-huit ans sur une colonne. depuis si longtemps serein se couvrit de nuages. Puis il monta sur les remparts. L'évêque. de le dénoncer comme hérétique. en particulier les prêtres Atticus et André . le mal dont je souffre ne m'a été envoyé que pour glorifier ce stylite. au lit de leur évêque. jaloux d'un tel concours. ils répétaient leurs fausses allégations aux gens de la cour.le Concile de Chalcédoine. Soit coutume. Il écrivit au Pape et aux métropolitains d'Orient à propos des affaires égyptiennes. tout devenait la proie du fléau. les mains élevées vers le ciel. Anatole tomba très gravement malade. Dans un Concile tenu dans la ville impériale. Tout en restant fidèle à la doctrine d'Éphèse et de Chalcédoine. attristé de cette persistance dans la calomnie. inspira à quelques clercs la pensée de le dénigrer. Sa prière fut aussitôt exaucée : le ciel. Si vous le supportez. il fit condamner Timothée Aelure et prit la défense des formules et des décisions adoptées par le Concile général de 451. » L'évêque. Croyez-moi. il implora le secours du Seigneur. les autres. Lui-même. afin de le faire chasser de la contrée. selon toute apparence. c'est du moins ce que relate la Vie anonyme dont on a parlé plus haut. se garda bien de les croire . Tant de zèle lui attira de nouvelles félicitations de saint Léon. arrivait à cette époque à Constantinople. Tout se desséchait. bâtie aux portes de Constantinople. comme toujours. Constantinople eut à souffrir d'une peste rendue plus horrible encore par le manque d'eau et une chaleur extraordinaire. chanta les litanies. dirent-ils à Anatole. il trouva assez de forces sur son lit de douleur pour leur dire : « Mes frères. mais aussi des exhortations à la vigilance. et là. et fermer la bouche à ses détracteurs. le démon. rapporte la Vie anonyme. il intervint pour défendre en Égypte et les ecclésiastiques persécutés à cause de leur foi catholique par le patriarche et la doctrine définie à Chalcédoine. car le Pape avait appris qu'il y avait dans le clergé de Byzance des partisans d'Eutychès. Anatole apparaît comme n'étant pas assez affranchi de l'influence de Dioscore et de certains partisans d'Eutychès. ou tout au moins un désaveu de l'erreur eutychienne. le Souverain Pontife dut insister pour obtenir leur éloignement. « C'est un dragon venimeux. quand Daniel les confondit par un miracle . doit me conduire au 18 . A cette nouvelle. instruits par l'expérience. Saint Daniel le Stylite. il lancera son venin et en infestera tout le pays. déjà célèbre par ses pénitences héroïques. vous accusez un Saint. La conversation s'engagea fortuitement sur le stylite. son clergé vint le visiter. Éconduits par l'évêque. les ennemis de saint Daniel arrivèrent. L'évêque s'en aperçut. les uns se prononçaient en sa faveur.

19 . – Tillemont.. I (Paris. Le stylite.) Les relations. Dieu l'appela à la récompense le 3 juillet 458. 1867). et marchons en plus grande diligence . etc. Anatole est honoré comme un grand thaumaturge par l'Eglise grecque. l'évêque de Laodicée de Syrie (fin du IIIe siècle). Si ce chemin nous semble fort raide. t. s'il est long. le 3 juillet.B. et s'il est rude et pénible. Baudrillart. – P. II (Paris.P. Histoire des Conciles. Les Ménées en font un martyr contre toute vraisemblance.S. se levant. escortés de tout ce que Constantinople avait d'illustre et de puissant. et nous courrons à l'odeur de vos parfums. n° 1009. la liturgie grecque lui doit certaines de ses prières. s'il est étroit.P. disparaîtra comme par enchantement. F. – Héfélé-Leclercq. 1914).. et. recourons à Jésus en lui disant : « Tirez-nous après vous. Mort de saint Anatole. « Anatole de Constantinople ». – Acta Sanctorum. Selon le biographe grec. et l'évêque malade soudain se sentit mieux.tombeau. furent déposés dans un riche tombeau. accourut à son chevet. t. ne craignons point de nous anéantir . obéissant au désir d'Anatole. I de juillet (Paris et Rome. XV. ou plutôt qu'on le porte lui-même et qu'on l'enlève vers le ciel pour y recevoir la couronne. ses antiennes poétiques spécialement désignées sous le nom d'Anatolica : il ajoute ainsi aux gloires de l'évêque et du thaumaturge la gloire du poète. Son nom ne se trouve pas dans le Martyrologe romain . Mémoires pour servir à l’histoire ecclésiastique. » Heureux celui qui court de telle sorte qu'il remporte le prix. Martin Jugie. car il ne faut pas confondre l'évêque de Constantinople avec son homonyme. les maladies les plus invétérées disparaissent auprès du tombeau de saint Anatole et on ne peut compter les miracles accomplis par cet évêque de la cité impériale byzantine.) …………… PAROLES DES SAINTS ________ Le chemin du ciel. t. il se montra au peuple pour bien le convaincre de sa guérison. » Ainsi en advint-il. t. (Sur le psaume XXIII. Saint Bernard. déchargeons-nous de nos fardeaux . hâtons-nous d'autant plus. dont la fête se célèbre aussi le 3 juillet. De nombreux travaux remplirent les neuf années de son épiscopat . Sources consultées. dans Dictionnaire d’histoire et de géographie ecclésiastiques de Mgr. – (V. Ses restes. 1908).

ce fut l'acte le plus important du pontificat de Jean XVI. l'abbaye. appelé aussi Udalric (le latin connaît surtout la forme Udalricus. veillez à ne point vous familiariser avec des jeunes gens ou autres hommes. Ulric de Dillingen. dont le mari régna à son tour sur ce duché. Naissance princière. au point que beaucoup de nobles et de princes de l'empire y envoyaient leurs enfants. Fils du comte Ubald. Il y avait trois siècles que saint Gall. que ses parents s'attendaient d'un jour à l'autre à le voir expirer. avait été introduite la règle de saint Benoît. et non seulement l'enfant reprit des forces. la plus illustre d'Allemagne à cette époque. mort en 1921. ils adressèrent au ciel les plus ferventes prières pour la conservation d'une existence si chère. Mgr Battandier. Saint Ulric offre la particularité d'avoir été le premier saint canonisé solennellement par l'Eglise. était parvenue. et fondateur de l'Annuaire Pontifical. il était allié à la Maison de Souabe. naquit en 890 à Augsbourg. SAINT ULRIC Évêque d'Augsbourg (890-973) Fête le 4 juillet. Sainte Angèle Merici. qui pourtant occupa la Chaire de saint Pierre pendant onze ans. Il vint au monde avec une complexion si délicate.Pour ce qui est de vivre dans le monde. depuis bientôt deux cents ans. sans parler de huit autres). mais encore il donna bientôt des preuves de sa sainteté future. avait fondé. par sa mère. Au Xe siècle. Craignant de perdre ce fils unique. les liaisons spirituelles aboutissent presque toujours à des affections d'autre nature. disciple de saint Colomban de Luxeuil. pour les y faire instruire dans toutes les sciences de leur temps. près du lac de Zug. où. à sa plus grande efflorescence. fille du duc Burchard . il devait l'être encore une fois par le mariage de sa sœur Huitgarde. Evitez pour vous-mêmes et pour vos filles de fréquenter les femmes oisives qui fuient la retraite et placent leur bonheur dans les vaines conversations et dans les plaisirs du monde. parce que. quelque amis qu'ils soient de la vertu. C'est à cette école qu'Ulric 20 . de 985 à 996. Au jugement d'un auteur très bien informé des choses romaines. Saint Ulric au monastère de saint Gall. Ditperge. Leurs vœux furent exaucés. je vous le dis. le célèbre monastère qui porte son nom.

répandant sur son passage la bonne odeur de ses vertus. Sergius III le reçut avec bonté et lui annonça en même temps la mort d'Adalbéron. A cet âge où les passions ont le plus d'empire. lui prédit l'épiscopat et lui annonça que Dieu le destinait à de grandes luttes. il fit chaque jour de nouveaux progrès dans la vertu. qui vivait en recluse près de Saint-Gall. Son humilité le fit hésiter un instant sur le parti à prendre. Ulric partit donc pour Rome. – L'épiscopat. A la vue de ce triste spectacle. Les moines de Saint-Gall. prétexta sa grande jeunesse et son inexpérience – il avait alors dix-neuf ans. mirent tout en œuvre pour faire prendre au jeune homme l'habit bénédictin. qui l'avaient reconnu pour leur évêque. Il se jeta à genoux et supplia le Seigneur d'épargner son peuple. c'est là que Dieu vous appelle. il ne se permit aucun retard. jamais une parole blessante ne sortait de sa bouche. Ulric consulta longtemps la volonté de Dieu sur sa vocation et fut enfin exaucé. l'étudiant se sentit enflammé de l'ardent désir de conquérir ces âmes à Jésus-Christ et. et. le troupeau était dispersé. l’évêque Hiltin. le nouvel évêque trouva Augsbourg en proie aux plus grandes calamités. il joignait les vertus d'un religieux. Poussé par le désir de visiter le tombeau des Apôtres. un grand nombre d'entre eux se livraient à de graves désordres. que Dieu lui avait révélée. Ulric se sentit pénétré d'une vive douleur. il leur opposait les armes puissantes de la prière et de l'austérité . les observances de la règle. Cette double prédiction se réalisa. sachant que tel était le bon plaisir de Dieu. mais il lui assura que son refus ne le préserverait pas de l'épiscopat et que de grandes tribulations viendraient fondre sur son diocèse. Les terribles invasions des Hongrois. ravis de ces dispositions. l'aidèrent à relever les ruines de 21 . étant venu à mourir. En effet. de sorte qu'il était en ce monde comme n'y étant pas. pour secourir un grand nombre d'âmes affligées. S'il ne fit pas profession dans l'Ordre bénédictin. Il réglait parfaitement les mouvements de son cœur. Après avoir satisfait sa dévotion. en faveur d'Ulric. tous les suffrages se portèrent sur Ulric. le jeune clerc fut successivement nommé camérier et chanoine de la cathédrale. sainte Guiborate. ce qui est pire. Adalbéron était alors évêque d'Augsbourg. qui fut désigné unanimement par le clergé et le peuple. Il devint le modèle de ses condisciples par son assiduité dans l'étude. ainsi fortifié. encore païens. mais les instances de la Sainte le déterminèrent à retourner dans sa patrie : « Car. ceux qui restaient se trouvaient sans guide et sans pasteur. l'élu fut porté en triomphe à la cathédrale et sacré évêque. avaient tout bouleversé. disait-elle. qui avait remplacé Adalbéron. » Dès lors. le 28 décembre 923. il voulut le lui donner pour successeur sur le siège d'Augsbourg. mais encore l'habit. il se rendit auprès du Pape. Malgré sa résistance. Sergius ne le contraignit pas . en effet. qui l'approuva et lui confia même des lettres à remettre au Souverain Pontife. pour s'acquitter de sa mission. il devait en garder toute sa vie non seulement l'esprit. dans la mesure du possible. A la pénétration de l'esprit. En second lieu. Le jeune étudiant attira bientôt les regards. De plus. Les chrétiens fidèles. dans une de ses lettres. avec une grande solennité. comme le lui avait aussi prédit Sergius III. Ce fut à lui qu'en 906 les parents d'Ulric confièrent leur fils . Quatorze ans après. églises et sanctuaires . Adalbéron étant mort en 909 – et supplia le Pape de ne pas lui imposer une charge au-dessus de ses forces. Le pèlerin. il fit part de sa résolution à son évêque.eut le bonheur de se former à la vertu et de s'adonner à l'étude des lettres divines et humaines. Saint Ulric rend à son diocèse son ancienne splendeur. et même. prévenu par l'évêque lui-même. désolé et effrayé. Sa douceur inaltérable le rendait aimable envers tous ceux qui l'approchaient . en habit de pèlerin. Pèlerinage à Rome.

visitant et secourant les pauvres. une petite troupe de paysans accourut au secours du prélat et repoussa l'armée d'Arnould. Des paysans vinrent un jour le prier de faire la dédicace d'un petit sanctuaire qu'eux-mêmes avaient construit au milieu des rochers. enflammant les courages et soutenant l'ardeur des assiégés. L'évêque avait été averti de l'invasion barbare par une apparition de sainte Afra.la ville. ils furent complètement battus. auxquels succédaient des jours de paix. et plusieurs évêques avaient même refusé de se rendre à ce lieu. ne fit que redoubler son affection pour lui. fut puni de sa témérité. nommé Arnould. depuis le Danube jusqu'à la forêt Noire. ayant voulu s'emparer de la personne de l'évêque. Grâce à cette sollicitude toujours croissante. De son côté. Pendant qu'il pressait le siège de la citadelle où le pontife s'était renfermé. La Sainte lui avait prophétisé en même temps que le triomphe viendrait après bien des ruines. que le peuple attribuait à son pasteur. laissant un grand nombre de morts sur le champ de bataille. Ulric se revêtit des ornements pontificaux et encouragea les habitants à la défense en leur représentant qu'ils combattaient pour leur foi et leur indépendance. celui-ci. qui tenait du miracle. La guerre avait éclaté entre l'empereur Othon 1 er. envoya un de ses généraux. pour s'en venger. il adressait à Dieu et à la Très Sainte Vierge des prières publiques pour le salut d'Augsbourg. l'Eglise d'Augsbourg devint florissante. Sous la grêle de pierres et de flèches lancées par les barbares. Mais le dévastateur. Ce succès. Mais le prélat ne se borna pas à cette restauration matérielle. son divin Modèle. consolant les affligés. Aucun obstacle ne pouvait l'arrêter dans ses courses apostoliques. Ce calme n'était qu'apparent et de nouveaux maux devaient venir la désoler. à qui la supériorité de ses effectifs promettait pourtant une victoire facile. – Défaite des Hongrois. heureux d'avoir pu souffrir pour Jésus-Christ. patronne de la ville. Il réforma les abus qui s'étaient glissés dans le clergé et reprit les vices avec une incroyable énergie. A peine délivré. il allait de village en village. Luitolfe. il releva encore le moral de ses diocésains par de continuelles instructions. Double délivrance d'Augsbourg. Tout entier au soin de son troupeau. vint en personne remercier l'évêque du concours généreux que celui-ci lui avait apporté en cette circonstance critique. Ulric s'étant justement déclaré contre le fils dénaturé. mais. la ville soutint le choc des barbares assez longtemps pour permettre à l'armée de l'empereur Othon d'arriver. qu'ils regardaient comme inaccessible. nouvelle invasion des Hongrois qui mettent tout à feu et à sang dans la la Norique. et s'enfuirent. celui-ci se hâta d'intervenir entre l'empereur et son fils rebelle et parvint à les réconcilier en 954. le 10 août 955. incendient l'église de Sainte-Afra et commencent le siège de la ville . Ulric ne 22 . reconnaissant envers Ulric. Grâce au pontife. A son approche. dit le Grand. qui surprit Augsbourg à l'improviste et livra la ville au pillage. saccagent les environs. Ils arrivent devant Augsbourg. Elle semblait avoir oublié ses malheurs. L'année suivante. était dû aux prières d'Ulric. il les suit à travers les rochers. de même ils devaient trouver dans Ulric un nouveau Léon. En même temps. Plusieurs esprits turbulents inventèrent contre lui des calomnies qui tombèrent bientôt devant le zèle de l'évêque pour le maintien des droits de Dieu et de son Eglise et devant l'affection du peuple. Ce succès. Entouré de son clergé. Ulric se prête sans hésiter au désir des paysans . A l'approche des hordes païennes. il lui procura les moyens nécessaires pour réparer les dommages causés à la ville par les assiégeants. Le parcours était très difficile. ce nouveau « défenseur de la cité » parcourait les remparts. les Hongrois qui avaient déjà perdu beaucoup des leurs pendant le siège se découragèrent . Le fruit de tant d'années de travaux était ainsi anéanti. qui voulait le détrôner. Othon. qui ne pouvait se lasser de l'entendre. et son fils. de même qu'autrefois l'armée d'Attila avait été arrêtée dans sa marche sur Rome.

mais s’il nous a 23 . devenu synonyme de charité et de grandeur d'âme. disait-il. Ulric fit ce pèlerinage avec une grande piété et une sincère humilité. qui nous a procuré la victoire sur nos ennemis temporels . Accueilli sur son passage par les populations comme un libérateur. le saint pasteur ordonna dans tout le diocèse des prières solennelles d'action de grâces. Il recueillit dans son palais épiscopal tous les prêtres due l'invasion des barbares avait privés de leurs moyens de subsistance . Pèlerinage d'action de grâces. il résolut de faire une deuxième fois le voyage de Rome pour remercier les saints apôtres Pierre et Paul de l’insigne protection qu’ils avaient accordée à sa ville épiscopale. et exhortait les fidèles à se confier en Dieu. « Grâces soient rendues. il rapportait à Dieu toute la gloire qu’on lui attribuait. Non content de cette manifestation reconnaissante envers la bonté de Dieu. pendant que les Hongrois la menaçaient. qui seul peut nous donner l’avantage sur nos adversaires. devint de plus en plus cher aux populations. Sainte Afra lui apparut de nouveau pour lui apprendre le lieu précis de son tombeau.négligea rien pour remédier aux désastres antérieurs. Quand la ville d'Augsbourg fut à l'abri de tout péril. Sa vigilance s'étendit sur le pays environnant. au Seigneur. En effet. c’était à leur garde qu’il l’avait confiée. et le pieux évêque s'empressa de faire rebâtir en cet endroit l'église de la sainte martyre. et son nom. distribuant tout ce dont il pouvait disposer. il multiplia les aumônes en faveur des malheureux.

Ce que peuvent la prière et la foi. pour lui prouver son attachement. tous les passagers s'étaient hâtés de prendre terre. visiter encore une fois le tombeau des Apôtres. Le duc Albéric de Camerino. Dieu le récompensa de cet acte de charité. saint Ulric soutient le courage des soldats et console les blessés et les mourants. qui était sorti de son lit. malgré sa vieillesse et ses infirmités. car il avait voulu. Ulric fit de nouveau le pèlerinage de Rome. par l'efficacité de sa prière. le bateau. accordé cette faveur. que le prélat accepta avec une grande joie et rapporta dans son diocèse. comme l'évêque d'Augsbourg traversait le Danube.Dans sa ville assiégée. Il y célébra la messe et. Aussitôt après. s'enfonça dans les eaux du fleuve. afin de permettre aux autres de se sauver plus facilement. dont il ne revenait jamais sans un surcroît de grâces. 24 . pour qui il avait une si grande vénération. qu'une force invisible avait retenu jusqu'alors à la surface. l'évêque d'Augsbourg fut reçu avec le même empressement par le pape Jean XII et par la cour romaine. Ceux qui l'accompagnaient cherchèrent en vain les moyens de le traverser. notre plus redoutable ennemi. Une autre fois. grand consul de Rome. Pour lui. En 967. et avait inondé les campagnes environnantes. le bateau qui le portait alla heurter contre un rocher et se brisa . lui fit don du chef de saint Abonde. c'est pour que nous veillions avec une plus grande attention aux portes de notre âme et que nous en écartions le démon. Dans un de ses voyages. à l'exception d’Ulric qui demeura le dernier. » Arrivé à Rome. car il aborda sain et sauf au rivage. avant de quitter cette terre. il ordonna d'élever un autel sur le bord du fleuve. l'eau rentra dans son lit de sorte que les voyageurs purent continuer leur route sans péril. comprenant qu'il fallait recourir à Dieu plutôt qu'aux hommes. Ulric fut arrêté par le Taro.

dit-il. son prédécesseur. Saint Ulric à la cour de l'empereur. Adélaïde recueillait en son âme les avis et les exemples salutaires de l'évêque d'Augsbourg. elle ne pourrait plus marcher. se fit un devoir de l'aider par ses exhortations pleines de sagesse dans le gouvernement de l'empire. il rencontra sur sa route un mendiant nommé Robert. Tous attendaient les ordres d'Ulric au sujet du service funèbre à célébrer pour l'âme de son collègue dans l'épiscopat. affreusement blessé . Un grand nombre de malades recouvraient la santé quand on les oignait de cette huile. elle résista encore. dans un faubourg de la ville.» Le lendemain. l'évêque lui ordonna de s'y soumettre par charité pour ses sœurs . Ulric eut à traverser une rivière profonde.Comme Ulric se rendait à Ingelheim pour assister à un Concile provincial. Au retour de son troisième pèlerinage de Rome. par l'empereur Othon qui voulait le consulter sur plusieurs questions importantes. évêque de Constance. elle lui demanda pardon de la faute commise contre l'obéissance. que sans même prendre le temps de se chausser. Faute réparée. elle fut avertie surnaturellement qu'en punition de sa désobéissance. venait de mourir. Le saint pasteur avait fondé un couvent de religieuses sous le patronage de saint Étienne. reconnaissant de cette marque de distinction. refusa . saisi de compassion. recevez ceci et allez en paix. l'évêque lui offre une généreuse aumône : « Au nom de Notre-Seigneur. L'évêque d'Augsbourg fut accueilli à la cour avec de grands honneurs. à qui ses sœurs voulurent confier la charge d'économe à cause de son habitude des affaires. lui apparaissaient pendant la célébration du Saint Sacrifice de la messe et l'assistaient surtout dans la bénédiction des saintes huiles le Jeudi-Saint. Ulric. le bruit courut que Conrad. avait de l'eau jusqu'à la ceinture. reçut sa bénédiction. bien que monté sur un plus grand cheval. A peine le monarque eut-il appris son approche. Quel ne fut pas son étonnement en arrivant à l'autre rive de constater que l'évêque n'avait point été mouillé ! Mais le prélat se hâta de lui défendre d'en rien dire à personne tant que lui-même vivrait. Ulric fut mandé à Ravenne. répondit l'homme de Dieu. Mais celle-ci. Les biographes d'Ulric racontent que saints Fortunat et Adalbéron. et qui donna au monde le spectacle des vertus les plus héroïques. modèle des princesses de son temps par son éminente piété. Dans une de ses courses apostoliques. demain vous saurez ce qu'il faut penser de cette nouvelle. Or. fut guéri de cette manière. Depuis le siège mémorable dont il a été parlé. étant tombé gravement malade. et Ulric lui-même. » Peu après. effrayée des tracas de cette charge. Ce lui fut une grande joie de s'entretenir avec le serviteur de Dieu . Othon avait conçu pour lui une estime toute particulière et l'avait souvent admis dans son conseil. un voyageur arrivant de Constance annonça que l'évêque de ce diocèse se portait bien. elle se réveilla paralysée des deux jambes. « Soyez tranquilles. Un jour. L'impératrice sainte Adélaïde. On la porta étendue sur un grabat aux pieds du pontife . 25 . se trouvait aussi à Ravenne. se releva complètement guérie et courut à l'église voisine remercier Dieu. Parmi les personnes qui s'y consacrèrent à Dieu se trouva une pieuse dame. il sortit à sa rencontre jusqu'au milieu de la ville. pendant son sommeil. En effet. ces deux grandes âmes se fortifièrent mutuellement dans l'amour des choses divines et le zèle pour le salut des âmes. Robert fut entièrement guéri. Le clerc qui l'accompagnait.

La coutume voulait que les sujets désignés pour l'épiscopat fussent agréés de l'empereur. Il expira le 4 juillet 973. il le consacrait à la prière. à la méditation. pourvoir son Eglise d'un successeur. L'occasion de lui faire obtenir l'évêché d'Augsbourg ne pouvait être plus favorable. il se fit étendre sur un lit de cendre en forme de croix. car sa charité inépuisable ne lui avait laissé que les choses indispensables à la vie. Dieu lui révéla le jour de sa mort. lesquels interdisent aux évêques de se donner des successeurs dès leur vivant. Peut-être Ulric avait-il agi dans cette circonstance en consultant trop la voix de la chair et du sang. les évêques assemblés. outre la signature de « l'évêque de la Sainte Eglise romaine. Georges Demiautte. il a été publié par plusieurs historiens. Les dernières années de sa vie ne furent qu'une longue suite de pénitences. Le texte de la Bulle nous a été conservé . Enfin. Il fut canonisé solennellement par Jean XVI. vers le 1 er février 993. il demanda pardon de sa faute aux prélats qui s'y trouvaient et sollicita la permission de se faire moine Bénédictin. Ulric se soumit humblement à toutes les exigences du Concile. il continuait à visiter son diocèse et à prêcher partout à son peuple la parole de Dieu. il eut la douleur de voir son neveu expirer subitement. cet acte était contraire aux saints canons. ce qu'il regarda comme une punition de Dieu. Mort de saint Ulric. Il jeta les yeux sur son neveu Adalbéron. Malgré ses fatigues. de dix cardinaux-prêtres. celle de cinq évêques. blâmèrent la conduite de leur collègue et interdirent à Adalbéron l'exercice des fonctions épiscopales. Il distribua le peu de biens qui lui restaient. notamment par Dom Mabillon. Il s'en ouvrit à l'empereur. 26 . il s'imposa des pénitences excessives. qu'il affectionnait à cause de ses qualités éminentes. qui accéda à sa demande. De plus. Elles redoublaient encore à mesure qu'il approchait du terme de son pèlerinage ici-bas. Les évêques furent d'avis qu'il devait plutôt continuer l'exercice de ses fonctions épiscopales. afin d'imiter jusqu'au dernier soupir Jésus-Christ. A son retour d'Ingelheim. Aussi dans un Concile tenu à Ingelheim. au Latran. Saint Ulric fut enseveli à Augsbourg dans l'église de Sainte-Afra et de nombreux miracles s'opérèrent à son tombeau. Quelques instants avant de mourir. aux saintes lectures. et il sentit une grande joie à la pensée qu'il irait bientôt s'unir à son divin Maître. afin d'expier ce qu'il appelait son crime. saint Grégoire VII et l'empereur d'Allemagne Henri IV. de l'archidiacre et de trois diacres. catholique et apostolique ». Le temps que sa charge pastorale lui laissait et parfois le temps même de son repas.Ulric voulut avant de quitter cette terre. Ce précieux document porte. Cet usage abusif devait mettre aux prises. et depuis lors. et il s'inclina. au XIe siècle.

t. Sa mère. Désolé et le cœur 27 . En rentrant à la maison. de bonne heure. il se distingua par son amour de la prière et sa tendre compassion pour les pauvres. A son retour de l'église. il avait dressé un petit autel qu'il se plaisait à orner lui-même. il perdait son père. et. ému de pitié. Pieuse éducation. et imitant de son mieux le ton et le geste du prédicateur. elle aurait pu contracter une nouvelle union. – (V. il appelait les domestiques au pied de cet autel. il leur redisait gravement ce qu'il avait entendu.S. de servir la messe et d'entendre la parole de Dieu.. Hélas ! elle était vide. qui lui demande l'aumône. il rencontre un pauvre. Antoine-Marie profita des exemples de sa mère. II de juillet (Paris et Rome. 1867). n'avait alors que dix-huit ans . cherche la petite bourse que sa mère mettait à sa disposition pour ses menus plaisirs. à peine couvert par quelques haillons.B. Dans un coin de sa maison. –Gallia christiana. mais elle préféra renoncer aux plus flatteuses espérances pour se dévouer tout entière à l'éducation de son fils et à la pratique des bonnes œuvres. Antoine. Antoine-Marie Zaccaria naquit à Crémone.Sources consultées. Son amour pour les pauvres n'était pas moins remarquable. Quelques mois après sa naissance. en Lombardie. le patrice Lazare Zaccaria. Antoi nette Pescaroli. Son plus grand bonheur était d'assister aux divins offices. – Acta Sanctorum. n° 333). SAINT ANTOINE-MARIE ZACCARIA Fondateur des Barnabites et des Angéliques de Saint-Paul (1502-1539) Fête le 5 juillet. vers la fin de l'année 1502. Dieu bénit cette abnégation.P. riche et douée des plus brillantes qualités d'esprit et de cœur. un jour d'hiver où le froid était particulièrement rigoureux.

Dès son arrivée à Padoue. et se déclare prêt à subir la pénitence qui lui sera imposée. il se rend timidement auprès d'elle. Celui-ci ne tarda pas à découvrir la volonté de Dieu sur son nouveau pénitent. Il ne se contentait pas de soigner le corps. » Dès qu'il était appelé auprès d'un malade. un caractère trop énergique pour dévier du droit chemin. Le jeune médecin joignait à une grande science professionnelle. Allez. qu'il suivit exactement. auprès de sa mère. Au bout de quatre années d'études. loin du regard de sa mère. on le voyait s'approcher. Il avait dix-huit ans. avec une simplicité d'enfant toutes ses pensées et ses aspirations à un saint et savant religieux Dominicain.serré. avec une piété angélique. toujours aimable envers tous. « Ce n'est plus à guérir les corps que Dieu vous appelle. Levé de grand matin. augmente les petites ressources dont celui-ci faisait un si noble usage. se dépouille du riche surtout de soie dont il était revêtu. disait-il. – Le médecin. II révéla. « C'est le péché. – Un miracle pendant sa première messe. Il revint aussitôt à Crémone. de la Table sainte. le respect et la vénération de ceux-là mêmes qui l'avaient le plus tourmenté. tout à coup. de jeunes libertins pour se moquer de lui en l'appelant « le dévot ». l'enfant. Il finit par gagner l'estime. puis à l'Université de Padoue. Le reste de son temps était consacré à l'étude. qu'on appelait le P. il l'exhortait d'abord à mettre sa conscience en règle et à recevoir les sacrements. Il n'avait que vingt-deux ans. Vocation. et 28 . émue jusqu'aux larmes. L'étudiant. La mère. une foi trop vive. lorsque. lui avoue en rougissant ce qu'il vient de faire. où il édifiait les fidèles par son recueillement. il embrassa l'étude de la médecine. pour s'appliquer à orner son âme de la seule parure des vertus chrétiennes. Antoine-Marie les laissait dire . il n'en continuait pas moins à servir Dieu avec fidélité. et. il s'arrête. A partir de ce jour. Cependant. il allait tous les jours à la messe. et commença l'exercice de sa profession. Il quitta donc sa mère et Crémone sa patrie. l'une des plus célèbres de l'époque. embrasse avec amour ce fils dont elle est fière. aussi ne tarda-t-il pas à conquérir la confiance de ses concitoyens. il s'imposa un règlement de vie très sévère. Il ne manquait pas. c'est au salut des âmes que vous devez travailler. une exquise affabilité . éclairé des divines lumières de la grâce. de conserver sa piété et sa vertu au milieu des mauvais exemples et des entraînements d'une jeunesse licencieuse. il continuait sa route. Ce fut dans sa piété solide et dans son amour du travail qu'il puisa le courage de résister à toutes les séductions et d'affronter toutes les railleries. d'un apostolat plus sublime et plus étendu. se retourne. Habitué à n'avoir point de secret pour sa mère. Antoine-Marie venait de terminer auprès de sa mère ses premières études. en effet. Il était bien difficile à un jeune homme vivant libre et indépendant. Les pauvres surtout étaient l'objet de ses soins désintéressés. c'est donc l'âme qu'il faut guérir avant tout. et s'enfuit à toutes jambes. Marcel. regarde autour de lui pour s'assurer que personne ne le voit. Mais Antoine avait l'âme trop élevée. il sentit bientôt naître en son âme le désir d'une perfection plus haute. Désireux de se rendre utile à ses semblables. qui est la cause de tout mal. lui dit-il. renonça aux vains ornements qui étaient les signes distinctifs des jeunes nobles. le jette au pauvre mendiant stupéfait. l'heure était venue de choisir un état de vie. pour aller étudier d'abord à Pavie. pour toute pénitence. Souvent. il était reçu solennellement docteur en médecine.

qu'on appelait déjà l’« ange de Dieu ». une clarté éblouissante enveloppa tout à coup l'autel et le prêtre . Plusieurs témoins. enfin la corruption des mœurs était effroyable. Afin de pouvoir s'entretenir plus facilement avec son divin Maître dans le calme et le recueillement. Don Zaccaria ne devait pas borner son zèle à la ville de Crémone. En 1528. ainsi que toute la Lombardie. on allait s'agenouiller aux pieds du saint prêtre. poussé par un secret dessein de la Providence. il travaillait à sa propre sanctification. la mortification. Enfin. Le bruit de ce miracle ne fit qu'augmenter la réputation de sainteté d'Antoine-Marie. sous sa direction. Son cœur. Aussi était-il l'objet de la vénération publique. attira bientôt une foule si considérable. Deux prêtres milanais ne tardèrent pas à se joindre à eux. plein de chaleur et de conviction. En même temps. il s'exerçait déjà à l'apostolat en assemblant les enfants abandonnés pour leur enseigner le catéchisme. Le clergé et les Ordres religieux étaient tombés dans le relâchement. Au moment de la Consécration. étant âgé de vingt-six ans. ils restèrent en adoration jusqu'après la Communion. A la faveur des guerres continuelles qu'occasionnait la rivalité de François 1er et de Charles-Quint. on ne se contentait pas de l'écouter.préparez-vous par l'étude des sciences sacrées à la mission sublime que Dieu vous confiera. que l'église devint trop petite pour contenir les auditeurs de tout âge et de toute condition accourus à ses conférences . pendant que les assistants émus tenaient leurs regards fixés sur lui. à Crémone. la fréquentation assidue de l'église et des sacrements entretenaient et augmentaient sans cesse en lui l'amour divin. La ville de Crémone était alors dans le plus pitoyable état. édifiés de leur vie pauvre. et leur faire de petites conférences où il les exhortait à la fréquentation des sacrements et leur donnait de sages avis pour leur conduite. dans l'église Saint-Vital. qui devinrent ses premiers auxiliaires. le pain de la parole divine. La prière. réunir les jeunes gens des familles nobles. dans les prisons. A la fin de 1530. Il y fit la rencontre de deux jeunes nobles pleins de ferveur. Barthélemy Ferrari et Jacques Morigia. l'Ecriture Sainte. Sa réputation avait cependant attiré une foule considérable au pied de l'autel où il devait officier. pour distribuer à tous. On le voyait encore s'en aller dans les hôpitaux. une multitude d'anges formaient un cercle autour de la divine Hostie et s'inclinaient avec respect . Dieu se plut à manifester par un prodige la sainteté du nouveau prêtre. et pendant plus d'un an ces quatre collaborateurs. disait-on était l'asile de la compassion. où ses prédications eurent le même succès qu'à Crémone. humble et austère. On le vit bientôt. Son langage simple. comme sa maison était le refuge des pauvres. au milieu de cette lumière. Antoine-Marie reprit avec une nouvelle ardeur les prédications qu'il avait commencées à SaintVital. » Le jeune docteur obéit aussitôt et se mit avec ardeur à étudier la théologie. Ils allaient aussi dans les différents quartiers de la ville pour y prêcher la parole de Dieu et se livrer à tous les actes de charité que leur inspirait leur amour des âmes. l'histoire ecclésiastique. sollicitèrent la faveur d'être 29 . Le fondateur. Les conversions qu'il opéra furent innombrables. il se rendit à Milan. la division avait pénétré partout et jusqu'au sein des familles. Son zèle prenait une nouvelle force à mesure qu'il l'exerçait. Antoine avait voulu célébrer sa première messe sans aucune solennité. énergique. si bien qu'au bout de deux ans la ville était complètement renouvelée. s'exercèrent en commun aux œuvres de piété. Son amour du prochain se développait par des visites fréquentes faites aux hôpitaux où il soignait les malades. il eut le bonheur de recevoir l'onction sacerdotale. l' « homme angélique ». on lui avouait ses fautes et on se corrigeait. encore simple laïque. L'apôtre de Crémone. le peuple vivait dans l'ignorance et dans l'erreur . Il jouissait surtout d'une puissance extraordinaire pour consoler les affligés et exciter les pécheurs à la contrition. les Pères de l'Eglise.

en 1534. Le peuple. il fonda la Congrégation des mariés : les membres de cette association rivalisèrent d'ardeur pour leur sanctification avec les religieux cloîtrés les plus fervents . ainsi que ses premiers religieux. le P. un Ordre de religieuses. Les œuvres voulues de Dieu sont toujours marquées du sceau de la persécution . lorsqu'ils prirent possession d'une église dédiée à saint Barnabé. Elles se consacraient particulièrement à l'éducation des jeunes filles pauvres et à la confection de linges et d'ornements d'église. et confirmées le 6 août 1545. ils s'exerçaient aussi aux bonnes œuvres en allant dans les hôpitaux. mobile dans ses affections. La nouveauté du spectacle. Zaccaria institua aussi à Milan. époque de jouissance et de paganisme. vivant selon une règle. il institua des conférences spirituelles qu'il présidait lui-même . se réjouit d'avoir été trouvé digne de souffrir pour JésusChrist. en enseignant le catéchisme aux enfants pauvres et aux ignorants. elles ont été approuvées par Léon XIII le 21 avril 1882 et restaurées dans leurs anciens privilèges. Saint Charles Borromée. établi vers la fin de l'année 1534.admis dans leur petite Société. la majesté des cérémonies. Elles furent approuvées par le Pape Paul III. on s'y exhortait mutuellement à la ferveur. Institution des Quarante-Heures. attirèrent et émurent la foule. s'étendit rapidement aux autres églises de Milan. Il n'y a donc 30 . Enfin. mais le XVIe siècle. Cet usage. Antoine-Marie. c'est là une œuvre nécessaire à toutes les époques. Antoine-Marie se proposait de ramener à Dieu toutes les classes de la société . De chaleureuses exhortations achevèrent l'œuvre si bien commencée. en souvenir du temps que le corps du Sauveur demeura au tombeau. disait saint Paul. qui prirent le nom d'Angéliques de Saint-Paul. dans les prisons. à Milan. Son amour lui inspira d'établir dans l'église Sainte-Catherine. Clément VII la lui accorda par un Bref daté du 18 février 1533. piqûres de moucherons pour le saint Fondateur. le 15 janvier 1535. Pour les prêtres. comme des novateurs dangereux. aux plus hautes classes de la société. et bientôt à tout le monde catholique. loin de s'affliger. Ce ne fut que plus tard. elle les consolide et les grandit. Les religieux furent dénoncés au Sénat à l'archevêque de Milan. Rétablies en 1879. à Milan. Quelques esprits malintentionnés allaient même jusqu'à les traiter de fous ou d'hypocrites . Les nouveaux religieux portaient le nom de Clercs Réguliers de Saint-Paul. l'exposition publique du Très Saint Sacrement. notre guide et notre maître. à la pratique du zèle apostolique. Persécution. pendant quarante heures. qu'on prit l'habitude de les appeler du nom qui a prévalu : Barnabites. On leur fit un crime d'avoir embrassé une vie si humble et si pauvre. s'occupa de fixer définitivement leurs règles et leurs constitutions. consoler les malheureux. Frappées par un décret de Napoléon 1 er supprimant les Ordres religieux. La dévotion envers Jésus présent dans la sainte Eucharistie avait toujours été le centre de la vie d'Antoine Zaccaria. l'ornementation de l'église que le saint prêtre avait fait décorer avec soin. et on y examinait les moyens à prendre pour sanctifier les âmes. au Pape. Les persécutions ne manquèrent pas au P. l'action du Fondateur s'étendit à toutes sortes de personnes. et leur parla en ces termes : « Nous sommes insensés pour l'amour de Jésus-Christ. elles s'éteignirent peu à peu. Antoine-Marie demanda alors pour la Congrégation naissante l'approbation du Vicaire de Jésus-Christ. Il rassembla ses religieux pour les rassurer. qui les avait en très haute estime. les nombreuses lumières qui brûlaient devant la sainte Hostie. Pour atteindre ce but. Zaccaria. qui se composait de clercs. en 1547. écouta ces insinuations perfides. Pour les personnes engagées dans les liens du mariage. en avait autant besoin que notre époque présente. qui appartenait.

le Fondateur voulut qu'on procédât à la nomination régulière du supérieur. Mon cœur me dit que Dieu vous appellera à lui beaucoup plus tôt que vous ne pensez. Le disciple n'est pas au-dessus du maître. Morigia se prosterne devant ses Frères. 31 . qui se rendaient sans doute à quelque fête. – Les miracles. AntoineMarie le relève avec bonté. Cependant. non à commander . Dieu manifestait déjà par des grâces extraordinaires la sainteté de son serviteur. où il devint un religieux d'une grande vertu. La mort. Ses compagnons. Tous les exercices de piété qu'il avait introduits à Milan. Loin de haïr ceux qui nous persécutent. mais vaincre le mal par le bien. et.pas lieu de nous étonner et de craindre. Pour éviter à l'avenir des difficultés qui pouvaient devenir sérieuses. lorsqu'il aperçut un jeune homme qui venait vers lui. Afin de se conformer pleinement aux intentions pontificales. Le P. Zaccaria n'aspirait qu'à obéir. supplie le P. lui montre le Crucifix qui domine l'assemblée. i1 lui promet l'obéissance la plus entière (15 avril 1536). Quelques jours après. il rencontre un groupe de jeunes gens gais et bruyants. Antoine-Marie demanda la confirmation de son Ordre au Pape Paul III. proteste que l'œuvre ne saurait que périr entre ses mains. se jetèrent à ses pieds et protestèrent que jamais ni mépris. le jeune homme renonçait au monde et se consacrait à Dieu dans l'Ordre des Barnabites. Antoine-Marie le salue d'un ton plein de bonté et lui dit en le regardant très attentivement « Je voudrais. Le lendemain. Le P. Avisant le chef de la bande. ne pas nous laisser vaincre par le mal. Mission de Vicence (1537). ô mon fils. Mais le P. Un jour. » Le jeune homme était pourtant plein de santé et de vie et ne songeait nullement à la mort. se prosternant à ses pieds. cet avertissement inattendu le frappa. Vous savez bien que rien n'est plus fragile que la vie humaine. le regarde avec affection et trace lentement sur le front du jeune homme stupéfait le signe de la croix. prier pour eux. si maintenant nous sommes en butte à divers pièges du démon ou aux calomnies des méchants. Ce fut alors un spectacle émouvant. nous devons plutôt les plaindre. voulut procurer à sa ville épiscopale les bienfaits qu'ils avaient apportés aux villes de Crémone et de Milan. vous voir rentrer en vous-même et songer au salut de votre âme. il s’agenouilla sur-le-champ aux pieds du Père et lui fit l'aveu de ses fautes avec un sincère repentir. heureux de n'avoir pas différé sa conversion. émus. plein d'admiration pour les vertus d'Antoine et de ses religieux. renouvelait l'approbation donnée par Clément VII et mettait les Clercs Réguliers de Saint-Paul sous l'autorité immédiate du Saint-Siège. la bulle. comme on n'en rencontre que dans la vie des Saints. Un autre jour. ni contradictions d'aucune sorte ne les détourneraient de leur vocation et qu'ils étaient prêts à verser leur sang pour Jésus-Christ. les aimer. se trouvant à Guastalla. le missionnaire se promenait sur les rives du Pô. L'évêque de Vicence. il va droit à lui. ni injures. Morigia. comme entraîné par une force irrésistible. il périt victime d'un accident. expédiée le 24 juillet 1535. petite ville voisine de Milan. il les établit avec succès à Vicence. exagère son indignité. ni le serviteur au-dessus de son seigneur. Zaccaria d'avoir pitié de sa faiblesse et de son inexpérience . Tous les religieux réunis en Chapitre déclarèrent que nul autre qu'Antoine-Marie ne pouvait exercer cette charge. Leur innocence fut enfin reconnue et solennellement proclamée. Zaccaria partit donc à son appel avec quelques Pères et un certain nombre d'Angéliques. puis. il s'efforça de se faire oublier et réussit à faire élire le P. La réponse ne se fit pas attendre .

Le 7 décembre suivant.B. L'introduction de la cause fut signée par Pie VII en 1807. il reçut le sacrement de l'Extrême-Onction avec une piété angélique. Son corps. Gausbert Broha. car bientôt vous jouirez avec moi de cette gloire éternelle où j'espère entrer maintenant. Antoine-Marie Zaccaria a été canonisé à Saint-Pierre le 27 mai 1897. rendait le décret d'héroïcité des vertus. Mais se basant sur de récentes décisions. En 1559. et je veux remettre mon âme à mon Créateur là même où j'ai reçu la vie. Une mission qu'il donna à Guastalla le fatigua tellement qu'il fut obligé de s'aliter. – Annuaire pontifical catholique (1898. à lui rendre un culte public. transporté à Milan. le 2 février 1849. le Pape Jules III les a déclarés Ordre religieux en 1550 . peu après sa mort. une foule de personnes accoururent pour recevoir une dernière bénédiction. Le bienheureux Antoine-Marie Zaccaria (Tournai). le 11 portée au rite double. Il accueillait tout le monde avec un sourire. Enfin. Avant la fin de l'octave des saints apôtres. mais les décrets d'Urbain VIII (1636) exigeant une possession de cent ans.) 32 . Albert Dubois. sans subir de corruption.P. qu'il garda jusque dans la mort. dit-il à ceux qui l'entouraient. ils se sont reconstitués après 1815. interdisant de conserver sur terre les corps des serviteurs de Dieu non béatifiés. ce Pape demanda la cessation du culte. lui dit-il. les Barnabites demandèrent pour leur saint Fondateur le décret de réintégration de culte qui équivalait à une béatification. Sa statue figure en la basilique Vaticane avec celles des Fondateurs d'Ordres. il y demeura pendant environ vingt ans. 1901). 1899. cessez de pleurer.. Sources consultées. et. Grégoire XIII en a approuvé les Constitutions le 7 novembre 1579. en même temps que saint Pierre Fourier. les Angéliques l'inhumèrent dans la crypte de leur couvent. – P. ce à quoi les Barnabites se soumirent humblement. Il mourut le samedi 5 juillet 1539 : il avait à peine trente-sept ans. je dois quitter ce monde. Barnabite. peu de temps après son fils. et les reliques du Bienheureux furent transférées à l'église des Barnabites. » La mère devait mourir. » A Crémone. – (V. fut déposé sur l'autel. sa pieuse mère le reçut toute en larmes : « Ah ! douce mère. Prévoyant sa fin prochaine : « Conduisez-moi à Crémone. Très éprouvés lors de la Révolution.Cependant les labeurs d'une vie plus remplie de mérites que d'années avaient. sa fête a été étendue à l'Eglise universelle. en effet. épuisé la santé déjà faible du P. dans la crypte de la chapelle des Angéliques . pour obéir aux décrets de saint Pie V. Zaccaria. Quant aux Barnabites. son visage prit une expression radieuse. Pie IX. et de sa voix mourante les exhortait encore à travailler au salut de leur âme. n° 904. avant quarante ans. En 1891 la cause fut reprise. Autour de la couche du Père. On avait commencé.S. Léon XIII l'accorda le 3 janvier 1890. Quand on lui apporta le saint Viatique.

A sa voix. qu'il se donna aux bonnes œuvres. c'est-à-dire avant 525. Fête le 6 juillet. il était d'une chasteté exquise. Par ses instructions intimes. Goar unissait à la vertu des vierges une ardente affection pour le prochain. et. Issu d'un sang illustre. Bien que quelques auteurs assignent saint Goar au VIIe siècle. la plupart le font naître presque au lendemain de la mort de Clovis.575 ?). Le pontife le contemplait avec joie. il songea à revêtir Goar du caractère sacerdotal. l'ardeur de sa charité lui concilièrent l'affection de tous ceux qui l'entouraient. De si beaux débuts avaient attiré sur Goar l'attention de son évêque. pour rendre son apostolat plus fécond. Dès que le jeune apôtre eut l'âge requis. la mission d'évangéliser le peuple. L'histoire nous le montre environné de l'auréole de l'innocence . Guèvre ou Gower. Le sacerdoce. Le jeune âpotre A peine eut-il atteint l'âge de raison. pas ses conseils et ses exhortations. en même temps que le sacerdoce. appelé aussi Glièvre. Il aimait à soulager les pauvres. Goar. et ils étaient l'ornement de cette province par leurs vertus. Il sut en profiter pour se faire l'apôtre des pauvres et des ignorants. on vit de nombreux pécheurs renoncer à leurs désordres et aux plaisirs du monde. Ses exemples étaient encore plus puissants sur les cœurs endurcis que ses paroles. Cet amour du prochain croissait en son cœur de jour en jour. Goar s'y dévoua avec une ardeur égale à son amour pour Jésus33 . La pureté de sa vie. il reçut. comme la rose de la charité croît volontiers. manifesta dès son enfance une véritable sainteté. Il se mit à parler de Dieu avec un zèle qui étonnait dans un âge si tendre. dans le voisinage du lis de la pureté.SAINT GOAR Prêtre et ermite près de Trèves (1. à consoler les affligés. il enflammait les âmes à la vertu. Ses parents étaient de nobles seigneurs de l'Aquitaine. et.

libre cours à son zèle apostolique des âmes. Les efforts de Goar contre des abus et des coutumes invétérés furent couronnés d'un succès tel que son humilité s'en effraya. Les convives recueillaient avec empressement les paroles qui tombaient de ses lèvres. il s'arracha des bras de ses parents . l'autorisation d'élever un modeste sanctuaire. signalant son passage par de nombreuses conversions. il se vouait complètement aux exercices de la charité. Il parlait aux pauvres ignorants avec un accent de foi et d'amour qui souvent déterminait leur conversion ou du moins un changement de vie. après avoir célébré le saint sacrifice de la messe. les luttes ne faisaient que lui donner une nouvelle ardeur. On sait que la France. Il s'était fait une loi de l'offrir tous les jours . Le démon irrité lui tendait tantôt des pièges occultes et tantôt l'attaquait ouvertement. et séduits par ses exemples autant que par ses discours. Quand les pèlerins se présentaient à son ermitage. les jeûnes et les austérités de la vie solitaire. et. les vieilles mœurs romaines et barbares n'avaient pas encore disparu. et offrait ensuite la Victime sans tache. dans la campagne de Trèves. Comment saint Goar pratiquait l'hospitalité. Quand Goar avait terminé ses longues prières de nuit. Son ermitage n'avait pas tardé à devenir le rendez-vous des pauvres et des malades. loin de ralentir le zèle de Goar. 34 . au VIe siècle. Il craignit l'orgueil. Mais il oubliait souvent de manger pour distribuer à ses hôtes l'aliment délicieux de la parole divine. les forces dont il avait besoin pour se livrer à l'apostolat. Aux premières lueurs de l'aurore. Goar les accueillait avec fois. empressé à les servir et à leur donner tout ce qu'ils pouvaient désirer.Christ et pour le prochain. il y ajoutait encore la récitation du psautier. au milieu d'un pays où s'élevaient encore un grand nombre de temples païens. Il donnait en même temps. I1 sortit ensuite de son ermitage muni des armes les plus puissantes. S'enfermant dans une retraite profonde. L'ermitage. les veilles. ils se faisaient souvent ses disciples et imitateurs. venait à peine de naître à la foi . les païens renonçaient à leurs erreurs et désertaient les temples des faux dieux. Il parcourut toutes les campagnes voisines. où les faux dieux trouvaient de zélés adorateurs. La permission lui fut accordée sans difficulté. et l'on trouvait presque partout de nombreuses traces de paganisme. Il passait la plus grande partie de la nuit dans les saintes veilles. procurant un logement commode à ceux qui arrivaient vers le soir. Cependant. il quitta sa patrie et vint chercher un asile sur les bords du Rhin. il commençait le chant des psaumes. le lendemain. Goar s'était arrêté près d'un petit ruisseau appelé Wochaire. Mais chaque combat qu'il engageait avec le serviteur de Dieu était suivi d'une honteuse défaite. sa reposant à peine quelques instants. Il invitait tous les pauvres à sa table. Le jeune prêtre voyait un nouveau champ ouvert à son zèle apostolique . les invitant à prendre un peu de nourriture avec lui. Goar n'était pas à l'abri des tentations et des épreuves. le cœur dévoré par le zèle du salut des âmes. évêque de Trèves. prêchant partout la parole de Dieu. Goar s'arracha donc aux applaudissements que lui prodiguaient ses proches et ses amis . C'est au saint sacrifice de la messe que l'ermite puisait ce zèle qu'il déployait à évangéliser les peuples. et. mais il commença par demander à Fibice. il les servait de ses propres mains. et bientôt une petite église compléta l'ermitage que Goar s'était construit. Il dota ce sanctuaire de précieuses reliques. Dieu le favorisa du don des miracles. il puisa dans la prière. Afin de donner plus d'autorité à sa parole. A sa voix.

afin que les envoyés de notre Pontife puissent manger avec nous. tombe de cheval et roule dans la poussière. Ils se mettent à le chercher . » Il parlait encore. et Dieu en lui. Goar. s'adressant à son disciple. quand l'ermite leur offrit des provisions pour la route. L'évêque. vous ne deviez point mépriser cet acte de charité. qui était alors Rustique. au grand étonnement des deux envoyés. avec qui il partageait son pain dès le matin. Goar s'écria : « Puisse le Seigneur m'en donner la force. II vient ensuite auprès des deux affamés et leur présente le lait qu'il s'est procuré. épuisé par les tortures de la faim et de la soif. Ils s'empressèrent de retourner vers Goar qui les reçut avec sa bienveillance ordinaire. Goar. après la sainte messe. de réprimer ses abus criants. il lui dit : « Mon fils. et de lui signifier l'ordre de les suivre à Trèves pour rendre compte de sa conduite. Il passa la nuit en prières et le lendemain. demeure en Dieu. qui scandalisait tout un pays en entraînant un grand nombre de chrétiens dans ses excès et dans sa ruine. Toutefois. Ils savaient qu'un ruisseau limpide se trouvait dans le voisinage. lorsqu'ils furent saisis d'une faim. il lui dit : « Souvenezvous que Dieu est amour : celui qui demeure dans l'amour. montre à ses calomniateurs que les lois du jeûne ne sont pas supérieures à celles de la charité. « Allez. crut aux paroles de ses deux officiers. comme un homme ami de la bonne chère. La vue de l'ermite entouré de pauvres et de pèlerins. Une conduite si charitable et si utile aux habitants de la région déplut à quelques envieux. Quand les envoyés l'eurent invité à se rendre à Trèves. leur dit-il ensuite. mais ils en trouvent le lit desséché. Il parlait encore. ils portent la main à leurs besaces. Goar leur ordonne aussitôt de s'arrêter . Entrant avec ardeur dans la voie que ceux-ci lui traçaient. et quand il a fini. Les calomniateurs triomphaient. Ils les acceptèrent et montant à cheval. reconnaissant sa faute. parce que l'obéissance ne souffre point de retard ! » Cette invitation lui paraissait étrange. mais tout a disparu. écoute ses prières. vinrent à l'ermitage de Goar sous prétexte de lever un tribut destiné à l'entretien du luminaire de l'église Saint-Pierre. De retour à Trèves. ils reprirent le chemin de Trèves. Goar l'invita aussitôt à s'asseoir à sa table et ne fit aucune difficulté de manger avec lui. Lorsque ce matin je vous invitais à prendre avec moi un modeste repas. pendant que Goar les suivait à pied. Son compagnon. Ils conseillèrent même à Rustique de sévir contre l'ermite. accablé de fatigue.Il est calomnié auprès de l'évêque de Trèves. près de leur pasteur. Albiwin et Adalwin s'indignent et reprochent à leur hôte son mépris des lois du jeûne et son intempérance. sans témoigner la moindre surprise de celte visite inattendue. d'une soif et d'une lassitude si étranges qu'ils se croyaient sur le point de mourir. quand son disciple introduisit un pèlerin. toujours charitable et bienveillant. Il pria ses visiteurs d'accepter l'hospitalité dans son ermitage. Ils veulent alors gagner Trèves en redoublant de vitesse lorsque l'un d'eux. Deux serviteurs de l'évêque de Trèves. que ces fausses accusations ne peuvent émouvoir. de bonne foi. Albiwin et Adalwin. Déjà ceux-ci se disposaient à partir. ils le découvrent bientôt. Il se jette à ses pieds et le supplie de venir à leur secours. puiser de l'eau dans la rivière et prenez des provisions dans vos 35 . il leur ordonna de retourner en toute hâte près de Goar. » A ces mots. Les deux cavaliers avaient disparu derrière l'horizon . cependant. scandalisa les deux envoyés. Ils songent alors aux provisions qu'ils ont reçues de Goar . préparez-nous un repas. Peut-être Dieu nous enverra-t-il encore quelque pauvre pour partager avec lui notre nourriture. ils chevauchaient en silence. et de venger la cause des saintes lois outragées. il dissimula ses soupçons. Dieu vous punit en ce moment pour vous apprendre à pratiquer la charité qui est le lien de la perfection. il leur permet de continuer leur course à travers les bois. se hâte de joindre l'ermite qui les suivait de loin. et accède volontiers à ses désirs. lorsque trois biches se présentèrent à leurs yeux. Ils considéraient cet acte de charité comme une infraction criminelle à toutes les règles monastiques du jeûne et de l'abstinence. ils dénoncèrent Goar à l'évêque. se met à les traire. il s'en approche.

ne fit qu’augmenter leurs mauvaises dispositions. de la sainteté de Goar. il fit assembler son clergé. et attribuer ce miracle à son commerce avec l’esprit des ténèbres. Le prévenu écoutait en silence. désormais. Ce prodige leur ouvrit les yeux. leur permettaient d'apaiser leur faim. retrouvées miraculeusement. le juste juge. et attendit. accompagné de son plus cher disciple. mais en admirateurs et en hérauts de ses vertus. surpris et étonné du miracle Le cavalier félon vint supplier saint Goar de porter secours à un camarade. qui scrute les cœurs et sonde les reins. L’évêque Rustique en prit occasion pour accuser Goar de magie. en présence de cette imposante réunion. levant les yeux au ciel. commença par aller adorer le Très Saint Sacrement. loin d’exciter l’admiration de ses juges et de dissiper leurs préjugés. et se rendit ensuite au palais épiscopal. Qu’on lui reprochait. en même temps que leurs provisions. dit la légende fut un prodige : il suspendit son manteau à un rayon de soleil. sait que je ne fus jamais initié à 36 .besaces. » En effet. le ruisseau desséché quelques instants auparavant roulait de nouveau une onde limpide. Ce miracle. L'évêque confondu et pénitent. Goar. Lorsqu’il eut été introduit dans la salle du Conseil. le charitable ermite pour le confondre et le condamner. en entrant à Trèves. et les voyageurs purent s'y désaltérer. Il avait cru suspendre son manteau à un objet destiné à cet usage. Rustique ne voulut point les croire . ils le présentèrent à leur évêque non plus en calomniateurs ou en ennemis. Goar. répondit : « Dieu. Convaincus. son premier acte. Il lui reprocha ensuite son intempérance et son prétendu mépris des règles monastiques du jeûne et de l’abstinence. Quand l'évêque eut cessé de parler.

il trouve dans son ardente charité des paroles de consolation et d'encouragement. le juge suprême. disait-il. Il garda donc le silence. « D'ailleurs.l'art de la magie. avec la permission et sur l'ordre de Dieu. je t'adjure. Celui-ci. Lui-même pleure d'être l'instrument de la révélation de ce crime honteux . mais comme la charité est toujours ingénieuse. dans le bassin de marbre de l'église. et le coupable peut se relever. par la grâce de Dieu mais. pour s'en défaire. et je voulais. fit à Dieu une ardente prière. rejetant toutes ses excuses. portant sur les bras un enfant qui venait à peine de naître. Sigebert. il vit entrer un clerc. Si des animaux sauvages se sont arrêtés pour me permettre de les traire. lui a déjà promis de faire. Vous me reprochez de boire. La charité seule me fait accomplir quelques miracles. son interlocuteur lui dit : « Je suis obligé de vous obéir. il se soumit à toutes les rigueurs des règles canoniques et sa pénitence sincère lui mérita de devenir un grand Saint. un tel miracle ne servirait qu'à couvrir de honte et de confusion ceux qui ont mis au monde cet enfant. roi d'Austrasie. Il se tourna alors vers l'assemblée : « Quel âge a cet enfant ? Trois jours. lui réponditon. maintenant. La charité seule me guidait. que l'enfant étend sa petite main vers un personnage d'Eglise infidèle à ses devoirs. Il s'efforça de faire comprendre à l'évêque qu'il ne devait pas exiger de lui une chose si extraordinaire. » S'inclinant ensuite vers lui : « au nom de la Très Sainte Trinité. Il lui envoya des députés qui l'amenèrent bientôt à sa cour. au nom de cette charité. nous aurons une preuve éclatante qu'elles sont le fruit de son commerce avec le prince des ténèbres. – ma mère s'appelle Flavie. » L'évêque. Goar. de lui apprendre les événements passés à Trèves. et dit : « Voilà mon père – il le nomma . qui verse d'abondantes larmes. » A peine at-il achevé ces mots. si les œuvres de Goar sont de Dieu ou du démon. honoré comme tel dans l'Eglise de Trèves. le bruit de ce nouveau miracle ne tarda pas à parvenir à la cour de Sigebert. Goar s'inclina devant un ordre si exprès . et que sa mère avait déposé. » Pendant que l'ermite se défendait avec sa douceur et sa mansuétude ordinaires. A cette vue. je ne puis faire ce que vous me demandez. L'évêque devait pourvoir à son éducation. Rustique s'écria. les rôles ont changé. » L'homme de Dieu frémit à cette proposition. et. et s'approcha de l'enfant. et par leur nom. petit enfant. Qu'il fasse parler ce jeune enfant. Cette réponse si ingénieuse et si humble lui gagna tous les cœurs il n'y eut qu'une voix dans 37 . avec l'assurance que l'ermite unira ses prières et ses pénitences aux siennes. pour lui et avec lui. » Aussitôt. sourd aux remontrances de Goar. et nous croirons alors à la sainteté de ses œuvres. Saint Goar à la cour de Sigebert. il pria d'abord le roi de lui dire tout ce qu'il en savait. quand il eut fini. destiné à recevoir les enfants abandonnés. lui ordonna. Cependant. se tournant vers ses ecclésiastiques. au nom de l'autorité que lui conférait sa puissance royale. mais je ne trouve rien à ajouter au récit que vous venez de me faire. une pénitence de sept ans. étonné. pour apprendre de sa bouche tous les détails de l'assemblée de Trèves. lui ordonna de se conformer à ses désirs. sauver la vie de ceux qui m'accompagnaient. je ne les y ai point forcés par des enchantements coupables. Le coupable profita des exhortations de Goar . Sigebert le pria de lui raconter tout ce qui s'était passé. le père et la mère qui t'ont mis au monde. levant les yeux au ciel. Mais la modestie défendait au pieux ermite de retracer au roi les circonstances d'un fait si propre à augmenter sa gloire. en effet. Sigebert ne fit aucune difficulté de lui répéter ce qu'on lui en avait appris. pourrait vous dire si mes actes étaient inspirés par l'intempérance ou par la charité. et de manger dès les premières lueurs de l'aurore. qu'il lui fasse révéler en notre présence qui est son père et qui est sa mère. dit-il. pour obtenir de Dieu le pardon d'un péché si scandaleux. Le monarque voulut en voir l'auteur. Le Dieu qui voit toutes choses. S'il ne le peut. Goar voit à ses pieds le coupable. Tant de charité et d'humilité charmèrent tout l'auditoire. de nous dire distinctement. avec un air de triomphe : « Nous verrons.

Sigebert ne put donc élever son candidat au siège épiscopal de Trèves. On raconte que tout homme qui passait devant l'église consacrée à Goar. Les miracles de saint Goar. il pria seulement le roi de lui envoyer deux prêtres pour l'assister à ses derniers moments. et finit par obtenir un délai de vingt jours. et d'en augmenter chaque jour les enfants. Goar fut saisi d'une fièvre violente. Sigebert fut d'abord sourd à toutes ses prières . Déception de Sigebert. Une foule de miracles. Le corps de Goar fut d'abord placé dans la petite église qu'il avait édifiée lui-même. C'était le commencement d'une maladie de langueur. Avant l'expiration du délai accordé par le roi. l'obscurité la plus grande se répandit sur les flots. Aussitôt. et proposer au prince de l'élever sur le siège épiscopal de Trèves. de l'ami des pauvres et des humbles (vers 575). Mais il semble que saint Goar se plaisait surtout à sauver du naufrage ceux qui l'invoquaient avec confiance. pour lui faire accepter la mitre et la crosse. qui devait le clouer sur sa couche pendant sept ans. A peine les deux prêtres furent-ils arrivés qu'ils reçurent le dernier soupir du vaillant soldat de Jésus-Christ. et qu'il ne fallait plus songer à le priver de la paix et du bonheur qu'on goûte dans la solitude. Goar songea alors à la promesse qu'il avait faite d'offrir à Dieu en expiation d'un crime abominable ses horribles souffrances. 38 . Des larmes arrosaient sans cesse sa couche. Ainsi. Dès le lendemain. sur les bords du Rhin. sans y entrer pour prier le Saint. dans une course rapide qu'il fit sur le Rhin. ils emmenaient une femme et son enfant. il y ajouta de grandes mortifications. Saint Goar est honoré par les potiers comme leur patron . Il s'enferma dans sa cellule. le navire de l'empereur erra pendant plus de douze heures. Pour rendre ses prières plus puissantes sur le cœur de Dieu. Il retourne à son ermitage. Il priait surtout pour l'Eglise . en voici peut-être la raison : Un jour. était toujours puni. ils la déposèrent devant l'église. Goar était le seul à ne point partager leur avis . Au bout de sept ans. Goar revint à la santé. il suppliait Sigebert de ne pas l'arracher à sa chère retraite. Goar se hâta de regagner les bords du Rhin. – Mort de saint Goar. et le conduire finalement au tombeau. s'éleva une violente tempête . A peine Sigebert sut-il que le saint ermite avait recouvré un peu de force qu'il lui renouvela ses instances.l'assemblée pour proclamer Goar digne de l'épiscopat. il suppliait le Seigneur de lui envoyer une maladie pour empêcher Sigebert de mettre ses desseins à exécution. Sur sa demande. mais Pépin le Bref fit bâtir plus tard. Charlemagne envoyait à l'église de saint Goar vingt livres d'argent et deux tapis de soie. pour recevoir les précieuses reliques du saint ermite. des bateliers conduisaient une embarcation chargée de poteries . mais l'homme de Dieu redoubla d'instances. à bord. Passant les jours et les nuits en prière. il demandait à Dieu de la faire triompher. Mais Goar répondit que l'heure de sa mort allait bientôt sonner. et de tous genres. où elle venait prier le Saint. Le Seigneur exauça les vœux de son humble serviteur. Il fallut s'arrêter dans un petit village. Sigebert se hâta d'accéder à ce désir. négligea d'aller offrir sec hommages au saint ermite. sans que le pilote put atteindre le but du voyage. une magnifique basilique. pendant que l'encens de sa prière montait vers le ciel. Charlemagne. furent accomplis sur son tombeau.

S. emmenant l'enfant . sauf quelques reliques que possède encore l'église Saint-Castor. au XIIe siècle. corps et biens. Grecs d'origine. elle fut abolie et le corps de saint Goar perdu.) SAINTS CYRILLE ET MÉTHODE Apôtres des Slaves (827-869 et 820 ?-885). L'antique abbaye bénédictine fondée par Pépin le Bref passa. – (V. A la Réforme.mais ils gardèrent l'enfant avec eux.. – Bollandistes (t. Fête le 7 juillet. n° 282. III de juillet). à l'exception du fils de la pieuse femme qui fut sauvé. à Coblence. Or. Les saints Cyrille et Méthode. aux Chanoines Réguliers de Saint-Augustin. leur barque sombrait. A. bientôt.P. les bateliers s'enfuirent. cette faute n'échappa pas au châtiment . Romains par leur 39 . Sources consultées.B.Z. Byzantins par leur patrie. tandis que la mère était en prière.

l'impératrice Théodora elle-même les tenait en grande estime. où leur père les avait envoyés. à ses côtés se trouvait encore l'ancre qui avait servi lorsque le martyr avait été précipité dans les flots. attachés inébranlablement au successeur de Pierre. Il accepta la charge qui lui était confiée. et la pria de lui envoyer quelqu'un pour l'instruire. comme les deux lumières de l'Orient. Dès leur jeunesse. choisit Constantin pour cette mission . Or. et leur piété et leur douceur ravissaient les cœurs de tous ceux qui les approchaient . Ils montrèrent. Jusqu'alors. Mission de Constantin chez les Khazares. qu'on appelle parfois saint Cyrille de Thessalonique. dont la premier. – Jeunesse studieuse.mission. Origine. 40 . Méthode fut promu préfet de la province slave de l'empire byzantin. emmenant parmi sa suite son frère Méthode qui lui-même avait fait un stage dans un monastère du Mont Athos. ville qui fut enrichie par l'apôtre saint Paul des lumières de la foi. prêts à accourir à un appel du Souverain Pontife. on les citait comme des modèles de sainteté et d'humilité. apôtres des peuples de race slave. tandis que son frère se préparait à suivre la même voie. reçut le nom de Constantin . ils parlèrent la langue slave. En passant à Cherson – l'ancienne Chersonèse – où il séjourna quelque temps pour étudier la langue des Khazares. près de Sainte-Sophie. reçut au baptême le nom de Méthode . entre 857 et 860. Constantin se distinguait par la pénétration de son esprit. fit savoir à l'impératrice Théodora qu'il désirait embrasser le christianisme. Au début du IXe siècle. surtout dans la pratique des arts militaires et de la jurisprudence. Le jeune empereur Michel III. Mais si la science des deux frères était étonnante. leur vertu n'était pas moins admirable . Les Slaves étaient d'ailleurs assez nombreux dans la région de Thessalonique. un haut fonctionnaire grec nommé Léon. Constantin retrouva les reliques du Pape saint Clément. fils de Théodora. une érudition remarquable. sous l'empereur Trajan. Moine et missionnaire. et se dirigea vers la contrée où il devait exercer son apostolat. ce qui a fait croire que leur mère était de cette nationalité. où ils ont porté et répandu la foi chrétienne. sont considérés. Leurs progrès furent rapides. le peuple des Khazares. qui habitait au delà de la Tauride ou Crimée. qui avait reçu la prêtrise. né vers 820. puis professeur de philosophie et avait enfin rempli des missions diplomatiques. aujourd'hui Salonique. alors qu'au contraire les faits montrent en eux des fils soumis et respectueux de la Sainte Eglise. Il renonça au monde quelques années après et revêtit les habits grossiers de la pauvreté dans le monastère basilien de Polychrone. celuici. vivait à Thessalonique. c'est le futur saint Cyrille. était devenu bibliothécaire du patriarche. sa religion n'avait été qu'un mélange de judaïsme et de mahométisme. à bon droit. – Saint Clément. à Constantinople. Il eut deux fils. près de Constantinople. C'est en vain qu'on a essayé de les représenter comme des ennemis du catholicisme. le second. Le corps fut découvert sous des ruines . qui vit le jour vers 827. exilé et martyrisé en ce pays.

L'artiste portait bien le nom de Méthode . Voyage à Rome. Constantin et Méthode. Il alla d'abord remplir sa mission chez les Khazares. Nicolas 1er était mort. Les deux frères en Moravie. les fouilles pratiquées. Il instruisit autant que cela lui fut possible durant les quelques années qu'il resta dans le pays. Ratislav. et non la moins précieuse. dans les substructions de l'église actuelle ont permis de retrouver la basilique primitive. Les deux frères vinrent se fixer à Vélehrad où leur apostolat suscita des merveilles (863).L'intention de Constantin était de transporter les reliques de saint Clément à Rome. ainsi que les musulmans. les résultats du zèle des deux frères avaient comblé de joie le cœur du Pape saint Nicolas 1er. mais il avait un successeur digne de lui dans la personne d'Adrien II (867). désignés. et lorsqu'il fut rappelé à Constantinople. mais non pas le frère de Constantin. qui assistait à leur découverte. ce qui leur donne droit à la reconnaissance de cette nation. qui consistait à resserrer les liens avec Byzance . Les faits. il suppliait l'impératrice de lui envoyer des missionnaires. il laissait à ses néophytes des prêtres pieux et savants pour continuer son œuvre. Les deux apôtres des Slaves sont représentés en habits sacerdotaux. Constantin et Méthode furent donc mandés à Rome. Si les deux apôtres n'ont pas évangélisé la Bulgarie par eux-mêmes. comme s'il appelait à lui les multitudes que ses envoyés convertissaient à l'Evangile. en même temps que de la subordination filiale de l'Eglise slave au Siège apostolique. ayant appris ce que Constantin avait fait chez les Khazares. On a dit que la conversion de la Bulgarie était l'œuvre directe des deux missionnaires. C'est alors que Constantin en composa les caractères slaves glagolitiques. A leur arrivée dans la capitale du monde chrétien. il porte le pallium sur la chasuble . il les confia à l'évêque de Cherson. ses mains sont étendues dans un geste paternel. Il voulut voir les missionnaires et hâter la translation des reliques de ce Pontife martyr. c'est le monument le plus éloquent de la dévotion des Romains pour les apôtres des Slaves. ou plutôt à sa mère Théodora. ainsi présentés. et que le cœur du roi Boris fut touché par la vue d'une peinture du jugement dernier dont Méthode avait orné un mur du palais. disant que son peuple avait renoncé à l'idolâtrie et voulait embrasser la religion chrétienne : en conséquence. il confondit les sectateurs de la religion juive. et la nation devint chrétienne. reproduit les traits de Constantin et de Méthode. ne correspondent pas à la réalité. Cependant. se mirent en route vers la Moravie en repassant par l'Athos. Mais Dieu les appelait l'un et l'autre à de nouvelles missions. roi des Moraves. du moins devaient-ils la convertir par leurs disciples. Au XIXe siècle. suivi de tout le clergé et du peuple de Rome. En attendant qu'il put exécuter ce projet. La nouvelle de l'invention des reliques de saint Clément augmenta encore sa satisfaction. envoya des ambassadeurs à l'empereur Michel. L'une d'elles. le zélé missionnaire vécut retiré près de l'église des SaintsApôtres. De retour à Constantinople. tandis que Méthode devenait « higoumène » du monastère de Polychrone. lui aussi était un moine. Celui-ci vint au-devant des missionnaires. Entre eux est placé le Pape . 41 . Suivant l'expression d'un savant italien. Il reçut de leurs mains les reliques de son saint prédécesseur et les déposa dans la basilique de SaintClément. encore décorée des fresques exécutées en souvenir de cette translation mémorable.

Cependant le Souverain Pontife. dans le tombeau qu'il s'était fait préparer pour lui-même. Il les interrogea. Saint-André. et prêtèrent serment de foi catholique. en arriva à suspecter l'orthodoxie des deux novateurs. empereur d'Est-Franconie. Méthode fut d'abord ordonné prêtre. avec les honneurs réservés au Souverain Pontife et la participation des prêtres des deux rites. Sacre épiscopal. le Pape Adrien II autorisa solennellement la liturgie slave. qu'il devait rendre si glorieux à travers les siècles. Louis II le Germanique. que seules des circonstances spéciales pouvaient justifier. non seulement leur apportant la foi chrétienne. Cette innovation liturgique. certains auteurs disent que Constantin reçut la même dignité. Pour lutter contre l'influence germanique qui risquait de blesser le sentiment national sous le couvert de la religion. où il fut déposé en un magnifique tombeau. il fit sa profession religieuse sous le nom de Cyrille. mais le peuple romain ayant fait de vives instances pour que le corps ne lui fut pas enlevé. le 14 février 869. Le Pape lui conféra la consécration épiscopale et le nomma archevêque de Pannonie . au moyen duquel ces peuples purent désormais écrire leur langue. Bien qu'il n'eût encore que quarante-deux ans. Constantin demanda au Pape et obtint la permission de se retirer dans le monastère grec de Rome . – Consécration épiscopale. exerçait la suzeraineté sur la Pannonie et la 42 . mais encore employer cet idiome dans la célébration du service divin. les deux apôtres avaient cru devoir. ainsi que quelques-uns de ses disciples (février 868). par la Bulle Gloria in excelsis Deo. dit-il. en souvenir de la gloire procurée à ce Pontife par le saint missionnaire. celui-ci ne devait pas revoir les populations qu'il avait évangélisées. en la basilique de Saint-Pierre. Cyrille mourut entre les bras de son frère. non seulement traduire en slavon les Livres Saints. devait d'abord être ratifiée par l'autorité pontificale. – Le moine « Cyrille ». latin et oriental. nous a suppliés avec larmes de ne choisir d'autres sépultures qu'en notre pays. De toute manière. Les deux frères célébrèrent en ce rite dans les grandes églises de Rome : Saint-Pierre. Adrien II fit inhumer Cyrille. Adrien II fut complètement rassuré et voulut reconnaître des mérites si éclatants. et aussi consolider l'œuvre commencée. d'un alphabet. mais n'en exerça pas les fonctions. Se sentant incapable de porter le fardeau épiscopal. Saint Méthode archevêque de Moravie. d'après la légende paléo-slave. En effet. Quarante jours après être entré dans ce couvent. Saint-Paul.La question du rite slave. Constantin et Méthode furent les civilisateurs des peuples slaves. Le Pape ne fit aucune difficulté et le corps fut définitivement transporté dans l'église Saint-Clément. leur fit part des accusations suscitées par leur attitude. Toute la ville de Rome pleura sa mort. comme nous l'avons vu. – Sa mort. Méthode demanda au Pape la permission d'emporter le corps de son frère à Constantinople : « Notre mère. Méthode demanda que du moins elle fût inhumée dans la basilique de Saint-Clément. » Le Souverain Pontife accéda d'abord à ce désir. sur des rapports trop intéressés peut-être. Désolé de ne pouvoir emporter la dépouille mortelle de son frère bien-aimé. mais en les dotant. ses forces étaient épuisées. Constantin et Méthode s'expliquèrent avec clarté et franchise.

Il n'avait pas vu sans ombrage grandir la puissance de Rastislav. écrit Ernest Denis. et ses vues lointaines . Il se retourna ensuite contre Louis le Germanique et le força à reconnaître son indépendance. il fit alliance avec lui. Ces luttes entre évêques allemands et évêques byzantins paralysèrent en partie l'apostolat de Méthode. dont l'un siégeait à Nitra. Cependant. « Son ambition était vaste. c'est-à-dire la Slovaquie. neveu de Rastislav. prince de Nitra. » Il était de l'intérêt de Sviatopluk de favoriser le rite slave et de protéger l'action de Méthode. orientales. De nouveau à Rome. Inspiré par l'évêque Viching. Le fait est qu'il favorisa les évêques allemands qui défendaient leur influence dans ces régions. Pourquoi ne le fit-il pas ? L'histoire reste muette là-dessus. comme l'empereur avait essayé de sauvegarder la sienne. Sviatopluk le Slave devint un instrument de la latinisation. qui gouvernait les provinces Saint Cyrille retrouve les reliques du Pape saint Clément. s'empara de Rastislav (870) et le livra aux Allemands. et il étendit son autorité sur les Serbes de Lusace. résolut de détrôner son oncle et de régner à sa place. il introduisit la liturgie latine. Sviatopluk. il rattacha à sa politique les tribus de l'Elbe supérieur.Moravie. Comme Louis le Germanique avait envahi la Moravie. la Silésie. la Galicie occidentale et une grande partie des terres danubiennes. par son mariage avec la fille du prince de Bohême. archevêque de Moravie et de ses deux suffragants. de nouvelles difficultés surgirent encore à Rome où les mêmes intrigues que 43 .

en 873. y fut seul employé. Ces tentatives demeurèrent sans résultat. Ce privilège a été confirmé par plusieurs Papes. quand elle dit : « Toutes les nations. sauf en latin ou en grec. le grec et le latin. selon des mœurs que nous ne saurions approuver. cependant que dans toutes les églises on lise d'abord 1 Evangile en latin pour le plus grand honneur. la conversion et le baptême du prince Borzivoy et de sa femme Ludmille. 44 . Méthode semble avoir été appelé par Dieu à évangéliser. l'emploi de la langue slave non seulement pour la prédication. Léon XIII en 1898. a crée aussi toutes les autres pour sa louange et pour sa gloire. soit par ses disciples et continuateurs. le privilège de l'emploi du slavon dans la liturgie romaine – c'est le rite glagolithique – existe encore en plusieurs diocèses des bords de la mer Adriatique. Cette faveur semble en voie de s'étendre en Yougoslavie. de toute la nation. et que la nécessité s'en fait sentir. NotreSeigneur. Dernières conquêtes de saint Méthode. ni à la doctrine. celle de la liberté d'un rite autre que le rite latin. célébrez-le. mais elle les approuve et les confirme quand l'usage les a consacrées. louez le Seigneur . Voici ses propres paroles : Nous ordonnons que l'on célèbre en langue slavonne les louanges et les œuvres du Christ. et qu'ensuite on le lise en slavon pour le peuple qui n'entendrait pas les paroles latines. Cette défense fut réitérée en 879.. Celui qui a fait les trois langues principales. Continuateur zélé de l'œuvre commencée par saint Cyrille. Cette fois encore. L'on conçoit que l'Eglise catholique permette très difficilement de semblables innovations dans la liturgie sacrée. et que le slavon ancien. langue morte. Au XXe siècle. entraînèrent la conversion en masse. Mort de saint Méthode. les Papes exigèrent seulement que la traduction fût exacte. – Le culte des deux frères. Urbain VIII en 1631. car ce qui avait pu mettre l'archevêque de Pannonie en conflit apparent avec le Saint-Siège n'était qu'une question disciplinaire. par exemple pour éviter que des populations insuffisamment instruites ne se laissent entraîner vers le schisme par de mauvais bergers faisant appel à une extrême susceptibilité nationale. soit par lui-même. ses explications furent si convaincantes que le Pape autorisa. l'hébreu.précédemment recommençaient à se nouer. afin d'éviter toute erreur d'interprétation. toute la partie de l'Europe orientale qui n'avait point embrassé la vraie foi. tous les peuples ! » Il n'est donc contraire ni à la saine foi. de célébrer la messe dans la langue slavonne. et non pas une question dogmatique. Pie X en 1906. Le Pape Jean VIII. Car la Sainte Ecriture ne nous enseigne pas à louer le Seigneur seulement dans une langue mais dans toutes. ni la discussion de la primauté du Souverain Pontife : jamais la science ni l'orthodoxie de Méthode ne purent être surprises. qui troublait alors la paix de l'Eglise et qui pouvait espérer l'entraîner dans le schisme. Benoît XIV en 1754. mais encore pour toute la liturgie. Du reste. crut devoir interdire à Méthode de célébrer la messe.. et cette fois en termes nets et formels. le sens des mots se modifiant par.fois profondément à l'usage dans les langues vivantes. le Saint-Siège se fit un devoir de protéger la langue slavonne dans les églises qui en usaient légitimement pour le service divin . Le saint apôtre eut à lutter contre les efforts amicaux et pressants de Photius. en même temps que le missionnaire recevait l'ordre de se rendre à Rome. Nous ordonnons. notamment Innocent IV en 1248. patriarche de Constantinople. En Bohème. Il obéit et comparut devant le Souverain Pontife en 880.

De nombreux miracles attestèrent la sainteté des deux missionnaires. La Grande Guerre de 1914-1918. ce Pontife a libéré de la domination allemande les Slaves christianisés. à côté de celui de saint Cyrille son frère. ligue fondée en 1892 par Mgr Stojan. Dans l'intervalle. dans la basilique de Saint-Clément. une autre vit le jour en 1851 et prospéra sous les auspices du serviteur de Dieu Antoine-Martin Slomseck. Pie IX accorda aux Bohèmes. le mardi-Saint 6 avril 885. elle se développa non seulement parmi les Slovènes. 1869 et 1885. Son corps fut rapporté à Rome et enseveli avec la pompe des liturgies romaine. il désigna un de ses prêtres. elle ne fut rétablie qu'en l'année jubilaire 1863. car. En 1858. disent-ils. Sentant sa fin approcher. pour lui succéder dans la charge de l'épiscopat . en vertu d'une encyclique du 30 septembre 1880. Esclavon de naissance. La même année. une décision fut prise dans ce sens par Léon XIII. puis. et surtout les centenaires célébrés en 1863. 45 . à Brno. en Moravie . et de la liturgie slave . ayant donné à son clergé et à son peuple des instructions suprêmes. à l'occasion du onzième centenaire de la naissance de saint Cyrille. qui avaient coutume de célébrer chaque année. la Pologne. du 11 décembre 1897. n'a fait que favoriser le culte rendu aux saints Cyrille et Méthode. à Velehrad. aux Moraves et aux Croates de race slave. se tint. ces documents précieux furent étudiés par des savants de diverses nations. Lors du Concile du Vatican. la fête des saints Cyrille et Méthode. un Congrès international d'études pour l'Union des Eglises. qui a démembré l'empire austro-hongrois et modifié profondément la carte de l'Europe orientale. était l'auteur de l'alphabet glagolitique. en Galicie. au XIIIe siècle. des fêtes importantes eurent lieu à Prague en l'honneur des deux apôtres slaves. en Hongrie. dans la liturgie gréco-byzantine . en particulier. avec l'approbation et sous le contrôle du Pape Pie XI qui en avait approuvé le programme.L'heure du repos était venue . dans son office de rite latin. il s'endormit dans le Seigneur. Sous le vocable des deux Saints se sont fondées plusieurs associations. allait bientôt le rejoindre pour l'éternelle récompense. Le « British Museum » de Londres a conservé des copies. Les Tchécoslovaques. en conférant les droits archiépiscopaux à saint Méthode. qui avait été si uni à son frère durant sa vie. et qui travaille à propager les sentiments religieux et nationaux et à réaliser l'Union des Églises parmi les Slaves. en vertu d'un décret des Rites. nommé Gorazde. mais encore en Moravie. les études slaves inaugurées par Joseph Dobrovski (mort en 1829) mirent en pleine lumière les noms des deux apôtres. C'est ainsi que dès le XIIIe siècle et jusqu'au XVIII prévalut l'opinion que saint Jérôme. En Moravie notamment elle a été remplacée par l’« Apostolat des Saints-Cyrille et Méthode ». le souvenir des deux Saints et de leurs mérites alla en s'effaçant. de nombreux évêques sollicitèrent l'extension de cette fête à l'Eglise universelle . de 55 lettres du Pape Jean VIII. En 1927. dans la suite des âges. les invoquait dès le milieu du XIVe siècle comme des apôtres et patrons du royaume. de le faire désormais le 5 juillet. cet apôtre ardent. faites au XIIe siècle. considèrent le Pape Jean VIII comme leur libérateur. chez les Russes orthodoxes l'office propre des deux frères fut supprimé en 1682. si justement appelé « cyrillien ». le 9 mars. Leur nom se trouve à une époque immémoriale dans la liturgie slave . La première fut instituée en 1850. Et cependant. grecque et slave. évêque de Maribor. Elle figure actuellement au Calendrier de l'Eglise à la date du 7 juillet. Cette nouvelle confrérie fut approuvée à Rome le 12 mai 1852 . qui modifia le Bréviaire et le missel. dont beaucoup ont trait à la mission de l'archevêque de Pannonie . et au XVIIIe siècle leur commémoraison n'existait plus dans les calendriers .

Sources consultées. – Léon XIII, Encyclique « Grande Munus ». – L’Union des Eglises, 1927. – Acta
V. Conventus velehradensis, anno MCMXXVII (Olomouc, 1927). – F. Romaner du Caillaud, Essai sur
l’Eglise russe catholique et ses Saints (Paris, 1896). – Vacant-Mangenot, Dictionnaire de la foi catholique,
au mot « Bulgarie ». – R.P. Martinov, Saint Méthode, apôtre des Slaves (Revue des questions historiques,
1880). – Dr. Fr. Grivec, Stovansti Apostolé Sv. Cyril a Métodéj (Olomouc, 1927). – (V.S.B.P., n° 230.)

SAINTE ÉLISABETH
Reine de Portugal (1271-1336)
Fête le 8 juillet.

Elisabeth naquit à Saragosse, en 1271 ; elle était le sixième et dernier enfant de Pierre, fils
aîné de Don Jaime 1er, roi d'Aragon ; sa mère, Constance, était fille de Manfred, roi de Sicile, et
petite-fille, du côté maternel, de l'empereur d'Allemagne Frédéric II et la petite-nièce, par son père,
de sainte Élisabeth, reine de Hongrie, canonisée par Grégoire IX en 1235, dont on lui donna le
nom.
L'enfant de la paix. – Sa piété.
L'alliance de l'infant Pierre avec Constance ayant été conclue contre l'assentiment de Don
Jaime, il s'en était suivi une brouille entre le père et le fils, qui habitaient des palais séparés, et
leurs différends divisaient le royaume. La naissance d'Élisabeth mit fin à ce triste état de choses ;
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son grand-père, ayant consenti à la voir, fut tellement ravi des charmes précoces de l'enfant qu'il
alla aussitôt visiter la mère à laquelle il montra dès lors une affection vraiment paternelle. Il
pardonna à son fils, et tous les pénibles ressentiments furent oubliés. Le grand-père emmena sous
son toit la charmante petite princesse, cause inconsciente de la réconciliation. Ce rôle de messagère de la paix, elle devait le remplir tout le long de sa vie ; il est la plus belle manifestation de sa
sainteté, et l'Eglise, dans l'office qu'elle lui a attribué, l'en félicite. La piété précéda en elle l'éveil
de la raison ; quand elle se mettait à pleurer, on la calmait aussitôt en lui montrant le crucifix ou
une image de Marie. Aussi Don Jaime se plaisait-il à dire que cette enfant deviendrait la femme la
plus grande de la maison royale d'Aragon. En 1276, Jaime 1er mourut après un long règne, qui lui
mérita les titres de « saint » et de « conquérant ». Le père d'Élisabeth lui succéda sous le nom de
Pierre III. A la cour, Elisabeth dédaigna la magnificence des vêtements, la recherche des plaisirs et
des jeux et toutes les occupations inutiles. Elle avait en aversion les fables et les histoires profanes
et ne se plaisait qu'à la lecture des livres de piété, à la récitation des psaumes et des hymnes de
l'Eglise. Elle pratiquait la dévotion, la charité, la pénitence, et, à l'exemple de sa grand’tante qu'elle
avait choisie pour modèle, elle secourait les pauvres avec compassion et tendresse.
Sainte Elisabeth épouse le roi de Portugal.
La jeune fille, qui ressentait un puissant attrait pour la virginité, n'aurait pas voulu des noces
d'ici-bas, mais une lumière particulière lui montra qu'elle devait se sacrifier à la raison d'Etat et
condescendre au désir de ses parents. L'alliance avec le vaillant roi d'Aragon, qui, en dépit de son
règne très court, fut surnommé le Grand, était très recherchée ; Elisabeth fut demandée en mariage
par l'empereur d'Orient, les rois de France, d'Angleterre et de Portugal. La pensée de l'éloignement
de leur fille était si pénible pour ses parents qu'ils choisirent le prince le plus voisin et le roi
d'Aragon envoya ses ambassadeurs au roi de Portugal, Denis, pour lui annoncer qu'il acceptait sa
demande.
Denis se trouvait alors à Alentejo, en guerre avec son frère Don Alonso ; c'est là qu'il reçut les
envoyés du roi d'Aragon, et les hostilités cessèrent. Pendant longtemps le roi Pierre ne put se
résoudre à laisser partir sa fille ; enfin, après l'avoir accompagnée jusqu'aux frontières de son
royaume, il la quitta en versant d'abondantes larmes. La jeune princesse fut magnifiquement reçue
dans la Castille qu'elle traversa pour se rendre à Bragance. Elle fit, le 24 juin 1282, son entrée à
Troncoso, où se trouvait le roi, et le mariage fut célébré le jour même : le roi avait vingt ans et
régnait depuis trois ans, la reine en avait à peine douze. Outre la dot qu'il lui donnait, le roi lui
offrit la ville de Troncoso où eurent lieu de grandes fêtes, après lesquelles le couple royal se rendit
à Coïmbre, alors la capitale.
Elisabeth y fut, comme en Aragon, un modèle de toutes les vertus ; son mari, qui l'aidait dans
ses aumônes, lui laissa la plus grande liberté pour ses exercices de piété, tout en modérant les
mortifications qui auraient pu altérer sa santé et sa beauté qui était remarquable.
Par son exemple, elle ramena les toilettes de la cour à une mesure juste et chrétienne ; elle ne
tolérait jamais l'oisiveté parmi ceux qui l'entouraient ; avec les dames de sa maison elle travaillait
pour les églises, pour les hôpitaux, pour les monastères, pour les pauvres, et elle veillait à donner
toujours un tour élevé aux conversations. Son influence bienfaisante rayonna par tout le royaume,
y excitant une heureuse émulation pour le bien.
Une reine populaire.
Au moment où il accueillait sa jeune reine, le Portugal venait de rejeter définitivement les
Sarrasins hors de son territoire et de conquérir ses limites actuelles ; il entrait dans une ère de paix
et de prospérité. Denis s'appliqua à réparer les ruines que les guerres avaient accumulées ; il bâtit
ou rétablit quarante-quatre villes, fonda des hospices, des écoles, dont la célèbre Université de
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Coimbre ; il développa le commerce et l'agriculture. Pour remplacer les Templiers abolis au
Concile de Vienne de 1311, il créa l'Ordre du Christ, que le Pape Jean XXII approuva en 1319, et
qui subsiste toujours. L'histoire a désigné sous le nom d’« âge d’or du Portugal » les quarante-six
années de ce règne paisible.
La part d'Elisabeth dans cette œuvre de restauration fut considérable, en particulier dans la
construction et l'aménagement des églises, des hôpitaux et des orphelinats ; et si le peuple
reconnaissant décerna à son roi les titres de « Roi laboureur » et de « Père de la Patrie », il salua sa
reine du vocable de « Patronne des laboureurs ».
Elisabeth avait dix-sept ans quand vint au monde, en 1288, sa première enfant, Constance, qui
devait épouser Ferdinand IV, roi de Castille, et mourir en 1313, à vingt-cinq ans, un an après son
mari. Peu de temps après cette mort, Elisabeth se rendait de Santarem à Lisbonne avec le roi Denis
quand elle rencontra à Vasconcellos un ermite qui l'avertit que sa chère enfant souffrait en
purgatoire et y resterait jusqu'à ce qu'une messe quotidienne eût été dite pendant un an pour le
repos de son âme. Elle fit appeler un prêtre de grande vertu et le chargea de dire ces messes dans
sa chapelle particulière. L'année suivante, Constance apparut à sa mère pour lui annoncer son
entrée au ciel.
Le 8 février 1291 naissait un fils, Alphonse, qui succéda à son père et régna de 1325 à 1357.
Vainqueur des Sarrasins à Tariffa en 1340, il fut surnommé « le Brave ».
Elisabeth eut un troisième enfant, une fille, qui reçut le nom d'Elisabeth et sur laquelle on ne
sait rien de particulier. On devine avec quel soin la pieuse reine élevait ses enfants.
Pénibles épreuves. – Trait de justice divine.
Après quelques années d'un bonheur conjugal parfait, le roi se laissa entraîner par de
coupables passions. La malheureuse reine ne fit pas entendre une plainte, mais elle souffrit
beaucoup, moins de son abandon que de l'état de la conscience de son mari et du scandale qui en
résultait, non seulement à la cour, mais dans tout le royaume, où la conduite du souverain servait
de prétexte aux pires débordements.
Enfin la patience et la douceur de la reine touchèrent le cœur du roi, qui revint à ses devoirs et
fit pénitence.
La reine avait un chevalier de grande vertu qui la secondait dans ses aumônes et dans ses
œuvres de piété. Un page du roi, jaloux de sa situation, le chargea de calomnies si épouvantables
que le roi résolut de le faire périr. Sans réfléchir à l'inanité de cette mensongère accusation,
emporté par la fureur, un jour qu'étant à la chasse il arrivait près d'un four à chaux, il ordonna au
maître du four de précipiter dans les flammes l'homme qu'il enverrait le lendemain matin lui
demander s'il avait exécuté ses ordres.
Le lendemain, de bonne heure, le roi envoie l'homme de confiance de la reine à l'endroit
convenu ; celui-ci, en s'y rendant, passe près d'une église et, entendant la cloche qui annonçait
l'instant de la consécration, il entre, assiste à la fin de la messe et aux deux autres qui suivent.
Entre temps, le page, désireux de savoir si sa vengeance est accomplie, se rend, lui aussi, au four à
chaux ; il y est aussitôt précipité. Le chevalier arrive peu après, apprend qu'on a exécuté l'ordre du
roi et va en rendre compte à son souverain. Quelle ne fut pas la stupeur du prince ! Il fit une
enquête et ne tarda pas à reconnaître dans cette affreuse aventure le doigt de Dieu, qui protège les
innocents et frappe les coupables.

Sainte Elisabeth rétablit la paix.
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Alphonse, prince héritier de Portugal, impatient de jouer un rôle politique, chercha, en 1322, à
s'emparer de Lisbonne par surprise ; le roi, averti, voulut éviter la guerre en faisant emprisonner le
rebelle.
La reine, partagée entre son amour conjugal et son amour maternel, voulant par-dessus tout
éviter l'effusion du sang, fit prévenir Alphonse du danger qu'il courait ; le roi en fut informé ; il
l'accusa de prendre le parti de son fils, l'exila à Alenquer, lui retira tous ses revenus et lui interdit
de sortir de la ville qu'il fit garder par des sentinelles. Plusieurs seigneurs offrirent leur assistance à
la reine en cette pénible circonstance, mais elle refusa, disant que leur première obligation à tous,
était de condescendre aux moindres désirs du roi.
Le jeune prince, sous couleur de défendre sa mère, demandait du secours à la Castille et à
l'Aragon, pendant que son père levait une puissante armée ; la reine, devant cette extrémité, quitta
Alenquer, malgré la défense qui lui en était faite, et accourut à Coïmbre se jeter aux pieds de son
mari, qui la reçut avec bonté et consentit à ce qu'elle intervint auprès de son fils. Elisabeth partit
pour Pombal, où son fils commandait les troupes rebelles ; elle lui offrit le pardon paternel, et la
paix fut rétablie dans le royaume.
Piété et vertus de la souveraine. – Miracle des roses.
Chaque matin, la pieuse reine commençait sa journée dans sa chapelle et y récitait Matines et
Laudes, puis assistait à la sainte messe.
Ses oraisons étaient longues ; elle avait le don des larmes à un haut degré et aspirait à souffrir
pour Notre-Seigneur. En Carême, elle portait sous ses vêtements de durs cilices et faisait des
jeûnes rigoureux. Le vendredi, elle nourrissait, avec l'assentiment du roi, douze pauvres dans ses
appartements, elle les servait elle-même, leur donnait des vêtements, des chaussures et de l'argent.
Souvent elle visitait les hôpitaux, s'approchait des malades, s'informait de leurs souffrances, et
plus d'une fois, après cette visite, les pauvres gens étaient guéris ou éprouvaient une grande amélioration.
Un jour, au monastère de Chelas, à Lisbonne, elle se rendait à l'infirmerie auprès d'une
religieuse qui se mourait d'un cancer à la poitrine ; elle voulut voir la plaie, la toucha, et l'affreux
mal disparut instantanément. Une autre fois, elle guérit de même une de ses servantes.
Elle fonda, sous la patronage de sa grand’tante, sainte Elisabeth, un hôpital pour quinze
hommes et quinze femmes. Pour être près des religieuses et des pauvres, elle se fit bâtir en face un
palais qu’elle laissa par testament au couvent, en stipulant, pour épargner tout ennui de voisinage
aux religieuses, que seuls les rois, reines ou infants pourraient l’habiter.

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elle rencontra une jeune fille qui portait un bouquet elle le prit et en remit une des fleurs à chacun des ouvriers . la pieuse reine fit offrir le Saint Sacrifice par son chapelain et pria le Seigneur de lui manifester clairement sa volonté. aux ouvriers des pièces de monnaie dans sa robe . l'eau prit une vertu merveilleuse et beaucoup de malades réputés incurables revinrent à la santé. l'Esprit-Saint lui ordonna d'édifier en son honneur un temple à Alenquer. dans un songe. chacune s'était changée en un doublon d'or. ceux-ci les mirent en lieu sûr. Dès l'aurore. et quand. 50 . lui demanda ce qu'elle portait ainsi . la reine se rendit sur les lieux et fut si émue à la vue de ce prodige qu'elle eut une extase de plus d'une demi-heure. et le roi vit s'en échapper un flot de roses.Sainte Elisabeth soigne un malade pauvre. la veille encore. et ils revinrent lui dire que les tranchées de fondations étaient ouvertes et que tout était disposé pour la construction. Le roi ordonna une enquête et fit rédiger un procès-verbal de ce fait merveilleux . elle envoya des architectes à l'endroit qui lui semblait le plus convenable pour la construction projetée. Au bas du parc d'Alenquer coulait un fleuve dans lequel la reine lavait les draps et les linges des malades de l'hôpital . Comme on élevait ces constructions. Aussitôt après. Construction d'une église. Une nuit. – Miracles nombreux. ils voulurent reprendre leur fleur. elle entrouvrit son vêtement. il n'y avait rien. la reine portait un jour. le soir. le roi. D'innombrables merveilles marquèrent la construction de cette belle église et les fêtes qui se donnèrent pour son inauguration. la rencontrant. comme Elisabeth allait visiter les travaux. Une des portes du monastère de SainteClaire a été appelée la « porte des Roses » en souvenir de ce miracle. Or. au contact de ses mains. A quelque temps de là.

à Compostelle. et d'un grand nombre de prélats. et nous pensons que Dieu permit ce délai pour ménager l'humilité de sa servante. Comme elle passait à Arrifana de Santa-Maria. à son fils. Elle ne voyait que les moniales et les pauvres de l'hôpital dont elle faisait les lits et auxquels elle rendait les services les plus humbles . par une faveur spéciale. Malgré le silence dont la Sainte s'était entourée. Ayant choisi quelques compagnes. au jour de la fête du Saint.Mort du roi Denis. sur l'avis de ses directeurs. mais la pauvre femme insistant pour qu'elle touchât les yeux de l'infirme. Le roi était avec la reine à Lisbonne quand. La reine se retira dans son oratoire. se trouvant fatigué du climat. il voulut se rendre à Santarem. sept religieuses. désireuse de s'y rendre de nouveau. elle fit célébrer beaucoup de messes et dire des prières pour le repos de l'âme de son mari . ses riches cadeaux révélèrent l'identité de cette humble pèlerine. mais. souvent elle prenait ses repas avec la communauté. Elle conserva toujours comme une relique un bâton incrusté d'argent et de pierres précieuses que l'évêque lui donna. revêtit une pauvre robe de Clarisse retenue par une corde grossière. espérant pouvoir voyager incognito. Elle se rendit donc au couvent de Coïmbre. Le malade. et avait toujours auprès d'elle. La reine fit une large aumône. la fièvre augmenta et il dut s'y arrêter. accompagnée de son fils. mais. mourut pieusement le 7 janvier 1325. elle sortit secrètement d'Odinellas. elle n'y demeura qu'à titre d'affiliée ou de Tertiaire. ayant recommandé la reine. elle conduisit sa dépouille mortelle au tombeau. au diocèse d'Oporto une femme se précipita à ses pieds. Pèlerinage à Compostelle. baisa la terre à plusieurs reprises. à peine arrivé à Villanueva. Alphonse. En attendant le jour des funérailles. – Efforts pour la paix. elle avait été reconnue au cours de son premier pèlerinage à Compostelle . Elisabeth résolut de réaliser le dessein qu'elle avait toujours eu d'embrasser la vie religieuse et d'entrer dans l'Ordre des Pauvres Clarisses. afin de donner libre cours à sa douleur. Durant son deuil. La guérison de l'enfant fut constatée quelques jours après seulement. elle y condescendit. La reine. aussi. Aussitôt la reine dépêcha des courriers pour faire venir son fils et se hâta de faire transporter le malade à Santarem. la pieuse reine résolut de se rendre en pèlerinage au tombeau de saint Jacques. L'état du roi devint bientôt si alarmant qu'on dut lui administrer les derniers sacrements. Elisabeth descendit de sa litière. Au retour de Compostelle. qui ne le quittait pas. afin que son sacrifice fut plus complet. le soigna avec un absolu dévouement et l'amena à un abandon parfait à la volonté de Dieu. se rendit à pied à la ville et y passa deux jours auprès du tombeau de l'apôtre. Mais. et se couvrit la tête d'un voile. Nouveau pèlerinage. Arrivée en vue de la cathédrale de Saint-Jacques. résolut-elle d'y aller dans un secret absolu et à pied avec deux ou trois pieuses femmes. de seigneurs et d'ecclésiastiques. – La reine chez les Clarisses. mais sa réputation de sainteté l'avait partout précédée. 51 . qui eurent lieu à Odinellas. le 25 juillet. se dépouilla de ses vêtements royaux. la suppliant de toucher les yeux de sa fille aveugle-née.

les porteurs remarquèrent qu'une sorte d'humeur coulait au travers des jointures . Au soir du premier jour. le trajet était long. Le 26 mars 1612. C'était un voyage de plus de trente lieues . elle enfermait les morceaux de pain qu'elle mendiait le long de la route. la chaleur était accablante . Après sept jours de voyage. Au procès de canonisation. Des phénomènes semblables sont rapportés dans la vie de plusieurs saints. demandait d'y être enterrée. Elisabeth a été béatifiée par Léon X en 1516. d'Estremoz où elle est morte. Deux belles guérisons eurent lieu au cours de la translation des précieux restes. Comme ils sortaient de sa chambre. trouvèrent le pouls faible. C. d'abord placée au 4 juillet. baisa son crucifix et s'endormit dans le Seigneur. son fils.Elle avait alors soixante-quatre ans. à sa demande. le cortège arriva à Coïmbre . la foule était si compacte. dès que ses pieds touchèrent le sol. Elisabeth voulut se lever du lit sur lequel elle reposait tout habillée . la chaleur était si grande qu'une rapide corruption était à craindre. de cinq paralytiques. ils crurent d'abord que c'était un signe de décomposition. il s'en exhalait des parfums incomparables. Pour le bien de la paix. revenue à elle. De Loppinot 52 . La fièvre était grande et on jugea tout de suite le mal très grave. on reconnut la guérison de six moribonds. le 25 mai 1625. et le roi Alphonse IV de Portugal. effrayés. Elisabeth léguait tous ses biens au monastère de Sainte-Claire de Coïmbre. – Prodiges qui la suivirent. et persuada à son fils de renoncer à la guerre. à l'âge de soixante-cinq ans. mais furent remplis d'admiration quand ils sentirent le parfum suave de ce suintement. Les médecins. le Fr. et l'on ne savait à quoi se résoudre pour ne pas désobéir à la reine. Elisabeth résolut d'aller trouver son fils à Estremoz. elle vit qu'elle se mourait. A peine de retour à Coïmbre. Or. Elle a été canonisée par Urbain VIII. dimanche de la Trinité. de Coïmbre où elle a vécu sur le trône et dans le cloître. le juillet de l'an 1336. qu'afin d'éviter le zèle d'une dévotion indiscrète. Antoine de Escobar rapporte même la résurrection de dix morts. d'un fou furieux . Sainte Elisabeth est la patronne des villes de Saragosse où elle est née. récita le Credo. Enfin. Sa mort. et de tout le royaume de Portugal. Sa fête. son corps fut déposé dans un simple cercueil de bois. fut transférée au 8 juillet par décret d'Innocent XII en 1695. la reine tomba malade et un abcès pernicieux ne tarda pas à se déclarer. Par son testament. elle portait sur ses épaules une besace où. ne voulant vivre que d'aumônes. on était au milieu de juin. la reine eut la douleur d'apprendre que des hostilités venaient d'éclater entre le roi de Castille Alphonse IV. Aussi la sainte reine reçut-elle. mais interdisait qu'on l'embaumât. où il avait rassemblé son armée. de deux lépreux. son tombeau fut ouvert et l'on trouva son corps parfaitement conservé . Dès lors. l'évêque ordonna de renfermer nuitamment le corps dans l'urne qui avait été préparée pour le recevoir. Elisabeth ne pensa plus qu'à travailler à la paix pour laquelle elle venait d'exposer sa vie. et. elle tomba dans un profond évanouissement . son petit-fils. Les miracles se multiplièrent auprès de ce tombeau. arrivés à ce moment-là. revêtu de la robe de Sainte-Claire et enveloppé dans un linceul. les derniers sacrements. une prière à la Vierge.

reçut pour sa part la plaie du côté divin. car le divin Roi avait choisi cette âme dès sa naissance pour en faire un des fleurons de sa couronne. leur montra le Crucifix en disant : . Ursule. mais deux l'avaient déjà précédée dans l'éternité. Mariée à François Giuliani. n° 231 et 1596. la plus jeune. nommée Benoîte Mancini. – H. Dans le cours de l'année 1664. en Italie centrale. était sur le point de mourir.Sources consultées. C'était par une disposition providentielle.Que les plaies de notre divin Sauveur soient votre refuge durant toute votre vie. d'où s'écoulent tous les trésors d'amour.S. âgée seulement de quatre ans. ville du duché d'Urbino. 53 . elle avait été mère de sept filles. une pieuse mère de famille. et l'avait prévenue de grâces extraordinaires. Enfance merveilleuse. – (V.) SAINTE VÉRONIQUE GIULIANI Abbesse Capucine (1660-1727) Fête le 9 juillet.P. Sa vie s'était écoulée dans la pratique des vertus chrétiennes. 1896). Vie de sainte Elisabeth de Portugal (Tours. je lègue à chacune de vous l'une de ces plaies sacrées. – Mme C. – Mgr De Moucheron. reine de Portugal et son temps (Paris. Elle appela les cinq autres autour de son lit de douleur.B.. Lebrun. Vie de sainte Elisabeth. 1893). Lebon. l'un des hommes les plus honorables de Mercatello. la blessure du Cœur de Jésus. 1890). reine de Portugal (Nevers. Sainte Elisabeth d'Aragon.

commença dès son berceau à jeûner le mercredi. Son père. Son père. religieuse Capucine. la tristesse et le découragement . Pleine de charité pour les pauvres. et s'appliquait à mortifier son corps à leur exemple.Née le 27 décembre 1660. il prit l'habit et la figure de Véronique. et lui permit d'entrer chez les Capucines de Citta di Castello.Vos instances sont inutiles. son père finit par céder à ses prières. elle dit d'une voix claire à cet homme qui cherchait à tromper sur le poids : . Elle ornait avec beaucoup de goût un petit autel devant une image de la Sainte Vierge tenant le divin Enfant dans ses bras. qui aime l'innocence et la simplicité. tant elle désirait souffrir pour l'amour de Jésus. Son courage. elle sentit son cœur embrasé. elle était en sa dix-septième année. par une protection de Dieu. à l'âge de dix ans. elle les vit aux pieds de la Sainte Vierge. je serai religieuse. elle donna un jour ses souliers à une petite mendiante qui n'en avait point. l'image muette de la Vierge s'anima. nommé surintendant des finances à Plaisance. Dès qu'elle eut reçu son divin Sauveur. le vendredi et le samedi. alla s'y établir en 1668. par une parfaite pratique de la règle. Sœur Véronique. plusieurs nobles jeunes gens aspiraient à sa main . sa modestie édifiaient toutes les Sœurs. Peu de temps après. et. avait pour agréable l'amour ingénu de cette enfant . avec une naïveté charmante. Ursule. qui l'aimait d'une affection toute particulière. sa ferveur fut à l'aise au milieu des observances très austères de ce couvent . qui devait prendre plus tard le nom de Véronique. La mort de sa bonne mère fut pour son cœur une immense épreuve. il alla dire à une religieuse tout le mal possible de la maîtresse des novices . C'est là qu'elle aimait surtout prier. par un singulier stratagème . Ursule y prit l'habit le 23 octobre 1677. l'Enfant divin descendit des bras de sa Mère dans les bras d'Ursule. jours plus spécialement consacrés au culte de Jésus souffrant et de sa sainte Mère. et ainsi déguisé. Elle n'avait pas encore deux ans. elle s'appliquait à devenir une vraie fille de saint François.Soyez juste. mais qui servit encore à l'affermir dans la piété. elle invitait le petit Jésus à en prendre sa part. faites ce que vous voudrez. sous le nom de Sœur Véronique . elle avait déjà des communications familières avec Jésus et Marie. car Dieu vous voit. A l'âge de trois ans. Elle avait choisi pour modèles sainte Catherine de Sienne et sainte Rose de Lima. et. mais ce fut en vain qu'on mit tout en œuvre pour l'attirer dans le monde et obtenir son consentement. en lui montrant de plus près le néant du monde et les grandeurs de la vie future. elle apprenait à s'immoler entièrement à son divin Roi. plus d'une fois. Souvent elle déposait son déjeuner sur cet autel. le sang coula abondamment. De retour à la maison. Cependant le démon ne tarda pas à l'assaillir de tentations de toutes sortes pour jeter dans son âme le trouble. à cette école. . et goûta des fruits déposés sur l'autel. Le soutien de la jeune novice au milieu de ses peines était la méditation de la Passion de Notre-Seigneur . Après bien des résistances. Sa main ayant été prise dans une porte. mais. Dieu. répondait-elle. lorsque. tout éclatants de pierreries. il essaya même de la faire chasser du couvent. sa joie. Dès le premier jour. C'est dans cette ville qu'Ursule fit sa première Communion. songeait à lui préparer un brillant mariage . et à le servir 54 . mais elle ne se laissa soigner que par obéissance. le stratagème fut découvert. avant d'y toucher. elle demanda naïvement à ses sœurs s'il en était toujours ainsi quand on communiait. se trouvant avec une servante de sa mère dans la boutique d'un marchand.

avec une immense allégresse. dit-elle. de Rodriguez. Sœur Véronique prononça ses vœux. Sœur Véronique souffrait un martyre d'amour en union avec Jésus crucifié. Au milieu de tous ces emplois extérieurs. ainsi qu'on le vit après sa mort. Elle ne permettait pas à ses novices de lire des livres de hauts mystiques. tels que la Vie des Saints. répétait-elle. Le 1er novembre 1678. elle éprouva d'abord des répugnances naturelles dont elle triompha par des actes héroïques. qui succéda plus tard à notre Sainte dans le gouvernement du monastère. ne leur laissant que les ouvrages les plus simples. Fille de la Croix. et il me sembla que le Seigneurs plantait sa croix dans mon cœur et me faisait comprendre par là le prix des souffrances. Dans les emplois de cuisinière et d'infirmière.. Il me fut en même temps révélé que Dieu ne voulait de moi que des souffrances . car elles ne sont pas aux yeux de Dieu ce qu'elles paraissent aux yeux des hommes. Ainsi elle avait de la peine à supporter l'odeur de certains poissons. les petites choses. avait reçu autrefois une faveur semblable. Elle avait coutume de dire : « Quiconque veut être à Dieu doit mourir à soi même.. J'éprouvai un ardent désir de souffrir. Telle fut. et le désir que j'avais de souffrir était si vif. ainsi que l'Enfant Jésus le lui avait recommandé dans une apparition le jour de Noël. dont plusieurs parvinrent à un très haut degré de perfection.coûte que coûte. de la règle. La prudente Mère s'efforçait de conduire ses filles par la voie de la sainte humilité. Sœur Véronique fut nommée maîtresse des novices et pendant vingt-deux ans qu'elle eut à remplir ces importantes fonctions elle forma un grand nombre de religieuses. Elle en célébra avec reconnaissance l'anniversaire toute sa vie. Douce et prévenante vis-à-vis de toutes les Sœurs. elle les consolait et les soignait comme la plus tendre des mères et s'offrait à Dieu en victime à leur place. religieuse Augustine. des constitutions et du cérémonial . suivant que l'obéissance et la charité le demandaient : elle fut cuisinière. de pures délices. Elle savait qu'on doit marcher par les voies ordinaires. On sait que sainte Claire de Montefalco. je ressentis dans mon cœur une violente douleur qui ne m'a plus quittée depuis. Mais nous n'avons montré jusqu'ici qu'un côté de cette grande âme. Il faudrait des pages pour le raconter même incomplètement. donnant partout l'exemple de toutes les vertus. par exemple. sacristine. dépensière. A l'âge de trente-quatre ans. j'ai toujours eu à la bouche ces paroles : « La croix et Les souffrances sont de vrais trésors. et au même moment. Voici comment j'en fus instruite : Je me trouvais comme environnée de toutes sortes de peines.Ne négligez point. infirmière. Notre-Seigneur portant sa croix sur ses épaules et m'invitant à partager avec lui ce précieux fardeau. elle en prit un dans sa cellule . et alors la vision disparut. et le Traité de la Perfection chrétienne. Pendant tout le cours de sa vie religieuse. la vénérable Florine Céoli. A partir de ce moment. Dans leurs peines ou leurs maladies. elle était empressée à les suppléer au besoin dans leurs charges et à prendre sur elle le plus désagréable et le plus pénible. à moins que l'Esprit-Saint ne réclame manifestement une autre direction : elle s'appliquait donc à bien instruire ses novices des commandements de Dieu et de la doctrine chrétienne. portière. Ce martyre commença dès les premiers temps de sa vie religieuse. même sans consolation aucune. que j'aurais volontiers affronté tous les tourments imaginables. Véronique aima tellement ce béni fardeau de la croix 55 . » C'est ce qu'elle pratiquait sans cesse. » La figure de la croix et des autres instruments de la Passion fut alors imprimée réellement et physiquement dans son cœur. Lorsque je fus revenue à moi-même. je vis ces peines transformées en joyaux et en pierres précieuses. qui toutes étaient taillées en forme de croix. La noble fille de François Giuliani s'acquitta successivement des divers emplois du monastère. elle l'approchait souvent de sa bouche et elle le conserva jusqu'à ce qu'il fut corrompu. Il me semble voir.

Les médecins. des tentations violentes de l'Esprit des ténèbres. ajoutèrent encore à ses souffrances : il lui appliquèrent un bouton de feu à la tête. durant le Carême et surtout pendant la Semaine Sainte. La souffrance qu’elle en éprouva fut telle. mon souverain Bien ! Le Sauveur lui répondit : . s'était à jamais retiré d'elle pour l'abandonner à une agonie plus cruelle que la mort.de Jésus. Et. qui demeurait invincible. Un jour d'Assomption. qu’elle n’en avait jamais ressenti de semblable. soutenant invisiblement le courage de son héroïque servante. Mais sa main divine restait là. et non vous. donnez-moi ces épines . qui alla jusqu'à la meurtrir de coups . il lui semblait parfois que Dieu. Ce furent de douloureuses et interminables maladies. répétant au milieu de ses dégoûts et de ses angoisses : . Véronique s'écria : . le divin Sauveur se montra de nouveau à sa servante. pendant les jours de carnaval. sourd à ses prières. et de ne pas être victime des illusions du démon. Elles furent nombreuses. de ne pas s’égarer. 56 . en voulant guérir ce mal. Le jour de la fête de saint Augustin. le présentant à Véronique : « Ma fille. des obscurités et des désolations intérieures . elle éprouva des sécheresses. Il fut révélé à Véronique que cette liqueur figurait les souffrances qu'elle aurait à endurer pour l'amour de Notre-Seigneur. je vous fais ce don précieux de la part de mon Fils. le bien comme le mal et les grâces extraordinaires que Dieu lui accordait. Son obéissance était parfaite.Je suis venu pour te couronner. Véronique dévoilait très franchement à son confesseur et directeur tout ce qui se passait en elle. Rien ne réussit.Dieu soit loué ! Pour son amour. longues et terribles. suivi du Docteur d'Hippone. Vive la croix toute seule et toute nue ! Vive la souffrance ! J'accepte tout pour suivre le bon plaisir de Dieu et faire son adorable volonté ! Le 4 avril 1694. et ils avouèrent que cette maladie leur était inconnue. lui disait-elle. la tête couronnée d'épines. qu'en signant son nom elle ajoutait ce titre : « Fille de la Croix ». comme l’enseigne sainte Thérèse. Jésus-Christ lui apparut. et lui présenta un calice rempli d'une liqueur qui bouillonnait et débordait . tout cela est bien peu de chose. C’est le plus sur moyen. ma bien-aimée. firent signe à Véronique d'accepter.O mon Epoux. sainte Rose de Lima. c'est moi qui les mérite. » Sainte Catherine de Sienne. qu'ils présentaient ensuite au trône de Dieu. Avec l’humilité d’une sainte. elles augmentaient d’intensité chaque vendredi. ôtant de sa tête la douloureuse couronne. la Sainte Vierge apparut à la servante de Dieu : elle recevait un calice des mains de son divin Fils et. à cette vue. qui accompagnaient la Reine des vierges. Sa tête demeura dès lors couronnée de douleurs qui ne la quittèrent plus . lui percèrent la peau du cou avec une grosse aiguille rougie pour lui faire un séton. les anges en recevaient les gouttes dans des coupes d'or. il la plaça sur celle de Véronique.

que ce qui m'est permis par ceux qui sont ici-bas vos représentants à mon égard. ô mon Dieu . Elle endura aussi plusieurs fois le supplice de la flagellation. ce divin Maître lui apparut crucifié : de ses cinq plaies sortirent des rayons enflammés qui lui firent autant de blessures aux pieds. votre volonté. Par ordre du tribunal du Saint-Office. Le Vendredi-Saint 5 avril 1697. en toutes choses. l'autorité ecclésiastique. elle lui dit : . si habile à tromper les âmes pour les perdre. L'or dans la fournaise. aux mains et au côté . la 57 . voulait éprouver l'esprit qui l'animait et constater si ces phénomènes venaient de Dieu ou de l'Esprit des ténèbres. pleurant ses péchés et demandant la grâce de souffrir avec Jésus-Christ.Jésus couronne sainte Véronique de sa couronne d'épines. disposez en conséquence l'esprit de ceux que vous avez chargés de me diriger. Cependant. je le sais. avertie des faits extraordinaires qu'on remarquait en Sœur Véronique. et comme le divin Maître renouvelait son ordre.Je veux vous obéir. C'est ce qui arriva. Le 5 mars 1695. est que je ne fasse. Si donc vous voulez que je remplisse vos ordres. or. et la permission désirée fut accordée. en même temps. elle ressentit une grande douleur et se trouva dans un état de gêne semblable à celui d'une personne qui serait clouée à une croix. Ses supérieurs refusèrent d'abord de le lui permettre. Notre-Seigneur lui avait demandé de jeûner pendant trois ans au pain et à l'eau. l'évêque de Citta di Castello fut donc chargé de mettre à l'épreuve l'humilité. pendant qu'elle méditait les souffrances du Sauveur.

Ah ! si ma Sœur Constance pouvait revenir parmi nous. d'une humilité profonde et d'une abstinence remarquable. elle disait avec douleur : . tantôt à la cuisine ou à la dépense. tranquillement à genoux. On l'a vue verser des larmes de sang sur le malheur des âmes en état de péché mortel. je menace celles qui parlent le plus de leur imposer des pénitences. Elle veillait avec un grand soin à maintenir dans le couvent la pauvreté franciscaine dans toute sa rigueur. avec défense d'aller au chœur même pour assister à l'Office et entendre la Messe. C'était précisément l’époque où Véronique avait obtenu la permission de jeûner durant trois ans . il prenait sa figure et se faisait voir mangeant à la dérobée et hors des heures prescrites. qui. Voici un passage d'une prière qu'elle écrivit de son propre sang : 58 . excepté les jours de précepte. Le démon. pour ne pas augmenter la curiosité et les discours du peuple. croyant apercevoir ainsi Sœur Véronique mangeant en cachette. on la mit à part de la communauté comme une brebis galeuse . témoins de ces infractions à la règle. Elle s'offrait à Dieu en victime pour leur salut. s'efforça de son côté de la perdre dans l'estime des Sœurs et de la faire passer pour une hypocrite. cependant. on la traita durement. pour avoir gardé dans sa cellule plusieurs petites choses inutiles. courut au chœur pour avertir la Supérieure. On la priva de la sainte Communion. Elle courut aussitôt à la cellule de la défunte. Rien n'égalait sa charité pour le salut des pécheurs. La sainte abbesse. Elle est l'objet de l'admiration de ses compagnes. Quelle ne fut pas sa surprise d'y trouver aussi la véritable Sœur Véronique. Le 5 avril 1716. Et l'évêque de Citta di Castello. l'une d'elles. et conjurait ses Sœurs de s'unir à elle. elle fut mise sous la garde d'une Sœur converse. Luc-Antoine Eustachi. Elle fit exécuter des réparations nécessaires au couvent . Un jour. au milieu de toutes ces épreuves. Renouvelant son ancien stratagème. au contraire. religieuses à Mercatello. en 1727. vaquant à la prière ! Ainsi fut découverte la supercherie de l'esprit infernal. On lui ôta sa charge de maîtresse des novices. ne pouvant cacher le sentiment qu'elle leur inspire. tantôt au réfectoire. pouvait écrire au Saint-Office le 26 septembre 1697 : La Sœur Véronique continue à vivre dans la pratique d'une exacte obéissance. pour l'accabler. qu'on juge de l'étonnement des religieuses. heureuse d'être humiliée et de souffrir. Le parloir lui fut interdit. la Sainte restait calme et douce. jusqu'à l'appeler.patience et l'obéissance de Véronique. construire un grand dortoir. et procura plusieurs avantages très utiles au bien général de la communauté. les Sœurs l'élurent à l'unanimité pour abbesse du monastère. enlevant toutes les superfluités. la sainte abbesse vit son âme dans les flammes du purgatoire. qui avait ordre de lui commander et de la surveiller de près. élever une chapelle intérieure. une cellule de l'infirmerie lui fut assignée comme prison. elle ne pouvait écrire aucune lettre. comme elle ôterait promptement tout cela ! Toutefois. Aussi ne passait-elle pas de jour sans prier et souffrir pour leur conversion. en entretiennent les séculiers. et elle resta supérieure jusqu'à sa mort. J'ai bien de la peine à les retenir comme je voudrais . une sorcière . elle fait paraître une tranquillité et une paix inexprimables. car ce sont là les pierres de touche de la vraie sainteté. Sœur Constance Dini étant venue à mourir. Au reste. et. Enfin. elle voulait que la plus grande pauvreté des vêtements fut toujours accompagnée de la décence et de la propreté. sinon à trois de ses sœurs. épreuve plus sensible à son cœur que toutes les autres. sans jamais montrer de tristesse .

pécheurs et pécheresses. sortez de ce monde.Je vous demande. le vendredi 9 juillet 1727. O âmes rachetées par le sang de Jesus ! O pécheurs ! Venez tous à son Cœur adorable. la conversion des pécheurs . Fortifiée par les derniers sacrements. Elle eut le don des miracles et celui de prophétie. la Mère abbesse baissa les yeux en signe de soumission. et il plut à Dieu de lui en montrer plusieurs. je me place de nouveau entre vous et eux. Venez tous. et sur le point d'expirer. Parvenue au plus haut degré de la vie spirituelle. venez à Jésus. Dans une splendide vision. Béatifiée par Pie VII le 8 juin 1804. morte à elle-même. de la Très Sainte Vierge ou de Jésus-Christ lui-même. elle a été canonisée par Grégoire XVI le 26 mai 1839. Ses confesseurs ont déclaré que beaucoup de personnes avaient dû leur conversion à ses prières et à ses pénitences. celle de Mgr Eustachi. et celle du Pape Clément XI en 1721. Me voilà prête à donner mon sang et ma vie pour leur salut et pour la confirmation de la sainte foi. fontaine de vie. ancien confesseur de la communauté. 59 . Et tout cela sans jamais cesser d'être humble et de souffrir comme une vivante image de Jésus crucifié. dit-il.Sœur Véronique. elle interrogea du regard son confesseur. Maxime Viallet. l'heure de la récompense sonna enfin pour elle. . Elle a également délivré des flammes du purgatoire un grand nombre d'âmes . Capelletti. c'est au nom de votre Cœur sacré que je vous adresse cette prière. son évêque. afin que. à l'océan incommensurable de son amour. mais l'Ordre franciscain célèbre sa fête le 13 septembre. et inclinant la tête. le Roi de gloire lui apparut au milieu des chœurs angéliques. mort en 1715. qui remplissaient l'air de concerts mélodieux. Son nom est inscrit le 9 juillet au Martyrologe Romain. A ces mots. Il lui donna en même temps de nouvelles règles de vie. La mort. et lui mit au doigt un anneau nuptial sur lequel était gravé le nom de Jésus. Notre-Seigneur l'honora de ces mystiques fiançailles qui sont le prélude de l'union bienheureuse du ciel. elle reçut la sainte Communion de la main d'un ange. C'est ainsi qu'elle vit sortir des flammes expiatrices l'âme du P. Celui-ci se souvint qu'elle avait souvent déclaré ne vouloir mourir que par obéissance. s'il plaît à Dieu que vous alliez jouir de lui. Après cinquante ans de cette vie d'immolation. elle fut soumise en tout à son adorable volonté. O mon Dieu ! c'est au nom de votre amour. puis elle jeta un dernier regard d'adieu sur ses chères filles. disait-elle à son céleste Epoux. elle expira. quittez le péché. Plus d'une fois.

P.) SAINT JANVIER ET SES SIX FRÈRES Fils de sainte Félicité. martyrs (t 162). et. malgré une seconde apologie de saint Justin en faveur des chrétiens innocents. De Villermont. 60 . abbesse des Capucines (Paris. Sainte Félicité vit ces sept fils parmi les premières victimes.B.S. avant de les suivre de près dans le tombeau et dans la gloire. il était pourtant très superstitieux vis-à-vis des dieux du paganisme. tandis que son associé Lucius Verus était en Orient.Sources consultées. Adon. En l'année 162 de l'ère chrétienne. affectait de se poser en philosophe . il allait rouvrir en 162. 1910). – (V. Rome était gouvernée de fait par le fils adoptif du vieil empereur Antonin. Usuard. – Ctesse M. Sainte Véronique Giuliani. n° 605. citent les noms des sept martyrs. Leur passion est décrite dans les Actes de leur sainte mère. Les anciens Martyrologes de Bède. qui prit le nom de Marc-Aurèle en montant sur le trône des Césars.. Une mère admirable. d'autres encore. une nouvelle ère de persécution. Le jeune prince. Fête le 10 juillet. qui s'était associé Lucius Verus. occupé à combattre contre les Parthes.

le fonctionnaire impérial l'engagea à persuader ses enfants de sacrifier aux idoles. C'est lui qui me donnera la victoire sur votre impiété. Félicité. Alors eut lieu la comparution des sept enfants. L'enfant. puis avec des menaces. d'abord avec une déférente douceur. Le dialogue nous a été conservé . Félix. Devenue veuve. Philippe. concourt avec d'autres détails.) Le fait même de désigner ce haut fonctionnaire par son seul prénom. de détourner la pieuse veuve de ses devoirs de chrétienne et d'éducatrice. Publius donna l'ordre à ses soldats de souffleter la courageuse mère et de l'emmener hors du prétoire. Les enfants de sainte Félicité devant le préfet de Rome. s'écrie-t-elle. qui avait nom Janvier. mais j'ai pris pour guide la sagesse de Dieu. Ne pensez pas pouvoir nous ravir l'amour de Jésus-Christ. résolurent d'en référer à l'empereur. la confia au préfet de Rome Publius. sur la foi d'inscriptions antiques. pour donner à l'affaire la suite qu'elle semblait comporter. Celui-ci. regardez le ciel. l'épigraphie romaine démontre que dans la série des préfets de Rome l'inconnu Publius qui cita à son tribunal sainte Félicité est précisément Salvius Julianus. c'est celui que nous adorons. afin de s'éviter un pareil châtiment : « Il n'y a qu'un seul Dieu. (H. qu'il a été considéré comme reproduisant authentiquement les notes du greffier. répond : « Vos propositions sont insensées. elle se voua au service de Dieu. On s'est longtemps demandé qui était le préfet de ce nom. Aujourd'hui. Le jour suivant. Combattez courageusement pour le salut de vos âmes et montrez-vous fidèles dans l'amour de Dieu ! Irrité par cette attitude qu'il considérait comme un affront. loin de prêter attention aux menaces du préfet.» 61 . siégeant à son tribunal du forum d'Auguste. appelé plus tard le forum de Mars parce qu'il se trouvait près du temple de Mars Vengeur. le célèbre jurisconsulte qui rédigea l'édit perpétuel et pour lequel Marini et Borghesi. Vital et Martial. vos tourments n'y réussiront pas plus que vos mauvais conseils. et l'exhorte à être plus sage que son frère. Dès le lendemain. Alexandre. la langue grecque était d'ailleurs courante à Rome au IIe siècle. Cette fois. dit Félix. le préfet était entouré de tout l'appareil judiciaire. Félix. ce qui est contraire à l'habitude des Romains. à laisser croire que les Actes de sainte Félicité et de ses fils ont été traduits d'après un texte grec. et décida de recourir à la procédure légale. Leclercq. Dieu lui avait donné sept fils : Janvier. Leur mère les instruisit dès leur plus jeune de la foi et des vertus chrétiennes. Le premier appelé fut l'aîné. il respire un tel accent de sincérité. ont revendiqué le nom de Publius. mais conforma à l'habitude des Grecs.Félicité appartenait par sa naissance à l'une des familles patriciennes de la ville (peut-être la famille ou gens Claudia). dans la continence parfaite. furieux de son influence croissante. Félicité et ses sept fils durent comparaître devant le même Publius. il le menace de l'accabler de coups s'il refuse. » Le préfet ordonne de le battre de verges. qui essaya. mais ses vertus personnelles la rendaient plus illustre encore. ne songe qu'aux sept âmes que le Créateur lui a confiées : « Mes enfants. digne de sa vaillante mère. et ensuite on le jette tout sanglant dans un cachot. Félicité fut convoquée chez le magistrat. A lui nous offrons le sacrifice de nos cœurs. S'adressant à la mère. Publius lui promet des biens immenses s'il consent à sacrifier aux idoles . notamment le titre de roi donné à l'empereur. Il fait comparaître le deuxième. Silvain ou Silanus. Il se heurta à une attitude inébranlable. à l'éducation de ses enfants et aux bonnes œuvres. Tenez vos yeux en haut : c'est là que Jésus-Christ vous attend avec ses Saints. Les pontifes idolâtres. consacrant ses jours à la prière.

que vous vous êtes entendus avec votre méchante mère de telle sorte qu'ayant méprisé les ordres des princes. si vous saviez les peines qui sont réservées aux adorateurs des idoles ! Dieu. le temps viendra où tous ceux qui ne reconnaissent pas Jésus-Christ pour seul vrai Dieu iront brûler dans les flammes éternelles. Auguste. Silvain ou Silanus. Le dernier combat. le quatrième.Qu'est-ce que le démon ? demanda Publius.Vous allez tous être tués. répond Alexandre. ils n'ont aucune puissance . dit l'enfant avec calme. et on reconduit Philippe en prison. » Le juge se lève en ordonnant de reconduire Martial en prison. Ceux qui leur offrirent des sacrifices seront punis de châtiments éternels. dit l'enfant avec majesté. – Si nous craignions ce supplice d'un instant. nous méprisons avec assurance vos lois romaines . . Publius interroge Alexandre : « Tu sauveras ton existence encore en pleine jeunesse si tu es obéissant et fais ce qu'ordonne notre empereur.Le juge le renvoie en prison. » Cette promesse venait de s'accomplir d'une manière étonnante sous les yeux du préfet : avait-on jamais vu un groupe d'enfants. Mais ceux qui adorent les démons les rejoindront à l'heure de la mort.Oh ! si vous saviez. lui dit le juge. nous servons le Dieu toutpuissant et nous trouverons la vie éternelle. répondre avec tant de calme. qui évoque l'idée de la vie et de la force : « Toi. ajoutait-il. nommé Philippe. il lui dit : « Notre invincible empereur. Vos fausses divinités périront avec leurs adorateurs. Jouant peut-être sur le nom de l'accusé. est appelé à son tour. Ma bouche atteste sa divinité. » Vital. ce sont les dieux des païens et ceux qui les adorent. dans le feu éternel. Les soldats le reconduisent au cachot. mais. et je l'adore sans cesse. s'adressant au troisième. l'Esprit-Saint vous suggérera ce que vous devrez dire. Sacrifie aux dieux et nos Augustes t'aimeront et ils te combleront de faveurs. lui dit le magistrat. vous allez tous être mis à mort. le sixième. et il envoie aux empereurs le procès-verbal de l'interrogatoire. ne fait pas encore éclater sur vous et sur vos dieux les foudres de sa colère. » Publius fait un signe d'impatience. le petit Martial : il fut digne de ses frères et de sa mère. Ce ne sont pas des dieux. du moins. Si jeune que l'on soit. Antonin. Quand Notre-Seigneur prédit à ses disciples les persécutions que ceux-ci auraient à souffrir dans le monde à cause de lui. ce sont de vaines statues misérables et insensibles. est présenté au préfet : « Je vois. mis en présence de supplices et de la mort. nous nous exposerions à des châtiments sans fin. c'est votre faute pourquoi refusez-vous d'obéir aux ordres des empereurs et persistez-vous à vouloir votre perte ? . on montre plus de sagesse qu'un vieillard en adorant le vrai Dieu. et quels châtiments attendent les pécheurs. – Je suis le serviteur de Jésus-Christ. 62 . lui dit le préfet. tu ne veux pas te laisser tuer ? » L'enfant de répondre de même : « Et quel est donc relui qui est le plus raisonnable en souhaitant de vivre ? Est-ce celui qui recherche la protection de Dieu ou celui qui recherche les faveurs du démon ? . et ainsi nous gardons les commandements divins. d'intelligence et d'intrépidité ? Restait le septième. répond le jeune homme . il leur recommanda de ne point s'effrayer en songeant à ce qu'il leur faudrait répondre devant les tribunaux : « Car. nous méprisons les idoles. dans sa patience. te commande de sacrifier aux dieux tout-puissants . et. tu veux vivre.Les démons. Et parce que nous savons d'une manière certaine quelles récompenses sont réservées aux justes. mon cœur l'aime. » Pendant qu'on emmène Silvain. mon enfant. .

remis à un même juge. De nombreux pèlerins. Au dire d'Actes qui paraissent apocryphes. afin de se procurer un titre véritable. ils volèrent le corps de l’un des sept fils de sainte Félicité. Cependant. Silvain ou Silanus. ils rendirent les derniers honneurs aux témoins du Christ et les ensevelirent dans les Catacombes les plus voisines. que le jour anniversaire de leur fête était appelé « le jour des martyrs ». un autre. Deux autres succombèrent sous les coups de bâtons . 63 . les accusés étaient renvoyés devant plusieurs juges subalternes chargés d'appliquer la peine. On admet communément qu'elle fut immolée plus tard. D'après ce que nous venons de dire on comprend que les sept frères. que ceux-ci prétendirent faussement que Novatien. en même temps que s'exhalait et se répandait aux alentours un suave parfum. à cause des invasions barbares. près de lui. mis à mort dans un même endroit. Le premier de ces juges fit battre Janvier. fait transporter dans la ville de Rome un grand nombre de reliques des Catacombes. Sépulture. des chrétiens vinrent enlever ces précieux restes . fut inhumé dans le cimetière de Maxime . furent déposés dans le cimetière de Priscille. immolés ensemble. de Rossi. C'était le 10 juillet. était mort pour la foi ( IIIe siècle) . eurent la tête tranchée . ayant été remis aux mains de plusieurs juges. fut jeté du haut d'une colline ou d'une muraille et mourut des suites de cette chute. le Pape Boniface IV. les trois plus jeunes. l'aîné des sept frères. jusqu’au VIIIe siècle. eurent une tombe commune dans la Catacombe de Gordien (Gordiani). par l'effet d'un prodige. selon toute vraisemblance. pour avoir dans leur cimetière le corps d’un vrai martyr. qui se tinrent à l'écart. le supplice dura jusqu'à ce que l'innocente victime eût rendu le dernier soupir. sept fois martyre par la mort de chacun de ses enfants . Vital et Martial. être mis à mort en un même point de la ville de Rome. afin d'éviter sur le moment un trop grand éclat et pour ne pas laisser peser sur le préfet toute la responsabilité de cette sanglante tragédie. l’auteur du schisme. – Découvertes de M. Dès le commencement du VIIe siècle. la piété des fidèles déposa ensuite l’héroïque mère. visitèrent ses sépultures . On lit dans les écrits de plusieurs Pères qui écrivirent contre les Novatiens et dans les documents relatifs à ces hérésiarques. A la faveur de la nuit. les corps des serviteurs de Dieu furent abandonnés aux oiseaux et aux animaux de proie. la vénération pour ces héros de la foi était si grande. enfin. le 23 novembre.La réponse impériale ne se fit pas attendre : tous les membres de cette famille étaient condamnés à périr par des supplices. qui obtint la palme séparément. les opinions varient sur l'espace de temps qui s'écoula entre le supplice des sept frères et sa mort. date où l'Eglise a inscrit son nom au Martyrologe. Restait Félicité. Félix et Philippe. n'ont pu. à coups de fouets armés de petites boules de plomb . – Le culte. Alexandre.

Silvain fut précipité d'un lieu élevé . ce patronage est dû au fait que le corps de saint Alexandre 64 . sous Publius. Le Bréviaire d'Osnabrück. Alexandre Vital et Martial. Voici le texte. contient au 10 août l'office de sainte Félicité et de ses sept fils. Dans les temps modernes. elle-même. Félix et Philippe furent assommés à coups de bâton . Au VIIIe et au IX siècle. du Martyrologe qui concerne cet admirable groupe à la date du 10 juillet : A Rome. les ravages des Lombards et des Sarrasins multiplient les ruines dans la campagne romaine. en 1856. et ensuite le tombeau de ses autres frères. savoir : Janvier. et surtout depuis le milieu du XIXe siècle. préfet de la ville. mais nul ne les a explorés avec tant de science que l'illustre archéologue Jean-Baptiste Rossi. Janvier. on a recommencé à visiter ces souterrains. Trente ans plus tard. C'est ainsi qu'il retrouva. Vital et Martial eurent la tête tranchée. témoins de la foi des premiers âges . Alexandre. au diocèse d'Augsbourg. vénérait les sept frères martyrs comme ses patrons spéciaux .Martyre de saint Janvier et de ses six frères. Silvain. d'abord battu de verges. plusieurs fois séculaire. endura ensuite les rigueurs de la prison et fut tué à coups de cordes garnies de plomb . la passion des sept frères martyrs. Ils souffrirent au temps de l'empereur Antonin. et les Catacombes sont peu à peu oubliées. publié en 1516. fils de sainte Félicité. Félix. Philippe. Eloge des sept frères Le monastère bénédictin d'Ottobeuern. on retrouva aussi – mais dans un état lamentable – la chapelle souterraine où fut déposé le corps de sainte Félicité. le lieu où fut enseveli saint Janvier.

que nous procurera un Dieu qui ne ment pas. d'après saint Jérôme. projeté sur la terre par Alcide. nous suivons le Seigneur. engendre avec ses sept fils le type et l'ombre de la félicité éternelle et du bonheur. » Suit un long développement sur cette porte : la foi. prenant tous les jours notre croix. Ajoutez que. lui que la bienveillance divine a envoyé pour notre salut du 65 .aurait été transporté en ce monastère. Dieu. et nous faire précéder par eux en avantgarde. nous conduit elle-même à la porte du baptême. descendant sous l'apparence du feu. perle splendide. signifie heureux : Qui peut être heureux si ce n'est celui qui est baptisé et qui croit au Christ ?.. l'auteur poursuit en ces termes : De ces martyrs.. Il nous faut de même. le deuxième fils.. il convient de remarquer comment cette bienheureuse femme. et suit la route qui conduit au ciel. signifie en hébreu : « Qui dissipe les vents de ténèbres » : ces ténèbres sont répandues par les mauvais anges.. Encore : s'il nous arrive de tomber dans la lutte.. et le plus âgé. pierre très précieuse. Puis. vient Alexandre. spirituellement ces sept fils. là où nous aspirons à nous rendre. dont le nom. l'Allemagne tout entière célèbre avec les louanges qui sont dues saint Alexandre.. engendrer. a illuminé le cœur des Apôtres encore plus que leur intelligence. de même que la flamme s'élève toujours en raison de sa légèreté. Il représente pour nous celle dont le Sauveur dit : « Je suis la porte . autant que la condition de la vie le permet. Anthée. les rédacteurs des Acta Sanctorum nous ont conservé un discours. Nous n'en donnerons que le résumé et quelques citations. fleur éclatante. est appelé Janvier (en latin Januarius). dû peut-être à un moine de la même abbaye et composé en l'honneur des sept Saints. Le nom de Félix. se relevait toujours plus fort. si quelqu'un entre en passant par moi. Ce discours est rempli de rapprochements ingénieux et de pieux jeux de mots ainsi qu'on les aimait autrefois. de même la charité tend toujours vers les choses d'en-haut.. en méprisant les choses terrestres et éphémères. l'auteur. Et ainsi précédés de ces sept martyrs. le martyr de ce nom est rapproché des ermites d'Egypte en qui l'auteur voit en quelque sorte des dieux sylvestres. nous nous redressons avec plus de vitalité – ceci pour rendre hommage au martyr saint Vital – semblables au personnage de la fable. passe en revue les sept martyrs : Le premier des fils. A la suite du panégyrique se lit une séquence qui fut vraisemblablement en usage autrefois dans le monastère d'Ottobeuern . Le nom de Silvain signifie dieu des forêts ou habitant . ce qui lui permet d'y voir a « l'aspect de la lampe » ou torche dont la flamme embrasait le cœur du martyr. D'autre part. après avoir rappelé le nom de sainte Félicité et le genre de supplice de chacun de ses fils. qui est tout amour. nous aussi. si nous voulons être heureux. qui... aimant d'un chaste amour et avec une foi sincère Celui qui est mort pour le salut des hommes sur l'arbre de la croix. n'ayant aucune hésitation dans notre foi et attendant la vie bienheureuse. félicité. porte du salut. Nous devons nous estimer vraiment heureux. vraiment trop subtil à notre avis.. Sur ce. prenant son nom de la porte (janua). il sera sauvé. dirigeant vers lui chacune de nos paroles et de nos actions. Enfin chaque chrétien doit se montrer dans la lutte un athlète martial et belliqueux. Un peu arbitrairement l'auteur fait venir de l'hébreu et non du grec le nom de Philippe dont le sens véritable est « ami des chevaux ». En premier lieu.

t. ce discours montre quel fut.P. Etant donc animés d'une si ferme espérance. et. L.B. Si donc nous ne recevons un Dieu.Siège romain en ces régions de l'Allemagne. plus tard encore. il faut avoir le cœur d'un Dieu. le ton de l'éloquence religieuse pour célébrer les mérites des Saints.. Guérin. VIII (Paris). – Acta Sanctorum. Oui. A.S.) ……………… PAROLES DES SAINTS __________ Par le Saint-Esprit. et sans la charité nous ne pouvons pas l'aimer. 1er (Paris. Les Petits Bollandistes. Leclercq. le cœur d'un homme ne suffit pas. et que nous ne pouvons aimer Dieu que par le Saint-Esprit. – (V. puisque la charité de Dieu est répandue dans nos cœurs par le SaintEsprit qui nous a été donné. parce que le Saint-Esprit est Dieu. n'ai-je pas raison de dire : aimons Dieu du cœur de Dieu ? 66 . t. Que puis-je dire davantage ? Aimons Dieu du cœur de Dieu. Entre autres choses. nous ne pouvons aimer Dieu. t. – H. III de juillet (Paris et Rome. 1902). au moyen âge. aimons Dieu du cœur de Dieu. Il faut que Dieu se donne lui-même afin de se faire aimer. Car. parce que Dieu est la charité. 1867). Les Martyrs. – Mgr P. aimons Dieu du cœur de Dieu même. Pour aimer Dieu. Il fait voir aussi que le souvenir des fils de sainte Félicité n'avait pas disparu de la mémoire et du cœur des chrétiens. n° 542. Sources consultées.

qui implique l'accomplissement fidèle de tous les devoirs envers Dieu et envers les hommes. tous l'entourent. Le Pontife romain qui le premier porta le nom de Pie (Pius). II. moins acceptable.) SAINT PIE 1er Pape et martyr (t vers 154) Fête le 11 juillet. pour traiter avec lui du jour de la célébration de la fête 67 . vint à Rome en 154 ou 155. et cependant tout ce que l'on peut dire de l'indicible. Saint Polycarpe. se révèle moins satisfaisant. Par une coïncidence assez curieuse. était le successeur de saint Hygin sur la chaire de saint Pierre. (De la prédestination. Selon un document dont la rédaction primitive remonte au temps du Pape saint Eleuthère (175189). II fut élu peu de jours après la mort de saint Hygin. tous les hommes éprouvent pour elle un si tendre sentiment de dévotion. le Pape Pie 1 er gouverna l'Eglise pendant environ quinze ans. J'avoue mon insuffisance. fut décernée par le Sénat romain à ce prince en raison de sa conduite envers Hadrien. (Sermon IV pour l'Assomption. mais il n'est pas pos sible de préciser la date de son avènement. et ce n'est que justice. Son pontificat se place dans la première moitié du IIe siècle.) Les louanges de Marie. elle ne peut être reculée au delà de l'année 154 ou 155. qui fut martyrisé à Smyrne le 22 février 155 ou 156. nom que dans la suite de l'ère chrétienne plusieurs Papes devaient illustrer tant par leur sainteté que par leur science. moins plaisant. momentanément le privilège ineffable et sa prérogative incomparable . mais rien qui m'intimide plus que de parler de la gloire de la vierge Marie.Saint Fulgence. sous le pontificat de saint Anicet. Je passe sous silence. elle se trouva être aussi le nom propre de l'évêque qui allait gouverner l'Eglise romaine durant les premières années du règne d'Antonin. en effet. peut-être même un peu plus haut. N'est-ce pas un à peu près. I. par là même qu'on peut le dire. Cette épithète de pieux (pius). Quant à sa mort. de tant d'honneur et lui font une telle fête que tous peuvent bien mettre leur joie à parler d'elle . je ne dissimule pas ma faiblesse : il n'est rien qui me plaise davantage. son père adoptif et son prédécesseur. sous le règne d'Antonin le pieux (138-161). tout ce que la pensée humaine peut saisir d'une gloire incompréhensible ? Saint Bernard.

durant ce règne. sur la mer Adriatique. ce fut 68 . Mais ce qui apparaît comme sérieusement fondé. Ce fut un homme religieux. en nous déclarant dans son livre qu'il appartenait à une famille grecque et chrétienne. très courte. à Rome comme dans les provinces. son contemporain et plus probablement son frère. originaire de Nîmes par ses ancêtres. par Hermas. frère du Pape Pie 1er : « Quant au Pasteur. Antonin eut la sagesse de laisser dormir l'édit persécuteur. résumé historique très succinct de la vie des Papes depuis saint Pierre jusqu'à Adrien Il. et de ce chef la sécurité des disciples du Christ et des communautés de fidèles demeurait fort précaire. Alla-t-il plus loin. Saint Pie serait originaire d'Aquilée. Son règne fut une époque de tranquillité pour le monde comme pour l'Eglise. Quoi qu'il en soit. Pie et Hermas appartenaient tous deux au presbytéral romain. datant au plus tard de la fin du IIe siècle et publié en 1740 par un bibliothécaire de l'Ambrosienne. Cette ville. Il la mérite d'ailleurs par ses qualités et son gouvernement. ou plus vraisemblablement entre 139 et 154. l'État romain fit preuve d'une tolérance générale envers l'Eglise. ainsi que le Liber pontificalis. cette brièveté ne manque ni d'obscurité ni d'incertitude. L'auteur du célèbre ouvrage le Pasteur se nomme-t-il Hermas ou Hermès ? Est-il non seulement le contemporain. dans la ville de Rome. S'il y eut encore ici et là. il a été écrit tout récemment. est.A. L. nous fournit vraisemblablement des renseignements authentiques sur la condition sociale du Pape. Quoi qu'il en soit. Pourtant. mais ferme et juste dans l'exercice de l'autorité. sans ambition. Malgré les rescrits indulgents de Trajan et d'Hadrien. comme pour les autres Pontifes des premiers siècles. Ces textes divers posent une série de problèmes historiques que les critiques n'ont pas encore pu résoudre. Antonin le Pieux. fils d'un certain Rufinus ou Rufin et avait un frère nommé Pastor. notent que le Pasteur a été écrit sous le pontificat de saint Pie par un certain Hermès. La notice consacrée à ce Pape par l'auteur du Liber pontificalis. qu'il fut vendu à une femme nommée Rhoda et bientôt affranchi par elle. mais le frère du Pape saint Pie 1er ? Faut-il l'identifier avec le nommé Pastor que le Liber pontificalis assigne comme frère au même Pape ? Autant de questions auxquelles on ne donne pas encore de réponse absolue. Situation de l'Eglise à l'époque de saint Pie 1er.de Pâques. située au nord-est de l'Italie. Le Canon de Muratori (on désigne ainsi un catalogue officiel des livres reconnus par l'Eglise comme inspirés. fut longtemps regardée comme une seconde Rome et comme la clé de l'Italie à cause de sa position sur la route des Gaules et sur celle de l'Orient. secourable aux malheureux. les quinze années (en chiffres ronds) du pontificat de saint Pie 1er. c'est l'existence de rapports assez intimes entre Pie et l'auteur du Pasteur. pendant que Pie. La notice du « Liber Pontificalis ». occupait comme évêque le siège de l'église de la ville de Rome. était en pleine maturité quand il succéda à Hadrien. de mœurs austères. mort en 872. Aucun empereur romain n'a si belle renommée dans l'histoire. doux. Ce dernier. quelques martyrs. Pie était toujours selon le Liber pontificalis. la religion chrétienne restait toujours interdite par la loi de Néron. de notre temps. Muratori) attribue l'ouvrage célèbre intitulé le Pasteur à un certain Hermas. Ce point de repère permet de situer entre 140 et 155. son frère. » Le Catalogue libérien. et publié par l'historien Eusèbe. jusqu'à publier lui-même un rescrit interdisant de poursuivre les chrétiens parce que chrétiens et édictant des peines contre ceux qui les accuseraient ainsi ? Beaucoup de critiques croient à l'authenticité d'un pareil document adressé à l'assemblée d'Asie ».

On lui a longtemps attribué un décret imposant une pénitence aux prêtres qui. Il aurait aussi défendu d'employer à des usages profanes les vases et les ornements sacrés et de recevoir les vierges au vœu perpétuel de chasteté avant qu'elles eussent atteint l'âge de vingt-cinq ans. Ceci ne doit pas être pris à la lettre. élaborées au IXe siècle. La décision prise avait sa raison d'être. C'est pourquoi. les diacres et les prêtres. sous la direction de l'Eglise. L’Eglise put paraître au grand jour. Très probablement cette décision disciplinaire n'est pas du pontificat dont nous parlons. héritier des promesses faites à Abraham. ne devait pas être soumis aux mêmes conditions que les païens et qu'il pouvait entrer de plain-pied dans l'Eglise dont la synagogue était la préparation. On connaît peu de faits historiquement certains relatifs à ce long pontificat de quatorze ou de quinze ans. Telle était la situation générale de l'empire romain et du christianisme à Rome à l'avènement du Pape Pie 1er. Pie 1er décréta que ceux qui venaient de « l'hérésie judaïque » devaient être baptisés. Il en indique aussi le remède. avec Cerdon. En même temps que cette tranquillité et cette prospérité de l'Eglise dans la première moitié du IIe siècle. elle y rassembla ses enfants. les Juifs en particulier. Pie 1er aurait ordonné que les biens donnés en fonds à l'Eglise fussent inaliénables. à s'emparer de la direction de l'Eglise.l'exception et le fait de magistrats toujours zélés pour appliquer aux chrétiens des lois qui leur restaient contraires ou pour apaiser une populace ameutée par les accusations calomnieuses lancées contre les fidèles par leurs ennemis. Il faut en dire autant de deux lettres adressées par Pie à l'évêque de Vienne en Dauphiné. Selon certaines collections des décrétales des Papes. saint Juste. – Décrets disciplinaires. On s'accorde aussi à regarder comme apocryphes deux décrets très sévères que ce même Pape aurait portés contre les blasphémateurs. laisseraient se répandre à terre pendant la messe quelques gouttes du Sang précieux du Seigneur. à soutenir les confesseurs de la foi. Au relâchement des mœurs s'ajouta l'hérésie qui vint établir son centre à Rome même. Le Pape décrète que le baptême était aussi nécessaire aux Juifs qu'aux Gentils s'ils voulaient entrer dans le sein de l'Eglise et vivre de la foi chrétienne. Le Bréviaire romain relève parmi les actes importants du successeur de saint Hygin. Dans sa seconde lettre. hélas du relâchement et même des défaillances graves chez les simples fidèles et jusque dans le clergé de Rome. les cendres jetées dans la piscine. L'ouvrage contemporain le Pasteur d'Hermas atteste l'existence et l'étendue de cette déchéance dans la pureté de la foi et dans la pratique de la morale et de la pénitence. On pouvait croire que le Juif ayant toujours suivi le culte du vrai Dieu. elle a été retranchée de la légende ou de la notice que le Bréviaire romain consacrait à saint Pie au jour de sa fête. La première nous apprend que le prédécesseur de Juste venait de donner sa vie pour la foi. Elle transforma certains édifices en lieux officiels de prière. la conversion et l'expiation. Valentin et Marcion. On devait en recueillir tout ce qu'il était possible. mais s'entendre des Juifs tout simplement et non d'une secte chrétienne judaïsante. Le Pontife exhorte son correspondant récemment élu à se montrer plein de charité pour les fidèles. et qui s'organisa en secte agissante : elle cherchait non seulement à répandre les erreurs gnostiques. Baptême des Juifs convertis. Les dispositions tolérantes du pouvoir central favorisèrent la multiplication des fidèles. laver ou racler le reste : l'eau qui avait servi à l'ablution et les débris de bois et de pierre devaient être brûlés. A Rome même elle établit des écoles de philosophie. mais encore. le fait d'avoir prescrit de 69 . La pénitence imposée variait de trois à quatre jours de jeûne suivant la gravité de la profanation. on constate aussi. il s'informe des progrès de la foi dans son diocèse et il se plaint des ravages que fait dans l'Eglise l'hérésie de Cérinthe. le Pape fait allusion à un voyage que l'évêque de Vienne venait de faire à Rome. à honorer la sépulture des martyrs. On ne peut admettre d'une façon indiscutable l'authenticité de ces divers décrets disciplinaires. par négligence. suivant certains témoignages. sous le Pape Léon XIII.

Elle fut ensevelie près de son père Pudens dans le tombeau que la famille possédait. sur la via Salaria dans le cimetière de Priscille. Dans la première lettre. La célèbre mosaïque du fond de l'abside représente entre autres choses le Sauveur sur un trône. le plus ancien de tous les cimetières chrétiens de Rome. Leur histoire nous est connue par le Liber pontificalis et surtout par un document qu'on désigne ordinairement sous le nom d'Actes des saintes Pudentienne et Praxède. une piscine baptismale fut érigée dans cette église. Pie y célébrait souvent les saints mystères. Les Asiates. ses deux filles Praxède et Pudentienne. vers l'an 42. la visitaient souvent pour lui apporter des paroles de consolation. D'un commun accord entre elles et le prêtre Pastor. et prétendaient que c'était la bonne manière. Les Actes dont nous parlons se composent de deux lettres et d'un appendice narratif écrit par un prêtre contemporain et même familier de Pie. avec l'approbation et les encouragements de l'évêque Pie. Il est certain. avant sa mort. y administrait les sacrements. La légende s'y mêle à la vérité et il est parfois difficile de faire la part exacte de l'une et de l'autre. et non un jour de la semaine. des chrétiens. un « titre » (titulus). avait résolu. vendirent leurs biens afin de les distribuer aux chrétiens. C'était peut-être le père. Elle fut reconstruite ou modifiée sous le Pape saint Sirice (384-399). L'ancienne maison de Pudens devint un lieu de prières et de réunions permanentes. Un jour de Pâques. que non seulement Pie 1er. Il ajoute que Pudens étant mort. et qui se nomme Pastor. ce Pastor s'adresse au prêtre Timothée et lui dit que Pudens. en mémoire de la résurrection du Christ. Praxède transforma les thermes qui se trouvaient dans le vicus Lateritius 70 . est également désignée dans certains documents des IVe ou Ve siècles. au contraire. le même Pontife y conféra le baptême aux esclaves encore païens des deux sœurs. après avoir fait procéder préalablement à la cérémonie légale de leur affranchissement. d'après le témoignage de saint Irénée. plus vraisemblablement l'aïeul des saintes Pudentienne et Praxède. On ne sait en quelle année mourut Pudentienne. pour savoir si celui-ci consentait à cette donation. mais ses prédécesseurs Hygin. homme très charitable envers les fidèles peu fortunés. il a un livre ouvert sur lequel se lisent ces mots : « Le Seigneur gardien de l'église Pudentienne ». Les églises Sainte-Pudentienne et Sainte-Praxède. entre autres un certain Novatus. restées vierges. Novatus étant tombé gravement malade reçut la visite du Pape et celle de sainte Praxède. Quand saint Pierre était à Rome. sous le Pape saint Victor. les deux vierges continuaient leur vie d'apostolat et de dévouement à l'Eglise et aux fidèles. parmi lesquels on comptait beaucoup de pauvres. ou titre du Pasteur. sur les conseils du bienheureux évêque Pie (le Pape Pie 1 er). Praxède continua à habiter la maison paternelle. Dans les bâtiments contigus. ne permettaient pas en Occident de célébrer la Pâque un autre jour que le dimanche. de consacrer sa maison au culte divin. d'en faire une sorte d'église. il logeait dans la maison ou palais d'un patricien converti nommé Pudens qui avait son habitation sur l'Esquilin. et se consacrèrent au service de Dieu et de l'Eglise dans le titre ou église fondée par leur père. Ces deux vierges vécurent au temps du Pape Pie 1er. de quartodécimans – au même jour que les Juifs. sous le nom de Pastor. Ce dernier consulta le prêtre Timothée frère de Novatus et héritier naturel. des prêtres. Télesphore et Sixte. Etant entrée en possession des biens légués par Novatus. Avant de mourir. célébraient chaque année la Pâque le 14 de nizan – d'où le nom. Une lettre de Timothée lui apporta le consentement désiré. sous le nom de maison de Pudens (domus Pudentis) ou d'église de Sainte-Pudentienne. non sans avoir suscité de graves difficultés à la fin du IIe siècle.célébrer la fête de Pâques le dimanche. Cette divergence entre l'Eglise d'Occident et les Eglises d'Asie disparut peu à peu. il laissa par testament tous ses biens à Praxède et à Pastor. L'église. Le Pape Pie.

au Sénat. loyaux. Alors. Le paganisme de plus en plus menacé par la diffusion de la religion du Christ ne craignit pas de lancer contre ce terrible adversaire les pires accusations. Mort de saint Pie 1er. les pratiques de débauche. Il est très probable que le grand apologiste. à tout le peuple romain. Quoi qu'il en soit. la valeur rationnelle et surnaturelle de la doctrine évangélique. connaissait le Pape Pie et qu'il s'inspira de ses conseils pour la défense et l'enseignement de la doctrine catholique à Rome. Ce que le paganisme a de meilleur. Il compare ensuite le paganisme au christianisme et montre positivement la supériorité de celui-ci : les fables païennes. il s'affranchit de la loi du secret et parle ouvertement du baptême ou cérémonie de l'initiation chrétienne. il s'adresse à l'empereur Antonin le Pieux. publia sa première apologie en faveur des chrétiens. Pour montrer enfin que les pratiques de la religion du Christ n'ont rien d'immoral. après avoir. partagèrent sur ce point les préventions de la populace et attaquèrent le christianisme dans leurs discours et dans leurs écrits. D'où un second titre. ce Pape mourut en 154 ou 155. Ces écrivains du II e siècle ne se contentèrent pas de réfuter les atroces calomnies. Il n'y eut pas que le peuple plus ou moins excité pour répandre ces imputations calomnieuses. il prouve que ces derniers sont honnêtes. sont tour à tour des apologies proprement dites. Vers la fin du règne d'Antonin ou au début de celui de Marc-Aurèle. Vers l'an 152. Dieu donna à son Eglise les apologistes. en faveur d'hommes de toute race qui sont injustement haïs et persécutés. en particulier celles d'athéisme. pour protester contre de récentes persécutions et proclamer encore l'innocence des chrétiens. le plus célèbre des apologistes. Cette apologie si intrépide et si scientifique du christianisme reçut-elle de l'empereur Antonin un accueil favorable ? On peut croire qu'elle porta le prince à se montrer encore plus tolérant envers la nouvelle religion. comme Fronton de Cirta. de magie et de corruption. créé dix-huit prêtres. La première apologie de saint Justin à l'empereur Antonin. qui séjourna habituellement à Rome dans la seconde partie de sa vie. au Sénat. saint Justin s'adressera de nouveau aux souverains. les deux églises romaines dédiées à sainte Pudentienne et à sa sœur sainte Praxède sont à mettre parmi les monuments les plus anciens de la Rome chrétienne. parfois honteuses. Le Pape Pie 1 er en fit la consécration ou la dédicace sous le nom de Praxède. Selon la chronologie communément adoptée de nos jours. Des lettrés occupant des positions officielles. à MarcAurèle son fils adoptif. des œuvres de controverse. à Rome vraisemblablement. soit contre les adorateurs des idoles. qu'ils ne sont pas athées. des thèses exposant et justifiant les croyances chrétiennes. Après avoir protesté contre l'illégalité des poursuites intentées contre les chrétiens. Ce fut sous le pontificat de Pie 1 er que saint Justin. sans préjugé. d'immoralité. sans écouter d'anciennes et perfides rumeurs. ainsi que des rites sacrés du sacrifice eucharistique célébré dans les réunions dominicales.en un lieu de réunions pieuses pour les fidèles. le culte des idoles étant absurde. Il réclame qu'on les juge avec justice et équité. dirigés soit contre les Juifs toujours très ardents à calomnier les fidèles. ami d'Antonin le Pieux et précepteur de Marc-Aurèle. une seconde église. Cette église est-elle la même que celle dont parle une inscription de 491 ? On ne saurait l'affirmer d'une façon absolue. d'inutilité sociale. il l'a emprunté à la Bible. Leurs écrits. dont leur religion était l'objet : ils démontrèrent aux autorités publiques et aux philosophes païens. en cinq ordinations faites au mois de décembre. vingt et un 71 . mettent les idolâtres bien au-dessous des chrétiens.

On vénère encore des reliques de ce même Saint à Bologne en Italie. ont été pareillement confiées toutes les brebis. – (V. 1869). mais des apôtres. San Pio 1. dans plusieurs églises du diocèse d'Amiens et en d'autres lieux encore. Battandier. studi (Rome. Son corps fut déposé au Vatican près du tombeau de saint Pierre. en un seul troupeau sous un seul pasteur. – E. Si le frère du Seigneur s'efface de la sorte. le 11 juillet. Fut-il martyrisé ? On ne le dit pas dans la notice que lui consacre l'ouvrage que nous venons de citer. pais mes brebis.. jour où il aurait été mis à mort sous Antonin le Pieux. en s'écartant de l'unité. cédant l'univers à Pierre. de tel royaume déterminé ? Mes brebis. mais toutes ? Il n'y a pas d'exception.P. car ils savaient ce mystère. III de juillet (Paris et Rome. II (Paris. mais la division. Qui ne comprend qu'il désigne ainsi. – A. Pourquoi tant de folles dépenses ? Pourquoi tant d'inutiles magnificences ? Amusement et vain spectacle des yeux. de verser son sang pour la foi. Une partie des reliques furent transportées plus tard dans l'église SaintePudentienne. mon pas telles brebis. Lesquelles ? les peuples de telle cité. – Acta Sanctorum. et l'Eglise nous fait réciter l'office des martyrs au jour de sa fête. Le Bréviaire romain considère saint Pie 1 er comme martyr. L'unité est le chiffre de la perfection.B. 8. qui passait pour une colonne de l'Eglise.diacres et douze évêques pour divers pays : ce sont les chiffres donnés par le Liber pontificalis. 9. dit le Seigneur. Comment le prouver ? Par la parole du Seigneur. 171). Donnez. donnez. en confiant ses brebis à un seul. Lacoste. je ne dis pas des évêques. il recommandait à tous l'unité. – Luigi Triperi. sans réserve ni distinction ? Si tu m'aimes. C. qui ne fait qu'imposer vainement et à la folie ambitieuse des uns et à l'aveugle admiration des autres ! Que vous servent toutes ces dépenses superflues ? 72 . Aucun document ancien ne nous renseigne sur son genre de mort. Il est l'unique pasteur de tous. Auquel donc. quelques monuments hagiographiques affirment que ce Pontife eut la gloire. (De la considération. Les Papes à travers les âges. Cependant.) Contre le luxe. 1867). dans des circonstances qui demeurent inconnues. non seulement des brebis. t. PAROLES DES SAINTS ________ La primauté du Pape. quel autre usurperait la prérogative de Pierre ? Saint Bernard. Peut-être les autres disciples étaientils présents quand. n° 438).S. t. F. p. se contenta de la seule Jérusalem. Les autres nombres n'impliquent pas la perfection. de telle contrée. ……………. Jacques luimême. 1930). mais des pasteurs. 11. C'est pour cela que les autres apôtres reçurent chacun en partage un seul peuple. Sources consultées. Annuaire pontifical de 1900 (Paris. quand on n'introduit aucune distinction. Pierre.

et le métier des armes qu'il avait embrassé n'était certainement pas fait pour lui inspirer de meilleurs sentiments. Soit que son éducation religieuse eût été négligée. saint Romuald pour les Camaldules . ne crut donc pas pouvoir mieux faire que d'y soumettre ses disciples. sa première jeunesse fut assez dissipée. écrite en 529 dans la solitude du Mont-Cassin et. selon l'opinion la plus commune . et aujourd'hui encore. et d'autres. certains chroniqueurs. soit qu'il en eût peu à peu oublié les principes. Le fondateur de l'Ordre de Vallombreuse. au dire du Pape saint Grégoire. Le père s'appelait Gualbert. dans chacun desquels vivaient souvent plusieurs centaines de cénobites. sous l'inspiration du Saint-Esprit. Elle a illuminé tout le moyen âge. cependant. dans le monde entier. les enfants se nommaient Hugues et Jean. Ce dernier était né vers 995. le font naître dix ans plus tôt. Il menait donc la vie insouciante d'un grand seigneur. plus de quinze mille religieux en suivent les prescriptions. a peuplé le monde d'un nombre incalculable de moines adonnés aux travaux de la terre ou à l'étude des lettres et des sciences. saint Jean Gualbert ou Walbert. lorsque survint un événement tragique. descendait peutêtre des Carolingiens . en même temps qu'au chant des louanges divines. le bienheureux Bernard Tolomei pour les Olivétains. Saint Jean Gualbert dans le monde Vers la fin du Xe siècle vivait à Florence une noble famille. comme le firent plus tard saint Robert de Molesmes pour les Cisterciens.Que sert ce luxe énorme de votre maison ? Toutes ces choses périssent. Fête le 12 juillet. Elle est si sage. si pleine de discrétion.) SAINT JEAN GUALBERT Fondateur des Bénédictins de Vallombreuse (995 ?-1073). la mère dont le nom nous est inconnu. composée du père. qui 73 . l'Ordre bénédictin en a célébré solennellement le quatorzième centenaire. La règle de saint Benoît. Saint Cyprien. saint Sylvestre d'Osimo pour les Sylvestrins. sans songer au salut de son âme. alors que florissaient en Europe des milliers de monastères. (De l'aumône. si conforme aux aspirations de l'homme spirituel. comme l'avait fait. que tous les fondateurs d'Ordres monastiques proprement dits l'ont placée à la base de leurs constitutions particulières. de la mère et de deux enfants. C'est donc avec un orgueil bien légitime qu'en l'année 1929. trois ans plus tard. quelques années plus tôt.

bordé de haies fleuries. 74 .devait avoir pour lui des conséquences imprévues. y entre pour se reposer quelques instants. parlez-lui. il prie ses compagnons de rentrer à Florence et reste à San Miniato. Il voit le divin Crucifié incliner vers lui sa tête couronnée d'épines. le cœur de Jean bondit de joie et de colère en même temps. se jette à ses pieds et le supplie de l'admettre parmi ses Frères. Celui-ci ne voyant pas revenir le jeune homme. prit avec lui une petite troupe de gens armés. Désormais. car on était alors au printemps. Il s'agenouille devant un tableau représentant le Christ en croix et se met à prier. Jean comprit qu'il devait recourir à des moyens extraordinaires. avec la même ardeur. Mais. Alors. Saint Jean Gualbert embrasse la vie religieuse. Un jour. Lui-même. va à l'église. L'abbé. se coupe lui-même les cheveux. et s'il veut vous suivre. Il lui raconte le prodige dont il vient d'être favorisé. de l'Ordre de Cluny. A cette vue. les compagnons de Jean Gualbert étaient rentrés à Florence et avaient raconté à son père ce qui s'était passé. il lui permet de rester dans le monastère. Jean rentrait à Florence. comme pour l'approuver. dans un étroit sentier. cédant aux instances de Jean.Votre fils va venir. se croiser. brisé par l'effort qu'il vient de faire. il va se livrer aux austérités de la pénitence. Les sentiments religieux de Jean se réveillent tout à coup . accompagné d'une nombreuse escorte. Apprenant que son père était là et l'attendait. Les deux gentilshommes ne pouvaient. A côté de l'église s'élevait un couvent de Bénédictins. en homme prudent. devant l'autel. le chercha partout dans la ville et finalement le trouva à San Miniato. et d'où l'on embrasse d'un coup d'œil toute la ville des fleurs. mais sans en prendre encore l'habit. et. En effet. Or. spectacle inattendu. Jusqu'alors. tend la main au coupable en disant : « Je ne puis vous refuser ce que vous me demandez au nom de Jésus-Christ. suivant les mœurs de l'époque. il lui semble voir Jésus crucifié en la personne de cet homme. Il saisit une tunique de moine. les sacrifices nécessaires pour renoncer à une vie commode et se soumettre à une règle austère. il se trouve face à face avec le meurtrier d'Hugues. Enfin. Mais Dieu se servit de cet événement même pour ramener à lui le jeune homme qu'il appelait à une vie toute différente de celle du monde. poursuivant son chemin. il tient donc l'occasion tant désirée de venger la mort de son frère ! Il saisit son épée et s'apprête à en frapper le meurtrier. et il sent que Dieu lui a pardonné ses fautes. comme il vient de pardonner à son ennemi. Jean pouvait avoir alors une trentaine d'années. Soudain. son frère Hugues fut assassiné par un autre gentilhomme florentin. il se rappelle les paroles du Pater : « Pardonnez-nous. il menaça l'abbé de dévaster le monastère si Jean ne lui était pas rendu. après s'être recommandé à ses prières. Il passe devant l'église de San Miniato et. se jette à genoux. il s'était laissé entraîner par sa passion pour le plaisir. Jean avait une âme ardente. » Puis. Cependant. comme nous pardonnons » . ainsi vêtu. Sous un prétexte quelconque. dont il reste encore des traces en Corse et en Calabre. celui-ci descend de cheval. Après quoi. arrive bientôt sur les hauteurs qui bordent la rive gauche de l'Arno au sud de Florence. Il chevauchait à travers la campagne. et il se souvient que le divin Maître a prié pour ses bourreaux. Enfin. Il voua au meurtrier une haine implacable et. il se dépouille des habits séculiers. Il jette son épée. qui le supplie les bras en croix. L'abbé l'écouta avec calme et se borna à lui répondre : . Le nouveau converti s'y rend aussitôt et demande à parler à l'abbé. lui représente d'abord toutes les difficultés de la vie monastique. nous ne le retiendrons certainement pas. c'était le Vendredi-Saint. Il n'hésite pas un instant. étend les bras en croix et implore son pardon au nom de Jésus crucifié. occupé aujourd'hui par les Bénédictins Olivétains. sans que l'un cédât le pas à l'autre. il jura de venger la malheureuse victime. revêt la bure monastique et. en pareil cas. les divines paroles deviennent pour lui une réalité. quelque temps après. il l'embrasse et le laisse continuer sa route. Plein de colère.

Celui-ci ne tarda pas à revenir les mains presque vides. à nous deux. le bénit et lui permit de persévérer dans sa vocation. il prit une détermination radicale. C'est dans le voisinage sans doute de l'un de ces villages. Pratovecchio et Stia. Emu par ce récit et impressionné par l'habit monastique que portait son fils. seul. Il lui raconte sa rencontre avec le meurtrier de son frère. donnez à ce pauvre homme la moitié du pain qui nous reste. se laissa fléchir. Or. il ne faut donc voir dans la résolution de Jean qu'une preuve de son humilité. réussira à extirper. mais. leurs troupeaux à l'étable. traversant le val d'Arno. semblant démontrer que le ciel approuvait leur détermination. le savant Dom Mabillon a démontré que le récit de ces anciennes chroniques était inadmissible . Les deux religieux remontèrent le cours de l'Arno et gagnèrent. à 900 mètres d'altitude. Modèle des novices par son obéissance.Mais nous n'avons plus. tout à la fois sauvage et 75 . Jean aurait estimé ne pouvoir tester sous l'autorité d'un nouvel abbé. pour couper court à toute insistance nouvelle. le prodige dont il a été témoin dans l'église de San Miniato . Mais. Cet homme trouvera facilement de quoi se nourrir dans le village voisin. il envoya seulement son compagnon quêter auprès des habitants. après quoi il le supplie de lui laisser suivre l'appel du Seigneur. celui de tous les religieux de San Miniato par sa fidélité à la prière. Les plus anciennes chroniques de l'Ordre de Vallombreuse attribuent cette démarche à un motif bien différent . Désormais. où Jean ne voulut point entrer .se présente à son père. Diaccetto. estimant qu'il n'était pas entré en religion pour commander. ils atteignirent une autre vallée. Casaccia. ils avaient raconté la chose à leurs concitoyens. ils trouvent sur leur chemin un pauvre qui leur demande l'aumône. Ils suivirent probablement la route qui passe aujourd'hui par Pontassieve. Saint Jean Gualbert se retire chez les Camaldules. il deviendra. . qu'un seul pain pour le repas de ce soir. ils arrivèrent. que se produisit un incident merveilleux. Consuma. et. Nos voyageurs franchirent en deux ou trois jours les quelque cinquante kilomètres qui séparent Florence de Stia. Notre humble moine. dit aussitôt Jean à son compagnon. mais pour obéir. il n'avait pu recueillir que trois œufs. mon frère. Le saint moine ne répondit rien. dit la chronique. touchés de tant de charité. on ne sait lequel. Il n'est donc pas étonnant que l'abbé étant mort. et il ne manqua pas de faire remarquer à Jean son imprudence. à l'est de Florence. Un jour. Le religieux obéit. De ce village. les montagnes des Appenins. Il embrassa Jean. près d'un bourg. avaient voulu venir en aide aux deux religieux. sa patience et son humilité. qui apportaient chacun un pain. quelques instants plus tard arrivèrent successivement trois habitants du village. les religieux aient songé à Jean Gualbert pour lui succéder et les conduire dans les voies de la perfection. rien n'arrêtera plus le jeune moine dans la carrière qu'il a embrasée. après sa profession. dont l'élection était entachée de simonie. qui était arrivé la menace sur les lèvres.Frère. abus trop fréquent au XIe siècle et que Grégoire VII. refusa énergiquement la charge que ses Frères voulaient lui confier. qui partageait les mêmes désirs de perfection. Borselli. depuis. au jeûne et à l'abstinence. et ceux-ci. il faut l'avouer. le pardon accordé à cet homme au nom de Jésus-Christ. non loin de la source de ce fleuve. . n'hésitez pas et faites comme je vous dis. avaient entendu les reproches adressés à Jean par son compagnon . vers le soir.Allons. qui ramenaient. . un peu à contre-cœur. car. aux veilles. Le pays était solitaire. il quitta San Miniato. Gualbert. Il emmenait avec lui un compagnon. Des bergers.

repassa le Val Casentino. comme inspiré par le ciel : . Il est très difficile de préciser la date du départ de Jean . vingt kilomètres plus au Sud. ne voulut jamais y consentir et il demanda l’autorisation de se retirer dans une solitude profonde. entre Camaldoli et Florence. Cette fois. saint Romuald y avait fondé. en l'an 1012.Allez donc jeter les fondements du nouvel Institut dont vous serez le Père. il trouva une magnifique forêt de sapins et de hêtres. Aussi. Fondation de Vallombreuse. d’autres nomment le prieur Pierre Daguin. Camaldules. lequel mourut en 1027 . l’abbé voulut le faire ordonner prêtre. se jugeant indigne du sacerdoce. lui et son compagnon. Jean Gualbert s'y arrêta et demanda à l'abbé ou prieur. C'était la solitude la plus complète. Après plusieurs années. L'humble 76 . quelques années auparavant. Quoi qu’il en soit. parmi les ermites. il était bien fait pour attirer une âme contemplative. Mais Jean. de l’admettre. tout au plus peut-on indiquer qu’il eut lieu entre 1015 et 1039. sa résidence de l'Alverne. François d'Assise devait subir le même charme et établir. – Ferveur des premiers habitants. son premier ermitage. Saint Jean Gualbert rencontre l'assassin de son frère. se rapprochant de Florence. A moitié chemin. l’ancien moine de San Miniato fut reçu à l’ermitage et y donna l’exemple de toutes les vertus. Le supérieur l’y autorisa et ajouta même. dont on a fait Camaldoli en français. deux siècles plus tard.pittoresque . située à plus de 900 mètres d'altitude. et. D’aucuns prétendent que le monastère était encore gouverné par saint Romuald lui-même. Jean Gualbert se dirigea vers l'Ouest et. qui étaient encore soumis aux supérieurs de l’Ordre bénédictin. Le site portait le nom de Campus Maldoli.

elle allait jusqu'au scrupule. il en garda le nom de Pierre « Igné ». donnait à tous l’exemple des plus hautes vertus et que Dieu opérait par lui des prodiges sans nombre. quant au moine. dit la chronique. il fallut construire une chapelle commune. les monastères de l’Ordre manquaient de blé. il trouva une grande et belle construction dont l’abbé se montrait très fier. et les convers. il fut de couleur tirant sur le gris. mais la renommée de ses vertus le trahit bientôt et les disciples affluèrent. on sonna à la porte du monastère. et il reçut de son monastère plusieurs prêtres simoniaques qui voulaient se convertir. Sur le conseil d’un reclus de Florence nommé Teuzon. Vertus et miracles de saint Jean Gualbert. La même chose se produisit une seconde fois. Voilà donc Jean Gualbert devenu. Or. lequel revint à résipiscence . puis un monastère. en fait. célèbre par la défaite qu’Annibal infligea aux Romains en 217 avant Jésus-Christ. bâties autour de celle de Jean. élu abbé par ses frères. Quant au vêtement. Comme ils sortaient du réfectoire. ils habitaient des cellules séparées.moine s'y bâtit une hutte de branchages et s'y installa. le nombre des religieux augmentant sans cesse. bien malgré lui. sans tenir compte des adoucissements que le temps y avait introduits. Enfin. qui venait d’être construit. il leur donna naturellement celle de saint Benoît. Dans le principe. Jean pensa qu’il en trouverait au couvent de Passignano. si nous pensons que Jean. L’affaire fit un bruit énorme. la même distinction se retrouve entre religieux vaquant à l'office divin ou aux travaux de l'esprit. et il entendait que cette vertu fut exactement observée dans les maisons qu’il avait fondées. Le pauvre moine montra à Jean son grenier. Pour règle. sous lequel il est honoré aujourd’hui dans l’Eglise. Les moines de Vallombreuse chantaient donc les louanges de Dieu avec une grande ferveur et se livraient vaillamment aux observances de la vie religieuse. qui s'adonnaient aux soins matériels de la maison. Une ferveur si peu commune ne nous étonnera pas. Il avait une horreur souveraine de la simonie. Voici comment Jean fut amené à l'adopter. les Ordres mendiants eurent de même les Frères lais ou laïcs. Celle de l'abstinence leur était particulièrement chère . D'autres Instituts plus récents ont adopté le nom de coadjuteurs . Les moines tissaient eux-mêmes leurs habits. Jean Gualbert était plein de miséricorde pour le pécheur. Son esprit de pauvreté était extrême. la laine fournie par les troupeaux du monastère se trouva d'être presque par moitié blanche et noire. Au bout de quelque temps. à peu près vide 77 . Pierre Aldobrandini. et le tissu qui en résulta fut de couleur grise. Il lui reprocha son manquement à l’esprit de pauvreté et pria le Seigneur d’y apporter remède luimême. Le fondateur ordonna qu'on l'employât telle qu'elle se présentait. et le Frère portier trouva une grande quantité de pain et de farine apportée par une main inconnue. le pain vint à manquer et Jean ordonna de tuer un mouton pour le servir au réfectoire. puis à Camaldoli. Un jour. Visitant le couvent de Muscerano. la première fois qu'ils eurent à le faire. sorti victorieux des flammes. mais Dieu se contenta du premier sacrifice des pieux religieux. Une année de grande disette. Il s’y rendit donc et pria le cellérier ou économe de lui donner la moitié de ce qu’il possédait. le ruisseau qui passait près de là. et religieux occupés aux travaux matériels. qui s'occupaient surtout du chant de l'office divin. s’il avait la haine la plus profonde pour le péché. Jean songea à les diviser en deux classes : les religieux clercs. Aucun des moines ne voulut y toucher et tous demeurèrent à jeun. père de nombreux fils spirituels. sous un nom ou sous un autre. petite bourgade située sur la rive orientale du lac de Trasimène. Aussitôt. Par la suite. s’enfla démesurément . Et Jean dut céder à la pression de l’opinion et laisser un de ses religieux. Mais il voulut qu'on l'observât à la lettre. qu'il avait déjà pratiquée à San Miniato. affronter l’épreuve du feu pour convaincre le simoniaque. il inonda le monastère et le renversa de fond en comble. Sa confiance en la Providence était sans bornes et résultait de son amour pour la pauvreté. Il comptait bien y vivre connu de Dieu seul. D’autre part. il dénonça en pleine place publique un évêque qui s’en était rendu coupable et qui avait nom Pierre de Pavie.

sur le Lac Majeur. les Constitutions furent confirmées par Clément XI. Le Pape Célestin III le canonisa le 6 octobre 1193 . Th. il n’avait rien à lui offrir pour son repas. et on raconte qu'un ange venait servir le vénérable mourant et l'aider à supporter ses souffrances. et seuls quelques religieux y furent maintenus en qualité de gardiens en attendant le retour du couvent à sa destination première. il se trouve dans l'une des chapelles du transept de droite. à l'église de la Sainte-Trinité. le rite double. recevant la visite du Pape saint Léon IX. dans cette même église. – Grands Bollandistes (t. Jean se met en prières et bientôt dit au messager : . Bornons-nous à citer encore le suivant. Vettard. Sources consultées. le célèbre sanctuaire marial du Montenero. sa mâchoire.B. les religieux de Vallombreuse étaient peu nombreux . Le monastère a été transformé en école forestière en 1869. l'Ordre vallombrosien avait été approuvé par le Pape Victor II en 1055 . Nous n’en finirions pas si nous voulions raconter tous les miracles que les biographes attribuent au fondateur de Vallombreuse. Clément X. 1850). Une fête de la translation des reliques est fixée eu 10 octobre. leur recommanda une fidélité constante à la règle et une parfaite charité fraternelle. mais il est habituellement voilé. Au début du XXe siècle. il se porte très bien et vous attend. répartis en six monastères. on conserve le Crucifix miraculeux de San Miniato . – Ses reliques. Il mourut le 12 juillet 1073 et son corps fut enseveli dans la chapelle du couvent. Dictionnaire des Ordres religieux (t. Du vivant du fondateur. et l'abbaye de Saint-Eusèbe. Paris. âgé de soixante-dix-huit ans. en 1929. près de Livourne. La majeure partie des reliques du Saint est encore à Passignano. III. qu’il s’arrêta épouvanté . à Rome. – Son culte. Cependant. il le fut de nouveau par le bienheureux Urbain II. Clément VIII (mort en 1605) donna à sa fête le rite simple . Le vénérable abbé en fit remplir les sacs qu’il avait apportés. le 18 janvier 1680. il le trouva également bien approvisionné.S. où il n’y en avait habituellement que très peu. et cependant. dont celui de Sainte-Praxède. Jean fit appeler les abbés des monastères qu'il avait fondés. – Annuaire pontifical catholique. Les deux novices obéirent et revinrent bientôt apportant deux magnifiques brochets.à ce qu’il croyait. le 6 avril 1090 . le 28 mai 1921. qui leur avait été rendue pendant la Grande Guerre. – (V. le 15 mai 1704. Une autre fois. à Florence . Mais à peine en eut-il ouvert la porte. – Migne. elle fut fermée en 1810 par les Français et ne fut rouverte aux religieux qu'en 1819.P.Retournez vers le seigneur Ubaldo . 78 . Il se trouvait alors au couvent de Passignano. III de juillet). L’abbé commanda à deux novices d’aller pêcher quelques poissons dans l’étang voisin. Jean Gualbert. le grenier était plein d’excellent froment. le rite semi-double . Mort de saint Jean Gualbert. l'écuyer d'un chevalier du voisinage accourt à la cellule de Jean Gualbert et lui annonce que son maître est à l'agonie. puis par Benoît XV. on n'en comptait guère plus d 'une soixantaine.. L'écuyer repartit en toute hâte et retrouva le chevalier plein de santé. le 21 mars 1671. Un jour. Un de ses bras est à Vallombreuse . n° 23). tomba gravement malade. lorsque le cellérier alla voir son grenier. La maladie fut assez longue. Quant à l'abbaye de Vallombreuse. Innocent XI. les bâtiments actuels n'en datent que du XVIIe siècle .

résidant à Constantinople et dans les autres pays d'Orient. tout entière adonnée au plaisir de vivre s'il faut en croire Salvien. les premières années de son règne. A Genséric succèda Hunéric. n'avait pu obtenir de Genséric la liberté d'en élire un nouveau. l'Eglise de Carthage avait perdu son évêque. et cela pour interrompre la perpétuité du gouvernement ecclésiastique et empêcher la succession de l'épiscopat. aient liberté de prêcher en telle langue qu'ils voudront. s'était emparé de Carthage en 439. arracha cette autorisation à Hunéric . Il mou rut l'année suivante. Depuis vingt-sept ans. était ainsi conçu : Le roi m'ordonne de vous apprendre ce qui suit. d'avoir des oratoires. en effet. ET LEURS 500 COMPAGNONS (-I. Telle est. était devenue la proie des Vandales.vers 505) Fête le 13 juillet. Cependant. L'intervention de l'empereur d'Orient. Le roi des Vandales. à condition que l'empereur autorise l'ordination en terre d'empire des évêques de la religion du roi (ariens). Son veuvage allait durer un quart de siècle. c'est-à-dire dans la seconde moitié du Ve siècle. la permission qu'il vous accorde pour l'Afrique. parmi les hérétiques ariens d'Afrique. privée d'évêque. Pour qui en pèse attentivement les mots. et si les ariens d'Orient ne jouissent pas de la liberté. possession romaine depuis près de six siècles. Zénon. Suivant leur désir. l'Afrique du Nord. mais le roi vandale y mit une restriction qui faillit en annuler l'effet. Élection de saint Eugène comme évêque de Carthage. Sa Majesté veut que les évêques de sa religion. A cette époque. En ce prince le fanatisme arien se mêlait à la cruauté et à la haine contre le catholicisme. lu publiquement par Witarit ou Witared. mais tout le clergé d'Afrique sans exception. Non content d'avoir inondé l'Afrique du sang des martyrs. et d'y exposer les mystères du christianisme comme ils l'entendront. Hunéric donna aux catholiques des signes d'apaisement. Sa Majesté songe à exiler chez les Maures non seulement l'évêque de Carthage qui va être élu. le document cité pouvait se résumer ainsi : les catholiques jouiront. ÉVEQUE DE CARTHAGE SALUTAIRE ET MURITTE. des mêmes droits que les ariens dans l'empire. vous choisirez tel évêque qui vous plaira. Ne valait-il pas mieux abandonner le 79 . Carthage. En 457. après un règne de trente-sept ans. les catholiques africains seront livrés aux Maures. cette permission constitue un véritable marché. Genséric. en 476. notaire royal. Genséric fit rouvrir les églises et revenir les évêques exilés.SAINTS EUGÈNE. de célébrer la messe et de faire toutes choses comme vous l'entendrez. traversant en 429 le détroit de Gibraltar et venant semer les ruines dans cette contrée. L'édit qui permettait de procéder à l'élection. Si l'empereur refuse cette liberté en Orient à ceux de notre religion. car il laissait la porte ouverte aux plus lamentables équivoques. saint Déogratias. Cette race avait dévalé comme un torrent du nord de la Gaule. On conçoit dès lors qu'un tel édit ait attristé le nombreux clergé de Carthage au lieu de le réjouir. il avait cru porter un dernier coup à la religion orthodoxe en défendant sous peine de mort d'ordonner de nouveaux évêques. l'ordonne et le mande à l'empereur par l'ambassade. son fils aîné. Sa Majesté y consent. Cependant. L'empereur Zénon et la très noble Placidie nous ont écrit par Alexandre… qu'ils souhaitaient de Nous voir accorder un évêque à l'Eglise de Carthage. dans le fond aussi farouche et aussi arien que luimême. gros de menaces .

Le fait est. Hunéric voulut contraindre tous les officiers de son palais à signer une profession de foi arienne . prit de l'extension. malgré les vexations incessantes de l'astucieux Vandale. invitaient les habitants à venir repaître leurs yeux de ce spectacle. que Dieu semblait multiplier à plaisir les ressources entre ses mains. crevaient les yeux des chrétiens qui s’y présentaient vêtus à la romaine . Avec une grande confiance. surtout un certain Cyrila. consoler et fortifier ses ouailles.gouvernement de l'Eglise au Christ. Le bon pasteur et les épreuves de l'Eglise de Carthage. souvent même la peau de la tête. Qui était cet Eugène. et l’empêcher de conquérir les ariens à la vraie foi. ils les tiraient violemment avec des crochets de fer. aussitôt les catholiques attachés à la cour par des charges ou des emplois. qui leur arrachaient les cheveux. exposés presque nus aux rayons brûlants du soleil africain. Cette infirmité suffit pour que ces barbares l'obligeassent à un travail plus pénible que celui de ses frères. Cette première persécution avait été surtout dirigée contre les simples fidèles : Hunéric n'avait pas encore osé s'attaquer aux pasteurs. dont le trône s'élevait à côté du palais épiscopal. avaient réduit la pauvre Église de Carthage . d'une charité sans limite et qui ne se réservait rien. jouissait-il encore d'une indépendance relative. le confesseur de la foi se mit en prières. privé d'évêque depuis si longtemps. furent exilés dans les plaines d'Utique. Cependant aucune des saintes martyres ne devait succomber à un pareil tourment. Des femmes. au milieu d'un enthousiasme indescriptible qui se traduisit même par des hurlements de joie. ne pouvait se servir d'une de ses mains. Aussi Eugène. et l'élection du prêtre Eugène eut lieu en 481. et soumis comme des esclaves aux rudes travaux de la campagne. La persécution d'abord concentrée dans l'intérieur de Carthage. d'après l'historien de ces temps mouvementés Victor. L’évêque repoussa ces suggestions. devenu successeur des Cyprien et des Augustin ? Rien n'a transpiré de sa première histoire. néanmoins le pieux évêque trouvait moyen de répandre parmi les indigents de si larges aumônes. qu'il se révéla immédiatement comme une personnalité hors pair. l'éternel Pasteur invisible ? Mais cette conclusion désespérée n'était pas du goût du peuple de Carthage. et nous ne saurons rien de sa famille ni de ses premières origines. placés par Hunéric à la porte des églises. Il en profitait pour visiter. devenues proverbiales. répondit-il avec une noble et sainte fierté. est ouverte à tout le monde : on ne peut pas en chasser ceux qui se présentent. précédant cette marche sanguinaire. La persécution devient générale et plus violente. depuis plusieurs années déjà. dont cet effroyable supplice avait mis le corps en lambeaux. On lui donna donc satisfaction. car il craignait que l'empereur Zénon n'usât à Constantinople des mêmes procédés à l'égard du clergé arien. étaient ensuite promenées à travers les rues de la ville. d'autres fois. On ne pourrait dire le triste état où les spoliations des Vandales. et sa main paralysée recouvra aussitôt mouvement et vie. évêque de Vite. depuis longtemps attachés au catholicisme. et qui préféraient la mort à l'apostasie. Ils croyaient circonscrire ainsi le zèle du pasteur dans le cercle des Africains. L'un d'eux. et 80 . crurent arrêter le progrès de son apostolat en lui faisant interdire par Hunéric de recevoir dans l'enceinte de son église aucun chrétien qui ne serait pas habillé à la mode vandale. pendant que les crieurs publics. Cependant les évêques ariens. Des bourreaux. « La maison de Dieu. en forme de peignes. » Ce fut le signal d’une nouvelle persécution.

prince ombrageux et cruel. était en outre incapable de renouer la chaîne sacerdotale par des ordinations. comme un tas de sauterelles. Jusque-là. il était demeuré à Carthage. C'est un long martyrologe dressé dans un esprit de foi et de charité par la plume d'un martyr. pour être déportés dans les déserts de la Mauritanie. cette fois. On aurait dit que les barbares voulaient lancer un défi à tous les sentiments d'humanité. dit encore l'évêque de Vite. Une cérémonie troublée.. Ils furent rassemblés au nombre de quatre mille neuf cent soixante-seize. il allait rendre les églises désertes par d'effroyables massacres. afin de léguer à ses fils un trône solidement affermi. les ronces croissaient librement jusque dans les églises converties en granges ou en étables. Enfin. – La conférence de Carthage. daté du 19 mai de la septième année du règne de Hunéric. Un décret de bannissement. « Les expressions me manquent. Cette malheureuse chrétienté d'Afrique. Bien résolu cette fois à s'attaquer de préférence aux évêques. Aussi le deuil et la dévastation s'étendaient-ils partout . portant des cierges et offrant leurs petits enfants à la bénédiction des confesseurs de la foi.les préparer à de nouveaux combats. Il n'était pas même permis à ces généreux martyrs de réciter tout haut une prière. Si la faiblesse ou la maladie en mettait quelques-uns dans l'impuissance de marcher. on les ensevelit dans une prison qui ressemblait plutôt à un tombeau. Sûr de lui. Héroïsme de plusieurs vierges. Malgré ces tortures. qui fut lui-même banni et persécuté. ou plutôt comme des grains d'un froment très pur. Le farouche Vandale. qu'était devenu le pilote de l'Eglise désolée de Carthage ? Par une permission visible de la Providence. La haine du roi vandale n'avait 81 . les barbares les piquaient avec la pointe de leurs javelots ou les lapidaient. D'ailleurs. aujourd'hui Lorba. décimée par tant de vides. Les catholiques se portaient en foule à leur rencontre. à Siccaveneria. il eut d'abord recours aux plus infâmes procédés. a laissé le récit des souffrances de ces généreux chrétiens. outré de dépit. Dans cette furieuse tempête. on les suspendait en l'air et qu'on leur faisait sur le corps de larges et profondes brûlures avec des lames de fer chauffées au rouge. et à Lares. il bannissait ou massacrait tous ses proches parents. pour dépeindre le spectacle vraiment tragique dont nous fûmes l'objet quand on nous livra entre les mains des Maures. il n'avait fait que des menaces contre les pasteurs . où ils allaient être soumis au plus dur esclavage. Pour donner une idée des affreuses tortures auxquelles il livra ces chrétiennes. les diacres et les catholiques restés fidèles. ce prince crut le moment venu d'établir en Afrique l'arianisme comme religion officielle sur les ruines de la foi catholique. ne dissimula plus ses desseins de vengeance. Joignez-y une chaleur dévorante qu'augmentait encore la puanteur occasionnée par tant de corps malades et mourants et par les agglomérations d'immondices qui faisaient de notre cachot une fosse de pourriture et de boue. à leur arrivée dans une ville de Mauritanie. I1 réunit les vierges consacrées à Dieu et voulut les contraindre à déposer contre l'honneur des évêques et des clercs catholiques. On nous y jetait pêle-mêle les uns sur les autres. pas une parole calomnieuse ne sortit de la bouche de ces saintes filles. Hunéric tournait alors sa fureur contre les membres de sa propre famille . ajoute le témoin de la persécution. qu'il nous suffise de dire qu'après leur avoir attaché aux pieds des poids énormes. Les muets parlants de Tipasa.. aujourd'hui Le Kef. – Exil en Mauritanie. comme à la source même du sacerdoce. L'évêque de Vite. les prêtres. fut porté contre les évêques.

Italie. pendant que les catholiques réunis dans l'église célébraient cette sainte solennité. réunissant 466 évêques. et de mon côté je préviendrai les nôtres. afin que la décision fût résolue d’après leur consentement unanime. proposait sur le ton d’un ultimatum. Il défendit en même temps à tous ses sujets de manger avec les catholiques. » Cette réponse était trop raisonnable pour plaire à Hunéric . 19 mai 483. en particulier celui de Rome. il fit saisir plusieurs évêques. ils décident quelle est la véritable foi. Convoquée sans bonne foi. frémissant de colère. pour le 1 er février 484. l'Evêque des évêques. Saint Eugène refuse d'obtempérer aux ordres d'Hunéric. le jour de l'Ascension.cependant pas désarmé. elle 82 . afin d'intimider les autres. Eugène répondit aux envoyés que si le roi souhaitait une conférence sur la religion. La veille. Les catholiques avaient choisi dix de leurs prélats pour prendre la parole . un groupe de barbares pénétra dans l’enceinte et présenta à Eugène un nouveau décret du roi. il vous suffit d'écrire à vos amis (les autres princes ariens) de laisser venir leurs évêques. – Il n'est pas nécessaire que vous soyez leur maître répliqua le prélat au barbare. Ainsi. en envoya quelques-uns en exil et condamna les autres à être frappés de verges par les licteurs . à la suite de cette flagellation. ce qui montre combien l'Eglise africaine était florissante aux premiers siècles. « Fais-moi monarque de tout l’univers. Cependant la conférence s'ouvrit à Carthage au jour indiqué. Gaule et Espagne. un des plus savants du clergé. une conférence entre les catholiques et les ariens de Carthage. il serait bon de réunir les évêques d’autres pays. Une profession de foi explicite fut rédigée . afin qu'étant tous assemblés. on ne voulut point les entendre. Ces vexations n'étaient pas de nature à favoriser la concorde et la paix. et je t'accorderai ce que tu demandes. repartit durement Hunéric. cette assemblée ne fut qu'une nouvelle occasion pour Hunéric de renouveler la persécution. plusieurs subirent la peine capitale. Celui-ci. le roi vandale avait fait arrêter et disparaître le saint évêque Latus.

et appliquant aux catholiques. Les fidèles qui demeurèrent constants dans leur foi étaient livrés aux plus cruels supplices. et qui parle avec une facilité et une éloquence merveilleuses : aussi est-il l'objet d'une grande vénération à la cour de l'empereur Zénon. essaya de ressaisir le crédit populaire qui lui échappait. Victor de Vite dit qu'un ulcère affreux s'étendit sur les membres inférieurs du corps. daté de Carthage. ajoute Victor de Vite. – Mort d'Hunéric. C'est la seconde que nous possédons. nommé Réparatus. où on espérait le voir succomber aux mauvais traitements. leurs biens confisqués et les évêques et les clercs déférés aux tribunaux. mais ces héroïques martyrs gardèrent miraculeusement l'usage de la parole. découvrit au XVIIIe siècle. L'horreur d'un tel spectacle fit trembler ses sectateurs mêmes. et les autres dogmes attaqués par l'arianisme. pendant que les catholiques réunis dans une maison particulière célébraient les saints mystères. Exil de saint Eugène. mais Dieu lui conserva la vie. Cependant la main de Dieu sembla s'appesantir sur les persécuteurs. Cet édit était applicable. où on les employait à couper le bois pour la construction des navires. qui fut longtemps le collaborateur de Mabillon. il déchira ses propres chairs avec ses dents. le 13 83 . qui fut de ces confesseurs de la foi. dans la bibliothèque de l'abbaye de Saint-Germain des Prés. dans sa frénésie. Cet homme orgueilleux et barbare le retint longtemps prisonnier dans une caverne humide.contenait la doctrine orthodoxe sur l'unité de substance et la trinité des Personnes divines. qu'il s'achemine à Constantinople . nommé Antoine. Le savant Bénédictin Dom Ruinart. selon la menace faite précédemment.) A Tipasa. Le roi vandale répondit brutalement par un édit. C'est ainsi que les prélats ariens se faisaient eux-mêmes persécuteurs et bourreaux. la nécessité. Tous ceux qui avaient pris part à la conférence de Carthage furent jetés sur des vaisseaux et transportés dans l’île de Corse. Toutes les églises catholiques furent fermées. un manuscrit écrit en caractères mérovingiens. établi sans aucun doute par un personnage cultivé. et il mourut dans des souffrances atroces. 25 février. une horde de barbares pénétra dans l'enceinte et coupa la langue jusqu'à la racine à tous les membres de ce pieux troupeau . et les habitants traînés en exil. Ils parcouraient les campagnes à la tête de soldats armés. Si quelqu'un doute de ce prodige. Saint Grégoire de Tours ajoute que. d'employer le terme de « consubstantiel ». Enfin. Fin momentanée de la persécution. (Darras. il y trouvera un sous-diacre. Eugène fut déporté dans un désert voisin de Tripoli. Cependant Eugène n'avait pas été compris dans ce premier bannissement : Hunéric n'avait pas encore assez dépeuplé le troupeau de Carthage pour s’attaquer librement à son premier pasteur. Elle est digne de figurer dans l'histoire du dogme de Nicée à côté des magistrales professions d'un saint Athanase et d'un saint Hilaire de Poitiers. rebaptisant tous ceux qu'ils pouvaient arrêter sur les grands chemins et multipliant partout les victimes de leur fureur. et confié à la surveillance tyrannique d'un évêque arien. disant que cette profession de foi fut envoyé en double exemplaire aux évêques ariens et au roi. à Paris. les mêmes peines qui avaient été infligées en Orient aux hérétiques. saint Isidore de Séville écrit que les entrailles lui sortirent du corps. chef des ariens sentant qu'il devenait 1'objet de l'exécration publique. à partir du 1er juin suivant. Une maladie effroyable consumait lentement le corps d'Hunéric. des vers sans cesse renaissants le dévoraient tout vivant. C'est alors que l'impie Cyrila. la divinité du Saint-Esprit. Des villes entières furent dépeuplées.

mais ni les séductions ni les persécutions ne corrompent la foi. ainsi que celles de saint Amarand ou Amaranthe. au nombre d'environ cinq cents. son fils. Guntamond. et on la montrait au doigt comme un exemple redoutable de la vengeance divine. Il fut enseveli dans le monastère qu'il avait fait bâtir à Vioux. Personne n'osait l'approcher. fut plutôt celle d'un âne mort que celle d'un homme. Alaric II régnait sur le midi de la Gaule. mit fin à la persécution et rappela les exilés. il suivit la grande voie romaine qui menait en Gaule et s'établit à Albi auprès du tombeau du saint martyr Amaranthe. sous Hunéric. fit transporter dans sa cathédrale les réliques du saint évêque de Carthage. Trasamund espère séduire les catholiques en leur promettant des charges. l'Afrique voit bientôt la persécution contre les catholiques se renouveler par les ordres de Trasamund qui venait de succéder à Guntamond (496). ou Viance. évêque d'Albi. Par ailleurs. Ses reliques. qui honora le premier territoire d'Albi par son martyre.décembre 484. il y avait beaucoup d'enfants qui servaient comme lecteurs . Parmi eux. de l'argent ou des faveurs. Le système qu'il adopte contre ses sujets orthodoxes ne consiste plus en violences ouvertes. qui professait l'arianisme comme les Vandales. En 1404. Persécution de Trasamund. Cependant. ou même davantage ». une Exposition de la foi catholique . le roi vandale l'envoya prendre par ses satellites. Sa sépulture. Les plus célèbres étaient l'archidiacre. sinon de le faire périr. C'est sur ce sol hospitalier que le vaillant athlète de la foi vit la fin de ses glorieux travaux. on 484. et après avoir en vain essayé d'ébranler sa constance par la vue des supplices. et une Discussion avec les ariens dont il ne reste que des fragments. il le fit déporter probablement en Sardaigne. au IIIe siècle. des dignités. Les artifices de ce tyran sont aussi impuissants que l'avait été la rigueur des persécutions contre les fidèles de Carthage. après être débarqué en Italie pour des raisons que nous ignorons. Et le texte se poursuit en ces termes : Durant la persécution des Vandales. alors pacifié. Au souvenir de saint Eugène. car Albi était alors du royaume wisigoth. On croit à Albi qu'il est mort le 6 septembre. qui ont eu à souffrir persécution pour demeurer fidèles aux enseignements de l'Eglise. après un court intervalle de paix. comme en témoigne la lettre du pape saint Symmaque écrivant « aux déportés de Sardaigne et autres îles ». Outré de dépit. ajoute Victor de Vite. dans les Gaules. près d'Albi. Cette version est peu vraisemblable. le Martyrologe Romain associe celui de « tous les clercs de son Eglise. Le tombeau du grand évêque devint bientôt célèbre par les miracles qui s'y produisirent. car le vigilant pasteur veille toujours sur son troupeau. il est possible qu'Eugène ait habité en Corse où une vieille tradition veut le voir. – Mort de saint Eugène. et 84 . Louis d'Amboise. roi arien. Nous avons de saint Eugène une Exhortation aux fidèles de Carthage . le 13 juillet 505. nommé Salutaire. Cependant. et les ariens n'eussent pas manqué de le molester. tous souffrirent ensuite avec joie les rigueurs d'un cruel exil. ils endurèrent les fouets et la faim. Il faut donc abandonner la tradition qui fixerait son exil à Albi. une Apologie de la foi. en supplices barbares. elles ne font que la purifier. Une cohorte de cinq cents martyrs. en exécutions sanglantes. Tous les Martyrologes parlent d'Eugène au 13 juillet.

– Acta Sanctorum. naquit à Bagnorea. en Toscane. le second des officiers de cette Eglise. qui resta.. n° 388. Sources consultées. 1867). lorsqu'il fut attaqué d'un mal si dangereux que les médecins perdirent bientôt tout espoir. confessant le Christ pour la troisième fois. qui.Muritte. eurent tous deux la gloire d'avoir persévéré constamment dans leur office. Sa mère résolut de le sauver en obtenant un miracle. Saint François parcourait alors les campagnes de l'Ombrie. si célèbre dans l'Eglise sous le nom de saint Bonaventure.S. 1904). elle promit en retour de le consacrer à Dieu dans l'Ordre que le Poverello achevait de fonder. – H. A cette 85 .) SAINT BONAVENTURE Frère Mineur. t. en 1221. Docteur de l'Église (1221-1274) Fête le 14 juillet. Celui-ci prit l'enfant dans ses bras. Saint Eugène (Marseille. III de juillet (Paris et Rome. entrevoyant les mystérieuses destinées qui lui étaient réservées dans l'Eglise. L'enfant entrait à peine dans sa quatrième année. cardinal et évêque. – Abbé Baudoin. II (Paris.P. 1909). Jean de Fidanza.Leclercq. Quand l'enfant fut en âge de le comprendre.B. Louis Petit. semant les prodiges sous ses pas . il s'écria : 0 buona ventura ! Oh ! la bonne rencontre ! » D'où le nom de Bonaventure. – (V. elle courut se jeter à ses pieds implorant avec larmes la guérison de son fils . et. l’Afrique chrétienne. le guérit. t. sa mère lui révéla le vœu qu'elle avait fait.

disait-il. Le service des malades était le plus doux objet de ses soins. où il fut confié aux soins du célèbre Alexandre de Halès. Il entra dans l'Ordre des Frères Mineurs. Mais avant de lui permettre l'entrée du couvent. et l'Ecole retentit de ses louanges. tels étaient les sujets de sa première éloquence. il vint aux pieds de l'évêque recevoir l'onction sacrée. l'Eglise met sur les lèvres des prêtres après la sainte messe. Mais Bonaventure savait qu'il avait reçu l'onction sacerdotale surtout pour les autres. « C'est un candide Israélite. C'est pourquoi il voulut tout de suite commencer à travailler à la vigne du père de famille. Cependant Bonaventure avait atteint sa dix-septième année. Son cœur enflammé du tendre amour de Jésus-Christ semblait passer jusque dans ceux qui le voyaient à l'autel. qui n'était du reste que la prolongation de sa fervente oraison. Bonaventure passa sans interruption et avec le plus prodigieux succès des épines de la philosophie à tort ce que la théologie a de plus grand et de plus profond. le vice dépouillé de ses artifices et. L'invocation de l'Esprit-Saint commençait toujours son étude. il leur rendait tous les services. Nous avons un gage de ces tendres effusions dans son oraison : Transfige me. Dans l'Ordre des Frères Mineurs. Son humilité et son innocence n'y souffrirent aucune atteinte.cultés. 86 . et la profession combla tous ses vœux. car il se lia bientôt avec Bonaventure d'une étroite amitié. Il ne parlait de l'Eucharistie qu'avec de vifs transports. la vertu mise dans un jour aimable. A la vue d'un religieux de si grande vertu. qui semble n'avoir pas même été souillé de la tache originelle. qui sembla faire revivre celle de saint Basile et de saint Grégoire de Nazianze à Athènes. les supérieurs voulurent l'élever au sacerdoce. il tressaillit de joie. Mais il ne cherchait à acquérir des connaissances que pour mieux comprendre ses devoirs. La lumière de l'étude servait à le faire marcher plus sûrement dans la voie des Saints et à le rapprocher davantage de Dieu. Celui-ci reconnut sur-le-champ l'innocence qui resplendissait dans son disciple. Il fut bientôt à même de résoudre avec une exacte précision les plus embarrassantes diffi. probablement vers 1242. les dangers du siècle manifestés. Sans écouter ni délicatesse ni répugnance naturelle. avec l'énergie et l'onction qui le caractérisèrent toujours. C'était au pied du Crucifix qu'il puisait cet héroïque dévouement. Les vérités de la religion clairement exposées. L'auguste ministère des autels fut dès lors la préoccupation exclusive de son cœur. Il le fit sans peine. Déjà la charité consumait son cœur. Ses supérieurs remarquèrent bientôt les heureuses dispositions et les qualités éminentes du jeune profès. Aussi ils se déterminèrent.nouvelle. malgré de réels dangers. Tous deux couraient plus qu'ils ne marchaient dans la carrière des sciences et de la vertu. on l'envoya dans les plus célèbres Universités d'Italie. Il fut d'abord chargé d'annoncer la parole de Dieu. le « Docteur irréfragable ». Vertus de l'étudiant. Les ardeurs de sa charité devinrent encore plus brûlantes pendant le Saint Sacrifice. » C'est à cette même époque qu'il faut faire remonter l'arrivée aussi de saint Thomas d'Aquin aux écoles de Paris. à l'envoyer à l'Université de Paris. et malgré les saintes frayeurs de son humilité. Le moment était venu de quitter la vie facile du siècle pour l'austérité du cloître. présenté sous toutes les couleurs qui peuvent le rendre odieux. Son noviciat se passa dans une ferveur croissante. Bonaventure crut que Dieu parlait par leur bouche.

l'Ordre des Frères Mineurs souffrait de dissensions intestines. âgé de trente-trois ans. Bonaventure comme celui qui était le mieux en état de diriger l'Ordre séraphique. et comme il appartient aux Saints de pénétrer les Saints. Le Pape Alexandre IV gémissait le premier de cette triste situation. et qu'en portant dans les esprits la lumière de la science. Il lui demanda dans quels livres il puisait cette profonde doctrine que l'on admirait si justement en lui. c'est dans ces plaies sacrées que je puise mes lumières. avec celle de saint Thomas. malgré ses larmes et ses supplications.Saint Bonaventure Docteur. produites en grande partie par les soupçons d'hérésie que plusieurs nourrissaient à l'endroit du Ministre général. Des travaux si nombreux ne l'empêchaient pas cependant de prendre une part active à la lutte tristement célèbre. Ministre général de son Ordre. Il y expliqua Pierre Lombard. à l'abbaye de Longchamp. Il commençait la preuve de ses questions par l'Ecriture Sainte. C'était en 1254. Là encore il se retrouva aux côtés de Thomas. et pour y mettre un terme. il passait ensuite aux autorités des Pères et il y joignait des raisons dont l'attrait inconnu produisait toujours une conviction entière. Thomas d'Aquin vint un jour le visiter. il portait dans les cœurs les feux de l'amour divin. avec tant d'abondance et de netteté qu'on l'aurait plutôt pris pour l'auteur que pour l'un de ses interprètes. qu'il en faisait également usage et qu'il n'y trouvait pas les mêmes richesses. De si précieuses qualités lui valurent toute la confiance du roi saint Louis IX. était reçue comme la plus saine et la plus salutaire . » Aussi sa doctrine. D'où les tirait-il ? Il va nous l'apprendre lui-même. avec une aimable candeur. Cette désignation fut accueillie par d'unanimes applaudissements. il ne pouvait se méprendre sur les connaissances surnaturelles de Bonaventure. Ce pieux monarque l'appelait souvent à sa table et l'admettait dans ses conseils. C'est pourquoi ses supérieurs lui donnèrent une chaire dans les écoles de l'Ordre. Bonaventure savait toujours. et Bonaventure. Le Général s'y démit de ses fonctions. aider son royal ami. le « Maître des sentences ». à Rome. La plus grande charité unie à une force et à une éloquence entraînante préside à ces écrits. Mais son ami lui ayant répondu qu'il avait aussi ces mêmes livres. et lorsque Jean de La Rochelle quitta sa chaire publique. il ordonna la tenue d'un Chapitre général qui eut lieu le 2 février 1257. Le peuple chrétien avait donc trouvé dans ce jeune prêtre un apôtre. Le nouveau Général quitta aussitôt Paris pour se rendre à Rome où sa présence était très nécessaire et s'appliqua immédiatement à calmer les esprits. dut accepter le fardeau. que certains esprits malfaisants avaient engagée contre les Ordres mendiants. Une douceur sans faiblesse. Sans hésiter il nomma le Fr. ses Frères le prièrent de se choisir luimême un successeur. Le Pape la confirma. 87 . près Paris. Ses Frères avaient le droit de chercher en lui un Docteur. fut appelé à lui succéder. dans le couvent de l'Ara Caeli. Bonaventure lui montra quelques volumes qu'il lisait assez souvent. pour réfuter les funestes et perfides attaques de Guillaume de SaintAmour et de maître Girard. Jean de Parme. Mais son nom en eut bientôt franchi les limites. Par déférence. et c'est à juste titre qu'on l'appela le « Docteur séraphique ». Pendant que l'illustre Docteur brillait ainsi au sein de l'Université. alors Bonaventure montra un crucifix qui était sur sa table et dit : « Voici l'unique source de ma doctrine . II écrivit deux opuscules : l'Apologie des pauvres et la Pauvreté de Jésus-Christ. à la Sorbonne. C'est à la prière de celui-ci qu'il mitigea la règle de sainte Claire pour les filles de la Cour qui voulaient se donner à Dieu dans le cloître. parce que ses leçons avaient autant d'onction que de force. Bonaventure.

s'appliqua plus que jamais à les guider dans la voie des Saints. Thomas d’Aquin était venu un jour lui rendre visite. A Paris. Il visita sur sa route tous les couvents soumis à son autorité. Après cet événement. et il en donna des preuves non équivoques au commencement de son généralat. des discours pleins d'onction et de force. l'humble religieux accourt. il se rendit à Assise et aux divers endroits où saint François avait vécu. Sa vie y fut une extase continuelle. il mena de front les devoirs de sa charge et les études particulières. Il y recueillit tous les renseignements de la bouche même de ceux qui avaient été témoins des merveilles opérées par le saint fondateur. il passa au mont Alverne. A cette nouvelle. les vertus et les privilèges dont Marie fut favorisée. qui se produisit le 23 octobre 1257. Ainsi dans son Miroir de la Vierge. Le Souverain Pontife désirait le revêtir de quelque dignité ecclésiastique pour lui donner plus d'autorité. on invita les deux Saints à venir recevoir le bonnet de Docteur. C'est en cette ville que furent composées plusieurs de ses ouvrages. lui et son Ordre. en Angleterre. au sein de l'Université. 88 . et la porte de la chambre étant entrouverte. et se retira en disant : « Laissons un Saint travailler à la vie d'un Saint. Ses écrits respirent l'amour le plus pur et la confiance la plus absolue en cette bonne Mère. du reste. Avant de quitter l'Italie. tout rempli des effusions d'un cœur tendre et respectueux. il l'en nomma archevêque le 24 novembre 1265. rendu à l'amour de ses enfants. Il composa aussi en son honneur un petit Office. Clément IV. Grâce à cette sage conduite.une fermeté sans aigreur. ne trouva personne qui fût plus capable de gouverner cette Eglise que Bonaventure. Thomas devra se rendre. La paix et le calme avaient succédé aux agitations. Sans le consulter. Thomas y était plus étranger. bien qu'à regret et Bonaventure. telles furent ses armes pour exciter les lâches. Aussi. et montra partout qu'il n'était devenu le maître de tous. et il nous en laisse entrevoir la sublimité dans le livre qu'il écrivit aussitôt après : Itinéraire pour aller à Dieu. sous la spéciale protection de Marie. l'archevêché d'York. ranimer les tièdes et soutenir les fervents. Pénétré d'admiration et de respect. plus peut-être encore par ses exemples que par ses paroles. où il donna aux Constitutions de l'Ordre leur forme définitive et où il se chargea d'écrire la Vie du séraphique saint François. il le supplie avec larmes de ne pas charger ses débiles épaules d'un aussi pesant fardeau. il tint son premier Chapitre général. se jeter aux genoux du Pape . En gage de réconciliation. à Narbonne. Bonaventure triomphait ainsi de son ami et de lui-même. et élevé de terre. qui avait succédé à Urbain IV. la sérénité revint bientôt dans tous les esprits. Immédiatement après son élection. de lire cet admirable travail pour sentir que l'auteur était rempli des vertus qu'il exalte. Saint Bonaventure avait une tendre dévotion envers la Mère de Dieu. hors de lui-même. Il y met tant d'instances que Clément IV finit par céder. Et de retour à Paris. On y voit encore la pierre qui lui servait d'oreiller. Saint Thomas et lui avaient réfuté les ennemis des religieux. il s'était placé. et malgré ses protestations. Bonaventure avait fait dans les écoles mêmes de l'Université tous les exercices requis pour le grade qu'on allait lui conférer . Qui des deux sera couronné le premier ? L'humilité de Bonaventure lèvera le doute. Toute sa vie. il l'aperçut tout ravi. De là. il se consacra à sa noble tâche avec une ardeur incroyable. il décrit merveilleusement les grâces. il ne voulut pas le troubler. et il lui fut possible de reprendre le chemin de Paris. » Dévot serviteur de Marie. en 1261. ayant fait une partie de ses études à Cologne. étant venu à vaquer. tout effrayé. qu'afin de donner plus parfaitement l'exemple de l'humilité et de la charité. afin de vivre pendant quelque temps dans un petit oratoire où son bienheureux Père avait reçu l'impression des Stigmates. En 1260. II suffit. il travailla à étendre son culte. il se retira à Nantes pour y goûter la paix de la solitude.

et partageant 89 . Arrivé à Paris. Il leur demanda la permission de continuer ce qu'il avait commencé. pour l'union des Grecs et des Latins. Mais celui-ci. A peine avait-il achevé cet ouvrage qu'il reçut un bref de Rome. En même temps. sans oser abandonner leurs respectables hôtes. le chapeau de cardinal qu'il ne pouvait décemment recevoir de leurs mains. Ceux-ci le trouvèrent dans le couvent des Franciscains de Mugelio. il leur demanda lequel des deux exercices devait être plus sagement renvoyé .L'humilité la plus grande présidait à toute sa vie. L'Eglise tout entière souffrait de cette absence de pasteur. et les pria de suspendre à une branche d'un arbre. avec plusieurs de ses frères. et pour que son humilité ne put opposer de nouveaux obstacles. près de Florence. Le nouvel élu prit le nom de Grégoire X. dont rien ne pouvait distraire la vigilance. craignant qu'il ne la poussât jusqu'à vouloir l'élever aux dignités ecclésiastiques. le Collège des cardinaux. La joie était si grande dans tout le couvent que les religieux laissèrent passer l'heure à laquelle ils récitaient ordinairement les Complies. une partie de l'hostie consacrée se détacha miraculeusement de la main du prêtre. avec la richesse d'une exposition sentencieuse. et vint se déposer sur ses lèvres. À la mort de Clément IV. indécis et irrésolu. et c'est là que Bonaventure lui fut présenté. les insignes du cardinalat. Les deux légats accédèrent à son désir et s'éloignèrent. et. originaire de Plaisance. et aussitôt après leur départ. où l'on trouve. A peine était on à table que le Général. sur la réponse négative qu'on lui fit. ne pouvait lui donner un successeur. toute la pénétration d’une subtile scolastique. il députait deux légats qui devaient le rencontrer en route et lui remettre. il reprit ses travaux. le Pape était arrivé à Florence. au nom du Pape. et lui promit de le sacrer lui-même. on se rendit au réfectoire. il s'était abstenu pendant quelque temps de célébrer. et c'est alors qu'il composa son Hexaméron (Sermons sur les six jours de la Création). Dans le cours de cet entretien. le nouveau cardinal reçut aussi l'ordre de se préparer à parler au Concile général réuni à Lyon. Il réussit à faire tomber le choix des cardinaux sur le pieux Théobald. en 1268. Préoccupé des devoirs que lui imposait le cardinalat. Frappé de sa profonde indignité. était occupé. de monter aux cieux. mais le moment était venu. et pendant les jours qui suivirent son élection et sa consécration. à laver la vaisselle. Mais un matin qu'il entendait la messe et qu'il méditait sur la Passion de Jésus-Christ. Saint Thomas y avait été appelé de son côté. Pendant ce temps. Cette situation se prolongeait depuis déjà deux ans et dix mois quand Bonaventure entreprit d'y mettre un terme. daté du 3 juin 1273. qui recherchait toujours les plus bas offices. Cardinal évêque d'Albano. s'occupa de savoir si l'on avait récité Complies . tout proche. arrêtant le repas. dans lequel Grégoire X le nommait évêque d'Albano et cardinal . et leur rendre les honneurs dus à leur rang. ajournant l'office après le repas. il honora Bonaventure des marques d'une amitié tout à fait spéciale. Cette faveur remplit son âme de délices toutes célestes. puis alla les rejoindre. Bonaventure acheva son humble travail. Grégoire X l'exhorta à porter vaillamment sa nouvelle charge comme un prince de l'Eglise. L'arrivée des deux délégués pontificaux ne le troubla nullement. le Souverain Pontife lui donnait l'ordre d'accepter et de partir immédiatement pour Rome. il conduisit lui-même les religieux au chœur. pour celui qu'on a appelé l'Ange de l'école. Au Concile de Lyon. Le Général. Ceux-ci ne les quittèrent que vers le soir. s'empressa de quitter l'Italie. dont l'élection eut lieu le 1er septembre 1271.

La singulière dévotion qu'il avait toujours eue pour l'adorable Sacrement de nos autels lui faisait vivement souhaiter de le recevoir . et. où il avait été enterré. abjurèrent le schisme. Tous les vœux de Bonaventure étaient comblés . par Sixte IV. L'abattement du corps était complet. à Bagnorea. le 14 mars. A la messe. au nom de l'empereur. et. mais son âme restait en paix. qu'elle pénétra la poitrine. » La justesse de l'application et les charmes de son éloquence gagnèrent tous les cœurs. Du reste. et reconnurent. et se prémunir contre leurs subtilités. à l'âge de cinquante-trois ans. le témoignage de Grégoire X suffit à lui seul pour montrer ce qu'était Bonaventure : « Cecidit columna christianitalis : une colonne de la chrétienté est tombée ». au bout de peu de temps. il recueillit toutes ses forces. après le chant du Credo. au début de juillet. attacha fixement ses yeux sur ce Pain des anges. Bonaventure se livra à un labeur opiniâtre . A l'arrivée des ambassadeurs grecs. qui apprit beaucoup plus des révélations divines que de son propre travail. le 14 mars 1587. car elle perdait en lui un de ses plus beaux ornements . Mais le mal grandissait. un Docteur incomparable. et. dans l'église des Frères Mineurs. Dès qu'il l'eut aperçu. librement et sans restriction. Il en dirigea les assemblées préliminaires. il voulut revoir encore son BienAimé. A peine l'Hostie sainte avait-elle touché le cœur brûlant de ce séraphin terrestre. – Son culte. le 7 mai 1274. dans une paix inaltérable. la primauté du Pape. après avoir joui un instant de la récompense sur la terre. et prépara toutes les matières qu'on devait traiter. que l'ouvrier du Seigneur put contempler un moment les admirables fruits de sa parole. Les reliques du Saint furent conservées longtemps à Lyon. sa douceur et sa force d'argumentation les subjugua. Jérusalem : monte sur un lieu élevé. Du reste. et comme l'âme même du Concile. On n'a plus du Saint qu'un bras que l'on conserve. il fut en état de se montrer l'organe de la foi. depuis l'Orient jusqu'à l'Occident. il émigra vers Dieu. les Grecs. et ils se soumirent à tout ce qui leur fut proposé. acceptèrent la profession de foi de l'Eglise romaine. détruire leurs objections. Il assista à l’ouverture du Concile. 90 . en effet. Pour satisfaire ce pieux désir. Après cette divine faveur. et il fallut bientôt constater que l'espoir n'était plus permis. le 14 avril 1482. après le Pape. Sixte-Quint le mit au rang des Docteurs. sa ville natale. s'écria le Pape au cours de la dernière session du Concile. regarde du côté de l'Orient. il dut d'abord conférer avec eux. il ne lui restait plus qu'à aller recevoir celle du ciel. et vois tous tes enfants rassemblés. Mais tant de travaux avaient fini par attaquer une santé jusque-là très robuste. les huguenots brûlèrent une partie de ces précieuses reliques. il se priva. Bonaventure fut canonisé. de cette consolation divine afin de se dédommager. Par une sorte de miracle. le 15 juillet 1274. et. sur ce texte : « Lèvetoi. Cependant Bonaventure ne voulut point y prendre garde. et dans les dans les transports d’une foi et d'une tendresse sans bornes conjura le prêtre d'approcher de lui cet Agneau de Dieu.toutes les vues du Pape. Mort de saint Bonaventure. en quelque sorte. Ce mot était bien le résumé d'une vie tout entière employée à défendre et à faire aimer l'Eglise. il adressa la parole aux Pères. En 1434. depuis 1434. elles furent transférées dans une autre église de la ville nouvellement bâtie et dédiée à saint François. En 1562. Bonaventure put encore se soutenir jusqu'après la quatrième session du Concile. mais à cause du vomissement continuel dont il souffrait. A la grande Révolution elles disparurent tout à fait. par respect. Il convenait. et de le poser sur sa poitrine. laissant une marque sensible de son passage. et qui sut traduire sa science dans un langage enflammé d'amour. on apporta dans sa chambre le saint ciboire. L'Eglise entière le pleura. réunis au nombre de cinq cents.

. de porter ombrage à Othon II. Henri vit le jour le 6 mai 973. les biographes des Saints.S.P. Saint Bonaventure (Collection La Pensée chrétienne). que leur nombre. Saint Bonaventure (Collection Les Saints). les littérateurs et les philosophes de marque. Au contact quotidien avec les auteurs sacrés. saint Henri est le treizième des vingt rois inscrits par l'Eglise au Martyrologe Romain. Du point de vue chronologique. Palhoriès. Gisèle. fille d'un roi de Bourgogne. si faible qu'il paraisse. Eusèbe Clop. probablement à Ratisbonne. Mais. n° 233). Léopold De Chérancé. le jeune Henri ne risquerait pas. Ainsi dirigé officiellement vers la carrière religieuse.B. SAINT HENRI Roi et Empereur (973-1024) Fête le 15 juillet. comme l'observe finement un de ses biographes. – P. ce sens des choses 91 . – (V. eut à se préoccuper de bonne heure de l'éducation de son fils.atteignait à peine sa deuxième année quand son père fut jeté en prison par ordre de son puissant cousin. R. pensait-elle. l'abbé Lesêtre. le futur empereur commença d'acquérir ce tour d'esprit. Il était le premier-né d'Henri II le Querelleur. Sources consultées.A. en Saxe. – G. est encore un titre de gloire pour l'humanité. Sa mère. et promit de le vouer à la vie des Chanoines réguliers. duc de Bavière et cousin de l'empereur Othon II. car celui-ci. – P. Pour désarmer le courroux du monarque. elle mena l'enfant au monastère d’Hildesheim. A l'ombre du cloître. Saint Bonaventure. telles ont été pour ces hommes les difficultés à surmonter afin de devenir des saints dans la place qu'ils occupaient.

un compromis intervint enfin le 30 janvier 1018 entre les deux rois : en échange de la Lusace. roi de Germanie. Henri avait vingt-deux ans quand les seigneurs de Bavière le désignèrent pour succéder comme duc de Bavière. Cette trop vaste agglomération manquait de l'homogénéité nécessaire pour durer. les cinq frères de sa femme remplissaient le palais d'intrigues. qui se plaisait à le nommer son « très cher cousin » et son « aimable duc ». Ainsi que devait le déclarer Eugène III. Othon III mourait sans postérité à Paterno. qui venait de succéder à Othon II. Dès l'année 1003. le chef redoutable des Polonais. de Souabe. cette largeur et cette modération d'idées qui lui seront plus tard d'un si grand secours dans le gouvernement des hommes. mort le 28 août 995. s'efforçant d'apaiser la turbulence des féodaux. elle s'accomplit avec d'autant moins de difficulté que la tendance à reconnaître les droits héréditaires s'accusait de plus en plus dans un pays où jusqu'alors toutes les dignités. Henri III de Bavière se montra seigneur loyal et dévoué. âgé seulement de vingt et un ans. mais l'un d'eux. où le roi Arduin d'Ivrée cherchait à soulever contre l'empire le sentiment national. comte de Luxembourg. Le duc de Bavière Henri III devenait ainsi Henri II. Boleslas renonçait à la couronne germanique. C'est pourquoi ses parents le confièrent à saint Wolfgang. Après trois guerres indécises. Le 23 janvier 1002. A son propre foyer. quelques provinces de l'Italie et de la France. de Franconie. impatiente du joug commun. Dans une Diète tenue à Werla. les Pays-Bas. fut assassiné. dans la Bulle de canonisation. Hermann.de l'Eglise. L'empereur Othon III. dans le duché que son père avait gouverné et à la tête duquel on espérait bien malgré tout le voir lui même un jour. fille de Siegfried. Le défunt avait tout fait pour préparer cette élection . En même temps qu'il faisait face à l'ennemi de l'Est. Henri avait à se défendre au Sud. Henri se fit élire. Enfin. cédant aux instances de son peuple. l'assemblée reconnut qu'Henri devait régner « avec l'aide du Christ et en vertu de son droit héréditaire ». l'Italie et surtout la Pologne constituaient de grosses menaces. Le duc de Bavière. outre les cinq duchés de Saxe. sacrer et couronner le dimanche 7 juin 1002. l'Allemagne. Au sein de l'empire s'agitait une féodalité orgueilleuse. autorisaient le duc de Bavière à briguer la succession de l'empereur défunt. au moins en droit. Henri II. le nouveau duc. Sa royauté fut reconnue au cours des mois suivants. leur union fut sanctifiée par une chasteté conservée intacte jusqu'à la mort. Pendant les sept années qu'il gouverna son duché. Ils furent de courte durée. étaient électives. Il importait toutefois à la popularité du jeune prince que son éducation s'achevât en Bavière. ratifia sans peine le choix de la noblesse bavaroise. en 1002. Aussi le nouveau monarque fut-il constamment aux prises avec les difficultés. de Bavière et de Lorraine. La nécessité de le 92 . Sa royale descendance comme aussi la faveur marquée d'un bon nombre de seigneurs influents. toujours prête à la révolte et parfois à la trahison. était désavantagé par son grand âge . Le roi de Germanie. à son père. comprenait encore la Belgique. la lutte s'engagea entre l'Allemagne et Boleslas Chobry. à Mayence. A l'avènement d'Henri II. Ces rivaux essayèrent de lui opposer d'autres Diètes. Eckhard de Meissen. Les rapports les plus cordiaux existaient entre lui et Othon III. Il accompagna l'empereur en 996 et en 998 dans ses deux expéditions en Italie. Vers cette époque. presque toute la Suisse. Il rencontra une épouse digne de lui dans la personne de sainte Cunégonde. contracta mariage. brutale. près de Capoue. duc de Souabe. Un autre. religieux Bénédictin devenu évêque de Ratisbonne. en 1145.

ces ambitieux avaient habilement combiné le plan d'une répartition des diocèses qui arracherait à l'archevêque de Mayence la suprématie sur les régions frontières de la Bohême. Les intrigues des seigneurs soutenus par ses propres beaux-frères et plusieurs autres membres de sa famille étaient pour le roi de Germanie une source de soucis. un saint religieux. D'autre part. si bien que les moines se plaignirent qu'il employât à son usage les biens du monastère et leur refusât à eux-mêmes le nécessaire. à la vue de tant de biens. dans l'œuvre de la réforme monastique. mais sans être soustrait à la juridiction de la métropole de Mayence. l'abbé signifia aux religieux qu'il venait pour appliquer à la rigueur la règle de saint Benoît. finit par apaiser le prélat. et aussi pour « détruire le paganisme des Slaves ». au nord de Fulda. Lui-même. en 1004. et l'on peut dire. « Ce n'est pas un monastère qu'on me donne. Par ses brutalités et ses maladresses. Au cours de ses pérégrinations. les plus intimes relations avec les grands réformateurs de son époque. Ce qui se fit à Hersfeld se renouvela dans beaucoup d'autres monastères. avait mécontenté ses sujets italiens qui commençaient à tourner les yeux vers le monarque allemand . Henri s'était proposé le règne de Dieu sur la terre. qui fut placé sous la protection directe du Saint-Siège. la simplicité monastique fut remise en honneur et bientôt à Hersfeld refleurit dans toute son austérité la règle bénédictine. en particulier avec saint Odilon. Bernard. les intérêts de l'Eglise et ceux de l'Etat. en 1017. En prince imbu de l'esprit chrétien. sans tarder. Quelques vieillards et quelques jeunes moines demeurèrent seuls. Un de ses premiers actes fut de doter de nombreux monastères en Bavière et d'en fonder de nouveaux. Odilon fut la tête. L'empereur d'Allemagne. par des combinaisons sagement étudiées. Pour déjouer ces calculs. avec mission d'y introduire la réforme. Godehard. Par amour de la popularité. les trésors amassés furent distribués aux pauvres. appela aussitôt à Hersfeld. sous l'impulsion du pieux souverain. C'est qu'à cette époque l'Ordre monastique se présentait comme un organisme merveilleusement adapté à l'œuvre de la civilisation. Henri. sa politique chercha toujours à concilier. abbé de Cluny. que « si. il reçut à Pavie la couronne de Lombardie. soit encore que ses domaines intercalés entre ceux des grands vassaux du royaume empêchassent les seigneurs d'acquérir une prépondérance territoriale menaçante pour le souverain . Au cours de la première. le roi négocia avec le Pape Jean XIX l'érection de l'évêché de Bamberg (1006). Les moines fugitifs revinrent peu à peu. le prélude d'un morcellement de l’empire à leur profit. soit enfin parce que chaque centre monastique constituait un foyer exemplaire de prière et d'étude. se retira avec sa suite dans une demeure bâtie sur la montagne. Ils se comprenaient merveilleusement l'un l'autre. Henri aimait à séjourner dans les couvents au milieu des moines. Arduin d'Ivrée. laissait ses moines vivre à leur guise. La désertion du grand nombre ne découragea ni Henri ni Godehard. à qui la plainte fut adressée. qui entretenait. mais que la porte restait ouvert à ceux qui ne se sentaient pas le courage de s'y soumettre.combattre et aussi de repousser les Sarrasins et les Grecs obligea le monarque allemand à trois expéditions en Italie. mais ne craignait pas d'intervenir hardiment pour faire cesser les abus. sous prétexte de santé. 93 . D'accord avec l'évêque de Wurtzbourg. se serait écrié le nouveau venu. la concession du titre et de la puissance de duc à l'évêque de Wurtzbourg. Fidèle à cet idéal. soit qu'il assurât le bien-être des populations par le travail. Lesêtre. Cette mesure n'était pas seulement la ruine de l'œuvre de saint Boniface : elle était dans l'esprit de ses auteurs. abbé du monastère de Hersfeld. Il y vivait fort largement. c'est un royaume ! » Puis. Il s'édifiait de la régularité des bons. écrit M. en qualité d'Abbé. le prétendu « roi national ». en Allemagne Henri fut le bras droit ».

Sur sa réponse affirmative. le roi se rendit avec son épouse Cunégonde à la basilique de Saint-Pierre. pendant que Benoît VIII reprenait possession de la ville et des palais apostoliques. abandonnèrent leur créature et attendirent en silence les événements. se voyant perdu. entouré d'un nombreux cortège de prélats. vous me donnez une excellente leçon en me montrant par ce symbole de mon empire. Henri reçut le présent avec joie. tenant un globe d'or. le nouvel empereur délivra au Pape une charte de privilèges. encore aux mains des Byzantins. à la fin de 1013. » Et le globe d'or prit la route de Cluny. les duchés de Spolète et de Bénévent. les partisans de Grégoire jugèrent leur cause désespérée. Mantoue. et que le nouvel élu. s'il consentait à être le zélé patron et défenseur de l’Eglise romaine et s’il promettait fidélité en toutes choses à lui et à ses successeurs. Arduin. il ajouta : « Personne n'est plus digne de posséder un tel présent que ceux qui. eut son rapide contre-coup dans la péninsule. A Rome. s'appliquent à suivre la croix de Jésus-Christ. enrichi de pierres précieuses et surmonté d'une croix. renonça à la couronne pour se retirer ensuite dans un monastère. Une autre clause stipulait que « tout le clergé et toute la noblesse de Rome s’engageraient par serment à ne procéder à l’élection des Papes qu’en observant les règles canoniques. L'apparition de l'armée allemande en Italie. Il lui garantissait la Toscane. à conserver les droits de tous ». loin de l'éclat du monde. Le matin de ce jour. la Vénétie. et même éventuellement les territoires de Naples et de Gaëte. Le Pape l'attendait sur les marches du péristyle. » Puis retournant le globe à plusieurs reprises. A l’occasion de son couronnement. Le couronnement eut lieu le 14 février 1014. se porta à sa rencontre. l'examina et dit au Pape : « Saint Père. Le Pape. en présence des envoyés de l’empereur ou en présence de tout le peuple. qu’elle fut placée sur l’autel du Prince des apôtres. s’engagerait lui-même. puis couronné solennellement avec l’impératrice Cunégonde. où il lui posa les questions accoutumées. une occasion favorable. 94 . l’Istrie. ce que vous m'avez fait préparer là est très expressif . d'après quels principes j'ai à gouverner. Henri fut introduit dans la basilique et sacré empereur. symbole du pouvoir que le souverain devait exercer sur le monde en loyal soldat du Christ. Le roi y arriva à son tour dans les premiers jours de février.mais celui-ci attendait pour intervenir à coup sûr. Il fit aussitôt don de sa couronne. Elle lui fut fournie en 1012 par l'élection de Benoît VIII en faveur duquel Henri II se prononça contre l'antipape Grégoire dont il rendit l'usurpation éphémère. Parme. avant d’être sacré.

C'était. avec le roi de France Robert le Pieux. près Sedan. évêque de Worms. envahit plusieurs villes de la Pouille qui relevaient du Saint-Siège et il ne dissimulait point son intention de rétablir 95 . obéissant aux ordres de son maître. les difficultés de l'élection pontificale. avait besoin du bras séculier. Celui-ci. en somme. comme à Zurich en 1005. Toutefois. cette tutelle impériale exercée sur l'Eglise lui réservait les plus graves périls. depuis le plus humble jusqu'au plus puissant. en particulier à l'observation da la Trêve de Dieu. ne se démentit pas un instant pendant toute la durée de leur commun gouvernement. pour entrer dans les cœurs. proclamé le principe et qui. La bonne entente. dont le Concile de Poitiers avait. en cette période de troubles et d'anarchie. à Mersebourg en 1012. au nom de l'obéissance de remonter sur le trône. Burkhard. Ils convinrent qu'un Concile général serait demandé au Pape pour remédier aux abus. ainsi scellée entre Benoît VIII et Henri II. proclamant la paix locale. Les quelques villes de la Basse-Italie demeurées sous sa domination étaient administrées par un gouverneur. Elle leur permit de travailler efficacement au bien de la chrétienté. qu'ils ne seraient point complices de brigandages ». où tous. Dès les premières années du XIe siècle. C'est également le désir de réaliser la pensée pontificale d'une paix universelle qui détermina Henri II à se rencontrer à Mouzon. Contre ceux qui s'opposèrent au mouvement. Beaucoup de seigneurs et d'évêques suivirent cet exemple. on vit Henri II parcourir les provinces d'Allemagne. en l'an 1000. Landfrieden. car les empereurs d'Allemagne s'en réclamèrent ensuite pour justifier leurs interventions intolérables dans les affaires de la Papauté.L'Abbé du monastère de Saint-Vanne. les 10 et 11 août 1023. publia un édit de paix afin de soumettre ses sujets « riches et pauvres » à la même loi. lui ordonne. l'empereur n'hésita pas à sévir et à dépouiller même des margraves de leur charge. Ensemble les deux monarques y étudièrent les moyens de remédier aux maux de la chrétienté. la confirmation d'un droit reconnu par serment à Louis le Débonnaire par Eugène II (824-827) et qu'expliquaient. L'empereur grec de Constantinople conservait encore une certaine prétention d'autorité sur les Etats pontificaux. dans les grandes assemblées. jurèrent « qu'ils maintiendraient la paix. qui a reçu saint Henri au nombre de ses religieux.

suivant la règle et l'exemple de Jésus-Christ ? . en Lorraine. Sa santé avait toujours été chancelante. Mais pour assurer d'une manière plus durable l'indépendance de l'italie. conclut Richard. connaissait son goût de la vie monastique. non loin de Goslar. . touchait à sa fin. dès ce moment je vous reçois au nombre de mes religieux. Henri ne tarda pas à manifester le désir de quitter la vie séculière pour devenir moine. Il s'agissait de repousser la domination byzantine. répond Henri. les soucis de toute nature et surtout son dernier séjour en Italie minèrent ses forces. prince de Normandie. si de votre côté vous promettez de suivre. que. il devint évident que sa fin approchait. La couronne éternelle. qui accompagnait le souverain. étonné. J'accepte la responsabilité du salut de votre âme. et je vous ordonne. Le Pape envoya contre lui. par votre vigilance et votre fermeté à rendre la justice. Abbé de ce monastère. Henri leur enleva toutes les places qu'ils avaient conservées jusqu'alors et en fit don au Saint-Siège . Benoît VIII passa les Alpes et vint exposer à l'empereur l'état des affaires.l'influence byzantine dans toute l'étendue de la péninsule. qui força les Grecs à se retirer de la Pouille. L'entrevue eut lieu à Bamberg (avril 1020). Il assembla sa communauté et pria l'empereur de s'expliquer devant tous ses religieux. il se remit aux affaires et ce fut sa perte. ces paroles du psalmiste : « Voici le lieu de mon repos pour toujours. l'empereur quittait Augsbourg pour une troisième expédition dans l'Italie qu'avaient envahie à nouveau les Grecs. en entrant dans le cloître.Et moi. La mort le terrassa dans l'exercice des devoirs de sa charge. il trouva un expédient pour satisfaire la piété du prince sans nuire à l'État. et lui promit de voler à la défense du Saint-Siège dès qu'il le verrait menacé dans ses droits. .Voulez-vous. le salut de vos sujets. pour se consacrer au service de Dieu dans le monastère où il se trouvait. Il avertit l'Abbé de ce qui allait probablement se passer. après avoir ainsi pacifié la péninsule. Par son fondateur. et continua de faire briller sur le trône les vertus qu'il eût voulu ensevelir dans la solitude.Je le veux. Diverses questions de discipline furent également examinées relativement à la réforme du clergé. Cette fois. Au commencement de 1024. c'est là que j'habiterai. . il se soumit pourtant. Saint Henri renouvela donc au Pape ses engagements de fidélité.Je veux donc. Henri protesta qu’il avait résolu de quitter les vanités du siècle. ses nombreuses campagnes. le 13 juillet 1024. en vue du Seigneur. en vertu de la sainte obéissance. . Raoul. Richard comprit que la vocation de l'impérial visiteur n'était pas celle d'un pauvre et modeste religieux . autant qu'il dépendra de vous. hostile à l'Eglise et ennemie de son unité. Henri le Grand. regretta sans doute de ne pouvoir secouer le joug qui pesait sur ses épaules . En effet. reprend l'Abbé. dans le séjour de mon choix. » Haimon. Je veux que vous procuriez. pratiquer l’obéissance jusqu'à la mort. venait de restaurer Richard. il songea à retourner dans ses Etats. si remplie de saintes œuvres. Un jour qu'Henri visitait les bâtiments de l'abbaye de Saint-Vanne. Un repos de trois mois à Bamberg lui ayant procuré quelque soulagement. de reprendre le gouvernement de l'empire confié à vos soins par la Providence divine. puis. évêque de Verdun. elle avait puissamment travaillé à 96 . Des questions de la plus haute importance y furent examinées tant au point de vue social qu'au point de vue religieux. leur défaite fut complète. Dans le milieu de novembre 1021. au château de Grona. II s'arrêta quelque temps au Mont-Cassin. où il régla avec le Pape diverses affaires concernant l'administration de la célèbre abbaye. il proféra. Cependant sa vie. dit l'Abbé. tout ce que je vous ordonnerai. Avec lui s'éteignait la maison de Saxe. L'empereur.Je jure de vous obéir ponctuellement en tout ce que vous me commanderez. Ses voyages incessants.

Ce tombeau. alors vous êtes un digne auditeur (de la parole de Dieu). vous avez admiré les merveilles de la lumière. le 4 décembre 1923. le crâne de sainte Cunégonde. Sources consultées. La Chrétienté.S. Le tombeau porte cette inscription : « Aux saints Henri et Cunégonde.grouper autour d'elle les peuples germaniques . la sainteté du souverain. le 12 mars 1146. n° 85. fut rétabli en son lieu primitif en 1833. Saint Henri (Collection Les Saints). est gardé dans le trésor de la cathédrale. (Homélies sur l’Hexaemeron. avec différents objets leur ayant appartenu. dans la sérénité des nuits. associés dans une impériale et virginale union. H. Saint Basile. défenseurs. –Abbé Fernand Mourret. pendant le jour. déplacé en 1658. a amplifié le culte de saint Henri en élevant sa fête au rite double pour toute l'Allemagne. par une soigneuse méditation. le Pape Eugène III fit instruire le procès de canonisation et proclama. » Le Pape Pie XI. principalement le crâne et le fémur de saint Henri. monté des choses visibles jusqu'aux invisibles. contemplant d'un œil attentif l'inénarrable beauté des astres. IV. Un peu plus d'un siècle après sa mort.) …………. – (V. et. patrons de cette église. – Abbé Henri Lesêtre. Henri le Saint. t.B.) 97 . Ce qui reste de leurs ossements à Bamberg. PAROLES DES SAINTS _________ L'amour de Dieu. elle avait noblement servi l’Eglise. Si jamais. par son dernier représentant. Histoire générale de l'Eglise. Des deux époux il ne conserve plus aujourd'hui qu'un peu de poussière. IV. vous avez pensé au Créateur de l'univers qui a semé le ciel de fleurs brillantes et donné aux choses une utilité plus grande encore que leur beauté . ou si..L.P. Au milieu de la nef centrale de la cathédrale de Bamberg se dresse encore le monument élevé à la mémoire de l'empereur Henri et de l'impératrice sainte Cunégonde. fondateurs.

apanage de sa famille. patronne de Condé. mais qui étaient plutôt des Frisons. localité du Brabant située entre Hal. sa patrie. souche de cette famille bénie. des bandes de barbares. vers le milieu du VIIe siècle. Aux qualités qui font une princesse accomplie. Reynelde. Devenue orpheline à un âge assez tendre.SAINTE REYNELDE Vierge. Dagobert 1 er et Sigebert II. et ses compagnons. et c'est aux pieds du divin Maître. le Ponthieu et la Picardie. Reinilde ou Rinilde. C'est de la main de ces idolâtres que la noble vierge sainte Reynelde. elle joignait une tendre dévotion pour notre Sauveur. mais telle n'était point la 98 .680). qu'elle allait puiser cet esprit de douceur et de fermeté qu'elle déployait dans toutes ses actions. Dans les dernières années du VIIe siècle. et jusque dans la Morinie. était la nièce. le Brabant. Elle était fille du bienheureux Witger et de sainte Amalberge ou Amélie. reçut la couronne du martyre. auxquels les peuples effrayés ont donné le nom de Huns. Amalberge. Renelle. Fête le 16 juillet. naquit. du bienheureux Pépin de Landen qui fut maire du palais d’Austrasie sous le règne des rois Clotaire II. qui est le centre d'un pèlerinage marial très célèbre en Belgique. à Condé ou peut-être à Saintes. Elle eût bien désiré passer sa vie dans le saint état de virginité . Amalberge se suffit à elle-même dans l'administration de ses domaines de Saintes. et Enghien. encore appelée Ernelle. martyrs en Brabant (. se jetèrent sur les provinces du nord des Gaules et causèrent de grands ravages dans le Hainaut. Une famille de Saints.

tous décorés de l'auréole des élus furent les fruits de cette sainte union . 99 . à qui elle rendait même plus de services qu'elle n’en recevait. Gudule et Reynelde. qu'elle édifia encore par une longue vie. afin de se préparer tranquillement à la mort et de ne plus s’occuper que de la grande affaire de leur salut. Les deux sœurs. Pieuse enfance. par la pratique des bonnes œuvres. à savoir Venant et Gengoux . gouverna ce diocèse de 693 à 713 . Cette façon de faire était fréquente à ces époques de foi profonde et de vie parfaitement chrétienne.volonté de Dieu qui l'avait choisie pour donner au monde une génération entière de Saints. elle parlait sans cesse avec un sentiment de bonheur qui se trahissait dans ses traits et qui pénétrait le cœur de tous ceux qui l'entendaient. les malades. sa virginité et toute son existence. Dans sa demeure. Du Maître divin. Witger. et dont la fête se célèbre le 8 janvier. Plus tard. et enseveli dans l'église de Sainte-Marie. Lorsqu'elle fut arrivée à l'âge de l'adolescence. alla s’enfermer à l’abbaye bénédictine de Lobbes. à qui elle voulait consacrer ses biens. C’était alors la manière de « prendre sa retraite ». dans quelque monastère. succédant à saint Vin dicien sur le siège de Cambrai et d'Arras. qui remplissait à la cour des fonctions importantes et dont les vertus déjà grandes s'augmentèrent encore sous l'action de l'ange que Dieu lui donnait pour compagne. elle soulageait les pauvres. Son corps fut transporté au monastère de Lobbes. les veilles et les prières faisaient ses délices . après avoir reçu le voile des mains de saint Aubert. enfin viennent quatre filles les saintes Ermentrude. après avoir réglé ses affaires temporelles et disposé de ses biens. Le bienheureux Pépin. Reynelde et Gudule ou Goule. donnant ainsi au monde un admirable exemple d’abnégation. cette dernière patronne de la religieuse Belgique. elle se vit recherchée. Quant à Amalberge. comme on dit de nos jours. la paix et surtout la confiance en Dieu. par plusieurs jeunes seigneurs dont chacun ambitionnait d'avoir pour épouse une personne si accomplie. quelques personnes sages s’essayent à l’imiter. Reynelde donna de grandes espérances qui devaient pleinement se réaliser. désormais maîtresses d'elles-mêmes et héritières d'un vaste domaine. son oncle. virent leurs enfants disposés à entrer dans la carrière sacerdotale ou religieuse. à cause de sa naissance et de ses brillantes qualités. Aussi ses parents l'environnaient-ils de leurs soins et de leur sollicitude. Sa présence rappelait partout la joie. Reynelde sut décliner avec prudence toutes ces prétentions et déclara ouvertement qu'elle ne vivrait que pour Dieu. où il termina ses jours. qui. et aujourd’hui encore. Déjà même elle se préparait à l'accomplissement de ce généreux sacrifice. Dès ses premières années. noble seigneur du pays. déjà avancés en âge. en effet. ce sont saint Emebert ou Aldebert. d’un consentement mutuel. afin de faire croître dans son cœur les germes de vertu que Dieu y avait déposés. ils songèrent eux-mêmes à se retirer. deux autres Saints sont souvent désignés comme ses frères. la fiança au comte Witger. elle mourut en l'an 690. on la voyait toujours soumise aux volontés de ses parents. comme elle l'avait demandé. Pharaïlde. qui fut évêque de Cambrai de 633 à 668. appelé aussi Hildebert. elle se retira au monastère de Maubeuge. consacrée tout entière à la prière et aux œuvres de pénitence . les infirmes et leur procurait tous les secours qui étaient en son pouvoir. Les jeûnes. Ces saints époux sont tous deux honorés par l'Eglise le 10 juillet. Cinq ou peut-être sept enfants. lorsque Amalberge et son mari. pleine de douceur et d'affabilité envers les serviteurs. auprès de celui de son mari.

Mais. marchait pieds nus. elles font d'abord le vœu de virginité entre les mains de saint Aubert. au milieu de la troisième nuit. C'est pourquoi certains auteurs ont pu la considérer comme une moniale bénédictine. les cloches retentissent tout à coup comme un éclat de tonnerre et ébranlent les murs du couvent. Pour toute récompense. mais Reynelde. où leur père était mort peu auparavant. puis. et m'a lui-même introduite dans ce temple. sur le seuil de l'abbaye. un tremblement de terre ! Dans leur épouvante. se prosterne à son tour devant l'Abbé et le supplie d'accepter. répondit Reynelde. Pèlerinage en Terre Sainte. prosternée sur le sol. les religieux effrayés quittent leur dortoir : . l'offrande de ses domaines de Saintes avec leurs dépendances. dans les œuvres de pénitence et de miséricorde. Ainsi s'écoula. toute confuse de l'honneur dont elle est l'objet. et. sur le conseil de ce saint directeur. les portes de l'église s'ouvrent d'elles-mêmes devant elle . où bientôt elle devait gouverner un nombreux essaim de vierges sacrées. toute entrée dans ce lieu était interdite aux femmes. Et il est bien probable que les manifestations diaboliques dont la vie de Gudule nous offre le récit ne furent point épargnées à Reynelde. dit le cardinal Pitra. C'était une belle aube qui annonçait un plus beau jour encore. ils se réfugient à l'église. malgré mes péchés.Pendant trois jours. couchait sur la cendre. Qui sont ceux qui volent comme les nues et courent à leurs nids comme des colombes ? » Entrée miraculeuse dans une église. Après de vaines prières.n'aspiraient plus qu'à vivre dans la retraite. Elles frappent longtemps à la porte. Or. elle demeura pendant trois jours et trois nuits. cette jeune fille qu'ils avaient jusqu'ici impitoyablement repoussée ! Après un moment de silence. Gudule se retire dans la solitude de Moorsel. à la coupe enivrante du monde dont la surface ne cache trop souvent. pour l'honneur de Dieu et de saint Pierre. et pour toute nourriture. mais la règle de saint Benoît était formelle . la première partie de la vie des deux saintes sœurs. les moines reconnaissent une véritable servante du Christ et se jettent à ses pieds . elles n'hésitent plus à rompre définitivement avec le siècle et décident de faire à Dieu le sacrifice de leurs biens en les consacrant aux bonnes œuvres. elle sollicite humblement une bénédiction ainsi que la faveur d'avoir part aux prières et aux mérites des moines. Sa sœur ne menait pas une vie moins admirable. hélas ! qu'un poison mortel. Pendant tout ce temps. les séductions du monde et les tentatives du démon ne cessèrent de harceler les deux saintes filles pour les faire renoncer à la voie austère qu'elles suivaient. pleine de confiance en Dieu qui sans doute lui inspirait cette résolution. éprouvant leur vocation par toutes les rigueurs de la vie religieuse. prononcés avec une grande humilité. 100 . loin de profiter de leurs richesses. Après quoi les deux sœurs prennent un commun essor « comme deux oiseaux s'envolent ensemble vers le ciel. vous avez refusé l'entrée de ce lieu à une pécheresse comme moi . A ces mots. Sa sœur fut plus persévérante . se contentait d'un peu de pain d'orge trempé dans de l'eau. elles s'étudiaient à faire de leur château un monastère anticipé. Afin d'éviter les filets toujours tendus sur le chemin du monde. mais Celui qui commande aux éléments a daigné me manifester sa puissance. et quelle n'est pas leur surprise de trouver. Elles se dirigent vers l'abbaye de Sainte-Pierre de Lobbes. devant une image du Sauveur. patron du monastère. sur les rives de la Meuse. elles avaient préféré l'une et l'autre le calice plein du vin qui fait germer les vierges. semblables à ceux dont il est écrit .Un tremblement de terre ! s'écrient-ils. Réveillés par cet étrange bruit. Reynelde portait continuellement le cilice. ne cessant de prier le Seigneur d'exaucer ses prières et de lui faire connaître sa sainte volonté. tant pour la nourriture et le vêtement que pour le coucher. l'Abbé s'avise enfin de lui demander la raison de cet étrange incident : .

mettant le reste à feu et à sang. qu'elle employa à enrichir l'église du martyr saint Quentin. avec deux imitateurs de son courage. accompagnée seulement d'un serviteur et d'une servante d'une vertu éprouvée. Reynelde. elle accompagna l'Agneau immolé pour le salut du monde dans les principales stations de son sacrifice. Reynelde. les tribus sauvages. les habitants cherchent un refuge dans les cavernes. à Saintes. où elle désirait avoir sa sépulture. dans les forêts et derrière les remparts des châteaux forts. du bois de la vraie Croix et d'un vêtement de la Sainte Vierge. et en profitait pour attirer les âmes à lui et faire fleurir partout autour d’elle les vertus chrétiennes. allait devenir la proie des barbares. la pieuse princesse ne se doutait peut-être pas que le trésor de l’église Saint-Quentin. Reynelde continua la vie édifiante et mortifiée qu'elle avait menée jusqu'alors. se précipitent comme un torrent sur la Gaule-Belgique. – Martyre de sainte Reynelde. Rentrée au milieu des siens.Après s'être ainsi dépouillée. Tandis qu’elle se livrait ainsi à l’exercice de toutes sortes de bonnes œuvres. Pendant sept ans. Les différentes particularités de ce lointain voyage ne sont point connues . on voit seulement qu'à son retour la princesse remporta un grand nombre de reliques précieuses. Tous les habitants de la contrée l'appelaient « la Sainte » et lui témoignaient le respect profond dont son éminente piété les pénétrait. se confiant en Dieu entre les mains de qui elle remet son sort. entre autres un morceau du Saint Sépulcre. un clerc appelé Grimoald ou Grimold et un serviteur du nom de Gondulphe. prit la route de Jérusalem. reste dans l’église de Saintes. L'humble vierge rapportait fidèlement à Dieu ces hommages. 101 . L’invasion. amassé au prix de tant de fatigues. franchissant la lisière de leurs épaisses forêts de Pannonie (Hongrie). En l’an 680. A l’approche du danger. dans le désir de vénérer la montagne du Calvaire et tous les endroits sanctifiés par la présence du Sauveur et l'effusion de son sang. pillant tout ce qu’ils peuvent emporter.

Sainte Reneylde, accompagnée de sa servante,
arrive en vue de Jérusalem.

Là, les bras en croix et prosternée humblement devant l'autel du martyr saint Quentin, elle
demandait à Jésus-Christ la grâce de répandre pour lui son sang, comme il avait daigné répandre le
sien pour le salut des hommes. Les barbares arrivent bientôt dans le village abandonné ils se
dirigent vers l'église. Semblables à des bêtes féroces avides de sang, ils se ruent par troupe sur les
trois innocents gardiens de ce sanctuaire, qui s'offraient en holocauste pour le peuple entier.
Grimoald a la tête tranchée ; par un raffinement inexplicable de barbarie, les païens enfoncent
trois gros clous dans la tête de Gondulphe ; quant à Reynelde, elle est saisie par les cheveux,
traînée sur le pavé du sanctuaire dans le sang de ses deux héroïques compagnons, et, après avoir
subi mille outrages, elle a la tête tranchée, le 16 juillet. A la suite de cette scène horrible, les
idolâtres essayent de mettre le feu à l'église ; mais les flammes, arrêtées par le sang des martyrs
comme par une rosée bienfaisante, s'éteignent aussitôt.
Les barbares s'efforcent de les raviver, ces tentatives demeurent inutiles. Lorsqu'ils eurent
ravagé tout le pays, ils retournèrent vers les côtes de la Frise, et les habitants de Saintes qui avaient
survécu rentrèrent dans leur village incendié et pillé. Ils retrouvèrent les restes sanglants des trois
martyrs, et les enterrèrent dans l'église avec tous les honneurs dus à des corps saints.
Culte et reliques.
De nombreuses guérisons ont été obtenues au tombeau de sainte Reynelde et les ex-voto
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multipliés rappellent le souvenir des bienfaits de la vierge martyre. Il y eut plusieurs (élévations)
ou translations solennelles de son corps : la première fut faite en 866 par saint Jean, évêque de
Cambrai, dans le diocèse de qui se trouvait l'église de Saintes ; ce prélat était assisté de l'évêque de
Liège et de celui de Noyon, le titulaire de ce dernier siège étant à la fois – les choses durèrent ainsi
jusqu'en 1146 – évêque de Tournai. En même temps qu'avait lieu cette élévation, les reliques
étaient déposées dans une châsse d'argent ; on peut croire que ce reliquaire fut volé par les pillards
normands, s'il est vrai qu'au XIe siècle, entre 1076 et 1085, sous l'épiscopat de Gérard, on ait placé
les reliques dans une nouvelle châsse, également d'argent.
En 1170, l'Abbé de Saint-Pierre de Lobbes, de qui relevait sans doute alors le lieu de la
sépulture de Reynelde, exposa solennellement les reliques de la Sainte à la vénération du peuple ;
on lui attribue aussi leur translation dans une châsse plus précieuse. En 1352, Pierre, également
Abbé de Lobbes, procéda à une « visite » officielle. En 1621, ce fut le tour de François Vander
Burch, archevêque de Cambrai.
Le culte de sainte Reynelde a été de tout temps célèbre dans le Brabant, le Hainaut et surtout
dans le village de Saintes, témoin de son martyre. La dévotion amène souvent des foules de
pèlerins auprès de ses reliques, particulièrement le jour de sa fête, 16 juillet, où les habitants des
villages voisins, suspendant leurs travaux, accourent à Saintes pour remplir leurs devoirs religieux.
Le dimanche de la Trinité a lieu une procession solennelle dans laquelle les châsses de la vierge
martyrisée et les châsses un peu plus petites, de ses compagnons, les saints Grimoald et
Gondulphe, sont portées triomphalement sur un char.
La châsse de sainte Reynelde est en cuivre doré et d'un très beau travail. Des deux côtés on
voit douze petites statuettes en argent qui représentent douze apôtres. La sainte patronne occupe
seule une des faces de la châsse et l'image de la Mère de Dieu, la face opposée. La statue de sainte
Reynelde est aussi en argent et haute de 30 centimètres environ : la Vierge est représentée en
costume de pèlerine, un bourdon dans la main gauche et une palme dans la main droite.
Les Souverains Pontifes ont accordé des indulgences aux fidèles qui viendraient honorer la
Sainte, et une confrérie, établie par les habitants de Saintes et des lieux avoisinants, attire sur toute
la contrée les bénédictions du ciel en aidant ses membres à se maintenir et à progresser dans la
vertu. A Saintes et aux alentours, on invoque particulièrement sainte Reynelde pour la guérison des
ulcères et des blessures, et l'on se sert, à cet effet, de l'eau d'une fontaine située à environ 500
mètres de l'église de Saintes et qui porte le nom de fontaine Sainte-Reynelde.
La martyre est la patronne de Maeseyck, petite ville du Limbourg belge, sur la Meuse. A
Condé on désigne encore l'endroit où se trouvait le château quelle avait habité. De toutes parts on
vient prier la Sainte devant sa statue placée dans l'église, et l'on va puiser au puits de SainteReynelde une eau qui a, dit-on, opérée souvent des guérisons remarquables. Ce puit est situé
aujourd'hui dans le vaste enclos de l'arsenal ; il est entouré de murailles à hauteur d'appui et
entretenu avec soin et respect. L'église de Condé possède aussi un très ancien reliquaire sur lequel
on lit l'invocation suivante : « Sainte Reynelde, native de Condé, priez pour nous. »
On représente sainte Reynelde traînée par les cheveux, puis décapitée par les barbares ; ou
encore, ayant à ses côtés l'épée, caractéristique de son martyre ; enfin, dans un groupe avec sa
mère, sainte Amalberge, et sa sœur sainte Gudule.
Reynelde, Grimoald et Gondulphe ont toujours été honorés dans l'Ordre de saint Benoît
comme s'ils avaient appartenu à cette famille religieuse. Ils figurent au Martyrologe romain au 16
juillet.
L.P.

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Sources consultées. – Acta Sanctorum, t. IV de juillet (Paris et Rome, 1868). – Mgr P. Guérin, Les
Petits Bollandistes. – Abbé Destombes, Vies des Saints des diocèses de Cambrai et d'Arras. – (V. S. B. P.,
n° 463.)

…………..

PAROLES DES SAINTS
___________
Le ciel.
Pourquoi vous rabaissez-vous vers la terre, puisque vous avez été transporté au ciel en la
personne d'Enoch, enlevé sur un chariot de feu en la personne d'Elie, ravi dans le paradis où vous
conversez avec les anges en la personne de saint Paul, revêtu des ailes de la colombe que vous
avez obtenues en la personne de David, afin de pouvoir voler ; et pardessus tout cela, élevé en la
personne du Christ et rendu capable de prendre le vol vers le ciel à la faveur de l'esprit ? Car le
Saint-Esprit, en descendant du ciel en forme de colombe, vous a donné des ailes pour apprendre à
vous élever de la terre.
Saint Ambroise.
(Sur le psaume CXXXVIII.)

Le pain du ciel.
Le Christ est le Pain qui est descendu du ciel, mais le pain qui ranime et qui ne manque pas ; le
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pain qui peut être reçu, mais qui ne peut être épuisé.
La manne symbolisait ce pain. C'est de là qu'il est dit : Il leur a donné le pain du ciel ; l'homme
a mangé le Pain des anges. Le Christ est le Pain du ciel ; mais pour que l'homme mange le Pain des
anges, le Seigneur des anges s'est fait homme. Car, il ne s'était pas fait homme, tu ne posséderais
pas sa chair, et ne pourrais manger le pain de l’autel.
Saint Augustin.
La pensée de la mort.
Quiconque a un vrai désir de servir Notre-Seigneur et de fuir le péché ne doit nullement se
tourmenter de la pensée de la mort ni des jugements divins, car, encore que l'un et l'autre soient à
craindre, néanmoins la crainte ne doit pas être de ce naturel terrible et effroyable qui abat et
déprime la vigueur et la force de l'esprit ; au contraire, elle doit être tellement mêlée avec la
confiance en la bonté de Dieu que par ce moyen elle en devienne douce.
Saint François de Sales.
(Lettres, 1. V, 27.)

SAINT ALEXIS.
Confesseur (t vers 412)
Fête le 17 juillet.

Plusieurs documents latins nous présentent, avec des variantes d'intérêt secondaire, une
relation assez longue de la vie de saint Alexis. Cette relation latine, rédigée à Rome vers le Xe
siècle, probablement par les moines qui desservaient l'église Saint-Boniface, apparaît comme la
traduction un peu remaniée d'une légende ou biographie en langue grecque composée plus d'un
siècle auparavant par un auteur inconnu. A son tour, cette biographie grecque est dans une
dépendance fort étroite d'une part avec un récit syriaque du Ve siècle, postérieur à la mort de Rabboula, évêque d'Edesse ou Orfa en Mésopotamie (~ 435) ; d'autre part avec les Actes du moine
saint Jean Calibyte qui vécut, comme saint Alexis, plusieurs années dans la maison paternelle,
inconnu de ses parents jusqu'au moment du décès. Le récit syriaque et les Actes du moine acémète
ont dû très probablement inspirer, dans une mesure qu'il est difficile de préciser, le rédacteur grec
de l'histoire de saint Alexis, parue au début du moyen âge. Plusieurs parties de son œuvre sont
considérées comme discutables historiquement.
Famille de saint Alexis.

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Au jour fixé. De Rome jusqu'à Edesse. Ce dernier se réjouissait fort d'avoir ainsi assuré le bonheur de son enfant en même temps que la continuation de sa race et des traditions chrétiennes de sa famille. Alexis dut accepter la décision prise par son père. Puis. Sous une inspiration que la grâce fait descendre en son âme. le monde avec ses gloires et ses honneurs devait lui sourire. Quand Alexis eut atteint l'âge nubile. Alexis se prêta à tout. L'enfant si ardemment désiré reçut au baptême le nom d'Alexis et fut élevé dans la piété la plus fervente. Au lieu de conduire sa fiancée dans le somptueux appartement qui lui était destiné.Selon l'historien grec. le jeune homme quitta cette nuit-là même et secrètement la maison de ses parents pour commencer dans les souffrances et la pauvreté volontaires sa vie de pèlerin. à cette époque. A cet effet. on lui donna l'éducation exigée par la haute situation que sa famille occupait. Ils avaient. la célébration du mariage. Évitant avec soin tout ce qui pouvait le faire reconnaître des messagers envoyés ici et là par ses parents éplorés. et dans une fervente prière demande à Dieu de lui faire connaître sa volonté. A l'âge voulu. d'après l'usage de l'époque. gage d'alliance. le jeune homme semblait tout naturellement destiné à des emplois ou à des charges élevés. Alexis dut probablement se hâter de quitter Rome pour gagner le port d'Ostie d'où il pouvait. Ils lui proposèrent une jeune fille chrétienne et alliée elle aussi à la maison impériale. Alexis naquit à Rome dans la seconde moitié du IVe siècle. le réservait à une gloire plus solide que celles de la terre. Pour s'éloigner encore davantage de sa 106 . Malgré ses répugnances pour l'état de mariage. il déposa. arriver en Égypte ou en Syrie. on commença avec un éclat extraordinaire les diverses cérémonies ou formalités que comportait. Il le prédestinait à être pour le monde un signe éclatant de contradiction en lui accordant le don sans pareil de la pauvreté volontaire. il renouvelle la promesse déjà formulée de n'appartenir ici-bas qu'à Jésus-Christ seul et de l'imiter dans son humilité et sa pauvreté. délivré de l'hymen comme d'une servitude. surtout celles des martyrs. Héritier d'une fortune immense. mendiant le pain nécessaire à son existence. le sénateur Euphémien et Aglaé sa femme. l'avaient demandé au ciel par de longues et ferventes supplications. il visitait longuement les églises. par bateau. Afin de se soustraire plus rapidement et. dans la chambre de la jeune fille la bague d'or. et ses parents. Il était fils unique. ses parents cherchèrent à lui faire contracter un mariage en rapport avec sa condition et son brillant avenir. Alexis se sépare des assistants. plus sûrement aux recherches que ses parents ne manqueraient pas de faire. une fortune considérable. par des aumônes versées abondamment dans le sein des pauvres. apparenté par certains de ses aïeux au prince qui gouvernait alors l'empire romain. Mais au soir de cette journée de fête. le jeune homme hésita. Il consacre son corps et son âme à Dieu et entend rester vierge. On ne connaît pas l'itinéraire suivi par le pieux pèlerin. en effet. au moment d'accomplir la démarche qui devait clore et rendre définitif pour toujours le contrat commencé. qui ne l'avait accordé qu'aux larmes et aux prières de ses pieux parents. Mais Dieu. Alexis devait faire connaître à sa fiancée la décision qu'il venait de prendre sous le regard de Dieu. rompait le mariage non encore définitivement conclu. dont la remise faite à cette heure. Commencement et fin d'une fête de mariage.

Alexis quitta tout à coup Edesse. Mendiant dans la maison paternelle. I1 ne voulut pas qu'on empêchât celui qui arrivait sous un accoutrement vraiment misérable de demeurer dans sa maison et le jour et la nuit. C'est dans cette ville foncièrement chrétienne que le jeune patricien romain s'arrêta. et en retour de cette hospitalité. il se dirigea vers la demeure paternelle et il n'hésita pas à mendier une petite place dans la maison qui lui appartenait.famille. – Je te demande de prier pour le prochain retour d'un fils unique qui nous a quittés il y a bien longtemps. sous l'escalier d'entrée. « Laquelle ? interrogea le mendiant. » La nouvelle de cette révélation se répandit bientôt dans la ville. Si l'on croit l'auteur de la vie grecque de saint Alexis. le foyer ardent d'un mouvement intellectuel chrétien. passait sous le porche du sanctuaire dédié à Marie. Mais une terrible tempête obligea le bateau à modifier son itinéraire. comme à Edesse. comme le trésorier. un jour. gagna par étapes la côte syrienne et s'embarqua sur un navire qui faisait voile pour Tarse. préparez à ce pauvre un logement convenable. Alexis conçut une grande pensée. il plut à la Sainte Vierge de glorifier son serviteur par un miracle éclatant. Après ce laps de temps. Comme eux il voulut vivre d'aumônes. Saint Alexis quitte la ville d'Edesse. Au lieu de choisir pour refuge. Édesse – aujourd'hui Orfa. il se dirigea à pied vers une ancienne et opulente ville de la Mésopotamie septentrionale. On y rencontrait plus de trois cents monastères fervents et le culte de Marie y était en honneur. Le prêtre sacristain de l'église était fort édifié par la conduite et les paroles de ce pauvre qui. En entrant pauvre et inconnu dans cette ville où sa famille occupait une situation honorable. sous le sceau du secret. ville frontière romaine. Alors. Il espérait visiter cette ville encore pleine des souvenirs de saint Paul. lui ouvrit toute son âme et lui fit connaître la raison de sa présence à Édesse : il n'avait pas voulu entrer dans l'état de mariage. ou peut-être le sacristain de l'église. lui montrant 1e mendiant qui se tenait non loin de là. Un jour. que le monde jugeait extraordinaire. le bienfaiteur ne demanda qu'une faveur. Après une traversée assez longue. Euphémien ne repoussait pas les pauvres. La Mère de Dieu le rassura d'un geste plein de douceur. le fils du sénateur Euphémien serait resté dix-sept ans dans l'abjection et l'oubli parmi les mendiants d'Edesse. il donnait aux autres mendiants le surplus de ce qu'il recevait des fidèles. – capitale de l'Osrhoène. de quelques légumes. avait été évangélisée de bonne heure. » 107 . le porche d'une église. On lui aménagea donc un refuge. Se contentant d'un peu de pain et. le prêtre vint s'agenouiller en tremblant aux pieds de Notre-Dame. pour se soustraire aux témoignages de respect et de vénération dont il était l'objet et pour empêcher que sa véritable condition ne vint à être connue. l'image de la Vierge s'illumina d'une clarté soudaine. Il se mêla aux nombreux mendiants qui se tenaient habituellement près d'un sanctuaire très fréquenté de la Sainte Vierge. elle dit : « Allez. Alexis se retrouvait en face des côtes d'Italie et non loin de Rome. passant la majeure partie de ses journées et de ses nuits en prière. Elle était devenue le premier centre religieux des Araméens chrétiens. le célèbre Rabboula. où la Providence avait fixé le séjour définitif de l'illustre pèlerin. et. grâce à sa célèbre école ou Université. Effrayé par ce prodige. et. cette confidence de l'homme de Dieu (le nom d'Alexis ne figure pas dans cette relation très ancienne) fut communiquée après la mort (ou peut-être après le départ d'Alexis) à l'évêque d'Edesse. je ne puis souffrir qu'un de mes serviteurs aussi dévoué demeure délaissé et méconnu à la porte même de mon sanctuaire. Selon le récit syriaque.

tandis que celui-ci ne se souciait que de glorifier l'humilité et la pauvreté évangéliques. sachant que le Seigneur s'était engagé à récompenser magnifiquement tout sacrifice accompli en son nom. réuni de nouveau dans la même basilique. en présence de l’empereur et d’un grand concours de fidèles. comme le Pape Innocent 1er (402-417). une voix céleste se fit entendre. ou les mauvais traitements des esclaves de son père. luttant en quelque sorte de générosité avec Dieu qui l'avait ramené à la maison paternelle. en contact fréquent avec eux. mais jamais il ne se fit connaître : son âme souffrait beaucoup de voir souffrir tous ceux qu'elle aimait si ardemment. où il lui ordonna de mettre par écrit et son nom et l'histoire de sa vie. Alexis saisit le parchemin qui contenait son nom et son histoire et s'efforça de la main défaillante de le faire disparaître aux regards des hommes. Alexis obéit. il sut les consoler et leur donner un légitime espoir. raconte la légende latine. Il se réjouit de cette dernière épreuve. mais elle garda son secret pour rester fidèle à l'amour parfait promis à Jésus. sans nul doute. Quelques jours après. Il résolut de demeurer inconnu et plus ou moins méprisé des siens. et que la douleur même de son père se changerait dans le Ciel en joie. Le peuple. il priera pour Rome. la visite des églises et. Il dut parfois subir les outrages ou les insultes de la populace. Un jour vint cependant. se mit à prier avec plus de ferveur et de foi. mais. raconte la légende. celles da sa fiancée. et le Seigneur lui sera propice. Il écouta leurs plaintes et le récit de leurs souffrances . Dieu permit que sa véritable identité restât ignorée de tous jusqu'au moment de sa mort. le pauvre du Christ se vit contraint par la maladie de rester dans son misérable réduit. qui. Continuant cette lutte extraordinaire avec Dieu qui semblait vouloir glorifier son serviteur. II vit les larmes de sa mère. il garda son secret.Alexis considéra les larmes de son père : son cœur fut brisé . et comprit que bientôt il allait rendre son âme au Créateur. les œuvres de charité. Mais tous les efforts furent infructueux. Il priait pour elles. avait conservé une fidélité inviolable à celui à qui elle avait espéré appartenir. célébrait la messe dans la basilique de Saint-Pierre. Mais il voulut emporter son secret dans la tombe. et partagea ses journées entre la prière. » La ville entière rechercha ce saint inconnu dont le ciel daignait révéler l’existence. disant : « Cherchez l’homme de Dieu. Mort de saint Alexis. 108 . suppliant Dieu de faire connaître la retraite de son serviteur. Et il en fut ainsi durant les dix-sept autres années qu'Alexis passa comme un mendiant ordinaire dans la maison de ses parents. Épuisé par les austérités auxquelles il se livrait depuis tant d'années.

et le ciel lui-même avait voulu la manifester. Saint Alexis serait donc mort entre 402 et 417. Ils ne pouvaient presque pas y croire. On le prit. à une date qu'on ne peut préciser davantage. Alexis venait de mourir peu d'heures auparavant. Il révélait la véritable personnalité de ce mendiant que personne ne connaissait. mais il ne reçut aucune réponse. de la mère d'Alexis à cette nouvelle inattendue. l'homme de Dieu dont le ciel a révélé l'existence dans votre maison doit être le pauvre à qui vous donnez l'hospitalité. Le Martyrologe et le Bréviaire romains désignent le 17 juillet comme jour du décès mais cette détermination est loin d'être certaine. et cependant c'était la vérité. on enleva le sac qui couvrait sa poitrine et ses mains. dans les premières années du Ve siècle. Euphémien l'appela plusieurs fois. » Euphémien s'approcha de l'endroit où son fils était couché. et voilà qu'il venait de mourir inconnu et presque abandonné dans la maison de sa propre famille ! On devine la douleur du père. sous le pontificat d'Innocent 1 er. quand un de ses esclaves qui s'était attaché plus particulièrement à Alexis. » Le sénateur ne croyait pas posséder dans sa demeure un pareil trésor. Il obtint cette réponse : « L'homme de Dieu que vous cherchez se trouve dans la maison d'Euphémien. C'était le fils unique du sénateur Euphémien. Saint Alexis est reconnu par ses parents.Les parents de saint Alexis découvrent leur fils. Il prie. Il y avait dans ces dernières un parchemin plié. Quand on se fut assuré que le mendiant venait de rendre son âme à Dieu. il visite les églises. il jeûne. Il n'arrivait pas à l'y trouver. il est d'une douceur et d'une patience inaltérables. Le mendiant reposait tranquillement. et la stupeur saisit tous les assistants quand ils entendirent la lecture du petit écrit. fit cette remarque : « Seigneur. le visage couvert d'une étoffe grossière. Cela arriva selon l'auteur de la biographie latine. 109 . on le lut.

Le culte de saint Alexis demeure presque inconnu à une bonne partie de l'Occident jusque vers la fin du Xe siècle. Pendant une semaine. le 18 octobre 1637. le corps de saint Alexis. le bourdon et le chapeau. A l'autel du Saint-Sacrement on vénère une antique image de 110 . saint Alexis est représenté soit avec les insignes des pèlerins d'autrefois. Il est vénéré comme le patron des pèlerins. et la répandirent de leur mieux dans les nations chrétiennes. réfugié à Rome à cette époque. sur le mont Aventin. Les Martyrologes. au milieu d'un concours immense de peuple qui venait implorer l'assistance de l'homme de Dieu. A Rome. est célébrée le 17 juillet. Serge y établit un petit monastère de moines grecs. Baronuis marque dans ses Annales ecclésiastiques pour l'année 1004 un miracle obtenu par l'intercession des saints Alexis et Boniface. L'un des plus anciens monuments de la langue française est une petite épopée hagiographique. la dévotion envers saint Alexis devint vite très populaire : le pèlerin mendiant était Romain d'origine et il était revenu mourir dans la maison paternelle. et jusqu'au XIVe siècle elle devait connaître plusieurs remaniements. les calendriers liturgiques qui sont parvenus jusqu'à nous ne mentionnent pas de fête en l'honneur de ce Saint. dans l'église de Saint-Boniface. Dans l'Eglise latine. martyr sous Dioclétien. Culte de saint Alexis. Un autre évêque. On n'en fit pendant longtemps qu'une simple mémoire.997). et ils l'avaient hébergé sans le savoir pendant de si longues années ! Ils s'en voulaient de n'avoir pas su le reconnaître sous les haillons qui le recouvraient. Dans la Ville Eternelle. Quelques jours après. le corps de saint Alexis resta exposé à la basilique de Saint-Pierre. Des miracles éclatants ne tardèrent pas à s'accomplir au tombeau de l'humble pèlerin. datant du XIe siècle. etc. composa un long poème sur le même Saint. on trouve sous le maître-autel. en fit une fête de précepte pour le diocèse de Rome. la fête de ce confesseur. l'éleva au rite semi-double qu'elle a conservé. Dans l'iconographie chrétienne. a laissé une homélie sur saint Alexis. Le Pape Urbain VIII. C'est à la date du 17 mars que l'Eglise grecque honore saint Alexis. soit sous les traits d'un mendiant tenant entre les mains raidies par la mort l'écrit qui le fit reconnaître. elle eut tout de suite un succès considérable. qui habita quelque temps le monastère bénédictin des saints Boniface et Alexis sur l'Aventin (-j. Vers la fin du Xe siècle. Ce spectacle déchirant de toute une famille plongée si soudainement dans une terrible épreuve excitait la compassion de tous les témoins. celui-là du XIIe siècle. Innocent XII. on le transporta dans l'église Saint-Boniface. Les monophysites de Syrie célèbrent la mémoire du même Saint sous le nom de Johannan bar Euphemjanos (Jean fils d'Euphemianus) le 12 mars. son nom est associé à celui de saint Boniface. Saint Adalbert ou Albert. le 31 août 1697. d'après le Bréviaire de 1550.Quelle souffrance pour ces pauvres parents ! Ils retrouvaient enfin leur enfant. Marbode. Quand elle vit le jour. Il semble que ce fut surtout l'évêque Serge de Damas. instituée probablement vers l'an 1200. des mendiants. Mais le culte de saint Alexis se propagea aussi en dehors de Rome. Le Pape fit célébrer les funérailles aussi solennelles que possible. si l'on en croit le récit contenu dans plusieurs manuscrits latins. L'église souterraine de Saint-Clément à Rome conserve des fresques de la seconde moitié du XIe siècle. comme titulaire d'une église de Rome. évêque de Prague. Ils eurent à cœur de faire connaître la vie extraordinaire du jeune patricien romain et traduisirent en la remaniant la notice grecque déjà composée. en faveur d'un religieux malade de la peste. Sur l'une d'elles on a représenté quelques scènes de la vie de saint Alexis. et intitulée la Vie de saint Alexis. Au début du moyen âge. mais sans vie. le Pape Benoît VII avait mis à la disposition du prélat oriental l'église Saint-Boniface. qui fit connaître à l'Italie l'histoire de saint Alexis et propagea son culte.

tantôt sévère. parce que s'ils la cherchaient véritablement. C'est Dieu qui est la sagesse suprême. – (V. Mais il en est beaucoup qui ne recherchent attentivement cette sagesse que pour en retirer la louange des hommes. non de la sagesse de ce monde qui est folie devant Dieu. 1914). et non point avec tout le monde. t. et obtenant la vaine gloire. dans Dictionnaire d'histoire et de géographie ecclésiastique. PAROLES DES SAINTS _________ La crainte et la sagesse. et non les mœurs qu'ordonne la sagesse . C'est la charité qui dirige tout vers l'honneur de Dieu et l'avantage des âmes . Ceux qui dissertent sur la sagesse l'ont ainsi définie : la sagesse est la science des choses divines et humaines.. ils ne peuvent parvenir à la lumière de Dieu. E. 1er et t. Saint Augustin. ils vivraient selon ses principes . même lorsqu'ils paraissent le faire. de Mgr Baudrillart.B. Croyez bien que la bonté vous fera plus obtenir que les réprimandes aigres et sévères.P. La crainte du Seigneur est le commencement de la sagesse. n° 22.la Vierge que le mendiant pèlerin aurait rapportée d'Edesse.) ………….P Kirsch Saint Alexis. et la sagesse de l'homme est le culte de Dieu. 111 .S. – Analecta Bollandiana (t. mais de la vraie sagesse qui est selon Dieu. Ils ne cherchent pas la sagesse. Vogt et Rouziès (Paris. Sources consultées. c'est elle qui vous enseignera la discrétion et le discernement .P. ce qui doit arriver rarement. – Acta Sanctorum (juillet.. On doit s'entretenir de la sagesse. et ils s'éloignent d'elle d'autant plus qu'ils s'enflent davantage. d'elle seule on apprend à être tantôt indulgent. III). quand il ne sera pas indispensable de recourir à celles-ci. – J. L’Education. mais ils veulent s'enfler de ses paroles. selon les circonstances.V). ne mettant dans leur vie que la doctrine.

de retour à la maison.Sainte Angèle de Mérici. lui chercha-t-elle des maîtres pour l'instruire. (Apologie. Celui-ci s'appliqua avec une ardeur d'autant plus grande à former l'âme de l'enfant et à 112 . en Frise. sa mère. je ne les embrasse pas tous ? Oui. fera que je ne serai pas frustré des avantages de ceux-là mêmes dont je ne suis pas les Constitutions. Frédéric. épouse de l'empereur. Mais la charité. qui appartenait. Il est permis de ne pas attribuer une réalité historique aux discours qu'elle contient. mais le fait que les Bollandistes l'ont insérée dans la collection des Acta Sanctorum prouve qu'elle n'est pas sans valeur. Saint Bernard. il écoutait attentivement ce qu'on y lisait ou chantait. En ses premières années. qui approuve tous les Ordres. Aussi. Elle confia d'abord son fils à des moines puis à l'évêque d'Utrecht. Fête le 18 juillet. ce qui est plus que douteux. j'en parle avec confiance. croit-on. ou même erronés. Ce que nous savons de la vie de saint Frédéric est tiré en grande partie d'une biographie publiée par les Bollandistes. Il s'y trouve des détails critiquables. IV.) SAINT FRÉDÉRIC Évêque d'Utrecht et martyr (790?-838). tous les états où l'on vit pieusement et saintement dans l'Eglise de Dieu. discours qui sont un amalgame de textes tirés de l'Écriture. et tous les autres par la charité. je les approuve et je les aime tous. La conduite légère des Judith et son ambition suffisent à légitimer l'intervention de l'évêque d'Utrecht. il répétait ce qu'il avait entendu. Judith. Il n'y a pas lieu non plus d'insister sur la cause des reproches adressés par saint Frédéric à Louis le Débonnaire . et. à la date du 18 juillet. aurait été sa nièce. (2e Souvenir. Premières années. Me demandera-t-on aussi pourquoi moi. d'après certains biographes. il aimait aller à l'église . naquit vers l'an 790. J'en embrasse un par la pratique. nommé Ricfrid.) La charité pour tous les Ordres. toute heureuse. à une noble famille. il mena une vie pieuse et recueillie .

femme aux mœurs légères et sans scrupules. malgré sa profonde humilité. aujourd'hui Walcheren . Alors celui-ci. D'une voix unanime tous désignèrent Frédéric. dont la part était ainsi diminuée. lui parla avec une courageuse fermeté. Au IXe siècle. Lothaire. ou son délégué. surnommé « le Chauve ». Zèle épiscopal. Les trois frères aînés. Frédéric. On sait que Louis partagea une première fois ses Etats entre ses trois fils. et d'amener ensuite ce prélat au palais impérial. mais de faire choix d'un prêtre plus digne. l'empire avait à sa tête Louis le Pieux ou le Débonnaire.l'instruire que. devenu veuf. La cérémonie du sacre se fit en présence même de l'empereur et elle fut suivie d'un repas où le prélat fut à l'honneur auprès de son souverain. et la haine de ceux-ci contre Judith. Plus tard. son évêque était suffragant de l'archevêque de Cologne. L'empereur lui fit l'accueil le plus favorable : « Serviteur de Dieu.liorer les mœurs fort dissolues de l'île de Walacrie. sur les mœurs de l'impératrice Judith. se soulevèrent contre leur père. manda aux électeurs de lui donner pour successeur Frédéric. Bientôt. l’évêque d’Utrecht conféra à Frédéric les différents ordres et enfin la prêtrise. Charles. après avoir donné à Frédéric l'accolade. et le serviteur. donnait toute satisfaction à son maître. au grand mécontentement de son neveu. déjà roi d'ltalie. Pareil discours. donnait à l'élu l'institution canonique. l'empereur. ses vertus et son assiduité dans le travail. ayant appris la mort de l'évêque Ricfrid. Avant de retourner dans son diocèse. L'étudiant. Lorsque Frédéric en fut élu évêque. clergé et fidèles se réunissaient pour choisir le futur évêque. Il demanda ensuite aux grands de sa cour qui étaient présents leur avis sur l'évêque qu'il convenait de nommer à Utrecht. L'épiscopat. le supplia de ne pas lui imposer ce fardeau. il savait que Frédéric lui succéderait. se faisant l'écho des rumeurs qui couraient. Il y eut une véritable lutte entre l'humilité de l'élu. de son côté. 113 . à tort ou à raison. Bernard. se jetant aux genoux du souverain. le prince le fit asseoir à ses côtés. Louis le Débonnaire lui recommanda de veiller au bien des âmes et spécialement de faire ses efforts pour amé. fondé en 696 par saint Willibrord. Louis le Débonnaire. ordinairement le métropolitain. qui se trouvait dépossédé de son royaume. La vie de l'Eglise allait en subir une répercussion. de Dieu dut enfin accepter l'épiscopat. ne pouvait qu'irriter l'impératrice lorsque celle-ci en aurait connaissance. Cet ordre répondait trop bien au désir des habitants pour n'être pars obéi tout de suite. Lorsque le temps en fut venu. De là. se fit connaître au loin. par son ardeur pour le bien des âmes et particulièrement pour la prédication. comprenait à peu près le territoire actuel de la Hollande . Ces instances furent inutiles. » Et. Pépin et Louis. et le Pape. le diocèse d'Utrecht. par sa piété. grâce à une véritable révélation. fils et successeur de Charlemagne. Judith obtint de Louis qu'il annulât le premier partage de l'empire et qu'il en fit un nouveau. A cette époque. qui se jugeait incapable d'occuper un tel poste. Mais pour doter ce fils. dont il avait entendu parler. Ricfrid mourut entre 824 et 828. qui lui donna un fils. il semblait que rien ne put faire accepter à Frédéric un fardeau qu'il trouvait trop lourd. écouté humblement par l'empereur. l'évêque d'Utrecht eut une nouvelle audience. épousa Judith de Bavière. des luttes continuelles entre l'empereur et ses fils. je me réjouis beaucoup que vous soyez venu. et le désir hautement exprimé par les électeurs . dit-il. lorsqu'un siège épiscopal était vacant. le jeune clerc. Cette manière de faire était rendue nécessaire par la lenteur et les difficultés des communications.

Le Concile de Mayence. Frédéric revint à Utrecht où il fut reçu avec les plus grandes marques de respect et au milieu des manifestations de la joie la plus vive. L'évêque d'Utrecht s'y rendit pour prêcher les hérétiques et les convertir. il s'adonnait à la prière et aux exercices de piété. Beaucoup de personnes qui avaient cessé de suivre la voie droite vinrent recevoir les conseils de leur évêque. à la date du 12 juin. et mortifiait son corps. or. Les fidèles firent ce que l'évêque leur avait demandé. Enfin. au cours de l'hiver 828-829. le saint pontife fit annoncer un synode. encourageant. De son côté.Après ces événements. qui le rejoignit dans la ville de Staveren. s'efforçant de ramener la paix parmi son peuple et de faire disparaître les dernières traces du paganisme. des vieillards pour la plupart. Mais cette vie déjà si parfaite ne lui suffisait pas. généreux envers les pauvres. Louis put réunir un certain nombre d'évêques et de laïcs éminents. En 828. Cependant. Là. Une fois au moins Frédéric sortit de son diocèse pour se rencontrer avec les autres membres de l'épiscopat de la région. mais quatre assemblées distinctes. Sa prière fut exaucée. Dieu. Mais les mauvais chrétiens se montrèrent hostiles. sa première visite fut pour l'église. laissant Odulphe à la tête de l'Eglise de Frise. Voici en quelles circonstances. s'adressant à ceux qui étaient là. on décida un jeûne de trois jours pour la semaine de la Pentecôte de 829. de graves erreurs touchant le mystère de la Sainte Trinité avaient cours en Frise. De nouvelles attaques des Normands et des Bulgares l'empêchèrent de réaliser ce projet. les coupables rentrèrent en eux-mêmes. ce prêtre eut une vision : un ange lui donna ordre d'aller à Utrecht et de s'y mettre à la disposition du prélat . aujourd'hui Stavoren. saint Odulphe obéit avec empressement. Les premiers temps de son épiscopat furent consacrés à la ville d'Utrecht. et il commença par cette île de Walacrie que l'empereur avait recommandé à ses soins. l'empereur Louis demanda aux évêques de prescrire un jeûne de trois jours et annonça son intention de réunir bientôt une assemblée générale du clergé. menaçant même de l'excommunication ceux qui refuseraient d'y venir. Il voulut encore parcourir son vaste territoire. et promirent avec serment de s'amender. La partie saine de la population vint l'y saluer et lui rendre les honneurs qui lui étaient dus. A cette époque. dévoué dans la visite des malades. d'ailleurs. Mais son zèle n'obtenant pas les résultats désirés. il fit appel à saint Odulphe. non plus une assemblée générale du clergé. les coupables s'abstinrent. prêchant. les supplia d'user de toute leur influence en vue d'amener leurs concitoyens. Peine inutile. son nom est inscrit parmi les Saints. Accueillant pour tous. La paroisse d'Orschot était gouvernée par saint Odulphe. lui envoya du secours. le prélat suppliait Dieu d'attendrir le cœur des coupables. relevant les églises. Pour rendre durables ces retours à la vérité. le pontife quitta de nouveau la ville épiscopale pour parcourir son diocèse. Pour les attirer. et ordonna de réciter trois fois par jour une prière en l'honneur des trois Personnes divines. Frédéric rédigea une profession de foi qui résumé l'enseignement catholique sur la Sainte Trinité. donnant partout les marques du zèle le plus grand. Bientôt. Frédéric. Il prêchait. Bientôt. Alors. à chacune desquelles assisteraient plusieurs archevêques avec leurs 114 . il repartit pour Utrecht. qui instruisait le peuple et l’édifiait par ses exemples . et en même temps. Celui-ci continua d'y faire beaucoup de bien . Les pré. hospitalier pour les voyageurs.dications de Frédéric et de l'ancien curé d'Orschot ramenèrent beaucoup de brebis au bercail. Quand il parvint en cette île.

» Ce discours fit couler bien des larmes. de Besançon et de Salzbourg. laissant l'empereur Louis le Débonnaire toujours en difficultés avec ses fils. archevêque de ce diocèse. de la part de l'impératrice. Beaucoup de prêtres se chargent chacun de plusieurs églises. puis d'aller se placer derrière l'autel du Saint-Sauveur et de ne revenir que sur un ordre formel. de Trèves. « Accomplissez votre mission. parmi lesquels le célèbre Rhaban-Maur. et donna l'ordre qu'on le laissât seul. en effet. Cette parole apostolique ne fit qu'irriter davantage les susceptibilités et la haine de Judith. tandis que Judith restait en butte à leur haine. dans le monastère Saint-Alban. où il ne se refusa aucune jouissance. dans une chapelle dédiée à saint Jean l'Evangéliste. Puis il dit à ceux qui l'entouraient : « Je sais ce qu'ils veulent. on accusa Louis d'être son complice. à Lyon et à Toulouse. On accusait l'impératrice d'avoir une conduite répréhensible . mais qu'ils attendent que la messe soit terminée. Là. La mort de saint Frédéric est décidée. Frédéric assista à l'assemblée qui se tint en juin 829. et adressa la parole à son peuple. Les deux assassins se munirent de coutelas. l'évêque décidera ce qu'il y a à faire. Le martyre. et qu'il chercha à faire déposer ce prélat par les autres évêques. encore revêtu des ornements sacrés. L'office terminé. sans que cependant les assistants comprissent bien tout le sens des paroles qu'ils entendaient. Il y avait là les archevêques de Mayence. leur promettant une forte récompense au cas où ils parviendraient à la délivrer secrètement de ce pontife dont la hardiesse lui avait tant déplu. dit-il. pour l'engager à une conduite meilleure. Si l’église n’a pas de revenus. à Paris. Il soupira. c'est ainsi qu'il fit arrêter Ebbon. leur dit le martyr. Ensuite. ils demandèrent à s'entretenir en particulier avec l'évêque. Celui-ci s'apprêtait alors à célébrer la messe en l'église SaintSauveur. et partirent pour Utrecht. Suffragant de Cologne. il y répondit par la violence . archevêque de Reims. chaque église doit avoir son prêtre. le prélat entra. mais elle en était sortie. et quelques autres dignitaires ecclésiastiques. lui écrivit une lettre pleine de sentences tirées des Saints Livres. Nous n'avons plus les textes de ce synode de Mayence. Ces réunions eurent lieu. toujours courageux pour combattre le mal. De nouveaux reproches furent adressés à l'empereur . Dieu lui fit comprendre que son dernier jour était arrivé. Frédéric. où il avait fait préparer son tombeau. Elles s'occupèrent des réformes à introduire dans la vie des laïques et des clercs. leva les mains et les yeux au ciel et rendit grâces à Dieu. il alla habiter sur les bords du Rhin. Les assassins eurent un moment d'hésitation. On alla prévenir Frédéric. mais nous savons que sur un point au moins il se trouva d'accord avec les trois autres synodes : Comme chaque ville a son évêque. Les évêques avaient fait entrer Judith dans un monastère. Après une fervente prière. sous la présidence d'Otgar. en raison des liens de parenté existant entre eux. il dit à celui-ci d'introduire les envoyés de Judith. avec leurs suffragants. je recevrai de Dieu le pain éternel avec les Saints. il célébra cette dernière messe avec sa piété habituelle. ne gardant avec lui qu'un seul chapelain. à Mayence. qui jura de se venger. de Cologne. à Mayence. dans le royaume des cieux. » Sans trouble apparent. Elle excita la convoitise de deux hommes sans scrupules. mais dans une métaphore : « Aujourd'hui même.suffragants. peut-être à l'instigation de Lothaire et de ses frères. 115 . Plusieurs années passèrent. abbé de Fulda. Qu'il n'en soit plus ainsi lorsqu'une église a des revenus. Il annonça même sa mort.

on constatait la profanation des tombeaux et des ornements sacrés. » La tristesse fut immense parmi le clergé et les fidèles d'Utrecht qui s'empressèrent d'accourir. » Puis dans un calme admirable il rendit à Dieu sa sainte âme. recommanda à ses bourreaux de s'en aller rapidement afin de n’être pas pris. par laquelle ses entrailles menaçaient de s'échapper. on jugea nécessaire de restaurer la tombe où n'avaient pas cessé de reposer ses restes. Il s'informa de ce qui s'était passé. Un peu après. qui auraient dû être saisis par une telle révélation. ne craignit pas de prendre des ornements d'église pour rendre sa couche plus moelleuse. il donna sa bénédiction aux assistants. » Cependant. En l'année 1362. je savais le but de votre démarche. l'office ne se célébrait pas au chœur du monastère. mais qu'ils n'avaient pas pu découvrir les assassins. fort troublé de ces accusations. Un matin.conformément aux ordres reçus . convoque le peuple. mon repos pour l'éternité . ne craignez pas. et vit le sang qui coulait. notre maîtresse est vengée. en même temps. on le retrouva mort dans son lit embrasé . » Les deux criminels. rassemblant ses forces. dont ils rendaient coupable l'impératrice. comprimant avec ses mains une atroce blessure. saint Frédéric lui apparut avec deux autres évêques. » Il était couché le visage tourné vers le ciel. Par deux fois. tirèrent alors leurs coutelas. mais dans la crypte. qui fut enfermé dans un beau reliquaire d'argent ciselé. lui dit Frédéric. craignit d'être luimême déposé comme complice. je ne vous laisserai pas orphelins. et vous me direz si réellement ils se hâtent. je remets mon âme. une part à la récompense des Saints. y déposa des objets dérobés. La crypte où se trouvait le tombeau de saint Frédéric servit quelque temps de logement à un serviteur laïque de l'église. « Je suis frappé. mon fils. et le malheureux fut enterré sans aucune cérémonie. Celui-ci. j'y habiterai parce que là j'ai choisi ma demeure. « C'est la. Le tombeau profané. » On l'entendit aussi répéter plusieurs fois le verset : « Entre vos mains. pourquoi nous laissez-vous orphelins ? – Si j'ai. On en profita pour mettre à part le crâne. ivrogne et voleur. j'intercéderai pour vous. jusque-là cachés dans leurs manches et en frappèrent Frédéric en disant : « Maintenant. Il fut conservé précieusement au couvent dOud-Munster. seulement il constata combien son maître avait pâli. Le culte et les reliques de saint Frédéric. » Le clerc obéit et revint. Les évêques et le clergé de France et d'Allemagne protestèrent contre la mort de Frédéric. L'empereur. Seigneur. puis se fit étendre vivant dans son tombeau. représentant le buste du Saint. » Ensuite. le martyr. revêtu d'ornements pontificaux et coiffé de la mitre. répondit-il. L'un et l'autre jurèrent devant tous qu'ils étaient innocents de cette mort. il rappela son clerc et lui dit : « Montez sur les murailles de la ville. Alfric et Ludger. dit-il. Le jour de la fête du martyr. Ce fut en vain. le 18 juillet de l'an 838. et lui reprocha sa conduite. regardez si mes envoyés ont traversé le Rhin. Appelle mes frères . et souilla même les tombeaux. Le fait fut considéré comme un châtiment céleste. également inhumés en ce lieu. lui disait-on. le 18 juillet. disant : « Les deux messagers ont traversé le Rhin avec une hâte qui ressemble à une fuite. Les chanoines s'y 116 . qu'ils ne l'avaient ni voulue ni conseillée. Il commença alors lui-même la psalmodie de l'office des morts : « Placebo Domino : je serai agréable au Seigneur dans la terre des vivants. « Alors. « Père. Les détails que nous possédons sur les reliques de saint Frédéric sont malheureusement incomplets. Avant même que vous fussiez ici.

1892-1897 (en néerlandais) . 1905). Au début du XVIIIe siècle. des premiers siècles à nos jours (Rouen. On représente saint Frédéric tenant deux épées et la palme du martyre. il y avait dans l'année vingt fêtes où le reliquaire était exposé sur l'autel. La chronique nous dit qu'en 1563. Sources consultées. dans une maison particulière. croit-on. fut exhumé et placé. et celui-ci fut vendu pour l’entretien de l’église. A la même époque. il fut interdit d'indiquer par écrit la cachette .rendaient en procession. 117 . frappé par deux sicaires. – Ch. En 1887. le prêtre semainier le portait en procession à la crypte. Histoire des Conciles. t. à Emmerick. à l'Offertoire. le 25 juillet 1580. Le précieux dépôt. Les troubles de la Réforme mirent fin à ces usages. et nous ne savons ce qu'elles sont devenues. Le chef de saint Frédéric fut alors transporté. nous retrouvons le buste reliquaire à Leyde. vicaire général de l'Eglise schismatique d'Utrecht. ainsi que la châsse qui contenait les reliques de son ami saint Odulphe. la fête tombant le dimanche. les reliques de saint Odulphe furent retirées de leur reliquaire. En 1776. ce jour-là. – Acta Sanctorum (18 juillet). Caractéristiques des Saints. la procession fut plus longue et plus solennelle . IV. il était porté en procession le jour de la dédicace de l'église et le jour de Sainte-Marie-Madeleine. – Archives pour l’histoire de l’archidiocèse d’Utrecht. Cahier. les chanoines venaient le vénérer. Le chef de saint Frédéric revint à Oud-Munster le 14 septembre 1609. le reste du corps du Saint. Cantineau. – Héfélé-Leclercq. qui se trouvait encore dans la tombe. on ne l'a pas encore découverte. Cette dernière date était celle de la dédicace de la cathédrale d'Utrecht. à un antiquaire qui le revendit bientôt à un collectionneur parisien. En 1673. fut transporté.Follin. Mais les reliques n'y étaient plus. dans un coffre de bois. Pendant les Vêpres de la vigile et de la fête. La cathédrale ayant été assaillie deux fois par les protestants en 1580. et. Les nominations épiscopales en France. le reliquaire demeurait exposé à la vénération des fidèles. il était placé sur le maître-autel . ou bien encore. pour 7 000 francs. Fr.. puis racheté par les Pays Bas pour le musée artistique d'Amsterdam. – G. les chanoines occupèrent l'abbaye de SaintPaul. Enfin. S. dans la chapelle privée d'un homme illustre par son érudition et pieux. l'église du Saint-Sauveur étant détruite. et. avant la messe. En dehors de la fête du Saint. avec beaucoup d'autres objets de valeur.J. Par prudence. De Katolik (Le Catholique). le reliquaire de saint Frédéric fut vendu à son tour. mais ils avaient emporté avec eux leurs reliques. nommé Charles Stein. peu de personnes en étaient instruites . pour être soustrait à la fureur des hérétiques. encore devaient-elles jurer de ne pas la révéler. mais malheureusement janséniste. elle parcourut les jardins de l'évêque. les chanoines de Saint-Sauveur craignirent que leur église ne fût aussi saccagée. Aujourd'hui. HuguesFrançois Van Heussen.

touché de compassion. « De quoi. il lui donna tout son trésor. ayant amassé peu à peu jusqu'à trente sous de ce qu'il avait pu gagner. C'étaient en cet enfant de bénédiction les premiers signes de la grande charité qui devait se répandre sur le monde. Tout jeune enfant. Il avait vraiment « reçu du ciel une âme bonne. il garda pendant son enfance les troupeaux de son père. 118 . ajoute l'historien de sa vie. témoigna n'être pas fâché. son père. Esclave à Tunis. et ayant un jour trouvé un pauvre qui lui paraissait dans une grande indigence. Ce grand homme et ce grand Saint est l'honneur de son pays et l'une des gloires les plus incontestées de l'Eglise catholique. ainsi que parlent nos Saints Livres. qui était homme de bien. le 24 avril 1581. quelques sacrifices pour l'appliquer aux études en vue du sacerdoce. une paire de bœufs fut vendue pour l'aider à continuer à l'Université de Toulouse. A l'âge de douze ou treize ans. petit village des Landes. cette grande vérité n'a eu une aussi resplendissante manifestation qu'en Vincent de Paul. dit Bossuet. il y mit la bonté. dont le nom personnifie le dévouement et la charité. Quand Dieu fit le cœur de l'homme. plus tard. et la miséricorde croissait en lui ». C'est à Pouy. près de Dax. De si heureuses dispositions inclinèrent son père à faire. peutêtre. suivant sa modique fortune. ce qu'il estimait beaucoup en cet age et en ce pays où l'argent était rare. Le jeune enfant étudia d'abord au collège de Dax . où il prit ses grades en théologie. comme David. » Voici un autre trait. En nul autre homme. rapportant la farine à la maison paternelle. il en donnait des poignées aux pauvres qui lui en demandaient. Comme l'innocent Abel. que naquit saint Vincent de Paul. lorsqu'il revenait du moulin.SAINT VINCENT DE PAUL Apôtre de la Charité (1581-1660) Fête le 19 juillet.

qui produisent encore de si grands biens. enfin à un renégat qui l'employa au travail des champs. il ne mit que cinq mois pour réaliser les merveilles qu'il avait accomplies à Clichy : il amena à une vie exemplaire les prêtres qui vivaient en cette localité . de Bérulle. il n'avait que 19 ans. Lui-même en a fait le récit. Vincent avait renouvelé la population de Clichy dans la religion. Désormais sa vie ne sera plus qu'un acte sublime de charité au service des pauvres. le 13 septembre 1600. les décrets du Concile de Trente n'étant pas encore reçus en France. pour un récit que je lui avais fait de notre Dieu et quelques louanges que j'avais chantées en sa présence. et plusieurs autres choses. ils nous enchaînèrent.Vincent de Paul avait été ordonné prêtre à Château-l'Evêque. à la fin de l'année 1608. cela fait. Saint Vincent de Paul curé. Les premiers éclats de leur rage furent de hacher notre pilote en mille pièces . et. Un dimanche du mois d'août. ayant à revenir par mer de Marseille. à Clichy. dont il accepta d'être curé en 1617 par déférence pour les prières de M. son directeur. posé les bases d'une école ecclésiastique . Un jour. Or. près de Périgueux. à Avignon. il arriva qu'en 1605. où. après nous avoir grossièrement pansés. Vincent recommanda au prône une famille malade en une ferme voisine de Châtillon. en quoi elle prenait tant de plaisir que c'était merveille. il convertit les hérétiques et c'est là qu'il fonda les premières associations de charité. que deux ou trois des nôtres étant tués. qui côtoyaient le golfe du Lion pour s’emparer des barques qui venaient de Beaucaire. étant arrivés. à la grande joie de Vincent de Paul. La Providence poussa l'apôtre à Paris. quelques jours après son arrivée dans la paroisse. dit-il. institué des confréries. et même moi ayant eu un coup de flèche qui me servira d'horloge tout le reste de ma vie. Dieu donna à Vincent de Paul de servir les pauvres dans toutes les conditions où on peut les rencontrer. Elle ne manqua pas de dire à son mari. qu'il avait eu tort de quitter sa religion. centre de toutes les misères et de toutes les ressources. s'embarqua sur un léger esquif pour fuir cette terre infidèle avec son esclave Vincent. Le ressouvenir du Quomodo cantabimus in terra aliena des enfants d'Israël captifs en Babylone me fit commencer. elle me commanda de chanter les louanges de mon Dieu. A Châtillon. puis à un médecin. En peu d'années. qu'elle estimait extrêmement bonne. Ils abordèrent à Aigues-Mortes et le renégat fit son abjuration entre les mains du vice-légat du Pape. nous fûmes contraints de nous rendre à ces félons. Celui-ci. rebâti l'église. nous attaquèrent si vivement. Ce fut d'abord comme curé d'humbles paroisses . il avait surtout gagné tous les cœurs. dans la banlieue de Paris. La Confrérie et les Dames de Charité. La parole de 119 . Trois brigantins turcs. ils nous exposèrent en vente. il tomba en captivité et fut emmené par les pirates à Tunis. où il y avait une foire que l'on estime être des plus belles de la chrétienté. alors au diocèse de Lyon. Vincent de Paul fut vendu d'abord à un pêcheur. Il avait le titre d'aumônier de la reine Marguerite de France et il visitait les hôpitaux. ils prirent la route de Barbarie. de savoir notre façon de vivre. et puis le Salve Regina. tant la main de Dieu était visiblement avec lui. les larmes aux yeux. le psaume Super flumina Babylonis. Curieuse qu'elle était. et à Châtillon-les-Dombes. et tout le reste blessé. elle me venait voir aux champs et me posait des questions. raconte Vincent de Paul. L'unes des femmes de ce renégat était Turque. le soir. touché à son tour.

Mme de Gondi ne pouvait plus se passer de lui pour la direction de sa conscience et l'accomplissement de ses bonnes œuvres. Courboin. « Les pauvres sont évangélisés ». les confréries de charité et les associations des Dames de Charité étaient fondées. et il l'introduisit dans la famille de Gondi qui donnait alors des serviteurs à l'Etat et des chefs à l'Église de Paris. Celui-ci était l'administrateur général des galères de France. de Gondi au château de Folleville. Il se mit à évangéliser les bagnes . Gannes. de l'apprenti. presque tous les auditeurs prirent le chemin de la ferme. il fonda une communauté de missionnaires. une grande charité. mais une fausse honte lui faisait cacher depuis longtemps quelques fautes en confession. j'étais damné. Ce fut peut-être la parole de l'Evangile la plus chère au cœur de Vincent de Paul. il fit un règlement pour les femmes pieuses et charitables de Châtillon . mais elle est mal réglée. pressa alors Vincent d'évangéliser les campagnes environnantes. il procura l'amélioration de la condition matérielle des forçats dans leurs prisons et sur les galères . voici à quelle occasion. pour confesser un paysan qui se mourait. Tant il est vrai qu'il n'y a pas une œuvre de charité qui n'ait été devinée par le cœur et organisée par la main prévoyante et bienfaisante de Vincent de Paul. Chez les Gondi et sur les galères. il allait essuyer leurs larmes. les hommes se réunirent sous sa direction et il leur donna un règlement analogue et un programme : ainsi feront plus tard les Conférences de Saint-Vincent de Paul. Montreuil-sous-Bois. Vincent fit faire au mourant une confession générale qui lui rendit une telle paix qu'il ne cessait d'en bénir Dieu publiquement pendant les quelques jours qu'il vécut encore : « Ah ! Madame. dit-il à Mme de Gondi devant tous les gens du village. Celui-ci passait pour un homme de bien. parce qu'il lui permettait de faire beaucoup de bien : celui d'aumônier général des galères de France. Après Vêpres. Mâcon. Les missions dans les campagnes. c'est l'assistance par le travail et les patronages. Vincent fut bientôt comme l'âme de la maison.l'homme de Dieu eut sa bénédiction ordinaire. avait dit Notre-Seigneur. et le sermon terminé. » La pieuse comtesse. Louis XIII lui donna le titre qui lui était très cher. si je n'eusse fait une confession générale à cause de plusieurs gros péchés dont je n'avais pas osé me confesser. En d'autres localités de diverses régions telles que Folleville. sur la manière de pourvoir aux nécessités des pauvres et de leur faire gagner leur vie.Voilà. de Bérulle fit encore appel à son dévouement pour servir Dieu auprès des grands. avec les devoirs du maître ouvrier. dans le diocèse d'Amiens. M. et l'emploi chrétien de la journée . leur porter les consolations de la religion et adoucir leur douleur. Ces pauvres malades. pourvus de trop de provisions à la fois. de Gondi. Pour évangéliser les pauvres. On a un règlement écrit de sa main pour l'organisation d'une manufacture chrétienne. La vertu du saint prêtre lui donnait aussi un grand empire sur M. Vincent en profita pour obtenir de visiter ses prisonniers. lorsqu'on l'appela à un village voisin. Joigny. s'écria-t-il. il se trouvait avec M. . Vers le commencement de l'année 1617. touchée et effrayée par cet exemple. avec l'esprit d'ordre et de méthode qu'il portait en tout. et ils retomberont ensuite dans leur première nécessité. Dès lors. en laisseront une partie se gâter et se perdre. il prit la même direction et fut agréablement surpris de voir les groupes qui revenaient à Châtillon ou cherchaient sous les arbres de la route un abri contre une excessive chaleur. les mains pleines de toute sorte de secours. Sa charité était universelle. 120 .

121 . elle donne encore aujourd'hui des fruits abondants. Autour de lui se groupèrent d'autres prêtres zélés qui se dévouèrent à cette œuvre et s'engagèrent par vœu. fit appeler l'homme de Dieu pour se préparer à paraître devant son souverain Juge. leur offrit sa maison .L'homme de Dieu n'avait pas de plus ardent désir. disait-il. devint le foyer de la charité matérielle et spirituelle dans Paris. leur prieur. les réunions hebdomadaires. Près de l'église Saint-Laurent était une vaste maison où résidaient des chanoines dont la Communauté s'éteignait . furent les moyens qu'il employa pour régénérer le clergé. « Lorsque je rentre à Paris. et Saint-Lazare. par la présence de Vincent de Paul. » Pour maintenir le fruit des missions. en pensant aux pauvres qui restent à évangéliser. la nouvelle Congrégation reçut la dénomination populaire de Lazaristes. Les retraites des ordinands. La réforme ecclésiastique s'imposait donc. Saint-Lazare et les œuvres de charité dans Paris. de la modestie et du zèle de ses disciples. en 1643. il me semble que les murailles de la ville vont tomber sur moi pour m'écraser. à travailler toute leur vie au salut des pauvres gens des champs : ce fut le début de la Congrégation de la Mission. il fallait évidemment établir dans les villages de bons curés. ayant été témoin du bien entrepris par Vincent. à soixante-quinze ans il allait encore dans les missions. les Séminaires. Vincent habita tout d'abord avec sa communauté au collège des Bons-Enfants. dont nous reparlerons. sous la conduite de Vincent. L'une des œuvres apostoliques les plus importantes de Vincent était ainsi fondée . de là. Le roi Louis XIII mourant. Vincent travailla toute sa vie à évangéliser les campagnes . Les œuvres de charité se multipliaient sous la main de Vincent et sa réputation s'étendait.

présidées par Vincent et dans lesquelles on s'entretenait sur des sujets de science et de vertu. c'est de là aussi que Vincent. c'était encore Vincent de Paul. dans une maison qui s'appelait la Couche. Dès 1639. pendant ce temps.Une nuit de saint Vincent de Paul. En Lorraine. 122 . qu'on a regardé comme l'idéal de l'hospice chrétien . Il n'y avait plus ni récoltes ni semailles dans ces campagnes toujours foulées par les soldats . il procurait aux prêtres des ornements pour leurs églises ruinées . faute de nourriture et de soins. presque tous mouraient. Ce fils d'un pauvre laboureur a pu distribuer. de prêtres. où. il nous semblait entendre comme les paroles de Dieu » . Un homme se leva. destiné à recueillir l'innombrable armée de mendiants qui était une des plaies de la grande capitale. des aumônes dont la totalité a dû dépasser 1 200 000 louis d'or. venaient à SaintLazare faire les exercices de la retraite spirituelle. la France n'avait plus rien à consacrer aux malheureux. Vincent multipliait aussi les aumônes. dont les mères ne voulaient pas. Il quêta à la Cour. organisait la lutte contre le jansénisme. La peste se mêlant à la famine. On les portait de là. pendant vingt-cinq années. Les nouveau-nés. de soldats. Epuisée par cinq armées qu'elle entretenait alors. C'est de Saint-Lazare encore qu'il créa au faubourg Saint-Martin l'hôpital du Nom de Jésus. qui en avait fait partie. Il soulageait les seigneurs et les nobles aussi bien que les paysans . écrivait à ce sujet au Souverain Pontife : « En y entendant les paroles de ce saint prêtre. Vincent prit ces petites créatures à sa charge et réussit à les arracher presque toutes à la mort . il s'en occupait jusqu'au jour où elles étaient en âge de gagner leur vie par le travail. dans le cours de sa vie. Cette œuvre rendit son nom légendaire dans les annales de la charité. en Champagne. pendant les troubles de la Fronde. Avec l’aide des dames de la Charité. c'est de là qu'il organisa l'Hôpital général de Paris. Le clergé de Paris s'y réunissait pour les conférences dites du mardi. on s'habitua à regarder Vincent de Paul comme la Providence incarnée. puis distribuer aux paysans du pain et des semences. Saint Vincent de Paul nourrit des provinces entières. Et à la porte de Saint-Lazare. Des foules véritables de laïques. il organisa la charité et envoya les prêtres et les frères de sa communauté porter à ces malheureuses provinces le pain matériel et les secours religieux. on vit les horreurs de la famine et jusqu'à des repas abominables de chair humaine. toujours intimement uni à la chaire de Pierre. plus de 12 millions de livres ! Voilà comment il mérita le nom que lui donnèrent plusieurs villes reconnaissantes. Bossuet. et son cœur miséricordieux osa rêver de soulager des provinces tout entières . il recueillait les religieuses chassées de leurs couvents par la guerre et la misère. en Picardie et dans d'autres provinces. par ordre de la police. L'homme de Dieu prodiguait en même temps autour de lui les secours spirituels. déposés dans les églises ou placés sur des « tours ». Après avoir épuisé la bourse de SaintLazare. il faisait ensevelir les morts. étaient abandonnés dans les rues. il quêtait et faisait quêter. de « sauveur de la patrie » ! Les missions lointaines. Vincent avait fait des prodiges pour secourir la Lorraine ravagée par la guerre. C'est de Saint-Lazare que l'homme de Dieu organisa l'œuvre des Enfants-Trouvés. pendant la dernière période de la guerre de Trente Ans. Il renouvela les mêmes prodiges dans la capitale.

ni d'autre voile que la sainte modestie. mais « bienheureux. il créa cette œuvre avec une audace que le génie de la charité lui inspira. la mort qui nous surprend les armes à la main est la plus enviable et la plus désirable ». et il envoya ses missionnaires aux Hébrides. II rêvait déjà la conquête de l'Algérie par la France chrétienne. je volais. Il remplaçait ceux qui mouraient en disant : « Les marchands laissent-ils d'aller sur mer et les soldats à la guerre. ému et consolé de tant de simplicité et de tant de charité. « N'y a-t-il rien qui vous fasse de la peine ? dit-il. point d'autres cloîtres que les rues des villes et les salles des hôpitaux . – Rien. puis on y dit la messe et. mon Père. Il pleurait ses enfants. à leur manière. au milieu des nations catholiques et chez les peuplades infidèles. que l'Eglise devait béatifier le 9 mai 1920. qui n'a cessé de retentir dans l'Eglise catholique. répondit-elle. A la Fête-Dieu. m'a donné un cœur dont l'amour est vaste comme les plages de la mer. emportés par le travail et l'intempérie du climat. ma fille ». qui lui donnaient le moyen de secourir les pauvres esclaves. tant j'étais heureuse de les servir ! – Mourez en paix. » Vincent de Paul. puis Louis IV. faisaient à Jésus-Christ. La journée de saint Vincent de Paul. en Pologne et même en Barbarie. il accepta pour ses missionnaires les titres de consuls et de préfets apostoliques à Tunis et à Alger. pourrait en dire autant. soigner les chrétiens que les Turcs tenaient captifs dans les bagnes d'Alger et de Tunis. à l'œuvre. Jusqu'alors. Les missionnaires envoyés par Vincent étaient parfois jetés eux-mêmes dans les fers ou mouraient de la peste. escortée par ces captifs qui. – Sa mort. sont ceux qui consomment leur vie pour le service de Jésus-Christ . disait Salomon. De concert avec une femme d'une rare intelligence et d'une foi éminente. En attendant.« Dieu. provoquèrent un cri d'admiration. on y célébra les solennités. envoyées par leur bienheureux Père lui-même sur les champs de bataille. au Maroc. au siège de Calais et parmi les pestiférés. et il pressait Richelieu. Il écrivit dans leurs Règles ces paroles admirables : « Elles n'auront point d'autres monastères que les maisons des pauvres . Autant il envoyait d'apôtres. protégeant leur vertu dans les cloîtres. où la France venait de planter son drapeau. penchées sur le berceau des enfants trouvés ou sur le lit des mourants. que j'ai eu trop de plaisir au service des pauvres quand on m'appelait près d'eux . veuve Le Gras. Il ne se lassait pas de remplacer par de nouveaux prêtres ceux qui succombaient. à Babylone. il rêvait d'envoyer des missionnaires en Chine. point d'autre clôture que l'obéissance. Ces humbles filles proclamaient de leur côté leur bonheur de servir les pauvres que Vincent leur avait appris à regarder comme leurs seigneurs et leurs maîtres. les personnes consacrées à Dieu vivaient. en effet. peut-être. les Filles de saint Vincent. de l'entreprendre. je ne marchais pas. Les Filles de la Charité. en évangélisant les bagnes. dont le zèle ne connut aucune barrière. Le chef-d'œuvre de Vincent de Paul fut peut-être la création de la Compagnie des Filles de la Charité. Les bagnes furent d'abord évangélisés en secret. répliqua l'homme de Dieu. à cause des plaies et de la mort à laquelle ils s'exposent ? » Au terme de son existence. Vincent ne fut pas moins empressé à pourvoir d'ouvriers évangéliques la grande île de à Madagascar. comptant sur leur dévouement pour assurer la sauvegarde de leur angélique chasteté. Vincent osa lancer ses filles au milieu du monde. un splendide triomphe. Le secret de tant de merveilles que nous n'avons pas même énumérées était dans l'amour de 123 . sinon. Les Filles de saint Vincent de Paul sont aujourd'hui sous tous les climats du monde. autant il en mourait. Une d'elles mourait et Vincent l'assistait. » Aussitôt. Louise de Marillac. l'Hostie sainte y était portée en procession. de leurs liens et de leurs haillons. disait-il.

qu'il faisait à genoux. Benoît XIII le béatifia le 13 août 1729 et la cérémonie eut lieu le 21 . Il célébrait alors la messe avec une foi qui ravissait les assistants : « Oh ! que ce prêtre dit bien la messe ! » s'écriait un jour un des témoins de tant de ferveur. et aimons-le aux dépens de nos bras et à la sueur de notre front. 95 rue de Sèvres.S. Saint Vincent de Paul. – Pierre Coste. » De fait. 906. Il eut là des visions du ciel : un jour qu'il célébrait. à Paris . 27. n° 24. chaque soir. 1919-1925. A. 1903 (Collection Les Saints). Traitant avec les rois et les princes comme avec les mendiants. et on entendit cet infatigable ouvrier de l'Evangile se dire.P. Ses reliques reposent en l'église des Lazaristes. 1220. Souvent. et. 124 . dans la chapelle de la maison de Saint-Lazare. Après la messe. avec les siens. Correspondance.B. l'homme de Dieu. – (V. amour pratique qui brûlait au cœur de saint Vincent de Paul. jusqu'à sa mort – et il mourut âgé de quatrevingts ans – se levait chaque matin à 4 heures. commençait le travail de journées qui étaient sans repas ni trêve. 1272. et ces deux âmes allaient se perdre en Dieu. une discipline sanglante meurtrissait ses épaules. disait-il aux membres de sa communauté. « Aimons Dieu. Clément XII le canonisa le 16 juin 1737. 792. au lever. Dieu l'appela enfin le 27 septembre 1660 à recevoir la récompense. cette âme montait au ciel et celle de saint François de Sales venait l'accueillir (1622) . il se mettait devant Dieu et se préparait à mourir. Les premières heures du jour étaient pour la prière et la méditation. Messieurs et mes Frères. Léon XIII l'a proclamé en 1885 le Patron des œuvres de charité. Saint Vincent de Paul. as-tu gagné le pain que tu vas manger ? » Sa journée se prolongeait bien avant dans la nuit. – Emmanuel De Broglie.Dieu.P. l'humilité ! Il disait aussi dans son zèle « qu'un prêtre doit toujours avoir plus de travail qu'il n'en peut faire ». il vit l'âme de sainte Chantal mourante (1641) . dans son humilité en entrant au réfectoire : « Malheureux. Vincent resta l'homme de sa vertu favorite.C. 1324. Il joignait au travail une pénitence incessante . Documents.. Sources consultées. Entretiens.) SAINT JÉROME EMILIANI Fondateur des Clercs Réguliers Somasques (1481-1537).

le duc de Milan et le marquis de Mantoue. le bouillant jeune homme laisse ses études et s’enrôle comme volontaire. dans laquelle ils réussirent à faire entrer le Pape Alexandre VI. ou Miani. son esprit vif faisait présager que. Ses parents ne négligèrent point de si heureuses dispositions . Prisonnier. roi de France. Jérôme Emiliani avait alors quinze ans . au milieu de la licence des camps ? Qu’allait devenir son âme au milieu de tant de périls ? La ligue vénitienne fut victorieuse et la puissance de Venise portée à son apogée. le salut de la chrétienté. Ce fut en vain que sa bonne mère l’avertit. avait faites en Italie sur la fin du XVe siècle donnèrent de l'inquiétude aux Vénitiens : ils organisèrent contre ce prince une coalition ou ligue. fils d'une longue lignée d'hommes de guerre. avide d’indépendance et de gloire. Il n’est pas douteux que le jeune Emiliani ne fit son devoir avec ardeur . elle posa dans son cœur les principes d'une foi solide et éclairée. si jeune. le forma dès la plus tendre enfance à la prière . Ses qualités elles-mêmes devinrent un danger : aimable. d'une famille qui a donné trois doges de Venise et deux patriarches de Constantinople. Dès son enfance. Jérôme. Mais le jeune homme. Jérôme Emiliani. le roi de Naples. Jérôme se fit remarquer par sa gaieté et son entrain. assaisonnés l'un et l'autre de dignité et de gravité . Il devint violent. les moindres contradictions le mettaient dans une vive colère. on courait aux armes. Les intéressés eurent de la peine à s'accorder . Eléonore Morosini. sous une main habile. il ferait des études brillantes. noble. Soldat à quinze ans. l'empereur. l'instinct belliqueux qu'il portait dans son sang réveilla en lui le courage martial que ses ancêtres avaient fait paraître. – délivrance miraculeuse. prêtait volontiers l'oreille au cliquetis des armes et au bruit de la guerre. ce fut un sentiment d’ambition qui mit le premier frein aux débordements du jeune soldat vénitien. son père venait de mourir . en 1481. 125 . Son père. Les conquêtes que Charles VIII. La fureur des vices semblait croître en raison même des efforts que l’on faisait pour l’en détourner. naquit à Venise. – La conversion. disait l’acte officiel qui n’était pas sans cacher des intentions politiques. malgré les supplications et les larmes de sa mère. – Vie mondaine et désordonnée. il n'y put tenir .Fête le 20 juillet. le roi d'Espagne. si impétueux. pour « le maintien de la paix en Italie. ses frères le prièrent aussi. et comme il se sert de toutes les circonstances pour ramener les âmes. des sénateurs et de grands capitaines. Vers sa quinzième année. Dieu le permettait sans doute pour faire ressortir avec plus d’éclat la force de sa grâce . mais les craintes de la mère ne tardèrent pas à se vérifier . mais qu’allait devenir la vertu de son cher enfant. mais inutilement. d'une illustre famille qui avait donné à l'Eglise plusieurs prélats et à la République vénitienne des procurateurs de Saint-Marc. en contracta bientôt les vices. De toutes parts. la défense des honneurs dus au Saint-Siège et des droits de l’Empire romain ». Ange Emiliani. beau. Ce n’est pas que sa mère manquât de patriotisme. Ce vice fit tant de progrès que plus tard ce fut celui qu’il eut le plus de peine à extirper. mais enfin l'entente fut signée le 31 mars 1495. mais des amitiés malsaines le conduisirent promptement jusqu’à la dégradation des plus vils penchants. était sénateur de Venise. il fut recherché par tous . le supplia avec larmes . sa mère. en suivant les camps.

celle du ciel. de ses pieds et de ses mains. Il se rappela Notre-Dame de Trévise dont il avait visité le sanctuaire . voulant récompenser Emiliani de sa valeur et de sa générosité. ceux-ci le pressaient de se rendre. on le nourrissait au pain et à l'eau. Il travailla pour eux avec un désintéressement parfait. le gouverneur s'enfuyait lâchement en entendant les troupes impériales saper les murailles. lui remet en mains les clés de ses menottes. reste entr'ouvert. il attendait à chaque heure la mort qu'on lui promettait. le captif délivré d'une manière merveilleuse revient à Venise en racontant partout le prodige dont il a été l'objet. et dont le dernier anneau. Il y entre. l'appelle par son nom. par plusieurs puissances. qu’il devait changer de vie s'il voulait y parvenir. mais aux plus vertueux . le roi de France Louis XII. énorme. publie tous ces faits de vive voix. le 10 décembre. Jérôme Emiliani comprit. formée contre eux. » Malgré tant de valeur. Mais Dieu. près de Trévise . les Vénitiens se levèrent en masse pour s'opposer à la Ligue de Cambrai. Mais il n'exerça que peu de temps cet emploi. qui ne peut pas ne pas l'exaucer. d'y publier ses bienfaits de vive voix et par des inscriptions. jusqu'à la porte de Trévise.. non aux plus ambitieux ni aux plus riches. Le Sénat. les fers de son cou. leurs supplications. De Trévise. d'accorder les charges de la République. que la Mère de Dieu lui apparaît. Mais ce qui le préoccupa le plus.Le Sénat de Venise avait l’habitude. Jérôme se souvint de sa foi. dans sa soif des honneurs. c'était leur instruction religieuse. car un de ses frères étant venu à mourir. Ce miracle est rappelé par les statues du Saint qui le représentent avec une longue chaîne de fer tombant à ses pieds. qu’on ne saurait trop louer. lancer ses traits dans nos poitrines. les fait enregistrer par-devant notaire et peindre dans des tableaux. leurs larmes. En 1508. la garnison massacrée .. de ses entraves et de son cachot. chaque jour on inventait de nouveaux tourments . Mais Jérôme répondit fièrement : « J'ai voué ma tête à la liberté de la patrie . au moment même où il y entrait. se rend à l'église de la Vierge. avouant que Dieu n'était que juste et qu'il méritait bien ce qu'il souffrait. pour laquelle il ne négligea rien. ils le chargèrent de chaînes et lui mirent aux pieds un boulet de marbre . à laquelle il avait été consacré dès son enfance. je sacrifierai plutôt ma vie que la place. En même temps. qui se rit des desseins des hommes. Enfin il fit vœu de visiter pieds nus son sanctuaire de Trévise. A peine Emiliani a-t-il achevé ses supplications. le menaçant des derniers supplices s'il ne le faisait pas. lui commande de sortir et d'exécuter fidèlement sa promesse. faisant même à leur profit des entreprises commerciales afin d'assurer leur avenir. il la supplia d'être son avocate auprès de Jésus-Christ. la Sainte Vierge. son cœur s'émut davantage encore au souvenir de son autre Mère. Il se rappela les reproches de sa mère et de ses frères. la citadelle fut prise. L'empereur peut éprouver notre valeur. le jeune chef fit réparer les brèches . Tandis que ces pensées salutaires agitaient son âme. d'y faire célébrer une messe. il repoussa plusieurs fois les ennemis qui s'avançaient sous les fortifications . dépose au pied de l'autel les clés de sa prison. Elle le conduit de même. Nouveaux progrès dans la vertu. il se rendit à Venise prendre la tutelle de ses neveux. Emiliani lui-même fut jeté dans un cachot obscur et profond. il s'humilia devant Dieu. l’empereur Maximilien 1er et le roi d’Espagne Ferdinand . veillait sur lui avec plus de soin que les geôliers. suspend à la voûte son boulet de marbre. à travers l'armée ennemie. le nomma podestat de Castelnuovo. reconnut la grandeur de ses fautes et en demanda pardon avec un immense repentir. il luttait avec une courageuse sévérité pour corriger ses propres défauts et devenait le modèle de ses concitoyens. à savoir le Pape Jules II. le Sénat confia à Emiliani la défense de Castelnuovo. il se jeta à genoux et l’implora avec ferveur comme le Refuge des pécheurs et la Consolatrice des affligés. jamais il ne nous verra fuir. Sans perdre de temps. Les Allemands ne lui épargnèrent aucune injure . Il se faisait un devoir autant qu'une 126 .

et Jérôme reprit avec ardeur sa mission charitable. et dans l'effusion de son amour on l'entendait souvent s'écrier : « O très doux Jésus.joie d'entendre souvent la parole de Dieu. réduits à la mendicité. il devient pleinement maître de ses passions. ne soyez pas mon Juge. dans ce dessein. aussi pieux qu'éclairé. leur rend le bien pour le mal. leur apprenant à lire et à écrire. Cependant. afin de subvenir aux besoins de ces malheureux : il se fit le plus pauvre de tous. qui a souffert et qui est mort pour le monde . Avant chaque repas. il ne désire plus qu'une chose : vivre et souffrir pour Jésus. les apaise par la mansuétude de son visage et de ses paroles. Il s'abandonna entièrement à la conduite de ce saint religieux. fuyant les louanges et acceptant sans se plaindre les humiliations. mais pardessus tout prenait soin de leurs âmes. Dès ce moment. on récitait le 127 . il s'applique à toutes les vertus. mais cette abondance inespérée attira tant de monde que la disette s'en accrut encore. il peut assister les malades et les moribonds qu'il visite assidûment. Puis il se faisait leur instituteur. ses actes. mais pour faire une pénitence plus longue. Une confession générale avait mis une paix et un calme complet dans l'âme de Jérôme. il voulait lui arracher la barbe : « Voilà ma barbe. il oublie leurs offenses. qui lui fit fouler aux pieds tout ce qui ressentait la vanité et le luxe et remplit son âme de force en le faisant approcher souvent des sacrements de Pénitence et d'Eucharistie. ou des approvisionnements à Venise. qui l’aidèrent de leurs conseils et de leurs actions. il distribua tout son argent. Sa prière fut exaucée. – Le père des orphelins. Un jour. la charité de Jérôme ne connut plus de bornes. il combat l'orgueil en s'adonnant aux œuvres les plus humbles. leur fit apprendre des métiers. et se jetant sur lui. Le serviteur de Dieu eut 1'occasion d'exercer sa charité dans une famine générale qui frappa l'Italie en 1528. Dans la matinée. Ses libéralités ne s'étendaient pas seulement sur les pauvres des hôpitaux et les indigents de la rue. exposés à tous les dangers de la corruption. répondit Emiliani. Il entraîne ses concitoyens à l'imiter. les orphelins étaient nombreux. l'injuria. La famine et la contagion avaient emporté une foule de personnes. Il pratique l'humilité dans son maintien. il redisait avec saint Augustin : « Oh ! soyez vraiment mon Jésus ! » Comprenant que dans le combat spirituel comme dans les combats matériels le soldat a besoin d'un chef expérimenté. pour y entendre la messe et y prier. il pardonne à ses ennemis que ses vertus mêmes ne désarmaient pas . les logea près de l’église Saint-Roch. non pour jouir de la vie. Ce furent d’abord saint Gaétan de Thiène et Jean-Pierre Caraffa. dont il porte les cadavres sur ses épaules jusqu'aux cimetières. et pour exécuter ce que Dieu pouvait attendre de lui pour le salut du prochain. quêta pour eux. ne voulant rien garder pendant qu'autour de lui une infortune restait à soulager. La famine. ses paroles. Il les nourrissait. sans secours. il reçut les derniers sacrements et demanda au ciel la santé. Peu à peu. il choisit pour directeur un Chanoine régulier de Latran. Aussi doux qu'il avait été violent. mais mon Sauveur. il la dotait et lui cherchait un parti avantageux. il conduisait ces abandonnés à l’église. mais lorsqu'il prévoyait les dangers moraux dont se trouvait menacée quelque pauvre fille. il se démet de ses charges . les revêtait. Afin de fermer la voie à l'ambition. et avec leur aide. tout ce qu'il possédait. sans éducateurs. Jésus-Christ crucifié surtout l'attirait. étant tombé malade à son tour. Jérôme Emiliani adopta les enfants. Les préfets de l'annone. bien plus encore dans son cœur. de Naples. leur trouva des maîtres. » Plus souvent encore. La nuit il enterre les morts. arrache ! » Son ennemi s'arrêta honteux de lui-même et vaincu par tant de douceur. Tant de vertus attirèrent bientôt vers lui d'autres âmes généreuses . un homme s'emporta violemment contre lui. A ce moment critique. vendit ces meubles. purent d'abord remédier à la disette en faisant venir des blés de plusieurs endroits .

il faisait prier les petits enfants . se 128 . Jérôme Emiliani put sans inquiétude s'éloigner de ses chers enfants. Avec l'aide de ses amis. Dans les plus pressantes nécessités. Les habitants. la confession de chaque mois était en pratique. Tout le monde s'émut . Fondation d'établissements charitables. y recueille les orphelins et mendie pour les entretenir. ils parcouraient les places de Venise en chantant les louanges de Marie. manquant de tout. il choisissait quatre orphelins au-dessous de huit ans. ce vaillant capitaine. mettant toute sa confiance dans la Providence. Les secours arrivèrent en abondance et. il se rendit à Padoue. se faire ainsi le père des pauvres et des abandonnés. touchés. chacun voulait voir ces orphelins . et fit pour eux ce qu'il avait fait pour les enfants de Venise.Miserere . ces enfants en portaient les livrées. on était édifié de voir cet homme distingué. et y fonda des œuvres semblables à celles de sa patrie. semant le bien et l'édification sous chacun de ses pas. puis à Vérone en 1531. Son zèle dévorant le porta à visiter les environs de Venise. Sans ressources. les jours de fête. archevêque de Milan. après avoir confié ses œuvres à des hommes sûrs. car la famine avait sévi durement . l'homme d'œuvres accepta cette mission. Saint Jérôme Emiliani fait chanter les louanges de la Sainte Vierge aux enfants de Venise. Le Sénat. car ils étaient vêtus de blanc . mais par-dessus tout. Les souffrances n'y manquaient pas. jeunes et vieux. et saint Charles Borromée. Emiliani ne pensa plus qu'à les secourir. Là encore il acquiert une maison. lui offrit la direction de l'hospice des incurables. Tout cela ne lui suffisait pas encore. Ils louent même cette maison de quelques revenus. reconnaissant. après avoir réglé toute chose. Consacrés à la Sainte Vierge. on chantait avec eux les litanies de la Vierge et le rosaire . et malgré les sollicitations de ses amis. allaient périr. les faisant s'agenouiller avec lui et unir leurs supplications aux siennes. apportent eux-mêmes les secours. un grand nombre d'hommes. Bientôt il va à Brescia. se cotisent pour offrir un édifice plus vaste et mieux approprié à son œuvre. il quitta Venise.

prêchant. De temps en temps. Jérôme envoyait ses premiers disciples en mission dans les campagnes voisines . de là aussi le nom que portent ceux-ci : « Congrégation des Clercs réguliers Somasques ». fait appel aux hommes valides et avec eux coupe la récolte en leur faisant chanter des cantiques. comme on l'a vu. l'une pour les orphelins. les repas. où il rencontre un autre genre de misères. dont le fond est celle de saint Augustin. il n'hésite pas. Cette dernière œuvre. les meubles. fortifiaient les pauvres. mais dans la campagne. sous ses auspices. reconnut bien vite dans Emiliani un homme de Dieu.trouvant alors en visite à Brescia. un emplacement convenable. on passe une partie de la nuit en prières . Le « Saint » (c'est ainsi que les populations le nomment désormais) voit là une bonne occasion de se dévouer. il fonda trois maisons. on se livre à l'étude et on délasse l'esprit par quelques travaux manuels. qui fut plus tard une des lumières du Concile de Trente. celui-ci parcourut son territoire. 129 . consolaient les affligés. En six ans. Jérôme n'hésita plus. appelés encore « Clercs réguliers de Saint-Mayeul ». arriva Primo de Conti. comme toutes celles dont Jérôme s'occupait. à Somasca. de dévouement et de renoncement. ne tarda pas à prendre un grand développement. du reste. A Bergame comme ailleurs. recueillaient les orphelins. au lieu de la corruption. On courait vers lui. d'autres accoururent : Bernard Odescalchi. entre Bergame et Milan. Cette règle prescrit un silence rigoureux. C'est là qu'il se fixa avec ses disciples . Emiliani passe à Bergame. il ne voulut pas placer le berceau du nouvel Institut dans une grande ville. riches. deux prêtres remarquables se mirent sous sa direction : c'étaient Alexandre Bezulio et Augustin Barilo . consolant. lequel commença par donner ses biens pour plusieurs fondations. Il recueille des faucilles. à Bergame. les Somasques font remonter non sans raison leur origine à 1528. La peste et la famine avaient tellement sévi que les moissons périssaient dans la pampa par défaut d'ouvriers. celle qui devait lui survivre et perpétuer ses fondations. Ce fut. Dernières années. Jérôme Emiliani avait commencé à se signaler par sa grande charité. l'autre pour les jeunes filles. Tout ce bien ne put se faire sans retentissement. et le seconda de tout son pouvoir . de celles-ci il convertit un bon nombre. Le Fondateur rédigea lui-même les points essentiels de la règle. Bien qu'institués en fait à une date postérieure. le meilleur mode de recrutement pour la Congrégation naissante . La volonté divine lui apparaissait manifeste . Cet esprit paraît partout. descendant de la sœur de Didier. évêque de cette ville. L'esprit de détachement et d'abandon à la divine Providence. on respira un air pur. sise à Pavie. qui leur fut donnée par saint Charles Borromée. Institution des « Clercs réguliers Somasques. Quand tout est terminé. puis se donna lui-même. Dieu lui amenait à propos ces auxiliaires : l'œuvre principale de Jérôme Emiliani. ils se firent pauvres comme leur maître. Louis Lippomani. ils évangélisaient. On vint à son secours. l'ancien roi des Lombards. le Fondateur établit douze maisons et réunit trois cents disciples. des austérités fréquentes . Ils s'appliquaient surtout à instruire les enfants et à découvrir parmi eux des vocations ecclésiastiques. – La mort. dans les habits. allait prendre corps. c'est-à-dire à l'année même où. » L'homme de Dieu comprit que le moment était venu de mettre à exécution le projet qu'il nourrissait depuis longtemps : fonder une Société qui aurait pour but le soin des pauvres et des orphelins. ses compagnons la suppliaient eux-mêmes de leur donner une règle commune. Bientôt. pendant le jour. à cause de l'église de ce nom. qu'il décida à une vie de pénitence. l'obéissance doit être prompte . un certain nombre des enfants élevés par elle entraient au noviciat des Somasques et en perpétuaient l'esprit de zèle. multipliant les bienfaits et ramenant ainsi à Dieu un grand nombre d'âmes pécheresses. et bientôt. régularise la dotation. la troisième pour les personnes adonnées publiquement aux vices . tel est le caractère principal du nouvel Institut. Par humilité et par amour du recueillement. Après lui. Il trouva.

Aux premiers siècles de notre ère. Monfort. dont il porte sur ses épaules tous les matériaux. le Seigneur me mande au ciel ! Je préfère me rendre au ciel. Fête le 21 juillet.Les dernières années de Jérôme Emiliani furent consacrées à développer et à consolider son œuvre. il revient à Somasca. Sources consultées. » En effet. mais les mœurs restent 130 . Invité par son ami le cardinal Caraffa. Sa statue. – (V. ou déchirés par les ongles de fer. A. se met en retraite et examine sa vie avec un soin scrupuleux. Le 14 mars 1928. à toutes les époques.B. à Milan et à Pavie. et les psèques dressent leurs chevelures. et cela plus particulièrement aux époques de décadence. sa toilette. n° 647. légitimes ou non. Ses œuvres prirent une nouvelle extension. son vêtement. le futur Pape Paul IV. se font soigner par des coiffeuses. ». Benoît XIV le béatifia le 29 septembre 1747 . les calamistes les frisent.P. Pie XI a signé un décret de la S. plein de sérénité au milieu des sanglots de tous. notamment à Côme. Il visitait toutes ses maisons. à Saint-Pierre. qu'il reçoit comme un Saint. à minuit. Averti par Dieu de sa mort prochaine. Les noms changent avec le temps. il répond : « Pierre Caraffa me mande à Rome. ce que saint Vincent de Paul devait être en France un siècle plus tard. les cyniflores leur mettent dans les cheveux des teintures en poudre . aussi précieuse devant Dieu que sa vie avait été fructueuse aux hommes. Il demande les sacrements de l'Eglise. les mains et les yeux fixés au ciel. au XVIe siècle. Dictionnaire des Ordres religieux (Collection Migne). dans le lointain. pour l'Italie du Nord-Est. les Barbares du Nord préparent leurs invasions vengeresses. Il est dans la joie de sa solitude. – Hélyot. La femme païenne. œuvre de Bracci. sa coiffure. Il était âgé de cinquante-six ans. Clément XIII le mit au nombre des Saints le 16 juillet 1767. a connu les mêmes préoccupations . Il encourage ses disciples et leur fait ses dernières recommandations. et fixa sa fête au 20 juillet. il ferme doucement les yeux et rend son âme à Dieu en prononçant les saints noms de Jésus et de Marie. marchant à pied et vivant de pain et d'eau.P. gardant une lucidité entière jusqu'à la fin. qu'on appelle alors des cosmètes . Beaucoup de miracles suivirent sa mort. qui avait été. le 8 février 1537. se trouve dans la basilique Vaticane avec celles des autres grands fondateurs d'Ordres.S. répétant souvent les paroles de saint Paul : « Je veux mourir pour être avec le Christ. – Les Petits Bollandistes. il se prépare avec une ferveur croissante à son départ de ce monde. Enfin. des enfant orphelins et abandonnés cet admirable apôtre de la charité. à se rendre à Rome.) SAINTE PRAXÈDE Vierge de Rome (t vers 164). ses plaisirs. les matrones romaines. Congrégation des Rites proclamant patron. où il se livre sans merci à la péni tence et à la prière. et que. pour le monde entier. Il se construit seul une cellule.. tandis que les martyrs sont dévorés par les animaux. si elles n'ont plus d'enfants et affectent des allures d'hommes. ses chaussures.

suivant l'Agneau sans tache. admet au contraire que. mais les grands personnages tenaient à rassembler dans leurs demeures tout ce que les autres étaient obligés de chercher ailleurs. un palais était alors comme un lieu qui devait pourvoir à toutes les nécessités de la vie. – Son habitation. Sainte Praxède et sa sœur sainte Pudentienne occupent un rang brillant parmi ces femmes admirables dont les noms peuplent nos Martyrologes. et le texte ajoute que. Le tout richement décoré de marbres et de statues. il ne serait autre que le centurion Corneille ou Cornelius. Si les Barbares ne sont plus dans le Nord. parce que c'est en elles et par elles que l'Eglise voit largement fleurir sa glorieuse fécondité ». rien ne s'oppose à ce qu'elles soient les propres filles du généreux ami de saint Pierre. Bien plus. nous nous trouvons en présence d'une famille foncièrement chrétienne des tout premiers âge. qui voisine avec le nom de Pudens dans l'Épître de saint Paul. On a identifié ce Pudens avec celui dont parle saint Paul en sa seconde Épître adressée à Timothée quand il écrit : « Eubule et Pudens. Le Pudens qui donna une hospitalité généreuse au Prince des Apôtres en l'an 42 était-il le père ou le grand-père de Praxède ? Les Bollandistes inclinent à admettre deux Pudens . C'est dans ce milieu opulent que Praxède vit le jour. thermes ou salles de bains. autant qu'il est permis de la reconstituer par les souvenirs païens qui nous restent d'édifices analogues. sa Mère. bref. Quoi qu'il en soit. dans tous les siècles. Le milieu aristocratique où l'Apôtre trouva un abri à Rome montre que la foi qu'il prêchait ne s'adressait pas seulement aux humbles Juifs. Cependant le nom de Claudie. le père. famille privilégiée. Cette manière de voir a l'avantage de concilier plus facilement la date de l'an 42 avec l'époque du pontificat de saint Pie 1er. à cette époque. « revêtu de JésusChrist dans le baptême. Le sénateur Pudens. prêts à intervenir. C'est cette version qu'adopte le Martyrologe romain. ainsi que Lin et Claudie. rejoignant des auteurs plus anciens. semble lui-même désigner une femme de distinction. et qui était celle où vivait sainte Praxède. en l'an 42. mais cette dernière supposition paraît définitivement écartée.identiques après les grandes secousses. Horace Marucchi. la joie et la gloire de l'Eglise. et qui sont. des places. à la date du 19 mai . les demeures des esclaves. mais il y eut des Pudens d'un rang plus modeste. ni la dignité de sénateur de l'hôte de saint Pierre. les magasins. appartenant à la célèbre famille Cornelia. saint Pudens y est donné comme le père de sainte Praxède. comme le dit Mgr Gerbet dans son Esquisse de Rome chrétienne : 131 . il en est ailleurs. L'habitation du sénateur Pudens. Comme l'a fait remarquer un rchéologue contemporain. Une question importante se pose au sujet de ses parents. cachés en leurs boutiques des rues tortueuses du Transtévère. des théâtres. des sortes de forums ou portiques sous lesquels le maître se promenait avec ses amis. généralement dans l'aristocratie. mais qu'elle faisait aussi ses conquêtes parmi les riches et les puissants. les jardins. postérieur d'un siècle (139-154). ce surnom de Pudens est assez fréquent chez les Romains. même les plus corrompus. Quand saint Pierre vint à Rome. comprenait une vaste étendue de terrain ceinte d'un mur percé de quatre portes. Mais depuis sa venue sur la terre. si Dieu ne les arrête. marié à Sabinella. La vie des Romains. marié à Priscille . et jusqu'ici rien ne s'oppose à admettre l'identité des deux personnages. « la portion la plus illustre du troupeau de Jésus-Christ. Notre-Seigneur trouve et continuera de trouver des vierges fidèles. Dans l'intérieur se trouvaient non seulement la maison du propriétaire. il conserva sans aucune tache la robe d'innocence jusqu'à la fin de sa vie ». il logea dans la maison ou palais dun nommé Pudens. Praxède et sa sœur ayant vécu jusqu'à un âge avancé. mais des hippodromes. baptisé par saint Pierre en Palestine . des rues. comme le dit saint Cyprien. Elles appartenaient à la gens ou famille Pudentiana. qui avait son habitation sur l'Esquilin. une ville en miniature. l'aïeul. vous saluent. Un critique moderne. Comme on le voit. Puis venaient les écuries. était toute au dehors. » Et on a cru voir en lui un sénateur.

continue le prêtre Pasteur. Il est possible que. « Les deux sœurs vendirent alors tous leurs biens. que l'auteur déclare avoir ensevelie lui-même. d'antiquité et de renouvellement. dû au même Pastor. au Vicus Patricii. De fait. se trouvant privé de son épouse. ce qui suffirait pour conférer à cette famille. Zèle apostolique de sainte Praxède et de sa sœur. il nous apparaît comme le conseiller et le soutien de Praxède et de Pudentienne. Mort de saint Pudens. il ait été remanié au IVe ou au Ve siècle . prêtre sous le nom duquel il y a un titre cardinalice sur le mont Viminal. la légende s'est mêlée à l’histoire. quoi d'étonnant si Pudens s'appliqua surtout à élever ses deux filles dans l'amour de la virginité et dans la pratique des préceptes du Seigneur ? Pudens fonde un « titre » ou église dans sa maison. de démontrer la vérité de ces assertions. l'Eglise persécutée ne possédait point encore pour les réunions des fidèles les édifices publics qui prirent ensuite le nom de basiliques : c'était dans les maisons particulières ou à l'ombre des Catacombes que les chrétiens s'assemblaient pour prier et pour célébrer les divins mystères. le dernier est un appendice narratif. il nous faut suivre les écrits de ce Pasteur. » Au IIe siècle. envoyé dans les carrières. pauvre pécheur. nous dit-il. Il érigea donc. On l'a considéré comme l'auteur de trois documents auxquels les siècles précédant le nôtre attachaient un grand prix. L'histoire de Praxède et de sa sœur nous a été conservée et transmise par un prêtre qui se désigne lui-même sous le nom de Pasteur (Pastor). aux sentiments de la fraternité humaine qui constitue l'égalité chrétienne. Pudens s'en alla vers le Seigneur. En résumé. et qui nous mène jusqu'à la mort de Praxède.Famille Heureuse jusque dans ses noms. afin de les distribuer aux chrétiens. parmi lesquels on comptait beaucoup de pauvres. Le premier est adressé par lui-même à Timothée. qui résidait chez lui . faute d'arguments décisifs. elles persévèrent ensemble dans les saintes 132 . une incomparable noblesse. Il était le contemporain et le familier du Pape saint Pie 1 er. sur lesquelles reposait le patriciat antique. et il est permis d'y voir une des plus belles pages de l'histoire de l'église aux temps apostoliques. au 26 juillet. car c'est là… c'est chez Pudens que les chrétiens de Rome se sont d'abord réunis pour assister aux saints mystères. Pudens. pour y recevoir la communion de la main de saint Pierre. ce même manque d'arguments ne permet pas non plus de s'inscrire en faux contre les détails rapportés. qui rappellent des idées de pudeur. Ce fut moi. et s'il ne paraît pas possible. qu'il choisit pour réaliser ce pieux dessein. saint Pasteur. sans toutefois se donner pour son frère . Le deuxième se présente à nous comme la réponse de Timothée . et à défaut d'autres sources plus anciennes et plus sûres. prenait place au banquet eucharistique à côté des grands . si l'on peut croire que. et qui vivait intimement au milieu de cette famille d'élus. Cette famille est la première dans laquelle se soit effectué la transition des idées hautaines. absolument authentique. transformer sa maison en église. Dès lors. « Cependant. Cet écrit n'est peut-être pas. à Sainte-Pudentienne. sous cette forme. aux yeux de la piété. où l'esclave. le Martyrologe romain porte cette mention : « A Rome. de crainte de Dieu. dans un dessein d'édification ou autre. d'autre part. sur les conseils du bienheureux évêque Pie (le Pape saint Pie 1er). en cette ville de Rome. un titre (église) auquel il voulut donner son nom. Elle ouvrit sa dernière sénatoriale à ces assemblées des fidèles. laissant ses filles munies de la chasteté et savantes dans toute la loi divine. Fidèles à l'amour du Christ. fleurs de virginité. dans ces documents. désira.

sur la via Salaria. on peut définir cette situation par ce mot très moderne et qui a reçu en des temps plus récents une application analogue : « la police fermait les yeux ». à un âge qu’il est difficile de préciser. le jeûne et la prière. et interdisant toute persécution. par prudence. puisque sept Papes y avaient leur tombeau en une basilique qui a été restaurée en 1907. il était toujours possible à quelques magistrats zélés d'envoyer les chrétiens à la mort et c'est ce qui se produisit à diverses reprises. le chant des hymnes s’y faisait entendre. ils purent le transporter durant la nuit au cimetière de Priscille. on lui attribue même un rescrit. sa sœur Praxède l’ensevelit : les chrétiens entourèrent son corps d’aromates et de parfums et le tinrent caché. elles témoignèrent au Pontife saint Pie 1 er le désir qu'elles avaient d'ériger une piscine baptismale dans le titre ou église paroissiale fondée par leur père. Mort de sainte Pudentienne. quatre-vingt-seize néophytes y furent baptisés. lieu toujours vénéré et vénérable. dans ce dessein. Quel que fût le régime auquel était soumise la religion du Christ à ce moment. les Papes se retiraient secrètement chez elles pour offrir les saints mystères et administrer les sacrements aux fidèles qui les y venaient trouver. Quand ceux-ci eurent déclaré leur volonté d'être chrétiens. Il laissait. puis. les deux servantes du Christ réunirent tous les esclaves qu'elles possédaient à la ville et à la campagne. Puis. Et comme les assemblées publiques des chrétiens demeuraient interdites. Elles avaient un grand zèle pour propager la foi autour d'elles . dormir les édits persécuteurs . Cet empereur. et en supposant que la tolérance y fut alors la règle générale. Nuit et jour. durant vingt-huit jours. Ceux qui étaient chrétiens furent affranchis. et la construction fut faite sous ses ordres. désigna de sa main le lieu où la piscine sainte devait être placée. et l'on commença à instruire les autres de l'Evangile. le Pontife Pie ordonna de faire la cérémonie légale de leur affranchissement dans l'église même. et le déposer près du corps de saint Pudens. règne qui coïncidait précisément avec le pontificat de saint Pie. était un païen épuré et élevé autant qu'un païen pouvait l'être. En mettant les choses au mieux en ce qui concerne Rome. De toute manière. dit le Pieux. L'évêque du Siège apostolique accueillit favorablement le projet. et beaucoup de païens y venaient trouver la foi et recevaient le baptême en toute allégresse. la vierge Pudentienne étant morte la première. le 14 des calendes de juin (le 19 mai). légale ou illégale. le plus ancien de tous. Or. Pendant ce temps. comme les lois leur restaient contraires. martyrisé sous Domitien en 91 . – Mort de Novatus.veilles. dans l’intérieur de l’oratoire. on y rattache le souvenir de la première prédication de saint Pierre . originaire de Nîmes. à la fête de Pâques. qui construisit ou acheva le pont du Gard et les célèbres arènes de sa ville natale. Ce cimetière chrétien. doit sa fondation au consul Glabrion. il est prouvé qu'en plusieurs provinces. la maison des deux vierges devint un lieu de réunions permanentes. La famille Pudens avait là une sépulture propre. où la populace s'ameutait parfois contre les fidèles et demandait leur supplice. 133 . l'Eglise et le monde connurent peut-être une époque de tranquillité. cependant. dit-on. dont l'authenticité est admise par les uns et rejetée par les autres. Sous le règne de l'empereur Antonin.

s'informa de lui.Sainte Praxède veille à l'ensevelissement des martyrs. dit-elle. dans l'assemblée des fidèles on remarqua l'absence de Novatus. la visitaient souvent pour lui apporter des paroles de consolation. Ici nous laissons la parole au prêtre Pasteur : Or. Nous demeurâmes dans sa maison les deux jours qui suivirent. il émigra vers le Seigneur. dans les thermes de Novatus. homme très généreux. Praxède demanda à saint Pie d'ériger un second titre ou église à côté de l'ancien. Le 134 . On apprit que Novatus était retenu par la maladie. Profitant des ombres de la nuit. nous nous rendîmes auprès de Novatus. il lui plut de laisser au titulus et à la vierge Praxède tout ce qu'il possédait. Les plus nobles chrétiens. L'évêque Pie. de dissimuler un corps humain sous un monceau de provisions. après le départ de sa sœur bien-aimée. un an et vingt-huit jours après la déposition de Pudentienne. La vierge Praxède. qu'employaient les maraîchers des environs de Rome pour apporter dans la ville les produits de leurs terres. peut-être vos prières obtiendront-elles du Seigneur sa guérison. qui répandait ses aumônes dans le sein des pauvres de Jésus-Christ et consacrait ainsi tous ses biens en œuvres de miséricorde. mais il convient sans doute de prendre ce mot dans le sens plus large de « frère dans le Christ ». Parmi eux était saint Novatus. L'assemblée accueillit avec bonheur ces paroles. Cinq jours après. dont la sollicitude embrasse tous les chrétiens. l'appelle le frère de Praxède. en temps de persécution. en nous voyant. demandant souvent à la vierge Praxède de se souvenir de lui dans ses prières. Cet homme de Dieu. Le Martyrologe. rendit grâces au Seigneur de lui envoyer la visite du saint évêque Pie. C'est là qu'on transportait les restes des martyrs. avec le saint évêque Pie. nous irons visiter le malade . Dans cet intervalle. au 20 juin.Si vous l'ordonnez. s'adressant alors à notre père le Pontife : . Praxède continua à habiter le titulus. ce qui permettait. et cette nouvelle nous affligea tous. à l'aide de chariots à deux roues nommés birotes. de la vierge Praxède et de nous-même. lesquels n'étaient plus en usage et avaient une salle grande et spacieuse.

Praxède avait eu l'honneur de fournir un temple à Jésus-Christ et un asile à l'Eglise : une basilique s'éleva bientôt sous son vocable. de la famille des Antonins. leur rendait elle-même tous les services qu'elle pouvait et les consolait dans leurs peines. cette pieuse femme n'aspirait plus qu'à l'éternel repos « dans le baiser du Christ ». le 12 des calendes d'août. Avec ces données on ne voit pas comment certains hagiographes ont pu ranger la pieuse femme au rang des vierges martyres. Mais l’empereur Marc-Aurèle ayant appris que des réunions se faisaient au titre de Praxède. le fit investir par ses soldats et beaucoup de chrétiens furent pris. dont on voudrait faire une manière de saint laïque. et elle les ensevelit au cimetière de Priscille le septième jour des calendes de juin. notamment le prêtre Semmétrius et vingt-deux autres. sur la voie Salaria. il dédia une autre église là où s'élève aujourd'hui l'église Sainte Praxède. On montre aussi une éponge 135 . affirme-t-on. dans lequel. est à trois nefs divisées par seize colonnes de granit. s'il était expédient qu'il en fût de la sorte. même à l'extérieur de mosaïques anciennes. c'est-à-dire Marc-Aurèle. Ne pouvant supporter le spectacle de ces sanglantes persécutions. comme le dit le Bréviaire. avec son maître-autel décoré d'un baldaquin. dans la Ville éternelle. Praxède recueillit leurs corps durant la nuit. et c'est bien ce qu'indique le Bréviaire romain quand il parle de la persécution de l'empereur MarcAntonin. Au milieu de l'église est un puits. renferme une colonne transportée de Jérusalem en 1233. D'un âge très avancé. dans la tribune se voit aussi un tableau de Dominique Muratori. par le cardinal Jean Colonna. Marc-Aurèle. Elle cachait les uns dans sa maison. – Mort de sainte Praxède. Ainsi s'exprime le Bréviaire. l'empereur philosophe.Pape en fit la dédicace sous le nom de la bienheureuse vierge Pudentienne. Moi Pasteur. vierge consacrée. et qui versa plus de sang chrétien à lui seul que Néron et Domitien. aux principes rigides. une grande tourmente se déchaîna contre les chrétiens et beaucoup d'entre eux conquirent la couronne du martyre. exhortait les autres à demeurer fermes dans la foi. s'efforça de venir en aide aux serviteurs de Dieu : Elle les soulageait de ses biens. Le Seigneur l'appela au ciel vers ce temps-là pour récompenser sa piété. en 161. ensevelissait les corps de ceux qui avaient triomphé. Retour de la persécution. et c'est un des titres cardinalices les plus anciens. décorée. dans le cimetière de Priscille. j'ai inhumé son corps près de celui de son père. La tribune et le grand arc sont ornés de mosaïques anciennes . sainte Praxède recueillait le sang des martyrs. Culte rendu à sa mémoire. prêtre. L'église actuelle. confiée aux Bénédictins de Vallombreuse. et il y établit un baptistère. serait la colonne de la flagellation. Quelque temps après. A Antonin le Pieux succéda. et qui. elle pria Dieu de la retirer du milieu de tant de maux. Nous n'avons d'autres détails sur sa mort et sa sépulture que ceux de ses Actes où nous lisons : Praxède émigra vers le Seigneur. Ils furent conduits au supplice sans même qu’on daignât leur faire subir un interrogatoire. représentant la Sainte. C'est sans doute sous son règne que Praxède termina sa vie terrestre. Praxède. que surmontent quatre colonnes de porphyre. d'après la tradition. Elle veillait à ce que rien ne manquât aux prisonniers et à ceux qui étaient condamnés aux bagnes. Plus tard. La chapelle la plus remarquable.

comme une vierge sage. – H. Sources consultées. Les Vierges martyres. religieusement conservée. est honoré sous le grand autel. En cette même église Sainte-Pudentienne se trouve une mosaïque fameuse du IXe siècle : Notre-Seigneur. Saint Charles Borromée reçut. – (V. le saint cardinal se fit construire dans ses dépendances une résidence qu'il ne cessa d'habiter dans la suite. deux matrones d'âge mûr tiennent chacune une couronne. n° 752.S. Les célèbres archéologues Jean-Baptiste de Rossi et son élève Horace Marucchi reconnaissent en ces deux femmes sainte Praxède et sa sœur. et il enrichit beaucoup de ses bienfaits cette église qui lui était chère par son ancienneté et par la multitude de ses reliques.avec laquelle elle lavait pieusement les précieux restes de ces témoins de Jésus-Christ. Une des chapelles. Marucchi. en novembre 1564. assis sur un trône au pied de sa croix y est entouré de ses apôtres . de son vivant.B. Non content de la restaurer et de l'embellir. figure qui remonte au Ve ou VIe siècle. notice au mot « Pudens » dans le dictionnaire biblique de Vigouroux.. Le même Pape ordonna en même temps de transporter dans cette église les corps de deux mille martyrs : au jour de la résurrection. que le Pape saint Pascal 1 er fit retirer des Catacombes au IXe siècle. La Sainte est représentée tenant une lampe allumée. est un buste sculpté sur la porte de bronze de l'église Sainte-Pudentienne. le titre cardinalice de Sainte-Praxède. Le graveur Jacques Callot a de même figuré sainte Praxède épongeant le sang des martyrs sur une place publique. Dans quelques parties de la France. Le corps de sainte Praxède.. PAROLES DES SAINTS _________ 136 . se fit l'humble servante des confesseurs de la foi. y perpétue le souvenir du grand archevêque de Milan. ils se lèveront pour escorter celle qui. On représente parfois Praxède et Pudentienne rendant aux martyrs les derniers devoirs. 1er (Paris. – Mgr Gerbet. – Abbé Martin. derrière ce groupe.P. Un des premiers documents iconographiques concernant sainte Praxède. dont nous constations l'existence. Octave Caron.) …………….. 1874). cette Sainte est honorée sous le nom altéré de Pérussette. Esquisse de Rome chrétienne. tant qu'il resta à Rome. t.

SAINTE MARIE-MADELEINE Pénitente (1er siècle). Marie la pécheresse . avait reçu dès son adolescence l'administration des biens patrimoniaux . l'Eglise a voulu rappeler. avant d'avoir appris. pas vouloir enseigner. sans prétendre trancher la question. Nous nous en tiendrons donc à cette tradition. ce qui nous permet de croire qu'il n'y a contre l'unité des trois Marie aucune objection sérieuse. et Marie-Madeleine. sa sœur aînée qui. Madeleine enfin. d'une famille opulente dont l'Évangile fait connaître plusieurs membres . le mort de quatre jours que Jésus-Christ ressuscita . Fête le 22 juillet. Il ne faut pas vouloir répandre avant d'avoir reçu. Certains commentateurs en font trois personnages différents . Lazare. ne forme des lacs. Marie. le 22 juillet. Saint Bernard. Première phase de sa vie. La source ne s'écoule en ruisseau. sœur de Marthe. en Judée. Marthe. par suite de la mort de ses parents. la plus jeune. ce triple souvenir. qui vivait loin de son frère 137 . I1 faut être réservoir et non canal. qu'après s'être remplie. Marie-Madeleine naquit à Béthanie. Les Évangélistes nous parlent de trois femmes du nom de Marie .La vie intérieure. aucun argument décisif.

Maître. tu n'as pas répandu l'huile sur ma tête et c'est sur mes pieds qu'elle a répandu tout ce parfum précieux. et prenant la parole : 138 . et je vous consolerai. s'arrêta devant le Seigneur. Vous tous qui souffrez. d’où son nom de Magdaleine. pour venir verser sur les pieds du Seigneur les larmes de sa pénitence avec le parfum de son amour. répond le pharisien. qui allait et venait inquiète. Simon invite Jésus à dîner chez lui. tu ne m'as pas donné le baiser que l'on donne aux hôtes vulgaires. C'était Madeleine. nous l'ignorons. depuis le moment où elle est entrée chez toi. dont nous avons fait Madeleine. Pour comprendre le récit évangélique. comme ils ne pouvaient payer leurs dettes. Un jour. « A coup sur. avait invité Jésus à dîner chez lui. Et voilà qu'une femme portant un vase de parfums précieux apparut soudain dans la salle du festin. Marthe. la Pénitente de Béthanie sauvera plus d'âmes que la pécheresse de Magdala n'en avait perdues. nommé Simon. C'est pourquoi je te dis : Beaucoup de péchés lui sont remis. Jésus reçoit l'hospitalité à Béthanie. Le Sauveur venait d'atteindre sa trentième année. assise aux pieds du Sauveur. Désormais. et celle-ci. avec elles. » Jésus se tournant alors vers lui : « Simon. osait affronter l'indignation d'un pharisien rigide. le créancier les leur remit à tous deux : dis-moi. Jésus dit à Simon : « Je suis entré dans ta maison . il faut se souvenir que les Romains. parce quelle a beaucoup aimé. sœur de Marie-Madeleine.. sans invitation. elle avait cru en lui. tu ne m'as pas offert de l'eau pour me laver les pieds. elle était accourue vers le nouveau Prophète. Un pharisien. j'ai quelque chose à te dire. n'a point cessé de couvrir mes pieds de baisers . – Parlez. Simon ne put voir sans indignation sa maison souillée par la présence de la pécheresse. en entendant exalter son amour par Celui dont elle implorait la clémence ! Elle venait d'être l'objet d'une résurrection plus merveilleuse que celle dont sera plus tard favorisé Lazare son frère. elle résolut de suivre les pas du Divin Maître. c'est celui à qui a été faite la plus grande remise. et que l'Évangile la désigne sous le nom de « pécheresse dans la cité ». Quelle joie ne dut-elle pas sentir. et cette femme les a inondés de ses larmes . Jésus ne vivait que d'aumônes . il saurait bien qui est cette femme qui baise ses pieds. Marie-Madeleine. l'autre 50 . qui des deux l'aimera le plus ? – Maître. et le peuple accourait vers lui. délivrée du joug infernal. Je ne suis pas venu pour sauver les justes mais les pécheurs ». mais celle-ci. mais nous pouvons penser qu'en entendant Jésus dire à tous : « Venez à moi. se dit-il en lui-même. qui furent sans doute fort touchants . Nous ne connaissons pas les détails de sa conversion. Tourmentée par le remords plus encore que par les esprits impurs qui la tyrannisaient. si celui-là était prophète. qui. se tournant alors vers Madeleine. elle se sentit éprise d'un immense amour pour son Rédempteur. dans le château de Magdala. Quelle fut dans l'existence de Marie-Madeleine la part de cette cause. et. dirigeait avec empressement les apprêts du repas. A vingt-deux ans. le bruit de ses miracles commençait à se répandre. » Madeleine n'était venue chercher que son pardon. Simon. y avaient importé les vices du paganisme. – Un créancier avait deux débiteurs dont l'un lui devait 500 deniers. qui donc subvenait à ses besoins ? Quelques saintes femmes groupées autour de la Vierge Marie et. Madeleine fut de ce nombre. maîtres de la Judée. à Béthanie. Marthe. dit saint Bernard. qui constituait sa part. » Et.et de sa sœur. probablement à Capharnaüm.. – Tu en as bien jugé. savourait avec délices les paroles qui tombaient des lèvres divines. Toujours est-il qu'elle fut possédée par sept démons. Marthe le reçut dans sa maison.

Les apôtres inquiets attendaient quelque grand événement. Mais l'onction des pieds ne lui suffit plus cette fois. il avait répondu : « Cette maladie n'est pas pour la mort. dans la maison de Simon le lépreux. Lazare. le ressuscité. portant un vase d'albâtre rempli d'un parfum précieux. mon frère ne serait pas mort. le peuple de Jérusalem. Marie. était en face de son Sauveur . mais il se troubla lui-même et frémit en son esprit. Là. fut plongée dans la tristesse. Il pleura. Jésus acceptait un abri à Béthanie. – Seigneur. et sort du sépulcre. s'étaient rassemblés. en effet. viens dehors ! » Et Lazare se lève plein de vie. elle courut à sa rencontre. mais ses larmes coulaient abondamment. nous voyons Notre-Seigneur assister à un dernier repas public. Après le triomphe du jour des Rameaux. dont la mort corporelle n'est qu'une faible image. sa mort fut dès ce moment décrété par les Juifs. puis. soulevé par les pharisiens. » Et le Fils de Dieu pleura. à la vue de ses larmes.« Maître. pour nous apprendre à pleurer avec ceux qui pleurent. Mais maintenant je sais que tout ce que vous demandez à Dieu vous est accordé sur-le-champ. et se jetant à ses pieds en pleurant : « Seigneur. ainsi que quelques disciples restés fidèles. la sœur convertie surtout. ne pouvait-il pas empêcher son ami de mourir ? » Il se fit un grand silence. » Ainsi étaient précisées par le divin Sauveur la légitimité et la dignité éminente de la vie contemplative. lorsque. Marie a choisi la meilleure part et elle ne lui sera point enlevée. préparait une croix au Fils de Dieu. Marthe servait comme toujours. avec Lazare. Cependant. et Jésus. venez et voyez. mais pour la gloire du Fils de Dieu. Lazare se mourait et Jésus n'était pas là ! Consulté par ce message plein de confiance : « Seigneur. apparaître dans la salle du festin. dit-elle. Marthe et MarieMadeleine. ne répondit point. 139 . on aperçut Lazare couché dans son linceul et exhalant une odeur de corruption. la pierre du sépulcre enlevée. » Jésus prit la défense de Marie : « Marthe. elle avait encore choisi la meilleure part. il cria d'une voix forte : « Lazare. levant alors les yeux au ciel. disaient à voix basse : « Voyez comme il aimait Lazare ! » D'autres osaient encore murmurer : « Lui qui a ouvert les yeux de l'aveugle-né. Résurrection de Lazare. dans la maison de ses amis privilégiés. celui que vous aimez est malade ». disait-elle. si vous aviez été là. si vous aviez été là. appelée par le Seigneur lui-même accourut aussi se jeter à ses pieds en pleurant : « O Seigneur. il pleura surtout sur la mort spirituelle des pécheurs. Jésus dit à ses apôtres : « Retournons en Judée. je vous rends grâces de m'avoir exaucé » . Seconde onction à Béthanie. mon frère ne serait pas mort. » Que pouvait la médecine sur celui que Dieu avait résolu de laisser mourir ? Lazare expira pendant que son divin Ami continuait de prêcher au loin. qu'elle répand sur les pieds de Notre-Seigneur. les apôtres. En attendant. Quant à Marie-Madeleine. quelques Juifs. à la vue de sa douleur et de la tristesse des Juifs qui l'entouraient. La foi de ses deux sœurs avait reçu sa récompense. ne voyez-vous pas que ma sœur me laisse seule dans le service de la maison ? Dites-lui donc qu'elle vienne à mon aide. Quant à Jésus. » Elle n'ajouta rien de plus. » Marie. car notre ami Lazare sommeille. Marthe. en effet. se tournant vers le sépulcre. Au cours de cette semaine. pourquoi votre cœur est-il inquiet et se trouble-t-il pour tant de choses ? Sachez cependant qu'une seule est nécessaire. » Marthe fut la première informée de son arrivée. l'heureuse famille que Jésus aimait et qui se signalait par son retour d'amour. « Où l'avez-vous posé ? dit-il d'une voix faible. On la voit bientôt. Cependant. s'écria : « Père saint. ses implacables ennemis. sa Mère. dit saint Ambroise . Jésus. répliqua-t-il. deux jours après. Peu de temps après.

partout où cet Evangile sera prêché. eut mis le cadavre dans le sépulcre. » Et quelques disciples. expression que certains auteurs traduisent ainsi : « Ne t'attache point à mes pas. suit partout celui que les Juifs maudissent. pendant que Jésus prenait encore sa défense. il entendait les sanglots de la pécheresse qui se tenait debout et pleurait à ses côtés. – La mort. On aurait pu vendre ce parfum plus de 300 deniers et en donner le prix aux pauvres. Aussi. et alors Pierre et Jean vinrent à leur tour. et ne furent pas moins surpris. l'avarice de Judas se réveille : « A quoi bon cette prodigalité excessive ? murmuret-il indigné. Pierre a rougi de lui devant une servante et l’a renié trois fois. « Femme. portant des aromates avec l'espoir d'achever l'ensevelissement. elle se retourna et vit Jésus derrière elle . Mais toi. va dire à mes frères : « Voilà que je monte vers mon Père et votre Père. Tous les apôtres ont fui. vers mon Dieu et votre Dieu. comme celui des disciples. quand il put contempler cette foule ennemie qui s'étendait au loin. L'aube venait à peine de se lever. qu'ils n'ajoutèrent pas foi 140 . en disant : « Rabbi (Maître) ! » « Ne me touche point ». en vérité. lorsque Marie-Madeleine et ses compagnes vinrent au tombeau. selon la parole du Psalmiste. Marie-Madeleine s'acquitta de sa mission. reconnaissant la voix du Sauveur. l'incident d'Emmaüs le prouve. seules les bandelettes qui avaient servi à l'envelopper étaient restées. on redira à la gloire de cette femme ce qu'elle a fait en mémoire de moi. pourquoi pleurez-vous ? » lui dirent alors les deux messagers du ciel. A cette vue. où elle se peint bien : « Seigneur. Jésus s'écria : « Marie ! » Et celle-ci. le corps de Jésus avait disparu . n'ayant pas encore pénétré le sens des paroles du Maître « Je ressusciterai le troisième jour. mais elle ne le reconnut point. mais le cœur des apôtres. Elle ne se retira de ce lieu sacré qu'au moment où Joseph d'Arimathie. C'est dans la Passion de son Seigneur surtout que se manifeste en toute sa force l'amour de la pécheresse convertie. dites-moi où vous l'avez mis. les injures. et. » Devant cette explosion d'amour. Madeleine courut annoncer la nouvelle aux apôtres. malgré les menaces. Marie-Madeleine. était encore si dur. elle aperçut deux anges vêtue de blanc. accompagné de Nicodème. « Pourquoi attristez-vous cette femme ? Son action envers moi est bonne. malgré la faiblesse de son sexe. » Et le divin Ressuscité ajouta : « Je ne suis pas encore monté vers mon Père. MarieMadeleine. s'agitant autour de lui comme « des chiens menaçants ». qu'elle verse avec amour les dernières gouttes de la précieuse liqueur. Mais grande fut leur surprise : le tombeau était ouvert et vide. se tut. Elle est là avec la Mère de Jésus. vous ne m'aurez pas toujours. C'est pourquoi. plus attachés aux biens terrestres. et moi j'irai le prendre. l'a-t-elle versé comme pour m'ensevelir. » Bientôt Marie-Madeleine se trouva seule près du sépulcre vide.» A la Passion et à la Résurrection de Jésus. mais moi. » A la Sainte-Baume. redisaient les mêmes paroles. » Comme elle achevait ces paroles. croyant que c'était le jardinier. elle lui adressa ces paroles. Et voilà qu'en s'approchant de nouveau. qui n'avait agi que par amour. se jette à genoux pour baiser ses pieds. si c'est vous qui l'avez enlevé. je vous le dis. Et quand le Christ élevé en croix ne fut plus soutenu que par les blessures de ses mains et de ses pieds. les moqueries de la populace. reprit alors Jésus. car vous aurez toujours des pauvres avec vous . ce baril qu'elle a répandus sur mon corps.et c'est sur la tête. le dimanche matin. Et elle répondit : « C'est parce qu'on a enlevé mon Seigneur et je ne sais où on l’a mis. au milieu des cris de haine et de mort de la multitude. qui bientôt sera couronnée d'épines.

Concurremment avec Saint-Maximin. Les reliques à Saint-Maximin et à Vézelay. qui se trouve à égale distance de Toulon. et nous pouvons nous la représenter enfermée dans le Cénacle avec les apôtres. ils furent cachés par crainte des Sarrazins. dit la légende. La nacelle voguait à la garde de Dieu. il ne reste plus que le chef entier. C'est là que Marie-Madeleine se renferma pour y honorer.immédiatement à ses paroles. Ici prend fin la présence de Madeleine dans les Évangiles. au cours des guerres de religion. Ces hommes étaient les amis et les parents du Sauveur. que Charles II. Les restes de la Sainte furent déposés en un mausolée. Cependant. à la recherche de la « meilleure part ». d'Aix et de Marseille. De fait. sont les gardiens de la Sainte Baume. là son amour déjà si intense sera encore dilaté par les flammes de l'Esprit-Saint. désormais. Vézelay a recommencé à prendre vie. Aujourd'hui encore ces religieux. un corps réputé celui de Marie de Magdala. Madeleine dit adieu à sa sœur bien-aimée. les bras et les yeux levés au ciel. c'est-à-dire la Sainte Grotte. les retrouva. Des précieuses reliques. les mois et les années à contempler le Christ assis à la droite du Père. peu de temps après. de nos jours. Les nobles fugitifs se partagent la Gaule pour la gagner au Christ. par trente ans d'une héroïque pénitence. en l'église de la Madeleine. la cérémonie de la reconnaissance des reliques. que les hommes charnels ne sauraient comprendre. au jour très désiré où elle devait quitter ce monde. c'est. elle passait les jours et les nuits. lui apporta la sainte communion. 141 . Marseille fut l'héritage de Lazare. Avignon et Tarascon à Marthe. sur les confins du Nivernais et de la Bourgogne. pendant des siècles. La châsse de sainte MarieMadeleine a disparu au XVIe siècle. que nous rapportons avec un respect profond. selon la légende. prêcha la Croisade avec succès. et c'est seulement au XIIIe siècle. a consacré un beau livre à Marie-Madeleine. mais tout permet de croire. Et. mêlant ses prières aux leurs . Conduite par les anges ou. C'est là que l'ancienne pécheresse commença et finit cette vie plus angélique qu'humaine. Mais les habitants de la Provence virent aborder au rivage une pauvre barque remplie d'hommes qui chantaient des cantiques. roi de Sicile et comte de Provence. et l'on y vit accourir comme autrefois des pèlerins. elle s'enfonça dans les montagnes boisées de la Provence. à son frère Lazare qu'elle avait suivi à Marseille . en un pays complètement inconnu. Vézelay. Maximin qui. Aix échut à saint Maximin. neveu de saint Louis. ces lieux sanctifiés par la pénitence et les larmes de la Pécheresse convertie furent confiés à la garde des Dominicains. qu'elle participe activement à la vie de l'Eglise naissante. ne fit que donner une impulsion nouvelle au pèlerinage. Les Juifs se saisirent d'elle ainsi que de vingt-trois autres disciples du Seigneur et les firent monter sur une pauvre barque sans rames ni voiles. puis seule. elle se retira à la Sainte-Baume. les trente années de silence de Jésus sur la terre. et le contraire même serait surprenant. en 1146. et l'heureux pays qu’ils abordaient devait être un jour la France. tout en regrettant d'ignorer tant de choses sur lesquelles les documents se taisent. on y a vénéré. en 1272. devant le roi Louis VII et les grands du royaume. En 1267. qui eut lieu en présence de saint Louis. Et voici ce que relate la légende. Vers la même époque. portée par eux. Henri-Dominique Lacordaire. qui reste l'un des monu ments les plus célèbres de France. A genoux dans sa grotte. le P. A l'endroit où prit fin cette traversée miraculeuse se trouve aujourd'hui un sanctuaire connu sous le nom des Saintes-Maries de la mer. au lieu dit « Saint-Maximin ». a revendiqué l'honneur de posséder les reliques de sainte Marie-Madeleine. et. et qui fit accourir des foules innombrables . et l'on vit s'élever par leurs soins une belle église. Au VIIIe siècle. on se rappelle sans doute aussi que dans ce lieu de pèlerinage saint Bernard. dont le restaurateur.

c'est de n'être point soi-même sujet à la faiblesse. après avoir ou non imité les désordres de sa jeunesse. comme pierre fondamentale du gouvernement et de l’administration de l'Eglise. D'autres fois. transportée au ciel par les anges. Ordres religieux et culte populaire. Ainsi. Au XVIIe siècle. les brebis seraient pasteurs. Dans les difficultés qui surviennent journellement. agenouillée. et non à le guider. Plusieurs corporations. enfin. La date de sa fête revient assez fréquemment dans nos vieux proverbes ruraux. ce qui est la porte principale de l'enfer ? Car qui ne sait que. si on y peut porter la sape. – (V. les Madelonnettes sont instituées à Paris . parfumeurs.S. qui le ramènera ? A la vérité. Tel était saint Pierre en tant que pasteur général et gouverneur de l'Eglise. De nos jours encore. on trouve en Allemagne des religieuses pénitentes de la Madeleine . Mgr Gaume. Biographies évangéliques. dans certaines conditions. certaines Sociétés religieuses acceptent les « Madeleines » repenties et désireuses d'expier loin du monde les égarements du passé. ces dernières étaient des âmes arrachées au mal et désireuses de la perfection . La solitaire de la Sainte-Baume méritait bien d'être honorée d'un culte spécial par les femmes qui.principalement des trois diocèses de Sens. la revendiquent pour patronne. Car. ont voulu suivre son exemple dans la voies de l'expiation. gantiers. quand saint Pierre fut établi à la base de l'Eglise. puis par les Ursulines. De plus. à qui pourrait-on mieux s'adresser . – Dictionnaire biblique (article « Marie-Madeleine »). mais d'être solide et ferme comme une vraie pierre et un rocher. jardiniers. si le Pasteur suprême peut conduire les brebis dans les pâturages vénéneux. tout l'édifice sera renversé ? De même. ne pouvait se froisser et rompre par l'infidélité ou l'erreur. Le plus souvent. on voit clairement que le troupeau sera bientôt perdu. ne fut-ce pas assez dire que saint Pierre. elle est représentée tenant à la main un vase.B. L'iconographie de sainte Marie-Madeleine est très riche.. qui le redressera ? Et s'il s'égare. ……………. et que l'Eglise fut assurée que les portes de l'enfer ne prévaudraient pas contre elle. la direction de leur établissement fut assurée d'abord par les religieuses de la Visitation. de Nevers et d'Autun. A. ayant près d'elle une tête de mort. si le fondement est renversé. si le suprême Pasteur conduit à mal. PAROLES DES SAINTS ________ La primauté du Pape.P. de qui 142 . 1ère série. Autrement. n° 81). elle figure sur la plupart des Descentes de Croix que nous ont laissées peintres et sculpteurs.B. Dès le XIe siècle. Les moyens nécessaires pour affermir les autres et pour rassurer les faibles. il faut que nous ayons à le suivre simplement.F. Metz en avait au XVe siècle. ou encore communiée miraculeusement. Sources consultées. Aussi voit-on se fonder plusieurs Ordres ou monastères qui portent son nom. en dernier lieu par les religieuses de Saint-Michel.

faute de sources plus autorisées. mais la dignité et la charge publique. Nous l'utiliserons donc largement. Il est arrivé. ou plutôt jusqu'à quel point les anciens récits dont il a dû se servir méritent notre confiance. et agrémentée d'épisodes recueillis sans discernement à travers les traditions et les légendes populaires. qu'il fut envoyé dans cette ville par saint Pierre lui-même. La « passion » de saint Apollinaire. que les récits primitifs ont été notablement développés par l'écrivain. SAINT APOLLINAIRE DE RAVENNE Evêque et martyr (+ 87) Fête le 23 juillet. qui fournira les éléments de cette notice. à savoir. que saint Apollinaire fut le fondateur de l'Eglise de Ravenne. Les successeurs de saint Pierre ont donc tous ces mêmes privilèges qui ne suivent pas la personne. l'effet demeure encore. Nous possédons un grand nombre de « passions » très anciennes dont toutes n'ont pas la même autorité historique. tout ceci n'a pas seulement lieu dans saint Pierre. Ces faits sont contrôlés par le témoignage d'un des successeurs du Saint sur le siège de Ravenne. que du Chef général et du Vicaire de Notre-Seigneur ? Or. On donnait autrefois le nom de « passion » au document hagiographique relatant le martyre d'un Saint. Ce n'est pas une raison de rejeter en bloc un texte vénérable tout au moins par son antiquité. quelquefois. La « passion » de saint Apollinaire. puisqu'il remonte sûrement au delà du Ve siècle. Qu'il nous suffise d'avertir le lecteur que les dialogues assez longs que nous reproduisons ne doivent pas être considérer 143 . mais dans tous ses successeurs . d'une base que les portes de l'enfer et principalement l'erreur ne puissent renverser .pourrait-on prendre une loi plus assurée. une règle plus certaine. dont l'épiscopat dura de 432 à 452. elle a toujours besoin que son Pasteur ne puisse jamais conduire ses enfants à l'erreur. Saint François de Sales. saint Pierre Chrysologue. car la cause demeurant. Le fond toutefois est hors de discussion. en effet. Docteur de l'Eglise. L'Eglise a toujours besoin d'un confirmateur infaillible à qui on puisse s'adresser . qu'il y opéra d'éclatants miracles et qu'il y subit le martyre sous le règne de Domitien. Il est difficile de dire jusqu'à quel point l'auteur de la « passion » s'écarte de l'exacte vérité. est classée par les historiens parmi celles qui ont éprouvé cette regrettable déformation.

Il reçut le saint évêque avec empressement. et les païens craignirent pour leurs dieux. devant les assistants (car beaucoup étaient accourus pour savoir ce que pouvait être cet étranger). Celui-ci le conduisit au Capitole de Ravenne et lui dit en présence des prêtres idolâtres : . Or. si le Dieu que tu prêches est si puissant que tu le dis. Si tu veux. Ce miracle disposa leurs cœurs à recevoir l'enseignement de l'apôtre.J'ai chez moi un étranger qui a rendu la vue à mon fils sans employer aucun remède. l'homme de Dieu entra chez un soldat auquel il demanda l'hospitalité. Des prêtres et des diacres furent ordonnés. Les prêtres étaient Adhéritus et Calocérius .Étranger. je le ferai venir. répondit le soldat. la réputation d'Apollinaire se répandit bientôt dans toute la ville. ils se saisirent de l'étranger et le menèrent chez le gouverneur Saturnin. Chez un tribun. il fit sur l'aveugle le signe de la croix. La maison de ce dernier devint ainsi un centre d'action apostolique où se réunissaient en secret ceux qui voulaient entendre le prédicateur de l'Évangile. répondit Apollinaire. au grand étonnement de tous. n'eut rien plus à cœur que d'envoyer des ouvriers évangéliques à travers le monde. A la suite de Jésus qui disait à ses disciples : « Allez.Le Fils de Dieu par qui toute créature vit au ciel et sur la terre. où il fut quelque temps son auxiliaire infatigable. Peu à peu il se forma dans Ravenne une chrétienté florissante. . Apollinaire habita chez le tribun. Un ou deux jours après. Apollinaire fut appelé. par hasard. Pierre. Arrivé aux environs de Ravenne. Le Saint vivait en communauté avec eux. vers l'an 50.Qu'est-ce que le Christ ? . ce jour-là. Ceux-ci s'unissaient à lui et récitaient les offices sacrés en chœur. La conversation roulait sur des choses diverses. A. Il avait suivi l'apôtre d'Antioche à Rome. En conséquence. Le Saint se fait amener l'enfant et. enseignez toutes les nations ». Plusieurs lui confiaient leurs enfants pour qu'il les instruisît dans la foi chrétienne.Que prétends-tu faire au milieu de nous ? Prêcher le nom du Christ. mais plutôt comme l'expression littéraire et dramatique des événements. 144 . et je croirai en lui. . Irénée se trouvait chez un tribun militaire. Ce dernier lui répondit : . appelée Thécla. souffrait depuis longtemps les tortures d'une maladie réputée incurable par les médecins. Thécla avait souffert plus qu'à l'ordinaire. Marcianus et Leucedius. le malheureux recouvrait la vue.Il t'a donc envoyé parmi nous pour détruire le culte de nos dieux ? Ignorerais-tu. . Cependant. guérit la malade et par ce miracle convertit le tribun.comme des documents sténographiés. sa famille entière et de nombreux amis. Ce soldat s'appelait Irénée. son premier Vicaire ici-bas. Parmi les premiers que le Prince des apôtres désigna lui-même pour cette sainte mission. Apollinaire lui raconta son voyage et lui exposa en même temps le but pour lequel il venait à Ravenne et l'invita à quitter le culte des idoles. supplie-le de rendre la vue à mon fils.Qu'il vienne ! répondit le tribun. Le tribun exposa ses angoisses au soldat. – Son arrestation. et par une seule de ses paroles ta femme recouvrera la santé. . Apollinaire est un des plus illustres. dont la femme. les diacres. peine avait-il terminé que. Saint Apollinaire envoyé à Ravenne.

mais à peine mettait-il le pied sur le seuil de la maison que la malade mourait. Ses disciples le recueillirent et le cachèrent dans la maison d'une veuve vertueuse. Cédant aux sollicitations d'un certain Boniface. A ces mots. que pourrais-tu faire pour elle ? Il répondit : . De là. dernier espoir de sa vieillesse. désormais. ne se possèdent plus de joie. tous pleuraient autour de la défunte. surtout aux prêtres des idoles qui voyaient de mauvais œil 145 . il passa dans l'Emilie et revint à Ravenne. Ce dernier avait une fille unique. Tu y verras la statue du puissant et redoutable Jupiter. nom que tu dois invoquer avec crainte? . Elle se lève vivante. Rufus. Le Saint leur conféra à tous le baptême. Sa fille se consacra au Seigneur par le vœu de virginité. Le Saint s'approche du lit funèbre et fait à Dieu cette prière : « Seigneur qui avez accordé à Pierre le pouvoir des miracles. Ils s'associent au bonheur de la ressuscitée et la suivent dans sa conversion. Cependant. Jure-moi seulement par César que tu laisseras à ta fille la liberté de suivre Jésus-Christ. nous te ferons voir ce temple magnifique. car il redoutait la vengeance de César. lève-toi.Aie confiance. . dont les soins assidus le ramenèrent en peu de temps à la santé. orné de toutes les splendeurs. . Rufus éclate en sanglots et dit à l'apôtre : .Ah ! plut aux dieux que tu ne fusses pas venu dans ma demeure ! Car Jupiter s'est irrité contre moi. Ils étaient au nombre de trois cents. Saint Apollinaire devant le vicaire impérial. Ma fille est morte . A peine rentré à Ravenne. habitant de ce Capitole. qu'il n'y a pas d'autre divinité que celle que nous prêche Apollinaire. en Toscane. citoyen de Chiusi. Apollinaire sortit de Ravenne et vint délivrer la fille de cet homme. A la vue de ce temple. si désolés un instant auparavant. Ils ameutèrent contre lui le peuple qui l'accabla de coups. L'ex-consul Rufus.Je ne sais quel est cet habitant. il lui fit dire de venir chez lui et de guérir son enfant. les progrès du christianisme à Ravenne donnaient de l'inquiétude aux païens. le chassa de la ville. Les assistants. et voici qu'il m'a puni de ma révolte contre lui. en commençant par Rufus et sa fille. Apollinaire se rendit aussitôt chez le noble patricien. dit-elle. et le père était dans l'affliction la plus profonde. J'ignore pareillement s'il a un temple. Pendant ce temps.Je confesse. donnez à son disciple celui de ressusciter cette créature qui est vôtre . et confesse qu'il n'y a pas d'autre Dieu que lui. je n'oserais pas m'opposer à ce qu'elle me quitte pour suivre son Sauveur. C'est pourquoi. » A ces paroles. il prend la main de la jeune fille et lui dit : .Au nom du Christ.Je sais qu'elle est morte. les pontifes lui dirent : . possédée du démon. car il n'y a pas d'autre Dieu que vous. saint Apollinaire reçut l'envoyé d'un ex-consul nommé Rufus. Les prêtres ne purent contenir leur colère. mais elle était sur le point de mourir. répliqua Rufus.Ce sont là les ornements dont vous êtes si fiers ? Vous feriez mieux d'en distribuer le prix aux pauvres que de les offrir aux démons. Rufus aimait et servait Apollinaire en secret.le nom sacré de Jupiter.Viens donc. Apollinaire se prit à sourire et dit aux pontifes : . A cette vue. ayant appris que le prêtre du Christ était de retour. et le jeta à demi mort sur le rivage de la mer. certes. Si elle pouvait jamais revivre.

. qui donna ordre à Messalinus. il est ressuscité et monté au ciel.D'où viens-tu ? . et lui fit prendre de la nourriture en présence de ces mêmes gardiens terrifiés. L'ordre fut exécuté sur-le-champ. ce n'est pas sa divinité qui a subi la mort.Je suis chrétien et disciple des apôtres du Christ. il donne une telle puissance que les démons fuient à leur approche. le juge ordonna de lui lier les pieds avec une chaîne d'un poids énorme. A ceux qui veulent être ses disciples. il fut jeté sur un navire pour être conduit en Illyrie. C'est en vain que tu voudrais me persuader d'adorer un Dieu que le Sénat de Rome ne reconnaît pas. afin d'éviter les supplices éternels ? Pour le punir de son audace. faisait durant sa vie des miracles sans nombre. . A cette vue.Quel est ton nom ? lui demanda celui-ci. . . Après trois jours passés dans le tombeau. Messalinus ordonna de lui frapper la bouche avec des pierres aiguës. et de l'envoyer en exil en Illyrie.leur influence diminuer petit à petit depuis l'apparition des chrétiens. Messalinus lui-même allait avoir son tour. pourquoi ne crois-tu pas au Christ. on essaya de vaincre sa constance en le soumettant à des tortures plus terribles. Mais. son vicaire à Ravenne. . dont les gardiens avaient ordre de le laisser mourir de faim.Ce fait a bien été raconté parmi nous. de la mer et de tout ce qu'ils renferment. d'interroger publiquement l'étranger. . S'il a été crucifié par les Juifs. écoute avec bonne foi ce que je vais te dire. les prêtres païens s'écrièrent : .Le Fils du Dieu vivant. C'est ainsi qu'il fut successivement flagellé. qu'il soit accablé de coups ! Messalinus appela les bourreaux et leur commanda de le flageller. Ce Dieu qui avait pris un corps dans le sein d'une Vierge . et sacrifie à Jupiter. et mirent à mal de nombreux païens. Après quatre jours passés dans ce réduit.Mon nom est Apollinaire. Fais de moi ce que tu voudras. A ces mots. pour séduire et tromper le peuple .Messalinus. .Que dis-tu du Christ ? Quelle est cette divinité inconnue ? . créateur du ciel et de la terre. Comme le saint apôtre ne cessait de confesser Jésus-Christ au milieu des supplices. il l'est encore et le sera toujours. mais la chair dont il s'était revêtu.C'est peut-être ce Christ que les Juifs ont crucifié pour s'être dit le Fils de Dieu ? A la vérité. . sinon je te ferai torturer et envoyer en exil. qu'à leur parole les malades guérissent et les morts ressuscitent. mais il me paraît incroyable. . Ils firent parvenir leurs plaintes à l'empereur Vespasien. les chrétiens indignés intervinrent.Il était Dieu. Né d'une vierge. qui fut jeté dans un noir cachot. Cet incident ne fit qu'aggraver la situation d'Apollinaire. raconte la « passion » du Saint. s'il ne s'était aussitôt échappé. 146 .J'offre à mon Seigneur Jésus-Christ un encens de louange en odeur de suavité. et Apollinaire comparut devant le tribunal du procurateur. il ne se serait jamais laissé insulter et mettre à mort comme il l'a fait. Courses apostoliques. . étendu sur un chevalet et plongé dans de l'huile bouillante. il a voulu souffrir et mourir pour délivrer les hommes de la servitude où le démon les retenait. . Je ne sais quelle folie traverse ton esprit pour oser mettre cet homme au nombre des dieux.D'Antioche.Cesse au plus tôt tes discours insensés. pendant la nuit. Après ce dernier supplice.0 juge inique ! s'écria le Saint. – Retour devant le tribunal.Il usurpe le titre de pontife qui n'appartient qu'à nous. un ange lui apparut. .Quel art exerces-tu ? . s'il avait été un dieu.

acquiesça à cette proposition. Dès que les prêtres idolâtres eurent appris son retour. Le Saint fut alors livré au préteur Taurus.Une tempête furieuse éclata et le navire fit naufrage. il le remit à la garde d'un centurion en attendant d'avoir trouvé le nouveau genre de supplices. le démon endurcissait les cœurs des barbares . Quant à toi. l'idole qui rendait des oracles avant son arrivée ne répondit plus à ceux qui venaient la consulter. à convertir les païens et à guérir les infirmes. dans l'espoir de gagner de nouvelles âmes à Jésus-Christ. déclara qu'il ne rendrait plus d'oracles avant qu'un certain Apollinaire n'eût quitté la contrée. dont il guérit le fils aveugle. plusieurs se convertirent à la vue des miracles que le Saint fit en guérissant de la lèpre le fils d'un noble de Mœsie. c'est mon plus beau titre de noblesse. deux ou trois seulement avaient échappé au péril. Aussi résolut-il d'infliger au Saint des peines inconnues jusque-là. Ce dernier. longea les bords du Danube et descendit vers la Thrace. Interrogé sur ce qu'il était venu faire en Thrace. Il offrit donc au martyr un moyen de s'échapper de la prison. . dans un navire qui les ramena en Italie.Allons ! insensé. puis on le jeta. les prêtres des idoles découvrirent l'intention que Taurus avait eue en faisant garder Apollinaire dans sa villa. Le Saint les convertit. l'assurant que son empire était en danger s'il n'imposait silence aux discours enchanteurs de l'étranger venu d'Antioche pour ruiner la religion des Romains. 147 . – Sa mort. Pour soustraire Apollinaire à la rage des Gentils. sous prétexte de l'y enfermer. il y fut reçu avec joie par les chrétiens qui pleuraient en revoyant leur père dans la foi. Afin d'empêcher l'œuvre d'Apollinaire.Loin de moi pareille turpitude ! Je mourrai fidèle à mon Dieu. le temps est venu de cesser tes folies et d'apaiser la colère des dieux irrités contre toi. de quelle condition es-tu ? . Des nombreux soldats qui composaient l'équipage du vaisseau. et je m'offrirai comme victime pour le salut des enfants que j'ai engendrés dans la foi. à la prière de l'apôtre chrétien. Quatre années consécutives se passèrent à fortifier les chrétiens dans la foi. L'apôtre du Christ parcourut successivement la Mœsie. Comme il prolongeait son séjour dans une ville de cette province. parvint au rivage oriental de la mer Adriatique. je te déclare (ainsi qu'aux autres païens qui refuseront d'adorer Jésus-Christ) que tu seras livré en pâture aux flammes éternelles de l'enfer. lui et ses compagnons. il répondit qu'il était venu annoncer la foi du Christ. néanmoins. Ces paroles courageuses remplirent le juge de rage. le temple s'écroula soudain. Mais le centurion était chrétien dans le secret de son âme. Ils s'emparèrent du missionnaire et le conduisirent vers le temple d'Apollon . Le prince donna ordre au patrice Démosthène de juger le prétendu criminel. Apollinaire rentra à Ravenne après trois ans d'absence .Je suis chrétien. Cependant. On le chercha. Démosthène. A peine avait-il prononcé ces mots qu'il fut accablé d'injures et de coups. soutenu par « Celui qui commande au vent et à la mer ».Vieux séducteur. Hélas ! leur triomphe dura peu. où il convertit encore un grand nombre d'idolâtres. le préteur le fit conduire dans une de ses villas. Apollinaire. Les païens cherchaient en vain la cause de ce silence. mais. Ils adressèrent de nouveau leurs plaintes à l'empereur Vespasien. ils se hâtèrent d'exciter le peuple contre lui. et ainsi ils lui vinrent en aide pour l'évangélisation du pays où la Providence les avait jetés. lui demandant ce qu'il fallait faire pour apaiser sa colère. Ils interpellèrent leur dieu. c'est-à-dire le démon qui habitait cette statue. En conséquence. Apollinaire. Saint Apollinaire mis en prison tente de s'évader. Le patrice fit comparaître le Saint devant lui et lui dit : . . Beaucoup d'hommes périrent engloutis dans les flots.

1908). s'ils nous sont accordés. par la lecture nous sommes instruits. il sortit de la maison du centurion. par décret de la Sacrée Congrégation des Rites. Elles reposent dans la crypte.P. Il fut enseveli à Classe. qui furent déposées dans leur église. et. Elle avait été construite sur son tombeau. ils se retirèrent. en effet.S. sous Alexandre III. sous Jules II en 1511. Pierre Chrysologue. la méditation nous le conserve. t.Vers minuit. Il était déjà hors de la ville. Le croyant mort. Par la prière nous somme purifiés. Les martyrologes historiques (Paris. les religieux de Saint-Apollinaire de Classe. et ce que nous savons. Saint Isidore de Séville. Ce double avantage. L'un et l'autre moyen sont bons. aujourd’hui (Classe Fuori). Car en priant nous parlons à Dieu lui-même. la lecture des Saintes Écritures nous le donne par excellence. 328 sq).B. C'est près de ce tombeau que les habitants de la ville se réunissaient quand ils avaient quelque serment à prêter.) ……………. Un siècle plus tard l'évêque Maurus (642671) plaça les reliques au milieu même de l'église et fit graver son histoire sur des laines d'argent. c'est Dieu lui-même qui nous passe. p. et elle fut consacrée en mai 549 par l'évêque Maximien. mais ses disciples le recueillirent avant le lever du jour et le portèrent dans une maison de lépreux où il vécut encore sept jours. qui avaient épié son évasion. le saisirent et l'accablèrent de coups de bâton. emportèrent secrètement les reliques de leur illustre Patron. ce qu'ils faisaient en étendant la main sur la tombe de celui qui les avait engendrés à la foi. – (V. Au XVIe siècle aussi. n° 335. Toute instruction vient par la lecture et la méditation. en 1654. faubourg de Ravenne. PAROLES DES SAINTS _________ Prière et lecture. – Dom Quentin. les reliques du Saint furent définitivement transportées dans l'antique basilique. A.B.128 (Patrologie latine). lors de la restauration du tombeau. elle le conduit à l’amour de Dieu. lorsque des païens. alléguant que les reliques de leur premier évêque revenaient de droit à l'église métropolitaine qu'il avait fondée. Finalement le Chapitre de la cathédrale fit de vives réclamations à Rome.. Serm. Sa mort arriva le 23 juillet 87. la lecture nous l'enseigne . Nous savons par des témoignages indubitables qu'au VIe siècle une église lui était déjà dédiée à Classe. grâce à la générosité du banquier Julien. V. Catoire. et prédit aux chrétiens de grandes persécutions pour l'Eglise et une paix profonde qui suivrait le triomphe définitif du christianisme sur le paganisme. et lorsque nous lisons. 148 . Les reliques de saint Apollinaire. et une seconde. s'étant transportés au couvent de Saint-Romuald. Sources consultées.. audessous de l'autel majeur. sinon il est mieux de prier que de lire. – Acta Sanctorum (juillet. à Ravenne. Ce que nous ignorons. L'histoire des reliques du saint évêque nous est connue avec certitude depuis les temps les plus anciens. Une première reconnaissance solennelle du précieux trésor eut lieu en 1173. Ils obtinrent gain de cause. soit parce qu'en retirant l'homme des vanités du monde. soit parce qu'elle développe l'intelligence. – S. Celui qui veut être toujours avec Dieu doit fréquemment prier et lire très souvent.

Qui n'admirera la foi courageuse de cette jeune fille fidèle à Jésus-Christ malgré les fureurs de son père païen et les larmes de sa mère ! On aime à voir Jésus entourer sa faiblesse de sa force divine et mettre pour ainsi dire à sa disposition ses anges et sa toute-puissance. sa famille ignorait encore ce changement. mais la jeune fille est chrétienne . force et persévérance. située dans une île du lac de Bolsena ou Bolsène (Lacus Vulsianus). mais Dieu lui fit la grâce de connaître la religion chrétienne . Elle souffrit le martyre. décidée à lui être fidèle jusqu'à la mort. nommé Urbain. gouvernait la petite ville de Tur. Dieu lui avait fait un don bien plus précieux encore. le culte des démons ne pouvant que la rendre semblable à eux. ne les considèrent pas comme entièrement authentiques. du moins en Occident. c'était celui de la foi. écrits par un auteur inconnu. élevant ses pensées et ses regards vers le ciel. Urbain était fier de sa fille . pour la dérober aux yeux du monde. elle en reconnut la vérité et l'embrassa avec sincérité et courage. de la même créance chez les hagiographes . parce qu'elle reste en compagnie de son Sauveur et de son Dieu. Cette vierge martyre reçut de bonne heure les honneurs du culte. dans la cité de Tyro ou Tur. Certains historiens disent qu'elle était Romaine.SAINTE CHRISTINE Vierge et martyre en Italie (t vers 300) Fête le 24 juillet. et peut-être aussi pour la soustraire au prosélytisme des disciples du Christ qu'il détestait. Ses Actes. il fit construire une espèce de tour. Sept jours 149 . selon ses Actes. Toutes ces précautions seraient bien inefficaces pour rendre Christine vertueuse si elle était païenne. avec ordre d'offrir aux idoles de l'encens et des sacrifices. Cependant. et le père. malgré tous les périls qu'elle prévoyait. elle voua désormais à Jésus-Christ tout son amour. On ne connaît pas de façon précise le lieu de naissance de Christine. la pieuse chrétienne s'entretenait en silence avec le céleste Roi de son âme. La jeune fille avait reçu du ciel. et le suppliait avec tout son cœur de lui donner toujours lumière. En effet. Le surnaturel y éclate d'une façon singulière. La jeune recluse. ne jouissent pas. Christine semblait vouée par sa naissance à l'erreur. y mit des dieux d'or et d'argent et y renferma Christine et quelques servantes. les plus belles qualités morales et les biens de la fortune. et elle ne craint pas la solitude. avec une beauté corporelle très remarquable. Ses parents. parmi ces derniers. étaient païens. en Toscane. dans toutes leurs parties. raconte la légende. Cependant. en un mot tout ce qui rend heureux selon le monde. La jeune recluse avait onze ans. certains. voilà la source de ses vertus.

retourne chez lui et refuse de boire et de manger. vous serez couronnée. et s'étonnaient que Christine. » D'ailleurs. mais Christine. Urbain se retira dans une grande colère. il nous accuserait de vous avoir appris une religion impie et nous porterions la peine de sa fureur. vos idoles ne peuvent donc leur donner de la force ? Urbain. je suis fille de ce Dieu du ciel à qui j'offre mes sacrifices. Sur ces entrefaites.Voici que ceux qui me frappent sont fatigués. il frappe. Quelques jours après. court auprès de l'enfant et lui dit : . Aussitôt il appelle les bourreaux. . et ne la faites pas mourir de douleur . indignée de voir tout autour d'elle ces statues d'idoles. » Ni les larmes ni les supplications de la mère païenne ne purent vaincre le courage de la jeune martyre. tout ce que j'ai est à vous. Il trouve la porte fermée . Effrayées de ce langage. mais 150 . n'obéît pas à son père en ce point.Le démon vous a séduites. Ils vont s'irriter et nous faire mourir. donnez vos cœurs à Jésus-Christ et il vous délivrera du démon. Elles dirent donc à leur maîtresse : « Depuis sept jours nous sommes ici et nous n'avons offert aux dieux ni encens ni sacrifices. la jeune Christine. brisa toutes celles qu'elle put et fit distribuer les fragments de métal précieux aux chrétiens indigents. fait souffleter et battre de verges l'innocente victime. mais quelle n'est pas sa fureur en apprenant ce que sa fille avait fait et commandé. irrité. Vos dieux sont aveugles. Urbain revenait vers sa fille . Vous êtes de noble naissance. mais la jeune vierge. sinon ils vous feront mourir ! Vos dieux n'ont aucun pouvoir sur moi répondit Christine . elles craignaient encore plus la colère d'Urbain que celle de leurs dieux. ils sont sourds. vous aurez à combattre contre trois juges. sa chair vole en lambeaux. pourquoi adorez-vous un Dieu que vous ne voyez pas ? Si votre père le savait. si obéissante dans les autres choses. écoutez-nous.Eh quoi ! ma fille. informée de ce qui s'était passé. Pourtant. On déchire avec des griffes de fer son corps déjà sanglant. Les servantes commencèrent à s'en inquiéter. Sainte Christine brise les statues des idoles. absorbée dans la prière ne l'entend pas. elle aimait bien sa mère. ils n'entendront pas mes prières. répond Christine. La mère de Christine. il appelle. vous êtes mon unique enfant. on lui apprend que Christine est chrétienne et méprise les dieux. je n'offre de sacrifices qu'au seul vrai Dieu qui a fait le ciel et la terre. . soyez courageuse. l'enfant supplia Jésus de venir à son aide et aussitôt un ange lui apparut et lui dit : « Le Seigneur a entendu votre prière.Nous vous en prions. Alors prévoyant des luttes terribles. est-il possible que vous soyez aveuglée au point d'adorer un Dieu qui n'a pu se sauver lui-même ? Sacrifiez aux dieux. lui disent-elles. Urbain vint pour voir sa fille et adorer les dieux. honteux de se voir vaincu par son enfant. la fait jeter en prison. elle contemple son Dieu. Le préfet. ayez pitié de votre mère. vint auprès de sa fille et lui dit : « Ma fille. s'adresse au magistrat et lui dit : . Si vous remportez la victoire. Elle a les yeux levés au ciel. invincible dans sa foi. ils ne me verront pas . » En disant ces mots. les servantes se jettent à ses genoux : . La fille de Dieu consolée par un ange. venez vous jeter avec moi dans les bras de ce Dieu du ciel. votre père est préfet de la cité. le messager céleste fit le signe de la croix sur le front da la jeune fille. Le soir venu. Pour moi. on ouvre les portes à Urbain. la mer et tout ce qu'elle renferme. Enfin.s'étaient déjà écoulés et les statues des divinités païennes n'avaient reçu aucun hommage. Son père se fait son bourreau.Et pourquoi cette crainte ? reprend vivement la jeune fille.

car c'est de lui que je tiens mon âme et la vie divine. répliqua la chrétienne. le gouverneur ne peut contenir son indignation . . il fit comparaître cette dernière et essaya de l'intimider : « Christine. Pendant qu'on ramenait la vaillante chrétienne en prison. Esprit immonde ! repartit vivement Christine. la joie des affligés. et ton Dieu ne pourra t'arracher de mes mains. » A ces mots. offrant quelque chose de nouveau : il fait donc attacher la victime à une roue. lui dit-il. Bientôt ses membres. » Le feu respecta ses membres endoloris. lui attachèrent une pierre au cou et la précipitèrent dans le lac. Une belle couronne lui orne le front. qu'il fait arroser d'huile et entourer d'un grand feu. Soutenue par une force divine. racontent les Actes. Mais cet homme cruel n'en fut pas attendri . et les flammes se portant sur les spectateurs. encore tout meurtris des flagellations précédentes. lui. peut-être le lâche craignait-il de perdre sa place et sa magistrature s'il pardonnait à une chrétienne. Pendant la nuit. il appelle les bourreaux et leur ordonne de nouveau de battre de verges la jeune fille. mon corps seul vient de vous. sinon je ne vous appellerai plus ma fille. A la vue des flammes qui l'environnent comme un vêtement de douleur. le sang coule de partout. ma chère enfant. Et comme Urbain lui demandait d'où lui venait ce secours surhumain. une étole de pourpre est suspendue à son cou et des anges marchent devant elle. puis. mon Dieu. oh oui ! le Christ que tu méprises m'arrachera de tes mains. Sainte Christine marche sur les eaux. » 151 . envoyés secrètement par le préfet. Il veut en finir par un supplice. les plaies s'ajoutent aux plaies. » Christine fut de nouveau jetée en prison. se déchirent sous la fureur des coups. Le juge Dion. sinon je serai forcé de te livrer aux supplices. Mis au courant de la procédure suivie jusqu'alors envers la prisonnière. adorez les dieux. la guérirent de ses plaies et nourrirent son corps d'un aliment spirituel. – Mort subite d'Urbain. mais étendez votre main et que vos saints anges éteignent ce feu afin que je n'en reçoive aucune atteinte. cinq hommes. en consumèrent plusieurs. l'héroïque enfant sourit au milieu de cet affreux supplice qui ne peut la vaincre . C'est en son nom que je triomphe de la puissance de Satan votre père.elle savait qu'il faut aimer Jésus-Christ encore davantage. quelle erreur t'aveugle donc et te pousse à abandonner nos dieux pleins de miséricorde pour adorer un Dieu crucifié ! Offre des sacrifices à nos divinités. s'emparèrent de la jeune fille. la lumière des aveugles. Urbain l'appelle de nouveau à son tribunal et lui dit : « Christine. la jeune martyre s'écrie : « Seigneur. et qu'il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes. son malheureux père expirait au milieu des souffrances les plus atroces. la chair est à nu. la vierge répondit : « C'est de Jésus-Christ que me vient cet appui . Trois anges lui apparurent. ô merveille ! Christine reste sur les flots et s'avance tranquillement sur le rivage. tu es de noble famille. Urbain eut pour successeur Dion. la vie des morts. s'inclinant avec calme. ne m'abandonnez pas dans ce combat. elle ramasse sans s'émouvoir un lambeau de chair ensanglantée qui vient de tomber à terre et le présente à ce père dénaturé pour qu'il repaisse ses yeux de cet horrible spectacle. Mais.Je suis l'enfant de Dieu. c'est lui qui m'a appris à souffrir. païen cruel et persécuteur des chrétiens comme lui.

se récria : les femmes surtout manifestaient hautement leur indignation. lui dit-il. » Dans sa rage. c’est à mon Dieu. « Magicienne. Mais le peuple.Le préfet Urbain menace sa fille sainte Christine de la faire mourir si elle ne sacrifie pas aux idoles. lui dit Dion.Vos paroles. le païen ordonne de lui couper les cheveux. adore les dieux. un grand nombre de païens – les divers historiens donnent des chiffres différents – crurent au vrai Dieu. Un autre magistrat. Dion. de mettre ses habits en pièces et de l'exposer ainsi aux moqueries et aux insultes de la populace. fut frappé comme Urbain par la justice divine. Le juge irrité. à mon Dieu qui te jettera dans les enfers si tu le persécutes dans les chrétiens. sinon je te fais mourir. « C’est aux dieux que tu dois cette protection. Résurrection d'un magicien. chez qui l’héroïsme de cette enfant provoquait l'admiration. désireux de connaître cette enfant extraordinaire.Le feu dompté. la statue de l'idole tomba de son piédestal et se brisa. ne pourront jamais me faire changer. Christine en rendit grâce à Dieu et pria son divin Epoux de lui continuer son appui pendant ses combats. il se la fit amener. lui succéda. répondit Christine. 152 . mais Dieu veillait sur sa chère servante : elle fit le signe de la croix et ne ressentit aucune douleur de ce bain naturellement mortel. répliqua Christine. plus féroce encore s'il est possible. Quelque temps après. ils veulent te sauver la vie – Non. . Aussitôt que la vierge en eut franchi le seuil. ordonna de la plonger dans un récipient en fer rempli d’huile bouillante mêlée de poix. . du nom de Julien. épouvanté et surtout furieux de ce qui arrivait. Frappés de ce miracle. Il avait lu les actes du procès de la jeune martyre . Dion et ses faux dieux. Dion fit conduire Christine au temple d'Apollon.

dit-on. –Bourreaux. mais par contre. venez jouir du repos éternel. Culte et reliques. Il s'efforça d'exciter les animaux venimeux par ses incantations . le lieu de la mort. cette date n'a rien de bien certain. » Puis elle se mit en prières pour obtenir de Jésus qu'il redonnât la vie au malheureux magicien. » En entendant cet ordre du monstre. Mais le magistrat. n'est pas contesté. une pensée diabolique lui vient à l'esprit . Elle y convertit quelques femmes qui vinrent la visiter. s'adressant à ses soldats : « Amenez-moi un magicien. C'était. leur dit-il. Enfin. et la pauvre enfant fut précipitée dans le four embrasé. Soudain. reprocha à la jeune fille d'user à son tour de maléfices et lui ordonna de sacrifier enfin aux dieux. durant la persécution de Dioclétien . Julien la fit venir de nouveau devant son tribunal : « Christine. De suaves odeurs 153 . Sur son refus. il rendit grâces au Dieu de Christine. Mais aussitôt un ange descend du ciel dans la fournaise. Celui-ci fait ouvrir la fournaise. mais le succès ne répondit pas à ses espérances. voyant avec dépit qu'aucun genre de supplice n'ôtait la vie à la courageuse martyre. ils se jetèrent sur le magicien et lui infligèrent des morsures mortelles. L'étonnement des spectateurs fut à son comble. coupez-lui la langue. » On coupa la langue à la bienheureuse vierge. son corps fut criblé de flèches jusqu'à ce que la vie s'en échappât. ils en portent la nouvelle au préfet. vous allez mourir si vous ne vous convertissez aux dieux. Un copiste du Martyrologe hieronymien a confondu la localité toscane avec la ville de Tyr en Phénicie. Sainte Christine supplie Dieu de la laisser mourir. et qu'il jette dans la prison de cette impie des serpents. Les reptiles vinrent auprès de la jeune fille. le magicien recouvra la vie et les forces . Ses ordres furent exécutés à la lettre. des aspics et des vipères ! » Le magicien fit ce qui lui était ordonné. le bourreau lui fit à la poitrine des incisions profondes et fort douloureuses pour une enfant. Elle la reçut dans ses mains et la jeta à la face de son persécuteur. Elle fut exaucée . sur le lac de Bolsena. » Une voix du ciel retentit alors : « Christine. aveuglé par la haine de la religion chrétienne. la fit mettre de nouveau en prison.. dit-il. Les soldats entendent des voix harmonieuses . Quelque temps après. frappé aux yeux devint aveugle. et Christine en sort pleine de force et de vie après y avoir demeuré pendant cinq jours. recueillies d'abord par un de ses proches furent ensuite. Julien. malgré le venin.Eh bien ! qu'on chauffe une fournaise pendant trois jours et qu'on y jette cette chrétienne ! » dit le juge. allez chacun en votre lieu et ne faites de mal à personne. portées à Palerme. effrayés. disait-elle. L'année du martyre est inconnue. Julien ne savait plus que faire pour se débarrasser de cette jeune fille victorieuse de tous les supplices. Les précieuses dépouilles de sainte Christine. prend la martyre par la main et avec elle chante la gloire du Dieu des chrétiens. A cette vue Christine se mit à genoux et dit aux serpents : « Au nom de mon Seigneur Jésus. c'est fini. – Eh quoi ! vous n'êtes pas encore en repos ? Jamais je ne renierai ma foi. Julien. sans lui faire aucun mal . Christine s'écria : « Mon Seigneur. Par contre. victime de son obéissance aux ordres cruels du persécuteur. venez recevoir la récompense de la confession de votre foi. la jeune fille fut attachée à un poteau. jetez les yeux sur votre servante et faites qu'elle achève enfin sa course. Des récits hagiographiques indiquent les débuts du IVe siècle. où elles furent en grande vénération. la localité de Tur. selon les Martyrologes anciens. et. le 24 juillet.

ou bien ayant près d'elle des idoles brisées. L'inscription paraît dater du VIIIe siècle. Alors on bâtit une église et on fonda un monastère pour honorer dignement de si précieuses reliques. Le diocèse de Saint-Flour se glorifie d'honorer d'un culte spécial cette aimable Sainte. le sarcophage avait été brisé . Il y a plus d'un demi-siècle. – Mgr Paul Guérin. fut enlevé par deux pèlerins et apporté près de Béthune.Duchesne. La paroisse Sainte-Christine de Saint-Flour solennisait sa fête d'une manière toute particulière.P. La statue de la glorieuse patronne était portée en triomphe par les principaux personnages de la paroisse. au Bréviaire romain.H Stefenson. Dès que la flamme pétillait. à son origine. nouveaux chants . elle est propre aux calendriers occidentaux . IX (Paris. 1885). Le Martyrologe romain. Le dimanche de la solennité. de Rossi.. avant le IXe siècle. C'est seulement au XIe siècle. il est certain qu'une grande partie en a été volée. par les soins de la comtesse Mathilde. on fait mémoire de la Sainte. Dès la veille. édition française par l'abbé L. Les paroisses voisines elles mêmes s'ébranlaient et accouraient prêter leur concours à ces fêtes. Trois jours de suite. allait processionnellement. bénédiction et distributions solennelles de rameaux à tous les assistants.s'échappaient de son tombeau et il en découlait une huile miraculeuse. tout travail était suspendu dans la paroisse. simple dans le Bréviaire de 1550. c'est ainsi qu'on la voit liée à une grosse pierre et jetée dans un lac. bénir un immense bûcher dressé sur la grande place de la paroisse .S. l'Orient chrétien semble l'avoir ignorée. sur les indications de M. s'échappait de toutes les poitrines. ces cérémonies. Le dimanche de Quasimodo et le dimanche qui suit le 24 juillet. au chant du Veni Creator. Sans discuter la valeur de ce récit. ou enfin marchant sur les eaux avec les anges. le tombeau de la martyre y a été découvert en 1880 . ou encore tenant une roue. Le même jour. touchant souvenir du supplice du feu infligé à la Sainte. – J. C'est là que mourut le second de ces pèlerins. Trois fois la procession faisait le tour du feu de joie avant de rentrer à l'église. Les Petits Bollandistes. rappelle les divers supplices que la vierge chrétienne eut à subir à Tur. en Sicile. III série (Rome et Paris. vers la fin du XIXe siècle. L'iconographie représente ordinairement sainte Christine tenant un serpent ou une flèche.B. Le tombeau portait une inscription remontant au Xe siècle. 1880). Mais.) 154 . ont été à peu près complètement supprimées. la paroisse de Viserny (Côte-d'Or) a aussi coutume de porter en procession une châsse antique contenant des ossements de la vierge martyre de Tur. nouvelle procession. Quoi qu'il en soit. a été laissée telle par saint Pie V . Bulletin d'archéologie chrétienne. ainsi que la localité de Tur conservent aussi des reliques de leur céleste patronne. il est bon de rappeler que Palerme. qu'elles seraient revenues à Bolsena et auraient été déposées dans un hypogée chrétien voisin de cette ville. n° 389. Les Petits Bollandistes rapportent que son corps (une partie probablement).B. – Acta Sanctorum. entonné par le célébrant. F. Cette fête. t. à l'intérieur se trouvait un vase funéraire en marbre. revêtu de l'étole et de la chape. t. après avoir avoué au prêtre du lieu les circonstances de son larcin. – (V. et on appela des religieux de l'abbaye de Charroux pour les garder et les vénérer. La population tout entière prenait part à ces cérémonies renouvelées du moyen âge. le curé de la paroisse. le Te Deum. affectant la forme d'un coffret et portant une inscription très abrégée qui permit néanmoins d'identifier son contenu. V de juillet (Paris. en Toscane. tandis que le célébrant offrait à la vénération des fidèles les reliques précieuses de sainte Christine. D'autre part. Plusieurs artistes se sont aussi inspirés des différents supplices que la martyre eut à endurer . entouré de ses vicaires et de l'élite de ses paroissiens. Sources consultées. ayant donné lieu à quelques abus. sur les paroisses réunies d'Ecque (La Pugnoy) et La Beuvrière. à la date du 24 juillet.P. à la chute du jour. on découvrit. 1868). le tombeau et le cimetière dit de sainte Christine à Bolsena.

l'Evangile nous le montre occupé avec ses fils au métier de la pêche. Les enfants du tonnerre. La vocation. conforme d'ailleurs à celle dont Notre-Seigneur lui-même daigna honorer saint Jacques en le mettant dans un rang à part. C'était Zébédée avec ses enfants. Jacques et Jean laissent là leur père. appela les deux frères pour en faire des disciples. Zébédée. qu'il appela Céphas ou Pierre. Marie-Salomé. parce qu'il devait être la pierre fondamentale de son Église. leur barque et leur métier. vit deux frères dans une barque avec leur père. et aux deux frères Jacques et Jean. c'est-àdire enfants du tonnerre. Notre-Seigneur changea les noms des deux nouveaux apôtres et les appela Boanergès. Pourrait-on manquer de promptitude quand Jésus appelle ? Cependant. Mais il est certain que la famille de saint Jacques était liée à celle de Notre-Seigneur par les liens du sang. était le frère aîné de saint Jean l'Evangéliste. Notre-Seigneur. leur père. habitait les bords du lac de Génésareth . les filets sont toujours à craindre. pour se mettre à la suite du Fils de Dieu. fils d'Alphée. Jésus. marchant sur les bords du lac de Génésareth. et les parents parfois plus que tout le reste. leur mère. dont la voix devait être un tonnerre grondant et foudroyant. et pour marquer peut-être aussi une certaine supériorité. C'est une erreur . L'apôtre saint Jacques. était proche parente de la Sainte Vierge. L'Eglise a donné à saint Jacques.SAINT JACQUES LE MAJEUR Apôtre. et que saint Jacques était même assez proche parent du Fils de Dieu selon la chair. qui prévient souvent sans attendre qu'on le cherche. Ce surnom 155 . la Sainte Vierge était fille unique. ainsi que les anciens métiers. Dur sacrifice. les fils de Zébédée sont plusieurs fois appelés dans l'Evangile les « frères du Seigneur ». Quelques auteurs ont même cru qu'elle était sa sœur. Zébédée laissa partir ses enfants et resta seul dans sa barque. dont l'Eglise célèbre la fête au 25 juillet. Aussitôt. Saint Jacques le Majeur est pour l'Espagne ce que saint Michel est pour la France et saint Georges pour l'Angleterre . fils de Zébédée. le surnom de Majeur pour le distinguer de saint Jacques le Mineur. un puissant protecteur qui pend souvent la forme d'un guerrier toujours prêt à défendre son peuple de sa vaillante épée. Mais les liens des tendresses humaines doivent céder à l'appel de Jésus qui dispose des âmes en Maître souverain. occupés à raccommoder des filets. expression qui se disait alors des simples cousins. patron de l'Espagne (1er siècle). Jésus-Christ ne donna un surnom qu'à trois apôtres seulement : à Simon. leurs filets. A cause de cette parenté. Fête le 25 juillet.

qui menait la bataille contre les Maures et défendait son peuple en lui donnant l'exemple de la vaillance. qui étaient pourtant dans les mêmes sentiments. Les deux premières places. Cette injure faite à Notre-Seigneur fut très sensible à saint Jacques et à saint Jean.ne supplanta pas pour les deux frères. et il leur adressa à tous cette réponse : « Vous ne savez ce que vous demandez. ce calice ». Marie-Salomé. « Nous pouvons le boire. Éclairés pour reprendre. comme pour Simon. » Leçon d'humilité. le divin Maître montait à Jérusalem pour les fêtes de Pâques. d'indulgence et de miséricorde. ils étaient aveugles pour se connaître et pour se corriger. terreur des infidèles. Quant à saint Jacques. disent-ils. mais pour la gloire. Jésus leur dit : « Que celui qui voudra devenir le plus grand parmi vous soit votre serviteur . Pouvez-vous boire mon calice ? » Vous parlez de gloire et vous ne songez pas à ce qui la précède. Ils firent présenter leur requête au divin Sauveur par leur mère. vous boirez le calice que je boirai » . mais cette impétueuse sévérité n'était plus de saison. les coupes d'or remplies d'une implacable colère sont autant de coups de foudre qui remplissent de terreur. écrite au milieu des éclairs et des tonnerres. Seigneur. sous une loi de grâce. il désignait plutôt l'impétuosité de caractère de Jacques et de Jean. il les renvoya aux décrets éternels de son Père : « Pour ce qui est d'être assis à ma droite ou à ma gauche. Dans l'ardeur de leur zèle. les sanglantes exécutions des saints anges. Notre-Seigneur. dont Notre-Seigneur s'appliquait à corriger les saillies. » Vous ne pouvez le refuser. La familiarité de Notre-Seigneur et sa bonté pour les deux frères leur avait probablement donné le désir et l'espoir d'une plus grande distinction encore. » Le prophète Elie avait fait descendre jadis le feu du ciel sur des soldats insolents. La gloire est le prix des amertumes et des souffrances. le nom d'origine . L'Apocalypse de saint Jean. Les apôtres ambitieux s'offrent à tout. l'autre à votre gauche. Jésus vit bien que les enfants parlaient par la bouche de leur mère. il ne m'appartient pas de vous le donner : c'est pour ceux à qui mon Père l'a destiné. Celle-ci s'approcha en toute confiance. Vous le devez en quelque sorte à notre parenté et à notre amitié pour eux. L'ardeur naturelle de Jacques et de Jean sera réglée par les inspirations d'en haut. Un jour. Ils s'offraient à souffrir par ambition. Arrivé près de Samarie. mais justifiera toujours le surnom de Boanergès. l'Espagne vénère en lui un cavalier indomptable. que 156 . ces enfants du tonnerre voulaient tout foudroyer : « Vous plaît-il. Il accepta leur parole pour la croix : « A la vérité. il envoya en avant quelques-uns de ses disciples pour préparer le repas. les surprit bientôt se disputant « qui d'entre eux serait le premier ». en effet. Mais les Samaritains ne voulurent pas les recevoir. Cette demande d'honneurs particuliers indigna les autres apôtres. Jésus ne voulut pas les satisfaire. comme une parente qui n'était pas habituée aux refus. que nous fassions descendre le feu du ciel pour consumer toute cette nation ? » JésusChrist se contenta de leur répondre : « Vous ne savez de quel esprit vous êtes. et elle demanda à Notre-Seigneur les deux premières places de son royaume : « Dites que mes deux fils soient assis l'un à votre droite. en est une preuve .

après saint Pierre. l'apôtre y plaça une statue de la Vierge debout sur cette même colonne. ils la céderont sans peine à Pierre. Elle occupe encore aujourd'hui l'endroit même où la tradition affirme que saint Jacques l'a déposée. Je sais que cette partie de l'Espagne me sera fort dévote et affectionnée. Treize ans à peine après la mort du divin Maître. et celle-ci lui dit : « Jacques. en l'an 42 (I). La Sainte Vierge était encore de ce monde et vivait à Jérusalem dans la maison de son fils adoptif. Ils portaient une colonne de jaspe. le chef de la synagogue. et sur cette colonne se tenait debout la très pure Vierge Marie. Quand le petit édifice fut achevé. il voulut que ces trois apôtres fussent les seuls témoins de sa puissance. alors à Saragosse. il fut d'ailleurs de courte durée. qui n'est pas venu pour être servi. mais il demande qu'on fasse des progrès. D'ailleurs. était en oraison sur les bords de l'Ebre. la plus douce de toutes les consolations était réservée à saint Jacques. les seuls témoins de ses mystérieuses défaillances. le premier des apôtres martyrs. pour qu'elle veillât sur son Église naissante. qui se montra d'abord une terre fort ingrate à la semence divine. il entendit tout à coup dans les airs un concert délicieux d'où sortaient ces paroles : Ave Maria. Elle le fait évangéliser l'Espagne. D'autres recueilleront les fruits. Quand il se retira au jardin de Gethsémani. l'enfant du tonnerre ne parvint à s'y attacher que neuf disciples. » La Vierge disparut. il ne prit encore avec lui que ces mêmes apôtres. ainsi à éprouver la foi et le courage de ses envoyés. frère de saint Jacques. Mais la légende s'est plu à broder de glorieuses arabesques autour du fils aîné de Zébédée. mon cher fils. Après avoir souvent disputé entre eux de la primauté. Quand il se transfigura sur le Thabor. La modeste chapelle fut le premier sanctuaire dédié à la Sainte Vierge . ses plus intimes amis. » Ces ambitions et les défauts des apôtres font ressortir les merveilleux changements que les instructions de Notre-Seigneur et l'effusion du Saint-Esprit opérèrent en eux. Dieu se plaît. Dès à présent.celui qui voudra devenir le premier parmi vous soit votre esclave : comme le Fils de l'homme. était décapité à Jérusalem. et les anges laissèrent à saint Jacques la colonne de jaspe qu'ils avaient apportée. saint Jacques. Quand il ressuscita la fille de Jaïre. Dieu n'exige pas qu'on soit parfait du premier coup . mais pour servir et donner sa vie pour la rédemption de plusieurs. au Thabor et à Gethsémani. la veille de sa mort. pour prier et souffrir les affres de l'agonie. le Tout-Puissant veut que vous lui consacriez ici un temple en mon nom. Sujet de consolation pour les prédicateurs qui n'ont pas de succès. Saint Jacques en Espagne. Dans plusieurs circonstances. Quelle que fût l'ardeur de son zèle. Un soir que saint Jacques. il fut 157 . Jésus-Christ marqua que saint Jacques et saint Jean étaient. ces trois apôtres eurent seuls le privilège de contempler la gloire de son humanité sacrée. Jésus voulut laisser longtemps sa sainte Mère ici-bas. gratia plena. Chez le prince de la synagogue. Qu'ils jettent la semence et ne perdent pas espoir. C'est la seule chose certaine que nous connaissions. Nous ne savons rien de positif sur l'apostolat de saint Jacques le Majeur . pour être les seuls confidents de ses dégoûts. C'était une troupe d'esprits angéliques qui chantaient leur glorieuse Reine. saint Jean. je la prends en ma sauvegarde et protection. Le saint apôtre salua la Mère du Sauveur. Notre-Dame del Pilar.

Les courtisaneries d’Agrippa à l’égard des empereurs Caligula et Claude avaient obtenu ce résultat. 158 . la toujours héroïque (2). (2) Ce titre fut conféré à la vaillante ville par un vote des Cortès en récompense de la vigoureuse défense de 1809. Hérode le Grand. de quatre année. son bienfaiteur. doit à sa divine Protectrice ses plus beaux titres de gloire. la mort de Notre-Seigneur se place en l'an 29 et non en 33. par la magnifique église qu'on voit aujourd'hui à Saragosse. survenue en l'an 42. cette fermeté qui vient à bout de tout et qui fait les héros. Martyre de saint Jacques Quoi qu'il en soit du séjour de saint Jacques le Majeur en Espagne. ce qui laisse un espace de treize ans entre la mort du divin Maître et celle de saint Jacques. La Sainte Vierge a prouvé depuis que les Espagnols étaient bien sous sa sauvegarde. lorsque Caligula. dans la suite des temps. D'après la chronologie la mieux fondée.remplacé. peu après que le roi Hérode Agrippa eut réussi à reconstituer le royaume de son grand-père. la siempre heroïca. en l'an 42. que Marie a rendue inébranlable comme une colonne. fut assassiné. Ce fut lui qui ensevelit la victime du tribun Chéréas. cet apôtre se trouvait à Jérusalem. ____________________ (I) Il est reconnu que l'ère chrétienne a été retardée par erreur. Il se trouvait à Rome le 24 janvier 41. Saragosse. Ce peuple indomptable et fier a trouvé dans sa foi.

Tout en établissant dans les principales villes du pays. André. II observait ponctuellement la loi juive. Il eut l'honneur de devancez tous les apôtres dans la mort. En reconnaissance. oncle du défunt. Il offrit au Temple une chaîne d'or. des cirques. Cette résurrection apparente de leur ancien royaume. Pour se les concilier plus complètement. se montrait assidu aux solennités. le roi Hérode mit la main sur quelques-uns de l'Eglise pour les tourmenter. Jacques et Jean. des théâtres. cet éclat donné aux cérémonies rituelles. dans les listes des apôtres que nous donnent les Évangiles. frère de Jean. Le zèle ardent de ce « fils du tonnerre » l'avait sans doute. flattaient l'orgueil national des Juifs.) Pierre fut miraculeusement délivré par l'ange du Seigneur. le nouvel empereur agrandit les possessions d'Agrippa en ajoutant aux trois tétrarchies qu'il gouvernait déjà. I-4. des combats de gladiateurs à la mode romaine. 159 . Hérode Agrippa affectait un grand zèle pour la religion mosaïque. et dont le poids équivalait à celui de la chaîne de fer qu'il avait portée à Rome dans les prisons de Tibère. il fit aussi arrêter Pierre. D'ailleurs. cadeau de Caligula.« Santiago Matamoros » Ce fut encore lui qui fit agréer comme empereur. avec l'intention de le faire comparaître devant le peuple après la Pâque. Voyant que cette conduite agréait aux Juifs. la Samarie et la Judée. En ces jours-là (c'était en l'an 42). Le royaume du premier Hérode – toute la Palestine – fut ainsi reconstitué sous la main de son petit-fils. Hérode pensa que le meilleur moyen serait de persécuter le nom chrétien. particulièrement désigné à la haine des Juifs et d'Hérode. immolait de nombreuses victimes. mais Jacques fut décapité. indice d'une situation privilégiée qui devait attirer l'attention et provoquer les dénonciations des zélateurs. Jacques est toujours parmi les quatre qui figurent en tête. pour faire oublier ses origines iduméennes. Claude. avec Jérusalem pour capitale. et il fit périr par le glaive Jacques. formant groupe : Pierre. (Actes des Apôtres. XII. par le Sénat.

à la bataille du Clavigo. par l'ordre de ce prince. après quoi il allait à Rome et enfin à Jérusalem. A la vue de ce prodige. au nom de Jésus-Christ. y accourut des quatre points de l'horizon pour vénérer les restes de l'apôtre. non seulement de la Galice et de l'Espagne. L'Espagne était soumise alors à un infâme tribut de cent jeunes filles qu'il fallait livrer aux Maures toutes les années. Les Papes accordèrent de grandes faveurs à ce pèlerinage. Les précieuses reliques furent d'abord déposées à Iria-Flavia. De là il se rendait à Saint-Jacques. saint Jacques lui apparut : « Que tes soldats se confessent et communient. sur les frontières de la Galice. c'est ce qui a donné une si grande célébrité à ce sanctuaire du Languedoc. roi de Léon. saint Jacques est honoré. Comme on le menait au supplice. sous le roi Don Ramire. le scribe qui avait fait preuve du plus grand acharnement contre saint Jacques. aux siècles de foi. On ne saurait préciser l'époque à laquelle la dépouille mortelle de saint Jacques fut enlevée de Jérusalem et transportée en Espagne. Ce fait. mais encore de toutes les nations de la chrétienté. et demain attaque les Maures en invoquant le nom de Notre160 . II le mit à profit et commanda aussitôt de trancher la tête à saint Jacques. Le corps de saint Jacques à Compostelle. On l'a vu plusieurs fois combattre contre les Maures et faire un cruel carnage des ennemis. Toute la chrétienté. Là.Hérode visait à la popularité. quiconque avait fait vœu d'aller à Compostelle ne pouvait être relevé de son vœu que par le Saint-Siège. La coutume des grandes pérégrinations. C'est là que le pèlerin prenait ses coquilles. Ces interminables processions de pèlerins ressemblaient à ce long ruban d'étoiles qui divise le ciel et qui paraît une large route encombrée de brillants voyageurs. Josias. dans l'église cathédrale des Arméniens schismatiques. On en vint aux mains et Don Ramire perdit la bataille. Bien qu'elle soit enveloppée d'obscurités. On vénère à Jérusalem. aujourd'hui El-Padron. Il fut enseveli à Jérusalem. et transportées à Compostelle. fut particulièrement constaté en 834. Saint Jacques lui donna le baiser de paix. et l'apôtre la lui donna entière. Saint-Gilles. La tradition espagnole est très affirmative dans la revendication de ce pieux trésor pour le célèbre sanctuaire de Compostelle. C'est pour cela que l'imagination pieuse des peuples de foi donna à la Voie lactée le nom de Chemin de Saint-Jacques. Demeurées longtemps cachées et inconnues. qui fut mis au nombre des grands pèlerinages de la chrétienté. était une station où le pèlerin ne manquait jamais de séjourner quelque temps . la place même où saint Jacques fut décapité. saint Jacques tueur de Maures. Le moment était opportun pour faire plaisir aux Juifs. un paralytique lui demanda la santé. « Santiago matamores » (1). Jusqu’à ces derniers temps. mais n'y resta pas. cette tradition ne mérite pas le dédain dont certains ont voulu la flétrir. elles furent découvertes par une révélation de Notre-Seigneur au commencement du IXe siècle. et les Juifs associèrent le maître et le disciple dans le martyre. La nuit suivante pendant qu'il priait dans la tristesse. était de commencer d'abord par une visite au sanctuaire du Mont-SaintMichel. en Galice. Josias eut aussi la tête tranchée. lui demanda pardon et confessa que Jésus-Christ est vraiment le Fils de Dieu. Saint Jacques a toujours défendu la foi chrétienne et l'indépendance nationale des Espagnols. pendant le moyen âge. qui se trouvait à moitié route de Compostelle à Rome. Il ne nous reste aucun document ancien pour nous renseigner sur le sort du corps de saint Jacques. Le troisième grand pèlerinage. Don Ramire refusa de jeter plus longtemps de pauvres brebis innocentes dans la gueule des loups. sous le règne d'Alphonse-le-Chaste.

2089 et suivantes). on a donné le signal des batailles par cet appel au vaillant défenseur : « Santiago. si rares en nos jours de découragement. il faut les assujettir. Espana combate. Jacques de l'espérance et Jean de la charité. examine Dante sur l’espérance.) ……………. PAROLES DES SAINTS _________ Vivre selon l'esprit. n° 511. 411-417 . Je marcherai à la tête de l'armée. monté sur un coursier blanc. et les mécréants seront vaincus. en Espagne. t.. pour les Français. et non pas vivre selon eux . Sources consultées.B. pour les Espagnols. un grand pourfendeur de mécréants. c'est penser.S. le poète théologien. L'espérance est la marque des grands caractères. V. mais en changeant de signification. et alors interviennent les trois apôtres qui l'interrogent successivement : saint Pierre sur la foi. Leur camp fut pillé. n’est. et saint Jean sur la charité. Pierre est le symbole de la foi. saint Jacques sur l'espérance. Demandons à saint Jacques de fortifier en nos cœurs la belle vertu dont il est le symbole. Saint Jacques. – Les quatre Évangiles. l'Espagne combat. et non selon les sens et sentiments qui sont en la chair. un étendard blanc à la main. – Les Petits Bollandistes.. VII. E. Au moment d'arriver à la vision de l'éternelle lumière. Celui-ci. Dante. Le lendemain. t. tel que notre gravure le représente. Béatrice rappelle au poète que les vertus théologales peuvent seules l'introduire auprès de Dieu. – (V. à l’entrée du paradis. il les faut servir. – Les Actes des Apôtres. et la ville de Calahorra fut prise. 60 000 Maures jonchaient le champ de bataille. saint Jacques. L’expression matamoros est passée dans la langue française. et Saint Jacques Le Majeur. ce point tellement brillant que le regard se ferme à son tranchant aigu ». qu’un soldat vantard et poltron. et il leur faut assujettir tout le 161 . parler et agir selon les vertus qui sont en l'esprit. Le matamore qui est. mais ces vertus spirituelles. Lacoste. n'a pas oublié ce rôle dans sa Divine Comédie. » Le cri de guerre de l'Espagne est l'équivalent de l'ancien cri de guerre de France : « Montjoie ! Saint-Denys ! » __________________ (I) C’est le surnom de saint Jacques guerrier. Depuis lors.Seigneur et le mien.P. Que l'attente certaine des biens futurs console des malheurs présents et donne force et courage pour le combat. » Ainsi fut fait. – Dictionnaire d'Archéologie et de Liturgie (article Espagne. il s'en faut servir. Vivre selon l'esprit.

qui nous fait aimer Dieu plus que tout. de la famille royale de David. C'est cette dernière que. Elle était de la race sacerdotale d'Aaron. (Lettres spirituelles. Anne naquit très probablement à Bethléem. était.III. la charité. C'était bien le nom qui convenait à la mère de celle que l'ange appellera « pleine de grâce ». Plusieurs théologiens se demandent avec raison si Notre-Seigneur n'aurait pas accordé à son aïeule la faveur qui fut faite à Jérémie. enfin le Protévangile de saint Jacques. La bienheureuse enfant reçut à sa naissance le nom d'Anne. Fête le 26 juillet. Nous nous bornerons à relater ici les circonstances que rapportent ces écrits. Marie. non intéressé. d'être sanctifiés dès le sein de leur mère. femme de Cléophas ou Alphée. l'espérance. dont elle était à la fois la belle-sœur et la cousine germaine. qui a son fondement en Dieu. Saint François de Sales. 56. car plusieurs pensent que Mathan son père. Anna. solide et invariable. et notre prochain comme nous-mêmes. qui nous montre des vérités toutes relevées au-dessus des sens . et fut la mère de Marie-Salomé. qui épousa. Jeunesse de sainte Anne. Une singulière innocence. qu'elle enrichit sans 162 . On n'a de détails certains ni sur la vie de cette sainte femme ni sur l'année de sa mort. non naturel. luimême frère de saint Joseph. elle aussi. mariée à Bethléem. qui était prêtre. Les plus anciens écrits qui nous parlent de l’aïeule de Notre-Seigneur sont les Evangiles apocryphes. l'Evangile appelle sœur de la Sainte Vierge. C'est dire qu'il est bien difficile de faire la part de l'histoire et celle de la légende. Sobé. sans prétendre faire cette discrimination. Anne avait deux sœurs. et. mais d'un amour pur. Ajoutons seulement que l'Eglise a admis les noms traditionnels de Joachim et d'Anne sous lesquels on désigne les parents de la Sainte Vierge. à saint Joseph. I. Quelles sont ces vertus de l'esprit ? C'est la foi. l'Evangile de la Nativité de Marie et de l'enfance du Sauveur. un habitant de Bethléem. qui nous fait aspirer à des biens invisibles . comme saint Joachim. et qui fut la mère de sainte Elisabeth et l'aïeule de saint Jean-Baptiste .reste. suivant l'usage des Hébreux. à Jean-Baptiste. comme quelques-uns aiment à le croire. au moins par sa mère. qui veut dire grâce ou miséricorde. Le nom de la glorieuse sainte Anne ne nous est connu que par la tradition. d'un amour non sensuel.) SAINTE ANNE Mère de la Très Sainte Vierge.

rien de ce qui avait paru sur la terre depuis le commencement du monde ne pouvait entrer en comparaison avec la merveille que Dieu allait réaliser par la naissance de Marie. Cette Vierge. mais il voulait leur laisser l'honneur d’en payer le prix dans une certaine mesure. « Seigneur. et qui allait enfin produire son fruit. Marie et Joseph les ont seuls surpassés. de vœux. Stérilité mystérieuse. Ce prodige des prodiges. et quitter enfin cette terre par un nouveau miracle. » C'est pourquoi la stérilité était considérée comme un opprobre et une malédiction de Dieu. comme l'appelle saint Jean Damascène. En troisième lieu. Depuis de longues années que durait leur union. dont le regard embrasse tous les temps. miraculeuse. vous qui. etc. dit saint Luc des parents de saint Jean-Baptiste. Anne était la figure du monde. cette femme élue de Dieu. Une douloureuse épreuve était venue peu à peu appesantir leur cœur. « Heureux. cet abîme de miracles. La première était destinée au Temple de Jérusalem. et nul n'était plus fidèle qu'eux à s'y rendre aux solennités fixées par la loi . 163 . On croit qu'elle avait environ vingt-quatre ans. originaire de la Galilée. à l’âge de cinq ans. Dieu. Marie devait être fille de la grâce plutôt que de la chair et du sang. L'heureux fils de David conduisit donc son épouse dans la ville de Nazareth où était alors sa demeure. D'un autre côté. la dernière servait à l'entretien de la maison. » C'était Joachim. grandir par des miracles. s'il demeure quelques restes de ma race pour voir la clarté de Jérusalem. et au-dessus des louanges les plus sublimes. suivant l'expression du prophète. dans ce but. ou du moins de pouvoir assister dans leur postérité aux jours bénis du Sauveur. et voit la vie de tous les époux passés et futurs. dit sainte Brigitte. dit la sainte Eglise dans ses prières. avait également choisi entre tous. doit naître elle même d'une façon. Sainte Anne et saint Joachim. mais bien à la pensée du Messie. par des années de prières. parmi tous les autres saints. dont la maternité sera si admirable.cesse des plus beaux trésors spirituels. de la maison et de la famille de David. d'autant plus que les temps approchaient et qu'ils étaient de la famille de David d'où le Sauveur devait naître. La stérilité privait Anne. Dieu destinait cet inestimable trésor à saint Joachim et à sainte Anne. elle devait venir du ciel plutôt que de la terre. Anne nous est présentée comme étant. Ce fut lui. Cependant. jusque-là stérilisé. C'est que la stérilité d'Anne était pleine de raisons mystérieuses. conduite au Temple où elle devait demeurer douze ans. dit saint Jean Damascène. En pouvait-il être autrement des parents de la Mère de Jésus ? Saint Jérôme affirme qu'ils faisaient trois parts de leurs biens. qui reçut en mariage Anne. s'écriait le vieux Tobie mourant. avez choisi le bienheureux Joachim pour être le père de la Mère de votre Fils. La douleur d'Anne et de Joachim n'était cependant pas due à l'apparente infamie qui rejaillissait sur eux : ils la portaient avec un grand courage et une grande soumission. il les avait. prévenus de ses bénédictions et de ses grâces. celui qui devait être son père. et par suite Joachim. n'en a point rencontré comme Anne et Joachim. ils n'avaient point d'enfant. marchant sans reproche dans tous les commandements et les préceptes de Dieu. qui préparait à Marie une mère digne d'elle. » Ils étaient tous deux justes devant le Seigneur. d'aumônes et de vertus admirables. où devait plus tard s'accomplir un si grand mystère au jour de l'Annon ciation. de la plus douce joie que des époux pussent désirer en Israël : l'espérance de devenir les ancêtres du Messie. cette demeure. dut être d'ailleurs l'apanage de toute sa vie. Dieu seul pouvait donner au monde un fruit si divin. leur sainteté devait éclater sur un nouveau théâtre. de jeûnes. nous disent les Pères de l'Eglise. ne pouvait commencer que par un miracle. En effet. la deuxième était distribuée aux pauvres . « Dieu.

au lieu de retourner dans sa maison. et vous accorder ce qu'il accorde à tant d'autres ? Quel crime l'a irrité contre vous ? Joachim ne chercha pas à se justifier. il leur fit à euxmêmes des présents. avait dit le Seigneur à la première femme en la chassant du paradis terrestre. Dans le même moment. Conformément aux désirs de Marie elle-même. 164 . objet de la prédilection de Dieu et de la vénération des anges. elle renouvelait ses supplications. Ainsi brilla sur le monde la douce aurore du grand jour de la Rédemption. ils entraient dans la vieillesse . Mais. C'était une des fêtes de la loi. Après Marie qui en fut l'objet. L'enfant franchit les quinze degrés du sanctuaire. Tout à coup. Mais Anne n'avait pas oublié le vœu qu'elle avait fait de concert avec Joachim. Anne mit au monde la Mère de Dieu. venait de s'accomplir l'ImmaculéeConception de Marie. Tu enfanteras tes fils dans la douleur. Dès que Marie put se passer d'une mère. Elle était le sanctuaire où venait de s'accomplir le plus grand prodige qui fût sorti jusque-là des mains du Tout-Puissant. lui apparut. et cette loi des filles d'Eve n'atteignit pas plus sa mère que la loi du péché originel ne l'avait atteinte elle-même. et que les merveilles de l'Incarnation devaient seules surpasser. fut reçue par les prêtres et réunie à celles qui vivaient à l'ombre de la maison de Dieu. Leur stérilité durait depuis vingt ans . Joachim rejoignit ses troupeaux dans les pâturages de la montagne et il y demeura cinq mois dans la prière et dans le jeûne. . Il lui annonça de la part de Dieu que ses prières avaient été exaucées. et nul prodige ne nous fait connaître si bien son éminente sainteté. Sainte Anne et Marie. se désolait et faisait pénitence. Mais quelle que fût la noblesse de sa race. à l'exercice de toutes ces vertus. Soumis à la volonté de Dieu qui les éprouvait. C'était un châtiment du péché. Un jour. un message céleste annonçait la même nouvelle à Joachim. Quand le temps fut arrivé. En elle. les prêtres les refusèrent devant toute la foule. ils songèrent à la rendre à Dieu qui la leur avait prêtée. nul ne touche de plus près au mystère de l'immaculée-Conception que sainte Anne. Joachim prit dix agneaux et les offrit au Temple en sacrifice d'actions de grâce et comme s'il ne s'était point souvenu de l'injure que les prêtres lui avaient faite. ils la conduisirent au Temple. Joachim apportait également les siennes. dans la maison sur laquelle s'élève aujourd'hui la basilique de Sainte-Anne. assise dans son jardin à Nazareth où elle s'était fait comme une solitude. des pierres du désert peut faire des enfants d'Abraham. Joachim et Anne s'étaient rendus à la Ville Sainte. Anne de son côté priait. chaque jour semblait venir diminuer leur espoir cependant ils ne cessaient pas d'avoir confiance en celui qui. le futur messager de l'Incarnation. mais Marie n'eut jamais rien de commun avec le péché. dirent-ils. lui prédit la naissance d'une fille qui s'appellerait Marie. ce fut à Jérusalem. celle des Tabernacles . Au milieu de la multitude des chefs de famille qui se pressaient au Temple pour présenter leurs offrandes. l'archange Gabriel. les deux époux joignirent une promesse et vouèrent au Seigneur l'enfant qu'il leur donnerait. selon le mot de l'Écriture. puisqu'il n'a pas daigné féconder votre union. Selon l'opinion commune.A toutes ces œuvres. Anne connut bientôt que Dieu avait fait cesser son opprobre. – La visite de l'ange. les époux acceptèrent sans murmure ce terrible affront et sortirent du Temple. L'affront public à Jérusalem. Ils revinrent à Nazareth.Comment le Seigneur les aurait-il pour agréables.

Elle put mourir. S'il en fut ainsi. La légende dit qu'elles auraient été apportées en Provence par Lazare. en 710. a été rétablie par Grégoire XIII en 1584 . devenu. Il demande par gestes qu'on lève une dalle et qu'on creuse. Le nom de sainte Anne figure au Bréviaire romain en 1550. entre dans l'église avec un air inspiré et. le 9 décembre. elle fête sa conception et le 25 juillet sa mort. tout à coup guéri. C'est même ce que la Sainte Vierge aurait révélé un jour à sainte Brigitte. Marie et Jésus. la bienheureuse mère put donc être témoin des divines destinées de sa fille très sainte. qui avait reçu au baptême le nom de Joachim. par une main invisible. les placèrent en grande pompe dans l'église dite du Sépulcre de Notre-Dame. et la tradition assure que le corps de sainte Anne y fut transporté deux siècles plus tard. pour les soustraire aux profanations. le 24 avril 1622. au contraire. qu'elle avait environ cinquante-six ans. Le culte de sainte Anne en Orient et en Occident. destinées que l'ange lui avait peut être apprises. La ville d'Apt. » En 550. ayant recueilli ses reliques. Marthe et Marie-Madeleine et remises ensuite à saint Auspice. s'écria : « Ici est le corps de sainte Anne. Tout à coup. enfin. entouré du peuple et de ses chevaliers. aveugle et sourdmuet de naissance. « Les premiers chrétiens. Grégoire XV. pour nous sauver de la mort éternelle. supprimée par saint Pie V. d'où s'échappaient. emportant avec les dernières prières de Joseph et de Marie les dernières caresses et le dernier baiser de Jésus. Plusieurs pensent.Sainte Anne. Le jeune homme. et voici qu'on découvre la crypte où étaient des reliques. 165 . L'Eglise grecque honore sainte Anne le 4 septembre avec saint Joachim . la fête de l'aïeule de NotreSeigneur est célébrée le 26 juillet. un jeune homme de quatorze ans. après une de ses nombreuses expéditions contre les Sarrasins. dans la vallée de Josaphat. On croit généralement qu'elle mourut à Jérusalem. on fouille. son petit-fils bien-aimé. Dans l'Eglise latine. en Vaucluse. Les Pères de l'Eglise ont chanté à l'envi les gloires de la mère de Marie. serrer sur son cœur le Fils même de Dieu. Sa fête. Clément XII l'élève au rite double majeur le 20 septembre 1738 . revendique la gloire de posséder en grande partie les reliques de sainte Anne. conduit. On lève la dalle. qu'elle a vécu jusqu'après le retour de la sainte Famille de la terre d'Égypte. dit saint Epiphane. saint Auspice eut la précaution d'ouvrir une crypte sous les dalles de la cathédrale et d'y cacher le précieux dépôt qui échappa ainsi aux incursions des barbares et des Sarrasins et fut oublié pendant plusieurs siècles. Nous ignorons la date précise de la mort d'Anne. Jean. C'était le jour de Pâques de l'an 792 . On raconte que Charlemagne. époque où nous le voyons se répandre rapidement. quelques années après saint Joachim et pendant que Marie vivait dans le Temple. Léon XIII. en fait un jour de fête chômée . surtout en Orient. le 1 er août 1879. fils du baron de Caseneuve dont l'empereur était l'hôte. dans un transport inexprimable. Le culte de sainte Anne remonte aux premiers siècles du christianisme. l'empereur Justinien fit bâtir à Constantinople une église en l'honneur d'Anne et de Joachim. le monarque assistait à l'office. il s'avance jusqu'au pied du sanctuaire. Le monarque veut qu'on obéisse. était venu dans Apt. élève au rite double de seconde classe les fêtes de sainte Anne et de saint Joachim. des rayons lumineux. date qui rappelle la translation de ses reliques à Constantinople (en 710). Le culte de sainte Anne à Apt. évêque d'Apt. Elle put. Mais la persécution ayant gagné la ville d'Apt.

C'était un homme de quarante ans. conférait à l'église d'Apt le titre de basilique mineure. citons Clément VII. avec des vêtements blancs comme la neige. les précédait. explore les alentours de sa demeure et ne voit rien. On vénère aussi à Noyon une insigne relique du crâne de sainte Anne. à la tombée de la nuit. Il serait difficile de déterminer l'époque de l'établissement de son culte en cette province. Effrayé. Le moyen âge eut pour ce sanctuaire une très vive dévotion . Après quelques hésitations et de nouveaux ordres de sainte Anne. Nicolazic résolut alors. Il s'y rendit un soir.mère de la Sainte Vierge. éblouissante de beauté. » Et de fait. à un endroit qui lui serait indiqué. quand il vit tout à coup un flambeau le précéder comme pour éclairer sa marche. Le long du chemin. c'est qu'une chapelle bâtie en son honneur au village de Ker-Anna fut détruite vers l'an 700. on découvre une châsse en bois de cyprès. qui le traita de visionnaire. tenu par une main invisible. la statue autrefois vénérée en ce lieu. cultivateur de la paroisse de Pluneret et propriétaire de la terre du Bocenno. au bas de laquelle se lisent ces mots : « Ci-gît le corps de la bienheureuse Anne. pieux et droit. ne craignez point . En 1624. Martin V. Un soir qu'il revenait d'Auray. Dites à votre recteur que. Une confrérie de Sainte-Anne existait à Apt dès l'an 1501. Presque toutes les reliques que l'on vénère à travers le monde. je suis Anne. dans cette pièce de terre que vous appelez Le Bocenno. Innocent IV. il est réveillé par le bruit d'une immense foule en marche . quelques instants après. C'est par l'intercession de sainte Anne d'Apt. et qui lui dit : « Yves Nicolazic. sainte Anne apparut plusieurs fois à Yves Nicolazic. mère de la Sainte Vierge. il se lève. que la reine de France Anne d'Autriche obtint du ciel un fils qui fut Louis XIV. Anne ne fut l'objet d'un amour et d'une vénération plus ardents qu'en Bretagne. il prend son chapelet et se met en prières . lui donnant ainsi un caractère officiel. qui l'authentiqua de sa signature. il y a eu autrefois. avec quelques voisins. Alexandre VI. Pie IX l'érigea en Archiconfrérie le 25 juin 1861 . généreusement. L'empereur fit écrire une relation exacte de l'événement et la porta à la connaissance du Pape Adrien 1er. On juge de l'émotion de cette foule en présence de ce prodige. sainte. Enfin. sainte Anne lui ordonna d'aller dans le champ du Bocenno où il trouverait. (Bref du 30 octobre 1533). Léon XIII. Clément VIII. Une nuit. en récitant son chapelet. Mais. dans les nombreux sanctuaires dédiés à sainte Anne. Benoît XII. parce que Dieu veut que j'y sois honorée. les personnages les plus illustres vinrent s'agenouiller devant la châsse. une clarté soudaine l’environne. un parfum suave s'en dégage. où le pèlerinage de sainte Anne d'Auray est connu du monde entier. proviennent de l'église d'Apt. et il aperçoit une dame vénérable. Parmi les Souverains Pontifes qui accordèrent de nombreuses indulgences au pèlerinage de Sainte-Anne d'Apt. Je désire qu'elle soit rebâtie et que vous preniez ce soin. il arrivait près d'un calvaire. le 8 août 1879. De cette antique construction. il n'était resté qu'un souvenir vague et quelques ruines dans le champ du Bocenno. Nulle part. une chapelle dédiée à mon nom. même avant qu'il y ait eu ici aucun village. et gardant au cœur un profond amour pour la Sainte Vierge et pour sainte Anne. ce qui est incontestable. de vendre ses biens pour en consacrer la valeur à relever la chapelle. Il y a neuf cent vingt-quatre ans et six mois qu'elle a été ruinée. Le culte de sainte Anne en Bretagne : Sainte-Anne d'Auray. A 166 . mère de Marie. Paul III. un flambeau mystérieux. il alla trouver le recteur de la paroisse. » La châsse est ouverte .

P.E. une statue de bois représentant sainte Anne. – (V. Pie IX. Le Garrec.. En 1792. histoire de pèlerinage (Paris. Cette basilique fut détruite en 1922 par un incendie . Le 29 mai 1876. – Abbé Max Nicol.. a pu être sauvé des flammes ainsi que la statue de la vénérée patronne de ce saint lieu. notamment un fragment d'os du bras de sainte Anne qui. et une basilique plus belle encore que les précédentes a été élevée à Sainte-Anne de Beaupré. Sainte-Anne de Beaupré est devenue comme le Lourdes du Canada. Sainte-Anne d’Auray. Ce sanctuaire abrite de précieuses reliques données par la France au XVIIe siècle. c'est le Canada. Sainte-Anne d’Auray (3 vol. S. I1 y vient chaque année un nombre de plus en plus considérable de pèlerins du Canada et des Etats-Unis. Ce sanctuaire célèbre fut enrichi d'indulgences par les Papes et une confrérie y fut érigée. Marc Ramus. dans Dictionnaire biblique (Paris). 1888).S. – R.l'endroit où cette lumière s'arrêta. Sainte Anne (Nantes. un second édifice était en voie d'achèvement quand il fut de nouveau la proie des flammes en 1926. Sur l'emplacement de la petite chapelle une première basilique fut édifiée en 1872. 702 et 856. Des pêcheurs bretons échappés à un naufrage élevèrent. Les miracles qui y attirèrent les premiers pèlerins ne devaient plus cesser. Un pays qui rivalise avec la Bretagne dans le culte de sainte Anne. On peut dire qu'elle est « la mère du Canada ». Sources consultées. l'image de sainte Anne fut brisée et brûlée par les révolutionnaires . à Beaupré.J. sainte Anne allait préparer le berceau de la foi en ce pays et le protéger d'une façon singulièrement manifeste. Dès lors. 1907). et qui dépasse le chiffre de 600 000. on bâtit une magnifique chapelle qui fut confiée aux Carmes le 21 décembre 1627. ils trouvèrent. Anne (n° 4). au mois de mai 1876. Buléon et E. ils en déposèrent le germe dans le sol canadien où ils abordèrent en 1534.A. en 1620. A. enfermé dans un reliquaire d'or. en creusant.mètres de Québec. à quelques kilo. La dévotion à sainte Anne (Lyon. voulant récompenser la foi du peuple canadien. proclamait sainte Anne patronne de la province de Québec. et Pie X devait proclamer sainte Anne patronne secondaire de la Bretagne. Jacques Cartier et ses hardis marins bretons emportèrent cette dévotion en leurs voyages de découvertes . – Notice sur Sainte-Anne d’Apt (Apt). 1877). Ce double cataclysme n'a pas diminué le courage ni la générosité des Canadiens.P. – Athanase Olliver. L'image de sainte Anne attira bientôt une foule innombrable de pèlerins . 1878).B. Le culte de sainte Anne au Canada : Sainte-Anne de Beaupré. – F. sur la rive gauche du Saint-Laurent. – Mgr de Ségur. Les merveilles de Sainte-Anne d’Auray (Paris.). – J.) 167 . et quatre ans plus tard. une modeste chapelle. on réussit cependant à sauver une partie du visage qui fut enchâssée plus tard dans le piédestal d'une nouvelle statue. Léon XIII avait concédé une messe et un office propre au sanctuaire de Sainte-Anne d'Auray.Vigouroux. n° 74.

grâce à sa vivacité d'esprit. il joignait des manières affables et distinguées. en Asie Mineure. que nous donnons d'après les anciens hagiographes. parmi ces héros. cédant aux instances de son associé. Après l'avoir appliqué à l'étude des lettres. Le 23 février 303. Un brillant avenir s'ouvrait devant lui. mais elle fut enlevée trop tôt à l'affection de l'enfant pour lui donner de la religion véritable autre chose qu'une idée confuse et incomplète. alors résidence des empereurs d'Orient. fit de rapides progrès. malheureusement. riche sénateur et idolâtre. il n'est pas toujours possible de faire le discernement entre les détails authentiques et les développements légendaires. L'un des plus illustres.SAINT PANTALÉON Médecin et martyr à Nicomédie ( 303). Mais Dieu préparait à Pantaléon une palme mille fois plus honorable que les lauriers de la science profane. revêtu du sacerdoce chrétien. Ce fut le début de la dixième grande persécution. Son père. vit plusieurs milliers de chrétiens verser leur sang pour la foi. L'étudiant y consentit volontiers. lui dit le jeune homme : arriver à guérir toutes les infirmités 168 . sollicitant l'honneur d'un amical entretien. A la science médicale. l'empire romain – les Gaules exceptées – se trouva noyé dans le sang chrétien. premier médecin de Dioclétien. Pantaléon naquit à Nicomédie au IIIe siècle. Frappé de sa douceur et de sa modestie. le césar Galère. Le récit de sa vie. Dans une maison humble et écartée vivait un saint vieillard. une prudence remarquable et une honnêteté rare chez les païens. A l'école d'un tel maître. Une noble ambition. Eubule. à tel point que l'empereur lui-même résolut de se l'attacher. signa le décret d'une extermination générale des chrétiens. le vieil empereur Dioclétien. « Je n'ai qu'une ambition. Un jour. il l'invita à s'arrêter un instant. la plus violente de toutes : tout le temps qu'elle dura. se nommait Eustorge. il rencontra le jeune Pantaléon qui se rendait auprès de son maître Euphrosynus. le jeune disciple d'Hippocrate. La persécution l'avait obligé à chercher un refuge dans ce lieu ignoré. Il en sortait cependant quand le bien du prochain le demandait. nommé Hermolaüs. Fête le 27 juillet. La ville de Nicomédie. fut saint Pantaléon. était une fervente chrétienne. sa mère. Le vieillard lui demanda qui il était et ce qu'il faisait dans la grande ville. repose sur un fond historique . Eustorge confia son fils aux soins d'Euphrosynus.

brûlant du désir de procurer la vie spirituelle à celui qui lui avait donné la vie temporelle. – Le Père des lumières te rendra la vue par mon ministère. « Ma mère était chrétienne. au nom de Jésus-Christ. répondit le malade. reçois le mal que tu as fait ! » Au même instant. l'enfant se lève et le reptile venimeux expire. J'ai déjà consulté bien des médecins. En présence de ce prodige. et l'argent que tu me destines. Il a même eu le pouvoir de communiquer ce don à ses disciples : on les a vus. et pour peu de temps. mais à la condition qu'il achèvera de s'instruire de la foi chrétienne : le bon prêtre le retient sept jours à ses côtés. reviens à la vie . ne guérissent que les corps. que me donneras-tu ? – Tout ce qui peut me rester de biens. Dans une de ses promenades à la campagne. il met les mains sur les yeux du malade. Saint Pantaléon convertit son père par un grand miracle. déjà chrétien dans son cœur. dit celui-ci. » Aussitôt. – Votre désir est digne de louange. l'ouïe aux sourds . court se jeter aux pieds d’Hermolaüs. que dis-je ? le nom de Jésus-Christ a suffi pour ressusciter des morts. qui suit la religion de l'empire. » Il prit congé du vieillard en promettant de revenir le voir. rendre la vue aux aveugles.humaines. Dieu ménagea une grande grâce à son âme droite et sincère. Il le prend avec lui et s'approche du malade. lui expose le miracle dont il vient d'être l'instrument et. il rendait la santé à tous les malades qu'on lui présentait. et on les voit encore. Esculape. Eustorge rassembla les statues des faux dieux qui ornaient sa maison . répondit le vieillard. persuasion et douceur. et voyant la médecine humaine sans ressources en présence d'un tel malheur. avec un esprit de foi digne d'un vrai chrétien : « Mort. pourvu que je voie. Secours-moi. » Ce langage remplit le jeune médecin d'admiration. serpent exécrable. dit Pantaléon. que le nom du Christ avait ressuscité des morts. des hommes conduisant un aveugle. et s'unit à lui pour remercier Jésus-Christ de ses bienfaits et de ses grâces. il trouva sur son chemin un pauvre petit enfant étendu mort près d'un serpent dont la morsure l'avait tué. Saint Pantaléon ressuscite un enfant. Il reçut le saint baptême. condamnent le culte des idoles et déclarent qu'ils veulent être chrétiens. Pantaléon revint chez son père. On va prévenir le jeune homme. Bientôt. Eustorge et l'aveugle guéri tombent à genoux. mais je l'ai perdue trop tôt pour apprendre d'elle la divine médecine du Christ . et je vous souhaite bon succès dans vos projets. émerveillé. lui donne le baptême. guérit les corps et les âmes et donne une vie éternelle. I1 dit donc. c'est précisément ce que sa foi attendait pour convaincre son père. Saisi de compassion. il les brisa et les jeta ensuite dans une fosse. Hippocrate. et autres maîtres dans la médecine. et pas toujours. – Si je te rends la vue. « Je suis privé de la lumière. et toi. Gallien. Devant une telle merveille. et 169 . même à ceux dont les médecins désespéraient. Jésus-Christ. Pantaléon. tu le donneras aux pauvres. sollicite le saint baptême. reconnaissent la divinité du Christ. au contraire. il priait et ne perdait aucune occasion d'éveiller l'attention paternelle sur la vanité des idoles. dit-il. reprit le jeune chrétien. Hermolaüs veut bien lui accorder cette faveur. Les yeux de l'aveugle s'ouvrent soudain. Mais. lui enseigne ce qu'un chrétien doit savoir et pratiquer. En attendant. m'a donné pour maître le célèbre Euphrosynus. mon père. à la grande joie de son fils. j'ai dépensé une grande partie de ma fortune pour les payer et ils n'ont réussi qu'à me faire perdre le peu de lumière qui me restait. A quelque temps de là. demandant si le médecin Pantaléon était là. Mais il fallait procéder avec prudence et ménagement. Il s'agissait d'une maladie incurable . il se souvint des paroles du prêtre chrétien. vinrent frapper à la porte de la maison. en invoquant le nom de Jésus-Christ. Pendant qu'il vivait sur la terre.

vos flammes et vos autres prêtres appelleront Jupiter. tous ceux qui souffraient de quelque infirmité accouraient à Pantaléon. s'approchant du lit du paralytique. et mécontents de voir leurs bénéfices diminuer de jour en jour. L'empereur essaya d'abord la douceur. ainsi délaissés. qui adorez des statues inertes. aux orphelins. J'invoquerai le Christ .» Cette proposition plut à la curiosité de l'empereur. ajouta-t-il en s'adressant à Dioclétien. La prière et les œuvres de charité se partageaient son temps. Jalousie des autres médecins. et marche ! » A l'instant. qu'un Dieu véritable. et non seulement n'exigeait d'eux aucun salaire. le Christ . Vousmême. Ne vois-tu pas que c'est leur bienveillance qui t'a rendu ta vue ? – Hé quoi ! seigneur. mais les secourait lui-même s'il les voyait dans la gêne. donna à Dieu mille louanges pour tous les bienfaits dont le père et le fils avaient été comblés. – Tu outrages les dieux ! s'écria l'empereur. les guérissait au nom de Jésus-Christ. Devenu maître de ses biens. des incantations magiques. se convertissent à la foi chrétienne. puis. et beaucoup de païens. Pantaléon invoqua le vrai Dieu . Fils du Dieu vivant. ils le dénoncent à Dioclétien comme partisan d'une religion illégale. vous devriez supplier le Christ de vous guérir de votre aveuglement spirituel. des sacrifices. non à Esculape. et que les remèdes humains n'avaient pu guérir. et je confesse que je suis redevable à Jésus-Christ. aux indigents qu'il trouva. Quand les païens furent lassés. Dioclétien. En qualité de médecin. – Au tribunal de Dioclétien. Saint Pantaléon est accusé de magie. l'empereur ordonna de lui trancher la tête. lève-toi. répond le généreux chrétien. comment des idoles. pourraient-elles rendre la vue aux autres ? » Irrité de cette hardiesse. il prit le malade par la main et dit avec assurance : « Au nom de Jésus-Christ. des cris. comme autrefois Baal aux appels des faux prophètes. ils font comparaître devant l'empereur l'aveugle que Pantaléon avait guéri et qui avoua que Pantaléon était chrétien : «Quant à moi dit-il. Esculape et tous vos dieux . pauvres ou riches. 170 . qui elles-mêmes ne voient pas. je suis aussi chrétien. Cependant Dioclétien manda Pantaléon à son tribunal. car Dieu ne tarda pas à l'appeler à l'éternel repos. Pour confirmer leurs assertions. Pantaléon affranchit ses esclaves et leur donna de quoi vivre honorablement dans le monde. il visitait les malades. Les dieux restèrent sourds. en conçurent une jalousie extrême. Par son ordre. répondit le chrétien. « Je ne connais. Pantaléon recueillit le corps du martyr et l'ensevelit près des dépouilles de son père Eustorge. Ils commencèrent avec ardeur des prières. on amena un homme qui était paralytique depuis plusieurs années. Il distribua le reste de sa fortune aux veuves. Un frémissement d'enthousiasme agite aussitôt la foule. d'avoir recouvré la vue. Un défi aux prêtres des idoles. Les prêtres païens furent réunis en grand nombre : ils ne pouvaient se soustraire aux ordres de l'empereur ni s'avouer vaincus avant le combat. Eustorge n'eut pas le temps de perdre la grâce précieuse de son baptême. et qu'on amène un paralytique en notre présence. le malade retrouva l'usage de tous ses membres. secouant la paralysie de leur âme. la divinité qui rendra la santé au malade sera reconnue pour seul vrai Dieu. à lui seul mes adorations. Apprenant que leur concurrent a des relations avec les chrétiens. Convoque tes prêtres. C'est pourquoi. Les autres médecins de Nicomédie.Pantaléon.

171 . que penses-tu arracher au courage d’un jeune homme ? » Saint Pantaléon dans l'arène. il ajouta : « Souviens-toi d'Anthime. et la pourpre du martyre a orné l’éclat de ses cheveux blancs. Sa mort a dignement couronné sa belle vie. « Pantaléon. dit-il au jeune chrétien. crois-moi. brisé par l’âge. tandis qu’à toi des supplices sans fin sont réservés. Si un vieillard. laisse ces artifices magiques. ainsi que tous les autres ennemis des dieux qui l'ont imité dans son impiété. Tu viens de me parler de l’évêque Anthime. Le Saint reste paisible au milieu des supplices. Dioclétien n'eut pas de peine à entrer dans leurs vues. Sacrifie aux dieux. qui était le chef des chrétiens de cette ville : à quoi lui a servi son obstination ? Il a péri d'une mort cruelle. mais je désire souffrir et mourir pour l’amour de Jésus-Christ. Mais j'ai pitié de ta jeunesse. moi qui ai renoncé même à ceux que je possédais ? Quand aux supplices. » Puis. ce vieillard insensé. dont il avait fait un martyr. – Tes menaces. ils n'ont pas porté bonheur à ceux qui les ont pratiqués. évoquant le nom du saint évêque de Nicomédie. a pu ainsi résister à ta fureur. la religion de l'empire tomberait dans le mépris et serait abandonnée par le peuple crédule. il jouit maintenant de la béatitude éternelle avec le vrai Dieu. pas plus que tes promesses. ne sauraient émouvoir mon cœur .Furieux d'un échec si humiliant les prêtres des idoles persuadèrent Dioclétien que. j’envie son sort . non seulement je ne les crains pas. Les mêmes supplices t'attendent si tu persistes dans ta désobéissance. s'il ne sévissait immédiatement contre le magicien Pantaléon. comment me laisserais-je tenter par tes biens. ô empereur.

Le Seigneur exauça sa prière : il descendit avec lui dans la chaudière. « Quoi ? s'écria-t-il. sachant quelle vénération les chrétiens avaient pour les martyrs. Il le consolait et lui faisait entrevoir les joies de la Jérusalem céleste. et tu voudrais que toutes les créatures n'obéissent pas au Roi éternel ? » Respecté par les fauves. que son corps ne fût pas retrouvé et ne put servir au culte des chrétiens. – Mais si j'augmente tes supplices ? – Ma récompense croîtra en proportion. c'est le Christ . toujours sous la figure d'Hermolaüs. disaient-ils. comme 172 . afin. lui dit l'empereur. le vaillant athlète entra avec intrépidité dans le liquide de feu. A ces mots. délivrez-moi de la crainte de mes ennemis. au milieu de l'arène . Le héros chrétien s'avance.C'était abuser de la patience du tyran. disait-il avec le Psalmiste. A ce fait extraordinaire. déchirent ses flancs avec des ongles de fer. ils y attachent le martyr. qu'on expose ce magicien aux bêtes de l'amphithéâtre . Les témoins de cette scène étaient dans l'admiration . le saint vieillard qui avait été son père dans la foi chrétienne. écoutez ma prière pendant que je crie vers vous… Seigneur. Il prit son serviteur par la main. et au même instant le plomb se refroidit. Plusieurs officiers. calme. mais en approchant du martyr. » Ensuite. ces bêtes fauves. s'en joignait un autre : la pierre qu'on avait attachée au cou de Pantaléon surnageait comme les feuilles que le vent fait tomber sur un lac tranquille. lassés par un poids invisible. Bientôt. » Nouveaux tourments et nouveaux prodiges. – Trois nouveaux martyrs. au milieu de ce tourment. tendent ses membres. Dioclétien commande de fondre du plomb dans une immense chaudière et d'y plonger le martyr. le chrétien prie le Seigneur avec humilité et confiance : « Mon Dieu. monarque d'un jour. aux ordres qu'elle reçoit de Dieu. Sur l'ordre de Dioclétien. A la vue du liquide bouillant qu'on lui prépare. Cet atroce supplice ne troubla pas la sérénité de la victime. et si je ne viendrai pas à bout de son opiniâtreté. et les torches s'éteignirent. En effet. dit l'empereur. – Ma science magique. L'empereur fut extrêmement surpris et irrité de le voir revenir sain et sauf. Les seules forces humaines ne vont pas jusque-là . les bras des bourreaux s'engourdirent. mais l'empereur. Déjà les bourreaux avaient préparé le chevalet. les animaux sauvages s'élancent avec fureur. Soudain la barrière s'ouvre. fermant ses yeux à la lumière. Notre-Seigneur apparut au martyr sous les traits d'Hermolaüs. ses yeux s'élèvent vers le ciel et ses lèvres murmurent une prière. Jésus-Christ apparut une troisième fois. cherchait par quel supplice il pourrait se débarrasser de cet homme qu'il ne pouvait vaincre. « Soldats. Dioclétien agréa ce projet. on lui attacha une grosse pierre au cou et on le précipita dans l'abîme. comme les autres éléments. révèle-nous les secrets de ton imposture. puis ils promènent sur ses plaies des torches ardentes. et affermissant les ondes sous ses pieds. Mais le Dieu qui sait tempérer la violence des flammes sait trouver « sur les flots des sentiers inconnus à toute créature ». » La nouvelle qu'un chrétien allait être jeté aux bêtes féroces de l'amphithéâtre fit le tour de la ville. et une foule immense accourut. nous verrons si les fauves sont aussi soumis à ses incantations. il regagna le rivage avec lui. je n'ai pas d'autre talisman. « Vil magicien. évidemment Dieu venait au secours de son serviteur d'une manière surnaturelle. conseillèrent à l'empereur de jeter Pantaléon à la mer. Le martyr fut conduit à la mer. la mer elle-même obéit à tes enchantements ? – La mer obéit. Le patient se releva : il ne ressentait aucune douleur et ses chairs ne portaient même pas la trace de la moindre blessure. répondit le martyr : tes serviteurs t'obéissent à toi. empruntant encore les traits d'Hermolaüs.

il s'en prit aux bêtes féroces et commanda de les tuer. 173 . ordonna alors de flageller cruellement le martyr. voyant ses combats près de finir et songeant au ciel qui allait s'ouvrir devant lui. répliqua le martyr . Si vous y réussissez. que je viens de les envoyer dans une autre cité pour affaires urgentes. A ce spectacle. Alors le vénérable Hermolaüs et deux autres chrétiens. – Mais. c'est de ramener Pantaléon au culte de nos dieux. marcha au supplice le visage rayonnant de joie. » Après divers supplices. devant l'inutilité de ses efforts. Vous n'avez qu'un moyen d'obtenir le pardon du crime que vous avez commis. non dans l'espoir de le fléchir. et une voix se fait entendre : « Pantaléon. repartit impudemment l'empereur. le Dieu des chrétiens ! s'écrie la foule. elles s'approchent. vous les avez envoyés dans l'éternelle et sainte cité de Dieu. – Laissons ces rêveries absurdes. – Vous dites plus vrai que vous ne pensez. « C'est donc vous. une immense acclamation ébranle l'amphithéâtre : « Il est grand. je ne vois nullement ces trois personnages parmi les officiers de la cour ? – C'est. et je vous comblerai des plus hautes faveurs. ils ont consenti à adorer les dieux. Hermolaüs. Hermippe et Hermocrate.fascinées par une puissance surnaturelle. – Loin de songer à pervertir notre frère. leur dit le prince irrité. Le jeune héros fut soumis au cruel supplice de la roue. on leur trancha la tête. A cette vue. ont enfin reconnu leurs véritables intérêts. furent amenés devant l'empereur. lui dit l'empereur. On l'attacha au tronc d'un olivier et un licteur leva son glaive pour le frapper. puis il le condamna à être décapité et ensuite brûlé. tu t'appelleras désormais Pantaléimon (nom qui veut dire très miséricordieux). les bourreaux se jettent aux pieds du martyr et lui demandent pardon. également le 27 juillet. mais il en sortit encore sain et sauf et on le jeta dans un cachot. Le dernier combat. » La victoire. deviennent douces comme des agneaux . » Le prince. qu'on avait trouvés dans sa maison. et je viens de leur conférer ici de grandes dignités. s'apaisent. Leurs noms figurent au Martyrologe romain. Le jeune chrétien les embrasse. qui avez séduit le jeune médecin Pantaléon pour lui faire abandonner le culte des dieux ? – Jésus-Christ. craintives et respectueuses du saint martyr. vous serez mes amis. Pantaléon comparut de nouveau devant Dioclétien : « Tes maîtres. nous sommes prêts nous-mêmes à mourir pour Jésus-Christ. répondirent-ils. Pantaléon. Mais le fer s'amollit comme de la cire et laissa intact le cou de la victime. Il est seul vrai Dieu ! » D'autres ajoutaient : « Qu'on mette le juste en liberté ! » La colère du tyran était au comble. nommés Hermippe et Hermocrate. lui lèchent les pieds et ne se retirent qu'après avoir reçu sa bénédiction. et beaucoup obtiendront miséricorde par ton entremise. mais pour satisfaire sa colère et se venger. reprit Pantaléon. sait bien appeler à la lumière ceux qui en sont dignes.

– Dom Ruinart. et d'autres ossements. sa fête figure le 16 octobre. Le martyr. Une âme que l’esprit de Dieu anime est capable de faire des choses extraordinaires. 174 .P. Au calendrier copte. suppliait les bourreaux d'exécuter l'ordre qu'ils avaient reçu.Ce fut alors un spectacle attendrissant au delà de toute expression. Enfin. Cette dispersion de ses reliques et les nombreuses grâces obtenues par son intercession ont rendu le culte de saint Pantaléon populaire en Orient et en Occident. et l'olivier fut tout à coup couvert de fruits. Répertoire bibliographique. Les médecins l'honorent comme un de leurs principaux patrons. – Les Grands Bollandistes. désireux de verser son sang pour Jésus-Christ et d'entrer dans le ciel. Charlemagne obtint le chef du saint martyr. PAROLES DES SAINTS ___________ Avec Dieu. Les chrétiens recueillirent le corps de leur frère et l'ensevelirent avec honneur. Du lait au lieu de sang jaillit sous le glaive. Pantaléon insista tellement. ils se décidèrent à lui trancher la tête. SAINT SAMSON Premier évêque de Dol (480?-565?) Fête le 28 juillet. – Ulysse Chevalier. et Lucques en Italie. – (V. Tous refusaient. Saint Vincent de Paul.S. mais les soldats s'en allèrent et n'exécutèrent pas la sentence. Acta Sanctorum.. devinrent dépositaires de ces précieuses reliques.. qu'il donna à la ville de Lyon. Plus tard.B. qu'après l'avoir embrassé une seconde fois. Huit communes de France portent son nom ou celui de Saint-Pantaly. Sources consultées.) ……………. dont il enrichit la célèbre abbaye de Saint-Denis. L'empereur ordonna d'abattre l'arbre et d'en construire un bûcher pour brûler le corps du martyr. qui en est la forme populaire dans le Midi. Maxime Viallet. Constantinople. n° 496.

à son serviteur. puis les organisateurs de ces étranges colonies. celui de Llantwit. Amon désirait. Profondément pieuse. Son père. dont le nom est inséparable de l'histoire bretonne et française. humble abbé et grand évêque. Bien plus. A quinze ans. à juste titre. La jeunesse de saint Samson. ces émigrations étaient dirigées par des moines. nouvel Abraham. à la cour des petits rois de ces provinces. la carrière des armes pour son fils aîné. C'était un poste important et qui venait immédiatement après ceux de gouverneur du palais et d'aumônier de la maison royale. Cette naissance. et une voix se fit entendre annonçant que toute grâce demandée par lui serait accordée. se mesurer avec les plus habiles. longtemps et vivement désirée. autrement dit maître d'hatel. La plupart du temps. Mais la volonté du ciel en avait décidé autrement. ne pouvant résoudre une difficulté philosophique. et. De cette union naquit Samson. Les nombreux miracles de Samson témoignent assez que Dieu ne refusa rien. fut suivie de celles de cinq frères et d'une sœur. consentit à envoyer Samson à l'école monastique. les fonctions de « dystain ». Quand il eut cinq ans. il ne cherchait la sagesse qu'au pied du Crucifix. se nommait Amon-Du. car leurs parents avaient rempli. amenant ces exilés volontaires vers leur nouvelle patrie. qui nous apparaissent encore aujourd'hui comme des héros légendaires. 175 . qui était d'ailleurs un éducateur remarquable. après quelques hésitations. saint Samson. devenu savant. Les deux époux étaient nobles. distingua vite les belles qualités de Samson et l'entoura de tendresse et de soins. dont le courage et la sainteté s'imposaient à leurs concitoyens. et venant s'établir au pays de Domnonée qui forme actuellement la partie septentrionale de la Bretagne française. s'appelait Anna. ce fut lui qui conduisit son enfant à saint Iltut ou Iltud. Il partagea sa vie entre les deux pays qui s'appelaient jadis la Grande-Bretagne et la Bretagne Mineure ou Armorique. La famille de Samson appartenait à la Galles du Sud. Un jour. Naissance et premières années de saint Samson. en effet. et le père.Homme d'une originalité puissante. peut être considéré. l'an 48o. comme au seul maître dont il voulût recevoir les enseignements. comme l'un des principaux évangélisateurs de cette région de la Gaule. Pendant près de deux cents ans. la question se posa de son éducation. Loin d'en tirer vaine gloire. Anna destina secrètement son premier-né au service des autels. originaire du comté de Clamorgan. Son arrivée sur les côtes du second pays marque le milieu du long exode du peuple breton s'exilant sous la poussée violente et dévastatrice des Saxons. mais sa cellule elle-même fut remplie de rayons. et non seulement une lumière divine éclaira son entendement. Chef de famille noble. Sa mère. chef des « sept Saints de Bretagne ». ermite et voyageur. il s'adressa d'une façon plus pressante à Dieu. et qui devenaient ainsi les animateurs. Le célèbre et saint abbé. Saint Samson est certainement le type achevé de ces hommes prodigieux. Aussi veilla-t-elle tendrement sur sa petite enfance. le disciple égalait presque le maître. abbé d'un monastère voisin. de véritables caravanes de barques sillonnèrent la Manche. il pouvait. de la province du Gwent. comme c'était le coutume. successivement moine et missionnaire.

176 . il demanda à saint Iltud la permission de se retirer dans un monastère gouverné par un abbé du nom de Pyron. une vipère sortit de dessous et le piqua à la jambe. On s'étonne que Samson ait pu avoir des ennemis. Il s'y trouvait depuis quinze jours. La colombe reparut à la cérémonie de la prêtrise de Samson. et situé dans une île écartée de l'Océan ce monastère porte aujourd'hui le nom de Caldey. Ce miracle du ciel convertit le pharmacien. célèbre dans l'histoire religieuse d'Angleterre. pendant la cérémonie. Afin de pouvoir mener une vie plus cachée. traversant une forêt. et celui-ci obéit. bénit la plaie. ils avaient essayé l'effet de ce poison sur un chien vigoureux qui avait perdu la vie en quelques minutes. rappelant à Dieu. d'un à titre de pharmacien. prirent le serviteur de Dieu en une telle aversion qu'ils ne négligeaient aucune occasion de le contrister. se servant pour tout baume d'eau bénite et d'huile prise à la lampe du sanctuaire. quand un courrier le vint prendre pour le conduire à son père. et. se jouait de ses artifices. un des enfants ayant soulevé une pierre. Il embrassa dés lors toutes les austérités que s'imposent d'ordinaire les Saints. dans son cœur. Comme le jeûné Nomme était occupé avec quelques-uns de ses compagnons à arracher. par la permission de Dieu. lui conféra l'ordre du diaconat. la mort de l'enfant était devenue imminente. Samson. Samson prit le froc dans le monastère où 'il avait été élevé. les herbes folles d'un champ de blé. tous les membres du monastère devaient user d'un breuvage rafraîchissant composé de quelque infusion de plantes médicinales. Sa famille entière entraînée dans la vie religieuse. mais tous les deux de mœurs corrompues. évêque de Carlon (Isca Silurum). et la guérit. L'éclat de ses vertus et des miracles que le ciel répandait sous sa main attira vite sur Samson l'attention du pays entier. Entrée dans la vie monastique et dans les Ordres. Le dimanche suivant. Dieu voulant ainsi marquer combien le nouveau diacre lui était agréable. la promesse de son assistance. mais l'autre n'en éprouva que plus de haine pour celui dont la vertu. tous deux hôtes du monastère. L'abbé Pyron ordonna à son disciple de partir incontinent. Il arriva pourtant que deux neveux de saint Iltud. Saint Samson convertit deux de ses ennemis. A leur grand étonnement. une colombe plana sur la tête du néophyte. La légende rapporte que. Samson le but sans en ressentir aucun mal. dans la saison où le soleil d'été est le plus ardent. plus tard. sur le commandement de saint Iltud. Celui-ci était à toute extrémité et voulait voir son fils avant de mourir. En quelques minutes. quand le démon s'empara par une possession manifeste de cet indigne ministre de l'autel. Il fallut un nouveau miracle de Samson pour délivrer ce possédé. Saint Dubrice. pour obéir à la règle. à celle de sa consécration épiscopale. Samson servait lui-même la messe à ce prêtre sacrilège. et. Or. Le pharmacien prépara à cet effet un poison violent qu'il présenta au religieux un jour où. l'autre comme prêtre.Premier miracle. Ils en vinrent à former le projet de l'empoisonner.

il ne put résister â l'élan de sa charité. Saint Samson est nommé abbé. mais. le lendemain. alors. recourant au Seigneur. Dès que la tombe se fut fermée. quand des religieux accoururent. d'une femme d'une grande beauté. un four. s'accorda à l'appeler à cette charge. il réunit toutes les qualités que peut avoir un maître. son évêque. Plusieurs miracles attirèrent encore sur lui l'attention. ne triompha ni de l'un ni de l'autre. le père et l'oncle du Saint. Cette mort affligea beaucoup Samson qui perdait en lui un père et un ami. que l'abbé de Pyron vint à mourir. Il gouverna dix-huit mois son abbaye. et pria pour lui avec tant de ferveur. Mais la Providence ayant amené d'Irlande à son monastère quelques religieux qui venaient de Rome et retournaient à leur cloître. Seule. songeant vite au salut de son âme. Le capitaine du voilier donna l'ordre de 177 . mit en fuite l'esprit malin et guérit le blessé sans qu'il restât trace de ses meurtrissures. reconnaissant. le vieillard. le suivirent quand il rentra au monastère de Pyron. il implora de saint Dubrice. Leur supérieur était tombé sous le pouvoir du démon. aussi son humilité n'y put-elle tenir. Samson. le vieillard. éprouva cependant une grande joie . il accepta néanmoins pour faire la volonté de Dieu. et c'est là. charité. Il passa ainsi quelque temps dans l'Hibernie. disait Samson. Samson admira les bons sentiments de son père. mais la tentation. chose à donner que le miel des abeilles qui avaient leurs ruches dans les jardins du couvent. Le commandant du navire ne voulait pas retarder. formèrent une semblable résolution . Ce qui brilla particulièrement à cette époque de sa vie fut sa charité pour les pauvres. Amon et Umbrafel. les ruches fussent encore pleines comme si on n'y eût pas touché. L'humilité de' l'élu en fut consternée . la permission de faire un voyage en Irlande dans la compagnie de ces religieux. et fit vider les ruches de leurs trésors pour en faire profiter les pauvres. Zèle. d'un signe de croix. la voix de ses compagnons. prudence. il sollicita et obtint de ses nouveaux supérieurs l'autorisation de retourner à son monastère. n'ayant autre.le moine et le messager furent poursuivis par le démon qui leur apparut sous les traits. Il avait reconnu combien ces moines étrangers étaient versés dans les études sacrées et il voulait s'instruire à leur école. « Allez. Il venait de monter sur un navire : le vent gonflait les voiles et on allait quitter le rivage. ayant à se choisir un supérieur. En Irlande. que le ciel accorda à l'âme du vieillard la rémission de toutes ses fautes et son corps la guérison de la maladie qui le menaçait de mort. partez quand vous voudrez. frères de Samson. Cinq de ses fils. Le démon vaincu s'en vengea en traînant sur les rocs et parmi les ronces l'envoyé du père de Samson jusqu'à ce que son corps né fût plus qu'une plaie . ils venaient supplier l'abbé d'être leur intermédiaire près du ciel. A peine avaient-ils passé quelques mois dans 'la paix et le recueillement de la vie religieuse. et toute cette pieuse famille prit le chemin des cloîtres. chacun où le dirigeait le doigt de Dieu. et il fut bientôt entouré d'honneurs et de considération . Il avait donné l'ordre de ne damais en rebuter aucun . toujours très malade. Un oncle et une tante ne résistèrent pas à un tel exemple et imitèrent leurs neveux dans le sacrifice. leur mère ressentit le même attrait. Dieu permit que. qu'ils prirent l'habit et commencèrent leur vie religieuse. près de lui. il fit taire tous autres sentiments et voulut s'humilier en se confessant à son propre fils. voulut immédiatement la consacrer au souverain Maître. une sœur de Samson resta dans le monde. Cette double vie de la santé et de la grâce. je vous retrouverai demain I » et il courut au monastère de ces religieux. peu éloigné du port. Quand les deux voyageurs arrivèrent au logis d'Anion.

S'élevait immédiatement au-dessus de toutes considérations humaines. mais un souffle surnaturel le repoussait 1 la côte. Samson établit ses quatre compagnons dans les murs ruinés du château pour lui. non loin des ruines d'un ancien château. le navire essaya de s'éloigner. le navire l'attendait. et comme poussé par une force surnaturelle. Samson ayant promis aux religieux de leur choisir un nouveau supérieur dans sa propre maison. et il venait d'abandonner à sa juridiction le monastère à la tête duquel il avait été lui-même. Séduit par la vie religieuse. Le prieur. ayant pourvu pour l'avenir à la direction du reste de la communauté. 178 . son ouvre de grâce accomplie. il quitta pour toujours son abbaye et se mit en route avec quatre de ses moines. et. Un jour. il ne voulait plus se séparer de son bienfaiteur.lever l'ancre . Rentré en son propre monastère. il se contentait d'un pain tous les mois. il leur commanda. délivré de sa terrible épreuve. le père de saint Samson vient demander asile dans le monastère de son fils. au fond d'une épaisse' forêt. après quoi. il se retira dans la caverne. les voyageurs découvrirent une grotte d'un accès difficile. quand Samson revint. il eut la satisfaction d'y voir son père et son oncle très avancés dans les voies spirituelles. Fuite dans la solitude. de partir pour le monastère d'Irlande qu'il venait de laisser sans chef. Les religieux le prièrent de reprendre le gouvernement du monastère. il sortait pour aller célébrer la messe à l'oratoire édifié par ses religieux. mais il s'y refusa formellement. accompagnait Samson. huis se retirait sans laisser deviner l'endroit de sa retraite. au nom de l'obéissance. Pour sa nourriture. ln lendemain. dont il interdit l'entrée. Sur les rives de la Saverne. La vie qu'il mena dans cet endroit ne peut se définir : Chaque dimanche. Dais sa reconnaissance.

des festins. sans siège proprement dit. Vers le même temps. d'autre part. trois évêques s'assemblaient au monastère qu'il dirigeait. Fondation d'un monastère à Dol et organisation de la Haute-Bretagne. Peu de temps après. ses pas lurent si bien épiés. Samson. Son sacre était passé depuis plusieurs années. les chroniques disent que c'était un (C. . C'étaient des danses. le tout mêlé de libertinage. Ils abordèrent à l'embouchure d'une rivière 179 . Plus loin. envoyé par Dieu vers les rivages de l'Armorique. des jeux.. c'était trop pour son humilité. l'usage de l'Eglise. l'un des trois évêques consécrateurs. que sa grotte fut découverte. En voyage. » Et Samson partit. mais. Un jour. de la vie de Samson. Ils avaient à élire un évêque. le choix du troisième rivait été remis jusqu'au jour de l'assemblée. Samson se fit apporter le corps. eut dans la nuit une vision Un ange l'avertissait que. La Providence le réservait à une plus grande dignité. Derniers miracles en Angleterre. par ordre de Dieu. ne venait pas seul. dragon )). l'évêque trouva un endroit qui lui semblait favorable à la construction d'un monastère . et le récit ayant été fait à cette assemblée des merveille. il s'y arrêta donc et mena à bonne fin cette fondation. ne suffisait pas au zèle du nouveau pontife. Il y avait ainsi trois évêques à ordonnai' et trois qui ordonnaient. le troisième évêque devait être Samson. l'évêque de la contrée tenait un synode. l'évêque titulaire était choisi et un de ceux qui avaient à partager sa dignité . Saint Samson reçoit l'ordre d'aller en Armorique. la direction du monastère fondé jadis par saint Germain d'Auxerre dans ces parages. Or. et il partit pour l'Armorique. Au moment oie Samson passait.néanmoins. dans ces temps reculés. Citons entre autres saint Magloire et saint Méen. Saint Samson est nommé évêque. Saint Dubrice. resta deux heures en prières et lui rendit la vie. rends-toi au pays d'Armorique au milieu des ouailles que Dieu te réserve. I1 en fut ainsi et Samson dut prendre. traverse la mer. par obéissance. Cette fois. Un grand nombre de ses concitoyens ainsi que plusieurs saints religieux avaient obtenu de l'accompagner. Il fut donc sacré le lendemain. La fonction d'évêque régionnaire. il traversait un village où les habitants célébraient -une sorte de fête païenne autour d'une statue d'idole qu'ils avaient conservée. « Va ! lui dit un ange pendant une nuit de Pâques. il répandait la grâce sur ses pas. et. il appela son père à en être supérieur. Samson délivra le pays de ce fléau. Son nouveau monastère terminé. mais ce nom les anciens l'ont appliqué un peu à toutes sortes de bêtes d'une férocité extraordinaire. et' répandait la terreur dans toute la contrée . un jeune homme qui conduisait un char se vit emporter par les chevaux fougueux et fit une chute affreuse qui le laissa mort sur place. il ordonna de l'aller chercher et de l'amener. Un animal gigantesque occupait une caverne qu'il avait choisie pour y prendre son repos. en Cambrie. Les habitants renoncèrent à leurs plaisirs sensuels et se convertirent. voulait qu'à chaque intronisation d'évêques on sacrât avec le prélat deux autres évêques destinés à lui servir d'assesseurs.

u La même humilité lui fit refuser de prendre l'appartement que le roi avait fait. Arrivé à Dol. Le titre épiscopal. et désigna. – Saint Samson. ne se pressa point de rétablir le jeune prince dans les Etats de son père . C'était une dépendance de l'abbaye de Dol. son humilité se signala. en faveur de Judual. Judual rentra enfin en possession de ses Etats. Le roi Childebert. son dernier évêque. avec cette formule . Samson délivra huit démoniaques et guérit deux agonisants . Il était difficile de trouver un ouvrier. Samson fit encore bâtir à Landtmeur un couvent dont il fit abbé saint Magloire. il y fonda de nombreux monastères.. C'était vers l'an 555. Il agissait en même temps. que Samson appela « Rotmon ». en leur présence. Samson parcourut la Bretagne. u Moi. mais. Le monastère de Dol fut fondé. se faisant appuyer de l'autorité de Childebert. Le Pape accorda cette faveur et envoya le pallium à Samson. Samson. plein de reconnaissance. Samson se transporta de nouveau à Paris pour assister au IIIe Concile réuni en cette cité. en Normandie. le suivit dans son domaine et guérit les deux malades. En 557. préparer pour lui dans -son palais. De grands troubles divisaient la Bretagne. Pendant plusieurs années. une des roues du chariot qui le portait se brisa dans la Beauce. dans la partie septentrionale du département actuel d'Ille-et-Vilaine. Peu de temps après. dans l'église de Saint-Jacques du Haut-Pas. il rendit la vue à une dame qui. surtout dans sa partie septentrionale . mourut pour la foi en 1793. ému de compassion à la vue de ce malheureux. saint Magloire pour son successeur . pour que le Pape Pelage Ier érigeât ce monastère en évêché.. soumis à celui de Dol. nommé Privatus. combla de présents le monastère de Dol. Les grands de la contrée suppliaient le prieur de Dol de se rendre à Paris pour demander secours à Childebert. Là. et il préféra la retraite du monastère de Saint-Germain. comme celui de Saint-Malo. pécheur. au mépris de sa défense. Samson. et il mit son contre-seing l'avant-dernier des évêques. Pendant son voyage pour retourner en Bretagne. comme partout. est porté par l'archevêque de Rennes. Le 180 . désira qu'on bâtit en ce lieu un monastère. informé du miracle. Dol devint une ville. Il rassembla ses religieux. Samson y construisit le monastère de Pental. Voyage à Paris. cédant à des considérations politiques. Aujourd'hui. dont la femme était lépreuse et la fille possédée du démon. et Childebert. était entrée dans son monastère et avait été frappée de cécité par le ciel à la suite de cette faute. il lui donna des terres sur la rivière de Risle entre Brionne et Pont-Audemer. et qui devinrent bientôt comme autant de paroisses qui purent accueillir les nouveaux émigrés d'Outre-Manche. Dol n'est plus évêché . rattachés à celui de Dol. Au h P Concile de Paris. – Mort de saint Samson. Samson fit un signe de croix sur la roue. il rendit son esprit à Dieu le 28 juillet 565. comme le privilège du pallium l'y autorisait. Le roi Conomor avait tué le roi Jonas. La reconnaissance de Privatus fut si grande. ayant reçu les derniers sacrements. évêque. évêque de Dol. Au cours d'une maladie assez longue. Il refusa de signer avec les achevêques. puis. Urbain de Hercé. et. qu'il offrit à l'évêque une partie de ses terres pour y fonder un couvent. Ils rencontrèrent en débarquant un seigneur de l'endroit. plein de déférence pour le saint ambassadeur. et Dieu voulut qu'elle se retrouvât instantanément en parfait état. Il était à cette époque d'un âge avancé et courbé sous le poids des ans. Une partie de ses reliques est conservée à Paris. Des cabanes se groupèrent autour. Samson remplit cette mission. qui le reçut pieds nus et prosterné devant l'autel. il comprit que le terme de sa vie était arrivé.appelée le Guyoul. fils de Jonas.

Saint Samson (Paris. A. VI de juillet (Paris-Rome. ig28). Les ehréti€&és celtiques. Buniie Presse. B.Abbé A.) 181 . C. en Normandie. Sources consultées. rgir. t. Couüvois. .tiers environ de son chef est honoré dans la cathédrale de Dol. et même dans le centre de la France.Dom Louis . -.. S. P. -. Paris.(V. n' i8o. 1868).Acta Sanetorum. qui est placée sous sois vocable concurremment avec celui de la Très Sainte Vierge.GOUGAUD. . Son culte est très répandu aussi bien en Angleterre qu'en Bretagne.

les deux sœurs se mirent sans doute à la suite du Sauveur avec les saintes femmes. mais qu'on peut croire être Béthanie. il entra « dans un bourg » que ne précise pas l'Evangile. sans oublier toutefois. et l'Eglise elle-même semble nous y rallier en rappelant ce triple souvenir le 22 juillet. « La meilleure part. Jésus avait été invité. la plus généralement admise. Le poète chrétien Fortunat a été le premier à donner à sainte Marthe le beau titre de « vierge » . Pendant 182 . ce titre a été ratifié par la croyance universelle. écrit le P. Mais si l'on veut préciser davantage au sujet de sa famille. avait donc à Béthanie une famille tout entière d'amis. peut-être à Capharnaüm. venant à Jérusalem. Nous savons positivement qu'elle était la sœur de Lazare et de Marie de Béthanie. Marie-Madeleine et Lazare. à partir de ce jour. au repas chez Simon. les oignait d'un parfum précieux.SAINTE MARTHE Vierge. elle les lavait de ses larmes. Nous nous conformerons à cette manière de voir. les baisant. d'autres deux . de Marie la pécheresse qui intervient. que la question n'est pas tranchée. Jésus. chez Simon le pharisien. et le Sauveur daigna les distinguer de telle sorte que Marthe. devinrent ses amis privilégiés sur la terre. qui lit au fond des cœurs. » Un jour donc que Notre-Seigneur se rendait à Jérusalem. Là étaient des cœurs purs. C'était là que. Le divin Maître. qu'elle répandait avec profusion d'un vase d'albâtre. et. portant un vase de parfums. leur frère. amis . Lacordaire. de laquelle sept démons étaient sortis. là. Le nom de sainte Marthe est celui d'une des saintes femmes que nous voyons paraître dans le récit évangélique. Ce fut Marthe qui le reçut. déclara solennellement à la pécheresse prosternée à ses pieds : « Tes péchés te sont remis. et. il se reposait des fatigues de sa prédication et des douloureuses perspectives de l'avenir. se pose une question assez délicate : celle de l'identité de Marie de Béthanie. dans la ville où devait se consommer son sacrifice. dévoués. Aucune raison grave ne s'oppose à la première de ces trois opinions. sœur de Marie de Béthanie et de Lazare (1er siècle) Fêle le 29 juillet. ce bien incomparable d’une affection à l'épreuve de tout. les derniers trois. Les commentateurs de l'Evangile voient les uns une même personne . » Cette femme ainsi justifiée était Marie-Madeleine. La famille de sainte Marthe entre en amitié avec Notre-Seigneur. la sœur de Marthe. et de Marie de Magdala. lorsqu'une pécheresse trop connue de la ville ou des environs vint se prosterner à ses pieds. et il était assis dans la salle du festin.

Marie a choisi la meilleure part. mon frère ne serait pas mort. qui était encore à une certaine distance de la maison. le Christ. celui qui croit en moi. les deux sœurs envoyèrent dire au Sauveur : « Seigneur. si vous eussiez été ici. qui êtes venu en ce monde. empêche de songer au principal. craignant que l'odeur du cadavre ne l'incommodât s'écria : « Maître. le cadavre de Lazare est depuis déjà quatre jours dans le tombeau. » Marthe. au dernier jour. frémissant de douleur. Mais Marthe ne pouvait croire que sa prière était exaucée : « Je le sais. Jésus ne se hâte point de répondre à cet appel. cet excès. tomba malade à Béthanie. et celui qui vit et croit en moi. Notre-Seigneur était retourné dans la Galilée. » Un auteur.qu'elle se livrait avec agitation à tous les soins domestiques. » Marie laisse au Christ le soin de prendre sa défense. Elle-même répète le mot de sa sœur : « Seigneur. je crois que vous êtes le Christ. si vous aviez été ici. et. » Comme pour éprouver davantage la foi de Marthe et de Marie. il sent déjà mauvais . trouvant que sa sœur ne comprenait pas les devoirs de l'hospitalité. qui se dévouait à tout préparer. et sans doute aussi pour que l'éclat du miracle augmente la foi de ses disciples et de tous ceux qui devaient en être les témoins. quand il arrive à Béthanie. et en usait mal vis-à-vis d'elle. mais je sais que tout ce que vous demanderez à Dieu. Mais Marthe. courut vers sa sœur et lui dit à voix basse : « Le Maître est là et il t'appelle. même s'il est mort. quand Lazare. il y a quatre jours qu'il est mort. celle que Marthe a prise pour elle n'est que d'une bonté secondaire. de s'écrier : « Oui. Dieu vous l'accordera. mon frère ne serait pas mort . Marie se leva précipitamment et courut se jeter aux pieds de Jésus. et elle ne lui sera pas enlevée. ne mourra point pour toujours . éclairée par la lumière d'en haut. après cette admirable parole. » A ces mots. Marthe. commente ainsi cette réponse : Le Sauveur ne blâme que ce qu'il y a d'excessif dans l'activité de Marthe . elle ne put s'empêcher de remarquer : « Seigneur. pourquoi ce trouble et cette inquiétude ? Tu te mets en peine pour beaucoup de choses . il ressuscitera. « Marthe. quand tous ressusciteront. Résurrection de Lazare. Marie a choisi la bonne part. or. » Alors. conduit dans la grotte funéraire. Lesêtre. le Fils du Dieu vivant. et elle écoutait sa parole. » Jésus lui répond : « Je suis la résurrection et la vie. et il demanda qu'on enlevât la pierre. » Jésus lui 183 . dit alors le Maître avec douceur et gravité. celui que vous aimez est malade. » « Ton frère ressuscitera ». Seigneur. une seule est nécessaire. le frère de Marthe et de Marie. Notre-Seigneur ne veut donc pas que Marie soit réduite à abandonner le nécessaire et l'excellent pour ce qui est simplement utile et bon. qui est le soin de la vie spirituelle. dit Jésus. vivra. au lieu où Marthe l'avait rencontré. la part bonne par excellence . crois-tu cela ? » Et Marthe. sa sœur Marie demeurait aux pieds du Sauveur. sans rentrer à la maison où Marie reposait. et. La perfection ici-bas consiste à unir la vie contemplative à la vie active. l'abbé H. s'avança vers le tombeau. Marthe ne sut pas alors le prix de cette contemplation divine. Aussitôt. Beaucoup de Juifs étaient accourus pour consoler les deux sœurs du mort. Dès que Marthe apprit l'arrivée de Jésus. elle courut au-devant de lui et elle s'écria : « Seigneur. Chassé de Jérusalem par les Juifs qui avaient menacé de le lapider. ne considérez-vous pas que ma sœur me laisse tout préparer ? Dites-lui donc de venir à mon aide.

d'après la tradition. l'approbation admirative du Maître. Jésus ne vint pas à Jérusalem. il rendit témoignage à son Père qui est dans les cieux. Madeleine et Marthe en Provence ». parce que. d'autres écrivains ont combattu dans le même sens tandis que se levaient dans l'autre camp des défenseurs de l'opinion traditionnelle. qu'il monta au ciel. dont les titres les plus incontestables remontent au XIIe 184 . pour effacer les péchés du monde. Il soupa chez Simon le lépreux . sa divine Mère. Pendant que MarieMadeleine.D. écrivain d'esprit si critique que près de trente de ses travaux d'érudition figurent au Catalogue de l'Index publié sous le pontificat de Pie XI. au pied de cette citerne. Marthe. Au XVIIe siècle. le visage tourné vers ses murs. plus calme dans son affliction. appelée vulgairement « la pierre de Béthanie ». il apparut vivant. rendant hommage à Celui qui l'avait arraché à la mort. C'est toute la question de l'apostolicité de l'Eglise des Gaules qui est en jeu. Jésus revenait à Béthanie. Ce miracle éclatant devait inciter les pharisiens et le grandprêtre à arrêter définitivement la mort de Notre-Seigneur. soutenait sans doute avec une tendre sollicitude la Mère de Dieu. puis accompagnait en pleurant jusqu'au tombeau le corps de Notre-Seigneur. pour instruire le peuple au Temple. et le linceul qui lui voilait la face. Jésus-Christ s'y assit en attendant l'arrivée de Marie que Marthe était allée chercher… Les pèlerins en détachent par respect des parcelles qu'ils recueillent et honorent comme des reliques. comme il le faisait les jours précédents. Depuis lors. et. La seconde partie de la vie de sainte Marthe a fait couler une grande quantité d'encre. tu verras la gloire de Dieu ? » Et. et. il s'écria « Lazare. du côté de l'Orient. et au contraire. » A l'appel de son Dieu.) La tradition des Églises provençales. Marthe faisait encore le service. On voit. la pécheresse justifiée. presque à égale distance du Calvaire où il était mort et de la maison où on l'avait le plus aimé n. C'est pendant ce repas que. de nouveau. Six jours avant la Pâque. une pierre oblongue peu élevée au-dessus du reste du rocher. On l'a toujours grandement vénérée. Lacordaire. De la Passion à l'Ascension. l'Évangile est muet au sujet de Marthe. le Christ quittait cette terre « et ce fut à la vue de Béthanie. On montre à Béthanie. Marie brisa le vase de parfum. d'une voix forte. Il passa ces dernières heures à Béthanie dans la prière et en de suprêmes épanchements avec Marie. et lui essuya les pieds avec ses cheveux. en outre. L'avant-veille de sa Passion. Jean de Launoy. s'avançant vers la tombe ouverte. en répandit le contenu sur les pieds et la tête de Notre-Seigneur. Jésus quitta Béthanie pour se rendre de nouveau à Jérusalem. Quarante jours après sa résurrection. fondait en larmes en voyant souffrir. demeurant avec les autres saintes femmes au pied de la croix pendant la journée du Vendredi-Saint. Lazare était parmi les convives. dit l'auteur de Historiae Terrae Sanctae elucidatio. Dès lors. en se levant malgré les entraves qui lui liaient les pieds et les mains.repartit avec une autorité pleine de douceur : « Ne t'ai-je point dit que si tu crois. (H. Quelques auteurs la nomment « la pierre du colloque » ou « du dialogue ». le mort se réveilla soudain. viens dehors. Quand l'heure de la dernière victoire fut venue. avec ses disciples et avec la famille amie qui lui offrait l'Hospitalité. provoquant les murmures des uns. une citerne taillée dans une roche appelée « la citerne de Sainte-Marthe où l'on dit que celle-ci rencontra la première fois Jésus-Christ. Celui qu'elle avait tant aimé. faisait paraître une dissertation latine « Sur l'arrivée mensongère de Lazare et Maximin.

et sa gueule. repartit la vierge. Marthe et sa servante Marcelle. On y conserve comme un précieux dépôt les corps des saintes Marie-Salomé et Jacobé. seule. qui s'étaient attachées au service de la Mère de Dieu. Son souffle répandait une fumée pestilentielle. Saint Trophime d'Arles et saint Eutrope. Or. faisait entendre des sifflements perçants et des mugissements horribles. aujourd'hui Tarascon. Marie-Madeleine se réfugia dans la solitude de la Sainte-Baume. où l'on traîne un monstre enchaîné figurant l'animal et qu'on appelle « la Tarasque ». sur un navire sans voiles. sa sainte vie touchait à sa fin. Déjà l'hôtesse du Seigneur avait vu dans une vision 185 . sans gouvernail. veillait aussi sur ses amies de Béthanie : les vagues irritées s’inclinèrent soudain devant les serviteurs du Christ. tout est possible à l'âme qui croit. près de laquelle le monstre avait établi son repaire. au milieu de la tempête. il tremble. le signe de la croix . et Marie-Salomé. Au moment où Marthe commençait son œuvre d'évangélisation dans les cités riveraines du Rhône. La vierge les rassure. n'échappèrent pas à la persécution qui s'éleva en Judée. Les anges dirigèrent cette barque privée de gouvernail. puis se fixèrent en un endroit rapproché de Tarasco ou Tarasconos. la foule s'écria : « Si vous parvenez à détruire le dragon. les foules affluèrent auprès de sa demeure. en rendant grâces au Christ. Marthe s'établit dans la ville qu'elle venait de délivrer . les Tarasconais célèbrent leur délivrance par une magnifique procession. avait sauvé et conduit la barque de Pierre. – Si vous êtes disposés à croire. elle s'avança vers l'antre redouté. suivie de loin par la foule qui osait à peine la regarder. par sa description. armée de dents aiguës. Trophime et Maximin allèrent fonder la métropole d'Arles et l'archevêché d'Aix . elle se fit la servante et l'hôtesse des pauvres. nous embrassons sans tarder votre foi.siècle. et une communauté de vierges se réunit sous sa direction. un libre passage au frêle esquif qu’elle menaçait d’engloutir. s'élèvent aujourd'hui le hameau et l'église des Saintes-Marie. qu'illustrèrent de nombreux miracles. et ils immolent avec joie le dragon vaincu. un jour que Marthe annonçait la parole divine dans la ville de Tarascon. d'après la tradition. l'amène comme un trophée de victoire aux habitants. et il s'y fait de nombreux miracles. ce qui n'exclut pas l'existence possible de documents antérieurs. sans cordages. et la mer fit. » Et. Les Saints prirent possession de la terre que Dieu leur donnait : Lazare s'établit à Marseille. Voici le résumé des traditions dont s'honorent les populations de la côte méditerranéenne : Après l'Assomption de la Sainte Vierge. Cependant. dont il fut le premier évêque et où l'on vénère son tombeau . Il déchirait avec ses dents et ses griffes tous ceux qu'il rencontrait. elles furent exposées aux flots avec Lazare. Depuis ce temps. un monstre effroyable. Maximin et quelques autres. et la seule infection de son haleine suffisait à ôter la vie. Mais Jésus qui. Ceux-ci ont peine à en croire leurs yeux et leur frayeur revient devant le monstre captif. Sainte Marthe enchaîne le dragon. Bientôt. mais voici qu'à ce signe l'animal farouche baisse la tête. Marthe n'a qu'une arme. l'enchaînant avec sa ceinture. et les flots la déposèrent sur la terre des Gaules. Marthe et sa servante Marcelle s'adonnèrent à la vie active. qui. Saisies par les Juifs. En souvenir de ce débarquement miraculeux. Pour combattre cet ennemi terrible. à travers ses montagnes mouvantes. et Marthe. où elle continua sa vie de pénitence et de contemplation . rappelle les animaux antédiluviens que nous révèlent les fouilles géologiques. Marie-Madeleine. et dirigèrent leurs pas du côté d'Avignon. dédièrent dans la maison même de Marthe une église au Seigneur. au lieu même où l'esquif est venu aborder. jetait la terreur dans toute la contrée.

tournant ses regards vers les fidèles accourus pour recueillir son dernier soupir. Pour toute réponse. elle émigra vers le Seigneur. Devant ce miracle et sous l'effet de leur prédication. accompagné de Front . Clovis. et on la plaça dès le matin sur ce lit improvisé. bois et terres qui s'étendaient de l'un et l'autre côté du Rhône sur un espace de trois lieues.l'âme de sa sœur. après avoir conquis par la sainteté admirable de sa vie et par sa charité l'attachement et l'admiration de tous les Massilienses. il était écrit : « La mémoire de Marthe. évêque de Périgueux. Alors Jésus lui apparut et lui dit : « Mon fils. après avoir prédit sa mort longtemps d'avance. elle-même. se dirigea vers Massilia (Marseille). Le premier roi chrétien des Francs. saisie par Les Juifs avec son frère. et tous deux apparurent au peuple. je viens d'être ravi en esprit et transporté à Tarascon. » Cependant. Quant à Marthe. Puis le Sauveur sortit de l'église. » A peine le Sauveur avait-il achevé ces paroles. en proie à une fièvre violente. sur lequel nous ne prétendons pas nous prononcer. Funérailles miraculeuses. le Christ était à côté de lui. des paralytiques. et. le peuple était arrivé dans l'église. Puis. le même dans l'édition de Grégoire XIII et dans l'édition publiée par 186 . C'était le 4 des calendes d'août. environnée par les anges. il céda à la basilique tous les bourgs. A l'heure où tout le monde était réuni pour la cérémonie de l'inhumation. elle se retira avec quelques pieuses femmes dans un lieu écarté loin des hommes. et enfin. » Ce prodige. Elle y vécut longtemps avec une piété et une prudence admirables. venez accomplir votre promesse. fut guéri. amena au tombeau de la Sainte un grand concours de pèlerins. Le Sauveur ordonna à saint Front de soulever le corps avec soin. s'envoler vers l'Epoux . mon hôtesse. quand le diacre vint éveiller l'évêque : « Ne vous troublez pas. Lorsque le jour désigné par elle fut arrivé. villages. furent illustrées par un éclatant miracle. Le texte du Martyrologe. vers l'an 500. par son ordre on étendit sous un arbre touffu de la paille recouverte d'un cilice. auxquelles assista une foule immense. dit le prélat en s'adressant aux fidèles. Marthe demanda l'image de Jésus crucifié. constaté à la même heure par les habitants de Périgueux et ceux de Tarascon. quand. avait prévu sa mort prochaine. et ils le placèrent dans le mausolée. étaient guéris et rendaient témoignage à la puissance de son intercession. Elle-même éleva les yeux vers la croix et expira dans l'élan de la prière et de l'amour. sa sœur et de nombreux autres chrétiens. soudain. sera éternelle. rendue illustre par ses miracles. en touchant Le tombeau de sainte Marthe. un clerc s'approcha et lui demanda qui il était et d'où il était venu. qui avait promis d'assister à ses funérailles. il attendait les fidèles. des sourds. Chaque jour. il fut saisi d'un sommeil mystérieux. le huitième jour après la mort de sainte Madeleine : Marthe avait soixante-cinq ans. Ses obsèques. affligé d'un mal très grave. elle les supplia d'accélérer par leurs prières le moment de sa délivrance. étendue sur un lit de sarments. des aveugles. que saint Front se trouva dans l'église de Tarascon . en présence de tous les assistants étonnés par cette brusque apparition. Assis sur sa chaise épiscopale. avec notre divin Maître pour y rendre les devoirs de la sépulture à sainte Marthe. les Massilienses (habitants de Massilia) et les populations voisines furent gagnés à la foi. venez ensevelir Marthe. Le culte. le Christ lui passa le livre qu'il avait entre les mains . et placée dans un navire privé de voiles et de gouvernail. saint Front. Marthe. L'essentiel de tout cet ensemble de traditions. à Périgueux. l'hôtesse du Christ. se préparait à célébrer le saint sacrifice. un livre à la main. et il se lassait d'attendre. est ainsi résumé dans la leçon du Bréviaire : … Il est rapporté qu'après l'Ascension de Notre-Seigneur. en reconnaissance. – Les reliques. sa servante.

objet d'un culte immémorial. Sainte Marie-Madeleine (Paris. A. Lacordaire. Sicard. dans l'une et l'autre paroisse. Il n'est pas possible. Lesêtre. O. jadis elle était conservée par les Chanoines réguliers de Saint-Ruf.. En 1187. Marthe. dans la Gaule narbonnaise. Un bras serait conservé à Cabanès. qui se trouve dans l'église souterraine de Tarascon. O. il était flanqué des statues de Notre-Seigneur et de saint Front ensevelissant celle qui l'avait servi avec dévouement dans sa maison de Béthanie. Plusieurs églises se glorifient de posséder des reliques de sainte Marthe. On dit notamment que son pied gauche serait en Belgique. Jeté sur le parvis de l'église. L'Eglise copte commémore sainte Marthe au 1 er octobre. au diocèse de Montpellier . Une relique identique se trouve à Roujan. sœur de la bienheureuse Marie-Madeleine et de saint Lazare. – Abbé M. Les amitiés de Jésus (Paris.les soins de Benoît XV. dit simplement : A Tarascon. a été longtemps le centre d'un magnifique pèlerinage.. Sainte Marie-Madeleine (Paris). – H. 1914). la sainte hôtesse du Sauveur. était conservée avant la Révolution dans une châsse portant l'inscription : Dona Martha. 1908). sainte Marthe. – II. Sources consultées. eurent lieu la découverte et la translation du corps de sainte Marthe. au prieuré de Notre-Dame de Cassan. à moins d'un miracle.D. de savoir s'il s'agit bien.M.) SAINTS ABDON & SENNEN Martyrs à Rome (  vers 250). Olivier.D. de Marthe de Béthanie. de Vigouroux (Paris.M. la relique.B. Tarascon honore sainte Marthe pour patronne et célèbre sa fête sous le rite double de première classe avec octave. – (V.. Avant d'être recouvert en 1653 par un grand cénotaphe de marbre blanc.P.S. 1903). et célèbre au 1er janvier sa « dormition » et celle de sa sœur. – J. 187 . dans Dictionnaire de la Bible. vierge. Son tombeau. ce bras fut recueilli et caché par une personne chrétienne.P. n° 8.P. authentiquée par Mgr Giraud qui fut évêque de ce diocèse de 1830 à 1842. au diocèse de Rodez . de l'Ordre augustinien. hôtesse de notre Sauveur.

retenir ce qui est vérité certaine et rejeter ce qui est légende apocryphe. au lieu du martyre qu'ils espéraient. La grâce leur venait de Philippe l'Arabe. chose sûre. leur dit le général. Il partit d'Orient. et possédant. Paul Allard admet cette version. nous citerons nécessairement les Actes de leur martyre.Et vous aussi. Arrestation. l'historien ne pouvant pas exactement. – Menaces de supplices. C'est à ces sentiments qu'une multitude de chrétiens durent 188 . la mise à mort de ces deux témoins de Jésus-Christ.Votre abaissement actuel ne vous dit-il pas assez que votre vie est toute entre mes mains ? . qui a daigné venir sur terre et s'abaisser lui-même pour notre salut. ces deux chrétiens faisaient leur entrée publique dans Rome . S'il faut en croire le récit ancien de leur passion. Pour raconter leur passion. des prisonniers. la tradition constante et les noms mêmes des deux Saints attestent une origine orientale. empereur demi-chrétien. les fit arrêter et comparaître devant lui pour avoir donné la sépulture à des chrétiens martyrs du Babylone et de Cordula. conduit parfois par sa seule antipathie personnelle et politique contre son prédécesseur. Bientôt. retenus à la suite de l'expédition de l'empereur Gordien III contre le roi des Perses. avec beaucoup de richesses. qu'il voulait donner en spectacle au peuple romain. Un historien moderne. par la faveur de Dieu et de Notre-Seigneur Jésus-Christ qui règne éternellement. fait d'Abdon et de Sennen deux princes ou satrapes persans. C'est ainsi que.Fête le 30 juillet. La tradition. les événements obligeaient Dèce de retourner à Rome.Notre abaissement ! Nous ne sommes abaissés que devant Dieu le Père. n'hérita pas de ce dernier sa bienveillance envers les disciples du Christ . de l'avis de tous. . vaincus et faits prisonniers dans le soulèvement du roi Sapor. Premier interrogatoire. sous la persécution de l'empereur Dèce. un autre historien. et il l'explique par le fait que leur tombeau se trouvait près du quartier où vivaient les ouvriers travaillant aux entrepôts du Tibre. et parmi eux figuraient Abdon et Sennen. et voit en eux des prisonniers ou des otages. Albert Dufourq. qui venait de succéder à Gordien III en 244. et le 30 juillet. il se fit une joie de persécuter ceux que Philippe avait protégés ou honorés de sa confiance. Il est certain que Dèce. mais. et la date de leur martyre est vraisemblablement 250 ou 251. vous êtes venus à ce point de folie ! Souvenez-vous que c'est pour n'avoir pas honoré les dieux que vous êtes devenus les captifs des Romains et les nôtres. Au contraire. Quoi qu'il en soit. En tout cas. est. et devant JésusChrist Notre-Seigneur. les premières dignités de l'Etat. selon la coutume. tout au contraire. de même que. Sapor. faute de documents précis. Abdon et Sennen. actes qui ne sont pas authentiques. suppose qu'ils étaient seulement des ouvriers. quatre mois après. jouirent d'une certaine liberté. cependant. . mais en traînant à sa suite. successeur de Philippe.Nous sommes plutôt vainqueurs. jusqu'au jour ou Dèce. le lieu où ils furent inhumés. général de l'empereur. s'appuyant sur les Actes de ces deux martyrs. . Tant de surnaturelle fierté – selon le récit que nous suivons – valut aux deux confesseurs d'être chargés de chaînes et jetés dans un cachot. par conséquent deux hommes illustres par leur naissance. ils eurent la liberté.

ordre fut donné au Sénat de se réunir en corps dans le temple de la terre. . et. Il monta sur le podium impérial.Qu'on prépare pour ces misérables les plus horribles tortures ! répliqua Dèce. préfet de la ville . les soldats entraînent les deux chrétiens jusqu'au pied de la statue et veulent les forcer à sacrifier. et à l'instant même vous obtenez la paix avec l'Empire. . car. et nous ne courbons pas nos fronts devant des idoles. nous sommes sûrs de Notre-Seigneur Jésus-Christ . On dépouilla ensuite plusieurs martyrs de leurs vêtements. Dèce seul demeura impassible. . Dèce s'emporta en apprenant ce fâcheux contretemps. et manda Claude. Malgré cette déclaration nette et ferme. dit l'empereur. Alors l'empereur s'adressant aux confesseurs : . Furieux de l'outrage. de leur riche costume persan.d'être arrêtés. Mais eux crachent sur l'idole. le héraut prit place sur la « Pierre scélérate ». qui devait frapper l'imagination des Romains. c'était à lui de présider les jeux en sa qualité de premier magistrat de la justice et des plaisirs.Ayez égard à la noblesse de votre race. l'empereur descendait déjà le mont Palatin et se rendait à l'amphithéâtre de Vespasien. Devant la statue du dieu. ouvrage de la main des hommes. où l'empereur se rendit lui-même.Amenez les prisonniers devant le dieu Soleil. qu'ils périssent quand même par la dent des bêtes féroces. Valérien ordonne de les flageller. et proclama. Des trois étages 189 . avec les noms des condamnés. une clameur confuse s'élève dans la vaste enceinte. Les dieux et les déesses ont livré entre nos mains ces farouches ennemis. il est assez puissant pour renverser vos desseins et vous anéantir vous-même. Au même moment. tout indignes pécheurs que nous sommes . puis. Claude arrive avec le trépied sacré. le préfet se dirigeait vers la porte du Colisée. Le martyre. et parmi eux les deux Orientaux. pour nous.Que tardez-vous ? dirent Abdon et Sennen. leur dit-il. le Sénat tout entier fut saisi d'un mouvement d'admiration. et. A leur vue. pour la circonstance. et vint occuper la place d'honneur à côté du siège de César . Abdon et Sennen furent conduits à leur tour vers l'amphithéâtre. sous leur costume oriental. dressée tout auprès.iment qui allait leur être infligé. et faites fumer l'encens devant le dieu Soleil. Abdon et Sennen étaient introduits.Pères conscrits. se retournant vers Valérien : . Tandis que les chaînes de bronze et les balles de plomb qui en garnissaient les bouts s'abattaient en tous sens sur le corps des suppliciés. que votre assemblée prête attention. et la flagellation commença. Et s'il faut en croire le récit ancien.Sacrifiez aux dieux. dit-il à Valérien. et renonça à paraître aux jeux. Abdon et Sennen furent revêtus. répondirent les courageux confesseurs de la foi. vous êtes comblés de richesses et d'honneurs. Qu'on tienne prêts contre eux les lions et les ours ! . . César absent. de les mener au spectacle. Dans la matinée du lendemain. Avant l'exécution. Faites à votre guise . il ne nous reste rien à offrir à vos dieux. sinon vous serez livrés aux bêtes féroces.Nous adorons le Seigneur Jésus-Christ. leurs crimes prétendus et le chât. ou estrade. .Nous avons fait une fois pour toutes le sacrifice de nous-mêmes au Seigneur Jésus-Christ. répondirent-ils.Faites au plus tôt ce que vous avez à faire. irrité par cette résistance. s'ils ne consentent pas à l'adorer. Valérien adressa aux confesseurs cette dernière sommation : . quand on vint lui annoncer que les lions et les ours destinés à dévorer les deux martyrs étaient morts dans leurs loges. pontife de Jupiter Capitolin. A la vue de ces deux nouvelles victimes.

Sur un nouvel ordre de Valérien. un sous-diacre. la foule accueille par des cris irrités cette conversion subite des animaux furieux. pour indiquer certains cimetières de Rome. reçoivent l'ordre de s'avancer dans l'arène. mais ceux-ci. et leurs bouches s'ouvrent pour le saluer avant d'aller mourir. elles sont percées de coups de tridents et tombent expirantes au milieu des applaudissements de la foule. indique à la date du 30 juillet : « Abdon et Sennen. viennent tracer comme une couronne autour des martyrs et se couchent à leurs pieds. ne font plus que rugir ou grogner et se consumer en vains efforts. leur lancent à la tête leurs amples filets. qu'il t'empêche de nous la ravir. qui habitait près du Colisée. qui regorgent. . Sans reculer. nommé Quirin. Dès le milieu du IVe siècle. un « Chronographe » ou. enseveli au cimetière de Calixte. « Constantin étant déjà chrétien. Alors on vit ce spectacle odieux des gladiateurs. les ours accourent en grognant . . s'approchant à pas lents. Ainsi livrées sans merci à leurs assaillants. Parvenus devant la loge du préfet. se porter avec leurs armes contre les deux serviteurs de Jésus-Christ qui furent massacrés sans pitié. recouvrant contre ces importuns ennemis de leurs protégés tous leurs instincts féroces. ils gagnent l'endroit qui leur est indiqué. Les lions s'élancent en rugissant.Voilà bien un prestige de leur magie ! s'écrie Valérien. . les bienheureux Martyrs révélèrent eux-mêmes le lieu de leur déposition. dont parlent les Actes de saint Calixte. ils attendent en priant.Qu'on lâche deux lions et quatre ours ! crie Valérien aux gardiens des bêtes. et n'ayant plus à lutter contre des bêtes féroces. riche chrétien du Transtévère. le hurlement des ours tourne en plainte lugubre . tels que les « Deux lauriers ». dont les yeux flamboyants ont bientôt aperçu la proie facile qui leur est préparée. leur furie tombe tout à coup . et qui possédait ce cimetière. et ces antres obscurs vomissent dans l'enceinte six animaux féroces. esprit immonde ! Après cela. nous entrons ici pour remporter la couronne .Au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ. si l'on préfère. traînent leurs corps à travers l'enceinte et vont les jeter par la porte des Cercueils hors de l'amphithéâtre. en bordure de la voie de Porto. le cou tendu et la crinière hérissée . au pied de la statue du Soleil. gisantes et abandonnées. La dénomination de « cimetière de Pontien » n'a aucun rapport avec le Pape de ce nom. La 190 . Ils approchent des animaux . ils s'arrêtent. la crinière des lions s'abat sur leur cou timidement penché à terre. mais non leur fanatisme. se rangeant côte à côte devant l'autel du Jupiter Latialis. les rétiaires. durant trois jours. lorsque. embarrassées. le héraut leur fait faire le tour de l’arène. qui est près de l'Ours-coiffé ». Quant à l’« Ours coiffé ». et. les six monstres vont saisir les deux victimes et les déchirer de leurs griffes et de leurs dents. et tous ensemble. sur les pentes actuelles du Monteverde. maintenant libres de tout obstacle. Au cimetière de Pontier. Alors se fit la levée de leurs corps et leur translation au cimetière de Pontien ». La cruauté sanguinaire des persécuteurs était satisfaite. aveuglées. et les bêtes fauves. vint les recueillir et les emporta dans sa demeure. comme par une sorte d'enchantement. Dans la nuit du troisième jour. et les rétiaires de filets. les gladiateurs lient les pieds des deux Saints. Désappointée. A ce signal. nous avons d'autres noms pittoresques de même genre. Les dépouilles sacrées demeurèrent là. Les gladiateurs armés de tridents. un Martyrologe de l'Eglise romaine. Il s'agit ici d'un autre Pontien.superposés. se précipitent vers eux pour les dévorer. les herses de fer qui ferment les fosses souterraines sont relevées avec fracas. c'était vraisemblablement une enseigne très connue . ou « la Descente du concombre ». Un demi-siècle après. au cimetière de Pontien. par un mouvement de main rapide et sûr. racontent les Actes.

un des buts de promenade préférés des chrétiens de Rome et d'au delà des monts. Arnolphe eut un songe mystérieux. hormis celles des apôtres Pierre et Paul et des martyrs Etienne et Laurent. une basilique s'éleva même au-dessus de l'emplacement du cimetière . En homme avisé. tomba dans un délabrement déplorable . se voit encore aujourd'hui la vasque d'un antique baptistère. mais Dieu se montrait sourd ! Arnolphe. comme tant d'autres. ou arcosolium. Le Pape. et touché par le récit que lui fit Arnolphe des épreuves de son monastère. c'étaient des bêtes des forêts. qu'il vous soit agréable que je les emporte avec moi pour la délivrance de ma patrie ! » Ce vœu ardent fut exaucé. Dans une des chambres sépulcrales de la catacombe Pontienne. que nous venons de citer. sangliers. le fit appeler. la veille. un barillon assez grand. il commanda. du IVe au VIIe siècle. Il partit donc. fit solennellement procéder à la recherche des saints corps. Le Pape. malgré son grand âge. c'est-à-dire les 191 . le monastère bénédictin de Sainte-Marie. jeûnes. qui en dépendait. conservée jusqu'à nos jours. La crypte de Saint-Marc garda fidèlement son trésor jusqu'à la seconde moitié du Xe siècle. ou chambre sépulcrale des saints Abdon et Sennen. au-dessus du tombeau. mais que son prix même allait exposer à de graves dangers. il déposa « les perles précieuses ». » Alors. ours. l'interrogea. Dans la cavité du milieu. est le document vraiment historique le plus ancien que nous possédions sur les deux martyrs. elle représente l'apothéose des illustres Martyrs. dit une tradition. tout fut mis en œuvre pour obtenir de Dieu la cessation de ces fléaux . abbé du monastère. une niche arquée est pratiquée dans la roche et présente sur sa façade intérieure la plus belle croix diamantée qu'on puisse admirer dans les catacombes. d'où s'échappait une fontaine de sang. Prières. telles reliques qu'il désirerait. ne se fissent un devoir de l'en dépouiller respectueusement. Le cubiculum. d'après la chronique. étant devenu. la station. C'est à droite de la niche. chassés de leurs repaires par la faim. mais les Lombards. informé de la révélation. C'étaient des orages affreux et continuels qui emportaient tous les ans les récoltes . divisé en trois compartiments. L'heureux Arnolphe en reçut environ la moitié. lui concéda. résolut de transférer les corps des deux Martyrs persans dans l'église Saint-Marc. qu'on disposa la tombe des Martyrs persans. les saintes reliques inspiraient des convoitises désordonnées. et dans cette crypte deux tombeaux. Une crypte lui fut montrée. loups. pour l'amour de Dieu et de ses Saints. à tel point que le Pape Grégoire IV. Un tombeau qui servit d'autel forme la paroi du fond . à la faveur duquel lui furent désignées les reliques qu'il devait demander. et les événements prouvèrent que son dessein était inspiré d'en haut. Vers le VIIe siècle. Pendant son sommeil. Dans ces âges de foi. il fit deux parts des sacrés ossements. et toute la vallée d'Arles-sur-Tech. gardien des vénérables reliques . quand il les eut découverts. « Les reliques renfermées dans ces deux tombeaux. chats sauvages. se tournant vers la voix : « ô Seigneur. en 826. processions.mention du Martyrologe. qui. A cette époque. sont celles des bienheureux martyrs Abdon et Sennen. ayant fait des faubourgs de Rome le principal théâtre de leurs ravages. C'était la confession même de la basilique où avait eu lieu. dans l'espoir que leur présence à Arles serait le salut du pays. dont on décora au VIe ou VIIe siècle la face antérieure du sépulcre. se répandaient dans la campagne. à l'intérieur de la ville. les orne ments se succédèrent autour des précieux restes et jusque sur la pierre du tombeau. et. lui dit une voix. cette basilique. s'écria-t-il. semblaient frappés par la justice de Dieu. et cette basilique était celle de Saint-Marc. Sainte-Marie d'Arles en Roussillon. ayant remarqué l'abbé de Sainte Marie dans une procession stationale. résolut alors d'aller à Rome solliciter le don de saintes reliques. au diocèse actuel de Perpignan. Un des plus remarquables fut la peinture. si bien qu'Arnolphe avait tout lieu de craindre que les populations. où ne cesse de jaillir une eau fraîche et limpide. Trésor inestimable. au cours de leur longue lutte contre le Saint-Siège. sur son passage. – Série de miracles.

Surexcité par toutes ces sonneries étranges. Arnolphe charge le barillon sur ses épaules vénérables et poursuit sa route par terre.Au nom de Dieu. dès leur arrivée. accommodent les voiles et calment les flots irrités. Il n'eut qu'à se féliciter d'avoir pris cette originale précaution. remontant le lit de la rivière. Au pied des Pyrénées. et il remplit de vin les deux cavités extrêmes. suivie. loue un muletier avec une monture. afin qu'aucun passager ne s'y méprit. Débarqué dans une anse du cap de Creus. nouveau miracle . Arnolphe. je verrai bien si je porte le diable ou ce que je porte. Pour effectuer le passage de la grande chaîne. en tout cas. Le mulet ne reçut aucun mal dans sa chute . le barillon intact sur le dos. Dès qu'il se trouve sur le territoire dépendant de son abbaye. dit la chronique. il précéda son maître et Arnolphe à l'abbaye. et c'est à ces précieux restes que l'on doit attribuer le prodige dont la cavité de la tombe est le siège permanent. La monture. par un sentiment de dignité. La vallée d'Arles-sur-Tech était sauvée . dans la rivière. et. dans toutes les localités qu'il traverse. le prudent abbé fit boire à la femme du vin du baril et elle fut délivrée. longeait un escarpement vertigineux. pourquoi nous affligez-vous ? » Au plus fort du péril. Plusieurs fois pourtant. Ce tombeau est entièrement isolé du sol par deux dés de pierre. et soudain deux jeunes gens d'une beauté surhumaine apparaissent à l'avant et à l'arrière du vaisseau. deux jeunes mendiants aveugles recouvrent la vue en buvant un peu de vin du mystérieux barillon. le démon trahit la présence des Martyrs par la bouche d'une femme possédée . dans le courant des siècles. La tradition locale veut qu'il ait reçu. En mer. qui furent comme leurs derniers adieux. Au port de Gênes. l'abbé tombe à genoux . La « sainte tombe » Dans un angle formé par la façade de l'église Notre-Dame d'Arles et le mur extérieur du cloître. une eau dont on puise tous les jours. murmurait en même temps le bonhomme. l'eau est venue à manquer. poussé surtout par l'esprit malin. et décharge sur celle-ci son précieux fardeau. le ciel redevint serein. au fond du précipice. quand un nouveau prodige vint manifester la puissance des deux Martyrs persans. le muletier aiguillonne nerveusement sa bête. du muletier et de l'abbé.reliques. à travers les broussailles et les saillies de rochers. à côté d'une petite chapelle. les démons déchaînèrent une furieuse tempête et. sur le flanc de la montagne. qui perd l'équilibre et s'en va rouler. ils faisaient entendre distinctement ces cris dans les airs : « Saints de Dieu. les bêtes sauvages firent entendre quelques hurlements horribles. il a contenu au moins quelques parcelles de leurs ossements. 192 . en temps pluvieux comme en temps sec . que la science considère comme remontant au IVe et même au IIIe siècle. les reliques des saints Abdon et Sennen . On entendait déjà le carillon joyeux de l'antique monastère. mais les prières publiques du peuple ont chaque fois eu la vertu de la ramener. l'équipage s'unit à lui par un vœu. . Une eau claire et limpide s'y renouvelle sans cesse. relèvent l'antenne brisée. il invoque les Saints. et les mères n'eurent plus à craindre les monstrueux animaux ravisseurs d'enfants. on remarque un sarcophage fermé de marbre blanc. et n'est pas non plus en contact avec les murs avoisinants. il se redressa tranquillement sur ses jambes. les cloches se mettent en branle d'elles-mêmes et sonnent sans aucun secours humain. et qui ne s'épuise jamais.

A. seize mois après. des moines apostats. – Tolra de Bordas.de Jésus (1495-1556). Le sarcophage fut lavé et étanché . Sources consultées. La science incrédule a soumis à plusieurs reprises la merveille de la « sainte tombe » à des examens minutieux. la foi des fidèles y voit une manifestation de la puissance miséricordieuse de Dieu qui veut honorer ses Saints. – (V. ce fut Ignace de Loyola. Histoire du martyre des saints Abdon et Sennen. n° 235. par un 193 . A cette époque.P. dans la première moitié du XVIe. 1880). depuis n'a pas été.L. après chaque essuyage. la piété des fidèles mettait fin à la profanation. où la confusion était dans tous les esprits.. on attend encore son explication. et cette foi n'est ni trompeuse ni trompée. Le prodige. l'eau renaissait sur toutes les parois et allait se réunir au fond. Mieux avisée. or. Dieu suscite une croisade dont le chef apparaît tout de suite comme l'homme providentiel. Au XIe siècle. où la foi catholique était menacée par des princes voleurs. pour ainsi dire interrompu. elle leur demande la guérison des maladies du corps et de l'âme. – Les Bollandistes. renversa le couvercle et remplit la cavité intérieure d'immondices. de leurs reliques. Confiante dans le crédit des saints Abdon et Sennen.S.B. ce fut Pierre l'Ermite . de leurs miracles et de leur culte (Paris.) SAINT IGNACE DE LOYOLA Fondateur de la Compagnie. Mais. Fête le 31 juillet Chaque fois que la chrétienté semble menacée.La Révolution profana la « sainte tombe » en 1794.

C'est au château de Loyola. s'intéresser à tant d'histoires de pauvreté volontaire. Il fallait. galants par faux point d'honneur et grands fanfarons de parade. les pauvres et les riches. dans la nuit de Noël. Voies mystérieuses de la Providence ! Ce fut peut-être en vue de son rôle à venir que Dieu permit ces faiblesses. d'humilité et de faiblesse plus forte que la force. Il lui fallut se familiariser avec l'idéale figure du Christ souffrant de nouveau sa Passion pour les crimes des pécheurs. il nous apparaît comme « un de ces fils de famille.courant d'idées d'inspiration toute païenne. dans la province de Guipuzcoa. qu'il naquit. qui remplira plus tard les Exercices spirituels. disons qu'il naquit sous le règne de Ferdinand le Catholique. et qu'il mourut deux ans avant l’Empereur Charles-Quint. Il reçut le baptême en l'église d'Azpeitia. en pays basque. mais après qu'il serait allé 194 . il fallait une croisade plus intellectuelle. différent d'opinion sur la jeunesse du héros . mal gré. Arrivé à l'âge d'homme. Et ces observations ont été le point de départ de la fameuse théorie du « discernement des esprits ». pour cette âme ardente. et que le fondateur d'un Ordre dont le rôle serait de ranimer la confiance des pécheurs abattus eût connu luimême certaines détresses morales. il lui resta toujours une légère claudication. mais nous n'oserions affirmer qu'ils furent suffisants pour le garder de lamentables écarts. d'ailleurs. et capitaine à la solde de Ferdinand. afin de ne pas rester boiteux. qui fût toujours prête à justifier cette foi parmi les ignorants et les savants. eut de son mariage avec dona Maria Saenz treize enfants . Pour situer d'une façon plus concrète la vie d'Ignace. les fidèles et les hérétiques. Ignace de Loyola. Pour tromper l'ennui de sa lente convalescence. en 1491. si nombreux à ces époques de turbulence » épris de la vie des cours et aussi des batailles. mêlées aux pensées nouvelles de religion. alors que. Certes. dont il avait été page. Siège de Pampelune. en qualité de commandant. Il se disait en lui-même : « Quoi ! si je faisais ce qu'ont fait saint François ou saint Dominique ? » Mais les pensées mondaines revenaient toujours. De cette blessure. la science à la foi. Enfance et jeunesse de saint Ignace. il dut donc. tandis que les autres remplissaient son âme. Ce rôle d'adaptation surnaturelle fut celui de la « Compagnie de Jésus » et de son fondateur. Or. dit de la Renaissance. la politesse humaine aux vertus des apôtres. il est certain qu'elle fut très mondaine. Ignace avait des principes de religion et d'honneur . un boulet lui casse la jambe. tout voisin de la frontière française. Il se mit alors à observer comment les unes et les autres commençaient et finissaient. de Ludolphe le Chartreux ? Contraint par l'immobilité à la réflexion. Une de ses premières pensées fut de se faire Chartreux. Bertrand de Loyola. voici qu'en l'an 1521. unissant. Son père. sorte de roman d'aventures amoureuses et belliqueuses qui faisait les délices de François 1er. il se fit apporter des lectures et demanda l'Amadis des Gaules. Mais réflexions et lectures ne suffisaient pas à le contenter. passer aux actes. Ignace fut le dernier des fils. sous le nom d'Ignace – en espagnol Inigo. il subit une série d'opérations et d'affreuses tortures qu'il endure sans un cri. Il découvrit que les mauvaises pensées en s'évanouissant lui laissaient le cœur vide. dans le monde surnaturel. de désintéressement. bon gré. – Départ pour Montserrat. presque à son insu. Pourquoi la Providence voulut-elle que le livre fut alors égaré et remplacé par un recueil de Vies des Saints et par la Vie du Christ. ou plus vraisemblablement en 1495. et peu à peu il pénétra. Les historiens. il est chargé de défendre Pampelune contre les troupes de François 1er roi de France. – Conversion. Transporté presque mourant au château de Loyola.

devant l'autel miraculeux de la Vierge son épée et son poignard. dans une grotte broussailleuse . Il eut donc à subir les pires avanies. apprenant la grammaire. il eut même la hantise du suicide. il n'était pas. il ne voulut jamais révéler les grâces goûtées pendant ces jours inoubliables. se tournait peu à peu vers la vie de l'âme. A Manrèze. mais. On le regarda bientôt avec d'autres yeux et la curiosité sympathique remplaça les traitements indignes. et reçut alors plus de lumières que dans toutes ses autres visions et toutes les autres études de son existence réunies ». il garda toute sa vie le don particulier de rassurer les âmes scrupuleuses. Il la trouva au fond d'une vallée voisine. « il comprit merveilleusement un grand nombre de chose touchant soit aux sciences naturelles. L'un d'eux dura sept jours et on le crut mort. habit de grosse toile. dit son secrétaire. à se vaincre sur ce point en se donnant un aspect malpropre.à Jérusalem. Mais comment ? Sans être tout à fait ignorant. pour éviter ce nouveau piège. puis en quittant Navarete. il se rendit à Manrèze. vice-roi de Navarre. s'exerçant à parler. un équipement complet de pèlerin. d'un ouvrage du Bénédictin Cisneros. où se trouvait un hôpital pour les pèlerins. que les grandes lignes. Quelque temps après. il formula le vœu de chasteté perpétuelle et commença de prendre la discipline tous les soirs. assez gauche s'il préparait. toujours vénérée à Manrèze. et dans la pensée de l'ancien défenseur de Pampelune. comme point de départ. Arrivé au pied de la montagne de Montserrat. en route. Le titre en est tout militaire. Il monta un jour à dos de mulet. il se rendit à Notre-Dame de Montserrat. après avoir parlé de visiter le duc de Nagera. près de Barcelone. le pèlerin de Montserrat. s'imposant les pénitences les plus rudes. Mais il dut surtout passer par les tentations les plus douloureuses. car la peste était à Barcelone. qu'Ignace composa en s'inspirant. De cette épreuve où il faillit sombrer. il acheta. la Santa Cueva de santo Ignacio. Ses scrupules envahirent son imagination surmenée . Il se dit alors qu'il pouvait bien faire profiter les autres de son expérience. qu'il retoucha ensuite durant vingt-cinq ans. durant les dix mois qu'il y resta. fut le témoin d'austérités épiques qui minèrent sa constitution pourtant très forte. dont en route le bouillant chevalier avait failli percer un Maure. il chercha une retraite où il fut plus caché qu'à l'hôpital. il n'en jeta à Manrèze. vivant d'aumônes. Il y soigna les malades. il poussa seulement ce cri : « Ah ! Jésus ! » . en vue de son pèlerinage aux Lieux Saints. C'est de là qu'est sortie l'ébauche d'un des plus purs chefs-d'œuvre de l'ascétisme : les célèbres Exercices spirituels. ceinture et sandales de corde. Il s'en aperçut et. car il s'étudiait. qui avait fait l'apprentissage de la sainteté par les voies douloureuses de l'épreuve intérieure. A vrai dire. Il nourrissait donc le dessein de quitter sa famille pour commencer sa vie de pénitence. qu'il repoussait avec horreur à la pensée d'offenser Dieu. éloquent lorsqu'il parlait d'abondance. C'est alors qu'il eut ses célèbres visions. il eut des ravissements ou extases. bourdon et calebasse. et aussi les imprudences d'une pénitence excessive. Il passa trois jours à Montserrat et les employa à lire à un religieux sa confession générale. certes. Cependant. soit aux mystères de la foi. ainsi qu'on l'appelle. après avoir été d'une tenue raffinée dans son élégance. un intellectuel . recherchant le monde pour se faire un auditoire. mais adapté à son caractère particulier. non pas extérieures et objectives. Quand il revint à lui. à cause de sa tenue volontairement négligée . ce qu'il pratiqua toujours fidèlement. il ne négligea donc aucune occasion de s'instruire. recherchant de préférence la compagnie de ceux qui l'accablaient de sarcasmes. Avant de s'embarquer. alors à Navarete . coupable d'avoir mal parlé de NotreDame. – Les « Exercices spirituels ». il s'arrêta au célèbre sanctuaire de Notre-Dame d'Aranzazu. c'est bien en effet une manière de 195 . après quoi il suspendit. Bien peu de personnes chrétiennes ignorent ce beau livre. Mais l'ébauche ne devait pas être moins pleine d'idées que l'œuvre définitive. de la confiance et de l'amour. En chemin.

en mendiant. pour se vaincre et sortir de son péché. il étudia deux ans les humanités. Il eût voulu se fixer en Orient pour y travailler la conversion des infidèles . méditation approfondie de la vie de NotreSeigneur. il voulait voir devenir ses compagnons d'apostolat. l'insuffisance de liberté pour travailler au salut des âmes donna au chef du groupe 196 . Le point de départ est la distinction des deux esprits dont il a été question et qu'Ignace avait entrevue sur son lit de souffrances . On sait le parti qu'il conseille de tirer des secours de l'imagination visuelle et auditive. il doit encore élire le mode d'usage le plus pur qu'il doit en faire. confessions. Ignace et ses trois compagnons n'y furent pas plus heureux. « Le pèlerin » comme il s'appelle lui-même dans des souvenirs recueillis par son secrétaire. et s'il est déjà engagé dans une vocation. là. qui veut devenir plus pieux. « au bon chrétien moyen ». et Gênes. De là. qui reconstitue mentalement dans les Préludes le lieu de la scène sacrée dont on médite le mystère. il aborda à Gaëte. mais chacun est libre de choisir le moment qui dans ces états lui paraît le mieux convenir à prendre une décision définitive. – A Paris. où il arriva le dimanche des Rameaux 1523. l'ascension des âmes vers Dieu. se fait la guerre. puis à ceux que. Là est l'originalité et la force de ce livre loué par Paul III le 24 juin 1543. Estimant que sa santé le lui permettait désormais. recommandé par un riche compatriote. et dans tous les milieux. il obtint du doge une place à bord d'un bateau qui devait le conduire à Chypre. tout en continuant ses austérités et travaillant au salut des âmes. il se transporta à Salamanque pour y continuer ses études avec l'appui matériel de l'archevêque de Tolède. Son zèle à travailler à la conversion des pécheurs et à répandre la pratique des Exercices spirituels lui attira des ennemis. Renvoyé absous au bout de quarante-deux jours. examens. par les retraites fermées. où il retrouva trois compagnons auxquels se joignit un jeune Français. il continua son chemin vers Rome. Après les principes. Bien que très malade il s'embarqua et partit le 14 juillet. qui devait encore favoriser plus tard son œuvre religieuse. où il reprit la mer. d'un milieu social éclairé. et s'embarquant à Barcelone. Pèlerinage à Jérusalem. en repassant par Chypre. jusqu'à la perfection. communions. Depuis longtemps il a fait ses preuves . Il partit de là pour l'Université d'Alcala. Ignare quitta Manrèze pour prendre le chemin de Jérusalem. rentra à Barcelone d'où il était parti. aux personnes du monde enfin. et avec la grâce de Dieu s'achemine de victoire en victoire. il y vécut d'aumônes. Comme partout. Tout est réglé avec un soin savant dans ce plan de réforme intérieure. Comme il voulait réprimer le libertinage des matelots. lui ordonna au nom de l'obéissance de s'en retourner. prière. – Retour en Espagne. A qui étaient destinés les Exercices ? A l'auteur d'abord. c'est la comparaison entre les deux états de consolation et de désolation qu'on peut ressentir successivement en soi-même. en vue « d'un choix de vie » .plan de campagne à l'usage de l'homme qui. Jérôme Ardebalo. il partie pour Venise . Mais Dieu veillait. isabelle Roser. Ignace y prit le vaisseau ordinaire des pèlerins et arriva après quarante-huit jours de navigation à Jaffa. d'où il se rendit en cinq jours à Jérusalem : il y entra le 4 septembre. Parvenu à Chypre. qui avait pouvoir apostolique pour renvoyer les pèlerins en Europe sous peine d'excommunication. puisque de nouveau ils connurent la prison . comme on dirait aujourd'hui. Grâce à la générosité d'une bienfaitrice. peu s'en fallut que ces endurcis ne l'abandonnassent sur une île déserte. Il pleura de joie à la vue des Lieux Saints et en visita toutes les stations plusieurs fois. il continue et il ne cessera pas de faciliter. Quinze jours après. mais le Provincial des Frères Mineurs. sous la direction d'un saint maître. dans sa pensée. Venise où il arriva au milieu de janvier 1524. Ignace demande que l'on s'exerce par des moyens pratiques à les faire pénétrer dans sa vie . et par leurs machinations il se vit en prison. « sous l'étendard du Christ ». accusé d'hérésie. Personne n'est le maître de dominer le second de ces esprits .

la Compagnie de Jésus. Cette nouvelle institution luttera efficacement contre le protestantisme en même temps qu'elle sera une aide précieuse pour mettre à effet les décisions du Concile de Trente. qui devait faire l'objet principal des travaux du Concile de Trente. Le jour de l'Assomption de l'année 1534. ils firent vœu. le jour de la Saint-Jean de la même année. Alphonse Salmeron. 197 . Pourtant. – Fondation de la Compagnie de Jésus. d'Amiens. et ce projet fut approuvé verbalement par le Pape le 23 septembre 1539. vertueux. Il témoigna une grande bienveillance à ce groupe de prêtres zélés. des mains du nonce. Il inspira donc premièrement à six excellents jeunes hommes de se joindre à Ignace pour travailler sans relâche au salut du prochain. Il était à juste titre préoccupé de la réforme des mesures ecclésiastiques et religieuses. de se rendre à Jérusalem. Nicolas Simon. C'étaient Pierre La Fèvre ou Favre. dit Bobadilla. de se consacrer à la conversion des infidèles du Levant. en désigna d'autres pour l'accompagner à Rome. Ce que se proposaient alors Ignace et ses compagnons. où il voulait se rendre afin d'y pressentir le Souverain Pontife et de lui exposer les intentions de la Société naissante. auquel deux de ses membres participeront en qualité de théologiens du Souverain Pontife. au monastère des Bénédictines de Montmartre. François Xavier. qu'il avait conquis par son indulgente bonté . et Simon Rodriguez. ouverte à tous les vents. envoya plusieurs de ses compagnons dans les Universités d'Italie pour y inspirer la piété aux étudiants. plus tard cardinal. Le Pape Paul III lui fit un excellent accueil. Encore n'osa-t-il dire sa messe tout de suite. trois nouveaux adeptes s'étaient joints aux anciens : Jean Codure. Paschase Broët. ni eux ni Ignace n'eurent avant l'année 1538. Il y arriva seul. d'un commun accord. le 2 février 1528. le temps approchait où Dieu allait donner à l'Eglise. et les Somasques établis en 1528. et Claude Le Jay. Jacques Laynez. et si le voyage leur était impossible. jeûnant et priant sans cesse. approuvés en 1524. finalement. où il les attendit pendant plusieurs mois. afin que celui-ci disposât entièrement d'eux pour les œuvres de l'Eglise. et il avait décidé d'attendre une année entière . réalisant pour leur part l'idéal que se proposaient déjà les Théatins. Tous arrivèrent à Venise le 6 janvier 1537. et à y admettre quiconque serait disposé à faire le vœu de chasteté perpétuelle et à travailler à l'avancement des âmes dans la vie chrétienne par la prédication. Auparavant Ignace dut se rendre en Espagne pour y régler les affaires d'intérêt de ses disciples. Saint Ignace en Italie. Cependant. Ignace avait mis un an à s'y préparer et il avait passé quarante jours dans une vieille masure. par la Constitution Regimini militantis Ecclesiae. puis les leçons de philosophie au collège de Sainte-Barbe et devint maître ès arts le 14 mars 1535. l'enseignement. d'Embrun . Mgr Varallo. en la chapelle du martyr saint Denis. d'aller se jeter aux pieds du Pape. par son entremise. et suivit les cours du collège de Montaigu. c'était l'apostolat sous toutes ses formes. Entre temps. originaire de la Savoie . l'idée de fonder la Société religieuse aujourd'hui célèbre dans le monde entier. Ce vœu fut renouvelé au même lieu et à la même date en 1535 et 1536. l'audition des confessions et les œuvres de charité. Le 27 septembre 1540. dite « Compagnie de Jésus ». prêtre. Cependant la guerre qui survint entre les Vénitiens et les Turcs avait rendu impossible le pèlerinage à Jérusalem. il abrégea ce délai et choisit la fête de Noël. de concert. C'est là que ceux qui n'étaient pas encore ordonnés reçurent la prêtrise. les missions du dedans et du dehors. qui tous sont devenus éclatants par leur doctrine et leur sainteté. prêtre. où étudiaient un grand nombre d'étrangers. le groupe décida de former un Institut nouveau. les exercices spirituels. Ignace demeura encore un an à Venise.l'inspiration de venir à Paris. Paul III autorisa Ignace et ses compagnons à former une Société. En 1539. Puis il leur donna rendez-vous à Venise. savoyard.

fut élevée au rite double par Clément IX. les Exercices sont examinés et approuvés. Sa fête. En 1928. A. le futur P. élu supérieur du nouvel Institut. L'histoire de la Compagnie de Jésus est désormais inséparable de l'histoire de l'Eglise. – Mort de saint Ignace. Déjà les fils de la Compagnie de Jésus se répandent dans le monde . il fut canonisé pair Grégoire XV. recevait les vœux de ses premiers disciples et y joignait les siens au moment de la Communion. commentaire. Le 12 mai 1622. les Jésuites furent rétablis par Pie VII le 7 mars 1801. Quant à Ignace. Enfin. de nouveau. puis le 30 juillet 1804 dans le royaume de Naples. Les faveurs pontificales ne devaient pas faire défaut sous le pontificat de Paul III . Ignace obtient une Bulle supprimant la limitation du nombre des profès . application. après avoir demandé la bénédiction du Pape. Au début de l'été de 1556. Laynez . avant même la publication de la bulle. à la demande du duc de Gandie. il établissait des maisons d'éducation. en 1548. dont environ 2 400 dans les missions. Il avait alors soixante et un ans. en 1547. et l'obligation de l'office au chœur. du rite semi-double. il fondait des maisons de refuge pour les juifs et les pécheresses converties . Ignace. le 11 octobre 1667. Il accomplissait la réconciliation des grands ennemis politiques. le 31 juillet. en 1545 une autre Bulle permet à la Compagnie de prêcher et d'administrer les sacrements . moins favorablement disposé. Il faudrait des volumes pour raconter les miracles obtenus par l'intercession du Serviteur de Dieu. François de Borgia. Poirson. en 1550. par contre. par suite de la fatigue ou par humilité. sous Innocent X. et par lui les glorieuses conquêtes de la foi se poursuivaient dans le monde entier. qu'on en juge : en 1543. Le Pape Jules III confirma en 1550 les décisions de son prédécesseur . saint François Xavier a couru évangéliser les Indes . rédaction définitive. Supprimés par le Pape Clément XIV sous la pression des cours européennes le 21 juillet 1773. 198 . étant tombé gravement malade. Finalement. en 1546 vient le droit d'avoir des coadjuteurs temporels et spirituels . Paul IV. il dut laisser le gouvernement à trois Pères. voulut abdiquer le généralat et se faire remplacer par le P. Ignace. songea à modifier la règle sur deux points importants : la nomination d'un Supérieur général à temps et non à vie. Le fondateur employa les dernières années de sa vie à travailler aux Constitutions de l'Ordre. et enfin le 7 août 1814 dans le monde entier. à Saint-Paul hors les murs. en Russie. puis transféré dans l'église du Gesù. Cette demande fut repoussée. Son Ordre avait à ce moment douze provinces et au moins cent collèges. Cependant.Extension de la Compagnie. l'Ordre comptait plus de 20 000 religieux. il déclara s'en remettre à la Société elle-même. il se donnait à de nouveaux travaux. Le corps d'Ignace fut d'abord enterré dans l'église de la maison professe de Rome en 1587. Le 22 avril 1541. il écrivit une lettre dans laquelle il déclarait déposer le généralat. il expira doucement. où ils étaient restés unis. après la Bulle de Jules III. deux Jésuites et un novice pénètrent en Irlande au péril de leur vie. dix-neuf dans ses pèlerinages et seize depuis qu'avaient été jetés les fondements de la Société. Il en avait passé trente dans le monde.

évêque de Constantinople (400?-458). 19.J. Saint Frédéric. abbesse Capucine (1660-1727). Saint Anatole.n n° 179. A. Paris. évêque d'Augsbourg (890-973). Salutaire et Muritte.S. cardinal et évêque. Follin. et ses compagnons. Saint Alexis. vierge de Rome (t vers 164). 1905). Gausbert Broha. Saint Vincent de Paul. Le récit du pèlerin (Louvain. confesseur (t vers 412). Saint Goar. Frère Mineur. fondateur des Barnabites et des Angéliques de Saint-Paul (1502-1539). martyrs en Brabant (t 680).. Sainte Praxède. Saint Pie 1er. Saint Domitien. Saint Jérôme Emiliani. Saints Cyrille et Méthode. Saint Ignace de Loyola (Collection Les Saints. Georges Demiautte. 199 . Sainte Reynelde. H. Octave Caron.L. Histoire générale de l’Eglise : tome V. 11. Saint Ulric. Maxime Viallet. roi et empereur (973-1024). « La Renaissance et la Réforme ». – Mourret. 14. apôtre de la charité (1581-1660).C. A. vierge. fils de sainte Félicité. A. 5. Saint Janvier et ses six frères. Louis Petit. martyrs (t 162). Pape et martyr (t vers 154). E. évêque de Bamberg et apôtre de la Poméranie (1062-1139).… vers 505).P.Sources consultées. L.P. A.P. F.B 3. prêtre et ermite près de Trêves (t 575?).B. 18.P. et leurs 500 compagnons (. Sainte Élisabeth. S. reine de Portugal (1271-1336).P. Montfort.Z. fondateur de l'abbaye de Saint-Rambert-en-Bugey (t 440). Saint Antoine-Marie Zaccaria. F. 4. Saint Othon.B. évêque d'Utrecht et martyr (790?-838).D. Vettard. – Henri Joly. 16. Saint Henri. Sainte Véronique Giuliani. Fr. 17. – Eugène Thibaut. Saint Bonaventure. évêque de Carthage. A. Saint Jean Gualbert. 15. fondateur des Bénédictins de Vallombreuse (995?1073).R.L.C. 6. C. 21. apôtres des Slaves (827-869 et 820?-885). Docteur de l'Eglise (1221-1274).. fondateur des Clercs Réguliers Somasques (1481-1537). A. Saints Eugène. Th. 9.R. – (V. 1922). 20. 12. 8. 10. De Loppinot.L. R. 13. 2.P. A. 7.) SOMMAIRE ________ JUILLET ________ 1.

17. 163. Saint Samson. 18. 75. 88*. SAINTS Louis IX. Paul. de Rome. E. sœur de Marie de Béthanie et de Lazare (1er s. Antoine-Marie Zaccaria. Henri. 113. les autres pages de simples notes. Sennen (et Abdon). 31. 8. Ulric d’Augsbourg. 49.) TABLE DES MATIÈRES ___________ Les pages en chiffres gras indiquent les biographies complètes .L. Cyrille et Méthode. Amalberge. Flavien. Breton. Pie 1er. Ambroise. 17. 107. 1. SAINTES Adélaïde. 161. Front. Samson de Dol. Christine d’Italie. 178. Alexis. 88*. Félicité.B. 41. Saint Jacques le Majeur. Apollinaire de Ravenne. lltud. Angèle Mérici. Martial. 168*. vierge. 24*. 136*. F. Alexandre.P. Fulgence. 33. Philippe. 136*. Pierre Chrysologue. Thomas d’Aquin. Cunégonde. 177. 121. Eucher. A. 2. Daniel Stylite. 73. martyrs à Rome (t vers 250). Hilaire d'Arles. Silvain. Bernard. 51. 161. Ignace de Loyola. 218. 184*. Nicolas 1 er. A. lsidore de Séville. Vital. 25. 241. 200*. pénitente (1er s. 25. 28. Basile. Sainte Marie-Madeleine. 50. François de Sales. Abdon et Sennen. Bonaventure. A. 137. Méthode (avec Cyrille). 107.D. 9. Saint Ignace de Loyola. Saint Pantaléon. 185. 75. médecin et martyr à Nicomédie (t 303). Anne. Sainte Anne. 49.C. 97. 217. 31. 24. premier évêque de Dol (480?-565?). Saint Apollinaire de Ravenne. Sainte Christine. 176*.). Eugène de Carthage.E. les pages suivies d’un astérisque (*) les citations des écrits . (Illustrations de J. 3. Dubrice. 105. Pasteur. 24. 76. Cyrille d'Alexandrie. 80*. 97. 145. 23. Cyprien. Othon de Bamberg. 27. 216*. Pierre. 80*.). 201. 26. Saints Abdon et Sennen. 233.F. Augustin. Frédéric d'Utrecht. 57. Clément. Elisabeth de Portugal.). Domitien. apôtre. 74. 128*. Salutaire. 120. 177. Catoire.22.B. 231. 120*. 136*. en Italie (t vers 300). Muritte. Sainte Marthe. Anatole de Laodicée. évêque et martyr (t 87). A. 218. 75. 23. 200 . Maxime Viallet. patron de l'Espagne (1er s. fondateur de la Compagnie de Jésus (1495-1556). mère de la Très Sainte Vierge. A. 209. Rambert. A. Anatole de Constantinople. 129. 75.M. 30. A.A. 81. Vincent de Paul. Goar. 128*. Pudens. 128*. vierge et martyre. empereur. 162. 97.Lacoste. 29. 233. Félix. Poirson. 24*. Pantaléon.

121. BIENHEUREUX Witger. Jérôme Emiliani. Lazare. 89. 202. 193. 169. 121. 73. 153. Jean Gualbert. 171. 225. Praxède. 65.Jacques le Majeur. 193. 225. 85. 86. 123. Justin. Léon 1er. 165. Janvier et ses frères. 169. Reynelde. Marthe. Joachim. Pudentienne. Marie-Madeleine. Jean l'Évangéliste. 161. 201 . 19. 226. Véronique Giuliani. Gudule.