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L'ÉVOLUTION DES GENRES L'HISTOIRE DE LA LITTÉRATURE .

— Claset 1 siques et romantiques. broché 3 fr. 50 LIBRAIRIE CALMANN LÉVY Le roman naturaliste. Nouvelles questions de critique. 1 vol. 1 3 fr. 2 e édit.OUVRAGES DU MÊME AUTEUR LIBRAIRIE HACHETTE ET C 1 ÉTUDES CRITIQUES SUR L'HISTOIRE DE LA LITTÉRATURE FRANÇAISE Première série Pascal. Le théâtre de la révolution 3° édit. Massillon. Marivaux. — Lesage. 50 3 fr. 50 Histoire et littérature. broché — — La moyen âge. 50 3 3 fr. Le naturalisme au Deuxième Les précieuses. — sous . V. Troisième série vaux. Diderot. 1 — 1 2e série. vol. Rrodard <>t Gallois . française xyii 6 — Molière. — Descartes. française du Voltaire. : premier empire. broché. 3 fr. Gaiiani. 1 vol vol vol vol 3 fr. 50 50 50 [luloinmiers. La direction de la librairie sous Malesherbes. : La le littérature Racine. 3° édition. 1 3« série. Bossuet et Fénelon. vol Questions de critique. 50 série — — — — — — — . rc — — — série. L'abbé Prévost. 1 vol. : — Pascal. — Imp. 1 1 vol 3 fr. — siècle 2° édit. fr. — 50 littérature 3 fr. — Mari— Voltaire Rousseau.

I/ÉVOLUTIOIN DES GENRES DANS L'HISTOIRE DE LA LITTÉRATURE LEÇONS PROFESSÉES A L'ÉCOLE NORMALE SUPÉRIEURE PAR FERDINAND JRUNET1ÈRE TOME PREMIER INTRODUCTION l'évolution de la critique depuis la renaissance jusqu'à nos jours PARIS LIBRAIRIE HACHETTE ET C 71). . 79 4890 Droits de traduction et de reproduction réseives. BOULEVARD SAINT-GERMAIN.

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Julien Pichon. je les ai toutes récrites à mon tour. Si d'ailleurs je leur ai conservé . professées à l'École normale supérieure. que d'en adresser ici tous il mes bien remerciements. et j'ai pensé que si j'y corrigeais. en parlant. ou même si j'essayais d'y réparer quelques lacunes.s A AVANT-PROPOS 4 G Les dix Leçons qui suivent. quel- ques erreurs. comme est difficile. par M. Mais. en les récrivant. pendant les mois de no- vembre et de décembre 1889. l'un de mes un auditeurs. ont été rédigées. de ne pas laisser tomber une part de ce que Ton voulait dire. à qui c'est plaisir mon premier devoir. et en même vifs temps. on ne m'accuserait pas pour cela d'infidélité. d'après ses notes de cours.

et on n'y ménage point. je puis ainsi dire. refondre. que la composition d'une Leçon ayant de plus toujours quelque chose de plus libre. souple — à et non pas de moins net. sans doute d'un peu obscur. le et. la crois assez clairement défini dans Leçons. le plan primitif. Le livre. de des faire profiter qu'il observations que je serais heureux provoquât. titre J'y explique ce que ce même la : l'Evolution a des Genres dans l'Histoire de Littérature.VI AVANT-PROPOS. plus complet si d'abord. où ce volume l'améliorer favorablement accueilli de encore quelque jour. il — me sera plus serait facile moi-même. . leur forme de Leçons. Leçons. sans en changer l'économie. je l'espère. au cas . c'est que ces corrections n'en ont pas modifié je l'avoue. mais de moins arrêté pourtant en son contour que celle d'un chapitre de livre. et j'y indique à trois il grands traits le contenu des volumes qui n'est pas inu- suivront celui-ci. la comme de les dans une série de refaire possibilité sans les Pour n'est l'objet du Cours dont je le présent volume l'avoir que Y Introduction. est plus définitif. C'est aussi. Au contraire. et il première de ces dix me suffit d'y renvoyer le lecteur.

j'ai trouvée amenée à poser. Il m'a paru seulement qu'avant d'aboril der le problème de l'évolution des genres. n'est pas en effet. et Ton se tromperait d'y voir ou d'y chercher rien de plus qu'une Introduction. pour pensé. à ainsi séparé et en avant des autres. je souhaiterais qu'on ne se méprît point. à Ce proprement parler. Ainsi. — il fallait en avoir au moins quelque idée sous les yeux. quand veulent décrire le mécanisme de quelque fonction obscure et surtout complexe. la critique cela. de montrer le était nécessaire s'est comment et. dont l'étude a besoin. pour être poussée plus loin. qu'à défaut d'une histoire entière de la critique — où ils d'ailleurs on saisirait moins bien les différents temps de son évolution.AVANT-PROPOS. d'être simplifiée d'abord. sur l'intention duquel. ou plutôt. la abstrait et comme dégagé. C'est tion la réduc- du phénomène à ce qu'il a d'essentiel. non seulement des singularités solidarité ou des exceptions. c'est le phénomène lui-même. les physiologistes commencent-ils par nous en donner ce qu'ils appellent une figure ou une représentation schématique. tile VII de préciser le dessein plus particulier de ce le lire premier volume. mais encore de . une histoire de la critique.

formé le Au reste. sur nos grammairiens. d'en masquer pour ou d'en déguiser la nature. des autres phénomènes qui risqueraient. on voit assez que cela ne va pas sans de nombreuses omissions. Si j'ai cru qu'il y avait lieu de faire quelque chose d'analogue l'histoire ou pour l'évolution de la critique. si j'avais projet d'écrire X Histoire de la Critique en France. et le plus indispensable. en vou- lant les considérer tous ensemble. c'est une Histoire de r Humanisme . ou sur nos philologues. Le premier de celui sans lequel on ne saurait écrire le premier chapitre d'une Histoire de la Critique. tous. sur par être philologique. — et surtout sans un parti pris con- stant de simplification ou d'abréviation. ayant seuls entre les mains . faute de trois ou quatre ouvrages. et nos érudits. sur les Scaliger un Budé ou sur un Turnèbe. je ne pourle rais pas le réaliser pour moment. n'ayons pas encore. nous. sur les Estienne. pen- dant plus d'un siècle. en Italie comme grammaticale ou purement érudite. quels renseigne- ou sur ments avons-nous? C'est eux pourtant qui.VIII AVANT-PROPOS. La critique a commencé en France. qu'il est et étonnant que nous que je voudrais bien que ma réclamation pût faire naître.

avant qu'un Allemand s'emparât du sujet. et le livre de Voigt. Ronsard dans ses Odes. disent assez élo- quemment quelle serait l'importance. intitulé :Die Wiederbelebung des Classischen Alterthums. me comme un On devoir de piété. Calvin Institution chrétienne . quelqu'un de nos jeunes érudits. nos humanistes. ne sont que les disciples de nous ne le savons qu'en gros. d'un autre genre. semble-t-il. Mais et.AVANT-PROPOS. n'intéres- serait pas celle moins l'histoire de la littérature générale même de la critique : je veux parler dont les ser- d'une Bibliographie du xvn c siècle. sans y suppléer. celui de lisation de la Burckhardt sur Renaissance en Italie. voilà ce qui devrait tenter. se rappellera que ce sont deux la Civi- livres allemands. oder der erste Jahrhundert des Huma- nismus. même dans son ou Montaigne dans ses Essais. et même par la Bibliographie Moliéresque de Paul Lacroix. vices déjà rendus par la Bibliographie Cornélienne de M. la clef de ce qui passait IX pour être alors toute la science. ont été les vrais maîtres et les vrais insti- tuteurs des esprits. Un que autre ouvrage. Si quelques . qui nous tiennent lieu. de celui que nous demandons. Emile Picot. de nous le dire avec exactitude. Rabelais dans son Pantagruel.

de plusieurs opuscules de La Mothe Vayer et de Saint-Évremont. ce fut fait . que nous ne pouvons situer » qu'à deux ou trois ans près dans l'histoire. les comme le Polyeucte de ou comme Maximes de La Roche« foucauld. il devrait donc adopter la disposi- tion chronologique. qui ne sont point d'ailleurs empêchées par leur médiocrité capitales d'être presque pour l'histoire d'un genre . A plus forte raison. Georges Brandes : Die Litteratur des neun. d'autres. il chefs-d'œuvre ont une date certaine. y en a malheureusement Corneille. analogue à celui de M. temps de leur puhlication C'est le cas . Nous manquons enfin d'un ouvrage. Au si lieu de s'atteler à des besognes qui n'intéressent trop souvent que les seuls amateurs de livres. indis- pensable aussi lui pourtant. Uotlenl-elles dans une incertitude entière du vrai . par le exemple. de moindres œuvres. la difficulté de le bien faire augmente elle-même d'année en année. c'est que le travail et j'ajoute qu'à mesure que le temps s'écoule. Mais quand il en choisirait une autre. qu'il faudrait. quelque biblio- graphe nous donnait un jour cette Bibliographie du xyii c siècle.X AVANT-PROPOS. zehnlen Jahrhunderts in ihren HauptstrOmungen .

je me suis . en l'absence de tous ces secours. y va d'une question de méthode. connaissance de quatre ou Au cours de ces Leçons. critique. XI mais mieux fait. plus personnel. à tel point que. je n'étu- dierais pas d'abord celle de V Influence des Littéra- tures étrangères sur la Littérature française. . Mais pour quelle part. Ainsi que j'essaye de l'indiquer dans une la des Leçons qui suivent. Que maintenant. si comme on le verra. je ne devrais pas essayer de l'écrire la reculant à un autre temps si question de V Évolution des Genres. c'est là le point. je comme en vingt autres occasions ne sache pas d'ouvrage dont j'aie ressenti plus cruelle- ment le manque. d'ailleurs. et de plus de portée. on s'étonnait que je n'aie pas moins on ne tâché dans ce volume de retracer T Évolution de la critique. le renouvellement de dans les premières années du xix e siè- a procédé pour une large part d'une connais- sance plus étendue des littératures étrangères. il nous faudrait quelqu'un d'égala lement versé dans cinq littératures.AVANT-PROPOS. cle. et. Mais j'ai eu peur de si mon incompétence. ferait ma réponse est bien simple si : jamais rien il l'on attendait toujours. pour nous lapprendre. et puis. demandé et.

mises bout à bout. le dont celui-ci n'est pas toires moindre. au lieu d'en et prendre d'abord une idée générale et sommaire.XII AVANT-PROPOS. reconnaître et caractériser le époques. et reliées d'ordinaire par un fil assez lâche? C'est qu'au lieu d'investir du dehors. que nos hisHistoi?*es. et que je tâche de faire ici. . — au lieu de l'être C'est le contraire que je crois qu'il faut faire. comme une vue perspective. où par alphabet. ne sont point des mais seulesont classés ment des Dictionnaires. Car. au lieu de com- mencer par les distinguer. les noms dans l'ordre chronologique. la matière de l'histoire littéraire. par une série de travaux d'approche. on croit commencer par commenquestions sans cement en commençant par épuiser les plus particulières . les par étudier les les hommes se préoccuper de ceux qui ont précédés ou suivis. 11 en résulte quelques inconvénients. pourquoi la plupart de nos histoires de la littérature ne sont-elles qu'une collection dis pas une succession — — je ne de monographies ou d'études. et par perdre enfin dans l'analyse ou dans l'examen des œuvres le sens des rapports qu'elles soutiennent avec l'ensemble de l'histoire d'une littérature.

qui les fixent pour nous dans l'histoire? Voilà la question que j'essaye de résoudre.AVANT-PROPOS. et Si nous le ne voulons pas plier bientôt succomber sous il nombre et sous le poids des documents. cela veut dire sans doute que la critique n'est pas aujourd'hui ce qu'elle était autrefois. une période entière de la critique. Puisqu'il d'une seule expérience. faut simplifier suffit l'histoire de la littérature. Quels sont donc les cette évolution? Quelle est la ligne qu'ils moments de ou la courbe je crois tracent. Si la critique XIII a une histoire. quelle a évolué. et quels en sont. comme ou que l'on dit. mais ne l'a pas nécessairement dans son histoire. et encore bien le tracé de son évolution. ou. eux seuls aussi. noms. Le tout sera de s'assurer qu'en même temps qu'elle est l'expression de leur façon de sentir ou de penser. pourvu qu'elle soit faite. et tout ce qui n'y contribue point peut bien avoir sa place dans un Dictionnaire de moins dans la critique. ce doit être assez de Chapelain ou de Boileau pour représenter. en d'autres termes. leur doctrine est celle de toute une famille d'esprits dont ils ne sont que . bien pour établir la loi d'un phénomène. les points d'inflexion ou de rebrousseles ment? Quelles sont enfin les œuvres.

mais on saura droit précis de la ainsi dire à quel enil chaîne des œuvres faudra qu'on insère la leur. Mai i SlHI. et la docla l'examen de question de V Evolution des Genres. éminents. Le second volume. paraîtra au mois de décembre 1890. Conclusions Méthodes. Enfin le et quatrième et dernier. . Et faire si l'on croit après cela qu'il et convienne de Thistoire une place une part dans du genre à un d'Aubignac ou à un P. Il ne me reste plus qu'à dire maintenant que je tâcherai que la publication de l'ouvrage ne dure pas au delà de dix-huit mois ou deux ans. qui contiendra les Exemples doute prêt pour le et Applications. Le troisième volume.XIV les plus AVANT-PROPOS. Bouhours. sera sans 4 mois de mai 891. paraîtra dans l'hiver de 1891-1892. qui contiendra l'exposé de trine générale de révolution. non seulement on pour le pourra tou- jours.

que sais-je encore? il n'est plus aujourd'hui partout vingtaine d'années. l'une après l'autre. PROGRAMME ET DIVISION DU COURS Messieurs. Evolution du Mariage. Évolution de la Famille. je m'empresse de vous l'expliquer. ce que c'est que le mot et que l'idée <X Évolution la fortune qu'ils ont faite. Je me propose d'étudier avec vous. au moins en gros. et ce qu'on en peut dire que. i. comme ce titre est un peu long. Vous savez tous. transformer ou les renouveler. pour les t. mais comme il risque surtout de vous paraître d'abord obscur. Évolution de la Morale. toutes les provinces de l'érudition et de la science. Évolution de la Philosophie. et.L'ÉVOLUTION DES GENRES DANS L'HISTOIRE DE LA LITTÉRATURE LEÇON D'OUVERTURE IDÉE GÉNÉRALE. 1 . Évolution des Êtres. cette année. Y Évolution des Genres dans V Histoire de la Littérature . : ils ont envahi. depuis une .

en Flandre. Or. Mais. elle soit dépossédée de sa popularité d'un moment thèse . ou dans celle de ia littérature. ou. la doctrine de l'évolution doit avoir eu quelque chose en elle qui justifiait sa fortune. avant presque feront d'ailleurs mieux entendre. selon le — — mot expressif de Malebranche. . ce que la philosophie en ont déjà l'utiliser tiré de profit. Il ect possible qu'elle ne soit pas l'expression de la vérité tout entière. barbe au menton. se défier est toujours bon de et d'attendre un peu des nouveautés. puisqu'elle règne. avant d'exister pour elle-même. je voudrais examiner si l'his- toire littéraire et la critique ne pourraient pas aussi à leur tour. — quoique dans par une autre doctrine ou une autre hypole fond je n'en croie rien. surtout pour les faire entrer dans renseignement qu'elles aient. les grandes lignes de l'histoire d'un genre. tage qu'il y aurait à feindre d'en ignorer l'existence. ou celles de l'évolution de l'art même. puisque nous savons ce que l'histoire naturelle générale. ou pour le charme des yeux. les Cimabue et les Giotto en Italie. au moins dans l'histoire de la peinture moderne. par exemple. Pour les uns et pour les autres. de la peut-être. en attendant.2 l'évolution des genres.. les Van Eyck et les Memling. Théoriquement. Voilà tout mon dessein. nous pouvons être certains. je ne vois pas l'avanet. qu'après vingt-cinq ou trente ans maintenant écoulés. J'accorde encore que demain. ce que l'histoire. Quelques exemples vous le si nous considérons dans l'histoire de l'art. on peut placer la Peinture religieuse^ telle que l'ont conçue. et c'est même probable. à l'origine même de fart de peindre. s'il question que d'évolution.

à la foule qui s'assemble dans les églises. Celui de la sine. qui ne cesse pas d'exister. comme les séductions de la ligne et de pour ne pas aimées en elles-mêmes. en quelque sorte. sans entrer dans cette recherche. les deux genres se . il nous suffît qu'en fait les choses se soient passées de la sorte et. pour le peintre lui-même. la Peinture mythologique ne tarde pas à se détacher de la Peinture religieuse. et les admirables Vénus lées Madone de Saint- Sixte est aussi le peintre des fresques de la Famé- du Titien. si l'on le voulait. les grandes vérités de la religion ou les légendes de l'hagiographie une façon aussi. avec son métier. d'édification. Comment tour devenue la Peinture d histoire! mythologique est-elle à son On en pourrait 1 donner plus d'une raison. qu'à la représen- — tation des scènes de l'Olympe païen. . 3 un art. les honneurs et la popularité. celle des grands événements de l'histoire. senties. et trop vives. être bientôt perçues. un une manière d'enseigner. la peinture est une œuvre pieuse. et qui partage avec un autre genre l'empire. en Flandre comme en Italie. ni même d'occuper encore le premier rang. Cependant. ne sont éga- ou surpassées que par ses Visitations ou ses la Peinture Assomptions. Mais. moyen son salut.PROGRAMME ET d'être DIVISION DU COURS. Vous savez que le peintre de la Cène ou de la Vierge aux rochers est la couleur sont trop fortes. mais qui déjà ne règne plus seule. on ait vu succé- der. dont le pouvoir unique se divise. aussi celui de la Léda. et si c'en était présentement le temps. et de faire. Encore un peu mêlés ensemble dans l'École florentine. de mériter.

qu'à son prestige propre. on veut qu'il agisse. comme si la beauté n'était plus capable à elle seule de remplir et de satisfaire les yeux. plusieurs sur une toile. la page héroïque ou mémorable de sa biographie. les entours. et tant d'autres les portraits analogues. avec Franz Hais ou Rembrandt. avec le portrait. vont vivre chacun de sa vie personnelle. d'avoir été réelle. vous savez de la Hollande. si — les scènes de la vie quotidienne. c'est l'anecdote et la particularité qui s'introduisent dans la peinture. sous les yeux. ils séparent se distinguent d'avoir existé.4 L et EVOLUTION DES GENRES. La Leçon danatomie ou certaines écoles. dans l'École vénitienne. En ce n'est plus assez qu'un portrait soit ressemblant. par exemple. D'un autre côté. et qu'avec les traits de l'original il en rappelle les occupations. elle joigne celui Maintenant. Et. elle devient elle seule presque toute l'histoire. qu'ils composeraient l'histoire même Mais. les habitudes. dispersés dans musées d'Europe ou dans les collections particulières. si les objets inanimés eux-mêmes ne laissent pas d'avoir leur physionomie. pour ainsi dire. La Peinture de s'y taille portraits se détache ainsi de la Pein- ture d'histoire. Et c'est ainsi que la Peinture de genre peut être conçue comme s'étant dégagée d'abord et . leur individualité. vous savez que dans comme la Hollandaise. et surtout dès qu'il y en a effet. on peut donc en faire aussi le portrait. d'avoir enfin civil et un état un nom dans l'histoire. on veut désormais. dans leur suite. ou vivant. si nous les avions là. la Ronde de nuit ne sont qu'une réunion de portraits. elle s'y fait du moins son domaine. elle son royaume. et même.

— formes successives. Aussi bien. c'est Nous avons parcouru en quelque sorte épuisé les combinaisons toute peinture est Religieuse. semble-t-elle s'être dégagée de la Chanson de geste.] Renaud de Montauban-. et chacune de ces la Peinture de nature morte. détachée de la 5 Peinture de portraits. nous est apparue.. : à nous d'abord sous la forme de Y Epopée Chanson de geste : Roland. pour vivre à son ce que les juris- tour d'une vie indépendante. ou Historique ou Iconique. que nous en tirons. ou de Nature morte. des lois. ou Mythopossibles logique. et plus éloquent par cela même soit l'histoire ou la succession des formes du roman français. puisque nous ne saurions faire — mais cessons d'avoir égard à l'usage autrement. un exemple plus parti- culier. Ali scan s. sous la forme des Mémoires ou des Chroniques. le cycle. ou de Paysage. c'est presque de l'histoire. l'histoire.. vous le savez. et sous cette forme. à son origine. représentons-les-nous voyons sans doute. Il s'offre ou de la . ou de Genre. plus précis. plus démonstratif. que l'on peut combiner toutes ensemble.. comme une extension de la précédente. : coupons les objets Faisons enfin un dernier pas inanimés des communications qu'ils entretiennent tels que nous les avec nous. chez nous comme en Grèce. et : . comme un démembrement. consultes appellent un statut personnel. c'est la Peinture de paysage. traitons-les enfin comme s'ils existaient en eux-mêmes et pour eux-mêmes c'est la : — Peinture d'animaux.PROGRAMME ET DIVISION DU COURS. Prenons un autre exemple. et se créer insensible- ment à elle-même des règles. et. dans son développement.

de Mlle de Scudéri : : sodes y sont rattachés au récit principal. etc. Appelons-les des Romans épiques ils le sont à la fois par leur longueur. par le caractère également invraisemblable et héroïque des aventures qui s'y passent. le culte Table. les romans de Gomberville. de Polexandre. On les écrit pour donner à la liberté de l'imagination une pleine carrière. L'invraisemblance en fait la principale beauté. à mesure qu'elle s'allégeait de sa substance historique. qui succèdent aux Romans de la Table-Ronde. dont l'intérêt n'est déjà plus d'entretenir des souvenirs. par le ton d'emphase qui rehausse ou qui l'anime. Cyrus et Clélie. C'est des Romans d'aventures. et pour en remplir le vide. d'elle-même : . dont on peut prendre YAstrée pour modèle ou pour type. Mais ils sont autre chose aussi. à vrai dire. par la fluidité le continue du style. mais de chatouiller la curio- ce que l'on voit d'ailleurs encore plus clairement dans ces Amadis. ou peut: justement. et qui ne sont déjà plus des Épopées. par la qualité souveraine ou princière des personnages qui en sont le support. c'est pour chevaucher avec eux l'hippogriffe et la Chimère qu'on les lit. Les Amadis sont du xvi° siècle un autre genre les remplace avec le xvn e siècle naissant. c'est pour courir en pen- sée les grandes aventures. Cassa)) dre. et c'est pour sortir par eux de la réalité. Polexandre est un roman « maritime et sréo- . l'épopée donnait à la légende ou au rêve une part plus considérable la . c'est l'époque des Tristan et Romans de Vseult. mais ce que nous pouvons appeler sité.Ronde Parsifal. par la manière dont les épiêtre. d'un autre côté.b L EVOLUTION DES GENRES. et plus la Calprenède. Mais.

je crois. Marianne à la Princesse de Clèves et le Roman . Aussi. inventions qui n'ôtent rien à la vérité des choses la décadence de l'Empire. l'idée générale du cours. que nous reviendrons dès cette année même que les voilà. avec assez de précision maintenant. ces deux exemples me suffisent pour définir. 7 La Calprenède. « se pique de raconter. et consigné l'expression des sentiments sinon le de ses contemporains. mais au contraire dans leur ressemblance avec la vie contemporaine. Mais arrêtons-nous ici. Mlle de Scudéri ne se cache point s'en cache — elle elle- même — peu qu'au contraire d'avoir représenté « au si elle s'en vante vif » les personnes. et les noms que l'on doit donner aux causes encore inconnues qui semblent les avoir comme dégagées successivement les unes des autres. de mœurs qui commence à poindre? je veux dire ce genre de romans dont l'intérêt n'est plus dans l'invraisemblance des aventures ou dans Yirréalité des personnes.. tels . Enfin. G il Blas. Qu'est-ce que cela. des Huns c'est un roman « historique ». pour ne pas empiéter sur un sujet auquel vous . ne tardons-nous pas à voir la Princesse de Clèves succéder au Grand Cyrus-.PROGRAMME ET graphique ». et « avec les commencemens de notre belle Monarchie » les commencements de celle des Espagnols. allez voir . sous ces grands noms qu'elle emprunte : à l'histoire. en son Faramond. DIVISION DU COURS.. et d'ailleurs. des Vandales. dans son Cyrus ou dans sa Clélie. Roman de mœurs générales et le Roman de mœurs intimes et le Roman de mœurs exotiques. en les embellissant de quelques ». raconté les histoires.. Manon Lescaut. . Il s'agit donc de savoir quel est le rapport de ces formes entre elles.

appauvrissement. les rapports esthétiques? La Peinture religieuse. ces Lois. une succession toute fortuite? Si les circonstances l'eussent voulu. pour avoir paru la première. et. la Peinture de genre aurait-elle gieuse-. qu'il y ait eu. si c'est le contraire. peut-on dire. et en s'appuyant de quels principes. les en . et port chronologique mot? C'est la a-t-il génération première question de résoudre. a-t-il là N'y qu'un pur hasard. y a-t-il des Lois qui gouvernent cette succession. en quoi dirons-nous que consiste la supériorité de la seconde? Ou encore. et après les rapports généalogiques ou esthés'il y rapports scientifiques? c/est-à dire. de l'une à l'autre forme. si je puis ainsi dire. acquisition. quels en sont. tiques de ces formes entre elles. ni succession fortuite. diminution pour l'art? Ce sera notre seconde question. est-elle de soi nécessairement supérieure à la Peinture de paysage. ou. quand nous connaîtrons le rapou généalogique de ces formes entre elles. Roman si de mœurs aurait-il pu précéder Yffpopée? Mais ce les n'est ni hasard. enrichisse- ment. a. et si chacune d'elles peut se vanter de qualités que l'autre n'a pas eues. ou au contraire décadence. par exemple? et pour quelles raisons? Ou. progrès. des con- ditions du dehors? ou au contraire y dans le vrai sens du que nous essayerons En second lieu. comment formes se sont-elles succédé? ou peut-être engendrées dans l'histoire? Le lien qui les unit est-il chronologique ou généalogique? je veux dire le fait de leur : succession est-il l'œuvre des circonstances. Enfin.8 L EVOLUTION DES GENRES. quel en est. quels en sont. dans l'autre cas. pu précéder la Peinture le reli- pareillement.

la principale partie de notre recherche. Mais. les résoudre. et sortir constamment. tel à peu près et qui doit que je vous l'indiquais tout à l'heure. en d'autres termes encore. qu'elles tombent au contraire dans la réalité. les moyens que nous prendrons.PROGRAMME ET d'où les peut-on tirer? DIVISION DU COURS. de la simple expression d'un jugement ou d'une opinion longtemps été. il faudra qu'elle a — . avant tout. comment la critique. — dont je pense que vous voyez assez l'anaproblème général de l'évolution. comment la critique est-elle devenue. pour que nous soyons assurés que les conclusions n'en demeurent pas suspendues dans le vide. fait passer la matière de l'homogène à l'hé- térogène. et 9 comment par quels moyens pouvons-nous les déterminer? Ou. sinon pour moins pour les traiter. Il logie avec le nous reste à dire. par hypothèse ou par choix. pour que cette recherche ne s'égare pas. que l'introduction natu- relle. aborder ce problème de Y Evolution des genres. dans la nature vivante. faire. mais véritablement une science analogue à l'histoire naturelle? Nous ne pouvons. je ne dis pas une dépendance. le si j'ose ainsi parler. si nous ne le savons. d'une recherche de ce genre est une Histoire sommaire ou une Esquisse de l'évolution de la critique en France. depuis ses origines jusqu'à nos jours. au Il me et semble. qu'elle est encore pour beaucoup de gens. contraire du semblable? Ce sera notre troisième question. même nécessaire. ou une province. trouvons-nous ici quelque chose d'analogue à cette « différenciation progressive » qui. cette question et les autres. En effet.

fait Revenons maintenant sur ces divisions. comme on sur une carte. pour y dessiner l'orographie. en m'engageant dès à présent à conclure de telle ou telle manière. perdre le bénéfice de ce que mon enseignement m'apprendra. je la laisse encore les vérifier. C'est ce quelques Exemples et volontiers flotter dans le vague. la configuration particulière du pays. le résultat de cette année d'étude. puisque. 3° et enfin. En enseignant. l'objet de cette histoire môme de la critique est d'en conduire et d'en amener l'évolution jusqu'au moment présent. je ne lui pourrai pas accorder autant de place que je le voudrais. qui occupe les remplir uniquement ni entièrement. — . le xvn e siècle et le xvm° siècle.classique. qu'elle devra contenir nos conclusions. qui doivent être. et je ne veux point. j'avoue je sais que moins bien quelles seront ces conclusions. Quant à la quatrième. Y histoire de la Critique moderne. Si sommaire qu'elle soit — et. on apprend toujours soi-même. où nous donnerons nos Conclusions. que nous ferons au moyen de Applications dont l'étude remplira la troisième partie du cours. qui commence en France avec l'histoire môme du mouvement de la Renaissance : 2° Y histoire de la Critique classique. malheureusement. en effet. pour la continuer. nous pourrons — — sans . pour moi comme pour vous. comme vous le verrez. l'hydrographie. Si je sais. une Histoire de la Critique en France. après en avoir tracé le contour. se divise en trois 1° Yhhtoire de la Criprincipales parties. — depuis ses origines jusqu'à nos jours.10 l'évolution des genres. comme nous l'avons dit. qui sont tique anté. Arrivés alors au bout du vestibule.

PROGRAMME ET

DIVISION DU COURS.

11

entrer dans les appartements, et traiter la question de
V Évolution des genres. Elle en

comprend,
:

si

je

ne

me

trompe, au moins cinq autres, que voici 1° De V Existence des genres c'est-à-dire, les genres

ne sont-ils peut-être que des mots, des catégories arbitraires, imaginées par la critique pour son propre soulagement, afin de se retrouver et de se reconnaître elle-même dans la foule des œuvres dont autrement
l'infinie

diversité l'accablerait de son poids; ou, au
existent-ils

contraire, les genres

vraiment dans

la

nature et dans l'histoire? sont-ils conditionnés par
elles? vivent-ils enfin d'une vie qui leur soit propre;
et

indépendante non seulement des besoins de

la cri-

tique, mais

du caprice

même

des écrivains ou des

artistes? Ce sera la première question.

De

la

Différenciation des genres. Supposé que

les genres existent, et,

même

comment on

le nierait,

— car
;

a priori, ]e ne vois guère

enfin une Ode, qu'à la

rigueur on peut confondre avec une Chanson, n'est

pas une Comédie de caractères, par exemple; Paysage n'est pas une Statue supposé donc

et

un

qu'ils
l'in-

existent,

comment

les

genres se dégagent-ils de

détermination primitive?

comment

s'opère en eux la

différenciation qui les divise d'abord, qui les carac-

Ce sera seconde question; et déjà vous voyez qu'elle est sensiblement analogue à celle de savoir comment, en histoire naturelle, d'un même fond d'être ou de subtérise ensuite, et enfin qui les individualise?
la

stance,

commun

et

homogène,

les individus se déta-

chent avec leurs formes particulières, et deviennent ainsi la souche successive des variétés, des races, des
espèces.

12

l'évolution des genres.

De

la

Fixation des genres. Mais, de

même

que dans

la nature, et
risent, les

pour peu que
et

les circonstances les favo-

espèces ne Sont pas incapables de quelque

permanence
servons que

de quelque

stabilité,

de

même

les

genres aussi se fixent, au moins pour un temps. Obc'est

même

ce qui a

pu

faire croire quel-

quefois qu'ils étaient séparés les uns des autres par

des frontières ou des barrières infranchissables. Troisième question, celle de la Fixation des genres, ou des conditions de stabilité qui leur assurent une existence, non plus seulement théorique, mais historique je veux dire, comprise entre une date et une autre une existence individuelle, une existence comdate, parable à la vôtre ou à la mienne, avec un commencement,' un milieu et une fin. 4° Des Modificateurs des genres. Toutefois, et par cela seul que nous la comparons à l'existence humaine, cette existence historique des genres n'est pas éternelle. De même encore que dans la nature, il arrive donc un moment dans l'évolution d'un genre, où la somme des caractères instables l'emporte sur

celle des caractères stables, et où,
dire, le

si

composé

qu'il était se dissout.

Ton peut ainsi Sous quelles

influences? ou, en d'autres termes, quels sont les
dificateurs des

Mo

-

genres! Quatrième question, la plus

complexe peut-être et la plus obscure de toutes, celle où nous devrons donc le plus longuement insister; mais aussi celle dont la solution, si nous la trouvons, nous donnera le plus de lumières sur la question qui nous occupe, et qui est enfin la dernière que nous traiterons dans cette seconde partie du cours. 5° De la Transformation des genres. Nous cherche-

PROGRAMME ET
rons
ici
s'il

DIVISION DU COURS.

13

y a des

lois

du phénomène ou, au conlois

traire, si,

comme on

serait d'abord plutôt tenté de le

croire, l'évolution
elle,
il

de chaque genre ayant ses

à

n'y a pas de loi générale de l'évolution des
cela,

genres.

nous devrons recourir aux exemples, desquels j'en ai choisi trois, que je tâcherai de développer avec l'ampleur qu'eux-mêmes, et le sujet qu'ils nous serviront à éclaircir, me semdans
la foule

Pour

blent mériter.

Le premier nous sera fourni par X Histoire de la genre illustre, s'il en fut, genre fameux, aujourd'hui mort et bien mort; né d'ailleurs dans des temps historiques; dont nous n'ignorons rien d'essentiel et, en raison de ce motif, exemple admirable, pour ne pas dire unique, de la façon dont un Genre naît, grandit, atteint sa perfection, décline, et enfin meurt! Nous étudierons, dans un second exemple, comment un Genre se transforme en un autre-, et, pour cela, j'essayerai de vous montrer comment, dans l'histoire de
tragédie française
:

;

notre littérature, sous l'action de quelles influences

du dedans ou du dehors, l'éloquence de la chaire, telle que l'a connue le xvir9 siècle, est devenue de nos jours
la poésie lyrique de

Lamartine, d'Hugo, de Vigny, de

Musset.
Enfin, pour dernier exemple, je prendrai V Histoire du roman français et, si je ne me trompe, vous verrez là, comment, quand le temps en est venu, un Genre se forme du débris de plusieurs autres comment, et de lui-même, il se conforme à ce que j'appellerai l'idée intérieure de sa définition et comment, après beau;
;

;

L

ÉVOLUTION DES GENRES.
de tâtonnements, en arrivant à la
il

coup d'essais

et

conscience de son objet,

arrive en

même temps

à

la plénitude et à la perfection de ses

moyens.

Repassons enfin pour Ja dernière fois sur ces ditransformons cette esquisse en un véritable programme. Si nous y regardons, en effet, de plus près, ce n'est plus deux ou trois périodes, vaguement distinguées l'une de l'autre par la chronologie, qu'il nous faut étudier dans une Histoire, même sommaire, de la Critique, c'en est au moins sept ou huit, caractérisées par des traits bien précis, et qui forment ainsi les chapivisions, et

tres nécessaires de notre Introduction.

Dans

la

première

période

que l'on peut

étendre de 1550 aux environs de 1605, et que limitent
les

noms

et l'œuvre

Malherbe de

l'autre,

— la critique, incertaine encore
,

de Du Bellay d'une part, et de

de son objet et de ses voies, mise en présence des chefs-d'œuvre de l'antiquité que l'on connaissait depuis

longtemps

,

sans doute

mais que

l'on

comprend

alors pour la première fois, s'efforce de reconnaître,

d'analyser, de définir, et de cataloguer les moyens,
les

raisons, et les

causes de l'impression que ces
la

œuvres produisent.
c

Ces raisons et ces causes une fois reconnues,

critique s'efforce de les transformer en règles de l'art.

Puisqu'en effet, à l'analyse, la comédie de ïérence, par exemple, ou l'épopée de Virgile se trouvent plaire pour et par de certains mérites, bien et dûment étiquetés, on tache de trouver des moyens, des recettes,

PROGRAMME ET
rites; et, ainsi,

DIVISION DU COURS.

15

ou des procédés pour reproduire à son tour ces mépour faire entrer dans les œuvres les beautés avec les règles. Cette seconde période s'est étendue, dans l'histoire de la critique française, de 1610 à 1660 environ, ou si vous voulez des titres et des noms, depuis la publication de la Préface de YAdone, par Chapelain, et des premières Lettres de Balzac, jusqu'à l'apparition des premières Satires de

Boileau.

Car Boileau

fait

un pas de plus
lui,

;

et ces règles

dont

le seul titre était,

avant

d'avoir été jadis observées

par les anciens, l'originalité propre du législateur du Parnasse est d'avoir essayé de les fonder à la fois en nature et en raison. Boileau s'efforce de montrer que, si les règles sont conformes à l'usage de Pindare ou d'Homère, elles le sont bien davantage encore à la vérité de la nature, telle que l'observation nous la révèle, et à l'autorité de la raison, telle que tous les hommes tombent d'accord pour la reconnaître. C'est une troisième période; et elle s'étend de 1660 à 1680 ou 1690, des débuts triomphants de Boileau jusqu'aux premières attaques dirigées contre ses doctrines par les partisans des Modernes. 4° En effet, avec la Querelle des Anciens et des Modernes, de 1680 à 1730 à peu près, et de Perrault jusqu'à Voltaire, c'est une quatrième période, intéressante entre toutes, et cependant assez mal connue. dont il faut malheureuseQuelques beaux esprits ment dire qu'ils paraissent en général avoir été plus irréguliers que hardis partent en guerre contre les anciens, c^est-à-dire contre la tradition; et, au nom d'une confuse idée du progrès, réclament pour l'écri-

16

l'évolution des genres.
le

vain

droit d'appartenir à son temps, ce qui est

d'ailleurs tout à fait légitime, et de n'appartenir qu'à
lui,

ce qui l'est
ils

beaucoup moins.

Ils

n'échouent qu'à

moitié, mais

ne réussissent aussi qu'à demi, pour diverse? raisons, que nous aurons à examiner, mais
pales sont

dont nous pouvons dire dès à présent que les princi1° leur incapacité personnelle d'égaler anciens ces qu'ils attaquent, de faire prévaloir leurs
:

celles de T héocrite, et le Saint-Paulin contre Y Odyssée; 2° l'embarras où Boileau les a mis

Églogues contre

par avance, en donnant aux règles de son Art poétique l'imitation de la nature

mesure;

3° et enfin, l'erreur qu'ils

pour fondement et pour commettent sur la

nature et l'étendue de l'idée de progrès.
5° C'est ce qui décide Voltaire, l'autorité littéraire

souveraine du xvni c

siècle,

à se ranger enfin

un peu

d'hésitation

toutefois

— après

du côté de BoiDiderot, par

leau. Si quelques indépendants,

comme

exemple, essayent de

résister,

sans trop savoir pour-

quoi, leurs protestations

faut attendre maintenant

demeurent de nul effet. 11 non seulement que Rous-

seau paraisse, mais qu'une génération nouvelle ait aperçu les conséquences de ses doctrines. Et. en attendant, c'est Voltaire que l'on suit; c'est de Voltaire que procèdent les Marmontel et les Laharpe; ce sont, en somme, les principes ou les idées de Boileau souvent rétrécis, quelquefois aussi élargis par Voltaire qui continuent de régner en critique, et de remplir la cinquième période, celle que nous étendrons par conséquent de 1730 à 1780 ou 1790. 0° Ici commence l'histoire de la critique moderne,

i. si la critique ne devient pas une science. siologie. fois. pour la première B. et qu'en tout cas. ni chez les anciens. et une con- naissance à peine plus précise d'un passé plus lointain. qui ne se retrouvent ni dans nos ques. transforme les méthodes de la critique. à contrôler le titre et la valeur de leurs règles.PROGRAMME ET et avec elle DIVISION DU COURS. J'en marquerai : les principales divisions. à nous. en disant A. déplace le point de vue. la psychologie. avec son éducation. plus précise. Taine enfin. elle cherche un supplément à ses moyens d'information dans les moyens. avec son tempérament. commencement du une connaissance encore bien vague des littératures étrangères. — public par la du nom de qui. la phyla considération du rapport des œuvres non plus seulement avec leur temps. dans on ne saurait séparer ceux de Guizot au changement opéré dans le goût connaissance des littératures étran- — gères et de l'histoire. les obligent. Qu'avec Yillemain cette conquête. et C. et de Cousin. elle aspire à le devenir. 17 une période nouvelle. Qu'avec le Mme de Staël et Chateaubriand. si je puis T. opéré par une connaissance plus étendue. dès siècle. mais avec leur auteur. aux institutions. en donnant à nos écrivains l'idée de beautés classi- nouvelles. D. Qu'avec M. élargit encore la base. 2 . à la forme et à la structure de la société dont elles sont l'expression. et on peut dire même une connaissance toute neuve des rapports qui unissent les œuvres littéraires au temps. Qu'avec Sainte-Beuve. s'ajoute un changement non moins profond.

ainsi dire. Comme si le triomphe de la doctrine. à la vérité même de faire son chemin dans monde. cependant sur la doctrine. en général. dans ou de l'hypothèse. si — sans transformer ce d'histoire naturelle. nous nous proposons de voir si l'on ne pourrait pas substituer. sur l'hypothèse de l'évoluJe m'attacherai surtout à mettre trois points en l'obligation d'insister lieu. une critique . — tion.18 l'évolution des genres. De là pour nous l'obligation cours de littérature en un cours de ou. Vous vous souvenez que c'est là précisément que nous reprenons la question à notre compte et d'une manière à la fois un peu étroite et un peu prénous pourrions dire qu'à la critique somptueuse fondée sur les analogies qu'elle présente avec l'histoire naturelle de Geoffroy Saint-Jlilaire et de Cuvier. — — à son tour qui se fonderait sur l'histoire naturelle de Darwin et de Hreckel. vous l'aimez mieux. là. me semblent avoir fait assez bon marché. Elle est nulle dans sa diffusion et je la distinguerai aussi soigneusement que 2° Je tâcherai de la constitution de la doctrine . la part propre de Darwin. dont les naturalistes. pour une large part. dans les méthodes. n'avait pas dépendu de les origines l'état — l'a fait les des idées ambiantes! et qu'en général il fût posle sible. ou ajouter pour la compléter. et dans les procédés de l'histoire naturelle. . sans y de l'opinion ! être aidée par une certaine complicité vous dire alors quelle a été. i° En premier de marquer avec origines de la plus de précision qu'on ne doctrine philosophiques notamment. j'essayerai lumière.

mais étant très clair. ou des amateurs. celle de Y Existence pour décider si les genres existent ou non. que nous n'allons pas au théâtre dans la même intention qu'au sermon. et surtout comme le Haeekel. dont on pourrait dire que chacune a choisi et choisit tous les jours. étant obscur peut-être si nous ne demandons pas à l'histoire ou au roman des plaisirs analogues. a pas moins de trente ans de YOrigine des Espèces a paru. première question. et. et : . qui la musique. comme expression de son besoin ou de son idéal d'art. ou de ses successeurs. 19 je le pourrai de celle de comme Lamarck. les lois de la statuaire en marbre ne peuvent pas être celles de la sculpture en bronze. par exemple. qui peuvent aller jusqu'à l'exclusion. qui la peinture. la 1° Sur des genres. pour préférer Horace à Virgile et chez nous. nous montrerons qu'ils doivent exister. comme répondant 1° à la diversité des moyens de chaque art et que. Il se trouvera toujours des juges. comme Herbert Spencer. ses prédécesseurs.PROGRAMME ET DIVISION DU COURS. en revanche. ne faudra-t-il pas que nous examinions ce que la doctrine est devenue dans ce long intervalle de temps? les objections qu'on lui a opposées? les réponses qu'on y a faites ? l'extension qu'on lui a donnée? et le point précis enfin où elle en est à* l'heure même où nous parlons? Nous retrouverons alors l'objet essentiel de notre 3° Enfin. dans la poésie même. qui la poésie. . dont chacune a ses préférences. 2° comme répondant à la diversité de Vobjet de chaque art. 3° comme répondant enfin à la diversité des familles d'esprits. et puisqu'il n'y aujourd'hui que livre recherche. .

— puisque. Et toutefois. comme vous savez. et la division ellemême de la question. comme vous le voyez. c'est à la doctrine de l'évolution que nous emprunterons nos arguments. grâce au principe qu'on appelle de la divergence des caractères. A quels signes certains re- connait-on la jeunesse ?et à quels signes l'épuisement. que la question du clas- sicisme. les difficultés et l'étendue. — à quels signes reconnaît-on surtout perfection ou la maturité du genre? et que faut-il penser du mot de La Bruyère. et dans la littérature comme comme dans la peinture ou comme dans la sculpture. je vous en indique au moins trois qui sont contenues. point de bonté ou de maturité dans la nature de même moins. et indivisible peut-êlre? Ce n'est rien de ailleurs. par transition de l'un au multiple. et sur lequel il est inutile d'insister aujourd'hui. Sans doute. c'est point vif de la controverse. de •L'homogène à l'hétérogène. la décrépitude. : 3° J'en dis autant de ce qui regarde la Fixation ou la Stabilité des genres.20 i/ÉVOLUTION DES GENRES. il n'y aurait dans l'art qu'un point de perfec- tion. unique. vous en savez. sans le fondement des faits qui l'autorisent. . « comme il n'y a qu'un ». puisque la formule. progressivement. nous en apparaîtrait comme purement abstraite. dans cette seule question. que. et la mort prochaine d'un genre? Mais le le la. 2° Sur la deuxième question Comment les genres se différencient. dès à présent. du simple au complexe. pour préférer aux Méditations de Lamartine ou aux Odes d'Hugo les Chansons de Béranger. la différenciation des genres s'opère dans l'histoire comme celle des espèces dans la nature. ou vous en verrez la complexité.

soit au contraire pour en diminuer la stabilité. 3> les cratique encore. toujours naturel.PROGRAMME ET -4° DIVISION DU COURS. comme vous n'en doutez pas. J'entends par là les forces mal connues qui agissent sur les genres. celles qui sont imposées par la structure de la société. il faudra commencer par distinguer les uns des autres les Modificateurs des genres. Par exemple. et artificiel par conséquent chez nous. 1° les conditions géographiques nous voulons dire ou climcitologiques. 2° les conditions sociales. ce sont celles qui agissent du dedans ou du dehors sur la structure de la société. qui fait qu'un genre. et : . A. selon qu'elle est plus ou moins avancée en civilisation. c'est Y Hérédité ou la Race. conforme à tel ou tel autre type. soit pour en renforcer d'ailleurs. voilà la différence des conditions historiques ? et des conditions sociales. il n était pas nécessaire que Louis XIV fît la guerre pendant un demi-siècle. 21 La quatrième question si est peut-être plus vaste nous ne voulons pas nous y perdre. ont réagi sur la structure de la société de son temps. sera toujours plus ou moins littéraire. comme l'épopée. et si les guerres de son règne. mais que l'on peut concevoir comme en étant indépendantes. dont il faudra que nous tâchions de déterminer la nature et l'influence. En premier lieu. théoaristocratique. toujours prêt à renaître peut-être dans l'Inde. . Pourquoi les Sémites ou les Chinois n'ont-ils pas d'épopée? pourquoi les Germains n'ont-ils pas d'art dramatique? Si la/lace n'y sufût pas. conditions historiques. l'influence des Milieux nous l'expliquera peut-être. par exemple. ou démocratique. et par Milieux. B.

qu'il introduit ainsi dans l'histoire de la littérature et de Fart quelque chose qui n'y existait pas avant lui. c'est-àou des défauts. qui continuera d'y exister après lui. nous examinerons enfin.22 C. sous le titre de Transformation desgenres. 5° Poussant plus loin le parallélisme. dès à présent. ou généralement de sélection naturelle. selon Y Origine . l'évolution des genres. dire l'ensemble des qualités Y Individualité. une force sur l'importance c'est et le pou- voir de laquelle j'essayerai de vous montrer qu'on ne saurait trop appuyer. si l'apparition de certaines espèces. qui font qu'un individu est unique en son genre. s'il se rencontre. Enfin. de persistance du plus apte. puisqu'à vrai dire. quelque chose d'analogue à ce qu'on appelle. Je crois que je vous en citerai de mémorables exemples. dans l'histoire de la littérature et de l'art. s'il est vrai que la lutte ne soit jamais plus âpre qu'entre espèces voisines. qui n'y existerait pas sans lui. des noms de concurrence vitale. Sans tomber dans les exagérations de Garlyle 5 vous verrez qu'il a suffi quelquefois d'un seul homme pour dévier le cours des choses et vous verrez aussi qu'il n'y a rien de plus conforme à la doctrine de l'évolution que d'insister sur cette cause modificatrice des genres. ou encore. a pour effet de causer la disparition de certaines autres espèces. Et. les exemples ne s'offrent-ils pas en foule pour nous rappeler qu'il n'en est pas autrement dans l'histoire de la littérature et de l'art? Mais c'est une question que nous ne saurions décider avant d'avoir pour la vie . en histoire naturelle. ce serait l'idiosyncrasie qui serait le com- mencement de toutes les variétés. des Espèces. en un point donné de l'espace et du temps.

. atteint sa perfection. et enfin meurt. Quinault survenant. entre 1640 — et 1645. grâce au concours de quelles circonstances non pas du tout en 1628. : — 3° C'est alors que. mais douze ou quinze ans plus tard. la tragédie semble y tendre. entre 1645 et 1675. quelque estime que nous fassions de Phèdre. donné par la manière même dont nous avons posé la question Comment un Genre naît. Pour ce qui est de Y Histoire de la tragédie française. par le lyrisme. par l'auteur de Rodogune et par celui d'Andromaque elle atteint. plus ornée. mélodrame. diversement comprise et traitée par deux hommes de génie. 4° Mais déjà. tragédie pastorale. tesse de : décline. pour ainsi parler. Didon de Jodelle jusqu'au théâtre de Robert Garnier ou d'Antoine de Monc tiré tien. comme osciller entre les diverses directions qu'elle eût pu prendre. la pureté de son type du mélange et de la confusion de ses contrefaçons comédie héroïque. nous la verrons alors. 2° Sous l'influence de la littérature espagnole et du bel esprit italien. en quelque sorte. vers une forme d'elle-même plus pompeuse. avec . grandit. plus décorative. c'est-à-dire depuis les origines. tragi-comédie. elle dégage. comme on le dit. 23 nos exemples la vraisemblance ou la jusnos théories. dans une seconde période. et nous tâcherons de dire pourquoi. etc.PROGRAMME ET vérifié sur DIVISION DU COURS. ce qu'on peut appeler son point de perfection ou de maturité. le plan nous en est. 1° Nous étudierons donc d'abord depuis la Cléopâtre et la la tragédie fran- çaise dans sa période de formation. et.

on dirait qu'il ne la comprend plus. Ce que Voltaire n'a pas pu faire.ZA L EVOLUTION DES GENRES. C'est. c'est ce qu'elle a de plus contraire à sa vraie perfection. comme je que — — d'hui que vous ayez bien vu l'enchaînement logique sous la loi de l'évolution. L'histoire en mais intéressante. 5° est longue En vain et Voltaire. distincts. vous le voyez. et. mais dont il me suffit pour aujour- Ce sont. Ducis. surtout fredonné. Marmontel. pour être et triste. nous étudierons l'éloquence de la chaire au xvii c siècle. c'est-à-dire à l'époque de sa perfection. Laharpe. mais avec moins de succès ou de bonheur encore. essaye de rendre à la tragédie racinienne un peu de souffle de vie. ses « doucereux Rolands ». l'histoire de la transformation de l'éloquence de la chaire en poésie lyrique. qu'il nous faudra regarder de la tragédie périt pour avoir en quelque manière laissé rentrer dans sa définition tout ce que l'on en avait exclu pour la conduire elle-même à sa — perfection. : Passons au second exemple Comment un Genre se transforme en un autre. ce qu'il en admire. et très près — phénomène bien digne d'attention. ses Atys et ses Rolands. avons-nous dit. cinq chapitres bien ne vous promets pas d'ailleurs de je pouvoir faire tenir chacun en une seule leçon pourrais même dès à présent vous dire qu'ils n'y tiendront point. . d'autres s'y essayent à leur tour. en tout cas. avec sa fécondité d'invention. 1° Pour nous convaincre de la réalité de la transformation. ses opéras. son vers fait pour être chanté. du vivant même de Racine la déca- dence commence.

c'est ce qui : en rend l'expression proprement élo- quente 2° c'est le rythme et c'est l'image. même d un coup qu'une parole enflammée se fait entendre c'est celle de l'auteur du Discours sur V origine de V Inégalité parmi les hommes-. Nous trompons-nous peut-être? Je ne le crois pas mais. sa forme. ni l'auteur ne sont des hommes éloquents. Ni Fontenelle. à Massillon. trouverons d'ailleurs cet avantage inattendu que. et la dialectique par la rhétorique. autant d'écrits qui peuvent d'ailleurs avoir d'autres qualités. Nous y . secondement dans et sa forme. l'inspiration bi- blique remplacée par la dialectique. Désormais. mais dont la première est d'être les modèles d'une éloquence nouvelle. et que nous en disions de V Esprit des les raisons. il se fait un grand silence. Sa matière. la matière humaniser-. et pendant près d'un demi-siècle. mais il faudra que nous en cherchions ensemble. lois ni Voltaire. du Contrat social-. j'entends par là les idées ou les sentiments qu'elle remue d'ordinaire. pour nous en assurer. c'est ce que nous demanderons à Bossuet. nous verrons la forme diminuer de s splendeur. Massillon descend de sa chaire. de la Nouvelle Hèloïse. de Y Emile. on va pouvoir traiter les grands intérêts de l'humanité avec des . et vous le savez de reste. veriez pas. vous ne l'y trou- 3° Puis. si vous cherchiez une page éloquente dans l'histoire de la prose française. à Bourdaloue. et 25 premièrement dans sa matière. et 4° Mais voici tout : % ce Discours est suivi de la Lettre sur les Spectacles. comme on le faisait cent ans auparavant. de 1704 à 1749. de l'un à l'autre.PROGRAMME ET DIVISION DU COURS.

Gela fera. et mots dignes de leur importance. et si nous trouvons cette matière et cette forme identiques à celles de l'éloquence de la chaire. et sachant ce que c'est. et il confère à l'écrivain le droit de mettre sa personnalité dans son œuvre. que réfracter en eux l'univers? et. que font-ils. on avait subordonnées dans la littérature il rend à la sensibilité l'influence dont on l'avait destituée. me semble-t-il. pour l'avoir appris en étudiant Y Histoire de la ira: . 5° Or c'est là tout le romantisme. six ou sept autres leçons ou chapitres. Nous suivrons une autre méthode encore pour tracer Y Histoire du roman français. celui des Destinées. comme l'auteur des Confessions. il y a quelque chose en eux de plus grand. le même homme réintègre dans leurs droits deux puissances que. en donnant la bride à leur sensibilité. celui des Feuilles d'Automne. non pas métaphoriquement. un genre se transformer en un autre. de plus universel. digne de la noblesse de la cause. la démonstration sera complète. il reste à démontrer que c'est ce qui faisait la matière et la forme de l'éloquence de la chaire. Vigny. de plus permanent qu'eux-mêmes. secondement dans sa matière. que se confesser eux-mêmes. et pour en devenir certains. avec une chaleur En même temps. si j'ai bien compté. jusqu'alors. 0° Nous achèverons de nous en rendre compte en étudiant le lyrisme. l'auteur des Méditations. premièrement dans sa forme.26 l'évolution des genres. Hugo. que font-ils. et ce quelque chose. nous n'aurons qu'à l'étudier lui-même dans ses plus illustres représentants. et nous aurons vu vraiment. comme ce sont de grands poètes. Lamartine. Seulement. en effet.

PROGRAMME ET
gédie,

DIVISION DU COURS.

27

nous essayerons d'abord de déterminer l'objet propre du genre et le point de sa perfection dans
l'histoire

de notre littérature.
qu'il a pris conscience de l'un

Nous trouverons

avec Lesage et Marivaux, dans les premières années du xviii 6 siècle, et qu'il n'a vraiment touché l'autre

que de notre temps, avec George Sand et Balzac. Vous voyez la conséquence de l'un à l'autre de ces deux extrêmes, nous n'aurons plus, en effet, qu'à insérer les moments de son évolution.
:

Avec Lesage et Marivaux, nous le verrons s'enripour ainsi parler, des pertes successives de la comédie, comédie de caractère, comédie de mœurs, comédie d'intrigue. 3° Avec Prévost et Rousseau, nous le verrons absor2°
chir,

ber

la

matière de la tragédie, et précéder ainsi de

soixante ou de quatre-vingts ans ce

drame bourgeois
Beaumarchais,

qu'à la

même

époque

les Diderot, les

les Mercier,

Sedaine

même
et

essayent vainement d'en

faire sortir.

Encore un pas,

avec l'auteur de Corinne, avec
d'abord cette moralité ou, pour
la vie

l'auteur d'Indiana, de Valentine, de Jacques, nous le

verrons s'incorporer

:

mieux

dire, cette

science de

qui avait été

jusque-là

le privilège

des moralistes à la Rivarol, à

la Chamfort, à la Duclos; ensuite, le droit de traiter

ces questions, sociales ou religieuses, que d'autres

moralistes s'étaient, eux aussi, réservées jusque-là;

en troisième lieu ce droit de peindre qui semblait uniquement appartenir à la poésie. 5° Et enfin, de nos jours même, avec Balzac et Flaubert, égalant ses ambitions à la diversité de la

^8
«

L

ÉVOLUTION DES GËNiŒS.
»,

Comédie humaine

nous

le

verrons accommoder

la

souplesse infinie de sa forme à tous les états de
pensée, à toutes les conditions de la vie, à toutes

la

les nécessités
le

de toutes
le

les

propagandes,

le

plus large,

plus divers,

plus souple, le plus ondoyant, et

avec ccLi, cependant,
facile à reconnaître,

de tous les genres, le plus à déterminer et à définir.

Tel est, messieurs,

le

programme du cours que nous

essayerons de traiter cetle année. Je le crois assez neuf, et vous en jugerez, à mesure que nous avancerons. Mais, le grand avantage que j'y trouve et qui a

déterminé mon choix quand j'hésitais encore entre deux ou trois autres sujets parmi lesquels il en est un que je regrette vivement de ne pouvoir traiter cette année, sur Ylnfluence des littératures étrangères dans F histoire de la littérature française, c'est qu'il

avez, en effet,

dogmatique et historique. Vous remarqué que nous y trouverions, chemin faisant, l'occasion de tracer une histoire sommaire de la critique en France, et que cette histoire n'existe pas, ce qui peut sembler assez hizarre, quand on considère la place que la critique a tenue dans
est à la fois critique,
l'histoire de la littérature française.

Mais en outre,
l'histoire

et

comme

application ou

comme

vérification de notre

méthode, nous esquisserons également
la tragédie classique, celle

de

de l'éloquence de la chaire

et

de

la

poésie lyrique contemporaine, enfin celle du
français; et j'ajoute, qu'en les esquissant du

roman

point de vue de l'évolution, nous ne pourrons pas

manquer

d'y faire quelques petites découvertes.

PROGRAMME ET DIVISION DU COURS.
et je répète,

29

Quant aux conclusions générales du cours, j'ai dit qu'ayant toute une année devant moi pour y songer avec vous, je les laisse encore quelque temps et volontiers flotter clans le vague. Cependant, et sans rien vouloir engager, je ne saurais m'empêcher de dire que nous jouerions de malheur, si, de tout cela, nous ne tirions rien d'utile pour la solution
ou
la position

de quelques questions très générales dont je veux en terminant vous indiquer deux ou trois. 1° Quel est l'objet de l'art, en général, et particulièrement de l'art d'écrire? a-t-il en soi son commencement? y a-t-il surtout sa fin ou son but? puisqu'il se sert de ?nots, et que ces mots sont des sons, et qu'ils
et très importantes,

traduisent ou plutôt qu'ils évoquent des images, les
théoriciens de V art
être raison? Mais,

pour Vart n'auraient-ils pas peutsi ces mots expriment en môme

temps des

idées
fait fait

comme on
le

langage
l'art

ou des sentiments, peut-on les traiter des couleurs ou des formes! Et si assurément l'un des liens les plus

étroits et les plus forts des sociétés

humaines, peut-on

séparer
tions

d'avec la vie sociale?

A

toutes ces ques-

nous trouverons sans doute de quoi répondre, ou, je le répète, c'est que nous serons bien malheureux.
2° Nous prendrons en même temps des leçons de méthode; car, la critique est-elle une science! le problème est litigieux; et, pour ma part, je ne crois pas qu'elle en puisse prendre le nom, ni même, pour des raisons que je vous dirai, qu'elle ait aucun avantage à le prendre. Mais, en tout cas, nous nous convaincrons, je l'espère, que pour n'être pas une science, la

30

l'évolution des genres.

moins ses méthodes; et que, conjugements qu'elle porte sur les œuvres dérivent de quelque source plus haute que son caprice et que sa fantaisie. Les poètes et les romancritique n'en a pas

séquemment,

les

ciers n'en veulent pas convenir, parce qu'en effet,
lorsqu'il leur arrive, à eux, l'auteur de

Cromwell ou

de Volupté, de faire de la critique, ils y portent cette conception d'art en vertu de laquelle ils sont romanciers et poètes. Je serai trompé,
si

nous ne réussis-

sons pas à établir contre eux qu'il y a critique et critique; et que, si la leur a toujours été, sera toujours personnelle, ce n'est pas une raison pour que
la nôtre le soit, nous, qui ne
faire des vers

nous piquons point de ou des romans, mais uniquement de

l'esthétique ou de l'histoire, et d'établir, sur quelque
solide fondement,
les

un ordre ou une hiérarchie parmi
et des

productions des poètes

romanciers.
là.

Car
s'en

il

faudra bien que nous en venions
et,

On

se

moque
peu

des classifîcateurs;

aujourd'hui surtout,

comme
poste.

faut que l'on ne considère leur besogne à peu près aussi stérile que de tourner des

ronds de serviettes ou de collectionner des timbres-

On

se
et

moque
;

aussi de ceux qui «

comparent

»

Corneille

Racine, Lamartine et Hugo, Balzac et

George Sand et, quoiqu'un peu vieille, il semble bien que la plaisanterie réussisse toujours. Ce qui est toutefois curieux, c'est que ceux qui s'en moquent soient
les
les

mêmes aussi qui célèbrent le plus éloquemment découvertes et les conquêtes contemporaines de l'anatomie comparée, de la physiologie comparée, de
la

la philologie comparée, quoi encore? S'ils prenaient

donc

peine de réfléchir davantage,

ils

s'aperce-

PROGRAMME ET
vraient sans doute que,

DIVISION DU COURS.
s'il

31

est intéressant de

com-

kanguroo, les mêmes raisons, absolument les mêmes, tirées du besoin de connaître, et pour mieux connaître, de comparer, rendent également intéressante, ou plutôt nécessaire, la comparaison du drame de Shakespeare avec la tragédie de Racine, ou du lyrisme de Byron avec celui de Victor Hugo.
parer l'ornithorynque et
le

Ou, plus généralement, ce qu'ils verraient alors peutêtre, c'est

que

est de classer,

la lin finale de toute science au monde dans un ordre de plus en plus semblable

à l'ordre

même

de la nature, les objets qui font la
où, de Linné jusqu'à Guvier,

matière de ses recherches. L'histoire naturelle en est

un admirable exemple,

de Cuvier jusqu'à Darwin, et de Darwin jusqu'à Haeckel, on peut dire avec assurance que chaque progrès de la science est un progrès ou un changement dans la classification.

systématique
et

;

De confuse et de vague en devenant de systématique en devenant naturelle
;

de naturelle en devenant généalogique, la classifica-

tion, toute seule,

les sciences de la

que jour

ainsi,

par son progrès même, a bouleversé nature et de la vie. 11 en sera quelil en est ainsi, dès à présent, de la

critique; et, sans
c'était la seule

y

insister aujourd'hui, je dis que,

si

conclusion à laquelle nous dussions

aboutir, elle est assez importante;

et vous estimerez avec moi que nous n'aurions perdu ni notre

peine ni notre année.
9

novembre

1889.

I.INTRODUCTION L'ÉVOLUTION DE LA CRITIQUE EN FRANCE DEPUIS LA RENAISSANCE JUSQU'A NOS JOURS T. .

.

Les opuscules de Ronsard sur la poétique. — : la critique phi- La Défense Du caractère de la critique Substitution des modèles latins aux modèles de Scaliger. C'est un lieu commun assez répandu — paire qu'il est effectivement flatteur qu'elle chagrine et pour l'amour-propre de ceux qu'elle gène que la critique. comme je le on a raicrains.PREMIÈRE LEÇON DE DU BELLAY JUSQU'A MALHERBE loDO-1010. Tendance générale de la critique au xvi e siècle. Mais. — — — — — et — — Messieurs. VArt poétique de Vauquelin de la Fresnaye. est si veut dire par le là. grecs. Importance de çaise. assurément. si faire naître le génie. on voulait . talent. — Origines le la critique dans l'histoire de la littérature fran- de la critique moderne lologique et réveil de l'individualisme. en — général. Les origines du classicisme. et. ne saurait exercer d'influence appréciable l'on sur la direction ou sur la destinée des littératures. qu'incapable critique l'est qu'elle de susciter peut-être. — Illustration de la langue française de Joachim Du Bellay. Défauts et qualités du livre. la davantage encore de son. La Poétique de Scaliger.

c'est Sainte-Beuve du Globe. puisqu'elle en a plusieurs fois changé. on ne citerait pas une révolution de la littérature ou du goût qui n'ait eu chez nous pour origine et pour guide une évolution de la critique. dire qu'aucune littérature moderne eût pu se déve- lopper. ne dis pas une tradition. tout entière de indépendamment de critique. depuis ses effet. et de plus irrécusable que celle que nous de la critique en France.36 l'évolution des genres. ou se soit en effet développée. Lessing. pour préparer le triomphe de leurs doctrines. trois offre l'histoire origines jusqu'à nos jours. de plus péremptoire. je n'en connais pas de meilleure. issue. en dehors et la tutelle. et en les propageant. notre littérature est-elle la seule entre toutes la critique ait vraiment. ou même vraiment l'âme de la littérature française. ce n'est même pas Hernani\ c'est le Tableau . n'aient dû Voilà bientôt. et. pas jusqu'aux poètes Boileau. Aussi. Hugo a écrit la Préface de Cromwell. après la preuve qu'en fournirait au besoin la littérature allemande du xix e siècle. mais ce n'est pas elle qui a gagné la bataille romantique. qui a seule eu le pouvoir de les — — rendre durables. pour ainsi parler. ou de l'action de la on aurait tort. — je . en cents ans — un peu plus — que la critique est — — consentir à se faire critiques. Il n'y a Ronsard lui-même. Voltaire. c'est la critique en leur prêtant pour ainsi dire l'autorité de son désintéressement. Malherbe. nous venons les littératures modernes où depuis son origine. Hugo qui. Chateaubriand. Et leurs doctrines enfin. Depuis Ronsard jusqu'à nos jours. de la Poésie française au xvi e et c'est la critique siècle. ou leurs réformes.

avec Laharpe par-dessus le marché. — — Ce n'est pas cependant en France. si vous le YEssay on Criticism à Y Art poétique de Boileau. et peut-être penserez-vous que la remarque n'en était pas inutile. 37 — mais une histoire ininter- rompue. un corps entier. et vous feriez un vrai marché de dupe. Yous ne trouverez non plus. sous l'influence de diverses causes. préférer . il y a eu des critiques en Angleterre. dans aucune autre littérature. peu importe.DE DU BELLAY JUSQU'A MALHERBE. de Gottsched. mais un corps complet. voulez. mais des règles. qu'il serait sans doute un peu long d'étudier en détail. de Johnson. et. en quoi d'ailleurs vous auriez tort. mais une esthétique des genres. les noms de Pope. Car. si Pope et Lessing ne sont pas des isolés dans leur littérature ou clans leur langue. ou tantôt au contraire de le pousser non pas peut-être à les violer. et ce n'est pas là le point. mais une théorie générale du style. au xv e siècle. mais à les promouvoir. Yous pouvez donc. de Lessing ou de Herder sont devenus des noms européens. vingt écrivains pour un par génération qui se soient transmis à eux-mêmes la mission. pour le Laoocoon ou la Dramaturgie de Hambourg. tantôt de maintenir le poète dans la rigoureuse observation des règles. et dont je ne . mais des lois. il y en a eu en Allemagne. c'est en Italie que la critique moderne a pris naissance. ils sont au moins des exceptions et nulle part ailleurs qu'en France vous ne trouverez un corps de doctrines littéraires universellement admis ou contesté. d'en faire l'observation. Vous pouvez dire qu'au besoin vous donneriez tout Marmontel. de même que celui de Boileau ou de Laharpe. Mais.

pour vous en dire quelques mots. de la critique dont les procédés ou les méthodes ont bien pu se perfectionner depuis lors. base indispensable. ceux de la Renaissance. des Corrège. de notre temps comme alors. Gaulois ou Allemands. non pas les la moins agissante. mais dont l'objet littéraire. mais non pas les Italiens. pouvaient être capables de ces confusions. les contemporains des Vinci. je puis ainsi dire. et est demeuré elle et le même. Welches ou Teutons. il fallait déterminer à quels signes on les reconnaîtrait pour modèles. . et X Enlèvement de Proserpine ne saurait être mis au rang de Y Enéide. que si les deux principales. L'une. il fallait enfin. qu'un amuseur. Elle n'est pas tout à fait la cri- tique littéraire. C'est la critique philologique. mais il encourt celui de n'être qu'un amateur. Les barbares du Nord. du même titre. Quelque estime que l'on fasse des littératures anciennes. si l'on voulait soi-même les reproduire. par en définir la strucn'y est pas de la aloi : même ture. il peut bien éviter le reproche de pédanlisme. la plus extérieure. encore aujourd'hui.38 l'évolution des genres. A peine ai-je besoin d'insister. du YAlexandra de Lycophron ne vaut pas sans doute YOdyssée d'Homère. commencer par en étudier. c'a été la nécessité mais pour hommes de la Renaissance de se reconnaître et de les richesses confuses de l'antiquité s'orienter parmi retrouvée. tout même valeur. base nécessaire. qu'un dilettante. sans . et surtout avant de choisir les modèles qu'on imiterait. retiendrai. il fallait donc en dresser l'inventaire. par en analyser. des Titien. Avant tout. mais il n'y a pas de critique littéraire quiconque l'oublie.

sug- sur la Civilisation en Italie au temps de la Re. — dans son livre si si mai fait. poème ou tableau. si plus mai traduit encore. l'artiste a la prétention de mettre quelque chose de lui-même son monogramme ou sa marque. Je veux dire par là. 39 Une J. qui ensemble sont les premiers des modernes. ne se trahit pas dans son œuvre. à la Chanson de Roland comme la chanson d'AUscanSy si ce n'est un mystère à un autre mystère. avant d'être à une partie de sa caste ou de sa cor- poration. lui-même. Aussi. plus intime. et un trouvère à un autre trouvère Thibault de Champagne à Quesne de Béthune ou au châtelain de Coucy. et. les nationalités prennent conscience d'elles-mêmes. s'émancipe. l'était était l'homme du moyen âge. qui se ressemblent tous. autre cause. encore moins de ses actions ou de sa pensée. Nous avons nos Mystères. mais gestif. précisément avec la Renaissance. est celle que signale Burckhardt. son empreinte. et sité de la langue — n'était la diver— on pourrait bien mettre la critique et l'individu au défi de leur assigner à chacun son pays d'origine. à défaut de son indi- vidualité. Désormais. n'était pas toujours maître de sa personne. Mais. dans son œuvre. très différent en ce point de ces pieux « tailleurs d'images » dont le . que rien ne ressemble à une épopée comme une autre épopée. du moyen âge. d'ailleurs savant. naissance — et c'est ce qu'il a lui-même appelé « le réveil de la personnalité ».DE DU BELLAY JUSQU'A MALHERBE. est-elle impersonnelle. sa signature. considérée dans son et Dante ou Pétrarque mis à part. les Allemands ont les leurs. les Italiens aussi. universelle et anonyme. . la littérature — — : Même la nationalité de l'auteur. En effet.

J'en voudrais une plus honorable. l'intérêt ou la curiosité que soulève son œuvre. un moyen de salut. il en résulte qu'il se rend ainsi justidans son œuvre et dans sa personne. partant ses critiques. et qu'en les surpassant. L'ambition de la gloire perpetuandi nominis desiderlum. tres. mais ce sont au contraire ses qualités qui sombrent en quelque sorte parmi ses défauts. l'irrite. Désir de gloire et Réveil ou Développement de la personnalité. de gloire. « primitifs » qui se faisaient de leurs ta- comme nous le disions l'autre jour. c'est vers lui que l'artiste moderne en prétend dériver le profit. Tous ceux qu'il suril passe. nature. trouve des choses qui font frémir . on n'en saurait douter. lo — le gran de Dante — sont entrés disio delV eccellenza. elles changé de ont changé aussi de juridiction. c'est l'expression de Boccace. ciseau subtil a ouvré les pierres de nos cathédrales. poète. ses envieux. qu'à l'origine de tous les pouvoirs on ». et le : — a si bien « dit. de tous qu'il invite. le rapport qui lie ces trois termes entre eux Esprit critique. Que ce soit bien là l'une des origines de. leurs espérances de réputation ou de notoet deviennent ses rivaux. la critique moderne. frustre inévitable- ment de riété. ceux à lui quitter leur part pour en accroître d'autant la sienne. Le Moi ses intentions ont Comme en essayant d'empiéter sur celui des auprovoque aux représailles. quand on a bien saisi. Seulement. On ne pardonne plus maintenant ses défauts à ses qualités.40 l'évolution des genres. ou de ces bleaux. si je ne me rappelais ce qu'on de l'artiste. c'est l'expression pour n'en plus sortir dans cœur du peintre ou du ciable. dans le livre de Burckhardt.

comme je vous l'ai dit. Ce sont la Défense ou Illustration de la langue française. . nous ne nous proposons que d'en retracer les lignes les plus générales. mais enfin. mais proprement raire. tous les progrès que la poésie avait encore à faire sont exprimés dans ce : . Et ils n'allaient pas sans doute renoncer à l'étalage d'une érudition dont ils se faisaient gloire. pour vous en parler. C'est ce qu'il faudrait montrer si nous faisions ici l'histoire de la critique. qui parut en 1550. on n'a pas trop vanté la Défense et Illustration de la langue française. et c'est pourquoi. entre beaucoup d'autres. sur la foi de Sainte-Beuve. je ne veux mettre à part. pour devenir. « Toutes les tendances de l'esprit français. et tout en se permettant d'étranges violences entre eux ou contre leurs victimes. la Poétique de Scaliger. non pas tout de suite à la fois esthétique ou philosophique. qui ne vit le jour qu'en 1605.DE DU BELLAY JUSQU'A MALHERBE. que trois œuvres. nos critiques allaient cependant donner dans leurs œuvres la première place aux questions de principes ou de doctrine. de Joachim Du Bellay. la critique allait 41 d'Italie promptement dépouiller son caractère d'érudition pédantesque et d'àpreté satirique. litté- Sans se rendre encore assez indifférents aux questions de personnes. Mais. dont la première édition est datée de 1561 et enfin Y Art poétique de Vauquelin de la Fresnaye. et de quelques autres. de cette première période. Hâtons-nous donc d'ajouter qu'en passant en France. mais dont nous savons qu'il était achevé d'écrire dès 1590. ils allaient s'efforcer de donner à cette érudition même quelque chose de l'air de la cour ou du monde. Je ne sais pas si.

de xMacrobe ou d'Aulu-Gelle au besoin. Bellay. disproportionnés à l'intérêt de ces choses. c'est tions. En réponse à cet enthousiasme. et les choses traitées elles-mêmes sans égard à la multiplicité des rapports qu'elles soutiennent avec d'autres choses. dont le plan ne se discerne qu'autant qu'on a commencé par l'y introduire soimême. xvii c siècle. et sans y Ce sont les méconnaître d'ailleurs une certaine élévation d'idées. dont l'observation ne soit vraie. ni celui de Rabelais. que le livre. le sont par celle de Platon ou livre lieu d'être un de Cicéron. un livre confus. au moyen âge. ce n'est pas du tout au xvi°. Mais. nous ne faisons que au temps de Du commencer d'apprendre anciens d'un respect à penser. un livre du xvl g siècle et je — n'en connais pas un. et c'est un livre du xvi c siècle. La Défense et Illustration de la langue française en peut servir d'un mémorable exemple. nous traduisons. ». manifeste « a dit en effet Désiré Nisard. c'est au . permettez-moi Un livre de jeune homme dire. de réelles qualités de verve et d'imagination. au comme c'est quelque peu pédant. et si jamais on a traité les superstitieux. En réalité. nous ne pensons pas encore. il nous faut donc observer tout d'abord. ou la brochure. où les questranchées par l'autorité d'Aristote. nous le verrons. — — de le c'est un livre où les mots sont plus grands que les choses. n'en demeure pas moins affecté c'est un livre de jeune de deux graves défauts : homme.42 l'évolution des genres. ni — celui de Montaigne. c'est surtout un livre où les contradictions de toute sorte abondent. et encore : premières pages où la critique littéraire ait été éloquente ».

âge. rompant sans retour avec la tradition du moyen Du Bellay nous propose. et le suivant. Il faudrait le rendre responsable aussi de ce débordement de Sonnets amoureux ou galants. en a bien la moitié que l'événement devait déy mentir. pour son chapitre du Long poème françoys. dans l'histoire littéraire comme curseurs ailleurs. Mais . je ne puis donner ce dont. si quelques-uns se sont réalisés par la suite. Et. au lieu de continuer de les nous traîner dans l'ornière gauloise. de la grecque et de la romaine. de tout ce que son siècle. C'est bien tout ce que j'y vois d'idées... pour cela. car. d'Églogues à l'exemple de Théocrite et de Virgile. par exemple. depuis la Franciade jusqu'à la Pétréide. d'Odes soi-disant horatiennes ou pindariques. sinon d'avoir ouvert la voie. il me semble qu'elle est assez claire. Défions-nous de ceux qu'on appelle des préles idées. aux Racine? [1 faudrait donc alors le rendre responsable aussi. d'imiter Romains et les Grecs.. aura conseillé aux poètes ses contemporains « de restituer les tragédies et comédies en leur ancienne dignité » lui ferons-nous honneur. depuis Ronsard jusqu'à Thomas. et le xvm° à son tour allaient enfanter de prétendues épopées. De ce que Du Bellay. nom à de vagues pressentiments.DE DU BELLAY JUSQU'A MALHERBE. aux Molière. mais au moins de l'avoir indiquée aux Corneille. Il s'agit d'égaler la dignité de la langue française à la dignité des langues anciennes. 43 Quant à l'idée du manifeste ou du livre. dégagée des contradictions qui l'embrouillent et des dévelop- pements parasites qui l'étouffent par moments. et n'appartiennent qu'à eux. appartiennent à ceux qui en ont développé il : les conséquences.

encore une fois. des conseils aussi vagues. on en voudrait de plus précis que cette éternelle « imitation » où nous le voyons constamment revenir. les Grecs. des espérances Si les idées si mal justifiées. En ce qui regarde le choix des modèles à imiter. Et pour les moyens qu'il indique d' « enrichir » ou d' « ennoblir » la langue. auxquels si même. je n'ap- pelle pas cela avoir eu des idées. Mais. Après cela. toutes ces critiques ne sauraient faire qu'à son heure. la et je n'ai pas l'intention de nier sance. On peut même dire. nous aurions trompe. les anciens nous ayant légué des Epo- pées ou des Eglogues. de l'accroître et de l'amplifier. son admiration tumultueuse confond un peu trop. Mais. que. et c'était cependant la seule chose qui nous importât. si l'antiquité les avait connus. tion Du Bellay en conseille l'imita- comme il eût fait celle des Romans. et les Romains. . sans en autrement définir l'objet et la limite que par la métaphore si souvent citée qu'il ne faut pas «imiter» platement les anciens.44 le fait est l'évolution des genres. en vérité. il a quelque Hespagnols ». je ne me part adjoint je ne sais quels « : — — Défense et Illustration de la langue française n'ait pro- duit une émotion considérable. mais « se les convertir en sang et en nourriture ». des préceptes aussi généraux. Et je veux bien rendre justice à la délicatesse de son goût quand il préfère la Satire d'Horace au Coq-à-Vâne de Marot. de Du Bellay sont courtes et peu trop nom- beau jeu de vouloir montrer maintenant l'insuffisance ou le danger des moyens qu'il propose pour les réaliser. et les Italiens de la Renaisbreuses. comment y réussira-t-on? C'est ce qu'il a négligé de dire.

puisque aussi bien cette tra- dition était épuisée depuis longtemps. sépare assez la littérature classicisme. a tiré. Notez à ce propos l'erreur ou — méprise de Malherbe et de Boileau qui n'ont fait. fond de Par le manifeste de Du Bellay. on lui a comme ouvert ou frayé l'accès vers des hauteurs que d'elle-même elle n'eût pas atteintes. qu'elle conseille. et disons-le en passant. comme nous le verrons. Mais on ne saurait se dissimuler qu'en substituant l'imitation des anciens à celle même de la nature. en un certain sens. déjà partout. que les jusqu'à nous. tradition même de Villon et de Marot. Au jugement du rude la Pléiade n'ait creusé trop profondément chez nous l'abîme qui. ont pour deux avec la siècles avec la tradition du rompu moyen âge. et qu'en prenant pour devise le fâcheux distique je : comme Rien ne nous plaît. de la vie nationale. si 45 effets s'en sont propagés superstitieuse le cette imitation un peu des anciens. tout en maltraitant Ronsard la . rien n'est plus naïf ou plus vain que de s'en lamenter. et qu'elle n'ait ainsi donné au en France. la poésie française de l'ornière où depuis près de deux siècles alors elle se traînait misérablement. puisqu'elle était morte. puisqu'il n'en pouvait plus rien sortir. et à sa suite la poésie française. de plus compassé. et. est devenue l'esprit classique.DE DU BELLAY JUSQU'A MALHERBE. quelque chose de plus savant. On vous le disais. hors ce qui peut déplaire populaire. en lui proposant comme ambition de rivaliser avec les anciens. de plus artificiel aussi que peut-être nulle part ailleurs. la Pléiade.

connaissance de celle d'Aristote se répandait en France. Vous trouverez des détails sur Robortelli. Hyle. Du Bellay tirait de son expérience trop sommaire la une poétique encore un peu confuse. Hypercriticus. nesse. Egger sur X Hellénisme en France. loisir et Jules César. pour en pouvoir mesurer approximativement l'influence. est posle thume.46 et la l'évolution des genres. par l'intermédiaire des commentateurs italiens. c'est noms que sa paraphrase est pos- térieure à la Poétique de Scaliger. sur Lombardus et sur Yettori dans les leçons de M. et du l'œuvre poétique — indique assez Il bien l'objet et plan de tout l'ouvrage. n'est effectivement qu'un ressouvenir de Platon. qui portent les titres de Historiens. titres parlants. où nous surprenons les procédés de travail du rhéteur. La Poétique de Scaliger se divise en sept livres. n'a pas eu il d'y mettre la dernière main. — qui — et dont la gradation le sujet à la forme de — de la matière au sujet. ne sont que plus intéressantes. : \\ || || || Il meliniano || 1607. C'est véritablement ici . qui parut pour la première fois en 1561. dans leur confusion même. et Epinomis. ces « Pléiade qu'abonder eux-mêmes clans le sens de réformateurs » qu'ils ont si cruellement jugés. Parasceve. Criticus. Si je ne joins pas à leurs celui de Gastelvetro. à l'exception du dernier. Mais n'en est que plus curieux ou plus significatif.Idœa. d'avoir entre les mains la « quatrième » édition Scaligeri vlri clarisJulii Cœsaris a Burden In Bibliopolio Cornsimi Poetices libri septem. et dont il me suffirait. on le voit assez. et tandis qu'avec l'ambition de la jeu- Cependant. comme vous titres voyez. et ces notes à peine digérées.

: . S'il n'y a rien de plus fastidieux à lire. c'était de précision dans l'enthousiasme. il y en a de plus intéressantes en critique. de Plaute ou de Térence? de Virgile ou d'Homère. Effectivement. définil'antiquité mise en morceaux. après Du Bellay. Il n'est pas difficile d'expliquer le succès de ce livre. si l'on avait besoin de quelque chose alors. tribus ab illa differt personarum conditione. il n'y a rien aussi qui nous confirme davantage dans l'idée que nous nous faisons de la critique au xvi e siècle. l'antiquité 47 mise en coupe réglée. sans doute. c'est enfin. Qu'est-ce que la tragédie? Qu'est-ce que la comédie? Qu'est-ce qu'une figure? la synecdoche ou la métonymie? Qui devons-nous préférer. Exemples voilà toute sa Poétique : quelles roule toute la critique de Scaliger. Voici. si je puis le risquer barbarisme. il y en a de plus importantes. sa définition de la tragédie poser utilement qu'après avoir résolu il celles-ci. et il classe alors ses extraits conformément à son plan. : Tragœdia. Scaliger « extrait » les littératures anciennes. mais qu'on ne pouvait Quant quelques citations vous en donneront une idée. in exemplis vitœ humanœ confirmata. et la matière entière de la poésie systématiquement ordonnée. sicut et comœdia. et pourquoi? Telles sont les questions sur lestions. et. et ce que Scaliger se montre avant tout dans sa Poétique. à la façon dont lui-même les traite. c'est un classifîcateur ingénieux. décomposée dans ses moindres parties. disions-nous. et comparaisons. un infatigable comparateur. comme on pourrait faire pour un dictionnaire. c'est un définiteur exact. classifications.DE DU BELLAY JUSQU'A MALHERBE. par exemple.

loeti sermo de medio sumptus. oratio gravis. minœ. dont on suppose que les éléments sont nécessairement contenus dans l'œuvre qui la produit. elle participe — tota faciès anxia. mais aussi rien de plus conforme à ce que je vous signa- comme le caractère éminent de la critique au se xvi° siècle. exitus horribilis. Rien de plus précis. exi- mortes. ou lais même de plus sec. des Coriolan et des Caton. tota faciès anxia metus. culta. Elle produit en nous une impression de horrible — exitus horribilis — c'est que la catastrophe en est et que. principia sedatiora. minœ. a vulgi dictione aversa. On essaye de les déterminer. les On veut rendre compte. arcibus. de pompe et de majesté c'est que les héros en sont des princes ou des rois ex urbibus. castris sumpti. fortunarum negotiorumque qualitate. mortes. lia. : — — arcibus. de noblesse et de poésie c'est que le langage n'en est pas celui de la conversation familière.48 L EVOLUTION DES GENRES. initia turbatiuscula. vient former un trait de la définition que l'on donne du genre. une fois reconnu. In illa. In tragœdia . L'impression est même un total. Thaïdes loco humili. la tragédie produit en nous quelque impression de dignité. ex urbibus. des Étéocle et des Polynice. comme l'action tend tout entière vers cette catastrophe. de son horreur. metus. mais un langage choisi. reges. exitu. re: . Davi. Ou bien enfin. : principes. La tragédie produit en nous une impression de grandeur. castris. exilia. et chacun de ces élé- ments. e pagis sumpti Chremetes. On cherche donc causes de son impression dans les qualités appa- rentes et extérieures des œuvres. fines. des terreur ou d'angoisse : Agamemnon et des Clytemnestre.

quippe aut unam rem pluribus verbis. a vulgi dictione aversa. la définition? Des rois ou des héros en tiendront les principaux rôles. et visiblement le même dessein. : C'est ce que nous appelons maintenant développement ou amplification. et poétique par sa rareté oratio gravis . plus [significatur] ut per hyperbolen. nemo de- Et sans doute.. en d'autres termes.. ne sont pas toute la tragédie. aut aliter. 49 cuit a. noble. même. ou. Si id quod aut aeque. dont les anciens rhéteurs ont moins bien distingué les diverses espèces. Contrarium significatur ut per antiphrasin. n'en feront-ils pas au moins les linéaments nécessaires. elle roulera sur des événements qui enveloppent le destin des empires. aut plures uno. tractionem : T.DE DU BELLAY JUSQU'A MALHERBE.. minus ut per de- 4 . aut minus. aeque ut per iractationem Significatur aut îd est. quod est. aut plus. cherché. Nous retrouvons encore les mêmes qualités. La conséles — quence Et s'ils n'est-elle pas évidente? Voulant produire mêmes effets. mais C'est lui qui paraît avoir le dit la vérité. aut contrarium.. on peut reprocher à il Scaliger de n'être pas modeste.. nous aurons recours aux mêmes moyens. et elle finira dans le sang. dans la classification que la Poétique nous donne des figures : Figuras quidem ante nos ad certam speciem duxit. quand il le dit. premier classé les figures de rhétorique. i. et c'est de sa Poétique que les définitions consacrées en ont passé depuis dans tous les Manuels..

après tout. permis à Scaliger de doncomparaison des poètes une précision toute nouvelle. mais il fallait bien qu'il fût fait. uno verbo. Rome alors estimait leurs vertus..50 C'est litote. eques pro Oui. tantôt tantôt suspension. ne sont pas seulement de la rhétorique : elles sont de la psychologie. je ne te hais point. non.. dit Ghimène à Rodrigue. ou du moins. dans Britan- nicus Et ce même Sénèque. encore une fois.. Va.. et ce même Burrhus Qui depuis. plures equitatu. pluribus ut periphrasi. et plus ou moins heureusement rendues.. c'est que la métaphore est le procédé naturel de fructification ou d'enrichissement du langage. et. et l'évolution des genres. C'est que toutes ces figures expriment les rapports secrets de la parole avec la pensée. ce travail est ingrat sans doute. plus ou moins finement aperçues. Aliter [signilîcatur] ut per ullegoriam. : et Agrippine. et d'introduire ainsi dans la critique une C'est aussi bien ce qui a la ner à . qui différencient du tout au tout la nuance d'un même sentiment ou d'une même idée. jusque de nos jours on ne saurait se dissimuler que ces distinctions. ut collectione. La raison en est bien simple. mais je veux dire qu'on la découvre aisément. et c'est enfin qu'une hyperbole ou une litote. ce que nous appelons aujourd'hui. elle est même complexe.. demeurent la base et la condition de l'appréciation des styles. una res. elle n'est pas simple.

Poètes ou prosateurs. ce qui l'est même beaucoup davantage. aut puerilia.... Voyez-le plutôt comparer : Homère ou Théocrite à Virgile inepta. et..DE DU BELLAY JUSQU'A MALHERBE. c'est le but auquel elles tendent. Mais vous en trouverez vingt exemples pour un. ceux de la Pléiade. comme y a en partie réussi.. et sinon Du moins Ronsard et Baïf.. c'est à la littérature grecque en général que nos écrivains de la première partie du xvi e siècle avaient surtout demandé leurs modèles... id eo modo facit quod.. et c'est l'esprit qui les anime. je pense.. numis- formeraient. At eum scimus ejusin modi cognomen ascivisse sibi. Romanœ stirpis origo.. la Poétique de Scaliger vise réso- lument à substituer les modèles latins. gratiam conderet illud opus. quum in Augusti voluit ejus quoque acta : attingere. Homeri epitheta sœpe frigida. Ce qui n'est pas moins intéressant que le détail de ces comparaisons. en raison. ^neas Romanorum principium esset : — — At pater iEneas.. Legimus enim mate quod habemus Augustus Pater. vous voyez la place que tient dans une histoire de la critique moderne cet ouvrage aujourd'hui trop oublié peut-être.. Les Alexandrins les avaient surtout séduits. qui si vous les tiriez de sa Poétique. Aux modèles elle grecs. et ce qui est surtout plus important. Bellay. nos poètes notamment. subtilité d'analyse 51 dont je ne connais guère d'exem- ples avant lui. Prseterea. tout un commentaire de Y Enéide ou des Bucoliques. mais au .. aut locis Quid enim convenit Achilli flenti Troôaç wxuç? Quod c'est Virgile patrem vocat /Eneam in si noster poeta multis locis.

la curieuse diligence de Virgile ». en général. Mais. et l'inspiration habituelle de Malherbe à celle de Ronsard. d'une certaine recherche. si je n'ajoutais tout de suite qu'il est résulté de cet exclusivisme une limitation nouvelle — de l'idéal classique. postérieures d'une dizaine d'années à la première édi- du gros livre de Scaliger. dans la première car c'est Préface de sa Franciade. ce n'est pas d'ailleurs ici le temps ou le lieu de l'examiner.52 l'évolution des genres. mais. à cet égard. d'un certain rapport avec les Italiens. et à peine oserais-je dire que les Latins. et bientôt après exclusivement Vous comparerez. l'éducation culture devienla- nent éminemment. dans sa seconde Préface. pour vous en rendre compte. Si ce fut un bien ou si ce fut un mal. L'influence de Scaliger et de sa Poétique s'étendit d'ailleurs et. d'un certain raffinement qu'à douze ou quinze cents ans de distance liger. Il y faudrait trop de distinctions. ou encore les Préfaces de Ronsard pour sa Franciade. jusqu'aux poètes eux-mêmes de la Pléiade. Si. Ronsard s'excuse « d'avoir patronné son bien et dûment une excuse œuvre plutôt sur la naïve facilité d'Homère que sur tion — — il semble cependant mette tous deux au même rang. d'une certaine affectation de pensée. qu'il les . tines. à dater de Sca- sans cesser tout à encore d'être teintées et la d'un peu de grec. c'est un rapprochement assez curieux à faire que celui de la Défense et Illustration de la Langue française avec Y Abrégé de l'Art poétique. Montaigne à Rabelais. et surtout avec les Pétrarquisants. et ils ont en commun fait avec Pétrarque. me paraissent des modèles plus sains que les Grecs. « touchant le poème héroïque ».

le 53 nom d'Homère est contraire tous les à peine prononcé. Composé. sont tirés de Virgile. on reconnaîtra. d'avoir le prestige qu'il avait aux : : commence à tote. l'explication ou la justification n'importe guère c'est le fait seul ici qui nous intésurplus. de ceux qui ne sauront plus que le latin Corneille. se substituer à celle de la Poétique d'Aris- Art poétique de Vauquelin de la Fresnaye nous en peut servir de preuve. il n'a pas en effet exercé sur son temps d'influence bien sensible. mais n'ayant paru pour la première fois qu'en 1605. c'est la Le grec a désormais cessé yeux des premières générations du xvi° siècle. et toutes les citations qu'il produit à l'appui de ses opinions. en 1590. et d'autres auteurs grecs ». très différents eux-mêmes de ceux qui n'auront su que le français. sachant bien que nos Français ont plus de connaissance de Virgile que d'Homère. à vrai dire. Chénier.DE DU BELLAY JUSQU'A MALHERBE. c'est l'autorité de YÉpître aux Pisons qui latinisation de la culture. Et. lui-même en propres termes quoy j'allègue Virgile plus souvent qu'Homère. en matière de poétique ou de critique. on distinguera presque infailliblement ceux de nos écrivains qui sauront le grec Racine. Voltaire. c'est aujourd'hui le V principal intérêt qu'il nous offre. tandis qu'au exemples dont il s'autorise. qui était son maître et son patron. comme je vous l'ai dit. En elle-même. et par l'intermédiaire de Scaliger. et. resse . ni même . Fénelon. comme je le disais tout à l'heure. et. Dans quelque cinquante ou cent ans. Bossuet. il Au le dit : « Je m'assure que les envieux caqueteront de . mais je l'ai fait tout exprès. pour le moment.

Georges Pellissier. ôte-moi le rondeau. Ote-moi la ballade. oratoires autant se trouvent déjà que didactiques. des indica- tions utiles dans une édition de V Art poétique donnée chez l'éditeur Garnier. Vous trouverez à cet égard. on peut considérer qu'il résume la poétique de la Pléiade. la meilleur homme du monde pourtant. veut. A la vérité. En revanche. . et dont le long poème respire assurément moindre satisfaction de soi-même vous qui composez. de ne se point faire assez les ongles. aisément reconnaissable. et qu'il marque ainsi le dernier terme du mouvement qu'avait inauguré. l'histoire de la critique. et Illustration la Défense de la langue française. la diffusion. Pour moi. quoique toujours un peu prosaïque. comme à plusieurs autres. Et des vieux chants royaux décharge le fardeau. la confusion.54 l'évolution des genres. et les contradictions en rendent la si l'on lecture non pas pénible. mais à tout le moins ennuyeuse. et indé- pendamment de cette perpétuelle imitation que poète y fait de X pitre aux Pisons dont il s'amuse à reproduire jusqu'aux vers où Horace reproche aux « É — le rimeurs » de son temps. par M. que prudents on s'efforce De prendre un argument qui soit de votre force. sous la date de 1885. les répétitions. ces formes de dire. d'une veine assez facile. S'il contient d'ailleurs quelques jolis vers. tout ce au point de vue de qu'il me semble utile d'y noter. quelque trente ans auparavant. le souvent la barbe ni — c'est : le ton doctoral qu'y affecte Yauquelin. dans Du Bellay.

veux sur le Une personne encor sur jeu de nouveau mettre en vue la scène inconnue. Et je vois poindre là ce que je vous disais la tendance à transformer en lois ou en règles des genres les observations qu'on a faites sur le genre de plaisir dont Y Ode ou la Tragédie pouvait être la cause. chanoine de Langres et de Bar sur Aube. et depuis augmenté. Gabriel Buon. De paroles de soie il faut toujours user. plus Aux dames et seigneurs par Si tu nombreuse et pressée. La brave tragédie au théâtre attendue... d'un grave pied. Le Dictionnaire des rimes françaises.. et c'est une seconde période de l'histoire de la critique qui commence. 55 mais elles se multiplient à l'inflni sous la plume de Vauquelin. on croit du moins les avoir reconnues. corrigé et mis en : M — . novembre 12 1889. Telle jusqu'à la fin tu la dois maintenir. Sur ce sujet les curieux peuvent encore consulter Les r de la Porte. toi soit adressée.. Les : constatations. premièrement composé par Jean Le Fevre.. Paris.. On a reconnu les raisons de ses impressions. Nous Tétudierons la prochaine fois *. 1. Il va s'agir maintenant de les transformer elles-mêmes en préceptes. 1571.. Quand vous voudrez les rois à vos chants amuser.. parisien. L'ode... Dijonnais. sont faites. Ne doit point avoir plus de cinq actes parfaits.DE DU BELLAY JUSQU'A MALHEKBE. livre non Épithètks de seulement utile à ceux qui font profession de la poésie.. si je puis ainsi dire.. Pour être mieux du peuple en la scène entendue. mais fort propre aussi pour illustrer toute autre composition française.

11 contient notamment. tirées des plus fameuxpoètes français. 1613. Celui-ci. sous le mot de Poésie. tant anciens que modernes. le seigneur des Accords. et enfin Les Marguerites Poétiques. Lyon. réduites en formes de lieux communs et par ordre alphabétique par Esprit Aubert. en est aussi le plus instructif. tout un Art poétique dont les règles méticuleuses définissent assez bien l'idéal technique de la Pléiade.56 l'évolution des genres. 1588. Barthélémy Ancelin. Paris. le plus volumineux des trois. Jean Richer. — bon ordre par : .

Sa théoQuestion sur le de l'art et sa conception de la poésie. D'une fausse origine qu'on attribue quelquefois à lution. Les Sentiments de V Acafondation de l'Académie française.évolain. son histoire et son. zac.DEUXIÈME LEÇON DE MALHERBE JUSQU'A BOILEAU 1605-1005. où son mariage l'avait faire un gentilhomme bas normand. Du caractère formel de la critique Son influence. Balzac et l'extension Scudéri. ans fixé. grammairien et critique. La Pucelte de Chapelain et YAlaric de du poème épique. Deux passages curieux de Baldes « règles » à la prose. : — — — — — — — — — — — — — — Messieurs. En 1605. du fond de la Provence. Influence de Chapelain. Malherbe rie versificateur. qui passait pour les vers aussi bien ou mieux qu'homme de . Chaperôle de Richelieu dans l'histoire de la littérature. La théorie démie sur le Cid et la superstition des règles. La part de Chapelain dans la la règle des trois unités. La question des trois unités. débarquait à la cour. dans les premières années du xvn c siècle. c'est-à-dire en l'année rable Yauquelin — — même où le véné- il avait plus de soixante et dix publiait son Art poétique.

et comme une certaine ardeur d'inspiration intérieure. Peut-être cependant tout se retrouve-t-il. France. ou bien encore dans n'était et instructif. Vous en trouverez les preuves dans les Mémoires pour la vie de Malherbe. des qualités poétiques. par son disciple et ami Racan. se raccorde-t-il. qui sont bien. semble avoir été ce que l'on appelle un bon original. effet. n'était une certaine ampleur de mouvement. libre. amusant. et je pourrais aussi bien s'il me passer d'en parler. citées : Vous connaissez les belles strophes. avec un fond de scepticisme ou de hardiesse d'esprit. ainsi que l'on disait alors. et il allait substituer. pour un demi-siècle environ. avait : peu cette avait une cinquantaine d'années considération d'âge n'est pas inutile à une juste appréciation de son œuvre et surtout de son rôle. et dont la tyran- nique influence des Angevins. ni Je dis : et surtout de son rôle. et se remet-il enfin d'ensemble quand on songe à quel point pèche. Car c'est surtout par là qu'il l'on pourrait presque dire de lui que ses plus beaux vers sont beaux comme de la belle prose. et le poète fut dépourvu d'imagina- tion et de sensibilité.58 l'évolution des genres. souvent La terreur de son nom rendra nos villes On n'en gardera plus ni les murs ni les fortes. . et au besoin même assez gaillard en ses propos. et même vraiment lyriques. elles. produit. assez différent du caractère de son œuvre. C'est qu'en de l'œuvre ni de l'homme je n'ai grand'chose à vous dire. lequel est plutôt sévère. la royauté littéraire des Il Normands à il celle s'appelait Malherbe. les Historiettes de Tallemant. de constater que l'homme. portes.

l'homme qu'il s'agit Mais ce n'est pas plus du poète que de aujourd'hui pour nous. Et le vers sur le vers n'osa plus enjamber. un frisson plus voluptueux. — — parlé chez nous une langue plus pleine. Malherbe a surtout excellé dans l'art de faire le vers et. . dans les vers bien connus de son Art poétique. Entendons-le bien il n'y a pas dans ces vers un mot qui loue Malherbe en tant que poète. Si ce n'est pour danser n'orra plus les tambours.. on avait senti passer des caresses plus légères.. Le fer mieux employé cultivera la terre. si l'on eût un peu pressé « le légis..DE MALHERBE JUSQU'A BOILEAU... D'un mot mis en sa place enseigna le pouvoir Et réduisit la Muse aux règles du devoir. dans les vers de Jamais encore Ronsard.. et le premier en France Fit sentir dans les vers une juste cadence. Aux : seul yeux de Boileau. Par ce sage écrivain la langue réparée N'offrit plus rien de rude à l'oreille épurée. et les mérites que Boileau vante en lui ne relèvent tous que de la connaissance ou de la possession du métier. c'est le versificateur. Les stances avec grâce apprirent à tomber. et ce que nous proposons d'étudier uniquement en Malherbe. ou de Desportes même. n'a crois uniquement loué que le versificateur... c'est le grammairien. Les veilles cesseront au sommet de nos tours. disons plus fière et plus forte de sa seule justesse. Et le peuple qui tremble aux frayeurs de la guerre. c'est aussi le critique. plus mâle. Boileau.. 50 si assurément. jamais la poésie n'avait quelque chose de plus ailé. et je que l'observation vaut la peine d'en être faite : Enfin Malherbe vint. plus ferme.

N'ayons point dessein d'imiter ce que l'on conte de ridicule de ce vieux docteur notre ambition se doit proposer de meilleurs exemples. nous le verrons tout à l'heure. il n'en pouvait venir à bout. qui traite l'affaire des participes et des gérondifs comme si c'était celle de deux peuples voisins l'un de l'autre. Si il Boileau n'a été que juste pour me semble que Balzac a été un peu dur pour : grammairien Vous vous souvenez du vieux pédagogue de la cour qu'on appelait le tyran des mots et des syllabes. ce n'était pas risquer d'en : faire évanouir l'harmonie Ce que j'ai dit de Scaliger avec ses classifications. ». en en changeant toute l'économie. Balzac est bon là! comme s'il avait fait lui-même autre chose que ce qu'il raille dans Malherbe. le grammairien en lunettes et en cheveux gris. et l'an climatérique .60 l'évolution des genres. ce sont d'autres que vir. Ce docteur en langue vulgaire avait accoutumé de dire' que depuis tant d'années qu'il travaillait à dégasconner la cour. lorsqu'il était en belle humeur. le à de plus nobles usages. et j'ajouterai comme si. lateur du Parnasse je crois qu'il eût volontiers ajouté que l'instrument que Malherbe avait ainsi perfectionné. J'ai pitié d'un homme qui fait de si grandes différences entre pus et point. et l'appliquer qui ont su s'en serle versificateur. rendu capable de traduire lui et de porter la pensée. et jaloux de leurs frontières. l'avait surpris délibérant si erreur et doute étaient mascu- lins ou féminins. La mort l'attrapa sur l'arrondissement d'une période. de déplacer pas ou point dans un vers. et qui s'appelait lui-même. donc de Malherbe il fallait que son pour emprunter l'expression de : . Oui. En vérité. ! je le répéterai œuvre fût faite.

DE MALHERBE JUSQU'A BOILEAU. ce que je vous signale dans ce Commentaire. parce qu'une théorie du comme on dit aujourd'hui. hispanismes dont elle était chargée. Il serait un peu long d'en poursuivre les preuves à travers le Commentaire] — — . sans une théorie. Cette idée. puisqu'il n'y en a pas qui soit étrangère ou inutile à de la poésie. sans lui. italianismes. Certes. et qu'elle puisse dire constamet le pourquoi surtout ment enfin le comment de son caprice ou de sa fantaisie. Comment dédaignerait-on le pouvoir des mots ou des sons dans un art qui nous prend d'abord par l'oreille? et Balzac lui-même Ta-t-il donc dédaigné dans la prose ? l'effet total Mais. qu'en toute occasion elle rende compte d'elle-même. puisqu'ils l'ignoraient. Mais. qui va désormais exiger que l'inspiration même se soumette à la logique. il faut la chercher dans le Commentaire sur Desportes. Régnier. il fallait nettoyer la langue des gasconismes. ne va que l'on s'en doute ou non. je n'en examiner si Malherbe a tort ou raison dans les critiques qu'il lui adresse. Desportes n'est pas sans mérite. c'est la première apparition d'une critique nouvelle. pas. gratter les mots douteux au il 61 fallait « re- jugement ». il fallait enfin apprendre à nos Français. et si je voulais vous citer d'admirables vers de serais pas embarrassé. qu'il n'y a pas de considération de grammaire ou d'orthographe qui doive être indifférente au poète. l'est Malherbe est encore un critique. grammairien et et il versificateur. et dans ces Mémoires sur la vie de Malherbe où je vous ai déjà renvoyés. un autre ennemi de Malherbe. vers et du verbe. ou sans une idée de la nature et de l'objet de la poésie.

ment aux terminaisons en ent et en ant. il demandait à Régnier en quel temps cela était arrivé. et où il feint que la France s'enlève en l'air pour parler à Jupiter et se plaindre du misérable état où elle était pendant la ligue. ordonner et pardonner. et en lisant élégie de 11 une Régnier à Henry le Grand qui commence était presque jour. séjour et jour. comme mille ou cent tourments. Rapprochons tout de suite une autre citation : notez. et le ciel souriant... Il le reprenait aussi de rimer le simple et le composé. comme innocence et puissance.. comme abandonner.62 l'évolution des genres. et qu'il ne s'était point aperçu qu'elle fût enlevée hors de sa place. et disait qu'ils venaient tous trois de donner. défense et offense.. — — grand et prend.. que c'est Racan Il blâmait Racan premièrement de rimer indifféremlui-même qui parle.. comme montagne et campagne. et sur la fin il était devenu si rigide en ses rimes qu'il avait même peine à souffrir que l'on rimât les verbes de la terminaison en er qui avaient tant soit peu de convenance. . père et mère. et disait qu'il avait toujours demeuré en France depuis cinquante ans. quand il voyait quelqu'un nombrer de la sorte « Peut-être n'y en avait-il que quatre-vingtdix-neuf ».... et il disait assez plaisamment... comme en ces vers de Racan : : Vieilles forêts de trois siècles âgées. mais nous y pouvons heureusement suppléer par quelques citations de Racan : Il avait aversion contre les fictions poétiques. Et ailleurs 11 : ne voulait pas qu'on nombràt en vers de ces nom- bres vagues. comme temps et printemps. toi et moi. Il ne voulait pas aussi qu'il rimât les mots qui avaient quelque convenance. n'est-ce pas. apparient et conquérant. Mais il estimait qu'il y avait de la grâce à nombrer nécessairement.

pour le plaisir — — . lui demandait son avis sur quelque mot franrenvoyait ordinairement aux crocheteurs du Port au Foin. dans son Petit Traité de Poésie française. paradoxal de rapprocher l'eau et le feu. de ces citations et de quelques autres qu'on y joindrait facilement. de placer très haut l'objet de la poésie plus haut même peut-être. Boileau l'a très bien dit dans les ticle et. Théodore de Banville s'est à peine montré plus exigeant sur l'ar- y a toutefois quelques différences. Quand on il Que si maintenant. s'il y mettait moins de passion et d'injurieuse violence.DE MALHERBE JUSQU'A BOILEAU. c'est que. nous essayons de déduire l'idée qu'il se faisait de son art. et qu'il a le premier compris et fait comprendre le pouvoir de la forme. Disons donc plus simplement qu'en continuant. de nos jours. il n'est pas sans quelques rapports avec celle qui n'est pas au moins douteux. et disait que c'étaient ses maîtres pour le langage. si Ronsard et les siens n'en avaient guère fait en somme qu'un divertissement. et les Parnassiens surtout. devaient s'en faire deux cents ou trois cents ans plus tard. Il de la rime. et qu'il en a semble en vérité qu'on puisse dire qu'elle que les Romantiques. avec Ronsard. Ce répandue. Et rappelons enfin l'anecdote célèbre : 63 çais. c'est qu'en renvoyant aux « crocheteurs du Port au Foin ». il disait aux poètes la même chose que Victor Hugo dans une pièce fameuse de ses Contemplations] et ce qu'il est curieux de constater. il ne conviendrait pas d'exagérer les analogies. Malherbe a le premier rapproché le vocabulaire de la poésie de celui de tout le monde. M.

et c'est pour cela que. de fâcheux et d'urgent. de précision. et celui enseigné . et c'est pour de l'histoire tion. de lo- gique. elle avait Quelle que soit la valeur absolue de cette conceppour elle de répondre au besoin d'ordre et de règle qui se faisait alors et universellement sentir. et tirant ainsi sa valeur de la contrainte même qu'elle subissait pour s'exprimer. de regrettable et de nécessaire. de mesure. disons de notre littéraencore quelque chose de plus en enlevant au poète le droit de se montrer ou de s'éta: telles les plus universelles ler dans son œuvre. et celui d'un concours de sons harmonieux. cela que sa place est considérable dans la critique. d'une pensée se déployant sous la règle. qui al- un siècle ou deux. d'imagination. de clarté. d'ordre. en donnant pour objet à la littérature l'expression de ce qu'il y a plus général et de plus permanent. vers que nous rappelions tout à l'heure. d'autre part. qui faisaient l'essence de la poésie.64 l'évolution des genres. et comme ture. Malherbe « a le pouvoir d'un mot mis en place » et celui d'une césure heureuse. dans l'histoire de notre poésie. par exemple. Ou. sa place est petite. mais. et celui d'une rime rare. de — — fantaisie. ou . non pas toutes mais les qualités les plus apparentes. dont VAst?*ée d'Honoré d'Urfé. Malherbe allait tarir les sources du lyrisme. il annonçait la littérature du xvn c siècle. selon Ronsard et : ses disciples. de régularité. les qualités extérieures ou formelles laient devenir. en d'autres termes encore et pour mieux indiquer à la fois ce que sa réforme avait d'étroit et d'utile. pour les qualités. Malherbe est venu substituer le premier aux qualités intérieures de sensibilité. Et.

Mais on suivit généralement Malherbe. ne donnent-ils pas une apparence de considère. et plus ou moins rimé quelques Tragédies qu'à défaut du talent de l'homme de lettres. sous la Régence puisque « le vieux pédagogue » ne mourut qu'en 1628. Il s'élève à ce propos une question curieuse et que je voudrais bien qu'on examinât d'un peu près. dans l'affaire de la querelle du Cid. quelques irréguliers se cabrèrent. demeurer environ deux cents ans. Y Introduction à Sales. composé quelques traités de controverse. dans la 65 vie dévote de saint François de un autre ordre d'idées. à cette interprétation de ses vrais senti- ments. quand on il lui eût été facile. Aussi est-ce à peine. Mais ce que je crois. c'est qu'ayant bien connu le . comme vous savez. si le Cid eût contrarié quelqu'un de ses desseins politiques. et dès qu'eut paru Richelieu. ou encore Théophile de Viau. On semble croire communément parce qu'il a prononcé quelques Sermons. ou plus de politique. Richelieu en aurait nourri l'amour-propre et la vanité. — — : — : — — — irrité? Et. avec tout le reste. quelque jour c'est celle de savoir s'il entra plus de pédantisme. au lieu de le faire critiquer. dans la conduite que le cardinal crut devoir observer à l'égard des lettres et des gens de lettres. dont Mathurin Régnier. comme les faits probabilité. d'en interdire la représentation. par exemple.DE MALHERBE JUSQU'A BOILEAU. l'auteur assez malheureux de Mirante et de la Comédie des Tuileries n'aurait pas eu moins de part que le ministre témoignages. rentra dans l'ordre elle y devait. sont d'instructifs si sous le règne de Henri IV. la littérature. et plus tard. N'est-on pas allé jusqu'à dire que.

le cardinal ait feint à leurs yeux d'être lui- même un des leurs. le secrétaire habituel de ses opinions. l'esprit. il se pourrait que. Aussi n'ai-je pas de liter. En réalité. dans ses Lettres familières. c'est qu'ayant conçu le projet d'inféoder. sans vouloir sonder plus profondément que la question se pose pour que nous dussions faire à Richelieu une place dans l'histoire du développement de la critique française. : On s'est beaucoup moqué de Chapelain. pouvoir faire.66 l'évolution des genres. où l'intérêt anecdotique du fond détourne notre attention des vices de la forme. dans ses études sur la Société frans'il n'a pas osé se donner le au xvu e siècle — ridicule d'en accabler l'auteur de la Pucelle. plutôt. je la propose seulement. . ses desseins. et le trines continuateur enfin. Ce que je puis toujours dire. et je voudrais qu'elle vous parût curieuse. la littérature à l'État. c'est qu'il suffît — — toutes ces affaires littéraires. et pouvoir de qu'ayant pressenti celui de l'opinion. il est vrai. le porte-voix de ses intentions. dire. jusque sous Golbert. — a cru par compensation. et de s'en ser- à l'occasion. du prosateur et du critique. On n'en sent pas toute la lourdeur. Je ne tranche pas la question. et de se mêler enfin comme l'un d'eux à leurs rivalités. de partager leurs passions. ici l'idée et le non pas réhabi- sans raison. s'attirer plus sûrement les gens de lettres. de ses docj'ai nommé Chapelain. Mais elle vous paraîtra d'ailleurs bien plus grande et importante encore c'est la place que je si vous vous rappelez quel fut dans veux dire. je protesterais contre l'étrange éloge çaise que Victor Cousin. comme pour d'un instrument de règne. et. pour ainsi vir. la prose de Chapelain vaut ses vers.

puisque. — — Ainsi s'exprime d'Olivet. et conséquemment. pour l'Adone de l'illustre* cavalier Marin. et que je veux bien ne pas lui imputer. : Passons rapidement sur son premier ouvrage c'est cette préface qu'il écrivit. Mais. pour diverses raisons. lui n'ont pas eu cet honneur de laisser. « c'en » était le lieu. dans Un prit tant que cette doctrine. c'est de prétendre que Chapelain aurait . son rôle fut considérable. grâce aux circonstances. de toutes manières. pé- dant. son récit être tout à fait exact. : Vous connaissez la légende lais-Cardinal. ce bonhomme fut un assez vilain homme : avare. en 1623.DE MALHERBE JUSQU'A BOILEAU. Mais ce qui l'est ne saurait moins que tout le reste. c'est d'abord dans la question des trois unités. de la déter- mination de l'idéal classique de la tragédie. elle l'était pour tous les poètes qu'il avait à ses gages l'aimable façon de parler. et. Elle n'était pas de temps. comme dans l'histoire de notre litté- une ineffaçable trace. Rien ne surseulement nouvelle pour le cardinal. A quoi je pourrais ajouter. rature. de lieu et d'action. mais celle il 67 ne faut que lire la préface de la Pucelle ou si de CAdone. la comme vous le lirez partout. malpropre. Mais. où nous pou- vons mesurer portée de son influence et tâcher d'en caractériser la nature. Chapelain les trois unités une conférence littéraire tenue au Padémontra que Ton devait indispensablement observer dans les compositions dramatiques jour. et cent écrivains qui valaient mieux que lui. vindicatif et méchant. elle fut le résultat d'une gageure. pour un il donna dès lors à Chapelain une homme de lettres! pleine autorité sur eux. dans son Histoire de l'Aca- démie . que.

Scaliger y avait touché. Il bon cependant. mais d'une façon tout à fait incidente. à Genève. nous la retrouest verons. comme on semble le croire. comme il lui conseillait la vraisemde ne pas nous mon: « Si Licham in trer Hercule jetant Lichas à la mer mare jaciat Hercules. par M. dans le supplément posthume de sa Poétique. ». s'il conseillait au poète tragique de prendre en général un sujet argumentum brevissirnum. c'est de là bien plutôt qu'elle lui vient. puisé sa doctrine. je ne sais comment. avoir passé chez nous presque inaperçue. et. dans sa Poétique. dans les anciens ou sous son bonnet. . de savoir que la question n'a pas été du tout. Les preuves en ont été données dans une curieuse brochure sur les Unités iïAristote avant le Gid de Corneille — — publiée. en 1879. comme l'on dit. et il faut dire que.68 l'évolution des genres. de très courte durée — — c'était uniquement au nom du principe de blance. . professeur de littératures étrangères à Zurich. H. on avait pu lire. avisés. sous le nom . Breitinger. qu'avant d'être discutée dans les Conférences du Palais-Cardinal ». elle l'avait été publiquement dans l'Europe entière et qu'à vrai dire nos Français sont presque les derniers qui s'en soient littéraires . inventée par Chape« lain . et puis. en Italie. Il ne s'agit point de de rait trop loin faire aujourd'hui l'histoire : la question des trois unités elle nous entraîne- de notre sujet. Deux ans plus tard. dès à présent. quand nous étudierons prochainement YÉvolutionde la tragédie française. et qui semble. versé comme il l'était dans les littératures italienne et espagnole.

en ce que la première se termine en une seule journée. cependant le nôtre. en répugnance à vous sorti montrer l'enfant à peine de ses langes qui devient . dans son : Apologie pour la poésie (1583). dans le prologue d'une comédie où Shakespeare quelques années plus tard devait prendre le sujet de Mesure pour Mesure-. tandis que l'épopée n'a pas de temps limité. il y en a de Ben Jon- son. en écrivant. qu'à l'impulsion de son libre choix. il y en a de Philip Sidney. Les textes anglais seraient encore plus caractéristiques il y en a d'un certain Whetstone (1578). en divers endroits de ses œuvres. 69 du Trissin tragédies la considérer — l'auteur de cette Sophonisbe qu'on peut comme la première en date de toutes systématiquement imitées de l'antique. man humour le Bien que de besoin de vivre ait créé un grand nombre poètes. c'està-dire en un seul tour de soleil. Voilà le premier texte où l'observation de la règle de l'unité de temps soit présentée comme distinctive ses du savant et de l'ignorant . — les paraphrase que voici du passage bien connu d'Aris: tote Dans la longueur encore la tragédie diffère de l'épopée. même parmi ceux que la nature et l'art n'avaient point formés pour l'être. Everij (1598). du poète qui connaît classiques. et se fait encore aujourd'hui par les poètes ignorants. comme cela se faisait à l'origine même pour la tragédie et la comédie. et de celui qui n'obéit. malgré cette même nécessité. n'a pas assez aimé le théâtre pour oser conserver les sacrifiant son propre goût et sa juste mauvaises coutumes du siècle.DE MALHERBE JUSQU'A BOILEAU. et notamment dans in hls le prologue de la célèbre comédie.

soixante ans plus tard. le second en Asie. M. et atteint bientôt la soixantaine et plus. qui parurent en 162i. je ne vous les signale ici que pour mémoire. le quatrième s'achèverait sans doute en Amérique. Et que dirai-je de l'observation du temps où se passent et peuvent se passer les actions représentées. dans son Don Quichotte: et si la citation ne vous suffisait pas. ni à ressuciter. Breitinger en apporte plusieurs autres. au moyen de deux ou trois épées rouillées et de quelques mots longs d'un pied on d'un demi-pied. dans le sujet que nous traitons. comme il ne paraît pas que Chapelain ait connu les textes anglais. En voici d'abord un qui date de 1610. si ce n'est que j'ai vu une pièce dont le premier acte se passait en Europe. et j'arrive aux espagnols. se servira dans son Art poétique : Quel plus grand disparate peut-il y avoir... Mais. les querelles d'York et de Lancastre. ne lui étaient guère moins familiers que les italiens. lesquels. tout à coup un homme fait. et où vous n'aurez pas de peine à reconnaître les termes mêmes dont Boileau. Qui parle ainsi? Ce n'est rien moins que Cervantes. d'après sa Correspondance.70 l'évolution des genres. tandis que le troisième se terminait en Afrique? et si elle se composait de quatre actes. je fus choqué surtout de voir avec quelle — — insolence l'auteur franchit les limites salutaires assignées . que d'être dans la première swne du premier acte un enfant au maillot et d'tns la seconde de se présenter la barbe au menton*!. dont la plus curieuse est celle qu'il emprunte à Tirso de Molina et : Parmi les nombreuses absurdités de cette pièce dit un des interlocuteurs des Cigarrales de Toledo.

dans celte catégorie de spectacles. il n'y a tout au plus d'admissible que le bourgeois. 71 à la comédie par ses premiers inventeurs. D'autres marquis. Qu'est-ce que prouvent tous ces témoignages? Plu- mon avis. vu que. ou dans un accès de pédantisme aigu. comme je vous que la France est presque le dernier pays d'Europe où l'on se soit avisé des trois unités. à le disais. à Londres. Car. étalés « sur les bancs du théâtre ». je vois qu'il vous a bourré quarante-cinq jours tout au moins d'aventures amoureuses. sieurs choses. « il n'y a pas de doute possible » et ils sont pour le moins une douzaine qui l'avaient « déterrée » avant lui. entre deux rangées de marquis. rains de se soustraire à la « règle des trois unités ». en effet. par un coup de génie. « Il n'y a pas de doute possible lisais-je tout récemment encore dans un ouvrage.. encombraient la scène du « Théâtre du Globe ». et par conséquent à l'action. et la dame des classes moyennes. bien loin que Chapelain. . « Non. je ne comprends pas que Ton puisse appeler comédie une pièce dans laquelle figurent des ducs et des comtes. de donner au décor. le patricien.. ce qu'on leur donne aujourd'hui de développement et de diversité. quelque vingt ans auparavant. Enfin. les ait inventées aux environs de 1635.DE MALHERBE JUSQU'A BOILEAU. Vous voyez également qu'on se trompe quand on essaye de trouver l'origine de la règle dans l'encombrement de la scène française. — d'ailleurs estimable. et dans l'impossibilité matérielle. et n'empêchaient point Shakespeare ni ses contempoterre . et demandant un lieu toujours le même.. celle-ci n'admettant qiïune durée de vingt-quatre heures. — c'est bien Chapelain qui dé- dans Aristote la prétendue règle des trois unités. et d'abord.

la règle des trois unités. C'est lui qui servit d'intermédiaire entre le cardinal gens de lettres qui se réunissaient habituellement chez Conrart. être également conforme aux besoins du temps. pour flatter Richelieu. l'ont formulée non moins expressément que Boileau lui-même. on l'a discuavant qu'on la reprît. nous le verrons plus tard. l'institution de l'Académie française. et d'abdiquer leur indépendance « pour et les . C'est lui qui leva leurs scrupules. Cette question des trois unités. qui triompha de la résistance qu'opposaient au cardinal ces bourgeois effrayés à l'idée « de faire un corps ». c'est donc un lain — et c'est déjà beaucoup. Ce qu'elle nous reprétée partout moment de l'évolution du genre dramatique. — c'a été. longtemps avant nous. et non pas du tout qu'on l'inventât en France. Et vous voyez encore quelle erreur on commet lorsqu'on impute à Descartes et au caractère de sa philosophie le caractère « abstrait » ou « rationnel » de notre système dramatique.72 l'évolution des genres. Et tout ce qu'a fait ici Chapesente surtout. à l'essence peut-être de la tragédie même. d'ailleurs. et qui peuvent bien procéder. et. de promulguer solennellement une règle qui se trouvait. autant d'effets dont on ne peut pas dire qu'il y en ait un qui soit la cause des autres. le développement de l'esprit janséniste. La philosophie cartésienne. qui procèdent même très assuré- origine est le ment du même esprit général. Espagnols et Anglais. aux exigences de l'esprit national. Sa part personnelle fut presque plus considérable encore dans la fondation de l'Académie française. mais dont la première un peu plus reculée qu'on ne le dit dans temps.

vous le voyez. 73 s'assembler régulièrement sous une autorité publi- que ». les chefs-d'œuvre dans tous les genres étant conformes aux règles puisqu'elles en sont tirées. que. pour ainsi dire. d'élégance. Mais si nous voulons être justes. de trouver les moyens de la rendre capable de rivaliser.DE MALHERBE JUSQU'A BOILEAU. et en apparence poètes de la contradictoires de la génération précédente. l'observation des règles ne saurait manquer d'engendrer de nouveaux chefs-d'œuvre. « règle ». toujours cette que. par un ample Dictionnaire et une Grammaire fort exacte. L'Académie française. qui lui donnerait une partie des élémens qui lui manquaient. parmi beaucoup d'inconvénients. et la rendre capable de la plus haute éloquence. les tra- . constituée gardienne de la langue. en posant les conditions Toujours la idée fausse — — de la noblesse du style. et officiellement chargée. d'abondance. de force. C'est lui qui fixa l'objet des travaux de la : Compagnie naissante en émettant l'idée qu'elle devrait travailler à la pureté de notre langue. d'éloquence avec la langue de Démosthène et celle de Cicéron. cette confiance dans le pouvoir des règles a eu du moins cet avantage. il ne faut pas oublier qu'à la date où nous sommes. il fallait premièrement en régler les termes et les phrases. de clarté. de perfectionner l'instrument des chefs-d'œuvre. et qu'ensuite on pourrait acquérir le reste par une Rhétorique et une Poétique que l'on composerait pour servir de règle à ceux qui voudraient écrire en vers et en prose. les critiques de l'école de Malherbe. a ainsi centralisé les tentatives éparses. elle a marqué le but où tendaient à la fois les Pléiade. pour cet effet. de justesse.

74 l'évolution des genres. n'en tombe pas moins généralement assez juste au fond et dans la forme. — et même retenues : Comme dans la musique et dans la peinture nous n'estimerions pas que tous les concerts et tous les tableaux fussent bons. nous. des Perrotd'Ablaneourt. de la valeur d'une œuvre d'art. Du Ryer. L'estime que a toujours et d'abord prétendue. si les préceptes des arts n'y étaient bien observés. en 1638. des et. dont l'exactitude était le moindre souci. ducteurs de l'espèce des Méziriac. pour n'empêle Cid d'être un chef-d'œuvre. dans effet toire de la critique. j'y relève plusieurs choses dignes d'être cher pas notées. méconnaître ou con- tester la grandeur du service. et quand elle lui manque. Indépendamment en d'une critique particulière du Cid. et cet l'his- opuscule célèbre a fait date. il n'y a pas de popularité l'artiste . que le plaisir qu'elle procure à la foule est un juge ordinairement douteux. C'est encore lui. qu'un ouvrage de poésie soit bon parce qu'il l'aura contenté. et même partial. le but où tendaient également les précieuses. on a beau dire. il en faut rendre honneur à Chapelain. je pense. Ceci veut dire. qui le rendit. à bon droit. Sentiments de l'Académie sur le Cid. sinon de ses rivaux. laquelle. c'est celle de ses pairs. et si les experts qui en sont les vrais juges ne confirmaient par leur approbation celle de la multitude. nous le savons aujourd'hui par sa Correspondance qui fut le principal rédacteur des . de même nous ne dirons pas sur la foi du peuple. encore qu'ils plussent au vulgaire. en français plus moderne et en termes plus généraux. si les doctes aussi n'en sont pas contents. ne pouvant.

et. ce n'est que pour ce qu'elles ont quelque chose de régulier.. il ne faut pas croire que ce soit la faute des règles. Ceux qui viennent après eux héritent bien de leurs richesses. et qu'il ose avancer ce paradoxe à peu près inouï jusqu'alors les anciens : : qu'elles doivent juger même Ce qui excuse Fauteur du Cld ne le justifie pas.. Voici maintenant qui va déjà plus loin.. ne peuvent pas défendre les siennes. ou. il Gomme le est impossible et par désordre Chose admirable! et d'ailleurs utile à ce moment du siècle. et les mêmes des anciens. s'il se trouve que ïes pièces irrégulières contentent quelquefois. Que si au contraire quelques pièces régulières donnent peu de satisfaction...DE MALHERBE JUSQU'A BOILEAU. mais bien celle des auteurs dont le stérile génie n'a pu fournir à l'art une matière qui lut assez riche. qui semblent devoir être respectées pour leur vieillesse. 75 dont l'incompétence ne gâte les joies qu'elle lui donne. si... et qui signifie que la qualité de notre plaisir dépend de sa conformité à de certaines règles : de plaire à qui que ce soit par la confusion. qui met à peine à couvert ces grands hommes. fautes même un donner beaucoup sans doute aux règles. La faveur. un pas de plus mais Si c'est — . pour leur immortalité. vous remarquerez qu'en un certain sens aussi c'est dire qu'il y a quelque chose de supérieur aux modèles. et les vices d'Euripide ou de Sênèque ne sauraient faire passer ceux de Guillen de Castro. qu'il en devient presque « moderne ». mais non pas de leurs privilèges.Ton ose dire. mais. et peu trop. la confiance qu'il met dans les « règles » emporte Chapelain si loin.. ne passe point jusqu'à leurs successeurs..

Chapelain ne devait pas le faire. date vraiment en France des Sentiments de l Académie sur le Cid. après tout.76 l'évolution des genres. c'est ici que Chapelain allait commettre sa grande erreur. de ce que nous connaissons les éléments et l'exacte proportion des éléments qui concourent à les « règles » avec les « lois » des genres. il n'en résulte pas. et. . Malheureusement. faire acte de jugement et de sincérité le Cid font honneur à leur auteur. cette critique qui cherche à fonder ses jugements sur des principes plus généraux. que nous puissions créer la vie même. le l'autorité même coup mot de La Bruyère que : « L'une des meilleures critiques l'on ait faites sur sait On le aucun sujet est celle du Cid ». celle que l'on commet aujourd'hui même encore trop souvent. à Les Sentiments de l'Académie sur découvrir les lois des genres. dans les œuvres qu'elle examine. — c'était fonder les La publication des Sentiments de l'Académie sur Cid consacra du le de l'Académie sur l'opinion. moins. et. vous le savez. jugerez-vous qu'il n'avait pas tort. à cinquante ans de distance. si je puis ainsi dire. par exemple. saisi plus l'Académie française n'eût pas casion de « souvent l'oc». mais que ces jugements eux-mêmes. les lois. La critique appliquée. Vous connaissez. depuis Chapelain et à son exemple. Sainte-Beuve exprimait regret que. Ou encore. et confondre De ce que nous connaissons. règles en nature et en raison. disait-il à ce propos. qu'après deux cent cinquante ans pas- sés sur cette vieille querelle. non seulement que l'impression personnelle du juge. quelquesunes au moins des lois de la vie. et l'autorité de Chapelain sur l'Académie. peut-être.

— - Je ne crois pas que nulle part la confiance dans le pouvoir des « règles » et de la « théorie ». bien moins. J'avoue de n'avoir que bien peu de qualités requises lit-on dans ]& Préface de ce poème en un poète héroïque fameux.. dans un plus beau jour. Boileau. Ce fut plutôt un essai. et de pou- non seulement le dire avec exactitude... se soit plus naïvement étalée. ce n'est pas du tout une raison pour être capables d'écrire nousmêmes à volonté Y Enéide ou Y Iliade. et si la théorie.DE MALHERBE JUSQU'A BOILEAU. puisqu'on a cru pendant deux cents ans le contraire. comme on disait alors. la 77 composition d'un corps. — je n'ai point cru égaler les princes du Parnasse. Pareillement. qui ne m'en était pas tout à fait inconnue. mais Chapelain en était certainement convaincu quand il voulut joindre les exemples aux préceptes. ou celle de Y Enéide. de savoir ce qui fait la beauté de Y Iliade voir. J'ai apporté seulement à V exécution de mon sujet une connaissance assez passable de ce qui y était nécessaire.. que sans avoir une trop grande élévation d'esprit on pouvait la mettre heureusement en pratique.. il ne s'ensuit pas du tout que nous puissions reproduire la combinaison qui constitue ce corps. ne me servirait point à montrer à mes amis. aussi lui. ou qu'on a écrit comme il si l'on le croyait. pour voir si cette espèce de poésie. mais le montrer avec évidence. au besoin. et j'ai l'air de dire une naïveté. et si la Pucelle est prodigieusement .. mais ce n'en est pas une. Voltaire même l'a cru quand composait sa Henriade. peutêtre. atteindre au but où ils ont inutilement visé. quand il composait son Art poétique. et qu'il composa la Pucelle. était une chose véritablement déplorée. condamnée comme impossible par nos plus fameux écrivains. par mon exemple. et.

quand on se met à droite. du moins on ne se lasse — — pas d'en Je dirai lire la Préface : maintenant en peu de paroles. suivant Charles. « Quand je considère en moi-même la disposition des choses humaines. un paysage. d'en éditer les douze derniers chants.78 l'évolution des genres. il n'y a rien de plus lourd non plus que la Pucelle. la volonté. ennuyeuse à lire quoi qu'en aient dit ceux qui ont eu l'idée singulière. sujets et ennemis de Charles.... c'est de l'histoire. je disposai toute sa matière de telle sorte que la France devait représenter faïui de l'homme. et regardée de l'autre. par malheur pour Chapelain... le roi l'action à l'universel. et en dépit des règles. les divers transports de l'appétit irascible.. quand on se met à gauche. qu'afin de réduire les préceptes. irrégulière. Encore je ne veux rien dire des vers. je la compare à certains tableaux que jeu de la perspective. comment que l'on se place. et de ne pas Ja priver du sens allégorique. eu guerre avec ellemême et travaillée par les plus violentes émotions. maîtresse absolue et portée aussi bien facile à porter au mal sous l'apparence du bien l'Anglais et le Bourguignon.. l'un favori et l'autre amante du prince. mouvements de l'appétit concupiscible. inégale. regardée d'un côté. confuse. par sa nature. ce que ce n'est jamais ni de nulle part. c'est un poème.. S'il n'y a rien de plus pédant. des comparaisons et des descriptions. » l'on montre comme un La Pucelle de Chapelain ressemble à ces tableaux dont parle Bossuet. par lequel la poésie est faite l'un des principaux instruments de rarchileclonique. d'un prosaïsme . un portrait.. mais : Amaury et les différents Agnès. elle y voudrait ressembler du moins. mais. c'est de la morale. voilà tantôt dix ans.

Quatre éditions s'en succédèrent en moins de deux ans. sans compter l'édition d'Amsterdam. s'emparer de l'opinion par le moyen des gens de lettres. on sur la Pucelle.DE MALHERBE JUSQU'A BOILEAU. tout en bâillant. que la publication de la Pucelle aurait porté le coup mortel à la gloire de son auteur. avec la plupart des historiens. en 1661. qui paraissaient dans temps. lui aussi. qui même ne parurent pour « bâilla » et. Et. ni rien enfin qui fût plus propre à faire périr sous le ridicule la réputation et l'autorité littéraire d'un homme.. et une contrefaçon de Leyde. mais on se cacha de bâiller. Même. chez le libraire Sambix. de régner parmi les beaux . quand Colbert. d'une langue plus incolore dans son abstraction soutenue. et c'est comme fit le cardinal même . Jusqu'aux Satires de Boileau. voulut. de Chapelain qu'il continua-t-il ce qu'on pourrait appe- ler le surintendant des lettres. La prévention fut la plus forte. héritier de la tradition du cardinal. chez les Elzeviers. de 1656 à 1657. ou ajouter cet ornement de plus à la splendeur du décor monarchique. on déclara que l'ouvrage était d'ailleurs « parfaitement beau ». c'est à l'auteur de la Pucelle qu'il s'adressa. et — ce qui est plus triste à croire — la le vogue même des Provinciales. et l'on se trompe quand l'on croit. elle aussi . alors au comble de sa réputation. 79 plus laborieux. Aussi. La sienne pourtant n'y périt point. la première fois qu'en 1665. et douze ou quinze ans s'écoulèrent avant que le poème à son tour discréditât le nom de Fauteur. le nom de Fauteur fit valoir le poème. on a pu prétendre que la vogue du poème aurait un instant balancé celle de la Clélie de Mlle de Scudéri.

80 l'évolution des genres. c'est-à-dire Aristote et Horace.. Scaliger. pourvu qu'elles soient pratiquées.. ainsi que l'on disait alors. même qui continue de présider aux délibérations et aux séances de l'Académie. comme lui. Riccobon. et grand nombre d'autres poèmes épiques en divers langues. de la Jérusalem sans du Tasse. de l'étude de tous ces préceptes et de la lecture de tous ces poèmes héroïques. ». ni peut-être y songer seulement. et alors la plus ap- préciée. mais sans pouvoir l'éclipser. ayant en effet toutes les qualités de l'em- sans en excepter la première. la Thébaide de Stace. Yossius. et. voici les règles que j'en ai formées.. la Guerre civile de Lucain. Or. les maîtres. et par conséquent infaillibles. Vida. curieux avant tout de faire qu'ils n'ont rien entrepris savoir toutes les proportions et tous les alignements enseigne ». de « régenter le Parnasse ploi. c'est Chapelain... Robortel. les Holands amoureux et furieux de Boiardo et d'Arioste l'incomparable Hiérusalem délivrée du fameux Torquato. et plusieurs autres et passant de la théorie à la pratique j'ai relu fort exactement Y Iliade et Y Odyssée d'Homère. et comme voir aux lecteurs « que l'art lui. C'est avec lui que rivalisent. celle de tenir les cordons de la bourse. celle. J'ai donc consulté les maîtres là-dessus nous dit l'un d'eux dans sa Préface. tous ces poètes épiques inspirés.. en même temps après la Pu- qu'aux faveurs. esprits. Y Enéide de Virgile. Mambrun. et l'auteur de YAlaric. régies Urées de celles d' Aristote. Mais. comme « le meilleur poète français et du meilleur jugement ». Rap- pelez-vous ces dédicaces qu'on voudrait pouvoir ôter des œuvres du grand Corneille. Piccolomini. Paul Benni. et après eux Macrobe. et celui du Saint-Louis. du Tasse et de tous ces autres grands hommes. le Tasse. et c'est le fameux Scudéry. Castelvetro. et celui du Clovk. . — — : .

dans ses Discours et dans ses Examens. à la grande éloquence. de d'Aubignac. 81 ni On ne saurait. qui est de 1657. et de l'esprit de sa cri- tique. Il en est de même pour la tragédie. et le fond. à ce que je vous indiquais tout à l'heure savoir. dans sa Pratique du Théâtre. mieux traduire Chapelain mieux répondre. Mais ce n'est pas tout encore. et de Corneille enfin. en égalant les œuvres. Et nous. dans sa Poétique. l'établissement de la souveraineté des règles. il nous reste à joindre aux exemples et au nom de Chapelain le nom et surtout les exemples de Balzac. de lui. pour renouveler ce plaisir. quel en est le rapport avec les doctrines ou les idées de Chapelain. en vérité. qui paraissent pour la première fois en 1660. et vous pourT. en attendant. Quel est d'ailleurs le rapport des idées ou des doctrines de Pilet de la Mesnardière. Si l'on le contredit ou qu'on le chicane sur des détails. ou. datée de 1640. i. comme on dit alors. G . pour cela. vous le voyez. c'est bien de lui que tout cela procède. c'est pour cette raison que nous l'avons à bon droit regardé comme le représentant en son temps des nouvelles tendances de la critique.DE MALHERBE JUSQU'A BOILEAU. en règles ou en recettes. et. prétendues infaillibles. Balzac aussi s'est occupé de critique. et de sa critique. la comme le caractère particulier : de cette seconde époque de la critique en France à métamorphose des observations que les érudits ont faites sur le plaisir qu'ils trouvaient à la lecture de Y Iliade ou de la Hiérusalem. et il nous reste à montrer l'extension de ce genre de critique aux œuvres de la prose. c'est on est d'accord avec lui sur le fond. Mais. nous le verrons plus tard.

82

l'évolution des genres.
de ses Disserta-

rez lire avec utilité quelques-unes
tions, la dissertation

sur la Grande Éloquence entre

autres; ou la dissertation sur le Style burlesque. Mais vous lirez surtout ses œuvres, parmi lesquelles vous aurez soin de distinguer d'ailleurs les premières

d'avec les dernières, ses Lettres familières, aussi peu
familières que possible, d'avec ses Dissertations, son
Aristippe, ou

son

S ocrât e
on
fait

chrétien.

Balzac

a écrit

trente ans; et c'est être injuste à son égard

que de

ne

le

juger,

comme

habituellement, que sur

ses premiers écrits. Je sais d'ailleurs de lui, dans ses premiers écrits eux-mêmes, des pages qui ne ressemblent pas aux citations sous le ridicule ou l'emphase

desquelles on l'accable depuis Voltaire; qui ne sont pas indignes de la réputation d'unique éloquence qu'il
a eue de son temps; et dont ce n'est pas seulement
le

nombre

et

l'harmonie, la sonorité retentissante, la

beauté tout extérieure, mais déjà la force et l'autorité qui annoncent Pascal et Bossuet. Est-ce que l'on

n'entend pas, dans ce passage du Prince, quelque chose de l'accent prochain des Provinciales^
une autre théologie, plus douce el 11 est venu depuis plus agréable, qui se sait mieux ajuster à l'humeur des grands, qui accommode toutes ses maximes à leurs intentions, et n'est pas si rustique et si incivile que la première. La cour a produit de certains docteurs qui ont
trouvé le moyen d'accommoder le vice et la vertu, et de joindre ensemble des extrémités si éloignées. On donne aujourd'hui des expédients à ceux qui ont volé le bien d'autrui pour le pouvoir retenir en saine conscience. On enseigne aux princes à entreprendre sur la vie des autres princes, après les avoir déclarés hérétiques en leur cabinet.... Outre cela, comme si notre Seigneur était mer-

DE MALHERBE JUSQU'A BOILEAU.
;

83

cenaire et qu'il se laissât corrompre par présents comme si c'était le Jupiter des païens, qu'ils appelaient au partage du butin et de la prise; après un nombre infini de crimes dont ils sont coupables, on ne leur demande ni larmes, ni restitution, ni pénitence; il suffit qu'ils fassent quelque aumône à l'Église. On compose avec eux de ce qu'ils ont pris à mille personnes, pour une petite partie qu'ils donnent à d'autres à qui ils ne doivent rien, et on leur lait accroire que la fondation d'un couvent, ou la dorure d'une chapelle, les dispense de toutes les obligations du christianisme, et de toutes les vertus morales.

Je m'écarte de notre sujet;


et

mais, on

lit si

peu

Balzac aujourd'hui que je veux en mettre sous vos yeux uue autre page encore, où vous verrez claire-

ment

le

mélange de ses défauts

de ses qualités

:

Les grands événements ne sont pas toujours produits par les grandes causes. Les ressorts sont cachés et les machines paraissent, et quand on vient à découvrir ces ressorts, on s'étonne de les voir si faibles et si petits.... Une jalousie d'amour entre des personnes particulières a été la cause d'une guerre générale des noms baillés ou pris par hasard, les Verts et les Rouges des jeux du cirque ont
;

formé les partis et les factions qui ont déchiré l'Empire. Le mot on le corps d'une devise; la façon d'une livrée; le rapport d'un domestique; un conte fait au coucher du roi ne sont rien en apparence, et par ce rien commencent les tragédies dans lesquelles on versera tant de sang, et on verra sauter tant de têtes. Ce n'est qu'un nuage qui passe et une tache en un coin de l'air; elle s'y perd plutôt qu'elle ne s'y arrête. Et néanmoins c'est cette légère vapeur, c'est cette nuée presque imperceptible qui excitera les fatales tempêtes que les États sentiront, et qui ébranlera le monde jusqu'aux fondements. On s'est imaginé autrefois que
c'étaient
les intérêts des maîtres qui mettaient en feu toute la terre, et c'étaient les passions des valets.

84

L

EVOLUTION DES GENRES.

Jl y a là, sous la rhétorique, sous le redoublement de l'expression, sous l'abondance et sous la diversité cherchées de la métaphore, une philosophie de l'his-

qu'on pourrait comparera celle de Voltaire dans son Essai sur les mœurs, quoique Balzac assurément en voie moins clairement toutes les liaisons et toutes
toire

les

conséquences. Mais il y a en même temps des qualités nouvelles
:

alors dans la prose française un effort vers le développement de l'idée, une justesse et une propriété de l'expression, une harmonie de la phrase, un nombre oratoire enfin que vous chercheriez inutilement chez
les

prédécesseurs de Balzac, je dis chez les plus grands,

chez Montaigne
la
clarté,

même

et

chez Rabelais. C'est l'ordre

qui s'introduit dans le discours, c'est la logique, c'est
c'est

aussi la règle.

Une rhétorique

tout

entière est pour ainsi dire contenue dans ces phrases

qui sentent le travail, sans doute, mais qui donnent
aussi l'idée d'un discours

plus naturel, plus libre,

moins orné, mais aussi net et aussi savamment arrangé que celui qu'elles composent. Et si le pédantisme n'en est pas encore tout à fait absent, du moins y est-il autre, moins barbouillé de grec et de latin. Notez encore, à cet égard, dans ses Dissertations les jugements si curieux de Balzac sur Montaigne, et sur les écrivains du xvi° siècle en général, sur les
,

poètes en particulier.
laient, défiguraient

« Ils

traduisaient mal, au lieu
ils

de bien imiter. J'oserais dire davantage,

barbouil-

dans leurs poèmes
et

les

anciens
vifs,

poètes qu'ils avaient lus; et n'y voit-on pas encore

maintenant Pindare

Anacréon, écorchés

qui

crient miséricorde aux charitables lecteurs.

»

Boileau

DE MALHERBE JUSQU'A BOILEAU.

85

ne dira rien de plus vif ni de plus juste; et puisque aussi bien j'emprunte ce passage à la vingt-quatrième Comparaison de RonDissertation critique, intitulée sard et de Malherbe, c'est le cas de fermer le cercle, et
:

de dire en termes généraux que ce que Malherbe a

fait

pour
Si

la poésie, Balzac est

venu

le faire

pour

la

prose

française.

faire à votre tour

mieux voir encore, vous pouvez une comparaison tout à fait instructive, et rapprocher la Préface que Cassaigne a mise en avant des Œuvres de Balzac, dans la grande édition de 1643, de celle que Ton trouve dans le Malherbe de 1666, en tête des œuvres du maître, et qui est d'Antoine Godeau. L'un et l'autre en effet, Cassaigne et Godeau, ce qu'ils louent dans la poésie de Malherbe et dans la
vous voulez
le

prose de Balzac, ce sont les

mêmes

mérites presque

dans
et

les

mêmes
;

termes;

c'est le versificateur et c'est

le rhéteur,

également versés dans les secrets de l'art ce sont les industrieux et savants du métier artisans de syllabes et de mots; ce sont les maîtres, ou plutôt encore les instituteurs de ceux qui les ont suivis, et non pas tant enfin les exemples mêmes ou les modèles qu'ils ont donnés que les leçons qui s'y

trouvent implicitement contenues.

gens

Mieux nés d'ailleurs que Chapelain, plus « honnêtes », comme on va bientôt dire, plus hommes du monde., moins érudits, et en un certain sens moins
pédants,
ils

sont d'esprit déjà plus libre, et plus

éman-

cipé de l'imitation

ou de la superstition des anciens. « Il y a de la fausse monnaie en grec et en latin, écrit Balzac à Chapelain lui-même; la sainte, la vénérable

86

l'évolution des genres.

antiquité nous en a débité plus d'une fois; et quantité

de mauvaises choses du temps passé trompent encore aujourd'hui sous l'apparence du bien. » De son
côté Malherbe faisait volontiers profession de ne voir

goutte,

comme

il

disait, «

Entendons bien

ceci

:

la

au galimatias de Pindare ». langue française commence
et,

à se sentir en état de marcher toute seule

selon

l'expression de Sainte-Beuve, sa rhétorique est ache-

vée

:

voilà ce

que Balzac

et

respectent les modèles, mais

Malherbe veulent dire. Ils ils ne doutent pas qu'on
et

ne les puisse égaler,

et leur critique, déjà plus exercée,

n'en conseille plus l'étroite

scrupuleuse imitation.
«

Quand
tence
»

ils

empruntent un vers à Virgile ou une
ils

sen-

à Sénèque,

ne

les

mettent plus entre guilet

lemets,

comme
«

faisait

Ronsard,

comme

faisait

Monici

taigne. Ils ont la prétention, c'est encore Balzac

qui parle,
qui

d'aller

« n'était

au delà de leur exemple pas bon au lieu de son origine

»; et ce
» ils se

croient fort capables de le rendre meilleur.

Ou en
ils

d'autres termes encore, les règles qu'ils ont tirées de
la lecture et

de la méditation des anciens,

n'en

retiennent plus que la forme, et c'est d'eux-mêmes
qu'ils vont maintenant tirer leur fond. Comment et par quels moyens, c'est ce que nous verrons en parlant de Boileau.

1G

novembre

I8S9.

TROISIÈME LEÇON

BOILEAU-DESPRÉAUX
1665-1685.

Espagnols, Italiens et Gaulois; Cultistes, précieux et burlesRéaction de l'esprit bourgeois contre la Boileau. ques. Les Satires et la première littérature aristocratique. Formation de l'idéal clasépoque de la vie de Boileau. L'autorité de la raiL'imitation de la nature. sique. Du fondement de l'imiL'imitation des anciens. son. La religion tation des anciens dans la doctrine de Boileau. Troisième époque de la critique, ou les de la forme. règles fondées en nature et en raison.

— —

Messieurs,
Je vous disais l'autre jour, en vous parlant de Cha-

pelain

et j'insistais

même

la règle des trois unités,

— qu'autant que des anciens,
comme dans
le

sur ce point à propos de
sa critique,

Chapelain, dans ses œuvres
Italiens.

avait été l'imitateur ou l'élève des Espagnols et des

Tout en

effet,

vous

savez sans doute, était
si

alors à l'Italie ou à l'Espagne,
littérature
lain,

je puis ainsi dire; la
;

elle-même comme les modes et Chapequi pouvait bien être homme à guider les cou-

ne l'était pas à les remonter. et les Espagnols. les Italiens. l'auteur de cet Adone que Chapelain lui-même avait débuté par louanger dans une préface mémorable. dont il ne fait pas le chapitre le moins original.. Pour nous. Sur tous ces personnages. qui contiennent : plus de lyses. de plus philosophique. ni de plus agréable à lire que celle de de Sanctis. plus d'ana- mon gré. les Le- . dont le nom est devenu synonyme d'emphase et de galimatias. mais que je vois qu'on appelle. et sur le caractère de leurs œuvres. c'était le cavalier Marin. comme on dit aujourd'hui. Il ne manque . pour les Espagnols. dans l'excellente ou plutôt dans la remarquable Histoire de la Littérature italienne de Francesco de Sanctis. et un autre encore plus illustre. les Marini et les Bartoli sont les maîtres de la préciosité. à ce moment de leur his- toire. dans Y Histoire des Idées littéraires en Espagne au xvn° siècle de M. d'un consentement unanime. de meilleure. si il nous suffit que. un certain Ledesma. plus de dates. c'était l'auteur de Don Quichotte. de plus « documentées ». il y en a. Or. mais c'étaient surtout les Conceptistes et les Cultistes. que j'avoue que je n'ai point lu. et pour notre il n'y en a pas. c'était un certain Bartoli. je veux dire le fameux Gongora. — — pas d'autres histoires de la littérature italienne il y en a de plus volumineuses. le « Marini » de la prose. rants.. vous trouverez de nombreux renseignements. plus de titres. à objet. faits. sans entrer ici dans plus de détails. qui est aussi celui de Persile et Sigismonde. comme nous l'avons vu.. d'un nom assez significatif. Menendez et y Pelayo vous en trouverez pour les Italiens sur le Marinisme en particulier.<S8 l'évolution des genres.

je cherche tous les remèdes imaginables contre la violence de la chaleur. 89 desma et les Gongora le soient. » Lisez encore les lettres ou les petits vers de Voiture. et fait un vent dans ma chambre qui ferait des naufrages en pleine mer. de mettre dans les choses que l'on dit. En voici quelques exemples l'esprit et . qu'ils confondent avec l'admiration. dans le tour de la phrase.. Si je pouvais complaire à mon jaloux dessein. parce qu'il faut avoir quelque chose à dire. On veut se « distinguer ». : . l'amoureux Pyrame à son amie ïhisbé. Les Heurs' que sous tes pas tous les chemins produisent. Dans l'honneur qu'elles ont de te plaire me nuisent. de l'emphase et de l'amphigouri. ce me semble.. c'est de chercher dans la surprise ou dans l'étonnement. son tour. le principe de la beauté. se tirer de la foule. ni même toujours possible. J'ai un éventail qui lasse les mains de quatre valets. on la met. au mois où nous sommes. eux. et Balzac. dans l'usage imprévu que l'on fait des mots. on essaye au moins de la mettre dans la manière dont on dit les choses. on veut dire des choses « qui ne s'attendent point » et l'originalité qu'il n'est jamais facile.BOILEAU-DESPRÉAUX. à si Valette. ce que ces deux défauts de du style ont de commun entre eux. dans la tragi-comédie du poète Théophile. dans la lettre au cardinal de la souvent citée « Présentement. Ton ombre suit ton corps de trop près. : Emphase ou Mais je dit me sens jaloux de tout ce qui te touche. J'empêcherais tes yeux de regarder ton sein. Préciosité.

ni la préciosité ni le cultisme n'avaient triomphé d'un vieux fonds gaulois. avant d'y venir.. Enfans impétueux de mon ressentiment. que tandis que les uns. telles que Y Histoire comique de Franc ion de Charles de . et Voiture est plus grand Corneille a souvent trouvé le secret d'être à la fois l'un et l'autre. Mais. qui subsistait donc toujours. A Si d'ailleurs vous étiez curieux de bien préciser la et nuance. des dames de Rambouillet et l'illustre Sapho elles ont défrayé des volumes.. ou grotesques. .. et qui s'épanouissait librement en inventions burlesques. rien qu'en se mettant en travers de ce double courant. cherchent plutôt leurs effets dans la subtilité des pensées et dans le raffinement de Ainsi parlait on à l'hôtel de Rambouillet. mais on n'a oublié que de nous dire ou d'essayer de nous dire ce que c'est que la Préciosité.. ou peut-être tout simplement grossières. Tout le même effet le sujet serait monde en a parlé des Précieuses. . Balzac est plus « « précieux ». qui la mort d'un père a donné la naissance. les précieux... comme en dépit de la Pléiade. l'expression. nous pouvons mesurer la grandeur du service qu'allait rendre Boileau. ment cette différence. la recherche en serait intéressante. Dès à présent.. Impatients désirs d'une illustre vengeance. les autres les demandent plutôt à : l'énor- mité des hyperboles ou à l'ampleur des mots Je chante le vainqueur des vainqueurs de la lerre. à peu près neuf. mais le emphatique ». Il y a seuleou cette nuance. il faut encore noter. qu'en dépit de l'Espagne et de l'Italie.90 l'évolution des genres.

BOILEAU-DESPRÉAUX. . (1648). allait prendre la quatrième. monsieur le Tibre. sur traces de l'auteur des Lettres Provinciales. ce que Boileau représente avant tout dans la critique et dans la littérature du xvu c siècle. dans la cour du Palais. comblé de trois moulins.. Boileau. c'était là ce que l'on appelait de l'esprit et quand on voulait rire. lui. De faire ainsi tant de façon. Il qui.. se délassait. Sorel (1632). aux environs de 1640.. au centre et dans l'antre de la chicane et de la basoche. né d'aïeux avocats. vous sied bien de vous vanter D'avoir de quoi le disputer A tous les fleuves de la terre. N'oseriez défier en guerre La rivière des Gobelins. J'emprunte une strophe au second de ces trois ouvrages (1643). Vous Il y en avait sur ce ton un peu plus de mille vers et. bourgeois né dans la Cité même. Vous dans qui le moindre poisson A peine a le mouvement libre. comme Poquelin et comme Arouet. c'était à cela que l'on . — les Vous savez que. Entre les trois directions qui s'ouvraient devant lui. . la 91 Amant Rome ridicule du sieur de Saintou le Virgile travesti de Scarron. livre dont il fît plus de cas — il n'y avait pas de Fils d'un père greffier. parmi lesquels ce serait miracle qu'il ne se fût pas glissé quelques procureurs ou quelques sous-greffîers bourgeois de Paris. : 11 vous sied bien. ce qu'il . dans toute la langue.

elles ne peuvent donc être acceptées et intelligemment pratiquées que par eux. par la nature même de ses défauts. y représente. de Vida. . par ses fourbes acquis. ne pouvant être contrôlées que par des érudits. l'esprit bourgeois prend conscience de sa force. Remarquez en et les effet qu'avant il lui. Je veux dire. s'émancipe de la gneur ou du financier. parla qualité du public auquel ils s'adresque ce soit le public restreint des gens de cour public à peine un peu plus étendu des ruelles il s'oppose à l'esprit aristocratique des salons et des il ruelles.. et à tous égards. Bientôt même et il ne craindra pas. comme pour entendre les « règles » de Chapelain lui-même.. par l'habituelle affectation de gentilhommerie dont les écrivains se croient tenus. c'est l'avènement de l'esprit bourgeois. et vous venez de le voir. . Pour comprendre et pour goûter les Lettres de Balzac. jadis laquais. d'une manière éminente. qu'appuyées comme elles sont sur l'autorité des anciens ou sur celle des Italiens.92 l'évolution des genres. sent. avec Molière. comme pour se complaire aux plaisanteries de Scarron. avec Pascal. ou le où l'on singe la divine Arthénice elle l'est enfin. de Robortelli. Mais. de Scaliger. et protection du grand seiconséquemment de l'obli- gation de leur plaire. avec Boileau. Qu'un million comptant. de Castelvetro. il y faut une éducation spéciale. dans les Satires et dans la comédie. puisque George y sait vivre. — dont convient de joindre — la littérature est essentiellement aristocratique. de s'attaquer presque de front aux partisans Que George vive aux marquis : ici. a fait comte et marquis. elle l'est. De clerc. qu'avant Molière ici qu'avant Pascal noms au sien.. Elle l'est.

comme d'une outre d'Éole. et il ose le dire : Qui pourrait aujourd'hui. et aux pédants en sa personne il s'en prend aux « grotesques » il s'en prend à Quinault. mêlés et compensés. il s'en prend à Chapelain d'abord. Défauts et qualités. une certaine étroi- tesse d'esprit. Ce Tasse encore que l'on admire. et Rome dans Paris? . Rien de plus naturel en satire uns. je ne sache pas dans l'histoire de notre littérature. en insistant d'abord sur que Boileau est un bourgeois de Paris. . sans un juste mépris. en a rhume ur indépendante et brusque. la splendeur du faux goût italien. Voir l'Italie en France. tous les Alaric. la défiance innée de tout ce qui n'est pas clair ciel. — la — dût-il d'ailleurs être superfi- philosophie sommaire. il tous les Moïse. C'est ce 93 ce fait que je veux dire. Clovïs. ressemd'esprit. il Il daube sur les daube sur les autres. toutes les Pucelle. et cette Jérusalem d'où sont sorties pour lui. avec une liberté qui va jusqu'à son maître Corneille. que du paillon. dans la sûreté de son goût. volontiers satirique. : commence par l'induire première époque de sa vie littéraire.BOILEAU-DESPRÉAUX. je n'y trouve point de et plus modèle plus complet. c'est la si cette indépendance aidée du goût de la raillerie. n'y voit que du « clinquant ». et enfin cette franchise un peu rude qui est la probité du critique. qu'il qu'il Test de naissance et d'éducation. . étendez-la de 1660 à 1670 environ. beaucoup de confiance en lui-même. qu'il Test d'instinct et de goût. plus original blant de l'esprit bourgeois. tous les tous les Saint -Louis.

il a d'ailleurs avec lui Molière. et je n'oserai rire! Ce qu'à Dieu ne plaise. : il se pique. C'est son humeur qui agit seule en lui. réplique de Boursault.. que nous nous demandons comment la victoire ne s'est pas décidée tout de suite en sa faveur. pour le soutenir dans la il a La Fontaine. sa satire est toute encore de verve. La réponse n'est pas difficile nous sommes dans le siècle de la règle et de la discipline. mieux adressés. sont plus vigoureux et plus droits. en d'autres . il redouble de verve. Peut aller au parterre attaquer Attila. il s'anime. on lui ré- et les répliques : ré- plique de Gotin. Lui. On sera ridicule. ce qui lui déplaît est mal. et on attend qu'iL ait énoncé. : En effet. jusqu'ici. sans craindre le holà. il a Racine il a le public . d'en épargner aucun. il Naturellement aussi.94 l'évolution des genres. En vain il veut parfois Sa plume aurait regret l'aire grâce à quelqu'un. Il se venge en riant de l'ennui de ses lectures. ce qui lui plaît est bien. Et je serai le seul qui ne pourrai rien dire. il a tellement raison. et ce qu'on attend donc pour passer à lui.. comme pond. les coups. ou sur presque tous. formulé sa lutte. Les pamphlets pleuvent attaque. comme nous dirions. il s'encourage à la satire Un clerc pour quinze sous. il . réplique de Saint-Sorlin. sa critique est toute personnelle. ou. Ou. elle ne donne point de raisons. aura bientôt le roi même et sur tous les points. . riposte à son tour.. en vérité! et la bataille s'échauffe. réplique de Coras. et doctrine.

ni de calculé. il réfléchi. termes. il la traduit dans ses pitres et dans les vers de son Art poétique c'est la seconde époque de sa vie littéraire. le mot prompt. Mais en « quoi l'un et l'autre s'accorde. ils sont surtout livresques. plus délicate et plus ornée. c'est à la trouver parfaite à se flatter de la » perfectionner s'ils « de les même aussi les grotesques. retournent à leurs bouquins. ii 95 ne blâme ni ne loue par principes. et celui?ci la ». et nous pouvons l'étendre de 1670 à 1685 à peu près. Or. qui empêche de voir la nature. contours du temps. selon l'expression imEt chargent « ». E : autre. la main leste. i] n'a pas plus tôt commencé de réfléchir. . d'une manière. c'est que. sans en bien savoir le pourquoi. Pour les précieux. mais a seulement le goût juste. et. ils s'éloignent de la nature. je puis ainsi dire. mais l'insolence heureuse de la jeunesse. saurait suffire. le lendemain. Celuilà trouvait la trouve « trop frugale en ses ajustements ». quoique ce soit au fond la même ce ne sont pas les livres. Si Chapelain la voudrait plus réglée. ils se nourrissent d'une fausse érudition qu'ils vont dégorger dans le monde . chose. qu'il s'aperçoit que tous ceux qu'il attaquait. mais les de recommencer. ni de d'instinct. plus compassée. et. c'est une autre affaire. rien de pédant. plus rectiligne. et nature trop irrégulière. au service du bon sens il et de l'honnêteté littéraire. eux.BOILEAU-DESPRÉAUX. puisque. Ce- ne tarde pas à s'apercevoir que cela ne il cherche la règle de ses jugements. ou d'une pendant. il la trouve. Voiture la veut plus mièvre. si Tous ces pédants sont artificiels. c'est le monde. c'est que. ils traversent la vie comme puis ils sans l'apercevoir.

.96 l'évolution des genres. ils se se gênent... Que Car la nature donc soit notre étude unique.. et Les autres voulaient eux aussi. et sans prétendre à faire qu'elle.. le vrai seul est Rien n'est beau que Il aimable. et qui domine toutes les autres. Chacun pris en son air est agréable en soi.. les pédants. qui les résume ou qui les juge. Ht maintenant il ne faut pas Quitter la nature d'un pas. en trop plate faisant rire. comme pour comme pour lui Pascal ou comme pour Bossuet. ou plutôt encore celle que toutes les autres n'ont pour objet que de nous aider à suivre. les comme précieux « et comme ». la nature plait sans étude et sans art le vrai. et. torturent. ils trou- vent la nature plaire. imité ne puisse plaire aux yeux. Ainsi s'exprime comme pour Molière. mais d'une autre manière. ils se contorsionnent pour faire « plus drôle » que nature. celle — quelque part La Fontaine . ou le quolibet et la turlupinade. . Lisez plutôt Saint- Amant ou il Scarron.. il mieux. — l'imitation de la nature. n'est pas de serpent ni de l'art Qui par monstre odieux. plus noble ou plus plaisant l'imiter. faut Nous avons changé de méthode Jodelet n'est plus à la mode. le comme la caricature en est le moyen ils plus simple... : Et la conclusion n'est pas non plus difficile à tirer faut retourner à la nature . voilà pour Boileau la règle des règles.

et. ce n'est 97 le savez. dont l'une était ornée D'une langue en ragoût. et. mais lui-même il l'applique. vous Boileau. la dégrader. dans telle de ses Satires le Repas ridicule. l'idéaliser T. ou i.. non seulement la laideur. en un certain sens. le . Cette vie est à tous. Redouter ses baisers pleins d'ail et de tabac? Cependant la nature est bien vaste et. une ou deux fois au moins. — — assiettes suivaient. tout n'est-il pas dans la nature ? et. d'un repas sortant tout enfumée. caprice et la fantaisie. Dont un beurre gluant inondait tous les bords. de persil couronnée. mais la monstruosité ne sont-elles pas de la nature? A plus forte raison. est une vie humaine! Quand C'est ce qu'un plus grand poète exprime encore. L'autre. Même. quand il fait observer qu'on ne saurait sortir de la nature. dans pas assez. le diable y serait. Fait.. qu'avec des moyens qui en 7 . Deux Ou bien encore : T'ai-je fait voir de joie une belle animée Qui souvent. conséquemment. poussé trop loin le naturalisme ou le réalisme de l'exécution. qu'il composait en 1693. par exemple. mais la singularité. et celle que je mène. vous le savez encore. Ces sortes de vers abondent. d'un godiveau tout brûlé par dehors. mais la bizarrerie. que d'énoncer la règle. trop faibles d'estomac. d'une façon moins humoristique et plus vraie. même à ses amans. on peut se demander s'il n'a pas peutêtre.. la recommandation de l'imiter est bien vague. ou la Satire sur les femmes.BOILEAU-DESPRÉAUX.

il y a des cas de tératologie morale. à ce propos. qu'y avait-il de plus logique et de plus conséquent que de vouloir les fonder en raison? Nous imiterons donc la nature. sont. que nous n'imiterons la nature qu'en tant que nous la trouverons ellemême raisonnable. qui ne sont pas naturels quoi- . qui eu font eux-mêmes partie. arrêt de développement. hypertrophie de l'organe. à lui tout seul. mais ce pas dire grand'chose. est-il naturel d'être hydrocéphale. tout d'abord. car. Cela veut dire. je suppose. Inversion. celui de l'imitation de la nature. Considérons un peu ce que ce seul mot dont je crains bien à la vérité que Boileau n'eût jamais voulu se servir enveloppe de conséquences. de reproduire la il faut convenir maintenant d'un principe nature qui restreigne. et nous l'imiterons fidèlement. en s'y ajoutant. bec-de-lièvre ou pied bot? Non. c'est donc bien. tous ces mots qui nous disent comment les monstruosités s'engendrent. c'est celui de l'autorité ou de la souveraineté de la raison et. Recommander n'est l'imitation de la nature. de sentir. Ce principe. si l'on ne précise à son tour la nature de l'imitation. cela n'est pas naturel. — — — n'ont pas raison d'exister. logique et conforme à son propre plan. impliquent par eux-mêmes qu'elles — — — . puisque c'est même une déviation du plan de structure qui est celui de l'homme. et chacun de nous enfin ayant sa manière de voir. Par exemple. Pareillement. en effet. il se peut bien que le cartésianisme soit ici de quelque chose mais Boileau n'était pas incapable de le découvrir. mais nous ne l'imiterons qu'en tant que rationnelle. après avoir fondé les règles en nature.98 l'évolution des genres.

ou avec une fourchette. les Nous ne s'il imiterons pas.BOILEAU-DESPRÉAUX. que nous n'imiterons la nature qu'en tant que nous la trouverons conforme ou identique à elle-même dans l'espace et le temps. les sentiments. antérieure à l'expression qu'on en donne* et capable de durer plus qu'elle. ne modifient point la nécessité de manger. dans serpent nature à la partie. les mets que l'on mange. et la façon dont on les assaisonne. en passant du physique au moral. les idées sont les mêmes. qu'ils soient 99 la dans la nature. ni de monstre odieux imité ne puisse plaire aux yeux. en second lieu. le « monstre » ou dans retrouvions nous pour ainsi dire la ». base. n'affectent pas. si vous le voulez. Ainsi. De Paris au Pérou. Fit justice en son temps des Gotins d'Italie* . avec les doigts. les passions. en tant qu'universelle et en tant qu'éternelle. appuyée de Lélie. ou du moins ils ne valent la peine d'être représentés par l'art qu'autant qu'ils sont vrais d'une vérité plus générale qu'eux-mêmes. Qui par l'art c'est le « à la condition que. du Japon jusqu'à Rome. sous l'habit de cour d'un grand seigneur français et sous la toge d'un Romain. n'est pas de serpent. et nous nous souviendrons que. Pareillement. et qui ne représentent pas. C'est ainsi que Lucile. mais au contraire qui la contredisent. la manière dont on mange. et qu'ils en soient eux-mêmes une Gela veut dire.

se juger du dehors. leur A exemple. mais d'eux-mêmes. pourvoir. de du- rable. le contingent d'avec le nécessaire. cependant nous souffrons des mêmes peines comme nous jouissons des mêmes plaisirs. d'avoir éprouvé nous-mêmes un sentiment. nous n'imiterons de la nature entière que ce que tous les hommes consentiront à nommer avec nous des noms de nature et de naturel. sortir de soi. il y a quelques points dont tous les hommes tombent d'accord et si changeante que puisse être notre sensibilité non seulement d'un homme à un autre homme. et nous n'en imiterons que ce qu'elle a de plus permanent. il faut comparer. Nous nous garderons donc d'abonder dans notre sens propre. suffit .100 l'évolution des genres. pour être assurés de la vérité de nos idées. Et. — — — — . Au contraire. dans discerner l'éphémère d'avec le la nature même. nous nous efforcerons de demeurer toujours en communication avec nos semblables. et. et ptiisqu'enfin ce qui fait le lien des sociétés humaines. Pourquoi la Règle des (rois unités? Parce qu'il n'est pas naturel. le principal d'avec l'accessoire. Le vrai peut quelquefois n'être pas vraisemblable. Suivons ces idées à l'application. ce n'est pas une raison pour qu'il soit naturel. Pareillement. Quelle que soit la diversité des opinions humaines. en comptant avec les sentiments des autres. c'est la raison. il ne pas que nous les concevions. nous essayerons donc. tl faut voir. mais de nous-même à nous-même. et Et cela veut dire enfin que nous ne l'imiterons qu'autant qu'elle est intelligible accessible à tous. Nous ne leur parlerons pas de nous.

BOILEAU-DESPRÉAUX. — Pourquoi encore la proscription du Merveilleux chrétien! Parce qu'il n'est pas naturel hommes qu'on mêle Dieu. . 101 qu'en trois ou quatre heures de temps. : reste seulement une dernière question c'est à savoir qui nous assurera que les règles sont fondées en nature Boileau. il n'est pas raisonnable qu'on disperse à travers l'espace — ou le temps un sujet dont l'effet même dépend. le principe de l'imitation des anciens. et en raison ? et c'est ici qu'intervient Leur constance même. et — Pourquoi — le condamnation des précieux de la Préciosité! Parce qu'il n'est pas naturel qu'on emploie langage à obscurcir la pensée. ou des siècles. — C'est le janséniste Il ici qui perce. si l'on converse ensemble. par hypothèse ou par définition. offre continûment à rire. quoi qu'il dise ou qu'il fasse. d'autre part. et parce que. sans intervalle ni relâche. des années. comme dans le Clovls ou dans la Pucelle. on enferme une action dont la durée réelle aurait rempli des mois.. Parce qu'il n'est pas naturel qu'un homme. toujours assez obscure d'elle- même. d'augmenter le nombre des miracles à croire. répond dans sa doctrine. de parler justement pour n'être pas entendu. du degré de sa concenPourquoi la condamnation du Burlesque! tration. comme correctif. aux affaires des et à quelles affaires souvent. et parce qu'il n'est pas raisonnable de faire parler les reines comme des harengères : ce sont plutôt les harengères qui s'efforceraient à parler la comme les reines. et parce qu'il n'est pas raisonnable.. parce qu'il n'est la Jérusalem du Tasse! pas raisonnable. si ridi- — cule soit-il.. de sa personne. comme dans — et puis. comme complément à la fois et comme moyen.

et On il que Boileau lui-même. Leurs habitations différaient des nôtres. Ni le mariage. ils se chaussaient nous. il ne pourrait sauver sa doctrine du reproche d'arbitraire. Ils n'avaient point ils de redingotes ni de pantalons. ils vivaient sous un autre ciel. c'est même ce qu'il est capital de montrer. ni la famille. Ils avaient des esclaves. Je crains au moins qu'il n'y ait quelque superstition dans l'admiration qu'il professe pour Pindare. et j'aimais mieux la franchise un peu bourrue de Malherbe. pour celui de YOdyssée. ni la propriété n'étaient constitués chez eux sur les mêmes bases que chez chlamyde ou la toge . Mais ce qu'il n'a pas vu. de peine temps. il Ta senti d'instinct. C'est ce qu'il n'est pas mauvais.102 l'évolution des genres. et nous portons des bottes. pour toute sorte l'ait pas nettement aperçue. Grecs et Romains. Avant d'être à lui-même. Il y a tantôt deux mille ans que l'auteur des Satires est mort. sans l'exemple ou l'autorité des anciens. ne d'accord de ce qu'elle pouvait être. mais également vrai que nous ne pouvons nous est bien vrai et de . ou les Satires d'Horace. ou Ylphigénie d'Euripide. dont il ils parlaient d'autres lan- dont il est rendre maîtres qu'à force de patience. Nous lisons donc Y Odyssée d'Homère. et que. qui pourra dire en quel temps il vivait? Tout a donc changé depuis eux dans le monde. dans une société dont la structure différait tellement de la notre qu'à peine aujourd'hui nos érudits sont-ils est possible de raisons. gues. l'individu appartenait à sa communauté. n'en a pas toujours très bien vu l'importance. Enfin. que la nôtre dérive. par exemple. mais portaient la de sandales ou de cnémides. et.

Et cependant. des invasions une religion nouvelle substituée aux fictions de leur mythologie l'esclavage aboli. transformé par la science. et je ne sais en vérité si je ne puis dire de plus intime. Deux ou trois mille ans écoulés des guerres. « J'ai reconnu avec plaisir par l'effet qu'a produit sur notre théâtre tout ce que j'ai imité ou d'Homère ou d'Euripide. dans la préface de son Iphigénie. . et qui ont était fait dire savant peuple de la le qu'entre les poètes Euripide » extrêmement tragique. spectateurs ont été émus des mêmes choses le plus qui ont mis autrefois en larmes Grèce. mais aussi de plus profond. c'est comme il nous en échappe aussi quelques-uns dans les œuvres elles-mêmes de nos contemporains et de nos compatriotes. La conséquence n'est-elle changeait. il faut bien que quelque chose en nous soit demeuré le même. voilà le pouvoir de la nature et de la raison . voilà le signe auquel nous les reconnaissons chez nos contemporains. Le goût de Paris s'est trouvé conforme à celui d'Athènes. l'individu rendu à lui-même. à ce propos. si nous comprenons encore. et. que le bon sens et la raison étaient les mêmes dans tous les siècles. Mes . rien de tout cela n'a pu faire que nous ayons cessé de les comprendre ou de les sentir. . Rappelez-vous. les paroles de Racine. . si nous goûtons toujours Euripide ou Homère. l'esprit humain renouvelé. il se trouve que c'est ce qu'il y avait en eux de plus universel sans doute. et Voilà fondement de l'imitation des anciens. tandis qu'autour de nous et en nous tout il faut bien. la femme émancipée de la tyrannie domestique.BOILEAU-DESPRÉAUX. En effet. nous les comprenons! tails 103 Si quelques dé- nous échappent. à l'expérience.

pour l'antiquité tout entière. et pour Boileau. sous la diversité des apparences. pour Sénèque et pour Lucain. ou. il sait les raisons de cette admiration. ou du prosaïsme. et à les égaler ou à les surpasser eux-mêmes. c'est-à-dire pour les Italiens de l'hellénisme. dans la nouveauté du monde. C'est en eux et chez eux que la nature et la raison ont leurs titres. et. Boileau n'en est pas moins. jusqu'à lui préférer Marot. à réaliser l'autre. quoique d'ailnon point parce qu'ils sont anciens leurs on pût prétendre que. sans distinction ni choix. sans le savoir. le continuateur et l'héritier de Ronsard. qu'en dépit de la façon presque injurieuse dont il en a toujours parlé. par conséquent. étant plus près de la nature. parmi les Grecs. ce qui est le comble de l'injustice. . qu'il faut apprendre à les reconnaître. Et si les anciens. Voulez-vous savoir si votre pas bien claire? Elle elle l'était vision des choses. s'il admire comme lui les anciens. si vous le voulez. avec une préférence ou une faveur marquée pour les Alexandrins. ils l'ont mieux mais parce qu'ils sont d'irrécusables téattrapée. Mais. parmi les Latins. quelque chose de permanent et d'éternellement identique à soi-même. c'est la nattirr et c'est la raison. moins qu'il existe au fond de l'homme. Dans les anciens. Vous voyez en quel sens et dans quelle mesure on peut dire ici.104 L'EVOLUTION DES GENRES. l'était du moins pour Racine. si l'idée que vous vous en faites forme à la nature et à la raison? Consultez les anciens. comme ils eussent dit plus simest con- plement. et c'est d'eux qu'à notre tour nous apprendrons à imiter l'une. ce qu'aime Boi- — — leau. que Ronsard et son école éprouvaient confusément. c'est d'eux. c'est-à-dire pour les Espagnols.

ce n'est pas là le point. à ses principes. a évolué. Vous remarquerez même là-dessus que. Lucain d'avec Virgile. Euripide d'avec Sénèque. l'expérience de la nature et anciens pour ainsi dire d'avec eux-mêmes. comme le reste et. quoique. depuis deux cent cinquante ans bientôt passés. il en faut tenir compte également pour parler des vers de Boileau. en essayant de réduire. si l'on n'en tenait pas . comme dans la nôtre. il n'y a pas de différence essentielle le entre le vocabulaire de la prose C'est en effet et celui de la poésie. et dont on ne saurait assurément le blâmer.BOILEAU-DESPRÉAUX. un dernier point que nous ne saurions omettre. Mais ce qui distingue bien plus profondément encore sa pratique ou sa critique de celle de Ronsard. en vers brillants de bon sens et de clarté. comme nous faisons. c'est prix qu'il attache à la forme. qui. puisqu'on en tient compte quand on parle de la versification de Molière ou de celle même de Racine. lui servent d'une règle pour juger de l'expression de la raison l'imitation dans les et de la vérité de œuvres des modernes. aussi lui. s'ils sont devenus proverbes en naissant. inverse- ment de et et la raison lui servent à distinguer les réciproquement. . 105 comme nous le disions. après tout. Dans ce bourgeois il y a un artiste. Poète ou non. dans une langue où. 11 faut faire attention encore que. la doctrine littéraire de Boileau. fine. c'est apparemment qu'ils exprimaient d'une « manière vive. son oeuvre abonde en vers heureux. je veux dire à la fois un remarquable ouvrier et un théoricien scrupuleux de son art. le vers français. et nouvelle en leur temps » des vérités d'usage. et ce n'est déjà pas un mérite si commun.

Les récits de Virgile. ne nous fit-il plus voisins de l'Asie. dans l'épi tre du Passage du Rhin : Oh! que le ciel. si quelqu'un a senti le prix de la forme en poésie. c'est Boileau. compte. il faut en revanche qu'ils conviennent à leur tour que. l'autre est « dur et art. avec une facilité prodigieuse. regardez et remarquez ce qu'il attaque en la plupart de ses ennemis : littéraires. Il avait déjà dit. ses Épîtres. et encore moins ceux des Châtiments ou des Contemplations. soigneux de notre poésie. pénible ». quand j'accorderais à ses détracteurs les plus acharnés que les vers des Satires ne valent pas ceux des Sonnets à Cassandre. 11 L'un est « plat et grossier ».106 l'évolution des genres. et en particulier la plus ample. relisez ses Préfaces. on commettrait à son égard la même injustice qu'on lai reproche précisément et avec raison d'avoir commise à l'égard de Ronsard. Grand roi. » Parcourez également ses Lettres à Brossette vous y verrez les scrupules de l'artiste. quoique extraordinairement travaillés. son Art poétique-. Mais. Ou encore. Oh! le plaisant projet d'un poète ignorant Qui de tant de héros va choisir Childebrand. et comme contre-épreuve. dit-on. celui-ci construit son vers sans et . Relisez ses Satires. « Il y a — — hien de la différence entre des vers faciles et des vers facilement faits. sont bien plus naturels que ceux de Lucain. qui écrivait. n'est plaine en ces lieux si sèche et si stérile Qui ne soit en beaux mots partout riche et fertile. celle qu'il a mise en tête de son édition de 1701.

ils en tombaient d'accord avec lui. la discussion des questions de principes en allait remplir et même un peu agiter les dernières. mais enfin. et si les querelles de personnes. et s'il loin. Je livre le problème à vos méditations. et.BOILEAU-DESPRÉAUX. . s'il est vrai. sans doute. avaient rempli. en sur le prix qu'il l'entendaient y attachait. Gotin contre Boileau.. J'irai plus rime « d'écrire. et ses leçons n'ont pas été perdues. qu'elles aient aidé a former Racine. C'est ce qui peut servir. peut-être a-t-il mis quelquefois trop haut le mérite de la forme. je dirais volontiers que. en rédui- sant à l'expression des idées communes. mettons que Boileau ne l'ait pas connu ou pratiqué lui-même. et Sur question de forme. il en a pourtant enseigné les leçons. celui-là 107 sans génie ». quant au principe que les choses valent surtout de la manière qu'on les dit et par la façon qu'on y donne. comme premières années de sa vie littéraire. Il est vrai qu'il avait la habilement choisi son terrain. en passant.. S'il y a donc un art y a surtout un art de rimer. Boileau contre Cotin. Aucune de ni ces idées ne devait cependant s'établir triompher sans soulever de nombreuses protesta- tions. comme sa doctrine faisait la part manifestele ment trop étroite à l'originalité du poète. comment les Précieux l'eussent-ils pu conperfection de la forme. les de 1690 à 1702. : d'une autre manière. à vous rendre raison de l'estime et. s'il y a un art de flatter l'oreille. nous l'avons dit. ils tredire? La vous l'avez vu.. comme il aimait lui-même à s'en vanter. effet. très différente de la sienne. comme c'était l'unique moyen de l'y réintégrer.

non seulement dans ses vers. s'ils se défiaient de la raison. dans sa Satire sur V Equivoque. eux. mais dans sa prose.108 l'évolution des genres. et jusque dans la préface de l'édi- pour Voiture. Et. : faire Les jansénistes seuls. au xvir3 siècle. il ne cartésiens. pour en déclarer les jeux de mots «insipides ». ces reur ». ils tous ou presque tous. Si donc le principe était contestable. il lui savait gré d'avoir « extrêmement travaillé ses ouvrages ». auraient pu un reproche à Boileau de l'excès de confiance « qu'il mettait Royal. se défiaient bien tion et de la sensibilité. à Portde la raison humaine. — — . singulière que Boileau. . D'ailleurs. et. Mais. c'est-à-dire les plus restait plus ce n'était pas les Perrault ou les Fontenelle qui pouvaient songer à faire descendre la raison du rang où Boileau l'avait mise. étaient amis de Boileau. celui le plus fameux et le plus considéré du que l'on saluait alors du nom du « grand Arnauld ils ».. comme que les davantage encore de l'imaginadeux « maîtresses d'eren dehors des jansénistes. il était d'accord avec l'esprit général du siècle rationalistes des hommes. et il l'était en tant que l'imagination et la sensibilité sont les premières des vertus que nous devions exiger d'un poète... Il attendit d'être mort. l'imbécillité » dans ce qu'ils appelaient. a toujours professée raison : Aimez donc la raison que toujours vos écrits Empruntent d'elle seule et leur lustre et leur prix. en attendant. Encore bien moins pouvait-on aisément l'attaquer sur ce qu'il avait dit du pouvoir et de l'autorité de la tion de 1701. à commencer par parti.

et surtout timorée. dans les ruelles . mais il put voir tout autour de lui la préciosité renaître et. ne gagna personne à sa cause. je ne vois pas qu'aucun des adversaires de Boileau l'ait sérieusement contesté. Mais. transformées en salons.BOILEAU-DESPRÉAUX. j'ai tâché de vous montrer qu'il ne leur avait justement rien proposé de plus révolutionnaire que d'imiter la nature. le véritable théoricien. et qu'après avoir fait quatre pas en avant il en fai- en arrière. nature — il eût reculé devant les conséquences de son propre principe. les Fontenelle et les Lamotte reprendre la tradition des Balzac et des Voiture. n'étendit même pas son droit jusqu'à faire entrer dans l'art la représentation de la nature extérieure. Ce sera bien autre chose encore. : En c'est qu'aussitôt l'Impromptu de Versailles. dont il avait été. 109 et. dans sa doctrine. et. bien loin que ses contemporains pussent lui reprocher qu'il sait trois n'allait pas au bout de son principe. au surplus. avec l'auteur de la Critique de V Ecole des Femmes et de voici. — y eût eu plus. quelques années plus . s'il l'eût voulu. comme dont la Pucelle était si raivous l'avez pu voir. au fait. il y eût eu même beaucoup à dire. à la perfectionner] on l'eût plutôt accusé de faire à la nature. une preuve assez éloquente que Boileau se fut retiré de la lutte. ni qu'il en ait seulement fait mine. et comme on faisait jusqu'alors. si savamétroite. au lieu de s'ingénier. lui. non seulement ce naturalisme. la part encore trop grande. la il ment raisonnéel Enfin. Chapelain lui-même ne l'eût pas pu. sur la manière dont Boileau avait entendu l'imitation de comme si. aussitôt après l'avoir énoncé. sonnable.

ce ne sera pas assez des plaisanteries de l'auteur de Gil Blas et du Bachelier de Salamanque. et d'ailleurs avec quel succès ou plutôt avec quel insuccès. quand la marquise de Lambert. dont les traces se . — — la Querelle des Anciens et des Modernes. l'homme naturel disparaîtra. je ne dis pas seulement dans les romans de Marivaux. Et pour nous débarrasser d'un vice. restait-il donc? Il leur restait à l'attaquer et. c'est ce que nous verrons en étudiant qu'ils allaient faire. . voient encore. c'est ce Avec quels arguments. Les premières années du xvm e siècle rappelleront à cet égard les premières années du xvu c Une fois de plus dans l'histoire de la littérature. seront devenues des puissances. Que leur ment. effective- sur l'article de l'imitation des anciens. je dis jusque dans le Petit Carême et jusque dans YEsprit des Lois. mais il n'y faudra rien de moins que l'intervention de Voltaire. Et voilà pourquoi les ennemis de Boileau ne pouvaient pas lui faire un grief de la timidité de son naturalisme. s'évanouira dans « l'homme du monde ». L'ÉVOLUTION des genres. 19 novembre 1889. et après elle Mme de Tencin.HO tard.

La querelle des Anciens et des Modernes. — Innovations de Perrault en critique. l'importance réelle des ques- jours actuel. et pour deux bonnes raisons. — Quelques mots sur sens individuel en critique. — — Citations La réponse de Boileau les Réflexions sur Long caractéristiques. et enfin elle ne nous regarde qu'autant que l'évolution des idées critiques y est liée. Le Siècle de Louis le Grand. . son intérêt historique et son importance actuelle. Cependant. — Le public des honnêtes gens et les limites de sa compétence. Le Parallèle — — — des Anciens et des Modernes. elle serait un peu longue à conter. Je n'ai pas l'intention de vous faire la ici l'histoire : de querelle des Anciens et des Modernes elle est faite. : Messieurs. ses avantages et ses dangers. — L'idée d'évo— Conséquences de la discussion et résultats de la « >j le « » : in.QUATRIÈME LEÇON LA QUERELLE DES ANCIENS ET DES MODERNES 1690-1720. sous la pédanterie des mots. querelle l'idée de Relativité succède en critique à la notion de la Règle. lution-. Fontenelle et la cabale des Perrault. — L'esthétique générale. — L'idée de progrès. — Concessions de Boileau. je ne crois pas qu'il soit inutile de vous en signaler au passage l'intérêt toujours vivant et touIl faut nous habituer à reconnaître. — Une page de Perrault.

ils vous allez le voir. Mais. dont ils se moquent si spirituellement quand tique. l'intérêt de la querelle. ni même qu'aujourd'hui nous en puissions donner une solution si précise. tions qu'ils recouvrent et. on avait suivi docilement les anciens. de même que nos philosophes n'ont pas cessé de discuter dans leurs écoles ce problème des Universaux. je pourrais dire c'est l'idée de l'évolution. l'a-t-elle également réalisé dans l'art et dans la littérature? Voilà le problème qu'agitent entre eux. ainsi. . Au point de vue philosophique. ce n'est en effet rien de moins que la question même du progrès qui s'est trouvée d'abord engagée dans la dispute. il Anciens et des Modernes. dès les dernières années du xvn° siècle. c'est qu'elle est le signal et l'expression du premier mouvement de révolte qu'on ait tenté contre l'esprit de la Renaissance. nous parlent de la scolasc'est dans les jour- naux eux-mêmes qui est se croient le plus parisiens que. au point de vue historique. universellement regardés bles modèles. on remue vrai — la querelle des — sans le savoir. et. littérature. non pas confusément. tous les matins encore. a réalisé dans les sciences et dans les arts industriels. dans tout ce : qui touche à la pratique de la vie commune. la comme d'inimita- première ne serait pour on se demande si l'on pas hsm'z grand maintenant pour marcher se sent alors pris de doute. Le gain très certain que l'humanité. les partisans acharnés des anciens et les défenseurs des modernes. Tandis qu'en effet. quant à moi. propriis terminis. si je puis ainsi dire. qu'il soit si méprisable. mais»nommément. fois on en . et je ne vois pas. jusqu'alors et en somme. depuis qu'elle se connaît.112 l'évolution des genres.

S'il ne faut pas sans doute copier les mo- dans quelle mesure faut-il que Ton s'en émansi nous avons des qualités qu'ils n'eurent pas. que nous n'avons plus. les plus différents : des cartésiens comme Fontenelle. Saint-Sorlin. eux aussi. et s'il nous ait mis dans la bonne ou dans la meilleure voie. je vous renverrai à l'excellent livre d'Hippolyte Rigault. comme Perrault. ou la subvention de la Comédie-Fran- que l'on fait. cipe? et. si vous êtes curieux de plus de détails. jusqu'à s'interroger sur la légitimité est bien sûr qu'elle du mouvement de la Renaissance. des Visionnaires et terai d'avoir Je nommé le dernier. 113 On ira bientôt plus loin. seul. comme le fameux Desmarets de de Clovis. et des sots aussi. quand on discute dans les journaux s'il faut ou le non maintenir l'Académie de France à Rome. vous débattez à votre tour la querelle des anciens et des modernes. les y a Perrault et Fontenelle. de nos jours mêmes. qu'est-ce que vous il dis- cutez? Vous discutez la question que posèrent deux cents ans. . quand vous discutez la question du latin.LA QUERELLE DES ANCIENS ET DES MODERNES. s'il vous plaît. n'en ont-ils pas. il est bon d'apprendre à sentir? Nous avons d'ailleurs un autre avantage à poser ainsi la question. me contencomme sur quelques autres encore plus obscurs. de beaux esprits. — et je n'insisterai que sur Fontenelle et sur les Perrault. l'auteur à' Ariane. et qu'en tout cas. pour mieux juger les nôtres. ou çaise. sur lui. Or. C'est que nous voyons comment et pourquoi se sont coalisés contre Boileau les ennemis dèles. qu'est-ce Conservatoire. ou la question plus générale des réformes de l'enseigne- ment. qu'il serait bon pourtant d'avoir.

plus célèbre des quatre dont le principal titre de gloire est aujourd'hui ces Contes des fées qui ne sont pas de lui. et quelques au- académiciens surtout. Nicolas. n'était lui-même encore qu'un bel esprit. cle l'agré- ment de leur commerce. lesquelles n'empêchent point belle la chose. Charles enfin. Mais les frères Perrault. — . En ce temps-là. de leurs liaisons.114 l'évolution des genres. et. qui avait attiré donné le signal des hostilités. qui n'en avait pas de plus familier ni de plus cher que l'auteur des Satires. Neveu des Corneille. depuis contrôleur général des bâtiments du roi. pour une plus considérable. Fontenelle. Claude. dans la préle face de son Iphigénie. le docteur — et et de Sorbonne. dès 1678. c'est-à-dire aux environs de 1600. et. à ce qu'il semble bien. est assez connu par Y Art poétique et les épigrammes de Roileau. une petite coterie littépour une moindre part. s'était de Racine une assez vive riposte. apparence. Y Eloge de Corneille et les Entreliens sur la Pluralité des mondes étaient fort loin d'avoir fait le personnage considérable qu'il devait être un jour. par suite encore. à la vérité. selon toute premier commis de la surintendance. précisément. qui mourut en 1688. Je néglige Nicolas. de leur mérite personnel. le médecin architecte. Pierre. et enfin. dont . ne devait pas perdre une occasion de médire l'ennemi par conséquent de tous les amis de Racine. colonnade du Louvre d'être une fort le receveur des finances. de la nature de leurs emplois. dont les Dialogues des Morts. clés raire dont la puissance était faite. il il était en cette qualité l'ennemi-né de Racine. et ennemis. l'ami de tous leurs eux car ils étaient — quatre. — formaient dès lors avec Fontenelle. de l'étendue tres. Claude. Pierre et Charles.

. dont je ne puis trop regretter. [herbes. une parodie du livre VI de Y Enéide. le Lantin et le Laocoon. aux Racans. aux MalAux Godeaux. comme écrivain. mettait la Vénus. l'Hercule. sans plier les genoux.. belle Mais je ne crus jamais qu'elle Puis. Ces chefs-d'œuvre de l'art. Et Ton peut comparer. aux Maynards. Le siècle de Louis au beau siècle d'Auguste. sans plus de scrupules. la préférence. et un poème épique sur Saint Paulin. sacrifiait. Raphaël. 115 n'avait guère encore donné. La. : En voici les pre- miers \ers Antiquité fut toujours vénérable. d' Alexandre L'illustre au peintre des Batailles .. Ils sont grands. il est vrai. sur Homère ou sur Virgile. Perrault donnait sans hésiter. .LA QUERELLE DES ANCIENS ET DES MODERNES.. fut adorable. et poursuivant sa veine.. que quelques mauvais vers. régala ses confrères d'un tulé : poème inti- Siècle de Louis le Grand. sans craindre d'être injuste. ou la prééminence Aux Regniers. Perrault. je l'avoue. qui relevait je ne sais de 4 quelle maladie. l'Apollon. que l'Épître dédicatoire soit adressée à Bossuet. chemin faisant. puis 1671 la — la guerre éclata. Vous savez comment vier 1687. aux Gombauds.. Je vois les Anciens. mais hommes comme nous. à l'occasion de — convalescence du le roi. Le 27 janl'Académie française dont il était detenant séance. cet immense génie. Le Bacchus. choisis entre dix mille. évêque de Noie.

inspiré peut-être de celui des anciens. De Louis des grands rois le plus parfait modèle. — — et comme il avait commencé. De Louis qu'environne une gloire immortelle. Cependant. c'était Huet. établissait sans peine la supériorité de la musique de Lulli sur celle des Grecs dont je vous rappelle que nous ne savons rien. concluait enfin. quittant brusquement la place.. Perrault lui-même qui nous l'a sans esprit ni bonne grâce. — — . des Baptiste. et sans attendre que Per- rault eût terminé sa lecture. un goût plus sûr. le ranimèrent. des Gaspards. et qu'à défaut d'une indépen- dance d'esprit dont personne alors ne se piquait.. en renouvelant le débat. au dessous des chefs-d'œuvre des Girardon. raconté qu'il lisait — non . usait d'un autre style. sans l'intervention de Fontenelle. Pardonnons de son impolitesse à la naïve sincérité gnation ! son indi- Il s'ensuivit. 11 faut convenir que Boileau. n'y put plus enfin tenir. une guerre d'épigrammes. qui peut-être en fût restée là. tandis Boileau murmurait et son voisin et c'est — .. était il sortit une en criant « qu'une semblable lecture honte pour l'Académie ». dont les Poésies pastorales c'est l'un de ses plus médiocres ouvrages. quand il louait le prince. l'évêque de Soissons — avait — toutes les peines du Il monde à l'empêcher d'exhaler sa colère. selon l'usage du temps. par l'éloge du roi. avec un Discours sur Vèglogue et une Digression sur les anciens et les modernes.116 fort l'évolution des genres. l'avait du moins préservé de cette platitude insigne dans l'adulation.

En cas qu'ils l'aient été. se réduit à savoir si les arbres qui étaient autrefois dans nos campagnes étaient plus grands que ceux d aujourd'hui. ce serait à peu les égaler. Platon et Démosthène. et le mettre à la place d'Aristote. C'était le début de sa Digression. Démosthène. un esprit un peu mince et précieux. C'est ainsi qu'Aristote n'a jamais fait un vrai philosophe. n'étant jamais qu'à moitié bon. mais enfin mieux posée que dans le Siècle de Louis le Grand.LA QUERELLE DES ANCIENS ET DES MODERNES. . étant une fois bien entendue. s'il eût été permis. Et si l'on allait s'entêter un jour de Descartes... Homère. et d'aspirer toujours du moins à Rien n'arrête tant le progrès des choses. mais pénétrant. près le même inconvénient. Il faut lire cet opuscule : c'est du vrai Fontenelle. et de l'ombre de l'Académie.. En voici la con- clusion Si les : grands hommes de ce siècle avaient des senti- ments charitables pour la postérité. mais si nos arbres sont tout aussi grands que ceux d'autrefois. l'affectation de sa simplicité la et vous y trouverez enfin beaucoup mieux. pour le dire en il même où Vous y trouverez de l'esprit. qui est le sien. vous y trouverez ce style. mais il en a étouffé beaucoup qui le fussent devenus. les Toute la question de la prééminence des anciens sur modernes. et par un homme d'une tout autre portée d'intelligence. non seulement élégant. .. nous pouvons égaler Homère. ne peuvent être égalés dans ces derniers siècles. là est le meilleur. il est vrai. ils l'avertiraient de ne les admirer point trop. rien ne borne tant les esprits que l'admiration des anciens. nuancé d'un peu d'ironie.. le portèrent 117 en quelque sorte sur la place publique.. d'une manière un peu sophistique. mais aigu dans passant. si ce n'en est pas du bon. Platon. Fontenelle. question mieux posée.

si nous en faisons. Les découvertes ou les inventions du génie lai-même y sont comme englouties dans l'impersonnalité de l'œuvre commune et — nous ne pouvons pas sans doute l'af. et. firmer. un pas en avant. nous sert comme d'un point de départ. — mais ce qu'un Descartes ou un Newton ont trouvé. comme Ajoutez la-dessus que. dans le sens étymologique du mot. pour venir. la science s'en accroît d'autant. de leur propre la définition ou dans la conception de la tragédie? Ou. la découverte une elle fois faite. ou la loi de la gravitation. tout ce qui s'ajoute au fonds que la génération précédente constitue pour celle qui vient un enrichissement durable. en s'associant successicevoir que de la vement à même recherche. En nous a légué matière de science. comme d'une origine pour en faire d'autres à notre tour. plus tard et plus péniblement qu'eux. une conquête définitive. Vous voyez le sophisme. ont originalité.118 l'évolution des genres. quelque minces d'ailleurs qu'elles soient. fait entrer d'eux-mêmes. il saute aux yeux d'abord. et Corneille avant Racine. un peintre sera-t-il tout ce qif était Raphaël. comme Poussin ou dans comme Lebrun. en y mettant plus de temps et. et quelque chose de plus? . Mais dirons-nous qu'un Voltaire soit nécessairement plus tragique de tout ce que Racine. et que. mais eux. Un Clairaut ou un d'Alembert sont nécessairement plus savants de tout ce qu'un Newton leur a enseigné. nous pouvons cependant conmoins grands qu'eux. après Raphaël. un progrès certain. l'application de l'algèbre à la géométrie. comme on disait au temps de Fontenelle. l'eussent enfin trouvé. pour ainsi dire.

le fit entrer à l'Académie. en 1692. aise. en y introduisant deux ou trois éléments nouveaux. elle demeure avant tout et par- dessus tout l'expression de son individualité. manque de goût. d'inimitable. dans la science. et. dans qu'aussi — — l'histoire de l'art. dont première partie parut en 1688. et la troisième enfin en 1697. Et. En comparaison de science. mais . Seulement. et de loyauté même. dont quelques vers semblaient viser personnellement les Racine et les Boileau. ou. il mit la dernière main à son Parallèle la des Anciens et des [Modernes. plus large. ou qu'une langue n'a pas atteint son point de perfection et de maturité. dans la science comme dans l'art. je ne dirai pas qu'en revanche il a l'esprit il Ta plus libre. hâtant le dessein qu'il avait formé de soutenir et de pousser son paradoxe. mieux dire au sens moderne du mot. le génie se mesure à ce qu'il a de personnel. tandis que. tout heureux et tout répondit à Fontenelle par une Épitre sur le génie. ou du moins tenir cela ne peut se sou- longtemps qu'un art comme la n'est peinture au temps de Giotto. et la plus intéressante pour nous. par exemple pas en possession de tous ses moyens techniques. 119 Évidemment non.LA QUERELLE DES ANCIENS ET DES MODERNES. d'unique. Quoi qu'il en soit. et l'on ne peut nier que ses Dialogues aient modifié la définition ou la notion de la critique. la deuxième. de bon sens parfois. s'il — car s'il si Perrault il manque de est plus savant — manque d'une conil naissance assez précise de ces anciens dont parle. Perrault. pour Boileau. l'œuvre du génie se détache de lui pour se confondre dans le patrimoine commun de l'humanité.

on pourrait dire qu'il a mis la critique littéraire sur le chemin de l'esthétique générale. de l'éloquence à l'architec- ture. auteur d'un poème sur la Peinture. dans son Parallèle. tirées des autres arts ou de la science même. ami de Fontenelle. Grâce en effet aux préjugés mêmes qu'il apportait dans la question. on ne saurait refuser l'honneur de l'avoir accréditée parmi nous à l'homme (lui sans doute est fort éloigné d'en avoir entrevu toutes les conséquences. frère de l'architecte de la colonnade du Louvre. on est tenté d'approuver la première. ces comparaisons d'un art à l'autre. Oui. c'est bien le Parallèle qui a consacré le droit des gens prononcer sur des œuvres littéraires. et de qui Ton peut dire à bon droit qu'elle fait le fond de ses convictions littéraires. et comme tel un peu frotté de science. Enfin. Et tout d'abord. en introduisant dans la critique un élément .120 l'évolution des Genres. D'un autre côté. aux réflexions de Tordre uniquement littéraire. des considérations. Il s'agit de savoir ce que valent ces conquêtes ou ces innovations. souvent ingénieuses. comme nous l'avons déjà dit. et en tâchant de les concilier ou de les coordonner les unes et les autres sous la loi de quelques principes généraux. en mêlant constamment. comme vous l'allez voir. en rendant. mais qui ne Ta pas moins répandue dans tous ses écrits. de la peinture à la poésie. contrôleur enfin des bâtiments du roi. le grand public et les femmes elles- mêmes juges qu'alors du d'une question qui ne semblait être jus- domaine ou de du monde à se la compétence que des la valeur seuls érudits. si. l'idée de progrès est impliquée dans la position de la question même .

d'intérêt nouveau. la peinture est une joie des yeux. Comme au surplus c'est une question sur laquelle nous aurons cette année même plus d'une fois à revenir. Et quand elles passent l'une ou l'autre jusqu'au cœur ou jusqu'à l'esprit. en effet. Avant tout. je me borne à vous signaler aujourd'hui le danger de la confusion. le beau musical n'ont pas entre eux de commune mesure. et. de l'imprévu. ils n'emploient pas les mêmes moyens. La musique est avant tout une volupté de l'oreille. par des avoir aussi des principes est vrai de l'une dent.. 121 y introduisent aussi de la variété. a ce qu'on appelle son beau serait presque beau poétique. c'est au même but qu'elles tenil semble que la théorie de l'une doive ou puisse au moins éclairer celle de l'autre. il semble encore. et que. elles doivent. quoi qu'on en puisse dire. chemins différents. Chaque spécifique .. que . et. le beau pittoresque. qu'ayant un objet analogue dans une certaine mesure. Si d'ailleurs la peinture et la poésie sont toutes deux ce que l'on appelle des arts d'imitation. Ce qui ne paraît pas pouvoir ou devoir être entièrement faux de l'autre. puisque enfin. Lisez d'ailleurs quand on y songe. dans cette mesure même. de ce genre de comparaisons. et. on le tenté de dire. communs. Ils ne visent pas au même but.LA QUERELLE DES ANCIENS ET DES MODERNES. ne s'adressant pas aux mêmes sens. ce n'est toujours que par la voie des mêmes intermédiaires. Mais je crains bien qu'en réalité ce ne soit là qu'une apparence. l'auteur des Dialogues ne se serve à peu près uniquement que pour brouiller la question. art.. je ne sais quoi de plus libre et de plus attrayant. ils n'opèrent point les mêmes effets.

la qualité de la langue ne craint pas d'avancer cette énormité quelque part. et comme tout à l'heure il jugeait d'une œuvre littéraire sur les mêmes principes que d'un tableau. si vous voulez dès maintenant vous en faire une idée. C'est le comble du rationalisme! Et en voici l'abomination. Perrault en les arrive insensiblement à une indifférence entière et — de . ou comme l'on dit encore. et qui n'en sont à vrai dire que la corruption. si je puis ainsi dire. Les exigences particulières ou personnelles des genres. ces fameux Salo?is de Diderot. Yoici qui est plus grave encore. puisque nous avons commencé par le louer de ce que l'innovation peut avoir eu d'heureux. c'est tout mêler ensemble. il faut rendre Perrault res- ponsable de ce qu'elle avait de dangereux. maintenant. que l'on juge bien mieux d'un écrivain dans une traduction que dans son texte même. ode ou discours funèbre. qu'il applique à tout ce qui lui tombe sous la main. c'est le même procédé de mensuration. encore une fois. qu'on vante comme les chefs-d'œuvre de la critique d'art. ne l'inquiètent nullement. si l'origine de la confusion remonte au Parallèle des Anciens et des Modernes. que d'un drame ou que d'un roman. C'est qu'en effaçant ainsi les limites qui séparent les arts. tragédie ou madrigal. au moyen du même critérium. fable ou sermon. si je puis ainsi dire. et. Juger d'une toile ou d'un marbre sur les mêmes principes. il ne se ne tient compte aucun de et il .12:2 l'évolution des genres. Il est d'ailleurs bien entendu que. barbare Il — sur questions de forme et style. pas plus que des exigences du genre. avec les mêmes exigences.

« Madame. et c'est votre faute si vous n'êtes pas charmée de tant de belles choses.LA QUERELLE DES ANCIENS ET DES MODERNES. Voici comme il parle « L'eau est très bonne. Il est vrai. ni de la personnalité de l'artiste ou du poète. lui dit le président. que je choisis parmi celles qui devaient naturellement exciter dans le camp — — de ses adversaires la plus vive indignation. car nous ne saurions chanter de combats plus illustres que les combats « olympiques. « Mais. et que l'or brille comme le feu pendant la nuit. cela perd toute sa grâce en passant du grec en français. une ou deux pages du Parallèle. se mita prononcer les cinq ou six premiers vers de la première de ses Odes avec tant de force et tant d'emphase. Voilà un galimatias que vous venez de faire pour vous divertir. éclate merveilleuse« ment parmi les richesses qui rendent l'homme superbe. qui était présente. je ne donne pas si aisément dans le panneau. lui dit la présidente. ne « contemple point d'autre astre plus lumineux que le soleil « pendant le jour dans le vague de l'air. est-ce une raison de contempler ou de ne pas contempler un autre astre que le — — : ce — — — . Je ne me moque point. ni du milieu. C'est le commencement. que sa femme. lui dit-il. 123 soucie du temps. et l'or qui « brille comme le feu durant la nuit. reprit la présidente. si tu désires chanter les combats. lui dit-elle. ne put s'empêcher de lui demander l'explication de ce qu'il témoignait prendre tant de plaisir à prononcer.. mais parce que l'eau est très bonne. Mais vous le verrez bien mieux puisque je n'ai si je mets sous vos yeux rien encore cité de sa prose. mon esprit. lui dit-il. et ne pouvant s'épuiser sur les louanges de ce poète inimitable. à la vérité... de la première Ode du plus sublime de tous les poètes. N'importe. j'en verrai toujours le sens. » Vous vous moquez de moi. discourant il y a quelques jours de Pindare avec un de ses amis. Le président Morinet. et qui est femme d'esprit. et le soleil en plein midi sont de fort belles choses. qui doit être admirable. que de l'eau bien claire. de l'or bien luisant.

je me contenterai de dire. et elle a toujours cru qu'il avait pris plaisir à se moquer d'elle. si je vous dis que je n'en crois rien les anciens étaient gens sages. qui ne disaient pas des choses où il n'y a ni sens ni raison. s'il n'y a rien qui ne se puisse dire devant les femmes. lui dit le président. adroitement mise en scène. elle persista dans sa pensée. dont la huitième Réflexion critique roule à peu près tout entière sur ce passage des Dialogues. dit le président. et qui en cet état profère avec transport tout ce que la fureur lui inspire. dont ce n'est pas ici l'affaire que de vous apprendre à admirer Pindare. ce début de la première ode du « plus sublime de tous les poètes » me paraît plus banal que déraisonnable et qu'inintelligible. s'élève au-dessus de la raison ordinaire des hommes. On est bien éloigné de rien faire aujourd'hui de semblable. Madame. — — — — : L'anecdote est sans doute agréablement contée.124 l'évolution des genres. » Et quoi que pût dire le président. spirituellement comme on dit même. ou s'il sait très bien le grec. moi. entre nous. c'est cette façon que je vous disais de . de nos jours. vous le demanderez à Boileau. Assurément. qu'expliqué par Boileau. S'il est d'ailleurs bien loyal. soleil pendant le jour? de chanter ou de ne pas chanter les jeux olympiques? Je vous avoue que je n'y comprends rien. une infinité de très savants hommes n'y ont rien compris. lui dit-elle. Pour moi. Il n'y a pas de Pardonnezplaisanterie ni de mystère. qui. et la prose de Perrault vaut beaucoup mieux que ses vers. et Ton s'en donne bien de garde. dit la présidente. soutenu par la grandeur de ses pensées et de ses expressions. Mais je vois bien que vous ne voulez pas m'expliquer cet endroit de Pindare. Faut-il trouver cela étrange? C'est un poète emporté par son enthousiasme. non plus que vous. je ne vois pas où est la plaisanterie de m'en faire un mystère. Cependant. Mais ce qu'il y a de fâcheux ici. Je ne m'en étonne pas.

qui peut devenir aisément dangereuse. 125 juger un poète. à louer dans les œuvres des mérites de facture qui ne vont pas toujours avec part. et je crois qu'il croit que la cause est entendue. comme ennemi des Précieuses — et peut-être aussi comme célibataire. Assurément. — c'est l'appel que Perrault y fait partout « au goût des dames ». « Est-ce que vous trouvez cela beau? » nous demande l'auteur des Dialogues. encore moins transportées d'une langue dans une autre. en commençant par faire abstraction du mouvement. Ce qui ne devait guère moins indigner Boileau. à la « justesse de leur pour décider de la contestation. Comme ils ils y sont trop compétents. dans ces Dialogues. d'en laisser l'appré- . Mais c'est peut-être davantage encore l'étrange confiance que Perrault semble y mettre dans ce que l'on appelait alors le sens individuel. fussent les seuls juges de l'art. ont une ten- dance. Et si nous répondons que non. comme admirateur des anciens. pour prononcer comme en dernier ressort sur la valeur des œuvres littéraires.LA QUERELLE DES ANCIENS ET DES MODERNES. et de l'expression. il a l'air de croire. d'autre faut bien convenir que. — ques. du simple arrangement des mots. ni même les critidiscernement ». pour ainsi dire. C'est le contraire même de la critique. en mettant sous nos yeux un passage quelconque de Pindare ou d'Homère. c'est de paraître exiger d'une ode que les idées s'y suivent qu'il comme dans une proposition de mathématiques. et c'est d'oublier enfin y a des beautés qui n'en sont que pour ne pou- voir être transposées. il la solidité du fond. de la forme. ou seulement si nous hésitons. Mais. il ne serait pas bon que les artistes.

il n'y aurait rien de plus si ce n'est de la remettre aux « dames » et aux gens du monde. pas plus en littérature qu'ailleurs. de et juger de sans une longue laborieuse éducation il y faut du moins un apprentissage. Perfuneste. la connaissance de l'histoire est indispensable à leur intelligence. c'est quand elle se permet d'en conclure que la première Olympique est inintelligible. de Démosthène ou de Gicéron si l'on ne connaissait l'histoire grecque et romaine. où elle se trompe fort impertinemment. dation au goût individuel. ou plus mal encore. rault a trop abondé dans ce sens . mais nous ne le sommes : de son goût.126 l'évolution des genres. les seuls juges qu'il y ait de notre plaisir. J'entends par là que. et aussi mal. le la premier venu n'a ni. On jugerait mal de Pindare si l'on ne connaissait les lois du lyrisme grec. qui est d'avoir élargi le public. tout en reconnaissant qu'il n'a pas eu comqu'il a plètement tort ou même en le louant du service rendu. . on ne saurait omettre de dire qu'il n'a pas eu complète- — — ment raison. l'art S'il quoi que l'on en dise. Entraîné par le désir de plaire. et de le faire voir. si l'on ne connaissait l'histoire de la démocratie athénienne. En d'autres termes nous sommes juges. on jugerait mal d'Aristophane. d'avouer qu'elle n'y comprend rien. et à cet égard encore. mais. et son président de mari fait fort bien de n'en tenir aucun compte. et la présidente Morinet peut bien avoir raison. le droit de se prononcer sur valeur des œuvres. Puisque les œuvres sont dans l'histoire. ne comprenant rien à Pindare. n'y faut pas des aptitudes. et par la facilité surtout qu'il y trouvait de transformer les admirateurs des anciens en pédants.

que ne savent point « les dames » ni les « gens du monde ». ils en jugent donc en conséquence. 127 pas de la qualité de notre plaisir. puisqu'il change lui-même. et. pour toute sorte de raisons. vif et de bon sens ». Ils ne cherchent point Pindare dans Pindare. de cette impression même. dans la Satire des femmes. et l'autorité qui en décide est située en dehors de nous.LA QUERELLE DES ANCIENS ET DES MODERNES. qui peut bien être quelquefois le bon et même le meilleur. d'ailleurs Voiture et Balzac avec plaisir je ne hais pas . et qui en tout cas n'est pas le goût grec. mais seulement l'impression que leur procure Pindare. aux salons du xviu e je crois toujours que Molière. de plus relatif et de plus divers au monde. dans ses Entretiens sur la Pluralité des . en raison même de la « sensibilité » que nous leur accordons avec Perrault. que Boileau. La mode en tout temps les gouverne la mode. c'est-à-dire ce qu'il y avant nous C'est ce : a de plus changeant. puisqu'elle était et qu'elle nous survivra. et quand ils ont dit d'un écrivain qu'il est ennuyeux. J'ai tâché de rendre justice à la société précieuse du xvn e siècle. mais qui ne l'est pas nécessairement. ces juges mondains ont l'horreur instinctive de tout ce qui est grave et sérieux. dans plusieurs endroits de Gll Blas. Il faut bien ajouter qu'en général. ils ne jugent que sur la conformité qu'ils y trouvent avec le goût de Paris ou de Versailles. je lis . ont passé la mesure dans les Femmes savantes. « pour ce qui est clair. L'art n'est qu'un amusement ou un passe-temps pour eux. ils croient avoir tout dit. Fontenelle. que Lesage à leur suite. c'est une bonne occasion aujourd'hui d'y revenir. Si je l'ai fait plus d'uue fois observer.

qu'à défaut des Pascal et des que je leur passe de ne point pratiquer. pour plaire.128 l'évolution des genres. c'est Quinault. Si vous voulez savoir pour quelles raisons quelques-uns de nos plus grands écrivains et les — j'excepte toujours les Bossuet Pascal. et vous trouverez que la faute en est à l'influence des salons et des femmes. mondes ou dans précieux qu'il Éloges académiques et. ceux que les femmes ont aimés. Racine ses Pyrrhus. qui sont. ce sont les La Motte et les Fontenelle. savoir pourquoi Racine ou Molière. ils se sont efforcés de s'accommoder au monde. Sur- — comme dit le se- . que les gens du monde ont goûtés. Bossuet ce ne sont pas les Corneille ou les Racine. je vais plus loin. « cherchez la femme ». de Dancourt. ce n'est pas Molière. J'irais plus loin. je ne puis m'empêcher de répéter. ils ont concédé quelque chose à la mode. dans l'histoire entière de notre littérature. Modernes. Ils ont voulu plaire. comme celle de la destinée. n'ont pas toujours atteint cette profondeur de pensée que nous trouvons dans un Shakespeare ou dans un Goethe. ou encore. semblent leur être demeurées étrangères. tout mets enfin Marivaux très audessus de Destouches. Mais. Ils ont accordé. parmi nos écrivains. c'est encore moins Boileau. à qui leur métier. ou de Regnard. enveloppées dans un Bamlet ou clans un Faust. ses Xipharès et ses Achille. le permettait. pourquoi de certaines questions. par exemple. après cela. ses . et ce n'est pas non plus Voltaire ou Montesquieu c'est les Voiture et les Benserade. Bourgeois Gentilhomme. et. je — — . ou si vous voulez cond leur enseigne. ce sont les précieux et ce sont les est. Molière la cérémonie du.

d'identique ou d'analogue entre eux. qui doit nous servir à reconnaître nous-mêmes que nos sentiments ont d'universel ou de singulier. Mais un point sur lequel j'attire votre attention. Nous lavons assez de et. je ne veux pas y insister longuement. tout ayant changé de Virgile à Racine. et voilà pourquoi nous regrettons qu'en provoquant les mondains à s'ériger en juges de l'art. c'est lui donc proprement mais renoncer à t. le jugement des œuvres de l'esprit. ce qu'il a. ou paru prendre. faisant ainsi du plaisir ou de la volupté de l'esprit l'objet de la littérature. ils n'ont pas pris ni traité la vie 129 eux-mêmes. ou du moins. tout.» l'aient comme ou de nécessairement orientée du coté de la mode la frivolité. « pour qu'il suffise le rappeler : entre le sens commun » et le « sens individuel » c'est précisément la tradition qui décide.LA QUERELLE DES ANCIENS ET DES MODERNES. plus sérieusement qu'on ne faisait que leur génie autour d'eux. refuser le droit à l'existence. Perrault et les Modernes. voilà ce qui fait le fond de l'humaine nature. y ce ce malgré tout. sous le prétexte d'être nôtres. i. l'autorité du « sens individuel » à celle du « sens commun ». et lui dis- puter le droit de se réclamer de la tradition. toutes les fois que nos goûts. Envier à la critique. voilà l'autorité qui nous arguë de caprice ou de bizarrerie. la critique c'est livrer Fart et 9 . dans Pour l'inconvénient qu'il y avait enfin à substituer. c'est tiquité de comme l'an- Boileau reprend ici tous ses avantages sur la modernité de Perrault et de ses partisans. c'est était plus fort en eux que le désir de plaire. dit l'autre jour. quand ils Font fait. sont en opposition ou en contradiction avec elle. .

Reste au compte des Modernes. [161)4] dont ce n'est pas le moindre défaut que de prendre de biais. Mais bien clans les Dialogues] en est l'âme la- tente et diffuse. disais. elle en fait après tout l'originalité réelle. l'introduction de l'idée de progrés dans la critique littéraire. comme on l'a si bien « une société sans littérature serait une société morale. sans même el sans reli- gion ». quoique la littérature. pour ainsi parler. et cela. et sans sociabilité. une question qui valait bien la peine qu'on l'abordât plus franchement. qui ne voulait pas que l'on attaquât de front . Nous : lui ferions donc elle tort de la dis- cuter aujourd'hui elle est ce n'est pas encore le temps. vous le savez.130 l'évolution des genres. grand tort de ne — moins dangereux que cruel. à l'actif de Fau- teur du Parallèle. si. ne veux pas dire aux bêtes. par ses Réflexions critiques sur quel- ques passages du rhéteur Longin. mais cela n'est pas ensuite dit. Nous la retrouverons prochainement et nous aurons à la définir et à l'expliquer. je j'aie pas le dire. et. c'est aussi la seule de ses idées avec laquelle Boileau lui-même fut obligé de compter. est comme je vous le encore assez éloigné d'en avoir vu toutes les conséquences ou seulement toute la portée. Il répondit. J'essayerai de vous montrer alors en quoi l'idée de progrès diffère de celle dévolution. Perrault. au Parallèle des Anciens et des Modernes. sans doute est cruel d'abord. Et comme c'est elle qui assure à Perrault une place encore assez considérable dans l'histoire de la critique. d'ailleurs qu'elle est S'il est certain au fond des Dialogues. Il faut croire qu'il était de l'école de Turenne. d'une manière tout occasionnelle.

l'une des meilleures qu'il ait que s'il avait cinquante-six ou sept ans. le dit. sinon de l'en justifier. lui. mais il n'a pas toujours une vue très nette et très sûre du fond de la question. qu'étant d'ailleurs de santé délicate. Je ne le ton rogue. et non pas du tout sur les il y a en donne. perd souvent la mesure.IA QUERELLE DES ANCIENS ET DES MODERNES. y a de bonnes choses dans les Réet non seulement flexions. . son adversaire en avait dix de plus. Tranchons le mot quelque superstition dans ce grand amour du grec. mais si je le crois. tandis que Perrault garde constamment l'air et le ton d'un homme du monde. . Aussi les Réflexions quoique plus solides peut-être. et pas essayé quelque au moins de l'en excuser sur son âge. Boileau. Mais les lois guerre ne sont pas celles de la polémique. 11 commente bien faiblement Pindare et je crois qu'il admire sincèrement Homère. dans ses Réflexions. Satire des écrites. Avec cela. sont-elles aujourd'hui. que la rappelle plus si me je n'ai part. les positions 131 de la que l'on pouvait tourner. a toujours s'emporte jusqu'aux gros mots. femmes. et il est vrai. s'il il n'y en a pas d'excellentes . sans compter que. il approchait de la soixantaine. et puis. et. ce sera l'explication de ce qu'il y a dans les Réflexions critiques d'assez superficiel et c'est parce qu'il qu'il preuves : de très insuffisant. ou à peu près. ni celles surtout de la critique. dans les Dialogues. Boileau ne défend pas toujours les anciens et ses doctrines par les meilleures raisons. si vous le voulez. Mais je n'ai pas en ce cas réfléchi que les Héflexions critiques sont de la même année. beaucoup moins intéressantes à lire que les Dialogues.

Pline. à nous. pour être plus communs dans le l'école. parmi nos modernes. trois passages. qui publie que Jason et Rarthole étaient deux ignorants. Je vous en nommerais plus d'un. avec un médiocre savoir. qui tient que la plupart des anciens n'ont ni ordre ni économie dans leurs discours. en un mot. Le pédant le plus joli du monde. ne laissent pas : d'en être curieux et significatifs Mais à propos de hauteur pédantesque. que Rousseau. qui blâme tous les auteurs anciens. c'était celui de Fontenelle. qui se vante sans cesse d'avoir fait de nouvelles découvertes... qui trouve à la vérité quelques endroits passables dans Virgile.. mais qui y trouve aussi beaucoup d'endroits dignes d'être siffles qui croit à peine Térence digne du nom de joli. Deux ou néanmoins. Un pédant est un homme plein de lui-même. encore aujourd'hui même. et ce que c'est proprement qu'un pédant. décide hardiment de toutes choses. Iïippocrate. et de pédantissimes. n'en sont pourtant pas privilège. si vous y regardez. qui compte pour rien de heurter sur cela le sentiment de tous les hommes. dans répigramme célèbre. qui traite de haut en bas Arislote.. sera-t-il . et qu'il y a des pédants de toute robe. . au milieu de tout cela. c'est que le pédunlismr ou la "pédanterie. c'est à l'avance enfin. Épicure. se pique surtout de politesse. le portrait de La Motte ou celui de Marivaux. qui. Ce qu'il en faut retenir. qui. si j'en avais le temps. et en pied.132 l'évolution des genres. comme il y en a de tout poil et de toute origine. appelait aussi .. C'est le portrait de Perrault en personne. peut-être ne pas mauvais d'expliquer ici ce que j'ai voulu dire par là. que Boilcau traçait là.

un tour d'esprit qui était à la mode. si je me trompe : Quelque éclat qu'un écrivain ait fait durant sa vie. par exemple. tant les Français que les Latins. et qui aujourd'hui ne trouvent pas même de lecteurs.LA QUERELLE DES ANCIENS ET DES MODERNES. et que l'on méprisera ce que Ton a admiré. qui a décrié Ronsard. Et il ne faut point s'imaginer que la chute de ces auteurs. on ne peut pas pour cela infailliblement conclure que ses ouvrages soient excellents. la connaissance. plus ils sont contents d'eux-mêmes. Du Bartas. soit venue de ce que les langues de leur pays ont changé. à NcTvius. respect. et il arrivera peut-être que dans le siècle suivant on ouvrira les yeux. De faux brillants. En effet. 133 dont la morgue est faite de Ténormité de leur ignonous. quelques éloges qu'il ait reçus. Cependant Cicéron et Virgile y étaient encore plus estimés que de leur temps même. Nous en avons un bel exemple dans Ronsard et dans ses imitateurs. la langue latine. la nouveauté du style. et va plus loin.. qui. c'est qu'on s'est . Elle n'est venue que de te qu'ils n'avaient point attrapé dans ces langues le point de solidité et de perfection qui est nécessaire pour faire durer et priser à jamais des ouvrages. ayant atteint le point de perfection que j'ai dit. à Livius. comme Du Bellay.. qu'ont écrite Gicéron et Virgile.. était déjà fort changée du temps de Quintilien et encore plus du temps d'Àulu-Geîle. pour les rappeler le rance. comme à la modestie. et à Ennius. Ce n'est donc pas la vieillesse des mots et des expressions dans Ronsard. qui n'ont pas. l'admira- tion des maîtres. Desportes. plus ils ont de titres à ce nom de pédants. dans le siècle précédent. parce qu'ils avaient comme fixé la langue parleurs écrits. et qui ne savent pas enfin que. peuvent les avoir fait valoir. Vous le leur apprendrez quand vous ne les rencontrerez sur votre route.. Mais ceci vaut encore mieux.. La même chose était arrivée chez les Romains. ont été l'admiration de tout le monde..

non seulement leurs ouvrages en ce genre ne sont point tombés dans le mépris. n'était pas même encore sortie de sa première enfance. Boileau. comme Pasquier se Tétait persuadé faussement.. Lingendes et Racan qui vinrent après lui. par Marot. on a encore quelquefois recours à leur style. ce qui reviendrait à dire que la corruption du fruit est en progrès sur sa maturité. et les Réflexions nous font faire un pas sur les Dialogues. ce que Bertaut. y croyait voir Malherbe. de la Fontaine. mais ils sont encore aujourd'hui généralement estimés... certes. passe Perrault. Au contraire. l'évolution même des genres? et comment. et par d'autres. s'il eût suivi cette . et. aperçu tout d'un coup que les beautés qu'on n'étaient point des beautés. bien caractéristique. ayant attrapé sérieux le vrai génie de la langue française. et c'est ce qui a si bien réussi au célèbre M. en ce passage est défini rait-on effet. piqué d'émulation. est en avance ou en progrès sur celui qui l'a précédé. mieux ce que nous appelons aujourd'hui l'évolution des langues? comment. mais et a parfaitement vu que mouvement progrès ne sont point synonymes. pour Perrault et pour ses partisans. qui devrions les connaître par cœur. Peu connu ou rarement cité — car — qui lit aujour- d'hui les lié flexions critiques'! pas même nous. beaucoup à faire connaître. le vrai tour de l'épigramme. du rondeau et des épitres neuves ayant été trouvé même avant Ronsard. Gomment. Tandis que chaque siècle ou chaque âge. par quels exemples établirait-on plus solidement que les moments de Tune et de l'autre ne coïncident point? Ici. puisqu'elle Boileau n'a pas nié le lui est ultérieure. jusque-là même que pour trouver l'air naïf en français.134 l'évolution des genres. il mouvement. par Srint-Gelais. de contribuèrent dam le genre qui bien loin d'être en son point de maturité du temps de Ronsard.

la Je plume à la main. pour mieux parler. bien loin qu'ils aient eu dans le siècle d'Auguste des poètes comiques meilleurs que les nôtres. nous. Je montrerais que. de . je conviendrais que nos plus habiles historiens sont petits devant les Tite-Live et les Salluste.. le dernier exprime. commencerais par avouer sincèrement que nous n'avons point de poètes héroïques ni d'orateurs que nous puissions comparer aux Virgile et aux Gicéron. comme vous. dit-il à son adversaire. Térence étant morts dans le siècle précédent. était de montrer la connaissance surtout des beaux-arts. ils n'en ont pas eu un ait mérité qu'on s'en souvînt. mais supérieur à tous les plus fameux siècles de l'antiquité et même au siècle d'Auguste. je m'offrirais volontiers de prouver cette proposition. de Sarazin.. indication jusqu'au bout nous n'aurions point 135 fait. et qui la question. qui mit fin. d'un agrément infini. si pour l'ode nous n'avons seul dont le nom les Cécilius. est non seulement comparable. le siècle de Louis le Grand. et pour le mérite des belles-lettres. les point d'auteurs si parfaits qu'Horace.LA QUERELLE DES ANCIENS ET DES MODERNES. ou. les Plaute. Perrault. de ses Réflexions. Vous allez donc être bien étonné quand je vous dirai que je suis sur cela entièrement de votre avis. sur état de la pensée de Boilcau. les critiques que nous en avons faites. comme vous le savez. J'ai pris le premier de ces deux passages dans la cinquième des Réflexions critiques. à la première phase de la querelle. notre siècle. et le second dans la septième... Mais en même temps je ferais voir que pour la tragédie nous sommes beaucoup supérieurs aux Latins. par conséquent.. et que même. Je ferais voir que. qui est leur seul . la comtesse de la Suze. je passerais condamnation sur quoiqu'il y ait des satires de la satire et sur l'élégie Régnier admirables et des élégies de Voiture. J'en tire enfin un troisième et dernier de la Lettre à M. que pour Votre dessein.

Monsieur. ce qu'il y avait de durable.. qu'à proprement parler nous ne sommes point d'avis différent sur l'estime qu'on doit l'aire de notre nombre qui ne siècle.. et Perrault pouvait se déclarer Si c'était satisfait. c'est cle voir comment dans la lutte. j'insisterais lucidité sur l'extraordinaire je pense.. . et moi. de coup d'œil et sur l'étonnante fermeté de bon sens dont ce passage est. où non seulement les Latins ne nous ont point surpassés. Mais ce qui nous importe davantage... mais surtout élargies. les idées de Boileau celles que j'essayais se sont à la fois de vous résumer l'autre jour affermies. maintenant de Boileau lui-même qu'il fût question. dans la littérature de son temps.. On n'est pas à ce coup plus courtois. nous en avons néanmoins un assez grand lui sont guère intérieurs en délicatesse de langue et en justesse d'expression. mais qu'ils n'ont pas même connus.... 11 l'autre : mais que nous sommes différemment de même ne reste donc plus.. d'une inclination un peu trop violente à blâmer les méchants et même les médiocres auteurs de notre siècle.. de son mérite personnel et de son originalité de juge des œuvres de son temps. vous voyez. Jamais aucun contemporain n'a mieux discerné. que de nous guérir l'un et vous. avis. une preuve assez éloquente. d'un penchant un peu trop fort à rabaisser les bons écrivains de l'antiquité. et ce qu'il pouvait y avoir de ruineux ou de caduc.. comment et sur quel — — point ont fléchi les dogmes encore trop absolus de son Art poétique] et comment enfin. comme par exemple ces poèmes en prose que nous appelons Bornant. dans cette querelle de la prééminence des Anciens ou des Modernes.136 l'évolution des genres.. Par tout ce que je viens de dire. poète lyrique.. Je montrerais qu'il y a des genres de poésie.

Perrault et ses Réflexions critiques sur Long in pour ne se souvenir que de ce qu'il y a de plus étroit dans son Art poétique. Ils le sont maintenant tout à fait. — — principes absolus. nous dirons que deux idées nouvelles ont pénétré dans la critique. pour en diversifier la méthode et pour en corriger les A un autre point de vue. et les dépasser même au besoin. c'est qu'il y a d'autres modèles que ceux de l'antiquité. à la vérité. puisque vous venez de voir ce qu'il concède à ses adversaires. ou du moins Boileau. . Ce qui semble également admis. puisqu'à la date où nous sommes. Si de certaines raisons ont fait que nous n'avons pas de Cicéron ni de Virgile. plus général conclure à notre tour. si ses successeurs. Molière l'avait bien dit dans sa Critique de V Ecole des Femmes. Boileau lui-même dans son Art poétique.LA QUERELLE DES ANCIENS ET DES MODERNES. Et. paraîtront avoir oublié sa Lettre à M. les deux autres sont morts. plus classiques que lui-même. On ne croit plus maintenant que les règles soient immuables. et résumant la nature du progrès ou du mouvement accompli. s'il 137 n'a pas eu le dernier mot. d'autres raisons peuvent faire que nous en ayons de plus grands quelque jour. Mais quand ils le disaient. et pour dégageant maintenant la question des considérations particulières qui ne servent qu'à l'obscurcir. Racine dans ses Préfaces. on se rend compte qu'elles sont en mouvement. je crains qu'ils n'en fussent euxmêmes qu'à moitié convaincus. c'est lui pour- tant qui l'a prononcé. que nos auteurs peuvent valoir les siens. et ce — — n'est pas sa faute. Si nous avons surpassé les Latins dans .

dans une prochaine et leçon.138 la tragédie L'ÉVOLUTION DES GENRES. c'est l'idée Littéraires qui cri- tache à s'insinuer. des modernes. . ou dans les le roman. Et. qui s'introduit déjà dans la Nous verrons. servons-nous pour finir du seul mot qui convienne par le moyen ou sous le couvert de la : querelle des anciens et d'une certaine relativité des choses tique. nous pouvons égale- ment espérer de surpasser dans l'ode ou dans la comédie. Puisque nous avons des « genres » qu'ils n'ont point connus. 2.'] novembre 1S89. com- ment pourquoi les hommes du xvin siècle ne s'en sont pas d'ahord aperçus. d'autres sans doute en créeront d'autres un jour que nous ne connaissons point nousmêmes.

Considérable dans l'histoire de la critique générale. Diderot et la critique nouvelle. aux érudits aux pédants. L'abbé Dubos et la théorie Débuts de Voltaire YEssai sur la Poésie des milieux. pendant plus de cent ans. c'est avec la querelle des anciens que la critique fait véritablement son entrée dans le monde. Digression sur le naturel. Bayle. De quelques causes qui ont empêché le succès des doctrines de Diderot. dernières années du xvn e siècle Laharpe et son cours de littérature. Res- comme nous et l'avons vu. Variations de Voltaire. toutes nouvelles. Diffusion de l'esprit critique.CINQUIEME LEÇON LA CRITIQUE LITTÉRAIRE AU XVIII" SIÈCLE 1720-1800. . La fin de la critique classique. et comment il finit par être plus « classique » que Boileau. La renaissance du classicisme dans les André Ghénier et David. épique et les Lettres anglaises. — — — — — — — — : — — — : — Messieurs. Les Journaux au xvm e siècle. avait été pour la critique l'origine ou le signal d'une anciens faveur et d'une popularité treinte. Le retentissement considérable de la querelle des et des modernes dans l'Europe entière. mise par Fauteur des « Satires et de Y Art poétique à la portée des plus hon- nêtes gens ». sa place est nulle dans l'histoire de la critique littéraire. son rôle et son influence.

comme Perrault. parmi lesquels il convient de signaler plus particulièrement les Mémoires de Trévoux. qui débute. et à l'exemple aussi de Scarron. rédigés par les jésuites. par exemple. avec le xvm se e siècle commençant. 11 n'est donc pas étonnant d'en retrouver la trace. et la maque. par d'insupportables parodies du Télémaque ou d'Homère.UO et l'évolution des genres. — . que la question des mérites respectifs d'Homère et de Virgile. — . et se glisser. c'est de les voir. dans son 67/ Blas dans les premiers écrits de Marivaux. ou de l'auteur du Cid et de celui d'Androavec la galanterie d'abord. ou l'écho dans les écrits de : La Motte Houdard et de l'abbé Terrasson ils font profession de continuer la guerre abandonnée par Perrault. pénétrer un mêler à toutes les autres. dont il balança môme un instant la réputation alors européenne. moins d'esprit. et la Bibliothèque choisie de Leclerc. C'est aussi bien un des caractères du xvm e siècle que l'abondance des Journaux. comme vous savez d'ailleurs. D'un autre cùté. Homère lui a point appris à dire finement ni gracieusement les choses. et peu de politesse. les journaux se multiplient. devient — médisance ensuite — Tune des matières habituelles de la conversation des salons. ainsi que le peu partout. Mais la preuve la plus significative de l'uni- versel intérêt que ces questions excitent. et jusque sur les tréteaux enfin du Théâtre de la Foire. et. commentateur et contradicteur de Bayle. dans son Diable boiteux. tient Mme Dacier sou- contre eux la bonne cause avec beaucoup de bon ne sens. jusque dans les romans de Lesage. le continuateur. à l'imitation du Journal des Savants et des Nouvelles de la République des Lettres.

: la liste Histoire de la Presse en Il vous ici devrais semblera peut-être à ce propos que je vous parler de Bayle puisque aussi bien — je viens de rappeler ses Nouvelles de la République des lettres. quelque peu abusive. c'est dans le Dictionnaire de Bayle qu'il les a puisées. c'est aux Pensées sur la Comète qu'il les doit. en effet. et ainsi la critique se ». Si vous êtes curieux d'en connaître les plus importants. ni de politique. qu'ils ne peuvent parler ni de religion. Mais ce qui n'est pas .LA CRITIQUE LITTÉRAIRE AU XVIIie SIÈCLE. — et. bien autrement considérable. sont-ils les maîtres de Voltaire? On peut discuter. « ni des corps en crédit. dans une histoire générale c'est et détaillée de la critique moderne. ni de quoi que ce soit enfin qui tienne à quelque chose ture. a rapportées d'Angleterre. Bayle. par exemple. que nos historiens de la littérature ignorent en général. 141 dira Figaro. Les libres penseurs anglais du commencement du xvm e siècle. est le premier des « philosophes » du xvm c siècle et beaucoup d'idées que l'on s'imagine que Voltaire. je crois que je lui ferais sa place. qu'il en faut beaucoup rabattre. . je crois du moins qu'il en faut rabattre. Non pas assurément que je méconnaisse la valeur de Bayle! Je dirai même en passant qu'on ne la connaît pas. ils parlent de littéra- met en possession de les défrayer à peu près uniquement. Mais que je donnerais alors à ce mot de critique une extension tout autre. et. vous en trouverez dans l'ouvrage d'Eugène Hatin France. ou du moins trop prématurée. qu'on ne la loue pas surtout assez. et si je ne voudrais pas le nier. ni de l'opéra. ni des autres spectacles. c'est à Bayle. à mon avis. Collins ou Toland.

ce qu'elle a de ressources. je ne vois pas la place ni le rôle de Bayle. de Pascal. si je le pouvais. . pour se détruire. je l'augmenterais. que sur les libres penseurs anglais. et dans le sens où jusqu'ici nous avons pris le mot de critique. d'ailleurs. que sur Lessing ou sur Frédéric en Allemagne. L'impossibilité de concilier la raison et la foi. Seulement. Estce un grand écrivain? On peut. dans l'Europe entière. dans l'histoire de la pensée moderne. Est-ce un grand homme? je n'en sais rien. que bien loin de vouloir diminuer la nom.142 l'évolution des genres. Parcourez ses Nouvelles de la République des lettres ouvrez au hasard . indépendants et aventureux. pendant un demi-siècle. « Bayle qui de se faire son petit religion à part soi ». que Bayle est le maître des libres pen- seurs anglais. la plus grande peutgloire de son être de toutes celles qui. de 1700 jusqu'aux environs de 1750. en quelque sorte. son Dictionnaire. d'esprits curieux. c'est dans l'évolution de la critique littéraire que j'ai beau les chercher. dire que non. de Bossuet et de Leibniz. c'est encore lui. n'a pas moins agi sur eux-mêmes. et le pouvoir enfin que la raison possède contre elle-même. feuilletez surtout sa C'correspondance . selon le mot de la Pala- tine. et généralement sur tout ce qu'il y a eu. Bayle qui ou le droit l'a dénoncée le premier. Les Encyclopédistes et Rousseau l'ont seuls dépossédé d'un prestige ou d'une autorité qui. c'est l'a enseignée le premier. ont contrepesé celle d'Arnauld. la tolérance. Vous voyez. c'est douteux. qui s'en est avisé le premier. Mais c'est une grande influence. ce qui avait été la c'est noble illusion du xvn c siècle. pour tout homme. je crois. pour commencer.

je dis 11 comme critique. qu'à. appartient déjà au xvm e siècle. j'entends d'un goût peu sûr. à l'examen de la tradition et de l'histoire. on ne peut pas l'être davantage à tout ce qui fait le prix littéraire on esthétique des œuvres. Je ne vous parlerai pas non plus de Fénelon. — Bayle. A cet égard et ce n'est pas ce qui fait sa moindre — si originalité.LA CRITIQUE LITTÉRAIRE AU XVIII e SIÈCLE. certes. 143 on n'est pas plus indifférent. de sa Lettre sur les occupations de l'Académie française ou de ses Dialogues sur V Eloquence [1718]. Aussi n'ai-je jamais compris que Sainte-Beuve tout au début de sa carrière. il est vrai. dans un article d'ailleurs extrêmement curieux ait fait de Bayle le modèle ou le parangon du « génie critique ». l'appréciation ou à la classification des œuvres littéraires. mais de moins de goût peut-être. Génie critique? Oui. et c'est pourquoi nous n'avons pas ici à en parler davantage. une méthode que l'on applique plutôt à la recherche de la vérité des faits. il est ne s'intéresse dans les œuvres qu'à et les Scioppius ou les ce qu'elles lui apprennent Cardan. et qui ne m'a pas l'air d'attacher lui-même une grande importance aux jolies choses qu'il nous dit. comme que. D'ailleurs il ne me parait pas qu'on l'ait beaucoup lu. quelque idée que l'on se fasse de son objet final. Ce sont les délassements d'un homme d'infiniment d'esprit. à peine du xvir. philosophe. en tant que la critique est l'outil universel. par exemple. — — . sont d'un bien autre intérêt pour lui que les Racine ou les Corneille. Mais si l'on ne joue pas sur les mots. . non. Bayle n'est pas un critique. si la critique doit être surtout versée dans l'étude de la littérature et de l'art. et.

que ce qu'il a dit sur la rime? Mais il était sans doute écrit que la postérité ne voudrait pas voir plus clair dans les idées que dans le jeu de cet habile homme. vous et. après tout. les Lettre sur pour dire que je ne dirai rien de la occupations de V Académie française. qui parurent en 1719. Pour cette raison. Son Projet de Rhétorique. et. tout cela retarde il d'une cinquantaine d'années sur l'époque où le pro- pose. c'est qu'il n'y a que peu d'erreurs. C'est sa manière d'acquitter sa dette. — et il s'est contenté de le réfuter. quand Voltaire s'exprime ainsi. et de plus extraordinaire. qui en est lourde. de — — l'abbé Dubos. et beaucoup de réilexions vraies nouvelles et pro. mais pour le fond Réflexions critiques sur la poésie et la peinture. nous pourrions . C'est le livre le plus utile qu'on ait jamais écrit sur ces matières chez aucun peuple de l'Europe. a oublié de s'en souvenir. non pour la Je fais en revanche un tout autre cas des forme. voyez ce que je suis obligé d'en dire. son Projet d'un traité sur h vrai dire. « Tous les artistes lisent avec fruit les Réflexions de l'abbé Du- bos sur la poésie et la peinture. agi. à l'abbé Dubos. dans son Catalogue des écrivains du siècle de Louis XIV. et. pour le dire en passant. son Projet de Poétique.144 ni l'évolution des genres. qui doit beaucoup. Montesquieu. » Ainsi s'exprime Voltaire. fondes. aussi lui. que ses idées aient beaucoup l'Histoire. elle eu vaut bien une autre. vous pouvez être assurés qu'il doit beaucoup lui même à l'ouvrage qu'il loue avec tant de chaleur. Qu'y a-t-il encore de plus superficiel. parce que la substance en a passé dans la critique de Voltaire. Ce qui fait la bonté de cet ouvrage.

sujet savant. 145 nous borner à signaler le livre de l'abbé Dubos. cements d'une question que nous aurons à traiter prochainement nous-mêmes. j'ajoute que vous trouverez. antérieurs de trente ans à ceux de Montesquieu dans son Esprit des lois. sujet curieux. voilà deux « modificateurs des genres » dont l'abbé Dubos a essayé l'un des premiers de déterminer la nature et de mesurer l'action.LA CRITIQUE LITTÉRAIRE AU XVIII e SIÈCLE. où vous trouverez. et. Je vous en recommande cependant le premier volume. sur YÉtendue des climats plus propres aux sciences et aux arts que les autres. une théorie complète sur la part des « causes physiques dans le progrès des arts et des lettres ». ou encore. et aussi bien dont je ne suis pas juge. écrits sont ici t. Deux de ses premiers pour nous dune importance considé10 . J'ajoute. des observations plus « modernes » que vous ne le croiriez d'après la date du livre et le nom de l'auteur. i. pour mieux dire encore. et cinq ou six chapitres sur l'influence du climat. des observations ingénieuses. sur l'art dramatique en particulier. Arrivons donc à Voltaire. Je ne dis rien de son troisième et dernier volume il est uniquement rempli d'une Dissertation sur les : représentations théâtrales des anciens. puisque j'ai prononcé le nom de Montes- quieu. mais dont je n'ai pas à m 'occuper. Le pouvoir du milieu physique et celui du moment. et vous connaîtrez enfin les commen. dans le second vo- lume. Lisez donc ses chapitres sur le Pouvoir de l'air sur le corps humain prouvé par le caractère des nations. Vous ferez sans doute plaisir à son ombre vous y apprendrez beaucoup de choses.

nos flottes n'ont pas la . ou. traduit en français. et.. Il faut courir dans la carrière. dont ils ne connaissent point le caractère . mais bien peu d'exemples. tant de liens ne peuvent servir qu'à embarrasser les grands hommes dans leur marche. sur quelques lignes que l'imagination des poètes a créées en se jouant.. rable. La religion. qui ont voulu asservir à leurs lois une nation libre. dont la plupart sont inutiles ou fausses. et l'année suivante à — — Paris. à Londres. Assez enclin qu'il était de lui-même à s'émanciper des maîtres. à Londres.. clans la fréquentation des libres penseurs anglais. et sont d'un faible secours à ceux à qui le talent manque. encore sur les anciens si qu'il a toisé Boileau. sa langue. nos sièges.. l'un de ait le : ceux qu'il semble que l'on moins lus c'est son Essai sur la poésie épique qui parut pour servir de préface à sa Henriade. il semble que l'exil ait achevé de délier qu'il a jugé. Nous ne parlons point la môme langue. Nos coutumes sont plus différentes de celles des héros du siège de Troie. Nous trouvons partout des leçons. que de celles des Américains.. Ecoutez-le : Nous devons admirer ce qui est universellement beau chez les anciens. . Nos combats. et d'abord. Ils ont laborieusement écrit des volumes. en anglais. vous croiriez vous l'aimez mieux. Mais ce serait s'égarer étrangement que de les vouloir suivre en tout à la piste. Mais c'est surtout en fait de poésie que les commentateurs et les critiques ont prodigué leurs leçons.. et non s'y traîner avec des béquilles. Tant de prétendues règles.146 l'évolution des genres. qui est en tout le fondement de la poésie épique est parmi nous l'opposé de leur mythologie. Ce sont des tyrans. en 1727... L'entrée en matière en est tout à fait agressive : Ou a accablé presque tous les arts d'un nombre prodigieux de règles.

CRITIQUE LITTÉRAIRE AU XVIIie SIÈCLE. si nous voulions l'en croire. la 147 moindre ressemblance. si vous aimez les rapprochements. tant d'autres arts qui ont été la bousapportés récemment dans l'ace le Il monde il ont en quelque façon changé la de l'univers. nous regarderions Voltaire comme beaucoup plus indépendant de la tradition et du passé qu'il ne Test réellement.. Mais ce ne sont là que de simples boutades.. un nez et une bouche cependant l'assemblage des traits qui fait une beauté en France ne réussira pas en Turquie. Il ne suffit pas pour connaître l'épopée d'avoir lu Virgile et Homère comme ce n'est point assez. l'imprimerie.LA. comment veut-on asservir à des lois générales. il faut nous informer de quelle manière on les cultive chez toutes les nations. sole. voici quelques lignes qu'on ne s'étonnerait pas de rencontrer sous la plume de Mme de Staël : Je sais qu'il y a plusieurs personnes qui disent que la raison et les passions sont partout les mêmes. anciens. Les hommes ont en tout pays deux yeux. en effet. : . L'invention de poudre. d'avoir lu Sophocle et Euripide. mais elles s'expriment diversement. Puisque la nature est si différente d'elle-même. a tant d'empire? Si donc nous voulons avoir une connaissance un peu étendue de ces arts. Il semble au moins que ce discours soit assez éloquent et. mais ne faut pas peindre les mêmes C'est le vers fameux d'André Chénier : Sur des pensers nouveaux faisons des vers antiques. cela est vrai. les faut peindre avec des couleurs vraies comme choses. . En . ni une beauté turque à la Chine. des arts sur lesquels la coutume. c'est-à-dire l'inconstance. Et. et ce qu'il y a de plus aimable en Asie et en Europe serait regardé comme un monstre dans le pays de la Guinée. en fait de tragédie..

faut dire qu'il ne s'est jamais vraiment révolté. non. mais Pour désireux. ne se résigne pas. dans cet Essai même. Si nous n'avions plus grand profit à tirer du dont vous avez vu que le commerce des Italiens il en pouvait être xvn c siècle avait assez abusé. ou qu'à démarquer Hamlel dans sa de même ici. pour avide même qu'il soit de faire du tason bon et un peu de scandale au besoin. et tout y semblait tendre. n'apprenait rien à ses compatriotes. tout ce grand bruit se termine à demander qu'au lieu de se contenter éter- S émiramis \ nellement d'Homère et de Virgile. — — autrement de l'imitation ou de la connaissance de la littérature anglaise. résigne. . page — — sens. a beau regimber. en vantant les Anglais. à ce moment du xviu e siècle. les théoriciens du poème épique veuillent bien se souvenir que la Jérusalem et le Paradis perdu en sont deux. Tout y semblait inviter. particulier. Voltaire il est Français. littérairement du moins. son respect de l'autorité le retiennent. réalité. Parisien et si je ne craignais d'abuser des citase se il vous verriez que. La proposition était d'ailleurs heureuse et oppor- tune. sans il il soucier de se contredire. après ces grands éclats.148 l'évolution des genres. comme en matière de théâtre ses plus grandes audaces. ou plutôt. dans sa Bibliothèque choisie — en s'étaient . Même dont nous parlions tout à l'heure — les journaux et Leclerc. il est même tions. et. Voltaire. la timidité de son goût. Il ne se publiait pas à Londres une seule nouveauté de quelque importance ou de quelque intérêt qui ne fût traduite aussitôt de ce coté-ci de la Manche par quelque Desfontaines. n'iront jamais plus loin qu'à s'inspirer discrètement d'Othello dans sa Zaïre.

11 y en a d'anglaises.. ralement des étrangers. Zaïre. sur les traces de Leclerc et de l'abbé Desfon- que Prévost à son tour. et finalement affecter quelque ambition plus haute que d'enfermer l'art et la littérature dans le cercle de ses prescriptions. c'est ce de Manon Lescaut. nous ne pouvons guère nous étonner qu'ils n'aient pas fait de Milton ou de Shakespeare plus d'estime que n'en eux-mêmes au commencement Représentez-vous.LA CRITIQUE LITTÉRAIRE AU XVIII e SIÈCLE. quel serait l'embarras.. et il est curieux d'en exa- miner les raisons. mise en présence de beautés nouvelles ». la publication tapageuse des Lettres taines. en 1734. il semble que Zaïre. le futur auteur allait faire dans son Pour et Contre. et deux ans plus tard. Avec le même J succès. en 1732.. le dût être. nous n'avons pas à rechercher ici ce que notre gagner à ce contact de la littérature anglaise. Vous Si littérature pouvait <( — — savez qu'il n'en fut rien. mettre ellemême en question l'universalité. achever de secouer le joug des anciens. de nos jours. la critique du moins. l'autorité. — philosophiques. l'embarras des Anglais ou généfaisaient les Anglais du xvm c siècle. 149 donné pour tâche d'étendre et de multiplier les communications de l'une à 'autre langue. doute en tirer de nouveaux motifs d'indépendance. de « beautés modernes » allait sans je veux dire nullement « classiques ». si. l'immutabilité de ses règles. dans nos histoires de la . Et s'il était enfin besoin d'un coup d'éclat pour convertir jusqu'aux indifférents. si je puis ainsi dire et nous pouvons bien regretter que nos pères n'aient pas eu l'esprit plus large et plus hospitalier. .

» Et. quand Voltaire mettait le Caion du sage Addison fort au-dessus de YHamlet ou du Jules César de Shakespeare. Encore aujourd'hui. nous en dirions trop peu si nous disions que. nous ne faisons pas et. même aux yeux de Rousseau Fauteur de voyez la Lettre sur les spectacles. Ainsi. si là-dessus. que les historiens de la littérature anglaise appellent leur « siècle d'Auguste ». et leur siècle classique entre tous? D'autres raisons sont plus personnelles à Voltaire. nos dédains ne passent pas la mesure mais. il ne faisait que répéter ce qu'il avait entendu dire à Londres. de toutes les parties de son œuvre on n'en a mis aucune à plus haut prix il faut dire que c'était la seule que l'on ne contestât point. Même aux yeux de Fréron. en son temps. ou à Wandsworth. Rymer. de Mérope. de Pope et de Swift. l'âge d'or de leur littérature. chez son ami Falkener. poussait encore la sévérité de sa critique jusqu'à dire peare. « Le savant nous dit Voltaire lui-même à ce propos. qu'il n'y a point de singe en Afrique. nous mettions constamment l'auteur du Glorieux ou celui du Légataire au-dessus de l'auteur de Tartufe Rymer Les Anglais en étaient là. l'évolution des genres. le temps d'Addison et de Steele. grand cas de son théâtre.150 littérature. de Tancrbde a passé sans difficulté pour l'émule et le rival heureux de Racine et de Cor- . ce serait une question que de savoir . point de babouin qui n'ait plus de goût que Shakes- par conséquent. sur l'excellence et la corruption de ! — — la tragédie. dans un livre dédié au fameux comte Dorset. en 1693. : — — Zaïre. dans ses Lettres philoso- phiques. n'est-ce pas le temps de la reine Anne et du premier des Georges. de 1730 à 1780.

la barbarie de ses « farces monstrueuses ». il eût fallu que l'irrégularité de Shakespeare choquât ou blessât moins profondément le goût général du xvm c siècle. que de se réserver à lui tout seul le privilège ou le monopole de l'imiter. 151 On ne pouvait donc pas décemment. et surtout d'art. en 1734. pour oser dire que l'envie le faisait parler. perdu pour l'art dramatique. Rien ne fut donc plus facile à Voltaire.LA CRITIQUE LITTÉRAIRE AU XVIII e SIÈCLE. on ne pouvait pas dé- cemment accuser d'incompétence l'auteur applaudi & Œdipe ou de Zm?^. mais en revanche assez peu soucieux de littérature. et à . Il avait préludé dans le Dictionnaire de Bayle. il lui reprochait. neille. c'est ainsi que Voltaire prenant peur de la gloire de Shakespeare. c'est d'être avant tout préoccupé de questions religieuses. : soupçonner sa force et sa fortune prochaine que dans les Lettres anglaises. après avoir rendu justice à Shakespeare. il se jouait dans les Lettres persanes on peut e siècle. politiques. il convient d'ajouter qu'au moment même où paraissaient les Lettres anglaises. après avoir découvert ou révélé Shakespeare à la France. sociales. on l'en crut sur sa parole. d'autre part. Mais. Enfin. le profit qu'on eût pu tirer de la connaissance du théâtre anglais le fut également pour la critique française. vous le savez. s'en dégager. Quand il n'est question dire qu'il n'apprend à se connaître. et. quand. ce qui le caractérise éminemment. Or. comme les morts eux-mêmes ne laissaient pas de porter ombrage à son amour-propre. l'esprit du xvm commençait à enveloppé jusqu'alors dans ses origines. dans ses Lettres anglaises. Silent leges inter arma. et à prendre conscience de lui-même. Et..

vous serez frappés d'y voir l'auteur de Y Essai qu'on trouvera sur la poésie épique se ranger. « Conservateur bien dit. rien de moins que de renverser. il essaye bien de faire passer queltruire de la base .152 (le l'évolution des genres. ques innovations. A mesure si en popularité. 11 suit de là que les hommes du xvm c siècle. en général. sauf en religion de ». l'édifice social. Bien loin de profiter accepte. mais à coup sûr pas plus large. les Mercier n'auront plus tard qu'à les reprendre. où Diderot. de s'enfermer dans les questions purement littéraires. pour le reconsau sommet. pour écrire les Essais si révolutionnaires. son . dans ses tragédies. Toutes ses velléités de révolte sont tombées. s'en tiennent volontiers sur ces matières aux principes que leur ont légués les générations précédentes. et son influence pour promouvoir la critique il il prétend imposer aux . Leur activité se dépense à d'autres emplois. les Beaumarchais. dans ses vieux jours. Mais. avance en âge et qu'il grandit son esprit devient plus hardi. si vous lisez attentivement son Commentaire sur Corneille. on est moins curieux des justes proportions que doivent avoir dans la tragédie le prologue l'épisode et l'exode. en tout. A la vérité. autres toutes les nies » littéraires « servitudes » et toutes les « tyran- qui l'indignaient entre trente et quaqu'il rante. comme on l'a si voilà sa devise et sa définition. je ne veux pas dire plus étroite que celle de Boileau. Voltaire en est un remarquable exemple. les il en propose de plus hardies et de plus radicales dans les Préfaces de ses tragédies. et. à une critique. qui est de 170-4. à soixante-dix ans. cela équivaut pour eux à un brevet d'étroitesse ou de pauvreté d'esprit.

tout ce qu'il a de maintenir la critique au point ait fait où il l'avait trouvée. ne s'est plus de naïve impudeur. au total. complaisamment étalé dans son œuvre. tout au rebours. pendant soixante ans. devient plus timide ou 153 même plus timoré. ni Restif de la Rretonne. sous l'air indifféremment. Mais. tage? Je n'aime guère Diderot — ou tenté davanvous l'allez bien mais l'une des raisons que j'ai de ne pas — et l'aimer. dissertateur intrépide. sans règle et sans choix. à bride abattue. tres. des traits de génie noyés au courant de sa verbosité. Ni Rousseau. . pour mieux dire et encore. comme il écrit sur toutes choses — — le même aplomb. homme. dont on a pris trop souvent la confusion même pour de la profondeur. tous les préjugés d'un bourgeois ou d'un « philistin ». sans ordre ni mesure. Non pas assurément qu'il soit énigmatique et jamais . goût. ne sont plus beaux à vrai dire. je suis encore et toujours en doute de ce qu'il fut. C'est si pourquoi. que je ne veux pas lui comparer un instant. et interminable surtout. ses idées. c'est qu'après l'avoir plus d'une fois relu. . se sont annulées elles-mêmes. Dirons-nous que Diderot voir. de l'éloquent et du bouffon. du clair et de l'obscur. déclamateur redoutable esprit puissant et confus plus confus que puissant. de l'exquis et de l'ordurier. malgré les apparences. et. on trouve de tout dans son œuvre du raisonnable et de l'extravagant. en se compensant. a été presque nulle en critique. (/a été. fâcheuse et si regrettable en tant d'au- riniluence de Voltaire. bienfaisante en plus d'un point.LA CRITIQUE LITTÉRAIRE AU XVIII e SIÈCLE. le « Rousseau du ruisseau ». fait. avec : d'une indépendance qui va parfois jusqu'au cynisme. ou.

nous attendrons qu'il s'en présente une occasion plus favorable et plus ample. c'est celui-là. Nous avons de mais nous en avons des pages — pas beaucoup. de l'autre. que toute la question est si vous l'aimez du sens que l'on . Mais nous ajouterons que. s'il y eut jamais un principe dont la valeur dépendit tout entière de l'homme qui l'applique. il se soit efforcé de rétablir clans l'art des règles presque plus étroites que celles qu'il rejetait. qu'il ne l'a lui- même jamais De su. beaucoup de conventions mondaines. il . dont il était utile de purger la critique. dans les formules de son Art poétique. nous avons vu. mieux. vous vous le rappelez. Pour discuter le second de ces principes. si cependant on semble que. il ait voulu s'affranchir des règles au nom d'une imitation plus fidèle de la nature et. difficile rend aussi lui à juger. qu'il était le fondement de l'art. Mais. insupportable écrivains — que nos plus grands pourraient être fiers d'avoir écrites. d'une part. Quant au premier. qu'en dépit de l'effort qu'il avait fait pour fonder les règles en nature. qu'il est à la fois attrayant et à lire. comme je le crois. aujourd'hui. et nous en avons qui devraient suffire à déshonorer la homme est dans l'histoire plus difficile mémoire d'un d'une littérature. ce qui encore que tout le reste. de plus. c'est de savoir ce qu'il a pensé. et la raison vous en paraîtra plausible. en parlant de Boileau. si je dis. Boileau ne laissait pas d'avoir enveloppé. qu'au nom de l'utilité morale ou sociale. Nous dirons ce désordre et cette confusion. ou même à définir. essaye de tirer quelque chose de précis.154 C'est ce qui le L EVOLUTION DES GENRES. ou encore.

et Rousseau. pour des raisons tirées de l'objet même de l'art. et le conseil qu'il réussi. la grossièreté comme la délica- tesse? Et enfin. et Diderot nous prouve par son exemple. et large. que nous n'avons que trop de pente à suivre. qu'il ne peut pas. d'où Diderot tirera-t-il la certitude que c'est lui qui voit bien. Voltaire. pour Diderot. si l'art ne peut pas imiter la nature tout entière. mais. s'il en est aussi l'un des plus vulgaires. si vague. la plus conforme et si conforme à ce qu'elle doit être? Voltaire. soit la vraie. en parlant encore deBoileau. après tout. qui voient mal? Le Père de famille est-il plus naturel. puisqu'il y a dans la vie des actions . 155 donne à si ce mot de nature. en que notre nature à chacun soit la bonne. malheureusement. droit de faire l'imiter tout entière. et c'est la sienne. Quelle assurance avons-nous. nous donne. c'est pour des raisons tirées de la nature même. que Tancrède? ou Candide l'est-il moins que le Neveu de Rameau? et la seule Montesquieu. n'enveloppent-ils pas aussi ce qu'il y a de pire? la laideur et la médiocrité n'en font-ils point partie? le crime et la vertu? la sot- tise comme l'esprit. effet. Diderot en est un des plus rares. qu'il si la nature et le naturel enveloppent ce y a de meilleur au monde. nous avons vu. Nous avons le un pas de plus maintenant. la nature. et qui lui a si bien Or. Montesquieu. que. si Rousseau. c'est également parce qu'il en est le plus naturel. si mal défini. voient la nature autrement que lui. c'est celui qu'il met en pratique lui-même. si D'ailleurs. Parce qu'il est le plus naturel des écrivains de son temps. Si l'art doit imiter la nature.LA CRITIQUE LITTÉRAIRE AU XVIII e SIÈCLE.

il se peut que ce soit le pousser dans une voie déplo. comme je le disais. était cynique en lui. de soins qu'ils croyaient plus urgents. Est- que peut-être ses contemporains. Souvenons-nous aussi que. ses Salons. faut nous assurer de ce que vaut le — et je dirais volontiers que pour cela c'est premier soin à prendre de nous en délier. Les théories de Diderot ne firent pas fortune. s'ils ont bien pu lire Y Encyclopédie. était grossière. C'est ce que n'a pas su Diderot. son naturel. la notre. pourquoi serait-il naturel ne pas aussi bien de les cacher que de les étaler? Lisez à ce propos le Rêve de d'Alembert ou le Supplé- ment au Voyage de Bougahiville. n'ont vu . en termes généraux. ne prirent ni le temps ni la peine d'en débrouiller le vrai sens. Nous montre- rions de la même manière que il c'est aussi ce qui fait l'immoralité de sa morale. si nous le voulons et Diderot. Et comme la nature était vulgaire. cependant ils n'ont pas connu la moitié de l'œuvre du philosophe. d'imiter la nature. s'il est le prin- cipe de son talent. qui contiennent peut-être la substance de le jour que de notre temps. Tout ce qui est naturel n'est donc pas de soi bon ou louable. obscur encore aujourd'hui pour nous. conseiller à Fart. occupés qu'ils comme nous l'avons dit. Mais ce qui contribua davantage encore et surtout à discréditer ce que l'on comprit de ses idées. n'a pas sans doute été plus clair pour ses contemporains. comme on semble le croire et. en est aussi la tare. rable. parmi le fatras de ses contradictions? Nous pouvons le croire. Avant de suivre et avant d'imiter la nature. et qu'en particulier ce étaient. le naturelles que nous cachons. il me sa critique.156 l'évolution des genres. .

Mais. et ils ont eu surtout pour les contemporains. ils auraient toujours. Son Fils naturel fut son Aspar\ son Père de famille est son Saint Paulin et la médiocrité des œuvres entraîna la doctrine dans leur chute. mais du moins pour avoir confusément élargi la notion ou la définition de la nature et du naturel dans l'art. mémoire de prétendait qu'après VEcole des femmes et la fameux Essai sur plume sur la poésie drama- Tartufe. C'est souvent à Rousseau que Ton en fait honneur. l'a puisque c'est Y Encyclopédie. et il celles des en advint des idées de Diderot comme de Fontenelle et des Perrault au commence- ment du siècle. ou de commentaire apologétique. sinon précisément pour avoir inventé ce que nous avons depuis lors appelé du nom de naturalisme. 157 semble que ce dut être le retentissant insuccès des applications qu'il en fît. et là sa gloire : . et on a raison. et qu'on sépare. — quand ils contiendraient plus d'idées justes et de vues ingénieuses ou fécondes que je n'y en saurais reconnaître. 11 n'en doit pas moins occuper dans l'histoire de la une place considérable. ce grand tort de servir de préface. . qui les a rendus ainsi dire propres à la recevoir. et qu'on distingue. Quand les Entretiens avec Dorval tique — et quand ce où. en tant que la religion ou la superstition de la nature est bien l'idée du xviii siècle. Là est son œuvre. qui fait pénétrer dans les esprits. qui les en a finalement et pour imbus.LA CRITIQUE LITTÉRAIRE AU XVIII SIÈCLE. critique c'est plutôt Diderot. au Fils naturel ou au Père de famille. passant la il Molière. Il n'y a pas de théorie qui tienne contre de semblables condamnations d'elle- même. si pourtant on s'explique. la véritable comédie était toujours à créer.

équilibra l'influence de ce naturalisme. de son influence. je crois. vivant enfin par elles-mêmes. ou encore. mais peut-être qu'il eût moins agi. dont nous ne savons ni l'espèce. on n'a point imité son Fils naturel et son Père de famille. les théories de Diderot n'ont point fait fortune. surtout au point de vue littéraire. ont constitué une atmosphère nouvelle des esprits. et.158 l'évolution des genres. siècle. et distinction. ni le nom. secrète. u le dévelopCe n'est peut-être sans une raison profonde. J'ajouterai que. devenues en quelque sorte anonymes. Et les contemporains en ont subi l'action comme nous subissons aujourd'hui celle d'un milieu dont on ne démêlera que dans un siècle ou deux les éléments constitutifs. un plus grand écrivain. fait je me contredis à mon tour? et qu'ayant dit tout à l'heure que ses théories fortune en son temps. dans les dernières années du xvm e une raison puissante. là aussi le principe loin : s'il l'avait au lieu de la son œuvre. Et je vais plus exprimée plus clairement lui-même. et intérieure . je me trom- ou que je me trompe en parlant maintenant de l'étendue de son influence? Mais la contradiction pour la concilier. corpora cœca. comme les appelait Lucrèce. nature. comme on a fait les tragédies de Voltaire ou les romans de Rousseau. laisser éparse un peu partout dans Vous penserez là-dessus que n'avaient point pais. Mais ses idées. et vint en entraver pement. il serait sans doute un autre homme. . comme nous subissons éternellement celle de ces grandes forces de la n'est qu'apparente. détachées pour ainsi dire de l'expression qu'il en avait donnée. à l'état diffus et latent. il suffit d'une Non. si vous l'aimez mieux.

le Français. Et je ne m'étonne pas non plus de voir au xviu siècle.LA CRITIQUE LITTÉRAIRE AU XVIII e SIÈCLE. au xvr3 siècle. suprêmes injures à Shakespeare et ». a dit quelqu'un. Rappelez-vous le mot si curieux que nous a conservé Chamfort ((M. rien n'est plus » curieux. mais à mesure que la « philosophie dirige contre le trône et l'autel des attaques plus violentes. est certain . : qui voyait la source de la dégradation de l'espèce hu- dans il maine dans l'établissement de la secte nazaréenne et la féodalité. l'Allemand. Nous voyons aujourd'hui le Transylvain. : Romain par F âme l'esprit et ses J'avoue qu'on ne doit pas condamner un artiste qui a le goût de sa nation. l'Italien pour sentir également les beautés saisi .. mais on peut le plaindre de n'avoir contenté qu'elle. le respect singulier des traditions littéraires et des types consacrés de l'art. fallait se défrancise?' et se débaptiser et redevenir Grec Rappelez-vous encore du Commentaire sur Corneille. En effet. disait que pour valoir quelque chose. Y humanisme a pris naissance.. le Gourlandais se réunir avec l'Espagnol. Apelle et Phidias forcèrent tous les différents États de la Grèce et tout l'empire romain à les admirer. comme par une sorte de contrepoids. de Voltaire. aussi il que nous voyons qu'on s'attache davantage à des traditions dont on commence à craindre que le naufrage emporte avec lui la littérature et la civilisation mêmes. qu'au 459 moment où le catholicisme a reçu son premier grand ébranlement. chez les encyclopédistes et les autres. au second grand assaut du dogme.. et dont le succès parait désormais plus prochain. de. le Hongrois. l'admiration presque superstitieuse de Vir- gile et de Racine s'accroître au fur et à mesure du pro» grès de leur irréligion.

Je veux m'envclopper de leurs saintes reliques. et jusqu'à la veille de la révolution.460 l'évolution des genres. ou de vivre toujours après tant d'années ils écoulées. quoique chacun de ces peuples prononce différemment la langue d'Horace et de Virgile. je veux le partager. xVux troncs de mon verger ma main avec adresse et bientôt même écorce les presse. poésies enfin d'André Chénier : sont des preuves assez éloquentes Des antiques vergers les rameaux empruntés Croissent sur mon terrain. Je ne crois pas que l'auteur de Y Art poétique. Dans leur triomphe admis. . ou de popularité des anciens. dans ces mêmes années. — De ce mélange heureux l'insensible douceur Donne à mes fruits nouveaux une antique saveur. D'où vient ce concert éternel? y a donc un bon et un mauvais goût. Ou bien de ma défense eux-mêmes les charger. le Voyage du et les jeune AnachnrsU.. ils se fussent applaudis de revivre. après leur mort. ce regain de faveur mas. Le critique imprudent qui se croit bien habile. que Ronsard eussent désavoué ces vers. Les attache. La Bruyère et Boileau n'avaient pas dit autre chose. mais. de Virgile et d'Horace. ce retour de la lit- térature vers les sources antiques. — — Montaigne. VA ceci tu peux voir si j'observe ma loi. ces grands hommes ont réuni les voix Il de toutes les nations. ou en eussent loué l'heureuse élégance. il t'en souvient. Mais rappelez-vous surtout. et Virgile essuya les critiques de Bavius. Sans doute Pantolabus et Crispinus écrivirent contre Horace de son vivant. l'avait dit avant moi. mollement transplantés. Dévot adorateur de ces mai très antiques.. dont les iïloges de Tholes traductions de l'abbé Dclille. ils y eussent reconnu leurs idées.. Donnera sur ma joue un soufflet à Virgile. je ne crois pas plutôt.

en général — qui ne manque pas au moins de vivacité ni — manque d'esprit. celui de l'antiquité. cisme. rares. représente et soit à la veille encore de triompher de nouveau? Un homme incarne cette évolution de : la critique classique. Oui. œuvre qu'on ne faire preuve. Je sais les défauts de Laharpe. après cela. sans doute. d'émotion. lit un homme et une œuvre pas assez. qu'auraient-ils dit en voyant l'école de David succéder à celle de Boucher. renaître enfin de son long oubli? Ne semble-t-il pas que le siècle finissant remonte en quelque sorte au delà de ses propres origines. comme ils l'appelaient. et qu'en dépit de quelques résistances le classi. Charles Lebrun ou Nicolas Poussin. l'art s'inspirer de nouveau des Adieux cVAndromaque ou du Serment des Horaces et non plus de l'Escarpolette ou de la Cruche cassée et. Lebrun. et de son étroitesse d'esprit. manque de injuste. portée. et l'œuvre. d'indépendance et de largeur d'esprit. mal soi-même bien que de ne pas 11 . C'est que les grands l'avoir bien manque de largeur. avant de mourir.LA CRITIQUE LITTÉRAIRE AU XVIII e SIÈCLE. il maltraite outrageusement ses ennemis personnels. Mais. et sa critique. le grand goût. de Fragonard ou de Greuze. 161 Et les peintres de leur côté. et de son ignorance. il parle des Latins et des Grecs sans assez les connaître. C'est Laharpe que je veux dire. tout comme pédantesque et volontiers dénigrante. à leur tour. . hommes sont lu. ce serait être ou ce serait i. t. et un homme que une je ne souhaite que d'égaler à la plupart de ceux qui croient en le raillant. je sais ce que l'on a dit — et je un autre — de sa critique pourrais au besoin le redire. c'est son Cours de littérature.

Nous avons nous avons une multitude de livres didactiques et de recueils biographiques dont je contesterai d'autant moins le mérite. vous en apprendrait moins sur ce point. tous ceux qui l'ont suivi sont ingrats. — — . Marmontel est déjà romantique. sur le xyii e siècle et sur le xvm e siècle. dont le plus grand et — sont point tous aussi démodés qu'on veut bien dire . et de faire marcher du même pas l'histoire et — — — — l'appréciation des oeuvres. c'est encore à lui qu'il faut vous adresser si vous voulez savoir ce qu'est devenue la critique même. Marmontel. de renseignements le utiles. dans les choses générales. que plusieurs ne m'ont pas été inutiles. si lire et c'est Laharpe qu'il faut interroger. c'est lui qui s'est avisé le premier de réduire en un corps toute l'histoire de la littérature. Enfin et à cet égard. s'ils ne reconnaissent pas ce qu'ils doivent à Laharpe.162 l'évolution des genres. En effet. c'est vous voulez Lycée qu'il faut . de jugements qui ne moindre mérite. Pareille- ment. bien plus fidèlement que la Poétique de Marmontel un autre critique. que d'ailleurs c'en est là le — tort est d'être l'auteur de ses tragédies et de ses romans. — Du milieu du xvir siècle à la fin du xvur3 le mesurer le progrès accompli. et quel en est l'objet principal pour les écrivains du xvm c siècle. mais tous traitent d'objets particuliers. le Lycée de Laharpe exprime ou traduit pour nous dans l'histoire le dernier état de la doctrine classique. esprit assez libre. et volontiers paraje vais vous étonner peut-être doxal. ou ne sont. reconnaître ce que son Cours de littérature contient. d'indications précieuses. dit-il lui-même dans sa Préface. de son Aristomène et de son Bélisaire.

et d'avoir enfin. Toute histoire est dans le temps. C'est ce que Laharpe aurait pu apprendre de l'auteur de YEssai sur les mœurs ou de celui du Discours sur V Histoire universelle. et sa réelle originalité dans l'histoire : de la critique. le premier.. en elle-même. considéré l'histoire de la littérature dans la totalité de sa suite. pour ainsi dire. de l'avoir ainsi traitée pour elle-même. Mais cest Ici. 163 — des dictionnaires. Mais il n'en doit pas moins garder l'honest trop vaste. Beaucoup de choses y manquent encore. mais elle en est le support nécessaire.LA CRITIQUE LITTÉRAIRE AU XVIII e SIÈCLE. par là. dont on a tort de se moquer. soit en France. Née. et ses classifications par genres. dans les bibliothèques des érudits de la .. et sa place. et la chronologie. la première fois. Arrêtons-nous ici. en brouillant systématiquement l'ordre chronologique. qui n'exclut que les sciences exactes et les sciences physiques. et autre que la sienne. frayé les voies à une critique plus large. soit même en Europe vous voyez au moins qu'il ne se fait pas illusion sur son propre mérite. et d'ailleurs assez tionné neur d'avoir.. La disposition n'en est pas très heureuse. comme capable de se suffire. c'est la première fois qu'on offre au public une histoire raisonnée de tous les arts de l'esprit et de l'imagination depuis Homère jusqu'à nos jours. et que des nomenclatures — Il a raison : c'est bien là sa part. je crois. rompent à tout coup cette continuité qui doit être le propre d'une véritable histoire. n'en est pas l'âme sans doute. Nous sommes arrivés au terme du xvin siècle et de la critique classique. Son il l'est plan qu'il est défectueux sans doute surtout en ce mal propordans ses parties successives.

et. puis exégétique et apologétique. nous l'avons vue devenir dogmatique avec Boileau. pour ainsi dire.164 l'évolution des genres. historique enfin avec Laharpe. . examiner par quelles acquisitions et quelles extensions successives elle s'est transformée pour devenir ce qu'elle est aujourd'hui. Renaissance. et prendre insensiblement con- science de son objet. depuis La Harpe jusqu'à nos jours. 26 novembre 1889. Philologique d'abord. mondaine avec Perrault. nous l'avons vue grandir pendant deux cent cinquante ans. C'est dans cette direction qu'il nous faut maintenant la suivre. esthétique avec Voltaire ou Diderot.

neille^ le le premier. — Le livre de la Littérature. — Le sentiment et description de la nature. En effet. — Pourquoi nous poude la critique.SIXIÈME LEÇON MADAME DE STAËL ET CHATEAUBRIAND 1800-1820. son Commentaire sur Corsecond sa Poétique. — L'idée du progrès. — L'étude comparée des littératures. au moment même où ils écrivaient. — Défauts et qualités du livre. — Le Génie du christianisme. que Laharpe avaient rédigé. la le vons négliger la préface de Cromvcell. — Quelques mots sur Globe. Messieurs. — Le livre de l'Allemagne. — La — La curiosité réapparition de l'idéal chrétien dans du moyen âge. — Substitution de la critique des beautés à la critique des défauts et discussion de cette formule. que Marmontel. l'art. Influence indirecte et considérable de Rousseau sur l'évolution — Deux mots sur la littérature du temps de — Mme Staël et Chateaubriand. — Ce que Mme de Staël y ajoute et y corrige au livre de la Littérature. un homme avait déjà paru. — Le principe de la critique nouvelle. On pourrait dire qu'en essayant de donner à la cri- tique classique son expression définitive. le troisième enfin son Cours de littérature. dont . la Révolution. — Fixation de la critique nouvelle. c'en est le testament que Voltaire.

exemples autant que les principes. Rousseau. puis ruiné la notion dans l'esprit de son temps et conséquemment et . dans ses autres ouvrages dans sa Nouvelle Héloïse. et nous allons voir aujourd'hui ce que cette nouveauté toute seule enveloppait de conséquences. par exemple. l'objet de la littérature.466 les l'évolution des genres. ou sur la formule qu'il convenait d'en donner. d'abord ébranlé. qu'il a obligé la critique. vous l'avez vu. enfin. cependant. avant d'être critique. il est orateur. l'histoire de la critique. A les la vérité. on ne doutait pas non plus que l'autorité en dût être absolue. puisqu'il y en avait. en se jugeant elle- même. mais que Voltaire avait empêchée de se développer. je crois. on discutait bien sur l'application des règles. faites attention qu'il a réussi non seulement en mais contre elles. bilité. et que d'ailleurs les jugements littéraires abondent. Je veux parler de Jean-Jacques Rousseau. ne en déplaçant pouvaient guère manquer de déplacer aussi les règles qui la jugent. Tandis qu'en effet la littérature n'avait guère été . on ne peut pas dire que Rousseau ait fait œuvre ni surtout métier de critique. l'est considérable en tout. le premier. comme vous le savez. que son succès en a donc ainsi. il est ro- — — mancier. et. ou du moins. Et. a fait triompher en critique cette notion du relatif que Perrault avait bien soupçonnée. au xvn° et au xvin siècle. il est poète. mais on ne doutait pas qu'il y eût des règles. son influence ne guère si moins qu'ailleurs dans vous dépit des règles. ou dans son Emile. à douter pour la première fois de son infailli- Car. quoiqu'il soit l'auteur de la Lettre sur opinions ou les spectacles.

». 167 même pour un dire Voltaire. l'écrivain s'efforçait de réduire sa nature se et : pu dire En regardant vivre à l'universel — c'est l'expression du temps. et depuis deux cents ans. Bien différent en cela de Montaigne aux Essais duquel vous voyez que tous les jours encore on compare les Confessions du citoyen de Genève. comme l'autre. c'est justement. ou vous l'aimez mieux. et. ce qu'il peut y avoir dans son histoire ou dans ses sentiments de semblable ou d'analogue à ceux de tout le monde. Rousseau. Rousseau fait l'effort se rendre aussi semblable . au contraire. et surtout il ne cherche point l'homme en lui: mais. C'est à la différence qu'il s'attache. mais d'individuel ou d'unique. jusqu'alors. « Je ne suis fait comme aucun de ceux que j'ai vus.MADAME DE STAËL ET CHATEAUBRIAND. j'ose croire n'être fait comme aucun de ceux qui existent ». si — — je veux hommes. fait deux parts de soi-même celle de la nature en général. il s'est trouvé. le plus personnel assurément des que l'expression des idées communes des idées de tout le monde. — et de aux autres qu'il le pouvait. et de sa nature à lui. comme tous les écrivains. et voilà son dessein assez franchement déclaré par lui- — — même. Seulement. et. elle devient. pour ainsi parler. celui-ci ne se cherche point. ainsi débutent les Confessions-. aurait en s'analysant. et tandis qu'avant lui. la confession du Moi de l'écrivain. ce qu'il en « ici élimine. Renversement du pour au contre Pascal. c'est ce qu'il croit qu'il y a en lui non pas du tout de général. Rousseau. ce qu'il se plaît à montrer de lui-même. l'expression des idées particulières vées. en nous les racontant. pour leur devenir intelligible. avec et pri- Rousseau.

Mais les contemporains de Rousseau. Ou plutôt encore. et. Je comme on dit. seau. ce n'est cette maxime. nos façons de sentir sont également légitimes. si n'y a plus rien d'absolu. ou tard. puisqu'elles sont autre. de Il la renouveler. ce qu'on cachait. nous ignorerions peut-être jusques à son nom même. de cet égotisme avec les autres parties du caractère et du génie de Rous- me borne à vous dire en passant que tout le est romantisme nous venu de là. n'ont rien su de les contemporains et. c'est ce qu'il exprime. Ce qu'on négligeait. ce qui est naturel. Mais ce qui nous importe. Je n'ai point à vous montrer ici les liaisons de cet égoïsme ou. et beaucoup moins sans doute que eux. c'est nousmême. . il n'y a donc plus lieu de s'efforcer d'être un n'y a plus de il faut être soi Je sens d'une vous sentez d'une autre. n'en ont su. précisément inverse. et ce qu'on déguisait. Mme de Warens. il n'y a plus de règles. Que savons-nous des sentiments de Voltaire pour Mme du Ghâtelet? Peu de chose. naturelles. Chacun de nous est ce qu'il est. au contraire. s'il est vrai que le principe en soit l'exaltation du sentiment personnel ou l'hypertrophie du Mol. c'est . si telle est bien la leçon qui se dégage des exemples et des leçons de Rousseau. mais. modèle idéal ou de type des genres il n'y a donc plus de recettes ou de procédés pour le réaliser.168 l'évolution des genres. et manière. il l'étalé. sans les Confessions. il le montre. il qu'il n'y a rien d'absolu ». c'est de bien voir comment et pourquoi cette conception toute nouvelle de l'objet et de la fin de l'art ne pouvait pas tôt « manquer de réagir sur la critique. et ce qu'on aime en nous.

. en tout. c'est donc l'individu érigé en mesure de toutes choses. et. « C'est en vain qu'on prétendrait refondre les divers esprits sur un modèle commun Pour changer un esprit. Ces citations. et les conséquences n'en sortirent pas immédiatement.MADAME DE STAËL ET CHATEAUBRIAND. : ment le contraire de ce qu'avait dit autrefois Boileau.. il faudrait changer le tempérament dont il dépend. ni la même éduca- tion. et » . bien loin d'opérer dans ce sens. et ce qui ne Test pas. il faudrait changer un caractère. mais au contraire de le pousser aussi loin qu'il peut aller. c'est la lution survint. Mais en même temps comme substitution du sens propre au sens commun en matière de jugement. La Révole disions.. vous le voyez.. . de se montrer c'est 169 tel que l'on est. grand jamais elle n'a rien fait de dans la Nouvelle Héloïse « La froide raison n'a jamais rien fait d'illustre ». et que l'ouvrage de la nature s'achève en lui par l'éducation. dit-il encore ailleurs. On ne s'en aperçut pas tout d'abord.. caractéristiques de la philosophie de le sont aussi de sa critique ou de son esthétique. de se travailler pour se rendre semblable à ceux qui.. n'ayant ni la même origine.. n'ont pas le droit Rousseau. « La seule raison. » nous. ni les mêmes raisons enfin de sentir comme non plus d'exiger que nous sentions comme eux. pour changer un caractère. C'est à peu près nous le contraire aussi de ce que pensait aussi. et Voltaire. la notion de l'absolu remplacée par celle du relatif.. et c'est enfin. qui. car c'est ainsi qu'un homme devient tout ce qu'il peut être. C'est exacten'est point active. Il ne s'agit donc point de changer le caractère et de plier le naturel.

au contraire dans le sens précisément opposé. ou des Fils antique. mais la et les mode même se fait femmes du la Directoire se désha- billent h la grecque ou à romaine. critique suit le mouvement. S'il une littérature de la Révolution. La tribune de la Convention ne retentit que d'appels au civisme dont on emprunte le thème à Plutarque ou à Titela scène.170 agit l'évolution des genres. Marie-Joseph Ché- dans son Tableau de la littérature française qu'un continuateur de Voltaire et de Laharpe et si l'on était tenté de s'étonner peut-être qu'ayant sous les yeux les poésies de son au xvlii c siècle. n'est qu'un commentaire ou une paraphrase des Annales de Tacite. de Malherbe. La nier. Les Grecs et les Romains reparaissent en foule sur a Legouvé. Horatius CoLuce de Lancival clèsj Epicharls et Néron. Mucms Scœvola. ou. avec Vien. Caïus Gracchus. Et non seulement la peinture. nul ne y l'ignore. et de Ronsard. il n'y voie pas plus clair. dont on peut dire qu'il a véritablement réalisé l'idéal. la seule qui survive. la seule que l'on lise. le légitime héritier de Boileau. mais le dernier des classiques. De même encore. avec les Chénier. les : les La meilleure page du Vieux Cordelier de Camille Desmoulins. les Feletz ont . ne s'inspire plus que du Serment des Horaces Live. comme nous dans le disions l'autre jour. pour mieux dire. est d'être en effet outrageusement classique. — de firutus. qu'il a tant étudiés. c'est le cas de se souvenir. avec David. les Hoffmann. sous l'Empire. ou de se confirmer et l'idée de VOaristys n'est pas du tout que l'auteur du Mendiant le premier des romantiques. son vice. avec vingt autres. n'est . les Geoffroy. frère. les Arnault.

et cette raison. ses défauts. l'influence de Rousseau commençait à se faire sentir. Vous vous doutez bien que si je les décore ainsi de leur titre. si recommande en passant le vous voulez et que vous en ayez le loisir. Sémiramis. s'éloignait davantage de des voies de la critique conservatrice et classique. dans son Cours analytique de littérature générale. n'en sache pas qui soit sous ce rapport plus curieux ni plus instructif. on doit le dire. du Génie du christianisme. Unique en son genre. je vous en lecture. des Suard et des Daunou. Mais déjà. les articles des Dussault. d'ailleurs. beau xvin c 1?1 répudier siècle. — le talent avait passé tout entier du côté des modernes. par exemple. J'en dis autant de Lemercier. de V Allemagne avaient paru. C'est ce livre qu'il le faut surtout consulter si vous voulez vous donner spectacle de je la superstition des règles. provoquent Mérope' de Voltaire. Ajoutez-y. en dépit d'eux. . Déjà une critique nouvelle. Népomucène en effet Lemercier. dans la personne de la baronne de Staël et du vicomte de Chateaubriand.MADAME DE STAËL ET CHATEAUBRIAND. et ils l'héritage sont toujours du quand Geoffroy.. cette fois — malheureusement pour les anciens.. et.. essaye : de réagir contre l'enthousiasme les que les encore les Œdipe. Les livres la Littérature. . il comme parmi tous la est plein d'observations justes et in- génieuses. des Garât. c'était encore la querelle des anciens et des modernes mais. c'est au nom des principes de Voltaire lui- même. Et comme vous allez vous en apercevoir. à mesure qu'elle se développait. c'est qu'il n'est pas du tout indifférent au caractère de cette évolution de la critique. j'en ai une raison.

plus de déférence et plus de soumission. puisque. d'abord. qu'ils ont connus. mais ils le sont d'une autre manière. nous voyons que. ils sont plus ignorants.. ayant rencontré moins de résistances autour d'eux. en quelque sorte. encore moins respectueux de Voltaire. Et si vous me disiez que la persécution révolutionnaire les en avait et déshabitués. d'avoir été préparée et en partie opérée par aristocrates. moins respectueux d'Àristote et d'Horace.172 l'évolution des genres. Ils ont d'ailleurs tout naturellement plus de confiance en eux-mêmes. je vous répondrais qu'au contraire son acharnement étaient sa violence n'avaient pu que les Ils confirmer dans l'idée de leur supériorité native. dont ils estiment peu la personne. qu'ils considèrent toujours un peu comme des bourgeois de Rome et d'Athènes. pas plus que nous. dont ils ont raillé les ridicules. et de les rejeter hors de la patrie. et plus dégagée surtout de la tradition. moins grécani- seurs et moins latiniseurs. . pour s'en distinguer. et même. se vent. semblait que ce fut la condition ils même du ils succès de la Révolution! Encore. Ils en avaient du moins alors. et en tout temps. ils étaient donc d'un autre sang. de Marmontel ou de Laharpe. donc d'une autre race que ces bourgeois révoltés. et le paradoxe jusqu'à . plus libre. se piquent de juger par euxmêmes de ne pas aisément soumettre leur façon de penser à l'opinion publique. Car.. assez sousont piqués. comme par exemple un Joseph de Maistre. deux ils Quand en ne le sont effet les aristocrates sont intelligents. plus indépendante.. ils exagèrent leur originalité jusqu'au paradoxe. d'en tarir il la source.

d'une sensibilité toute féminine.. Chateaubriand. du citoyen de Genève. qu'ils avaient. et.MADAME DE STAËL ET CHATEAUBRIAND. : . par exemple. mais Mme de Staël. sans qu'on la soupçonnât pour* cela de jacobinisme] et si Chateaubriand avait eu nom Durand ou Dupont. puisque c'est d'eux que nous parlons. étant doué. en sa qualité de compatriote et de protestante peut-être. qui sait si son Génie du christianisme n'eût point passé pour une capucinade? On pourrait pousser le parallèle. En voici quelquesunes. La condition de Mme de Staël lui a permis. et. de se déclarer élève et admiratrice passionnée de Rousseau. l'eussent-ils pu d'ailleurs. Leur sexe à chacun. pour notre plaisir. dans ceux de l'autre la pensée de Mme de Staël étant habituellement virile. dans sa pauvreté même. on pourrait. après la ressemblance que l'origine avait mise entre eux. au contraire. l'une dans sa fortune. est demeurée comme engagée de toute une partie d'elle-même dans les idées du . signaler maintenant les différences. attachée plus fermement aux doctrines du philosophe. mais pour son malheur. ou pour mieux dire. Chateaubriand. L'un et l'autre procèdent. et l'autre. puisqu'ils ont agi l'un et l'autre simultanément. pour Mme de Staël et pour Chateaubriand. lui. n'eussent pas exercé la même ni surtout la même nature d'influence. parmi beaucoup d'autres. par exemple. dans les adulations dont on avait entouré sa jeunesse. une raison analogue et contraire de n'écouter et de n'en croire qu'eux-mêmes vous conviendrez qu'un Suard ou qu'un Dussault. 173 À quoi si vous ajoutez. l'impertinence. se retrouve dans leurs écrits. comme je vous le disais.

le « Meschascebé. comme tel. l'illusion d'une pensée qu'il n'a point. assez longtemps pour voir sortir de lui toute sa descendance. que Chateaubriand. dont Voltaire dans son Candide. en 1817. artiste jusqu'à nous donner trop souvent. et Chateaubriand plus d'imagination. — — . n'est pas seulement l'un des grands écrivains. Enfin Mme de Staël. ne nous avait donné que la caricature L'Itinéraire de Paris à Jérusalem. il faut dire qu'il est l'un des grands artistes de la prose française. La châtelaine de Coppet a mieux connu l'Allemagne. roi des fleuves ». Mme de Staël a eu plus d'idées. trop vague en son contour. tandis xviif siècle. et. a été encore une autre révélation pour nos pères. en être épouvanté. morle jeune. par le moyen du prestige ou de la magie des mots. Est-ce pour cela que. . a cherché de bonne heure dans la reli- gion le principe et point d'appui de sa pensée. Breton le et catholique. au commencement de ce siècle. Chateaubriand. mais un peu négligé. moins polie. et la désavouer Je vous laisse le soin de continuer le parallèle. mais Chateaubriand a vécu jusqu'en 1848. il nous a aussi révélé l'Amérique.174 l'évolution des genres. et cette nature moins civilisée. sans écrire mal. et même dans son Alzire. n'a pas eu le temps de voir tous les effets de ses doctrines et d'en corriger peut-être quelques endroits excessifs. on ne peut cependant pas regarder Mme est de Staël comme un grand écrivain? Son style approxi- où nous savons qu'elle excellait. et matif. lui. vif d'ailleurs et spirituel. trop voisin de celui de la conversation. le vicomte émigré a mieux connu l'Angleterre.

des mœurs et des lois sur la littérature. dans la langue française. des Anglais. des traités qui ne laissent rien à désirer. qui appartiennent uniquement à l'imagination. et quelle est l'influence de la littérature sur la religion. Il n'en est pas de même des beautés poétiques. Les ouvrages anciens et modernes qui traitent des sujets de morale.MADAME DE STAËL ET CHATEAUBRIAND. mais il me semble que l'on n'a pas suffisamment analysé les causes morales et politiques qui modifient l'esprit de la littérature. les mœurs et les lois. et de ses succès rapides. qui ont été composés depuis Homère jusqu'à nos jours. de politique ou de science. 11 me semble que l'on n'a pas encore considéré comment les facultés humaines se sont graduellement développées par les ouvrages illustres en tout genre. humain dans la philosophie. mais interrompus dans les arts. depuis que son histoire nous est connue. des Allemands et des Français. Ce sont ciales. je viens à ce et 175 que je veux vous dire de leurs doctrines de leur influence. et anciens . pour C'était bien reprendre. vous le voyez. la querelle des des modernes au point précis où l'avaient laissée jadis les Perrault et les Fontenelle. Il existe. Je me suis proposé d'examiner quelle est l'influence de la religion. ou. les premiers mots du livre de la Littérature les institutions so: considérée dans ses rapports avec On lit encore un peu plus loin de J'ai essayé rendre mais continuelle de l'esprit compte de la marche lente. sur l'art d'écrire et sur les préceptes du goût. prouvent évidemment les progrès successifs de la pensée. En observant les différences caractéristiques qui se trouvent entre les écrits des Italiens. j'ai cru pouvoir démontrer que les institutions politiques et religieuses avaient la plus grande part à ces diversités constantes.

! Établissement de la religion chrétienne. Pour Mme de Staël. c'était la mieux dans renouveler en faisant intervenir la discussion cette idée de progrès dont je veux bien que Ton fasse honneur à Yico d'avoir montré le premier toute la portée.176 l'évolution des genres. fut sans doute un grand malheur pour les nations contemporaines de cette révolution. mais les lumières se propagèrent par cet événement même. sur V Invasion des peuples du Nord. . je serais moins tion de répondre à la sa Ve et . et j'avoue que. on peut bien dire. et la Renaissance des Lettres. Beaucoup plus libérale et plus large moins aveuglée surtout par d'esprit les antichrétiens. dans son Esquisse d'un tableau historique des progrès de V esprit — humain — que préjugés qui l'avaient rendue vraiment européenne. » C'est aller un peu loin peut-être. Elle renouvelle encore la question d'une autre ma- au point de vue comparatif. Mme de Staël ne craint pas d'ailleurs de retourner contre eux leur théorie même. dans dans sa VI Epoque. dit-elle à ce propos. il n'y a pas d'interruption. je vous signale une évidente inten- manière dont Condorcet. que Voltaire. dire. et dans son huitième chapitre. mais à la condition que Ton se souvienne aussi que ce sont nos philosophes Turgot et surtout Condorcet. pour la traiter. sur ce dernier point. dans son Essai sur la Poésie nière : c'est en se plaçant. « L'invasion des Barbares. Et sans doute. affirma tif. et encore moins de rétrogradation dans le progrès de l'humanité « vers la civilisation universelle » et les faits mêmes que Ton croit qui le démontreraient. avait parlé du christianisme. vous l'avez vu. prouvent justement le contraire. ses maîtres.

çais.. si vous l'aimez mieux.. r. n'a xvm e nature. voilà ee qu'elle s'est proposé de démêler. sur une expérience littéraire dont l'insuffisance apparaissait brus- quement aux yeux de de Rousseau.MADAME DE STAËL ET CHATEAUBRIAND. que ce qui lui ressemblait à lui-même. de commencer. pour cela. (le qu'il y a d'anglais dans Shakespeare. Elle fondait ainsi eu au siècle.. L'esprit fran- guère emprunté des Anglais que ce qu'il pouvait s'en assimiler. Fidèle à la pensée Mme de Staél nous montre de combien 12 . ses lecteurs. C'est ce que fait Mme de Staël. avait tenté quelque chose déjà de cela.. comme il l'eût fallu. Mais. et. et à mesure qu'il avançait en âge. t. el sans mêler à la question littéraire une vaine question d'arnour-propre national ou de patriotisme. Personne en France n'avait parlé comme elle des tragédies de Shakespeare. mais vous avez également vu que. puisqu'elle les fondait sur ce qu'il y a de plus intime dans le génie germanique ou anglo-saxon. ce qui est de son temps et de sa nation. ou. elle nous enseignait à douter des règles de l'ancienne critique. comme encore ce qu'il y a de proprement allemand dans Werther ou dans Gœlz de Berlickingen. parce que personne avant elle ne les avait étudiées avec le même désintéressement. du même coup. 177 Epique. au contraire. par se déprendre de ses traditions ou de ses préjugés. il s'en était détourné. par une suite nécessaire. il n'a pas essayé de les comprendre. les caractères originaux du drame anglais ou du roman allemand. elles. bien loin de persister dans la tentative. fondées qu'elles étaient. je veux dire sans la moindre intention d'en transporter les beautés sur la scène française.

mais certaine. à la façon d'un fruit comme que qui détachée porté. ni sous quels cieux a poussé pas précisément encore de la littérature Y expression de la société. cle l'on goûte sans l'a il s'inquiéter autrement de l'arbre ni . ne peuvent pas être séparées l'une de l'autre. et de relations. qu'entre çais et le le goût fran- goût anglais. de ses excursions à travers les littératures ii a rapporté ce que l'on rapporte aussi : bien de toute espèce de voyages un peu moins de confiance en lui-même. ses origines. Après la part de Voltaire et de Rousseau dans le livre de la Littérature. diverses cachées. sont liées par des dépendances qui les rendent en quelque sorte. et la conviction plus ou moins raisonnée. Je ne regarde ici si la doctrine. une curiosité sympathique pour ce qui ne lui ressemble pas. tenant ses frontières. étrangères. comment on le cultive. avec la religion. pour parler la langue de l'algèbre. littérature et religion. je même du pas cette idée. Notez que je n'examine point l'expose. aussi. Mœurs et lois. mais elle en entrevoit et elle essaye d'en déterminer le rapport avec les mœurs. dépend l'autorité du jugement esthétique. Enfin. et. ce n'est pas un passage d'Aristofe ou un vers de Boileau le qui tranchera désormais débat. il se pourrait que ce fût ici celle de Montesquieu. fonctions l'une de l'autre. fait Mme de Staël ne toutes ces parties de la civilisation soutiennent entre elles des rapports. en tant qu'ils diffèrent. et tandis que jusqu'alors on avait considéré l'œuvre littéraire en elle-même.178 l'évolution des genres. se retrouve dans . qui est bien l'idée génératrice livre. avec les lois. L'esprit français a passé il mainlui a en quelque sorte émigré.

Mais si nous voulons suivre exactement l'ordre des faits. mais encore diviser. toutes les parties de l'ouvrage. n'en avait pas reçu . et que les considérants. Nous reparlerons dans un instant du livre de l"Allemagne et nous achèverons de préciser la part de Mme de Staël dans le renouvellement de la critique. et ne pût pas manquer de frapper les qu'elle fût d'ailleurs féconde en applicafais tions ultérieures. quand ils rencontrent un grand écrivain sur leur rature — — route. qu'elle esprits. Rien de . ils comme si Voltaire. qu'il faudra que pèse.MADAME DE STAËL ET CHATEAUBRIAND. écrit soixante ans. parce que la plupart des historiens de la litté- pour se donner à eux-mêmes des facilités non seulement. de la rhétorique ou de la logique. tirées observer. et eût-il. des lois ou de la religion. J'insiste sur ce point. la difficulté de formuler en critique. l'expédient. plus naturel ni de plus nécessaire. de composition plus grandes. que l'intérêt dans 1(3 du jugement n'est plus dans le dispositif ou jugement même. mêlée à la vie et à l'œuvre de ses contemporains. et. Ce qui revient à dire que le point de vue est déjà tout changé. de généraliser. Il 179 qu'elle me suffit y soit. avec conséquemment. La part de V absolu diminue. celle du relatif augmente. avant de la critique conclure ou seulement elle. qui n'étaient tirés que le seront maintenant d'ailleurs et de plus loin. c'est qu'aux considérations tirées de la race ou du tempérament il s'en ajoute par là de nouvelles encore. le comme ils nous reprochent de son œuvre. nous sommes bien obligés de la diviser. qu'il est dans les considé- rants. Mais ce que je vous national.

le Génie du chrisvous ne l'avez pas lu. je vous invite à vous empresser de le lire. de vrais défauts ou. je ne puis vous parler du troisième avant vous parler il du second. et au-dessus de la chronologie? Tout de même ici. et. lu. Puis-je vous parler de les mœurs avant de vous parler de Y Esprit des lois! puis-je vous parler de Candide avant de vous parler de la Lettre sur la Providence! et généralement. il sera toujours l'œuvre de l'un des plus grands écrivains de la langue française.180 l'évolution des genres. Mme de Staël faut que et pour reparler de nous ayons auparavant parlé de Chateaubriand. c'est un beau livre. pour ainsi dire. bout de quatre-vingt-dix ans nous pouvons le dire avec pour être tout à fait exact. Sainte-Beuve préserver de toute jalousie y a usé ses dents. sécurité. c'est un grand livre. si cependant le livre de la Littérature a été comme absorhé dans le rayonnement du Génie du christianisme. et que son Port-Royal eût pourtant dû — du xix c siècle. quelque intérêt qu'il y eût à épuiser ce que nous avons à dire de Mme de Staël. mieux encore. puis-je vous en parler comme si Voltaire avait écrit en dehors. Y Essai sur autant qu'elle leur a donné. je le suppose. il comptera toujours parmi les monuments de l'aporaire . de véritables trous. 11 est Vous avez tous si tianisme. nous pouvons le dire au quatre-vingt-huit. et si le Génie du christianisme a certaile livre nement exercé quelque influence sur de de V Al- lemagne. Le Génie du christianisme ouvrira toujours l'histoire litté- — mais c'est un grand livre. C'est ce que l'on eût appelé jadis un livre essentiel. ce qu'il y a de successif dans l'œuvre de Voltaire. et — — plein de défauts.

nous l'avons vu. a beau s'efforcer de montrer que les et surtout de» froideur. ou plus déclamatoire par endroits. d'insuffisance. est païen dans son fonds.MADAME DE STAËL ET CHATEAUBRIAND. core plus — et — quand l'est. connaissait ni la Divine Comédie ni le Paradis perdu — est désormais convaincue d'erreur. et la partie vaguement intitulée Beaux. un peu gênée peut-être par son protestantisme. c'est et à Chateau- la foi des chrétiens les mystères terribles D'ornements égayés ne sont pas susceptibles : par le Génie du christianisme. celui comme ou emprunter à Euripide. la leçon de Boileau s'il — ne qui connaissait pourtant la Jérusalem délivrée. comme à l'insu de Voltaire ou de Racine. Et tout d'abord. son idéal purement païen est convaincu d'étroitesse. C'est que l'objet et l'idéal en de Zaïre. : vertus chrétiennes sont entrées. De sur l'imagination.Arts et Littérature qui seront tou- — — jours ce qu'on appelle des dates dans l'histoire de la critique en France. l'art classique. avait à peine osé entreprendre . ceci nous il serait en- mal composé qu'il ne ou plus faible de il raisonnement. quelques pages plus loin. dans la composition des caractères qu'ils croyaient créer de toutes pièces. Remarquez-le bien Chateaubriand lui-même. . briand qu'on le doit. comme celui cYIphigénie. la seconde et la troisième. ce que Mme de Staël. mais surtout 181 regarde plus particulièrement. pour achever sa pensée. y en a deux parties la Poétique du christianisme. la réintégration de l'idéal chrétien et dans ses droits sur le sentiment c'est au Génie du christianisme. logétique chrétienne.

il s'agit de savoir si notre art. Il s'est coutenté coté le de rétablir le premier dans ses titres à du do- second. Voilà la question. uniquement païens. d'autant qu'il enrichissait maine de C'est la poésie. en révélant à ses contemporains. pour ainsi dire. qu'il a fait. c'est que les modèles en sont demeurés. de leur emprunter ses le machines. celle du moyen âge ou. . Il faut savoir gré à Chateaubriand de la modération qu'il y a mise je veux dire qu'aimant et goûtant lui-même les anciens comme il faisait. purement littéraire avec Perrault jadis. également ce ». celle du passé national. après la poésie du christianisme. et ont été fixés par les païens de la Renaissance. « en restaurant la cathédrale gothique et selon l'expression d'un poète.182 l'évolution des genres. la Renaissance elle-même. religieuse maintenant avec Chateaubriand! Il s'agit de savoir si notre poésie continuera de s'ins- pirer d'Homère et de Virgile. de reculer et d'élargir les fron- tières de la critique. De telle sorte que ce n'était pas seulement ici Boileau qui se trouvait être en cause. et. toujours païen. de se nourrir de fictions auxquelles ni poète ni son public ne peuvent croire . Encore la querelle des anciens et des modernes. déjà philosophique. avec Mme de Staël. vous connaissez la réponse. il faut lui savoir gré de n'avoir pas voulu substi: tuer l'idéal chrétien à l'idéal antique. chrétiens dans ce le sang. et ainsi. continuera d'être une espèce d'insulte à tout que nous croyons. pendant plus de deux siècles. nous l'avons vu tout à l'heure. mais c'était. pour mieux dire encore.

c'est lui qui nous a enseigné la différence des lieux. et ses arts. qu'une région confuse tinct d'erreur et d'ignorance. pour le dire en et allait romantisme en abuser.. L'ancienne France semblait revivre. qu'il y ait trop de « micocouliers » dans son œuvre. mais aussi pour les écrivains du xvn e et du xvj e . et aussi trop de « rose ». dont rieure.. l'âme d'une poésie nouAprès la distinction des époques et l'art de la traduire. ce peuple si différent de ce qu'il est aujourd'hui. redevenait de l'histoire nationale. et passant. toutes remplies des générations des décédés et des église gothique sans frissonnement. bien éclairés. comme tous . On ne pouvait entrer dans une de éprouver une sorte vague de la divinité. si le qu'un temps indisune partie vous savez. velle.. Et c'est encore Chateaubriand. que... lui. âmes de ses pères. toutes ces basiliques moussues. après avoir médité dans les bois de leurs monastères. trop de « vert » . Que peut-être un excès de couleur et d'exotisme s'y mêle. on se rappelait. en même temps qu'il nous apprenait les moyens de la rendre. on croyait voir ces costumes singuliers. sur les traces de Ber- nardin de Saint-Pierre et de Rousseau. 183 On aura beau bâtir des temples bien élégants. et chanter les louanges du Seigneur dans le calme et le silence de la nuit.. et un sentiment On se trouvait tout d'un coup reporté à ces temps où des cénobites. et ses travaux. ce moyen âge qui n'avait jusqu'alors « non seulement pour les philosophes » du xvin e siècle. pour rassembler le bon peuple de saint Louis et lui faire adorer un Dieu métaphysique. le style prestigieux a fait de la description de la nature exté- mouvante et colorée. il regrettera toujours ces Notre-Dame de Reims et de Paris. trop de « bleu ».MADAME DE STAËL ET CHATEAUBRIAND. Grâce à été. se venaient prosterner à l'autel. et les révolutions de ce peuple.

en lui faisant connaître ainsi des beautés dont assurément ni les Suard ni les Dussault n'avaient le moindre soupçon. Chateaubriand d'ailleurs a lui-même heureusement résumé son intention. ils en ont pris la tête. Plût aux Dieux que Chapelain eût été moins habile à la « critique des beautés » de Virgile ou du Tasse il n'eût pas corninvite I . ce n'est pas aujourd'hui le point. comme on dit.184 les virtuoses. mais il obligeait la critique à les suivre. il n'enrichissait pas seulement l'art et la poésie. Mais ce que je constate. c'est que par là encore. puisque je suis leur chef ». ni mesure. et. à compter dans les œuvres avec des mérites pour lesquels elle n'avait encore ni poids. ni vocabulaire. il allait obliger leurs successeurs à faire la théorie de ces beautés mêmes. et à reviser. C'est dans cette situation que Mme de Staël et Chateaubriand ont mis la critique de leur temps. Ou si vous l'aimez mieux. ceux de leurs principes qui en étaient la trop évidente négation. mais la « critique des beautés » a cet inconvénient qu'elle nous à les imiter. selon qu'on veut l'entendre. Car la « critique des défauts » a au moins cet avantage qu'elle nous met à même de les éviter. disait-il en parlant des siens. l'évolution des genres. pour les abandonner. quand il il a dit « qu'à la critique stérile des défauts était beautés ». ce qui n'en produit d'habitude qu'une assez méchante parodie. venu substituer la critique féconde des Rien de plus juste ou rien de plus faux que ce principe. il se soit complu à faire étalage et parade de son talent. pour qu'elle les suivît. dans une maxime devenue : célèbre. Vous connaissez le mot de ce démocrate « Il faut bien que je les suive.

185 posé sa Pucelle. — cela servait En à Racine pour mieux peindre. après tout. Et enfin. et si les romantiques en général eussent à leur tour écouté les avis de Sainte-Beuve. ou en arrive toujours immanquablement à poser qu'on ne saurait jamais négliger ou elle comme . j'ai quelque peine à croire qu'ils ne s'en fussent pas bien trouvés. caractère de Pyrrhus critiquait les « défauts » du — qu'il trouvait trop semblable encore à un héros de Mlle de Scudéri. les chefs-d'œuvre dont nous avons vu qu'il les y a des défauts. sous des traits plus naturels et plus vrais. s'il y a des beautés dont le propre est d'être inimitables. implique encore une confiance dans l'autorité des règles tout à fait étrangère à l'esprit de la véritable critique. Maintenant. comme elle sup- pose. immobilisé dans ses règles que pour avoir trop admiré. qu'il n'a faite que pour les imiter! Mais quand. C'est ce que prouverait au besoin l'exemple du classicisme lui-même. . d'autres termes encore. la critique n'en est pas a féconde » .MADAME DE STAËL ET CHATEAUBRIAND. l'Achille de son Iphigénie. qui ne s'est. si l'on veut dire que la critique unique s'il avait tirées. Boileau. et il y en a. Il n'en a pas mal pris à l'auteur du Génie du christianisme d'avoir quelquefois écouté les conseils de Fontanes. en revanche. et surtout. dans YAndro- maque de son ami Racine. Mais tesse Elle des défauts serait un témoignage à la fois d'étroion a évidemment raison et d'insensibilité . d'une admiration trop exclusive et trop supersti- tieuse. qui ne sont pas nécessairement le revers ou la rançon de certaines qualités. on peut donc s'en défendre. et la critique n'en est pas « stérile ». elle en peut même devenir aisément dan- gereuse.

il n'eût pas pu décemment reprocher d'avoir borné sa critique à celle des « défauts » car qui a rendu aux « beautés » . écrivait pour le réfuter ou pour le « redresser » et se poser la question. dans sa formule. elle en est un elle-même à son propre mouvement. en s'il a pris me demandais beaucoup plus vieux. le Qu'il ait vieilli. comme Génie du chris- tianisme. mais étudiez celle de 1810 dans le livre de Mme de Staël. Son expression n'a pas tout à fait trahi sa pensée mais. et de 'Allemagne. je n'en disconviens pas. il n'a pas pu. et jusqu'à leur sacrifier quelquefois les de la tragédie de Racine? « beautés livre » même 11 / nous reste à dire quelques mots du police impériale. de Bismarck et dans les partitions de Wagner.1S6 l'évolution des genres. étudiez donc celle de 1840 dans le livre de Henri Heine. et si ces trois Allernagnes ne sont pas aussi différentes qu'on l'a dit l'une de l'autre. Même à Laharpe en effet. Je seulement. aussi lui. étant un obstacle au progrès ou à l'évolution des formes de l'art. c'est avoir fait la réponse. dans les discours de M. poète autant que critique. . s'empêcher de réserver les droits de son amour-propre. avant qu'il eût paru. rendu célèbre. par les tracasseries de la demeuré peut-être le chef-d'œuvre de Mme de Staël. s'il est . plus de rides que V Allemagne que Henri le relisant. les règles violer qu'au détriment de l'art. Heine. vingt-cinq ou trente ans plus tard. Comme vous pouvez étudier l'Allemagne d'aujourd'hui dans les de Schopenhauer. vous conviendrez qu'indépendamment de l'effet qu'elle a produit dans le écrits . C'est là ce que Chateaubriand veut dire. des tragédies de Voltaire une justice plus partiale.

. le début du allemands. Il est livre — que impossible — disait Mme de Staël. je crois. c'était « déclarer à la superstition du ouvertement bon goût » la guerre sans le que Chateaubriand encore. à l'esprit français. On oppose à Tune qu'elle n'est pas de bon goût. La stérilité dont notre littérature est menacée ferait croire que l'esprit français lui-même a besoin maintenant d'être renouvelé par une sève plus vigoureuse. V Allemagne est d'un pas ou deux en avant sur le Génie du christiadire. : Plus « Ce Chateaubriand avait dit sont deux beaux poèmes que la Jérusalem et le Paradis perdu ». ne méritent pas qu'on accorde un moment d'attention à leur littérature et à leur philosophie. V Allemagne de Staël peut avoir encore 187 Mme de aujourd'hui son intérêt et son actualité. ces hommes les plus méditatifs de l'Europe. au point de vue de l'histoire ou de l'évolution de la critique. et comme l'élégance de la société nous préservera toujours de certaines fautes. // se pourrait qu'une littérature ne fut pas conforme à notre législation et qu'elle contint des idées nouvelles dont nous puissions nous enrichir. cependant. et. peut-être I lui avait faite dire. une « source à laquelle Chateau- briand ne l'avait pas adressé. et à l'autre qu'elle est pleine de folies. sans exagération. dès les écrivains Outre que c'était indiquer.. pour le prouver. le livre On peut de la Littérature nisme. comme vous » le voyez..MADAME DE STAËL ET CHATEAUBRIAND. il avait montré qu'il s'y rencontrait des « beautés » analogues à celles que . il nous importe surtout de retrouver la source des grandes beautés. temps de son apparition. retrouve que si l'on dans V Allemagne de Mme de Staël.

— — tonique. c'est-à- Ton admire dans Y Enéide ou dans Y Iliade. le grand goût. Vous voyez la différence. celle qui est née de la chevalerie et du christianisme. Si l'on n'admet pas que le paganisme et le christianisme. Admirez en passant comment. ce grand goût n'est plus que le goût français. le Nord et le Midi. Elle continue et celles suite : . Mais Mme de Staél insinue qu'il pourrait y avoir dans une littérature étrangère des « beautés » que nous fussions incapables d'abord de sentir. ou le goût latin. qui n'en seraient pas moins des « beautés » et qu'il nous faut donc nous apprendre à comprendre. et for- tifiant la distinction qu'elle avait déjà fait ressortir. l'on ne parviendra jamais à juger sous un point de vue philosophique le goût antique et le goût moderne. elle leur donne tout de une portée très supérieure à celle qu'elles avaient dans le livre de son illustre rival. elle s'exprime de la manière suivante Le nom de romantique a été nouvellement introduit en Allemagne pour désigner la poésie dont les chants des troubadours ont été l'origine. Dans V Allemagne de Mme de Staël. corrigeant. après tout. si l'on peut ainsi qui demeure juge de l'art. la chevalerie et les institutions grecques et romaines se sont partagé l'empire de la littérature.188 l'évolution des genres. les dire. et vous voyez le progrès. dans celles la Littérature. parmi anciens. Dans le Génie du christianisme. qu'elle oppose au goût teu. entre les littératures du Nord et : du Midi. Et c'est ici que. c'est encore le bon goût. avec quelle ingénieuse et rapide industrie. reprenant. fondant ensemble ses idées de Chateaubriand. et des plus le goût formé à l'aide des anciens modernes. des beautés conformes à l'éternel bon goût. dire.

J'ai peut-être trop parlé mal parlé il tout à l'heure du style de en Mme ai de Staël. Il .MADAME DE STAËL ET CHATEAUBRIAND. Je m'en sers tion. celle qui a précédé rétablissement du christianisme et celle qui l'a suivi. qui était de ne pouvoir être soupçonnée Voilà le : d'objet. ou plutôt. mais par rapport aux états de civilisation dont elles sont le produit naturel. Mais comme est spirituel comme cette est surtout agile! et quel plaisir de voir ainsi les idées naître l'une de l'autre sous la plume de femme qui pense en écrivant : comme elle devait faire en causant La nation française. la plus cultivée des nations latines. : grand mot prononcé la critique change ne va plus s'agir désormais de considérer les œuvres en elles-mêmes. Cette divi- sion se rapporte également aux deux époques du monde. penche vers la poésie classique. On prend quelquefois le mot nyme de perfection. mais aussi des sources primitives de V imagination et de la pensée. La nation anglaise. non. Je n'examinerai point ici lequel de ces deux genres de poésie mérite la préférence il suffit de montrer que la diversité des goûts à cet égard dérive non seulement de causes accidentelles. et la poésie romantique comme celle qui tient en quelque manière aux traditions chevaleresques. aime la poésie romantique et se glorifie des chefs-d'œuvre qu'elle possède en ce genre. en considérant la poésie 489 classique ici comme syno- dans une autre accep- classique comme celle des anciens. Et si j'ajoute en terminant que Mme de Staël avait une autre supériorité sur Chateaubriand. la plus illustre des nations germaniques. je crois que je vous comme il fallait. imitée des Grecs et des Romains. et ce n'est pas ici la il grande manière de pourtant! l'autre. pour elles-mêmes.

ce journal si sérieux. lui comme d'un excès de complaisance pour des doc- trines dont les générations formées à l'école de Voltaire avec Rousseau se défiaient toujours. si distingué. vous n'aurez en effet qu'à parcourir. Oui. et c'est pourquoi je ne vous parlerai pas de la critique du Globe. » Et pour penser comme lui. il donnait lui-même au Globe. ils nous font l'effet d'habits devenus trop courts pour notre taille. En femmes sont toujours du dépit de coté des parmi vingt raisons qu'on en pourrait que les femmes n'ont que peu de place dans les littératures de l'antidonner. L'évolution était accomplie. puisqu'on les a rassemblés dans ses Premiers Lundis. vers 1827. c'est-à-dire quand il en était beaucoup plus près lui-même que nous ne le sommes déjà des Causeries du Lundi.190 l'évolution des genres. Reprenez-le aujourd'hui les articles semblent tout petits. dans les dernières années de la Restauration. La critique du Globe n'a guère fait que développer les idées Mme de Staël. et était assez naturel Mme Dacier. tout incomplets. : modernes. c'est elle qui a fait enfin triompher les modernes. nous avons grossi du moins. Je ne sais si nous avons grandi. les et que cela fût ainsi. et encore est-ce beaucoup dire! Qu'on se rappelle le Globe écrivait Sainte-Beuve en 1850. vous ne vous lui faire étonnerez pas que j'aie cru devoir bien il une si large place dans l'histoire de la critique. celle-ci en est une quité. Les rédacteurs du Globe n'ont pas joué de rôle original dans l'histoire de la critique moderne de « — — — : : . les articles qu'en ce temps-là. qui croyait ressembler si peu à un autre et qui a eu de l'influence sur la jeunesse lettrée.

elle l'a a précédé la Préface de Cromwell précédée de seize ou dix-sept ans. ni rale ou particulière. ni sur la question enfin du mélange des genres ou des trois unités. il 191 nous suffira donc de les avoir salués. et c'est sans doute pour cela qu'on l'oublie. de même V Allemagne mais. De même que Henri III et sa cour a précédé de six mois Hernani sur la scène clu Théâtre -Français. La première. et nous pouvons passer. Aussi. les sur le chapitres xiv et xv de la seconde partie Goût et sur l'Art dramatique. sur aucune question. géné». absolument rien. .MADAME DE STAËL ET CHATEAUBRIAND. il y en a même deux. tout le monde l'avait dit avant lui » Mais je vais plus loin. ni sur la question de la liberté du « faux bon goût le sur la question de l'emploi de l'histoire dans drame. Je ne vous parle pas non plus de la fameuse Préface de Cromwell. et c'est un peu pour la même raison. la Préface de Cromwell ne contient rien. Lisez. et notamment dans I Allemagne de Mme de Staël. Mais il y en a une autre. dans l'art et c'est que. à l'imitation et de Voltaire aussi. qui ne soit ailleurs. et j'ajoute qu'Hugo l'esprit le moins critique assurément qu'il y ait eu n'a pas toujours compris Mme de Staël. pour bien vous en assurer. de mieux informés « Ce qu'il y a de l'ont-ils pu dire avec raison de Gœthe — — : '. dans la seconde préface de ses Odes et Ballades. : propre à Hugo dans cette célèbre Préface est faux et ce qu'elle contient de vérité. — — . et les voici. et de Shakespeare ne l'oublions pas. et je n'en veux pour preuve que ce qu'il disait en 1824.

le beau dans Shake- speare est tout aussi classique (si classique signifie digue d'être étudié) que le beau dans Racine. et conséquemment aussi arbitraire en son genre. 11 ne paraît pas démontré que les deux mots importés par Mme de Staël soient aujourd'hui compris de L'auteur c'est le cette façon. Hugo la niait au nom d'un idéal aussi universel. la première. Oh! le pitoyable raisonnement! j'ai Hugo est-il sin- cère? ou bien. D'après le sens littéral de cette explication. c'était faire rétrograder la question par delà Mme de Staël. que de ces Odes. dont elle s'était efforcée de trouver l'origine et l'explication dans la différence des milieux ou dans la diversité des races. sans établir développements en toute chose. celle qui a précédé l'établissement du christianisme et celle qui Va suivi. cette division se rapporte aux deux grandes ères du monde. se fera croire du monde? Mais. puisque tout à l'heure eu soin de mettre sous vos yeux moque-t-il aussi ici le passage de Mme le de Staël. a prononcé le mot de littérature romantique en France..492 l'évolution des genues. Pour le coup. et Or. et la distinction lumineuse et profonde qu'elle avait essayé d'établir entre deux sortes d'esprits. que celui du classicisme . i] n'y a que le beau et le difforme. ignore profondément ce que genre classique et le genre romantique. il semble que le Paradis perdu serait un poème classique. et la Henriade une œuvre romantique. de comparaisons qui exigeraient des des restrictions. et ce qui suit vous : En bon littérature comme le ici et le mauvais. Selon une femme de génie qui.. le vrai et le faux. je crois plutôt qu'il ne comprend pas. et le faux dans Voltaire est tout aussi romantique (si romantique veut dire mauvais) que le faux dans Calderon.

société des : lois. du temps. des beautés réelles. ils n'avaient pas cru : y prété ce ou du moins. La beauté des œuvres est relative. et. formés à l'école de Corneille. lui-même. de Racine. ce que dément pourtant assez l'expérience de l'histoire. Tout en acceptant l'héritage de Rousseau. que le beau est toujours et partout le beau. des mœurs. toujours et partout identique à lui-même. Ce qui revient à t. voilà ce qu'elle avait dit. comme . de la race. ils avaient essayé de déterminer quelquesunes des relations d'où le jugement doit dépendre. Qu'est-ce en effet que cela veut dire. de la structure de l'est la elle ne plus pour Hugo que du 43 caprice dire ou de la fantaisie i. étant expressives de ce que le génie espagnol a de plus particulier ou de plus adéquat à lui-même qu'il nous faut donc en conséquence nous efforcer de sentir. Et Hugo lui répondait par cet argument de collège. . de Voltaire. ils avaient interdonnant toute l'étendue de son sens. — et ce qui est d'un autre côté la négation de toute critique. pour Mme de Staël. Mme de Staël et Chateaubriand l'entendaient autrement. Il 193 y a dans Calderon des beautés qui n'en sont point d'abord pour des lecteurs français.MADAME DE STAËL ET CHATEAUBRIAND. du juge. par une étude plus approfondie de voilà ce que Mme de Staël — avait voulu dire. ce qui n'est pas nous. c'est-à-dire tout en admettant qu'il n'y eût rien d'absolu en critique. et ce que nous trouvons beau personne au monde ne nous démontrera qu'il puisse ne pas l'être ». si nous allons au fond de sa pensée? Cela veut dire « Le beau c'est ce que nous trouvons beau. lui gion. des circonstances. de la relique tout y fût relatif'. mot de relatif. qui sont cependant des beautés certaines.

l'au- troublée plutôt. c'est le triomphe en tout. ail- que dans notion des règles et du beau idéal. ou. sous peine de perdre son nom leurs et son sens. allait essayer de réduire la part de cette rela- reconnaissait dans les choses. puis- qu'il faut qu'elle conclue. tivité qu'elle poursuivant sa caret. de Y individualisme et du subjectivisme. puisque aussi bien je rime en isme du dilettantisme. vous l'aimez mieux. si Ou plutôt. son point fixe et régulateur. De là. rière. la critique. le rait mouvement romansi tique. c'est le lyrisme. . le critérium de ses jugements. Et je ne m'en étonne point j'ai — le comme plusieurs fois essayé de le montrer — romantisme en France. comme on encore. très loin d'aider l'évolution de la critique. et en dehors de lui. . 30 — dit novembre 1889.194 L'ÉVOLUTION DES GENRES. l'opposition que la critique allait lui faire. parallèlement à lui. la elle allait essayer de trouver. qu'entre les années 1820 et 1830.

La part propre de Villemain dans l'histoire de la critique. intelligente. — — le dilettantisme et sur l'individualisme en Cousin. La littérature comparée. La littérature considérée comme expression de la société. nous l'avons dit aussi. . trop favorable à la thèse de Villemain. La critique biographique. et généreuse dont Mme de Staël et Chateaubriand avaient entendu et pratiqué eux-mêmes la critique. En essayant l'autre jour de la définir. en prouvant trop. ne prouve pas assez. Du rôle des idées générales en critique. L'histoire du xviii c siècle. il ne laissait pas de résulter quelques inconvénients ou quelques dangers. Mais. si Ton n'y prenait garde. Si le plan de Villemain est conforme à l'enchaînement réel de l'histoire du xvme siècle? Saint-Marc Girardin et Désiré Nisard. Ses qualités. de ce libéralisme et de cette générosité mal entendus. — —V — — — — — — — — — Messieurs. qui n'allaient à rien de moins. Le cours de Villemain sur le xvm e siècle. Introduction à V histoire de la philosophie et Y Histoire de la civilisation en France. Guizot et Villemain. nous avons largement loué la façon libérale.SEPTIEME LEÇON LA CRITIQUE DE VILLEMAIN 1820-1835. Quelques mots sur critique. Autres défauts du livre de Villemain.

un peu le cas de Mme — craindre surtout que la critique systématique des beautés.196 l'évolution des genres. par exemple. nature de se tire bien quelquefois aussi de la les autres. quand ils nous exposent leurs préférences.. dilettanïi. de l'architecture grecque. On peut également les comprendre. sont tout à fait sincères quand croient goûter également la beauté simple. qui se tire quelquefois de notre tempérament. les ils la chose. à nous donner le sens de . et la beauté paradoxale de l'architecture gothique. si les uns. Je n'examine point à cette occasion. c'était Fauteur de la Préface de Cromwell. celle dont on a pu dire. n'entraînât peut-être la relois de l'art dans le même discrédit que règles.. Il de sa fonc- fallait craindre en effet que le plaisir de tout comprendre ne dégénérât en tisme et il cette espèce d'épieu- risme intellectuel qu'on appelle du — ce qui est nom de dilettande Staël.. se réduisant à l'aveu des préférences fallait cherche des les personnelles du critique. et. si ces préférences ne sont point assez souvent des jugements qu'ils essayent de nous imposer. sont toujours très conséquents avec eux-mêmes. On a toujours quelque raison de préférer une chose à une autre. et cette raison. si Je ne recherche pas non plus. C'était le cas celui de c'est de Chateaubriand. individualistes. et ce qu'on peut appeler l'excès de Y individualisme — en critique. qu'étant comme un défi porté aux lois de la pesanteur. il faut s'exercer à les comprendre. elle sort des conditions humaines. et même naturelles. et qu'à déposséder la critique de son objet tion. claire et logique. les ceux qui font de la critique personnelle.

extérieures. il On sentit que. Il faut que la critique juge. pour ignorer ou pour méconnaître ces vérités presque élémentaires. supérieures.LA CRITIQUE DE VILLEMAIN. Mme de comme Staël et de Chateaubriand je puis ainsi trop aristocratique. on le si comprit donc. dire. pour qu'elle ne pérît point de l'excès s'agissait de substituer même de son libéralisme. lester d'un peu de bon sens bourgeois. pour trouver à nos impressions des motifs plus généraux qu'elles-mêmes. égale- ment en jouir. des justifications qui les dépassent.. est bien difficile encore d'aimer égale- ment Raphaël et Rembrandt. Voilà pour les individualistes. . y a une hiérarchie des choses.. l'objet de la critique n'en demeurerait pas moins toudis jours de juger et de classer. quand on le pourrait. celle 197 des deux que nous n'aimons pas.. des causes enfin qui leur soient antérieures. Et classe si il faut que la critique le nos impressions. puisqu'elle n'a été précisément inventée que pour cela. comme aussi quand en exprimant des préférences il serait possible de ne pas s'efforcer de les faire partager aux autres. également les sentir. Il se trompe. les On ne peut il pas également aimer. Ce que la critique de avait de dangereux. ne le sont pas lité. Andromaque et Hamlet\ les romans de Balzac et ceux de George Sand. de la et qu'il était urgent. il y en a une aussi de la valeur des impressions que les choses font sur les esprits. Aux environs de 1825. Voilà pour les dilettanti. il moins en quay a une hiérar- chie des esprits. et quiconque prétend le contraire. on était trop voisin encore de la critique purement classique. Je seulement que. comme nous 11 savons bien. différentes en quantité.

celui-là. sur « ce point. s'ils n'avaient pas leur place dans l'histoire des idées. de Villemain. que nous importeraient idées? Faites -y bien attention ce que nous voulons savoir d'eux. Mme de Staël ou Chateaubriand. mais aussi de la science de la saine érudition. comme aimait en- un poète. l'assertion vous en paraîtra peut-être audacieuse. même s'il n'existait pas d'araignées ni de colimaçons. Je suis d'un avis précisément contraire. tous ceux dont nous parlerons encore. rapport qu'elles ont avec l'ensemble des choses core à le répéter. de Guizot. auraient égaré pour quarante ou quante ans notre enseignement supérieur dans les plus vides. n'ont d'intérêt que par » . et deux choses seule: . je vous le deles écrivains dont nous avons parlé. un nouveau principe de ses jugements à celui que ne constituaient plus pour elle. si nous en voulions croire quelques juges trop dédaigneux. c'est deux choses. a dit le Gœthe. en vérité. des règles désormais écoulées et détruites. mais ou. non pas tique. et les plus corruptrices et cin- les généralités oratoires les plus brillantes. Et ce fut l'œuvre de Cousin. ni un savant.198 l'évolution des genres. On le chercha dans les voies que le Génie du christianisme et V Alle- magne avaient frayées. en passant. Expliquons-nous. et. dans ces cours mémorables qui. ni pour l'opinion. qui est capital. il faut qu'un un crimémoire sur les Arachnides ou sur les Gastéropodes ait assez d'intérêt pour en avoir encore. Les monographies. et s'ils ne l'y avaient pas pour avoir eux-mêmes représenté ou développé des mande. mais je ne considère pas que l'incapacité de former des idées titre suffisant générales soit un et pour nier leur intérêt leur efficacité. Et.

Toute cette érudition que nous rassemblons laborieusement n'est toujours qu'un moyen. qu'ils ont découvertes. Quels ou qui furent-ils? quelle 199 homme? et c'est-à-dire. jamais une fin il s'agit de savoir dans quelle mesure et dans quel sens ils ont modifié ce que Ton pensait avant eux sur les intérêts les plus généraux de l'humanité. s'ils n'en sont point les inventeurs! Et tout le reste n'a pour objet que de préparer de plus loin à ces deux questions une réponse à la fois plus précise. Et eux-mêmes n'ont de place et de rang dans l'histoire de la littérature qu'à cette condition. des circonstances de leur composition. uniquement pour cela. les souvenirs de leurs contemporains. qu'y eut-il en eux de différent de leurs contemporains. dans l'histoire vie. d'unique? quelle famille eux tous seuls? de quelle combinaison nouvelle d'éléments toujours identiques ont-ils enrichi notre idée de la nature humaine? Mais d'esprits sont-ils peut-être à que leur devons-nous? c'est-à-dire de quelles acquisitions durables ont-ils eux-mêmes enrichi l'art et la pensée? quelles idées nouvelles ont-ils introduites parmi nous? qu'on ne connaissait point avant eux. nous cherchons dans leurs origines. les Lettres. ment. d'original.LA CRITIQUE DE VILLEMAIN. le secret de leur vraie pensée. Si nous nous assurons de si l'exacte chronologie de leurs œuvres. Yous intéressez vous aux tragédies de Thomas Corneille ou aux romans de Mme Cottin? de leur : . dont on ne s'était point avisé. femme? ou quel que leur devons-nous? Quels furent-ils. si nous ne nous lassons pas d'interroger sur eux les Mémoires. jusque dans celle de leur hygiène. plus ample et plus décisive. c'est pour cela.

tout en observant les récifs de corail. en ce cas. de la Philosophie de l'art. de Y Histoire du peuple d'Israël. le et de lui dire que. c'est de loin. son titre des Etudes d'histoire religieuse. . et voilà ce qui m'intéresse. depuis plus de trente ans. méditait son Origine des espèces. Je ne m'intéresse guère aux récifs de corail. Mais je sais que Monographie des éponges calcaires est de Haeckel. est-ce qu'il s'imagine qu'il doit la célébrité de son nom à tel mémoire. Voilà ce qui m'importe. l'excitateur. et peu de choses en soi me seraient plus elles qui font indifférentes la je que les éponges calcaires. comme ce sont les grandes hypothèses qui font progresser la science. et que nous préférons penseur. ne puis m'empècher de trouver la plus éloquente réponse qu'il y ait à leurs critiques.200 l'évolution des genres. a jeté dans la circulation plus d'idées générales que l'auteur de Y Histoire de la littérature que je qu'ils sont eux-mêmes anglaise. sur la Dynastie des Lysanias d'Abylène ou sur Y Agriculture nabatéenne! Je serais heureux de le détromper. qu'on affecte encore quelquefois aujourd'hui. Et qui donc.et me rappelle que Darwin. dont je doute que vous connaissiez l'existence. le remueur d'idées. Ne nous défions donc pas des idées générales ce sont : avancer la pensée. Mais voilà pour quelle raison aussi je ne puis m'associer à ce dédain. si je puis ainsi dire. des Origines de la France contemporaine! c'est là et se peut-il qu'il ignore que du de gloire? Mais l'auteur des Origines christianisme. si nous respectons en lui le sémitisant. surplus je songe à ceux de nos contemle Quand au porains qui ont c'est alors plus vivement attaqué ces « géné- ralisations oratoires » de la Sorbonne d'autrefois.

tout . d'être Guizot. mais si vous ne le pouvez pas. . l'opposition qu'elles soulèvent. la première condition de la découverte et du progrès. n'ayez pas peur d'être Cousin. c'est le nier dans sa raison d'être. pour ainsi dire. le Vraies de la science et de l'histoire. si c'est possible. La pour emprunter à Rousseau ce qu'il nous disait de la raison l'autre jour. et puisqu'ils le furent. Je reviens à sorti. Elle n'y que de tailler des pierres ou de dégrossir des matériaux. fera jamais rien preuve de votre supériorité pardonnez-leur de l'avoir été. Et vous. c'avait été. Mais les exclure de l'enseignement.LA CRITIQUE DE VILLEMAIN. « de la critique et de l'histoire de la littérature. un peu perdu de vue ces considérations. n'y a rien fait et presque rien d'intéressant. si vous voulez y faire quelque chose. si mon sujet. avec la science acquise. les recherches enfin dont elles deviennent ainsi l'occasion ou le point de départ. d'être Villemain. faute d'idées assez générales. même fausses. Il se pourrait. je ne crains pas de dire qu'elles froide érudition. si vous le pouvez. au moins ne commettez jamais cette erreur de croire que c'est la d'illustre ». l'on eût que depuis une cinquantaine d'années. Les exclure de la science. même prématurées. 201 pour les idées générales. sont encore plus. même arbitraires. c'est en ôter le levain même. ou plutôt j'en suis à peine l'une des erreurs graves de l'ancienne cri- tique. L'étonnement qu'elles provoquent. les moyens les plus propres à la pousser plus avant. les contradictions qu'elles suggèrent. c'est ce qui entretient autour des grands pro- blèmes cette agitation des esprits qui est. qui est de transmettre à la génération future.

Sous l'influence de Mme de Staël et de Chateaubriand. son climat. et je me charge de vous dire a priori quel sera l'homme de . bien des choses que nous sommes habitués à considérer de nos jours comme toutes contemporaines. sa flore. mais des circonstances environnantes. rejette à la fin de son livre. et Voltaire avaient seuls essayé de réagir contre fait cette tendance. messieurs.202 l'évolution des genres. ce qu'il y veut dire des Beaux. sa zoologie. pour le traiter à part. L'observation en est d'autant plus significative que. d'isoler l'œuvre littéraire et de la séparer non seulement des autres parties de la civilisation. et même de ses propres antécédents. ses vents. s'écriait-il. si vous lisez attentivement les premiers chapitres du livre. justement. et toute sa géographie physique. Encore ne l'avaient-ils qu'avec une timidité singulière. ce qu'il voulait dire des Sciences et des BeauxArts. si l'on n'admet pas encore que l'œuvre d'art soit une simple résultante. Cette idée. Laharpe. on s'accoutume du moins à l'idée qu'elle est un exemplaire de l'état général des esprits. il a dit en France. dont vous trouvez la preuve dans la disposition même de ce Siècle de Louis XIV. ductions naturelles. « Oui. donnez-moi la carte d'un pays. c'est justement ce qui a guidé Voltaire dans le choix de son sujet. vous la trouverez exprimée dans ces le titre leçons de Victor Cousin où. où Voltaire vous vous le rappelez. sa configuration. donnez-moi ses prola philosophie.Arts et des Sciences. je vous l'ai dit. ses eaux. sous tion à Vhistoire de d'Introduc- mêlant d'ailleurs aux vues de Mme de Staël celles de Herder et aussi de Schelling. presque le premier. vous verrez que.

des de toutes les œuvres de l'activité humaine. Le Discours sur Vhistoire universelle et l'Esprit des lois sont de glorieux essais d'histoire de la civilisation. mais qui ne voit que Bossuet Ta presque exclusivement cherchée dans l'histoire des croyances religieuses. le développement des des arts. Guizot. législatives. qu'est-elle de plus pour Cousin? Ce que Cousin essayait de faire pour l'histoire de la philosophie. mais sous la subordination de la philosophie. c'est sur une base toute spéciale qu'on a élevé l'édifice. le faisait pour l'histoire politique et sociale dans ses leçons sur YHistoire de la civilisation en France. d'une seule vue. . de savantes recherches ont été faites. sciences. littéraires. enfin » l'idée qu'il est appelé à représenter. non pas à telle époque. de la lier à toutes les autres parties mais en ayant peut-être le tort de vouloir toutes les placer non seulement dans la dépendance. ce pays. Je veux remettre sous vos yeux ce passage tout entier de l'histoire. et son expression. religieuses. n'a pas poussé plus loin la selon confiance dans l'autorité des lois. Et quand môme on a tenté de saisir les résultats généraux. mais dans toutes. quand même on a voulu se former une idée complète du développement de l'humanité. de brillantes considérations ont été présentées sur la destinée et lois. on a écrit des histoires politiques. dans le même temps et dans la même Sorbonne. nous le verrons bientôt. Taine lui-même. pays jouera dans non pas accidentellement. des mœurs. on ne les a point considérées ensemble. dans leur union intime et féconde. n'est qu'un problème de mécanique physiologique. bornées. M. philosophiques aussi bien qu'érudites ont été spéciales. : Jusqu'à nos jours les études historiques. à côté de lui. mais nécessairement. et quel rôle le 203 l'histoire. si l'histoire.LA CRITIQUE DE VILLEMAIN. des lettres.

l'histoire jusqu'ici n'a jamais été générale. et c'est ce qu'il . c'est enfin nous nous suffira pour cela de le prendre dans son œuvre maîtresse. des mœurs et des lettres. Oui. elle n'a jamais suivi simultanément l'homme dans toutes les carrières où son activité s'est déployée. son . Il . conformément à ces principes. le Tableau de la littérature française au xvm e siècle. érudite ou philosophique. l'influence réciproque des idées. n'est-ce pas pour cela qu'elle est souvent à peine de la littérature? Quand il écrit son Mahomet. l'exemple que Villemain a choisi dans la littérature et de la du xviii siècle est trop probant. en se mêlant de politique. faut voir maintenant. Et. — c'est aussi. pour être démonstratif. Pour établir par un exemple convaincant. seulement. Montesquieu dans celle des institutions politiques? Ces deux grands génies ont ainsi borné leur horizon. si. l'exemple est si bon qu'il en devient douteux. il n'eût mis sa gloire au hasard place. si je puis ainsi dire. occupe l'histoire littéraire. vous savez surtout quel instrument d'investigation pénétrant et sûr Guizot en a su faire. Il est presque trop vrai que la littérature du xvm e siècle est l'expression des idées du xvm e siècle. dans ces — des contestations de partis. On peut lui faire un premier reproche et ce reproche est assez grave.204 l'évolution des genres. Très inférieur à Guizot de toutes les manières qui sera quelque jour l'un des trois ou quatre grands esprits du xix c siècle. de Fétat social. vous savez quelle leçons. les uns sur les autres. de l'état moral littérature. qui le serait déjà. Que dire des esprits d'un ordre inférieur? Évidemment. ce que Villemain a voulu faire.

quand ils dressent leur machine de guerre contre l'ancien régime? est-ce que. qui sont des actes. Yillemain s'est donné la partie trop belle. dans ces désintéressée de l'auteur de Gil Blas. conditions. les pour vulgariser idées qu'ils croient justes. s'il voulait montrer cette liaison des œuvres avec les autres parties de la civilisation d'un temps. quoi de plus naturel que de retrouver dans l'histoire de sa littérature l'image de ses idées religieuses. quand il écrit son Emile ou sa Nouvelle Héloïse. ou de la Princesse Manon de C lèves. la . et. dit avec le proverbe. politiques. est-il étonnant que la littérature se pré- sente à nous comme l'expression de la société? et puisque cette société travaille à changer de structure et de forme.LA CRITIQUE DE VILLEMAIN. comme nous le verrons prochainement. raison . trop savant. qui n'ont rien de même commun avec la manière Lescaut. 205 Alzire même — pour préface — ou son Olympie — — pour notes. ont légués d'Andromaque et celui du Cid en faisant la forme et le prestige de leurs chefs-d'œuvre à propagation de ses idées de tolérance et d'indifférentisme philosophique? Et les encyclopédistes. trop serré n'y serait pas un empêchement à leurs yeux? De Rousseau. avant d'être des œuvres. qui sont des romans. ou de Mais. Diderot ou d'Alembert. est-ce qu'il fait de l'art? est-ce qu'on ne peut pas dire qu'il dégrade les exemples que l'auteur servir la lui . et ils pourvu qu'on les comne croient pas assez bien écrire? ou encore. mais aussi des pamphlets. sociales? Qui veut trop prouver ne prouve rien. est-ce que Voltaire de les fait la litté- rature. est-ce qu'un art trop subtil. prenne. est-ce qu'ils se soucient d'art.

206 le l'évolution des genres siècle qu'il eût dû Il choisir. aussi : lui. on peut regretter encore qu'il y ait trop de rhétorique dans son éloquence. une volonté trop étudiée de plaire. Quant aux autres défauts qu'on peut également reprocher à Villemain. quoi que l'on en dise. c'est qu'il est comme même trop voisin du siècle et des hommes dont il parle. je d'un mot. qui n'étaient déjà pas fraîches en 1828. et. est vrai qu'il eût alors été plus et embarrassé peut-être. pour juger équitablement les œuvres et les hommes il y faut plus de recul et de perspective. assez détaillée pour notre goût contemporain. les Pensées de 1G70. ce qu'il y a de plus fâcheux et de plus irritant que tout le reste. Si me borne à les indiquer du donc son érudition n'est pas toujours assez précise. — il eût eu de la peine à décider lesquels sont l'expression de la société du temps et de l'idée du siècle. si ses jugements nous paraissent assez souvent emn'intéressant pas le fond preints d'exagération et de partialité. Villemain. Fontaine et les qu'entre les Contes de La Pensées de Pascal — les C unies sont de 4G69. Enfin. sur la plupart des autres. de Qui- nault et de Boileau. Elève de Fontanes et de Luce de Lancival. c'est l'abus de l'allusion politique. Il en a pu lui-même connaître encore quelques-uns. il a les souvenirs de ceux qui les ont connus. Mauvaise condition. une façon de Burke . s'est cru un homme politique. où se trahissent les intentions et les ambitions du jeune professeur qui se croit appelé à quelque destinée plus haute que d'interpréter en Sorbonne les textes des autres. c'est celui de La Fon- taine et de Racine. de Molière et Corneille. sujet. trop de fleurs aujourd'hui fanées.

pour la sûreté. Mais enfin la direction était donnée. sais bien qu'il n'y parle liver à qui Yillemain consacre des chapitres entiers. c'est à d'autres qu'à Villetiques de Swift. pour apprendre à en goûter le pessimisme cynique et la misanthropie hautaine. pour connaître Swift lui-même. heureusement que. était conçue. Son histoire . et toujours ou marquant dans l'histoire de la critique.LA CRITIQUE DE VILLEMAIN. pour la finesse avec laquelle y sont démêlées les influences du dehors sur la littérature nationale. présentée comme européenne. et c'est l'explication — — mais ce n'est xviii siècle. elle était si je puis ainsi dire. c'était le gouvernement parlementaire qui passait pour avoir vaincu à Waterloo! On lui faisait beaucoup d'honneur. celle de Pope. celle en par- d'Addison. Que voulezle En le ce temps-là. dans les années de la Restau- ration. 207 ou de pas l'excuse Pitt. celle de Swift. et quand le livre aurait plus de défauts encore. Je pas tant des Voyages de Gul- ou du Conte du Tonneau que des pamphlets poliet. comme maître d'école a passé depuis lors vainqueur de Sadowa. main vous! qu'il faut aujourd'hui s'adresser. l'influence anglaise ticulier. Chatham ou d'un Sheje Mais. comme vous le disais. Il l'est tout d'abord pour la curiosité spirituelle et intelligente. La littérature. dans les pour leçons de Villemain. : rien de tout cela n'affecte le fond du sujet on l'en pourrait enlever presque sans qu'il y parût. il n'en demeurerait pas un livre considérable moins toujours agréable à lire. les de la place que tiennent dans son Tableau de la littérature française au exploits oratoires d'un lord ridan.

d'ailleurs. Vous n'aurez Hettner sur le pour combler cette lacune. On la suivait elle-même au delà de ses frontières. Beccaria. pour ainsi parler. c'est ce moyen que Villemain a trouvé. : Autre innovation. ne sont pas encore assez mêlés l'un à l'autre. dans ses leçons. ils formeraient un Tableau de la littérature européenne au xvm e siècle. et biographie des hommes se mêlaient. à l'analyse et à l'explication des œuvres. C'était. n'étaient telle pas plus oubliés qu'Addison ou que Hume. il est fort éloigné d'en avoir tiré tout le parti que nous verrons Sainte-Beuve en tirer après lui. la et. avons-nous dit. si l'Allemagne n'était pas trop négligem- ment touchée dans ces quatre volumes. ce qui faisait encore défaut élu Cours de littérature de Laharpe. autant que le Tableau de la littérature française. pour la vivifier. et le choix des particularités n'y semble pas tant procéder du besoin de connaître que du désir de plaire. de la suite entière de l'histoire littéraire. Grâce à l'anecdote et au renseignement biographique. Il s'amuse de la . De sorte que. pour l'éclairer. surtout celle y était des courants et des contre- courants qui l'avaient partagée.208 l'évolution des genres. générale et particulière. L'œuvre et l'homme. qu'à joindre au livre de Villemain celui d'Hermann môme sujet. presque plus considérable pour la première fois l'histoire. et les Italiens. ou Filangieri. dans les veines duquel il n'avait pas découvert le moyen de faire circuler l'intérêt. par exemple. s'il avait eu le premier l'idée d'en faire un seul corps. C'est pour cela que l'influence de la littérature nationale sur les littéra- tures étrangères n'y tenait pas moins de place. pour l'animer. Sans doute. c'était. un corps mort.

209 biographie plutôt vres. qui ne se détachait pas lui-même du mouvement des idées et des mœurs. ni surtout la moindre nouveauté de sa méthode. disait-il à ce propos. de faire une histoire plutôt qu'un cours. dans cet emploi qu'il faisait de l'histoire. comme des cercueils dans un hypogée. On m'a quel- quefois reproché. s'opposer ou se contrarier. c'est plus contenté de l'indiquer. n'était pas la moindre raison du succès de son enseignement. Elle vivait. » Enfin il convient de signaler la disposition. « On crayonne avant que de peindre. Les œuvres n'y étaient plus classées ou cataloguées seulement. 14 . l'enet la liaison des parties. la critique devenait véritablement historique. et s'ajouter ou s'associer dans la continuité d'un même mouvement. et il nous en amuse plutôt qu'il ne la fait servir à l'intelligence des faut pourtant être juste. mais complète sur« achève et dépasse Laharpe. Je n'espère pas me corriger tout à fait de ce défaut. s'unir enfin sans se confondre. comme il avaient l'a Mme de Staèl et Chateaubriand. et la allait œului méthode bien qu'un autre qui ne s'est fait pousser plus avant.LA CRITIQUE DE VILLEMAIN. et on dessine avant que de bâtir. mais lui-même vraiment appliquée et réalisée. de purement littéraire. de raconter au lieu d'instruire. il chaînement logique encore Villemain tout. comme des tableaux dans un musée. » C'est qu'il sentait bien lui-même aujourd'hui. Mais on les voyait agir les unes sur les autres. ou pour mieux elle t. Entre ses mains habiles et agiles. nous le voyons encore mieux — nous. i. comme des fleurs dans un herbier. marchait. Mais il qu'il ne s'en sert. se continuer. — que et là. il En ceci continue.

c'est aussi. de Swift. Mais l'Améelle rique n'est pas de la littérature serait. Ce n'est pas seulement l'histoire de la littérature du xvnr9 que l'on apprend dans Villemain. S'il avait mieux connu le xvu° siècle. le vrai centre d'une histoire des idées au xvm e siècle. reste l'Amérique . ni de Bolinghroke. nous n'avions pas tant besoin d'Addison. dont la nouveauté même accuse de décrépitude et — — . s'il avait lu Bayle surtout dans plus attentivement La Bruyère et même Fontenelle. Ou bien encore. que je conçoive et comme lui la suite l'enchaînement » : d'une histoire de la littérature « française au xviii c siècle. pour expliquer les caractères de la littérature nouvelle sous la Régence et dans les premières années du règne de Louis XV.210 l'évolution des genres. répondait je ». il n'a pas assez clairement vu. Ce n'est pas. dire encore. dans le présent tout le passé. du moins il n'a pas assez dit qu'une littérature nouvelle commence avec Rousseau. à la vérité. que.t-il des ora- teurs anglais? et il lui « Il demandait un jour quelqu'un. trop soucieux de retrouver. pour ainsi parler. moins engagé lui-même dans les idées du xvm e siècle. Que reste. et quand en trouverais encore que l'Angleterre tient vraiment trop de place dans le livre de Villemain. il eût vu que cette entreprise de Y Encyclopédie. l'origine de tout ce qui Ta suivie. est la grande affaire du temps. dont à peine a-t-ii dit quelques mots. puisque je touche en passant ce point. il aurait vu son Dictionnaire. de l'histoire générale du siècle. c'est sur- tout à en connaître l'esprit. et conséquemment. Et je crois enfin que. plus éloigné de ses premiers maîtres. le but où tendait tout ce qui l'a précédée.

ni ce qui nous manquerait si ce moraliste ingénieux. son style sent toujours la facilité de l'improvisation. l'œuvre même dressée debout en quelque sorte. 211 d'irrémédiable décadence tout ce qui n'en procède pas autour d'elle. — et non pas seulement de verve. et plus préoccupé de morale que son maître. et c'est pour cela qu'il convenait d'y — insister. Saint- . non plus vous le voulez. le signal n'en était pas moins donné. ». comme Saint- un tout autre homme. ce que nous lui devons. dans « évolution du genre lui. et nous n'y pourrions omettre ni le Cours de Littérature dramatique du premier. un écrivain de Marc. Girardin a sans doute sa place qu'autrefois 1' il Grimm ou Meister. et souvent mordant. Mais quoi qu'il en soit de cette ob- jection et de quelques autres. lequel a beau s'évertuer et se travailler. n'avait Littérature française — ni écrit ni parlé.LA CRITIQUE DE VILLEMA1N. si j'avais à le juger. Il a continué l'œuvre de Yillemain. je craindrais. ni surtout YHistoire de la sien. deux autres noms au vous parlerai-je aujourd'hui de Saint-MarcGirardin et de Désiré Nisard? Il le faudrait assurément dans une « histoire de la critique ». est Nisard. quoique un peu bourgeois. mais toujours apprêté toujours aussi trop content de lui-même. si » Saint-Marcne l'a pas. Dans une « histoire de la critique . Mais au point de vue dont j'essaye de ne pas me départir dans cette Introduction. et Faut-il maintenant ajouter — du second. sans y rien ajouter d'essentiel. qu'il ne l'eût plutôt rétrécie qu'élargie. race . je suis bien forcé de dire que je ne vois pas où peut être l'originalité de Saint-MarcGirardin.

ce quelque chose. représente donc quelque chose. puisque. je ne sache pas de critique plus « personnelle » que celle de Nisard. peu de si peu de biographie. C'est qu'aussi bien. effleure tout. en le est défectueux. dans son ensemble. sans considérants ni motifs. Je ne saurais d'ailleurs trop louer quelques parties de Y Histoire de la Littérature française. la définition en est faite pour lui du caractère de ces œuvres et de ces hommes mêmes. j'entends si peu de dates. vous littéraire ». mais non pas la justesse. d'histoire. Je suis encore gêné ou désappointé. Admirablement développé dans quelques-unes de ses parties. de trouver si si peu faits. et peut-être en partie à cause d'eux. son syllogisme ne laisse pas. d'une pétide la littérature tion de principe. il Marc appuie quelquefois très fort. Seulement. et dont on peut bien imiter les allures. qui n'est que l'expression ou le reflet de la justesse unique de l'esprit de Nisard. ou si vous l'aimez mieux. Avec tous ces défauts. savez. il n'enfonce jamais dans rien. pour en former Y ». dans une Histoire de la Littérature française. il se trouve que nous n'en avons pas .212 l'évolution des genres. Nisard commence. dans l'histoire de la critique moderne. Je ne m'étonne pas alors qu'il y retrouve l'esprit français. de toute notre « histoire il ne retient. sous des apparences dogmatiques. par poser la défini- tion de l'esprit français. d'avoir de l'air d'un cercle vicieux. Nisard. sans doute. Le plan. et. comme vous le voyez. « histoire que les œuvres et les hommes qu'il trouve effectivement conformes ou analogues à sa définition. pour le dire en passant. une critique toute en jugements.

et il n'y a pas réussi. Ce quelque chose. Messieurs. de Guizot et de Cousin Et d'abord. que je ne l'ai fait que par préil mesure a eu raison. Tandis qu'autour de lui. en attendant. je ne conçois guère l'étude des lettres autrement que par une suite d'épreuves. Est-il venu trop tard? est. Et je ne dis pas qu'il ait eu tort. comme nous venons de le voir. disail-il au début d'une de ses leçons.LA CRITIQUE DE VILLEMAIN. et si je vous ai parlé de lui. de l'évolution de la critique contemporaine. mais pas suivi. c'est la stabilité dans une tradition que Yillemain lui-même avait déjà dépassée. c'était à qui s'efforcerait d'établir une relation nouvelle entre les œuvres et les circon- — — stances de leur apparition. et dans une qui fut grand tradition que tout le talent de Nisard et quelquefois exquis n'a pas eu le pouvoir de relever de sa ruine. il a fait profession de les considérer uniquement en elles-mêmes.. aidé. calculées. sans avoir d'égard qu'à leurs antécédents. s'il vous plaît. je : le répète encore.. té rition. en 213 effet. besoin. En somme. il n'est pas un anneau nécessaire de la chaîne que nous essayons de nouer. Je ne crois pas que les formes du génie puissent être prévues. voilà en effet l'œuvre propre de Yillemain. vous remarquerez. L'introduction de l'histoire dans la critique. il a voulu ramener la critique en arrière. ou en marge. comme vous voudrez. j'essayerai même de vous dire dans quelle le fait est qu'on ne l'a que sa critique enfin est et demeure en dehors. Mais.il venu trop tôt? C'est une question qu'on pourra traiter dans quelque cinquante ou cent ans d'ici. enfermées dans un . qu'il n'a pas fait école. d'expériences sur toutes les créations de sa pensée.

dans son incalculable richesse et sa perpétuelle activité. ou si peut-être elles ne sont que des ornements de rhétorique.. si l'histoire et la . avec l'état politique.. un moyen de captiver l'attention de son auditoire. la force de tous les sentiments humains. significatifs de Beaumarchais et de Bernardin de Saint-Pierre. De même que. étudier tous les efforts et tous les hasards du Et c'est en Il effet le premier de tous les profits que la critique allait retirer des leçons et de l'exemple de désormais entendu que l'œuvre litpeuvent aller jusqu'à l'entière dépendance. le Barbier de Séville ou Paul el Virginie. avec l'état social. ainsi pour concevoir le génie de l'éloquence.. avec les actions ou les influences du Yillemain. nombre de règles el de préceptes. elle est stricte nécessaire. comme Villemain n'aime pas en général à conclure.. et une manière de parler ou d'écrire plutôt que de penser. si quelle est la nature de cette ou lâche. et qu'il faut la contempler en elle-même.. Par exemple. le sont en même temps. il faut éprouver.. est téraire soutient d'étroites relations. et de tout enfin ce qu'on va bientôt appeler les « grandes pressions environnantes ». suivant la haute remarque de Buffon. Il semble toutefois également entendu et prouvé désormais que l'œuvre littéraire est expressive ou significative de quelque chose de plus qu'elle-même et que son auteur. accidentelle ou biographie sont vraiment pour lui des explications des œuvres. comparer talent. au moins par l'imagination.. les siècles divers et leurs inspirations successives. on ne voit pas encore assez nette- ment dans son œuvre relation. pour bien connaître la nature.. qui dehors. Il faut seule- ment ajouter que.. il ne suffît pas d'apprendre les classifications des sciences.214 certain l'évolution des genres.

expressive de toute une époque. et en plus. et c'est lui qui. . avec son aplomb. l'œuvre littéraire est. Mais prenons-y garde au moins. comme par exemple YEssai sur les Mœurs ou comme Y Histoire naturelle de Buffon. l'œuvre peut être représentative de tout un long moment de l'histoire de l'art ou de celle des idées. dans les romans de Duclos et du jeune Grébillon. bien chez Villemain. Si tout cela est sans doute un peu confus. vous remarquerez que la critique ainsi retrouve son aplomb. d'une 215 certaine espèce d'hommes ou de toute une famille d'esprits. Ce n'est pas tout encore. son autorité naturelle. déjà plus corrompue. tout cela y est pourtant. Or. les moyens de remplir son office. avec la personne de Bernardin de Saint-Pierre et de Beaumarchais. en d'autres termes. il est évident d'autre part que les règles n'ont plus d'importance pour lui. Car. . complétant en ce point l'œuvre de ses prédécesseurs. et qu'au fond de sa pensée . nous devons pouvoir y retrouver la personne de tous ceux qui les ont applaudis. Et enfin. et ou caractéristique de toute une famille ou peut être expressive de toute une époque. 11 arrive encore fréquemment à Villemain de juger à la façon d'un critique de l'ancienne école son éducation première est la plus forte et en plus d'une occasion nous sommes tentés de ne pas le trouver si différent de Laharpe. et une autre. et avec son autorité. toute une province de la société du xvm e siècle revit ou plutôt continue de respirer encore dans la comédie de Marivaux. si nous savons nous y prendre. Ou. un peu brouillé significative d'esprits. Ainsi.LA CRITIQUE DE VILLEMAIN. a éveillé l'attention sur cette nature de questions.

et Ton mesurera la valeur des œuvres à la quantité. expriment. On jugera désormais.216 le droit l'évolution des genres. Et si . De le faire bien voir. ç'allait être la tâche et l'honneur de Sainte-Beuve. complexité. ou si 3 décembre 1889. mais sur d'autres nous nous demandons quels sont ces principes nouveaux nous avons fait la réponse en l'étudiant lui-même. à la délicatesse des rapports qu'elles vous l'aimez mieux. . à la richesse de leur signification. de l'histoire s'est substitué à celui qu'aussi bien les règles ne tenaient que d'une fausse interpréIl juge donc. à la tation des modèles. principes.

Quelques mots sur Edmond Scherer et sur M. Quelques prédécesseurs Augustin Thierry et Michelet. de Sainte-Beuve. L'histoire naturelle des esprits les Causeries du Lundi. Développement les Premiers Lundis. Anatomie. ou de la poésie lyrique. une importance et une dignité qu'elles n'avaient jamais connus.HUITIÈME LEÇON L'ŒUVRE DE SAINTE-BEUVE. on . sans doute. 1830-1865. Limites de la critique de Sainte-Beuve. si l'on entend par là que la critique et l'histoire. les Por*de la critique biographique traits littéraires et les Portraits contemporains. faux et de vrai. Le jugement de Sainte-Beuve sur lui-même ce qu'il contient de L'impartialité critique. physiologie et psychologie. Ernest Renan. — — — — — : — : — : — — — — — Messieurs. ont pris un rôle. On et a dit plus d'une fois que le le siècle où nous vivons serait par excellence siècle de la critique de l'histoire. depuis quatre-vingts ans. et.— Définition de la méthode. Les Nouveaux Lundis. Port-Royal. La notion de race et la géographie physiologique. mais. par exemple. L'étendue et la diversité de l'œuvre. on pourrait dire avec tout autant de vérité qu'il est celui du roman.

sur le le Waterloo de M. Nouveaux Lundis. Guizot. le charme et la séduc tion de cette critique. comme vous l'avez vu. Yillemain. — peut-être. Vous savez également et. sur et Charles-Quint de Mi- gnet. Sainte-Beuve. de se renouveler. et après eux Cousin. en se contredisant. mais l'homme dont on peut dire. neau. ture. le Laharpe lui-même et le premier Staël. Peut-être tiennent-ils sur . histoire. de ce renouvellement de la c'est l'historien de Port-Royal et l'auteur des Causeries du Lundi... philosophie. et. a pu reprocher avec raison au « patriarche de Ferney ». vous savez pas de pro- vince de l'esprit que l'intelligente et un peu sceptique curiosité de Sainte-Beuve n'ait au J'ouvre au hasard un volume de ses et à côté moins explorée. sur le Mystère du siège d'Orléans. Vous connaissez l'étendue.218 l'évolution des genres.. sur les Entretiens de Gœthf d Eckermann. n'a pas eu le temps de se répéter. j'en trouve d'un article sur les Jeudis de Mme Charbonun sur les Lettres de Racine. soixante autant ou un peu plus ou soixante-dix volumes et dans lesquels il n'y que n'en a laissé Voltaire.. a pas trace de ce « rabâchage » sénile que Grimm. l'énormité de son œuvre. l'avenir l'expression la plus originale. d'autres encore. il de- meurera dans critique. art qu'il n'est ou science même. mort à soixante-cinq ans. religion. vous connaissez l'intérêt. Enfin. sinon la plus complète. politique. ïhiers. dans sa Correspondance. littérala diversité de cette œuvre prodigieuse — — . pour mieux dire encore. — Mme de doit dire qu'après l'avoir été de son vivant. les dimensions ou. mais seulement celui de se contredire.. sur les Évangiles. Chateaubriand y ont aidé.

pour ainsi dire. sa couleur. avait fait rentrer. comme Cousin ou titre comme Ville- aux ministères. et qu'au lieu de se faire de la littérature. dans son Histoire de la Conquête de V Angleterre par les Normans. son accent individuel. et depuis. comme le plus noble emploi de l'intelligence et main. mais qui n'en ont pas moins. Mais avant d'essayer de définir et de caractériser cette critique par des traits plus précis le — ce qui sera aujourd'hui je principal objet de cette leçon. jusqu'à son dernier jour. que Yillemain qui s'étaient bornés. sur les traces de Chateaubriand. la vie avec le sang. cultivée pour ellemême. qui devaient se borner.. dans cette chose morte qui était l'histoire de France d'Anquetil ou de Velly. dès 1820. un moyen de fortune.. que Guizot. un de l'activité. Augustin Thierry. allant déjà plus loin et poussant plus avant que Cousin. Je ne vous rappelle que pour mémoire ces Lettres sur V Histoire de France. exercé quelque in- et sur la direction et générale de la critique des idées de Sainte- en complétant ou en resserrant cette union intime de l'histoire et de la critique dont nous avons vu les commencements en parlant l'autre jour de Yillemain. — voudrais dire quelques qui n'ont pas fait fluence mots de deux hommes profession de critiques. en essayant de distinguer et de caractériser les époques de l'histoire nationale.. à contemporaine. à — mon avis. Beuve lui-même. où. 219 tout à ce que Sainte-Beuve a aimé passionnément son art. comme tant d'autres. — sur celle .L'OEUVRE DE SAINTE-BEUVE. pour mieux dire. Mais. en outre. en 182G. de leur rendre à chacune sa physionomie. il l'a.

il en ait montré la fécondité. dans cet admirable second volume de son Histoire de France. et qu'enfin. il s'était efforcé de fonder l'explication dernière de l'histoire sur les considérations ethnographiques. Pour le moment. comme vous le voudrez. beaucoup trop. exemple. et de faire ainsi de la persistance de la race à travers les âges l'élément fondamental. pendant quatre volumes. Quant à Michelet. où se trouvent exprimées pour la première fois ces liaisons mystérieuses qui font d'un grand politique ou d'un grand .220 l'évolution des genres. J'estime seulement. par quelles voies — — médiocrement scientifiques peut-être. c'est la géographie qu'il a fait. la géologie. si sans doute Augustin Thierry ne l'a pas débrouillée. . par son . que l'on a trop donné. lui. et je tâcherai de vous montrer. ni non plus ce qu'elles valent. l'importance fluence le de cette notion et il suffit. rique. jusque dans le dernier détail. à l'un des grands événements de l'histoire moderne qu'il l'ait poursuivie. la physique. et récents de l'Angleterre les admettent encore ou les repoussent aujourd'hui. dans la critique et dans l'histoire. il suffît que vous sachiez. et. ni surtout aperçue le premier. mettre la littérature en rapport avec les institutions sociales et l'esprit général des temps. dans quelle mesure les historiens il en était arrivé à ces théories. entrer ou rentrer dans l'histoire. pour ma part. la géographie. la pierre angulaire ou la clé de voûte de son système histoJe n'ai d'ailleurs à examiner ici ni comment. il suffit que le premier du moins il en ait fait l'application en grand. cette application. pour ainsi dire. à l'in- du sang ou de la race.

Lamarck et . et que pour cette raison il faut bien citer encore. Il a pris les devants. allait joindre de son fonds. Sainte-Beuve était alors encore et sa méthode encore assez flottante. : Je suis l'esprit le plus brisé et le plus rompu aux métaet morphoses. l'abrégé. écrivain. je crois. sous la forme de l'une de ses doctrines essentielles. l'exemple du renouvellement de la physiologie sous l'impulsion des Cabanis et des Bichat. mais de la figure même de leur sol natal. il de peur que Ton ne s'y voulait qu'on méprit. Si et maintenant vous ajoutez l'influence de Fauriel. comme le plus caractéristique. si vous ajoutez l'influence du criticisme allemand. l'on Et. que Y Histoire de France de Michelet paraître qu'en 1833. s'est plus d'une fois représenté lui-même il dans le l'attitude et sous les traits dont Parmi ces fragments autobiographiques. qui flottait alors un peu partout dans l'air. non seulement de leurs compatriotes. Daunou. Vous le retrouverez tout à la fin du troisième volume des Portraits littéraires peignît. de sa curiosité des questions d'origines. d'un Descartes si 221 ou d'un Richelieu. il y en a un qu'on a souvent cité. peut ainsi dire. mais comme nous Talions voir. assez jeune pressentie plutôt que définie. pour qu'il ne nous soit pas permis de douter de l'influence que les générail est bien vrai n'a commencé de . lisations de Michelet ont exercée sur lui. vous aurez. J'ai commencé franchement crûment par le xvin e siècle le plus avancé. parTracy. Il s'agit de rechercher ce qu'il y et. les origines immédiates de la critique de Sainte-Beuve.L'OEUVRE DE SAINTE-BEUVE. celle de la relativité de la connaissance enfin si vous y joignez l'influence et .

et qui me croyaient déjà à eux. m'entraînaient à cette série d'expériences. de tout regarder de près. et j'ai eu l'air de m'y fondre. de son universelle curiosité. jamais homme plus intelligent. mon extrême plaisir à trouver le vrai relatif de chaque chose et de chaque organisation. de sa facilité de métamorphose. je n'ai jamais engagé ma croyance. ou plutôt côtoyé le saint-simonisme. Le vrai. et presque aussitôt le monde de Lamennais. En 1837. j'ai côtoyé le calvinisme et le méthodisme. et sans le chicaner sur ces noms de Tracy. à Lausanne. plus apte à prendre toutes les formes. De là j'ai passé au romantisme poétique. J'ai traversé ensuite. je veux dire plus prompt à se déprendre de ses idées pour entrer dans celles des autres. jamais homme enfin plus glissant. Ma curiosité. et par le monde de Victor Hugo. 11 y a du vrai dans cette confession il y a aussi quelques erreurs. de . mon désir de tout voir. plus subtil. de ce que nous appellerons le caractère errant ou vagabond de son insatiable. De là. je suis passé par l'école doctrinaire et psychologique du Globe. mais en faisant mes réserves. plus souple à échapper aux mains amicales de ceux qui : croyaient le mieux le tenir. Jamais homme ne fut pétri d'une argile plus plastique. et dû m'efforce r à l'intéresser. qui n'ont été pour moi qu'un long cours de phy- siologie morale. et sans y adhérer. de la complexité de son être ondoyant. encore très catholique. là est mon fond véritable.222 la physiologie : l'évolution des genres. Mais. Dans toutes ces traversées. c'est ce que Sainte-Beuve y dit des milieux qu'il a successivement traversés. mais je comprenais si bien les choses et les gens que je donnais les plus grandes espérances aux sincères qui voulaient me conj'ai je n'ai vertir. jamais aliéné ma volonté et mon jugement (hormis un moment dans le monde de Hugo et par l'effet d'un charme). involontaires ou délibérées.

. ou bien à celle encore de l'auteur de YEssai sur V Indifférence. 223 Daunou. Ce qui est également faux et heureusement faux. en posses- méthode et de l'objet de sa critique. publiées depuis sa mort. dans un article de ses Portraits littéraires. et il a. et. et Ballades. datées de 1819. pas plus exact. — simonien qu'il ne le veut bien dire. ce qui n'est qu'il fût. qui sont de 1822. sur Baxjle et le génie critique. au contraire. devant de Victor Hugo. ce qui est lesquels. ses Lettres à Vahbé Barbe. et. sont fort loin de représenter « le xvm e siècle le plus avancé ». en passant. été tour à tour plus sincèrement. Enfin. pour « l'extrême plaisir de trouver le vrai relatif de chaque chose ». que je vous ai déjà signalé. « Il ne faisait point d'expériences. de Lamarck. ni de cours de physio- morale » quand il allait. Cette qualité. il se vante là d'une qualité dont il a bien senti tout le prix. c'est qu'il ait commencé par eux. sion de la c'est dès 1825. plus résolument catholique ou saint- Sainte-Beuve. moins vrai. demeurent encore aujourd'hui l'expression poé- La distinction alors.L'OEUVRE DE SAINTE-BEUVE. mais qu'en somme il n'a jamais eu le courage ou la vertu logie c'est — — d'acquérir. pour l'honneur de — c'est « qu'il n'ait jamais engagé sa croyance ». comme dit l'autre sonnant de la trompette auHenri Heine. c'est Y indifférence ou Y impartialité et personne ne l'a mieux définie que lui. ou dans un article encore de ses daté de 1835 critique. au contraire. dans les belles années de la Restauration. était d'être chrétien à la façon de Chateaubriand. . nous le montrent plutôt débutant par celte vague religiosité dont les Méditations . et les Odes tique.

et que chacun repousse du geste loin de soi comme le plus bas des vices. et de la manière aiguisée dont on l'exprime. un artiste. Magnin a une traite d'un sujet et d'un livre. que de la pensée de l'auteur qu'on explique. Quand on a un style à soi. Charles Magnin. qui certes est aussi un grand esprit critique. c'est de n'avoir pas d\trt à soi. et avec une autorité égale à son talent.. de style. comme Voltaire.. on a un goût décidé. sur de 1843. . qu'on développe. Je vais me hâter de définir cette espèce d'indifférence. il l'éviterc difficilement. qui. quelque souple qu'il soit. s'il juge ses rivaux.... par exemple.. comme Montaigne. on ne perd jamais de vue ce clocher-là... on est plus soucieux de la pensée qu'on exprime. De plus.. M. Il ajoute encore « Les artistes sont les juges compétents de l'art. qu'on critique. Yoici le premier passage : Une des conditions du génie critique dans la plénitude où Bayle nous le représente. et qui est bien nécessaire pourtant â l'impartialité c'est l'indifférence. presque dans les mêmes termes En général. il est vrai mais ces juges sont tous corrompus. des remarques précises et décisives... mais cette envie.. par exemple.. : il disait encore. huit ans plus tard. qualité à lui. . sans préjugés et sans envie cela est difficile à trouver ». quand on a un art à soi. qui certes est un grand esprit critique... quand il une qualité que possèdent bien peu de critiques. »« Sans doute. Hâtons-nous d'expliquer notre pensée.224 l'évolution des genres. sur l'objet qui l'occupe et qui le possède. Et. atteint vite ses restrictions. Voltaire l'a très bien remarqué « Un excellent critique serait un artiste qui aurait beaucoup de science et de goût. une poésie. Je l'ai toujours pensé : : : . daté Portraits contemporains... aura des vues perçantes. on a son œuvre propre derrière soi à l'horizon. qui est un bien vilain mot à prononcer.

11 n'a été généralement juste ni pour Hugo. et môme. 15 . Ces fragments ont effet le prix d'un involontaire et d'autant plus significatif aveu. qu'il a presque mieux louée qu'il n'a jamais fait Musset ou Vigny. VZD pour être un grand critique ou un historien littéraire comle plus sûr serait de n'avoir concouru en aucune branche. ni pour Musset. dire. jusque dans ses derniers écrits. Vous en trouverez d'innombrables exemples. courir dans presque toutes les parties de Fart. un style. ni pour Lamartine. N'appuyons pas sur ce point. pour lequel il a eu plus de complaisance que pour : Balzac. ni — et.. Poète et romancier. comme je le crois.L OEUVRE DE SAINTE-BEUVE.. historien autant que critique dans son Tableau de la poésie française au xvi e siècle. Tout au rebours en selon d'un Magnin ou d'un Bayle. parce qu'il avait un art. ou autrement. à troubler son impartialité de juge et sa sérénité de critique. ni pour Vigny. lui. une manière à lui. comme souvent. la justesse en est corrompue par une espèce d'aigreur qui s'y mêle. combien d'autres encore! t. il faut bien le le comme romancier ni comme poète. mais indiquons-le si. i. romancier dans Volupté.. l'auteur de Fanny. plet. cependant. de justes critiques. rien n'a plus contri- bué. ni pour Balzac. quand il en a fait. un Feydeau. il n'a pu prendre sur lui d'être équitable aux poètes ou aux romanciers ses contemporains. Sainte-Beuve. Là est aussi l'explication des éloges dont on a remarqué qu'il aimait à une Desbordes-Valcombler ceux du second rang more. sur aucune partie de l'art. succès n'avait répondu à ses ambitions. poète avec Joseph De- lorme. son expression avait commencé par con.

de l'ensemble de son œuvre. J'ajouterai. partie de ses Une grande jugements est donc ainsi sujette à caution et à revision. temps de la collaboration de Sainte-Beuve au Globe. il me semble desquelles nous pouvons c'est le qu'on peut distinguer cinq époques. il a eu rigorisme de lui reprocher. un vif chagrin du succès et de la croissante popularité de ceux dont il avait pu se croire un moment l'émule ou l'égal. Comprise entre les années 4824 et 1830. Dans la production successive et dans le développement naturel de cette œuvre. quand il se fut rangé du côté de l'Empire. mais je ne voudrais pas qu'il l'eût publiquement exprimé. Enfin. Je conçois son sentiment. et c'est le temps aussi de sa première ferveur romantique.226 l'évolution des genres. qu'il n'y il en reste encore assez pour justifier ce que nous disions tout à l'heure : dans l'histoire en a pas de plus considérable de la critique. dans la critique des con- temporains. mais qu'il faut bien des complaisances qu'on ne saurait sans doute avoir le qu'on dise qu'il a eues. ni de plus originale peut-être. Empressons-nous seulement d'observer que. des préventions toutes personnelles. 11 y a porté aussi des préventions poli- tiques. Je dirais volontiers qu'elle appar- . qu'indé- pendamment de préjugés d'art. il certaines préventions ou de certains a porté. sur la première aujourd'hui passer assez rapidement. plus tard encore. tandis qu'il continuait de peiner avec honneur dans son logis d'étudiant. quand on a fait les retranchements nécessaires. et il n'a jamais pardonné tout à fait à ses anciens collaborateurs du Globe d'être devenus ministres ou ambassadeurs.

en lui procurant en même temps les moyens . encore lui-même. il n'est point. volume des Portraits contemporains. je le répète. tient plutôt à l'histoire la critique. déjà savante. et 227 celle du romantisme qu'à de vous pourrez d'ailleurs vous en convaincre. se dessi- nent avec netteté dans un article sur Pierre Cor* mille. Mais. de lecture plus récréante. et de s'en prendre même à ce « législateur du Parnasse » auquel d'ailleurs il fera bientôt réparation. Tandis en effet qu'il ne se lasse pas d'attaquer les Rousseau. dans l'œuvre de Villemain. il découvre des aïeux. d'y pousser plus avant que Villemain lui-même et les linéaments de la critique biographique. Les romantiques sont longtemps interrompue. semble.. il lui les héritiers d'une tradition et cette tradition. d'un autre côté. vous verrez déjà poindre l'aptitude historique dans la manière dont Sainte-Beuve a mené sa campagne romantique. le Tableau de la poésie française au xvi c qui est de 1828. les Delille. Mais.L'OEUVRE DE SAINTE-BEUVE. si le premier vous y joignez siècle.. et sa critique. Ce sont les cours de Villemain qui paraissent lui avoir indiqué sa véritable voie. s'agit de la rétablir dans ses Sainte-Beuve est à peine droits. encore un peu brouillés. en lisant les Premiers Lundis le premier . daté de 1828 : de critique et d'histoire littéraire. c'est dans l'histoire qu'il va chercher la justification du romantisme. comme je vous l'ai dit.. ou volume des Portraits littéraires. et à la fois plus féconde en enseignements de toute espèce fait En ce me . les Lebrun. et pour lui donner des même — — titres. plus délectable. n'a rien pourtant de très original.

copieuses.. on voit venir la ressemblance et le jour. en un mot. tous les détails .. la gerçure indéfinissable. où V écrivain a la pensée de briller. se mouvoir et parler. On s'enferme pendant une quinzaine de jours avec les écrits d'un mort célèbre. c'est Les derniers mots sont caractéristiques ce n'est ici Pintrodue: . daté de 1831. le portrait parle et vit. sourire révélateur.. de plus en plus accentuée. diffuses histoires de l'homme et de ses oeuvres entrer en son auteur. se mêle et s'incorpore par degrés une réalité individuelle. le suivre en son intérieur et dans ses mœurs domestiques aussi avant que l'on peut. général qu'une première vue avait embrassé. le que pas — — : faire vivre. on le fait poser devant soi. les conversa- du caractère.. à d'Alembert. on le retourne. des mœurs.. plus seulement de la biographie. les pensées. le rattacher par tous côtés à cette terre. on a trouvé l'homme. poète ou philosophe. le moment où Ton a saisi le tic familier. les les : biographies bien faites des grands hommes non biographies minces et sèches.228 l'évolution des genres. et certainement à Suard.. on l'étudié. les notices exiguës et précieuses.. à ce moment l'analyse disparaît dans la création. le produire sous ses aspects divers. dont voici le début J'ai toujours aimé les correspondances. précise. abstrait. mais de larges. et dont chaque il songe peutparagraphe est aiguisé en épigramme être à Villemain lui-même. Chaque trait s'ajoute à son tour. à ces habitudes de chaque jour dont les grands hommes ne dépendent pas moins que nous autres. de la biographie. le tions. à Fontenelle. comme il a dû faire.. et prend place de lui-même dans cette physionomie qu'on essaye de reproduire Au type vague. La méthode se précise encore dans un article sur : Diderot. on l'interroge à loisir. On sent naître. la ride intime et douloureuse qui se cache en vain sous les cheveux déjà clairsemés. des grands écrivains.. à cette existence réelle. s'y installer.

sur cation de Sainte-Beuve. dans les Pensées de l'autre. retrouverons-nous dans les Sermons de l'un son admirable équilibre d'esprit. ensuite. avec fanatomie. Buffon. de ses longues souffrances? Ou bien encore. s'ils ont l'un et l'autre la réputation d'y avoir excellé. s'ils ont touché les mêmes sujets. dans le caractère de son style. les stigmates. s'ils ont reçu la même éducation générale. la psychologie de l'écrivain. bien équilibré. ou. nérale et L'anatomie de l'écrivain. au contraire. longtemps ou toujours malade. ils ou des sujets analogues. tion 229 l'indi- du portrait dans la critique. est-il malingre. comme Bossuet et comme Pascal. Boileau. a peu aimé les femmes. et finalement la trans- former. et celui-là. et. comme comme Pope. dans cette absence de grâces. a fini par mourir fou? La sécheresse du premier. pour la vivifier l'élargir d'abord. ou. Essayons. c'est la considération gésommaire de son individu physique. dans cette sévérité d'ajustements qui sentent le vieux célibataire? et. la physiologie. pour ainsi parler. comme comme Rousseau. de reconnaître ce que ce seul mot enveloppe. haut en couleur. tâchons de discerner les éléments nouveaux « qui se mêlent et qui s'incorporent » à la définition de la critique. au contraire. sa continence et sa frugalité ne se retrouvent -elles pas dans ses vers. le frisson de la maladie de l'autre dans sa prose? n'a-t-il point passé .L'OEUVRE DE SAINTE-BEUVE. celui-ci. Est-il est-il grand. chétif et contrefait? et ces caractères physiques ont- dans son œuvre une traduction qui leur soit en quelque sorte adéquate? Si deux écrivains ont vécu dans le même temps.

Jean Poquelin. Leur mère avait tout. mais un peu froide. étourdi. son tempérament luimême. Si nous voulons les connaître à fond. ayant la grâce. hommes La réjouissent notre vanité. Avec ce qu'on trouve dans les écrits. léger. leurs ascendants ou leurs descendants. Avec le tempérament de l'écrivain quelle a été son hygiène? et. . déjà plus indiscrète. il faut donc étudier leur province et leur ville. sur le grand pied et dans toute sa pompe. d'où le tient-il? Montaigne est Gascon et Corneille est Normand.230 l'évolution des genres Voilà tout un ordre de questions dont à peine encore s'était-on avisé. l'humaine malignité s'y délecte et les faiblesses des grands . ou les fils de Racine. physiologie. ne se contente pas de ce peu d'indications. va plus loin. faire dans leur œuvre sa part au sol natal. intelligente. cela aide et cela guide. mais à ceux qui voudraient lui refuser le sérieux et la raison. semble s'être dédoublée dans ses deux enfants. génie pour si peut-être leur père. Mais il faut connaître aussi leur famille. faire l'un des La science y trouve son compte. ayant gardé tout le lui. ne leur a légué de lui-même que parcelles. et Marie Cressé. à l'atmosphère qu'ils ont respirée. et il ne paraît pas qu'elles plus vifs soient près de cesser d'en attraits. Elles s'introduisent dans la critique avec Sainte-Beuve. la raison toute seule. le chevalier. il n'est pas mal d'avoir à montrer la raison dans Mme de Grignan. ayant pris pour elle la raison. les moins précieuses Mme de Sévigné. pénètre plus avant encore. on ne lui conteste pas la grâce. et Mme de Grignan. le père et la mère de Molière. bourgeois de Paris. sa femme. je l'ai dit plus d'une fois.

l'auteur des Caractères. Pascal. et la mort « le roi des épouvantements »? Indispensable à la connaissance de Pascal lui-même. Comment donc s'est-il l'écrivain a-t-il pensé. l'auteur des Maximes.. sur l'article de la mort? Comment jeu. le voyages? Aucune de ces questions n'est désormais indifférente. est né dans une bouril est né dans l'aisance. La Rochefoucauld. et il a écrit les Pensées-. Mais ici. à qui rien ne semble avoir manqué de ce qui compose le bonheur des hommes. est un grand seigneur. les a-t-il conçu son art? Comment ordinaires des a-t-il traité les plai- sirs hommes? la table. si tant est que l'on puisse marquer exactement geoisie qui confinait presque à la noblesse.. considéré lui-même comme un « empoisonneur public »? Ou aurions-nous enfin le Lac. ce n'est plus de physiologie. et il y a vécu. un troisième enfin. si la vie n'avait pas été pour Pascal la méditation de la mort. Et la façon dont ils 231 ont vécu. sur ticle de la religion. Si Racine n'avait pas été l'élève de Port-Royal. aurions-nous les . aurions-nous la Tristesse d'Olympio. selon le mot de Nicole.. n'y regarderons-nous pas aussi? Celui-ci. cet autre.L'OEUVRE DE SAINTE-BEUVE. un chef-d'œuvre de plus n'aurait-il pas fait rentrer dans l'ombre la cabale de Pradon? et l'auteur à'Andromaque et de Phèdre ne s'est-il pas un jour. humilié sous une nécessité contre laquelle il ne pouvait rien. comment l'ar- comporté sur l'article de l'amour. Aurions-nous les Pensées. la limite. la question ne l'est pas moins à l'intelligence des Pensées. a vécu dans une condition subalterne. c'est de psychologie qu'il s'agit. La Bruyère. « né chrétien et Français ».

. qu'il a voulu signaler lui-même. cela devient l'affaire sinon de toute une vie. de 1848 à 1840 environ. apprenant. semblable à ce tyran de l'antiquité « qui avait trente chambres. si Musset n'avaient aimé? Vous voyez. dans ce genre de critique anatomique. vagabondant. par exemple.. et puisque rien n'échappe désormais aux prises de la critique. puisque au milieu de cette diversité d'expériences. mais. avoir fait le tour d'un Pascal ou d'un Voltaire. ni ce qui relève de supérieure de l'esprit. bien loin . quel agrandissement de l'objet. quelle extension de l'horizon! et. poussant dans tous les sens. tions nous jettent à leur tour. que Sainte-Beuve n'a pas seulement reconnu.232 l'évolution des genres. si Nuits si Hugo. dans quelle série d'autres questions ces ques- Lamartine. en revanche. et qui ne savait jamais dans laquelle il C'est physiologique — — coucherait le soir ». quel élargissement du point de vue.. « Cette critique ne concluait pas». peut-on dire. si le critique. n'est-ce pas avoir fait le tour du monde? la vie Humani Sufficit generis mores tibi nosso volenli. et. ni ce qui touche à la vie privée dans ce qu'elle a de plus intime. selon son mot. sans que j'aie besoin d'insister davantage. D'étudier l'œuvre d'un grand écrivain. Mais ce dilettantisme supérieur avait un grave inconvénient. curieux de toutes choses. et morale que Sainte-Beuve s'est comme cantonné pendant une douzaine d'années. una dormis. réfléchissant. au moins de longues années.

si je s'écarter de notre sujet. ne craignais que ce fût trop longuement de ce livre. Ce point fixe. Port-Royal du vénérable Clémencet sous yeux qu'il faudrait le relire. Pour en sentir tout le mérite. 233 d'en rien perdre. ainsi réduite à celle d'une querelle de moines récalcitrants. et qui est assurément l'un des beaux J'aimerais ici. des annales du quand Sainte-Beuve en transporte sans scrupule dans son livre des pages entières. mais non pas les juger. de nouveauté qu'elles y prennent. qui pourrait bien être le chef-d'œuvre de Sainte-Beuve. ni l'apparente visibilité. ce ne sont pas même des fantômes. Tandis qu'en dans les pages monotones de l'historiographe du jansénisme. il ne discernait plus le point fixe. et tandis qu'enfin. les expliquer. admirer bénédictin. dans le Port. les admirer aussi. que M. et Arnauld ou Nicole pas du tout de Pascal que l'on dirait d'eux tous des noms dépouillés de substance et des fantômes errants parmi les ruines éparses d'un cloître abandonné tandis qu'à force d'être semblables entre eux dans l'insignifiance. pour ne pas dire qu'ils nous dégoûtent de leur propre histoire. vous parler livres c'est les du xix c le avec siècle. le point de départ sans lequel on peut bien analyser les œuvres. les commenter. avait au contraire affiné son tact littéraire et aiguisé sa perspicacité psychologique. les développer. l'étude de Port-Royal allait le lui donner. et. Lemaître. . . Singlin n'y diffère qu'à peine de M. dont ils n'ont ni la mince consistance. ils nous désintéressent. tout s'enveloppe et se fond dans une teinte grise et uniforme.L'OEUVRE DE SAINTE-BEUVE.Royal de Sainte. étrangers à leur temps comme à l'humanité. l'air effet.

la sourde ambition qui survivent au serment qu'on a fait de les abjurer. pour tout deux mots. l'esprit d'abnégation et de charité. Yoilà. le déterminées et agissantes. et aucun drame de Hugo. nous temps. pour faire entrer et mouvoir je pouvais montrer aussi que SainteBeuve a imaginée. et vivent. la religion. de l'un des tableaux les plus complets .234 l'évolution des genres. le détachement du monde. la vanité littéraire. en avions trer. ils sont faits de chair de sang. personnes particulières. des avocats et des diplomates. en domptant leurs instincts. aucun roman de Balzac. si des exemplaires éternels de l'humanité. pendant vingt ans. un docteur de Arnauld. quand il revenait sans cesse à son Port-Royal et que. l'orgueil du rang. Sainte-Beuve le savait bien. inversement. vous partageriez mon avis. de leur siècle . l'héroïsme opi- un corsaire. il le perfectionnait. d'édition en édition. comme Pontis. ce que j'aimerais à vous monsi sans doute.. et d'une création ou d'une invention d'art au-dessus de laquelle on ne pourrait mettre aucune histoire de Michelet. Vous conviendriez avec moi que nous sommes en présence l'aisance et la souplesse de la composition tout cela dans son cadre. Mais du fond de son couvent. les plus vivants qu'il y ait dans aucune littérature. ne les a pas détruits. nous y reconnaissons nos vertus et nos vices. ils Beuve au contraire. si je puis ainsi dire. Et. ou. un mousquetaire. sans en avoir jamais voulu donner ce que nous appellerions aujourd'hui Y édition définitive. et nous retrouvons en eux des hommes Tréville. . comme niâtre qui dire en fit autrefois les martyrs et. nous y reconnaissons dans des . comme Sorbonne.

. Qui connaît Àrnauld et Pascal ne saurait les confondre. un jour où la science sera constituée. et qu'il n'y a pas moyen pour cela. On ne résiste pas à l'évidence. que je crois avoir entrevu dans le cours de mes observations.. à la description des individus et tout au plus de quelques espèces. où les grandes familles d'esprits seront déterminées et connues. que principal objet de la critique doit être désormais de les rechercher.. L'observation morale des caractères en est encore au aux éléments. par monographies. que de procéder à la façon des naturalistes. Une collection de motelle est la définition qu'on pourrait donner en deux mots des Causeries du Lundi] et. ni surtout méconnaître la supériorité du second. . le principal caractère d'un esprit étant donné. ancienne manière que les mêmes il traits généraux se combinent à l'infini. le y a des analogies et des différences. si vous le voulez. pendant près de vingt ans. Alors. que commence la quatrième époque du talent de Sainte-Beuve.L'OEUVRE DE SAINTE-BEUVE. c'est-à-dire nographies. Un jour viendra. telle est l'œuvre à laquelle Sainte-Beuve s'est consacré tout entier. où sont fondues ensemble son et la nouvelle. même temps que ce beau conviction qu'il y a des familles d'esprits et une hiérarchie de ces familles entre elles. ce qu'il rapportait en c'était cette 235 livre. et qu'avec ses Causeries du Lundi. C'est ici. on pourra en déduire détail. il qu'entre les esprits comme entre les visages doit y avoir. maître de son talent et de sa méthode. de les préciser. de d'autre les distinguer. 11 part de ce principe. dans l'état actuel de la science. il aborde enfin ce qu'il a lui-même plusieurs fois appelé Yhhtoire naturelle des esprits.

d'ailleurs. Elle en est aujourd'hui au point où la botanique en était avant Jussieu. Avec un seul mot. Sainte-Beuve a déplacé les bases de la critique il en a renouvelé les méthodes en leur donnant l'exemple de s'inspirer désormais de celles : de l'histoire naturelle. — et j'ajoute qu'en en renou- velant les méthodes et en en déplaçant la base. dans vent soucié. satisfaire l'ensemble. à l'état pour ainsi dire anecdotique. on ne pourra exactement comme pour les animaux ou pour les plantes. des rapports. Mais enfin. il a heureusement caractérisé une œuvre dont les défaillances d'exécution ne sauraient nous empêcher de reconnaître la grandeur et la nouveauté. s'il Sainte-Beuve a rempli ne s'est pas plus sou- comme l'on dit. nous amassons des observations de détail. Pour faire jamais On peut. en effet. suppose une grande mobilité de combinaisons possibles. .236 l'évolution des genres. discuter si fidèlement son programme. Unique dans notre langue. et en traçant la limite où Sainte-Beuve a dant il C'est. en marquant d'un trait bien précis ce qui distingue. niais j'entrevois des liens. plusieurs autres. Quoi qu'il en soit. ce qui sépare les Nouveaux Lundis des Cmtspries du Lundi. l'homme moral est plus complexe. par là que je veux terminer. l'homme sans doute. cepen- en a maintenu l'objet. dans tous les cas. la collection des Causeries du Lundi l'est également dans l'histoire de la critique... et l'anatomic comparée avant Cuvier. Nous faisons pour notre compte de simples monographies. j'imagine.. de suivre sa pointe et de son goût pour l'indiscrétion que de travailler à l'histoire naturelle des esprits. et on pourra découvrir quelque jour les grandes divisions naturelles qui répondent aux familles d'esprits. à constituer plus largement la science du moraiste. il a ce qu'on nomme liberté et qui. on arrivera avec le temps.

car lesquels il il y a deux ou et. Nous avons déjà touché encore. qui le sont par notre nature. que Sainte-Beuve n'a jamais admis pendant un temps. . 237 voulu s'arrêter. et l'occasion se représentera pour nous d'y toucher plus d'une fois me si borne donc à vous faire observer aujourSainte-Beuve avait persisté dans son et ancien dilettantisme. ou plutôt. ce que l'auteur des Nouveaux Lundis n'a plus voulu concéder. il y aura donc beaucoup d'amateurs et peu de critiques. c'est que la critique se réduisit à n'être que l'expression des jugements ou des goûts perlieu. Eh oui! sans doute. l'objet de la critique. nos opinions sont déterminées par nos goûts. et comme celui de la science est de nous apprendre en quelque manière à sortir de notre humanité pour la considérer et pour l'étudier du dehors. admis. comme vous l'allez voir. c'est de nous apprendre à nous élever au-dessus de nos goûts. . qui l'est elle-même par des conditions dont nous ne sommes pas les maîtres! Seulement. Je d'hui que ce point. Mais peu de gens. lisme. l'importance en est capitale.L'OEUVRE DE SAINTE-BEUVE. y parviennent! Peu de gens aussi parviennent à la vertu et. ce qui me semble d'ailleurs assez clairement résulter de la revue que nous venons de passer. comme il y a beaucoup de fort honnêtes gens qui ne sont point proprement vertueux. trois points sur n'a jamais cédé. il surtout dans son individua- n'aurait pas pu proposer à la critique l'objet que nous venons de dire. dit-on. comme celui de la morale est de nous apprendre à nous élever au-dessus de nos instincts ou de nos intérêts. ce s'il En premier l'avait sonnels du critique.

sement aurait trop évidemment et trop scandaleu- me Aussi. que. il était pour cela trop artiste. son genre. je le répète. ce que Sainte-Beuve n'ajamais œuvres littéraires. avait souffert qu'en les expliquant on rapportât tout entiers à d'autres causes qu'euxil semble avoir fait. et que. d'un autre côté. de l'espèce de plaisir qu'elles sont faites pour nous procurer. lieu. s'il s'il s'était laissé faire sur ce point. je suppose. on fit abstraction du point de vue littéraire. La contradiction eût été trop flagrante. n'a-t-il eu garde d'y tomber. en parlant de V École des femmes et d'Andromaque. et encore bien moins de la personne ou de l'individualité de Molière et de Mais en second admis non plus. quant à permettre. remarquons-le bien.238 l'évolution des genres. avait consenti qu'en étudiant fait qu'ils Molière ou Racine on oubliât ce qui sont Racine les et non Pradon. on n'oubliât ou on ne négligeât de considérer que l'art même. sous les variations de ses jugements. il se souvenait trop d'avoir à son heure été Joseph Delorme et d'avoir écrit Volupté. on fit abstraction. Yoici d'ailleurs. c'est que. Et. l'esprit et la société du xvn° siècle. à l'occasion . Molière s'il et non pas Poisson ou Montfleury. les tragédies de Racine ou les comédies de Molière comme de purs documents sur les mœurs. en effet. traitant. l'unité et la continuité de sa méthode je veux dire la recherche de ce qu'il y a dans tout artiste ou tout écrivain digne de ce nom de différent de tous les autres. dans la critique des — Racine. s'est comme il expliqué dans les Nouveaux Lundis. dans une œuvre d'art. et d'unique en renié ce qui : mêmes. sur l'un et l'autre point. Et.

L'esprit humain. les moins nombreux qui semblent d'un bon élève de rhétorique » ? L'homme d'esprit qui parle ainsi ne sent pas Boileau poète. H y a distinction de qualité dans bien des gouttes. Quand il . Taine. en général. sinon parlez avec estime de ceux qui en ont possédé : : les secrets. et qu'on déprécie à ce point les parfaits ouvriers qui y excellent. il n'y avait qu'une âme au xvi i° siècle pour faire la Princesse de Clèves autrement il en serait sorti des quantités. et ne craint pas d'endosser en passant « Il y a deux sortes de vers dans Boileau les plus nombreux qui semblent d'un bon élève de troisième. où il a mis sa véritable opinion sur Fauteur des Satires. Vous rapprocherez dans le même article : Lorsqu'on dit et qu'on répète que la littérature est l'expression de la société. mais je ne conçois pas du tout que. Et il qu'il disait encore.L'OEUVRE DE SAINTE-BEUVE. et. Je conçois qu'on ne mette pas toute la poésie dans le métier. Mais je dirai hardiment non en ce sens qu'à la différence d'un fleuve. qui venait de paraître : A propos de Boileau. Taine. ce sera plus expéditif. il n'est qu'une âme. il ne doit sentir aucun poète en tant que poète. ce qu'il dit ici de Boileau de ce en avait dit dans son Port-Royal. puis-je donc accepter ce jugement étrange d'un homme d'esprit. l'esprit humain n'est point composé d'une quantité de gouttes semblables. il convient de ne l'entendre qu'avec bien des précautions et des réserves. Supprimez d'un seul coup toute la poésie en vers. j'irai plus loin. en la citant. En un mot. quand il s'agit d'un art. une forme particu: lière d'esprit pour faire tel ou tel chef-d'œuvre. dites-vous. 239 de Y Histoire de la Littérature anglaise. Et. coule avec les événements comme un fleuve? Je répondrai oui et non. cette opinion méprisante que M. on ne tienne nul compte de l'art lui-même. prend à son compte. de M.

240
s'agit

L'ÉVOLUTION DES GENRES.

de témoins historiques, je conçois des équivalents; je n'en connais pas en matière de goût. Supposez un grand talent de moins, supposez le monde ou mieux le miroir magique d'un seul vrai poète brisé dans son berceau à sa naissance, il ne s'en rencontrera plus jamais un autre qui soit exactement le même ni qui en tienne lieu. Il n'y a de chaque vrai poète qu'un exemplaire. Je prends un autre exemple de cette spécialité unique du talent. Paul et Virginie porte certainement des traces mais si Paul et Virginie n'avait pas été de son époque t'ait, on pourrait soutenir par toutes sortes de raisonnements spécieux et plausibles qu'il était impossible à un livre de cette qualité virginale de naître dans la corruption du xviu e siècle Bernardin de Saint-Pierre seul Fa pu faire. C'est qu'il n'y a rien, je le répète, de plus imprévu que le talent, et il ne serait pas le talent, s'il n'était imprévu,
: :

s'il

n'était

un

seul entre plusieurs,

un seul entre

tous.

Je ne discute point l'opinion de Sainte-Beuve
l'expose;
et,

:

je

comme

je

vous

le disais

tout à l'heure,

dans l'application des méthodes naturelles à la critique, vous voyez ici précisément où il a voulu s'arrêter. Mais il faut sans doute que les idées, une fois lancées, aillent au bout de leur course, et, le dernier pas, que Sainte-Beuve n'avait pas voulu faire, il était inévitable qu'un plus audacieux le fit. C'est M. Taine que je veux dire, et c'est de son œuvre que je vous parlerai dans notre prochaine conférence. Il convient toutefois, avant que d'en parler, de mentionner aujourd'hui deux hommes dont l'influence a très inégalement, mais très certainement aidé le progrès des M. Edmond Scherer et idées de M. Taine lui-même M. Ernest Renan. Théologien et théologien protestant, philosophe et homme politique, n'ayant d'ailleurs jamais écrit que
:

L'OEUVRE DE SAINTE-BEUVE.

241

des articles de Revues et de journaux, dont le caractère fragmentaire ne permet pas de saisir aisément l'unité de son œuvre, je dirais volontiers qu'Edmond
Scherer s'est donné pour tache d'entretenir les communications de la pensée française avec les littératures étrangères. Nul n'a
et l'Angleterre
:

mieux connu l'Allemagne

l'Angleterre de

Wordsworth

et celle

de George Eliot, l'Allemagne de Strauss et celle de Hegel. Si vous voulez l'apprécier à sa véritable valeur,
je
d'histoire religieuse,

vous recommande particulièrement, dans ses Études un essai sur Hegel et UHégélianisme, qui fut, en ce temps-là, dans le silence du second Empire, ce qu'on appelait encore alors un

événement littéraire. Il n'y a plus aujourd'hui d'événement littéraire. Quelle est d'ailleurs sa part précise dans l'évolution de la critique, c'est ce que je ne
saurais vous dire avec exactitude; je sais seulement
qu'elle ne laisse pas d'avoir été réelle, sinon considéet, en vous déléguant le soin de la mieux définir quelque jour, je ne pouvais me dispenser de vous la

rable

;

signaler.

la

Pour M. Ernest Renan, si vous vous en rapportiez à façon dont on parle aujourd'hui de lui, vous croiriez

qu'elle n'a consisté qu'à exagérer ce qu'il s'insinue

toujours de nécessairement relatif dans nos opinions

décidées et dans nos jugements les plus absoCe serait une erreur, dont je n'ai pas le temps de rechercher avec vous l'origine, ni comment elle s'est répandue; mais ce serait une erreur. En réalité, des ouvrages comme YHistoire comparée des Langues sémitiques, ou des articles comme ceux qu'il a consacrés à Y Islamisme, aux Religions de l'Antiles plus

lus.

t.

i.

16

242

L'EVOLUTION DES GENRES.
y

qui té

au Bouddhisme, à

la

Poésie des Races celtiques,

ont contribué singulièrement à nous faire voir dans
cette notion de race, dont je vous parlais au

com-

mencement de
tranchées,
raire,
le

cette

leçon

,

l'élément irréductible

entre tous, celui qui sépare l'humanité en familles

dernier terme enfin de l'analyse
et

litté-

philologique, linguistique
il

psychologique,

au delà duquel

n'y a plus rien qu'incertitude et

mystère. Selon son expression, et pour autant qu'il ne
s'est pas absorbé tout entier dans Y Histoire d'Israël ou dans celle des Origines du christianisme, la critique a été pour M. Renan l'art de « rendre une voix aux races qui ne sont plus » et, jusque dans l'étude particulière des individus, c'est à peine eux qu'il a cherchés, mais bien plutôt les traits de la race dont ils furent les représentants. Ce n'est pas là, vous le voyez, du scepticisme ou du dilettantisme, puisque, au contraire, nous le disions tout à l'heure à propos d'Augustin Thierry, qui fut justement l'un des guides et des maîtres de M. Renan, c'est donner ou vouloir donner à la critique, en en mettant le fondement
;

dans

la linguistique et

dans l'anthropologie, la certi-

tude et la solidité de la science.

Un
de

autre service, presque plus considérable, c'a été

données Schopenhauer, dans son grand ouvrage, a quelque part écrit que le xix e siècle ne devrait guère moins un jour à la connaissance du vieux monde oriental que le xvi e siècle, ou généraled'accroître et d'élargir l'horizon critique des
l'orientalisme.

ment
la

l'esprit

de la Renaissance, à

la

découverte ou à
si

révélation de l'antiquité gréco-romaine. L'avenir
s'il

nous dira

exagérait. Mais, en attendant,

vous

L'OEUVRE DE SAINTE-BEUVE.

243

considérez que la science des religions, par exemple,
est sortie tout entière des

travaux

dhisme, avant lesquels
qu'elle

elle

relatifs au boudmanquait de base, parce

méconnaîtrez pas
ne
s'est

manquait de terme de comparaison, vous ne qu'il a vu juste, en somme, et qu'il
pas entièrement trompé. Grâce à son talent

d'écrivain, c'est M. Renan, c'est l'auteur des travaux

que je vous rappelais à Finstant
passer dans l'usage
si

même

qui a fait

commun

de la critique générale,

je puis ainsi dire, les acquisitions réalisées

par un

Eugène Burnouf,

l'un encore de ses maîtres, et l'un
là, c'est

des vraiment grands esprits de ce siècle. Par

un monde nouveau qu'il nous a ouvert; et quoique n'ayant pas fait lui-même profession de critique au sens du moins où nous sommes convenus de restreindre le mot, par là aussi vous pouvez mesurer la grandeur du service rendu et par là enfin, quoique ses travaux spéciaux nous échappent, M. Renan doit avoir sa place dans l'histoire ou plutôt dans l'évolution contemporaine.

;

7

décembre

18S9.

NEUVIÈME LEÇON
M.

TAINE

1865-1880.

L'œuvre

Les Essais sa grandeur et sa véritable originalité. Le fondement de la méthode. de critique et d'histoire, Les dépendances mutuelles et les connexions nécessaires. Que Le caractère essentiel ou dominateur. Objection. la détermination dont il est l'instrument, n'atteignant pas l'individualité, n'a pas en critique la même valeur qu'en his:

— —

— La race, milieu, moment définitions, — La de la méthode La philosophie de l'Art. — De l'objet nécessaire de la critique. — Examen du critérium de l'esthétique de M. Taine. — Le degré d'importance du caractère. — Le degré de bienfaison insuffisance et son danger. — La sance du caractère
toire naturelle.
le

le

:

objections et restrictions.

fin

:

:

convergence des de ce cours.

effets.

Conclusion de

la

première partie

Messieurs,
C'est aujourd'hui de M.

Taine que nous allons nous
est encore vivant,

entretenir; et,

comme

il

comme

nous aurons, dès aujourd'hui même, et surtout par la suite, le regret de ne pas toujours nous trouver d'accord avec lui, je me fais tout d'abord un devoir de rendre un juste hommage à la réelle beauté beauté savante, beauté sévère, beauté laborieuse aussi, mais beauté solide et durable, à la gran-

si Villemoin a fait deur le premier pas fait le si et Sainte-Beuve le second. depuis Hegel. Taine. pas un dont l'influence ait été plus considérable. à peine ai-je besoin d'ajouter trouvé ou qu'il s'est fait un style d'une préci- sion. sur l'histoire de la littérature et de Fart. d'un éclat extraordinaires. et — — sophie de Vart. d'une densité. de tous les penseurs contemporains. vous et moi. il n'y en a sujet. s'ils étaient de notre mais dont j'aime mieux louer aujourd'hui sans restriction la probité jusque dans le paradoxe et la vérité jusque dans la rhétorique. M. ce qui me permettra de passer outre aux préliminaires. et à la vigoureuse originalité de son œuvre. que.246 l'évolution des genres. sans le savoir ou sans le vouloir. par votre propre expérience. personne peut-être en Europe n'a jeté dans la circulation. dire en effet que. plus d'idées nouvelles. ce ne serait pas assez dire. se soient plus fortement emparées même de ceux qui ne les approuvent point et de la méthode enfin de qui. Mais nous l'avons dit. où nous l'avons vu s'engager avec Mme de Staël et avec Chateaubriand. que. C'est si je puis ainsi dire. nous soyons plus profondément imprégnés . et de ne pas rechercher curieusement les origines prochaines des idées de M. Dans cette carrière nouvelle ouverte à la critique. dont les idées aient pénétré plus avant. ou irnbus. dont je vous dirais bien les défauts. mais en tout cas sugque l'auteur de la Philogestives et provocatrices faut dire. il faut le répéter. Taine il a troisième. qu'il a Pour traduire ces idées. tous tant que nous sommes. Elles . fortes ou profondes et vraies ou fausses d'ailleurs. Et vous savez enfin.

si je puis ainsi dire. Exige-t-on de l'architecte qu'il soit aussi le maçon de son œuvre? . si c"est en histoire et en critique surtout que chacun de nous est l'héritier de tous ceux qui lui ont frayé ou aplani les voies. n'est nouveau sous le Et quand on sait qu'il n'y a pas une comédie de Molière ou un drame de Shakespeare dont le sujet leur appartienne. s'était avisé. qu'avant les Essais de critique avant V Histoire de la littérature anglaise. pour fice bâtir. ou comme celles de Villemain. c'était son devoir. ce n'était pas seulement son droit. Je me rappelle à ce propos que l'essiennes. que la race et le milieu ne laissent pas d'exercer quelque influence sur la pro- duction et la nature de l'œuvre d'art. par exemple. Mais. de quelque source particulière qu'elles lui puissent venir. sans l'avez vu. l'édide son système. Rien soleil. d'autres aussi : compter que. Alfred Michiels a eu un grand tort c'est d'être l'auteur de YHistoire : de la peinture flamande et non pas celui de la Philosophie de l'Art en Italie. 24/ procèdent sans doute. comme celles de Sainte-Beuve. des idées de ses pré- décesseurs. M. Que M. on ne peut s'empêcher de trouver ces revendications de priorité bien puériles. TA1NE. ou des leçons sur V Idéal dans l'Art. il les a faites fortement marquées à son empreinte qu'elles lui appartiendront dans l'histoire de la pensée contemporaine. et si timable auteur d'une assez bonne et très copieuse Histoire de la peinture flamande a cru devoir faire et d'histoire et il observer quelque part. aussi lui. Mais. se soit donc servi de quelques pierres qu'il n'avait point lui-même taillées.M. Taine. comme vous s'en étaient avisés avant lui Boulainvilliers pour la race et l'abbé Dubos pour le milieu.

mais il suffit qu'au besoin il ne soit pas incapable de l'être. nous Talions voir. ordonné. et ce qui n'était qu'une divination ou qu'un pressentiment. essayé de le fonder en terre. son mérite n'est pas là. Taine. vous ne l'ignorez pas. Taine. depuis quinze ou vingt ans. avec des matériaux qui fussent à l'abri de l'injure du temps. du positivisme français du naturalisme anglais. et. Le mérite et le talent de M. comme monde. et ces matériaux il les a demandés ou empruntés à la science. Que voudrait-on qu'il eût fait davantage? Ce que l'on n'avait jusqu'à lui qu'entrevu ou que soupçonné. il en a fait. c'est son vrai titre de gloire qu'il y en ait peu d'aussi vastes et d'aussi beaux que le sien. sans >ute. il l'a rassemblé. sans doute. C'est la dernière. c'est la puissance et la fécondité de son imagination construclive. en passant. qui l'a décidément emporté chez M. C d 1 est ce qui me permet également tout le de ne pas m'atje tarJer aux influences de milieu qu'il a subies.248 l' évolution des genres. et parmi lesquelles me 1 contenterai de vous signaler. et de ces « magnifiques palais d'idées » où se complaisait jadis à errer la pensée des grands métaphys'eiens. Non. je ne jurerais pas qu'une admiration excessive pour l'Angleterre n'ait altéré plus d'une fois chez lui l'impartialité du critique et de l'historien. à cette occasion. Ajoutez-y. il l'a dégagé. plus solidement. relié. celles de métaphysique allemande. si je puis hasarder ce mot. son talent. et qu'il soit le juge compétent du travail de son entrepreneur. Son habileté. ce que l'on essayait avant lui de construire dans les nuages. ce qui était épars. il a. et . u îe méthode entière. chez Sainte-Beuve lui-même. lui. Seulement.

ou l'organisation autour d'une chaîne de vertèbres. TAINE. parmi les caractères d'un groupe animal ou végétal. et en particulier de ceux de la physiologie générale ou de l'histoire naturelle. quelquefois absents. dont nous parlions l'autre jour. comme animal dépendent — morale dans les races germaniques ou la faculté métaphysique et religieuse chez les Indous. de telle façon que l'altération d'une de ces données observée dans un individu voisin. Les naturalistes ont constaté que le développement exagéré d'un organe dans un animal. les uns sont subordonnés et accessoires. amenait l'appauvrissement ou la réduction des organes correspondants. De la même façon. amène chez les l'aptitude races l'affaiblissement des facultés inverses. les pieds. dans une époque précédente ou suivante. que. entraîne dans le reste une transformation correspondante. si bien que Tune d'elles. comme le kanguroo ou la chauve-souris. sont prépondérants et déterminent tout le plan de son économie. les autres. parmi les caractères d'un groupe ou d'un individu humain. l'influence aussi du progrès de ces études orientales. d'une époque sont attachées les unes aux autres. comme la présence prépondérante i\(^ images ou des idées. les dents. Les ont prouvé que. d'une race. Les naturalistes ont remarqué que les divers organes d'un les uns des autres. dans un animal. les autres. les uns sont subordonnés. par exemple. parfois affaiblis. ou bien encore l'aptitude naturalistes mêmes — . si 249 vous le voulez. variables. détermine en eux une altération proportionnée de tout le système. transformée. comme la structure en couches concentriques dans une plante. les instincts et beaucoup d'autres données varient ensemble suivant une liaison fixe. Pareillement les historiens peuvent constater que le développement extraordinaire d'une faculté.M. Enfin. au contraire. les historiens peuvent prouver que. mettez l'influence des progrès scientifiques récents. l'estomac. De même les historiens peuvent remarquer que les diverses aptitudes et inclinations d'un individu. dans un groupe rapproché.

sont dominateurs. rien de plus.. cette Ce qu'il y a d'ailleurs de légitime ou d'excessif dans comparaison.. non aux ailleurs. c'est ce que nous aurons plus tard à examiner nous-mêmes. mais aux œuvres humaines. et vous voyez dès à présent M. de son objet actuel. elle-même. plus ou moins grande aux conceptions plus ou moins générales. Je tâcherai de vous montrer qu'indépendamment de toute hypothèse sur le libre arbitre et au contraire jusque sous la loi du plus rigoureux déterminisme.. il Y objective. qui n'était pas pour Sainte-Beuve beaucoup plus qu'une métaphore..250 l'évolution des genres. Sainte-Beuve là-dessus faisait au nom de la liberté les réserves que vous avez vues l'autre jour. dans l'œuvre de — — . qui étudie avec un intérêt égal. tantôt l'oranger et tantôt le sapin. et fixent d'avance la direction de sa vie ou de ses intentions. et il se propose d'en qui s'y conséquences presque trouvent effectivement contenues tirer les : infinies je tâche de suivre. il y a.. il est inutile de poursuivre davantage. Ainsi comprise. M. Elle fait comme la botanique. tantôt le laurier et tantôt le bouleau elle est. une sorte de botanique appliquée.. si je puis ainsi dire. prenant au pied de la lettre cette expression d'histoire naturelle des esprits. consiste : : La méthode moderne que plantes. Mais le : il la réalise... Taine y voit la définition de l'objet même de la critique. Taine. dit-il encore à considérer les œuvres humaines en particulier comme des faits et des produits dont il faut marquer les caractères et chercher les causes. la science ne proscrit ni ne pardonne elle constate et elle explique.. et si l'on peut ainsi traiter les « œuvres humaines » comme on fait les « plantes » ou les « animaux ».

d'un autre côté. indiquaient aux esprits. Après l'histoire. c'est-à-dire dont aucune partie ne saurait varier sans entraîner. peut-être. Taine a lui-même appelé la loi des dépendances mutuelles. que M. Mais. parmi les preuves qu'on peut donner de sa réalité. Regardez donc autour de vous. De même donc que toutes les parties d'un organisme vivant sont entre dans un rapport de corrélation ou de connexion nécessaire. ou d'un peuple donné. toutes les parties d'une œuvre. Dans quelle mesure y a- t-elle réussi ? Posons d'abord elles le principe. c'est de bien saisir la direction que les Essais de critique et d'histoire. nous n'avons qu'à choisir. qui s'introduisaient proprement scientifique.M. je n'ai pas besoin que vous m'en disiez davantage. et que sa critique. a souvent « proscrit » et souvent « pardonné ». toutes les sciences ensemble. et. ou d'une civilisation. 251 l'homme. ou d'une époque. et vous devez aimer. au moins un élément que cette comparaison y néglige. en dépit d'elle. c'était la science. ou d'un homme. vous aimez . pour ainsi dans la critique. C'est ce que M. prenez-vous vous-même pour exemple. ce qui nous importe ici. dans un instant. la critique tendait devenir dire. ou. pour le moment. Taine. ou les belles leçons sur la Nature de V œuvre d'art. et. Si vous aimez passionnément la musique de Wagner. le Parsifal ou la Walkure. forment ensemble un système lié. une variation correspondante de tous les autres. ainsi. TAINE. dans sa variation même. Nous verrons aussi. de littéraire qu'elle demeurait encore chez l'auteur des Causeries du Lundi. n'a pas pu s'en tenir à cette indifférence entière. et après la psychologie.

Gustave Moreau. mais vous saurez un jour par cœur les « vers » inégaux de M. Tout cela se tient ou se commande tout cela n'a pas même besoin. et Memling ou les Yan Eyck à Rubens.2oZ L EVOLUTION DES GENRES. ou vous aimerez la peinture de M. le développement du jansénisme et la réforme de Port-Royal. mais les Mantegna et les Botticelli. Stéphane Mallarmé. vous aimerez les préraphaélites. cartésienne et le Discours de la méthode. pour être solidaire. en littérature. la philosophie . d'en avoir entendue même aucune. Puvis de Chavannes ou celle de M. d'un homme général que nous pouvons appeler l'homme du . « autant d'acidéal et comme » dit M. avant de l'avoir entendue. la procédure. quoi encore? les jardins de Le Nôtre et une ordonnance de Golbert sur tions. La formation de la société précieuse au commencement du xvn e siècle. vous préférerez une certaine musique. et que peut-être vous rappellerez. Vous préférerez également Lucas Cranach à Albert Durer lui- même. et voilà un exemple du « système » que nos goûts peuvent former entre eux. Si vous aimez une certaine littérature. l'éducation classique vous pourra bien retenir sur la pente. En voici un des connexions qui rattachent ensemble toutes les parties d'une même civilisation. Pareille- ment. au fond du cœur. de s'engendrer l'un de l'autre. vous inclinerez vers les symbolistes. et vous oserez à peine le dire. les tragédies de Racine et les Oraisons funèbres de Bossuet.vous que je vous ai déjà mis sous les yeux. mais. à un moment donné de son histoire. et non seulement Pérugin ou Ghirlandajo. la fondation de l'Académie française et la politique de Richelieu. Paul Verlaine ou les « proses » de M. Taine.

si l'on peut dire que la Somme de saint Thomas d'Aquin en résume toute la science et toute la philosophie. et la nature précise du rapport qu'ils sou- tiennent avec lui. et s'il est vrai. il n'importe que ces trois monuments d'une pensée commune ne soient pas de la même date. si vous en retrouvez toute la religion dans une cathédrale gothique. si ce n'est précisément la Divine Comédie de Dante? Ou plutôt. n'ayant conservé que la Somme et la Divine Comédie. mais ne semble-t-il pas que tout cela se tienne presque nécessairement? et la preuve. c'est que de chacun de ces faits nous ne pouvons avoir une intelligence entière. Et non seulement tout cela se tient. Si nous n'en avions hérité rien d'autre ni de plus. et autant d'exemplaires d'une même orga- nisation ou composition d'esprit. jusqu'aux époques successives d'un même âge de l'histoire. et ils demeurent comme le témoignage de je ne sais quoi de plus général qui planerait en quelque sorte au-dessus du temps. tout le politique et poétique dans la Divine Comédie de Dante.M. Et qui sait? avec un peu d'audace et un peu de bonheur surtout. c'en serait assez pour nous permettre de le reconstituer. par delà les frontières nationales et à travers le temps. Si l'on retrouve. si. ne peut-on pas dire aussi qu'il n'y a rien qui ressemble plus que la Somme de saint Thomas à une cathédrale gothique. qu'à la condition de connaître les autres. Le moyen âge y respire encore tout entier. nous n'y retrouverions pas l'épure ou l'idée de la cathédrale ? moyen âge . TAINE. 253 xvii e siècle. en effet. Et voici un exemple enfin de ces liaisons qui joignent.

est plus difficile Malheureusement. si ce qu'il y a de plus caracté. Quelque étroite que soit la relation de la tragédie de Racine ou de l'éloquence de Bossuet avec les autres parties de la civilisation du xvn e siècle. . on ne peut pas démontrer qu'elle soit nécessaire. bien plus que des autres parties de la civilisation. qui ne leur ressemblent guère. ee qui la réalité sur c'est d'en que de constater l'existence de ces connexions. est essentiellement contingente? y a donc bien des les « dépendances » . c'est la présence de Bossuet lui-même dans son discours. Andromaque et Iplii- ou Y Oraison funèbre d'Henriette d'Angleterre dépendent. puisque aussi bien. mais.254 l'évolution dfs genres. prouver la nécessité. n'y ayant que rencontre ou coïncidence. elles sont contemporaines de l'éloquence de Bourdaloue par exemple. et je dis que Ton démontrerait beaucoup plus aisément le contraire. et d'en établir autant d'exemples que l'on voudra. ce qu'il y a d'unique dans la tragédie de Racine. sinon que la relation dont on cherche à déterminer Il la nature. comme observer l'autre jour. je ne puis m'empêcher d'observer que. l'une et l'autre. et j'accorde que « œuvres de » la littérature et de l'art soient conditionnées par elles. vous entendez bien qu'il n'y a pas de « science » au sens propre du mot. étant toute per- sonnelle. sinon du hasard. et de la tragédie de Thomas Corneille. dès à présent. ristique de l'éloquence de Bossuet. En effet. sans laquelle. pourtant. Mais je vais plus loin. tout au moins de l'apparition de Bossuet ou de Racine? Et si l'on dit que génie . et si. qu'est-ce à dire. c'est ce que tout autre que Racine eût été incapable d'y le faisait Sainte-Beuve nous mettre.

dans les parties civilisation ou parmi les caractères d'un c'est même individu. présence détermine ou règle toute seule la conspar exemple. qui entraine celle de l'appareil musculaire. Si. dont C'est la titution de l'animal entier. Je ne sache pas que le reste. Taine. ni qu'on puisse calculer quand il en paraîtra. un caractère dont la variation entraine de soi celle de tous les autres. Vous savez ce que toire naturelle. ou de « prévoir » ou de « pouvoir ». comme Ton ait trouvé jusqu'ici le moyen de faire naître à volonté des Bossuets ou des Racines. qui entraîne celle du système respiratoire. si je ne me trompe. et. peut faire Tout ce que M. On . de distinguer le principal d'avec l'ac- cessoire. la nature lion le destine à se nourrir le du système dentaire du de proie vivante et système dentaire du cheval à se repaître d'herbe. et le caractère essentiel ou dominateur d'avec les caractères secondaires. l'important d'avec ce qui l'est moins. en ce qu'elle nous permet. . TAINE. la différence du système denentraînant celle de la nourriture taire entraîne aussi celle de l'appareil digestif. conséquemment. . Toi} cette apparition même est conditionnée par des « alors je lois ». le propre de la loi consistant. et M. de telle sorte que le cheval et le lion nous apparaissent comme essentiellement différenciés l'un de l'autre par la nature de leur système dentaire.M. réponds qu'on équivoque sur le mot de « loi ». c'est. dans le langage de l'hisqu'un caractère essentiel. d'une l'on — — et c'est ce qu'a fait même donc uniquement. Taine lui-même nous le rappelait il n'y a qu'un instant. qui entraîne celle de l'appareil de la circulation.

c'est justement ceux de leurs caractères que la zoologie n'appelle pas essentiels. — des herbivores.250 dit alors l'évolution des genres. sont des mammifères. ne prouveraiton pas. Vous y apprendrez bien des choses. sont gistes. que la nature du système dentaire est un . Le tigre et le lion sont des vertébrés. et pareillement l'âne et le cheval sont des équidés. au livre d'Agassiz sur V Espèce et la Classification. en effet. le caractère essentiel ou dominateur ait 1 l'importance absolue qu'on lui a quel- quefois attribuée. caractère essentiel ou dominateur et c'est effectivement ce qu'exprime la classification lion quand elle range le parmi les carnassiers. ou que le cheval est un àne? Ce qui revient à dire que ce qui les distingue l'un de l'autre. sont des félins. Le caractère dominateur. En tant que définis par leurs caractères essentiels. sont des vertébrés. que le tigre est un lion. qu'en zoologie même. Je vous renvoie d'ailleurs. sont des mammifères. qui a son prix. sont des carnassiers. pour de plus détails amples dont vous ne sauriez être trop curieux. A plus forte . qu'il s'en faut de beaucoup. C'est au surplus ce que je vous montrerais — sans avoir besoin d'invoquer pour cela l'autorité des zoolosi seulement nous considérions la définition qu'on propose du caractère essentiel. ou encore et surtout à celui que Milne-Edwards a jadis — — donné sous le titre d Introduction à la Zoologie générale. qui les différencie comme représentants de leur famille ou de leur classe. et celle-ci notamment. et le cheval parmi les her- bivores. ne les différencie déjà qu'à peine sentants de leur genre ou de leur comme repréespèce.

les combinaisons imprévues qu'elles constituaient. Taine a essayé de déterminer ce Astrate caractère essentiel. je passe. et je traduirais volontiers l'aphorisme en disant que le nombre n'est pas la condition de la complexité. disait la philosophie scolastique. Il a donc reconnu les données élémentaires de la psyet. Rappelez-vous également que nous avons. en tant qu'un drame ou qu'un roman expriment et traduisent l'esprit général de leur temps. uniques et inimitables. sous l'influence de la race.M. milieu et du moment. Semblablement. du il s'est proposé d'étudier les si variations qu'elles subissaient. qu'ils sont le Grand Cyrus au lien de la Princesse de Clèves. unis ou combinés dans des proportions différentes.. formes nouvelles qu'elles affectaient. ne 257 peut-on pas dire qu'il les individualise. c'est précisément en cela qu'ils ne sont pas seuls de leur espèce. et pour rentrer dans le plein de notre sujet. i: 17 . ou Bellérophon au lieu de Britannicus ou à'Athalie. Entia non multiplicanda sunt praeter necessitatem. deux yeux.. TAJNE. et je viens à la manière dont M. par suite. un nez. disposés d'une manière respectivement analogue. Mais comme c'est encore une question que nous retrouverons. raison.. t. Rappelezvous là-dessus qu'il suffit. tous tant que nous sommes. les je puis ainsi dire. de trois ou quatre corps. pour défrayer la diversité des combinaisons de la chimie organique. C'est également en cela qu'ils sont presque anonymes. les positions successives qu'elles prenaient. une bouche. pas davantage. un front. chologie générale. et que cela suffit pourtant à composer l'infinie dissemblance des visages humains.

les autres timides et bornées. quand on com- .258 l'évolution des genres. elle est nulle chez les Sémites. ni les mêmes aptitudes originelles d'esprit Voltaire n'eût pas pu naître à Londres. et approvisionnées plus richement de certains instincts. d'Isaïe ou de Jérémie. remué de Normand. ni la même nature physique.. ni Shakespeare à la Ferté-Milon. A plus forte raison. l'impossibilité de s'entendre de communiquer aussi radicale. jusqu'à en être morbide. La capacité métaphysique. diffère d'un GalloRomain. comme des variétés de taureaux et de chevaux. les unes pour la course. les unes capables de conceptions et de créations supérieures.. croisé de Germain. Taine dans son Histoire de la littérature anglaise. l'aptitude aux grandes synthèses. et Valmiki. la Ce qu'on appelle race — nous — dit M. pour mieux dire encore et ne pas brouiller des choses qui doivent demeurer distinctes. ou pour mieux — — : dire. ou. c'est ainsi qu'un Anglo-Saxon. l'op- rence enfin devient aussi grande sition et aussi profonde. extraordinaire chez les Aryens de l'Inde. les Aryens diffèrent-ils des Sémites. les autres pour la chasse. Ils n'ont ni le même tempérament. C'est ainsi qu'un Anglais diffère d'un Français. est faible. les autres réduites aux idées et aux inventions rudimen- quelques-unes appropriées plus particulièrement à certaines œuvres. les autres pour le combat. ce sont ces dispositions innées et héréditaires que l'homme apporte avec lui à la lumière et qui ordinairement sont jointes à des différences marquées dans le tempérament et dans la structure du corps. Il y a naturellement des variétés d'hommes. comme on voit des races de chiens douées. l'auteur présumé du Ramayana. taires.. les Védas de la Bible ou du Coran. Et la difféqu'il se puisse. les autres enfin pour la garde des maisons ou des troupeaux. les unes hraves et intelligentes.

le Chinois. pourquoi faut-il. et Lao-Tseu avec Çakya- Mouni. dès aujourd'hui. d'éton. Je crois au moins qu'on exagère. me paraît plus dit quelques mots tout au début de ces leçons. Le milieu. et. s'il y a pourtant un métaphysicien au monde qui soit digne de son s'appelait Sémite portugais qui si vous cherchez dans vos lectures une impression de surprise. qui sont cependant des poèmes aryens. nement. qu'en ce moment même. c'est l'ensemble des circonstances environnantes. nom c'est ce Spinosa. ca- race. c'est ce qu'il nous faudra bientôt examiner. TAINE. Nous en avons pables au besoin. Et lorsque l'on nous dit enfin que Shakespeare n'eût pas pu naître en France. en pays de connaissance et pour ainsi dire en famille. faites attention que l'inaptitude métaphysique des Espagnols ou des Portugais. plus facile d'ailleurs à saisir. si Ton ne se méprend pas sur la nature de ces différences. au Sémite lui-même ou à l'Aryen. et même assez communément. par exemple. au contraire. lisez les odelettes ou les chansons de Thou-Fou et de Li-taï-pé. Confucius avec Mahomet. d'étrangeté.M. Pareillement. par exemple. comme son nom l'indique. Si l'on dit vrai. lisez les Védas ou lisez le Bhagavata-Pourana. de . qui sont pourtant bien des Chinois authentiques. on soit en train d'essayer de prouver en Angleterre que l'auteur du Roi Lear et à'Hamlet est un Celte? considérable aussi que celle de la L'influence du milieu. étant ou du moins paraissant aussi radicale dans l'histoire que celle des Sémites eux-mêmes. mais si vous voulez vous retrouver. 259 pare l'homme jaune à l'homme blanc.

. et l'on . Ce qu'ils faisaient pendant ce temps-là.. sur les à l'intérieur on se déchire. à l'énergie de ce peuple de soldats si et de matelots. Les autres ne sortaient guère de leur atelier que pour fureter autour des tavernes. Les paysagistes habitaient les champs.. dans ses Maîtres d'autrefois.... rôder autour des lieux galants. copiant des cabanes. lui résister. avec Louis XIV. Nous subissons l'influence du ou historique. leurs œuvres nous l'apprennent. à ce qu'il souffrit. peignant des arbres. si que nous la subissons. eux-mêmes ou leurs amis. nous subissons aussi l'influence du milieu physique. Mais il ne faut pas oublier nous pouvons pourtant aussi vous savez sans doute qu'il y en a de mémorables exemples... La guerre de la Succession d'Espagne s'ouvre avec le nouveau peut dire que tous les peintres de la grande et pacifique école dont je vous entretiens sont morts sans avoir cessé presque un seul jour d'entendre le canon. dessinant des animaux. modifier la race milieu politique même. et avec ses scènes d'intérieur. Leurs portraitistes peignaient leurs grands hommes de guerre.. qui s'est développée. leurs princes.» siècle... pouvait offrir de voir la peinture se désintéresser à ce point de ce qui était la vie imagine le spectacle que le pays en ces temps terribles. les frères de Witt sont massacrés en 1672. à l'étranger. nous subissons l'influence du milieu social. on est tout surpris l'on même du On se bat peuple... sur terre et : frontières et jusqu'au cœur du pays sur mer.. Barneveldt est décapité en 1619. à la gravité des faits mili- — — taires. dans la le Hollande ne savait pas si le soleil temps même que du lendemain se lèverait sur son indépendance ou sur sa servitude.. des canaux et des ciels.260 l'évolution des genres. en étudier les mœurs. La guerre est en permanence avec l'Espagne. Celui de la peinture hollandaise n'est pas le moins éloquent. avec l'Angleterre. rêvant... Si l'on songe à ce que l'histoire du xvn° siècle hollandais contient d'événements dit à ce propos Eugène Fromentin.

pour dire encore quelque Et c'est qu'en milieu. dont on pourrait presque dire. c'est de conformer. la tragédie française sous Corneille et sous Voltaire. Selon qu'on prend la table à un moment ou à un autre. Considérez. zoologie.M.. ne nie pas sans doute. nous pouvons dire. chose de plus. il y a la vitesse donné — — caractère national et les circonstances environnantes opèrent. et. les conclusions ont comme vous le verrez. la peinture italienne sous Vinci et sous Le Guide. Tous les naturalistes aujourd'hui sont d'accord en ce point. l'importance qu'elle semble avoir dans la doctrine de M. et cela suffît pour que le acquise. sous la même divers produit. deux moments d'une littérature ou d'un art. Outre Finfluence de l'impulsion permanente et du milieu nous dit à ce propos M. ils n'opèrent point sur une table rase. 261 effet. TAINE. mais sur une table où des empreintes sont déjà marquées. le Quand total soit différent. faut convenir qu'elle En revanche. la température et sous le même même sol. c'est d'adapter le milieu lui-même à nos propres convenances. l'influence comme nous il le verrons aussi.. que annulé l'influence de la race. si nous subissons l'influence du un pouvoir que nous avons aussi.. Taine. ou. la poésie latine sous Lucrèce et sous Claudien. Il en est ici d'un peuple comme d'une plante. par exemple. sans doute. ils ils mais sont très éloignés de lui donner. La doctrine de l'évolution. L'empreinte est différente. mais surtout de la race. sève. Taine. le théâtre grec sous Eschyle et sous Euripide. mais singulièrement réduite. aux . ne nient point l'influence du milieu même en . l'a du milieu. tout ce qu'elle enlevait à l'influence du milieu. il faut dire qu'elle le donnait ou qu'elle le rendait à l'influence du moment. c'est de ne pas nous laisser faire.

pour condition la précédente. dont il n'est que la contradiction. tout en suivant les traces de Racine et de Quinault. c'est la principale raison de son avortement. — la grande action qui opère. Avec le moment. drame de Dumas est que sa définition — . charvraie tout ce qu'il y a. bien davantage encore. Voltaire. dans l'œuvre littéraire. fleurs. fruits. Bien loin donc ici que nous reprochions à M. bourgeons. . nous lui donnerons. en effet. contenue tout entière dans la définition de la tragédie de Voltaire. Taine le drame romantique. des formations différentes. Voulez-vous savoir je puis ainsi dire. Taine. de réelle- ment explicable par les causes générales. Et quant au j'oserais dire et d'Hugo. en telle façon que la suivante a toujours nait de sa mort. je me la gerais cause. d'avoir trop donné à l'influence du moment. semences. c'est celle des œuvres sur les œuvres. de la tragédie de Vol- taire? Cherchez-la d'abord dans l'individualité de Voltaire. et rien qu'avec le moment. avant M. pour le dire en passant. Perrault. et même Boileau. et nous essayerons d'établir qu'en littérature comme en art — après l'influence de l'individu. de l'expliquer si . dans sa Lettre à M.262 l'évolution des genres. Le romantisme au théâtre n'a pas voulu faire ceci ou cela il a voulu faire le contraire du classicisme. dans son Siècle de Louis XIV. vous le verrez. vous l'avez vu. de faire pourtant autre chose qu'eux. et C'est ce qu'avaient dit. mais ils ne l'avaient pas si bien dit. et. et surtout dans la nécessité qui pesait sur lui. et surtout ils n'en avaient pas si bien vu les conséquences. degrés de son élaboration successive.

et comment les transforment. quand nous lisons un poème ou un roman. Sainteet Beuve de Villemain Villemain de il Mme de Staël et de Chateaubriand. comme ainsi il Test lui-même à ses prédécesseurs. Taine en serait lui-même un exemple. et voilà comment : se perpé- tuent les procédés. de la même façon. Car en premier lieu. il a donc vécu dans un autre milieu. notre première . comment s'imposent dons faire les traditions ou nous préten- autrement qu'ils n'ont fait. mais dites-moi qu'il a vécu dans un autre moment. que « comme on n'étudie la coquille que pour connaître l'animal. . ni Y Histoire de la littérature anglaise. on peut bien dire. M. n'aurait écrit ni les Essais de critique et (F histoire. vous qui vivrez à votre tour dans un autre. Taine. nous n'étudions les œuvres que pour connaître les hommes » mais on ne peut pas longtemps en soutenir la gageure. 263 Ou nous voulons rivaliser. ni la Philosophie de Fart. Et ne pas qu'ayant vécu dans un autre temps. Félicitez-vous-en d'ailleurs.M. dans leur genre. S'il n'avait pas été précédé de Sainte-Beuve. et dites me qui. et il reste maintenant à conclure. comment se fondent les écoles. lui serez celles redevables d'avoir exprimé pour vous mêmes de ses idées que vous croirez devoir contredire et combattre. TAINE. Cependant la méthode n'est pas achevée. au besoin. et voilà ment l'évolution s'oppose à la tradition. comcomment les procédés se écoles se renouvellent. Effectivement. dans son Histoire de la littérature anglaise. en termes généraux. avec ceux qui nous ont précédés. après et avec M. soyez-en sûr. Y Iliade ou G il Blas.

après avoir un peu bien pas le . D'où il suit. si vous le voulez. pour le reconnaître. il nous faudrait encore. poème ou elle est ce roman ne se sont pas pour nous intéresser à ce qu'ils nous font connaître de nous-mêmes. puisque les œuvres sont. par conséquent. Il vienne la dernière. et c'est. la curiosité qui nous seuls Job avait nage. en troisième lieu. frères ou de tous les poètes ses prédécesseurs. à ce qu'ils nous apprennent sur les contemporains de Lesage ou d'Homère. quand nous ne nous préoccuperions que du poète ou du romancier dans son œuvre. faits tout que « ce » . c'est celle de savoir comment le nez fait et si Yalmiki fut heureux en mé- y a trop de « romantisme » encore dans cette façon d'entendre la critique.264 L'ÉVOLUTION des genres. avec un autre animal et une autre coquille. et. et de lui seulement. de leur assigner leur véritable place à tous deux dans la série des coquilles et des animaux. Taine. observation n'est pas du tout. et. qu'il en faut donc arriver à la classification des œuvres. En second lieu quand cela serait vrai. C'est ce que M. 11 a « proscrit » et il a « pardonné ». Mais. ce qui l'intéresse bien davantage. ou du moins. par hypothèse ou par définition. Ce n'est rapport de l'animal avec sa coquille qui intéresse le naturaliste. et pour les classer il faut les comparer. commencer par le distinguer lui-même de tous les romanciers ses con. et pour les comparer il faut commencer par les juger. Taine lui-même n'a pas pu se défendre de faire. pour me servir clés expressions que vous l'entendiez prononcer tout à l'heure. le témoignage des hommes. c'est le rapport de la coquille et de l'animal. comme le dit M.

« elle absolvait. — si j'ose. à ma connaissance. et la nier au besoin. 265 dédaigneusement traité ceux qui « pardonnaient » et ceux qui «proscrivaient». Mais tout le tort qu'elle avait. et pour cieux des hommes. c'est de quoi M. nous dit quelque part M. admonestait et guidait ». depuis quinze ou vingt ans. Taine. — et je pense qu'il est assez considé- c'était de commencer par la fin. il s'est aperçu que la sculpture grecque. mais nous ne pouvons pas la détruire. Lui aussi. en parlant de il lui. condamnait. nul. n'a « proscrit » ou « pardonné » davantage. C'est que nous avons beau faire. Mais qu'elles en demeurent l'objet. L'ancienne esthétique ou l'ancienne critique « donnait d'abord la définition du beau ». que de refléter pour nous l'état d'âme d'un contemporain de Barneveldt. il a bien fallu qu'il se fît enfin un critérium . Taine a dû s'apercevoir quand. et. d'ailleurs. de Léon X ou de Périclès. Les définitions sont le terme — de la science.M. vous l'avez vu rable. — et comme me servir de cette expres- est. partant de là. nous pouvons bien méconnaître la nature des choses. et de poser en principe une définition du beau que son objet même est de rechercher. sion. elles n'en sont point le début. dans ses leçons sur V Idéal dans Vart. la peinture hollandaise et la peinture italienne avaient un autre intérêt. chargé d'enseigner l'esthétique à l'école des Beaux-Arts. TAINE. le il plus conscien- en a pris son parti. . il a bien fallu qu'il donnât sa « définition du beau » il a bien fallu qu'il cherchât un principe de distinction et de classification des œuvres. et il s'en est fait un. Vous y trouverez le complément de son esthétique. plus profond et plus actuel.

quarante ans. A cette échelle des valeurs morales.. plonge et s'étend une assise plus puissante que les périodes historiques n'emportent pas.. . un genre d'esprit qui durent trois ou quatre ans ce sont ceux de la mode et du moment. dans le cours de sa longue vie. mais encore par la persistance du caractère qui le fonde. Mais un peuple. Nous venons d'en voir finir une. .. traverse plusieurs renouvellements et pourtant il reste lui-même. vous trouveriez des fondements plus profonds. celles-ci très vastes et très complètes. échelon par échelon. au plus bas étage. vous s'est détourné de la cri- tique pour s'appliquer uniquement à l'histoire. non seulement par la continuité des générations qui le composent. Il se sent provincial et dépaysé.... En cela consiste la couche primitive par-dessous les puissantes assises que les périodes historiques emportent. celle qui eut son centre aux alentours de 1830. trente.. Un voyageur qui est allé en Amérique ou en Chine ne retrouve plus le même Paris qu'il avait quitté.26G ainsi parler.. se trouvent les caractères propres à toute race supérieure et capable de civilisation spontanée. la Renaissance ou l'époque classique.. Les variations de la toilette mesurent les variations de ce genre d'esprit de tous les caractères de l'homme c'est le plus superficiel et le moins stable. : : : : .. Si vous cherchiez plus has. comme le moyen âge. Au-dessous s'étend une couche de caractères un peu plus solides elle dure vingt... environ une demi-période historique. des idées..... le l'évolution des genres. qu'il avait dit teur lui procurait valeur relative du caractère essentiel ou dominaun premier moyen de mesurer la des œuvres dela. Nous arrivons aux couches du troisième ordre. Les caractères qui les composent durent pendant une période historique complète.. couronnement de son système. A la surface de l'homme sont des mœurs. Enfin. il depuis Ce lors. ..littérature et de l'art. puisque le savez.. correspond. l'échelle des valeurs littéraires. .par-dessous les caractères de peuples sont les caractères de races...

avec le même talent nelle . quand il célébrait le pouvoir de la raison. comme vous le voyez. et conformément à ce principe. si toutes deux mettent en scène. celle qui représente un héros vaut mieux que un pleutre. et sauf à discuter au besoin l'application du principe retenons-en renonciation. Deux œuvres étant données. quoique d'une part. si Boileau. en considérer le degré de bienfaisance? « Toutes choses égales d'ailleurs. mais arbitraire. si je puis ainsi dire. TAINE. La valeur d'une œuvre littéraire est proportion- au degré de permanence ou de généralité des caractères qu'elle exprime. cet appareil scientifique nous ramène à ce qu'il y a de plus classique. voilà ce que veut dire M. pour en aboutir là. ce qui n'était fondé jusqu'alors que sur un pressentiment juste. que. et quoique. — — d'exécution. Taine. dans le classicisme. n'entendait pas autre chose. Pouvons -nous également retenir ce qu'ajoute M. il faut. d'autre part. 11 est vrai que M. N'en demandons pas davantage.M. il le fonde. le caractère essentiel ou dominâtes ne le soit peut-être pas plus en littérature ou en art qu'en histoire naturelle. » Je voudrais en être plus sur. des forces naturelles de la celle qui représente même gran- deur. Taine y aboutit par des chemins tout nouveaux. l'ai fait comme je vous observer. et que. nous l'avons vu. après le degré d'importance du caractère. pour déterminer la valeur de Fart. sur l'analogie scientifique. l'œuvre qui exprime un caractère bienfaisant est supérieure à l'œuvre qui exprime un caractère malfaisant. je serais . Taine et. ce n'était peut-être pas la peine de tant médire de l'ancienne esthétique. 267 Je le veux bien.

» En réglant sur la le valeurs littéraires des valeurs morales on court risque de mettre très haut dans une œuvre qui. heureux. je et je crains — — commence d'entrer en défiance. avec M. lorsque passant à l'application. est aussi . favorise la confusion de la morale et de se passer l'un de l'autre. comme Granmortellement ennuyeuse qu'elle est vertueuse. je l'avoue. dison. ne sauraient jamais avoir le degré de « bienfaisance » d'une berquinade ou d'une bergerie et cependant vous savez si les Tartuffe sont rares. qui. — . Dangereux.268 l'évolution des genres. de me contenter de vous le dire. certes. Grandison et la Mare au Diable proclamés supérieurs à la Cousine Bette ou à Don Quichotte et pourquoi pas aussi la comédie de Molière mise au-dessous de celle de Marivaux? alors. je crains même qu'il ne devienne aisément dangereux. peut-être. contradictoires. je suis obligé. roulant sur la dérision des ridicules ou des vices de l'humanité. Taine. en vérité. Vous voyez la difficulté. Mais. qui ne sont point. je vois les « Esther et les Agnès de Dickens » mises au-dessus de la Cléopàtre ou de la lady Macbeth de Shakespeare. pour aujourd'hui. ne sauraient mais qui pourtant ne sont la « classification des « classification pas la même » chose. Mais suffit qu'il l'art. c'est la question dans le l'art qu'il même de la Moralité me faudrait approfondir. car si je voulais vous montrer qu'il l'est. comme Y Ecole des Femmes ou Tartuffe. de voir renaître l'ancienne hiérarchie des genres. que le critérium ne soit à la fois insuffisant et douteux. Et je ne sais d'ailleurs l'échelle des valeurs. — et je ne puis il faire incidemment. On court le risque également de classer trop bas des œuvres qui.

et en la forme dramatique est supérieure à la romanesque? Je ne le pense pas. ou du moins. TAINE. M. par exemple. Mais ce que je crois que je puis dire avec plus d'asen attendant. moins morale et plus esthétique. et. de quelque manière qu'on tranchera la question. mettrons-nous Rodogune au-dessus de Phèdre. qu'il appelle le degré de convergence des effets. et qu'il définit en ces termes : . Taine en ajoute un troisième. tirées d'ailleurs que de la « bienfaisance du caractère » que les œuvres manifestent? Le principe de la distinction des genres ou de la classification des œuvres est situé plus profondément. mais je l'entends d'une autre manière. je suis très éloigné de nier le pouvoir de la sympathie dans l'art. et qu'en le qualifiant de ce nom. généralement. Sous prétexte. considérée en soi.M. que et. tandis qu'au contraire le propre du roman est de nous la montrer dominée ou vaincue par les circonstances. je n'ai point parlé au hasard. attribuerons-nous au théâtre de Corneille une valeur supérieure à celui de Racine? L'hésitation est au moins permise. conclusion que. surance encore. faudra-t-il donc en tirer cette soi. ce sera pour d'autres raisons. Il est vrai qu'à ces deux principes. qu'elle est un bien » de l'action dramatique . assez différente. mais c'est assez que vous ayez vu que le critérium tiré du degré de bienfaisance du caractère peut être dangereux. comme vous le verrez. c'est qu'il a contre « la lui d'être insuffi- sant et douteux. d'une manière générale. si 269 nous en trouverons nous-mêmes une solution. Et si le déploiement de la volonté qui s'exerce est l'âme volonté est une puissance. Et certes.

le caractère dominateur et notable dont elle est l'expression. p. il faut évidemment que toutes les parties de l'œuvre d'art contribuent à les manifester. En d'autres termes.ar tragédie de Racine. dans l'œuvre d'art. cution capable de les éterniser. — dire. tous les effets doivent être convergents. Le degré de cette convergence marque la place de l'œuvre. ce qui les met à un degré éminent dans l'histoire de l'art. c'est l'arabesque heureuse de la composition dans la Madone de Saint-Sixte. la . les caractères dont la valeur deviennent nous avons reconnu aussi domina- teurs qu'il se pourra. Ce qui en fait la valeur. et c'en est la savante ingéniosité dans Andromaque c'est le choix des formes et des expressions dans la toile de Raphaël je voudrais pouvoir Soit. un poème. semble — Taine est moins . c'est le style. simplement et fortement conçu en second lieu. c'est le choix aussi des couleurs. un édifice. de cette façon seulement ils seront plus visibles que dans la nature. : Cela veut dire. faut encore que. ou un style. Andromaque ou Britannicus. — et c'est celui . Aucun élément ne doit rester inactif ou tirer l'attention d'un autre côté ce serait une force employée à contresens. une statue. premièrement. exemple. une madone de Raphaël ou une Madone de Saint-Sixte ou la Vierge de Foligno. dans un tableau.270 Il l'évolution des genres. ou une valeur d'exéqu'ici M. une symphonie. tous les moyens propres à en manifester l'importance. et vous allez voir une troisième échelle se dresser à côté des deux premières pour mesurer la valeur des œuvres d'art. il faut que l'on y trouve. Pour cela. pour qu'une œuvre atteigne la perfection de son genre. clair . C'est ainsi seulement qu'ils recevront leur éclat et leur relief. une forme. si je l'entends bien — car il me que d'habitude cela veut dire que. troisièmement et enfin.

271 des mots et l'élégance achevée des contours dans la c'est l'effet total de perfection dans la mesure qui se dégage du tableau. TAFNE. et pour fondements cachés. ou encore si vous comparez les Vierges de Raphaël à celles de Mignarcl. si je n'accepte point toutes de M. Taine. tragédie de Racine — — été plus complète. Taine lui-même. et qui mesurent. c'est une partie de l'objet de que de vous en donner les raisons. comme je vous l'ai dit. le choix et la méditation des moyens les plus propres à le produire.M. je crois. cet effet lui-même. Taine. Sur toutes ces questions. Et comme enfin ce que la Madone du peintre et YAndromaque du poète expriment ou manifestent avec un éclat et surtout une justesse unique. pour ainsi parler. c'est l'un des caractères à la fois les plus « importants » et les « plus bienfaisants » qu'il y ait puisque c'est l'amour nous pourrons dire et nous dirons avec maternel. et nous les prendrons au point où M. raison qu'elles sont belles l'une et l'autre parce que la convergence des effets. Taine les a laissées. nous aurons bientôt à revenir. dans son ensemble. D'ailleurs. Telle est. Mais. et chemin faisant. la doctrine de M. Vous en comprendrez le prix si vous comparez à cet égard Y Andromaque de Racine au Pertharite de Corneille. et de dignité dans la passion qui résulte du drame. J'aime donc mieux insister sur quelques-unes des conclusions qui se dégagent de la critique de M. n'a jamais . le raples idées ce cours . je pense en avoir suffisamment indiqué les points douteux ou faibles pour qu'il soit inutile d'y revenir en terminant. toujours si rare. il a pour conditions préalables. dont on veut que Racine se soit inspiré.

qui ne s'y trompent guère.272 l'évolution des genres.el-A. et. y réintro- — — duire la notion de Yabsolu. ou s'ils s'étaient aperçus qu'on limitait leur fonction sociale à celle de scribe ou de greffier de l'esprit de leur temps. La réalisation de la beauté. Que si d'ailleurs nous ne pouvons dire nous-même quel est l'objet de l'art. plutôt que sur la psychologie de d'il . port qui subsiste toujours entre la critique ancienne et la nouvelle. et les peintres de peindre. S'il que la littérature ou l'art soient l'expression de la société. ce n'est pas là leur objet. nous pouvons dire au moins ce qu'il n'est pas. quoi que Ton fasse fois révolution des idées de M. et s'enquit par leur intermédiaire de l'homme de la Renaissance ou du y a deux mille ans. voilà où ils ont tendu. ou du moins ils en ont un autre comme d'être. il semble qu'on ne puisse pas traiter la littérature ou l'art comme des documents. comme la religion. s'ils ne s'étaient proposé rien de plus ni d'autre que de traduire l'état d'âme de leurs contemporains. et certes. ils ont thénon. continuent de les désigner toujours sous le Il même nom.nge n'a point peint les voûtes de la Sixtine. la société même ou en eux-mêmes leur raison Phidias n'a point sculpté les frises du Par. et encore une semble donc. sous se peut le nom de beauté. puisque le sens commun et le langage courant. et quiconque prétend les juger sur ses tendances à lui. Taine en est la preuve. après en avoir proclamé la relativité. pour qu'après de longues années érudits traitât leurs chefs-d'œuvre curiosité des comme un docu- ment Grec d'archives. et qu'on doive tut ou tard. il y a longtemps que les poètes auraient cessé d'écrire. Mich. Shakespeare n'a point écrit Macbeth ou \o le Roi Lear.

C'est lui faire tort de la moitié de son œuvre. Taine — vous — l'avez il faut juger et il également vu par l'exemple de il faut classer. Sans le savoir nous avions en main un instrument de mesure. et à chaque pas. en parcourant les écoles de l'Italie. parmi les écrivains de notre siècle. et je qu'à s'occuper de leur côté. mais ce n'est Car M. Les autres hommes sont comme nous. en tant qu'il est de classer. parmi les Hollandais. et l'avoue lui-même le monde imaginaire comme dans le monde réel. porté des jugements. des Pays-Bas et de la Grèce. TAINE. Trois artistes de la Renaissance italienne Léonard de Vinci. certains compositeurs. pour parler plus exacjuger et de comprendre — t. à Titien. et en criil tique comme ailleurs il y a des vérités acquises. Bien loin d'ailleurs qu'en essayant de conformer ses méthodes à celles de l'histoire naturelle la critique s'écarte de son objet. Taine quand on soutient qu'indifférente à la beauté des œuvres. : rais trop ne saum'étonner que Ton s'autorise de l'œuvre et du nom de M. les leurs. Le public et les connaisseurs assignent les uns et estiment les autres. parmi les Vénitiens. Nous n'avons pas fait autre chose depuis cinq ans. et. 273 ne sais pas ce pas de la critique. i. comme Mozart et Beethoven tiennent la première place dans leur art. Chacun reconnaît aujourd'hui que certains poètes. y a des rangs divers parce qu'il y a des valeurs diverses. c est qu'il « signification ». Michel-Ange et Raphaël. la critique n'aurait plus 11 serait difficile d'être plus explicite. comme Dante et Shakespeare. à Rembrandt. Nous avons toujours. pour l'avoir de son commencer par en rayer la moitié de ce a pensé. je qu'il fait. On V accorde à Goethe. de ou. 18 . en dépit : qu'on en Dans ait.M. montent d'un consentement unanime au-dessus de tous les autres.

si et dépendantes les manière complexe ont toutes . et faut dire alors qu'ils ont la cons- tatation prodigieusement admirative. mais bien de Darwin. et sur la diversité. de juger ensuite et je crois que l'exemple de M. Mais pour ce qui est de juger. et bornent. sur l'ingéniosité. est remplie de merveilles. des vers qui rampent dans la terre humide. leur ambition à « comme ils disent. des insectes ailés qui voltigent çà et là. Taine nous prouve plutôt qu'elle s'en rapproche. » De qui croyez-vous que soit cet hymne aux lois de la nature? de Bernardin de Saint-Pierre? ou de Fénelon. s'il vous plaît. si différemment unes des autres d'une été produites par des lois qui agissent autour de nous. tapissé de nombreuses plantes appartenant à de nombreuses espèces. sur la singularité des elle use pour réaliser ses plans ils moyens dont ne tarissent pas intéressant d'exclamations et d'enthousiasme. et il fait.274 L'ÉVOLUTION des genres. peut-être? Non. sur Y Histoire naturelle de la création. la conclusion du livre de Y Origine des espèces. « 11 est de contempler un rivage luxuriant. il suffît d'entendre toute la portée du mot pour ne pas douter que la classification soit l'une des fins de de classer enfin. pour eux. Quand. si l'on songe que ces formes si admirablement construites. au surplus. ou celui d'Hœckel. si les naturalistes font profes- sion de s'en abstenir. Car. tement de comprendre d'abord. La nature. constater il » on ne s'en douterait pas à lire leurs livres. — l'histoire naturelle. de classer. le naturaliste s'abstiendrait de conformées. abritant des oiseaux qui chantent dans les buissons. nous l'avons déjà dit plusieurs fois. Voyez encore là-dessus le livre d'Agassiz que je vous indiquais tout à l'heure.

275 juger et de mêler à l'observation des faits l'expression de la surprise. TAINE. Vous en avez vu quelques exemples aujourd'hui même nous en verrons d'autres et de plus nombreux par la suite. du goût. est en partie aussi l'œuvre de l'instinct. il suffisait d'avoir l'esprit juste. et si l'honneur d'avoir indiqué l'assimilation appartient à Sainte-Beuve. qu'en résulterait-il? que la critique et l'histoire naturelle sont deux? qu'il y a dans l'homme quelque chose d'autre et de plus que dans l'animal? et que la civilisation diffère enfin de la nature ? On ne prétend point le contraire et. c'est à M. et comme enfin. On se laissait monde . démontré la justesse et la fécondité. ou de l'étonnement. Ce que je crains seulement. Mais. on dit seulement que la connaissance des lois de la nature ne saurait manquer de jeter une grande clarté sur l'intelligence des lois qui gouvernent le développement des œuvres de l'homme. comme la civilisation. quand elles sont détachées une fois de leur auteur. l'usage du et au besoin quelque talent. comme les productions de l'homme. pour ma part.M. du temps encore de Sainte-Beuve. c'est qu'il ne nous ait rendu la tâche étrangement difficile. et à plus forte raison du temps de Mme de Staël et de Chateaubriand. les œuvres vivent. d'en avoir . . du temps de Villemain. pour différer de celles de la nature. Taine que l'on saura gré. ou de la joie qu'il y trouve. en effet. si elle est en partie l'œuvre de la volonté. d'une vie propre et indépendante. ne laissent pas pourtant d'avoir quelques traits de communs avec elles. dans l'avenir. je ne sache guère de vérité dont je sois plus fermement convaincu. Autrefois. pour faire de la critique. — .

: par exemple. ». le tout comprendre. de l'histoire naturelle physiologie. mais aussi celles de son temps. et capables non seulement de sentir. dans toutes les grandes œuvres de la littérature ou de l'art un je ne sais quoi qui ne se révèle ou qui ne se tout admirer . aller à sa pente. mais de de nous faire une âme grecque pour Parthénon. comment parler de peinture. plus de travail que de capacité. qu'il connût chinois aussi bien que l'art italien. ou de musique. Ce ou de la n'est pas tout encore. ou l'un après l'autre. où il faut plus de santé que d'esprit. plus d'habitude que de génie. il faudrait que nous eussions encore le pouvoir de nous retirer. Pour faire aujourd'hui de la critique. comme disait Sainte-Beuve. et une âme romaine pour jouir du Golisée. Anglais avec Shakespeare. si l'on n'est soi-même un peu peintre ou un peu musicien? Et il faudrait aussi que « brisés et rompus à toutes les métamor- phoses ainsi. de nous abstraire de nos propres plaisirs pour en être tour à tour. il faudrait et. c'est un métier. » M. Ni les méthodes particulières des sciences. faudrait que le critique fût également informé de la littérature française et de la Scandinave l'art . commencer par il avoir fait le tour des idées. Italiens avec Dante. le sujet passionné et le juge impartial. en effet. lui être ni les moyens techniques des arts ne devraient étrangers car. N'y a-t-il pas. qu'il eût une opinion raisonnée sur les origines du christianisme et sur celles du bouddhisme. de la chimie même. Gaulois avec Molière. disait La critique souvent n'est pas une La Bruyère il y a deux cents ans. Taine a changé tout cela. passant non seule- ment ses frontières. « science.276 l'évolution des genres.

. fût ce qu'il faut éviter. et qui devront compter eux-mêmes avec leur insensibilité. nous n'aurons qu'à prendre la critique au point où nous venons d'en amener l'histoire. mais l'esquisse seulement. qui le seront toujours. Les charlatans alors deviendraient les maîtres des hommes. quelle est. Et dès la prochaine fois puisque notre projet n'est autre que d'emprunter — — . qui devront donc le savoir. ainsi comprise. et. savoir ce qu'il s'insinue de nous. en chaque cas enfin.. TAINE. Puisqu'il y en a parmi nous qui sont insensibles. sans que nous le sachions d'ordinaire. c'est ce que nous tâcherons de faire cette année. dans nos impressions et dans nos jugements. par exemple. en quoi et combien ils diffèrent presque inévitablement de ce qu'ils sont chez les autres ou de ce qu'ils devraient être. la quantité dont il faut que nous les corrigions pour les réduire à la justesse et à la vérité. ou du moins qui les prennent constamment l'une pour l'autre. je le répète encore une fois. Mais il faut tâcher pourtant de nous conformer à un mouvement l'a dit peur. comme quelqu'un. il y en a sans doute aussi qui sont insensibles à de certaines qualités d'art. comme je vous l'ai dit.M. qui n'en est pas l'histoire. à de certaines couleurs. vain que présomptueux de vouloir du mieux que nous le pourrons. et. de le jour qu'elle se dévoré par la superstition et la crédulité en tout genre ». de ce que pourrait être une telle histoire.. 277 dorme qu'à la sympathie? Mais il faudrait surtout nous connaître nous-mêmes. Pour cela. que tairait « le monde ne qu'il serait aussi enrayer. la critique passerait les forces d'un homme. très rapide et très sommaire. C'est beaucoup.

dans ses origines. Taine a et emprunté de Geoffroy Saint-Hilaire son développement. 10 de Cuvier.278 l'évolution des genres. et de Darwin de Hseckel le secours que M. — j'essayerai de vous résumer. dans et dans sa diffusion. la doctrine décembre 1889. . de l'évolution.

. Les opuscules de Ronsard sur la poétique. 1 PREMIÈRE LEÇON De Du Bellay jusqu'à Malherbe Importance de (1550-1610). Substitution des modèles latins aux modèles grecs. UArt poétique de Vauquelin de la Fresnaye. de Joachim Du Rellay. La Défense et Illustration de la langue française. — D'une fausse origine .. Du caractère de la critique de Scaliger. Questhéorie de l'art et sa conception de la poésie. — — — — son histoire et son évolution. Chapelain. programme et division du cours. Défauts et qualités du livre. dans l'histoire de la littérature française.TABLE DES MATIERES LEÇON D'OUVERTURE Idée générale. tion sur le rôle de Richelieu dans l'histoire de la littérature. Tendance générale de la critique au xvi e siècle — la critique : — — — — — — — — — 35 DEUXIÈME LEÇON De Malherbe jusqu'à Boileau Malherbe : (1605-1665). Les origines du classicisme. grammairien et critique. La question des trois unités. La Poétique de Scaliger. Origines de la critique moderne la critique philologique et le réveil de l'individualisme. Sa versificateur.

La querelle des Anciens des Modernes. Le Siècle de Louis le Grand. précieux et burBoileau. Citations caractérisles Re'flexions sur Longin. Deux passages curieux de Balzac. Conséquences de la discussion et résultats de la querelle l'idée de relativité succède en critique à la notion de la règle et — — — — — — — — — : — — — — — : . La Pucelle de Chapelain et VAlaric de Scudéri. Concessions de Boileau. Son influence. L'esthétique générale. cabale des Perrault. Du fondement de l'imitation des anciens dans la doctrine de BoiLa religion de la forme. L'autorité L'imitation des anciens. Les Sentiments de l'Académie sur le Cid et la superstition des règles. Innovations Le Parallèle des Anciens et des Modernes. de la critique. Balzac et l'extension des « règles » à la prose. Réaction de l'esprit bourgeois lesques. Italiens et Gaulois. tiques. de la raison. Le « public des honnêtes gens » et les limites de sa Quelques mots sur le « sens individuel » compétence. La réponse de Boien critique. L'idée de progrès. Du caractère formel de la critique dans les premières années du xvn° siècle — — — — — — — — TROISIÈME LEÇON Boileau-Despréaux (1665-1685). contre la littérature aristocratique. — qu'on attribue quelquefois à la règle des trois unités. Les Satires et la première époque de la vie de Boileau. Une page de Perrault. Espagnols. La théorie du poème épique. Cultistes. leau L'idée d'évolution. l'idéal classique. La part de Chapelain dans la fondation de l'Académie française. son intérêt hisFontenelle et la torique et son importance actuelle. Troisième époque leau. ses de Perrault en critique. Influence de Chapelain. Formation de L'imitation de la nature. ou les règles fondées en nature et en — — — — — — — — — — raison QUATRIEME LEÇON La querelle des Anciens et des Modernes (1690-1720).280 TABLE DES MATIÈRES. avantages et ses dangers.

moyen âge. briand. La fin de la critique classique — — — — — — : — — — — — — : 139 SIXIÈME LEÇON Madame de Staël et Chateaubriand (1800-1820). rable dans l'histoire de la critique générale. Laharpe et son cours de littérature. Débuts de Voltaire V Essai sur la Poésie épique et les Lettres anglaises. Influence indirecte et considérable de Rousseau sur l'évoDeux mots sur la littérature lution de la critique. critique des défauts et discussion de cette formule. Le Génie du chrisprincipe de la critique nouvelle. et comment il finit par être plus « classique » que Boileau. FixaQuelques mots sur le tion de la critique nouvelle. Mme Staël et Chateaudu temps de la Révolution. Quelques mots sur le dilettantisme et sur l'individualisme en critique. Le sentiment et la description de la Substitution de la critique des beautés à la nature. Diffusion de l'esprit critique. Considécle. De quelques causes qui ont empêché le succès des doctrines de Diderot. Variations de Voltaire. Défauts et qualités du livre. sa place est nulle dans l'histoire de la critique littéraire. Pourquoi nous pouvons négliger la préface Globe. Les Journaux au xviii 6 sièBayle. Du rôle — — . Diderot et la critique nouvelle. La réappatianisme. Guizot et Villemain. CINQUIÈME LEÇON La critique littéraire 281 au XVIIIe siècle (1720-1800). son rôle et son influence.TABLE DES MATIÈRES. Le progrès. Ce que Mme de Staël y ajoute et y corrige au livre de la Littérature. L'étude comparée des littératures. — — — — — — — — — — — — — — — — — de Cromwell 165 SEPTIÈME LEÇON La critique de Villemain (1820-1835). Digression sur le naturel. L'abbé Dubos et la théorie des milieux. L'idée du Le livre de la Littérature. La curiosité du rition de l'idéal chrétien dans l'art. La renaissance du classicisme dans les dernières années du xvir3 siècle André Chénier et David. Le livre de V Allemagne. Cousin.

le milieu. L'étendue et la diversité de l'œuvre. — — des idées générales en critique. n'a valeur qu'en histoire natula race. L'histoire naturelle des esprits les Causeries du Lundi. est l'instrument. Essais de critique et d'histoire. Limites de la critique Quelques mots sur Edmond Scherer de Sainte-Beuve. La littérature comparée. physiologie et Port-Royal. — — Les Le fondement de la — — — — il pas en critique relle. Objection.282 TABLE DES MATIÈRES. La part propre de Villemain dans l'histoire de la critique — U — — — — — — — — 195 HUITIÈME LEÇON L'œuvre de Sainte-Beuve (1830-1865). : méthode La . Augustin Thierry et Michelet. ne prouve pas assez. Les Nouveaux Lundis. Que la détermination dont essentiel ou dominateur. Introduction à V histoire de la philosophie et Y Histoire de la civilisation Le cours de Villemain sur le xvm e siècle. et sur M. — même La — : définitions. Ernest Renan — — — — — — : : — — — : — — — — 211 NEUVIÈME LEÇON M. en France. les Portraits littéraires et les Portraits contemporains. L'impartialité critique. Ses qualités. Autres défauts du livre de Villemain. L'histoire du xvnr3 siècle. Développement de la critique biographique les Premiers Lundis. L'œuvre : sa grandeur et sa véritable originalité. trop favorable à la thèse de Villemain. en prouvant trop. n'atteignant pas l'individualité. Quelques prédécesseurs de Sainte-Beuve. le moment La lin de'la objections et restrictions. ce qu'il contient de faux et de vrai. Les dépendances mutuelles et les conméthode. La littérature considérée comme expression de la société. Anatomie. Le caractère nexions nécessaires. Taine (1865-1880). psychologie. La critique biographique. Définition de la méthode. La notion de race et la géographie physioloLe jugement de Sainte-Beuve sur lui-même gique. Si le plan de Villemain est conforme à l'enchaînement réel de l'histoire du xvm e siècle? Saint-Marc Girardin et Désiré Nisard.

— împ. P. l'objet nécessaire de la critique. Examen du critérium de l'esthétique de M.TABLE DÉS MATIÈRES. BRODARD et GALLOIS . Le degré d'importance du caractère. Le degré de bienfaisance du caractère. La convergence des effets. son insuffisance et son danger. philosophie de l'Art. Taine. Conclusion de la première partie de ce cours 283 — — De — — — — 245 CôuLoMMiEtts.

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THE UNIVERSITY OF MICHIGAN DATE DUE FEB 2 6 -^ t-MMi^-jÈËÊSÈÊËÊliÊSL .

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