Daniel Bensaïd Marx, l’État et le politique Un livre d’Antoine Artous 1/ Paru initialement dans Rouge, cet article a été

repris en octobre 1998 dans le livre d’Antoine Artous Marx, l’État et le politique aux éditions Syllepse. Le livre d’Antoine Artous sur Marx, l’État et le politique s’attaque à un vaste et difficile sujet. Il prend à bras-le-corps deux des principales critiques adressées aujourd’hui à l’œuvre fondatrice de Marx: l’absence d’une théorie de l’État et le caractère lacunaire de sa pensée politique. On sait que, dans les différents plans du Capital, Marx avait initialement prévu un dernier livre sur l’État qui aurait logiquement couronné les analyses du procès de reproduction d’ensemble. Le projet ne fut pas réalisé, non principalement par manque de temps mais parce que l’objet spécifique du Capital s’est trouvé plus délimité au fur et à mesure de sa rédaction. «On ne trouve donc pas chez Marx, constate Antoine Artous, une théorie de l’État capitaliste qui soit le pendant de l’analyse des rapports de production capitaliste effectuée dans Le Capital.» Ce qui laisse en suspens de grandes questions telles que le lien entre le rapport salarial, la forme juridique et la représentation politique; ou encore celle, décisive, de la bureaucratie. La publication en cours (en Pléiade) des écrits politiques de Marx atteste par ailleurs l’importance d e son apport concernant la politique en actes et ses formes critiques: les guerres et les révolutions. Si faiblesse il y a, elle est circonscrite à la dimension institutionnelle de la politique, en particulier à la question cruciale de la représentation. Comme l’écrit Jean-Marie Vincent dans sa riche préface, «Antoine Artous critique les illusions qui font croire à certains qu’une démocratie directe, qu’une brusque épiphanie ou illumination du social, serait à même de régler les problèmes du pouvoir et de la politique. Il démontre avec beaucoup de pertinence qu’on ne peut faire l’économie du problème de la représentation, à la fois comme problème de la relation entre représentés et représentants et comme problème de ce qui est mis en scène et mis en forme dans la représentation.» Cheminement Voici donc un chantier ambitieux auquel Artous s’est attelé avec patience et méthode. Il suffit de parcourir le sommaire pour prendre la mesure de l’entreprise. La première partie traite de «la politique moderne comme abstraction». À partir des textes de jeunesse, elle aborde le problème de «l’État politique séparé» et de la soumission des individus à des abstractions. Dans ce cadre, Artous fait le point avec une grande clarté et une grande pertinence sur le passage de la problématique de l’aliénation à celle du fétichisme qui a si fortement (et si confusément) agité le débat marxologique à partir des années 1960. La deuxième partie, très importante, est consacrée au droit comme « expression du mode moderne de production». S’agissant de l’articulation des rapports de production à l’État, cette place éminente du droit est absolument logique. Malheureusement, elle est trop souvent dédaignée par la controverse philosophique comme trop «technique», alors qu’il existe des sources importantes, de Pasukanis aux études récentes de Jacques Michel, en passant par les travaux dans les

Daniel Bensaïd Marx, el Estado y la política Un libro de Antoine Artous 1/ Publicado inicialmente en Rouge, este artículo ha sido retomado en octubre de 1998 en el libro de Antoine Artous Marx, el Estado y la política, de ediciones Syllepse. El libro de Antoine Artous sobre Marx, el estado y la política ataca un vasto y difícil tema. El libro abarca dos de las principales críticas hoy dirigidas a la obra fundadora de Marx: la ausencia de una teoría del Estado, y el carácter incompleto de su pensamiento político. Se sabe que, en los diferentes planos del Capital, Marx había inicialmente previsto un último libro sobre el Estado que habría lógicamente coronado los análisis del proceso global de reproducción. El proyecto no fue realizado, no principalmente por falta de tiempo sino porque el objeto específico del Capital se encontraba más delimitado a medida que se redactaba. “Por lo tanto, no encontramos en Marx, constata Antoine Artous, una teoría del Estado capitalista que sea el hilo del análisis de las relaciones de producción capitalista efectuadas en el Capital.” Esto deja en suspenso grandes cuestiones, como la relación entre la relación salarial, la forma jurídica y la representación política; o incluso aquella, decisiva, de la burocracia. La publicación en curso (en Pléiade) de los escritos políticos de Marx atestigua por otro lado la importancia de su aporte concerniente a la política en sus actos y formas críticas: las guerras y las revoluciones. Si hay debilidad está circunscripta en la dimensión institucional de la política, en particular en la cuestión crucial de la representación. Como lo escribe JeanMarie Vincent en su rico prefacio, «Antoine Artous critica las ilusiones que hacen creer a algunos que una democracia directa, una epifanía o iluminación de lo social, sería capaz de arreglar los problemas del poder y la política. Demuestra con mucha pertinencia que no podemos minimizar el problema de la representación, al mismo tiempo como problema de la relación entre representados y representantes, y como problema de eso que es puesto en escena y puesto en forma en la representación. Caminamiento, camino, trayectoria, sendero He aquí un lugar ambicioso al cual Artous se embarcó con paciencia y método. Simplemente recorrer el resumen para tomar la medida de la empresa *del emprendimiento, proyecto. La primera parte trata de «la política moderna como abstraccion». A partir de textos de juventud, ella aborda el problema de «el Estado político separado» y la sumisión de individuos en abstracciones. En esa situación, Artous señala con gran pertinencia sobre el pasaje de la problemática de la alienación a aquella del fetichismo que ha tan fuertemente (y tan confusamente) agitado el debate marxológico a partir de los años 1960. La segunda parte, muy importante, es consagrada al derecho como « expresión del modo moderno de producción». Con respecto a la articulación de las relaciones de producción en el Estado, este lugar eminente del derecho es absolutamente lógico. Desafortunadamente, ella es muy seguido despreciada por la controversia filosófica como demasiado «técnica», de modo que existen fuentes importantes, de Pasukanis a los estudios recientes de Jacques Michel, pasando por los trabajos

«le dépérissement du droit. Marx desconfía de las prescripciones al punto de prohibirse formular imperativos estratégicos que no sean la transposición de una necesidad histórica postulada. La Démocratie contre l’État. en efecto. en la cuestion de la representación como «producto bien específico de la sociedad burguesa moderna». l’importance des médiations politiques. Artous montre comment l’idée d’un dépérissement du droit (comme passage à une simple réglementation technique) et de l’État (au profit de la simple administration des choses) cohabite avec «l’approche faisant de la politique un moment stratégique clé» dans la lutte débouchant sur l’instauration d’un nouveau pouvoir et d’un système représentatif «remettant en cause l’abstraction politique moderne afin d’encastrer (mais non de dissoudre) la politique dans le social». la socialisation du travail et l’émancipation humaine». en fin. précise-til. El «momento estratégico» tiende entonces a borrarse en la promesa de la dictadura del proletariado.» Reprenant à son compte une remarque d’Henri Maler. Une conclusion capitale en découle: «une sousestimation du moment juridique de l’émancipation». «Todo pasa. D’une part l’affirmation de la politique comme moment stratégique des luttes d’émancipation. classe dominante et classe dirigeante. «Tout se passe. la cuestión del derecho y de la representación en la promesa de marchitamiento del Estado. dans la langue spécifique du politique: celle des nations et des gouvernements. «el marchitamiento del derecho. entre forme juridique et rapport salarial. la question du droit et de la représentation dans la promesse de dépérissement de l’État. profundiyando especialmente en la relación entre relación jurídica y relación economíca. avec des déplacements et ses condensations. Loin de s’enfermer dans une analyse sociologique sommaire de ce rapport. autrement dit la manière dont la lutte des classes se traduit. La quatrième et dernière partie débouche sur les problèmes d’une évidente (et brûlante) actualité. approfondissant notamment la relation entre rapport juridique et rapport économique. Artous pone perfectamente en evidencia. en insistant pour que ce « contre» inclue le moment stratégique des luttes d’émancipation qui suppose la confrontation avec l’État et la transformation radicale de ce dernier: «La référence à la démocratie comme principe d’organisation politique du social ne peut en effet s’en tenir à la simple affirmation libérale/liber taire de l’auto-institution démocratique du social à côté de en los años 1970 de la revista Critique du Droit. La tercera parte aborda la relación entre «Estado y clases sociales» a partir de una lectura fina del 18 Brumario. Marx se défie des prescriptions au point de s’interdire de formuler des impératifs stratégiques qui ne soient la transposition d’une nécessité historique postulée. » Tomando prestada una consideración de Henri Maler. la socialización del trabajo y la emancipación humana». Il entre ainsi dans les distinctions nécessaires entre classe gouvernante. «la dictature du prolétariat et l’extinction de l’État». Artous met parfaitement en évidence. dans la question de la représentation comme «produit bien spécifique de la société bourgeoise moderne». Esta reflexión tan rica pone fin sobre una interrogación concerniente a la relación entre las luchas y los movimientos sociales y la representación política. Antoine Artous reprend ici à son compte le titre d’un livre de Miguel Abensour. Antoine Artous retoma aquí a su cuenta el título de un libro de Miguel Abensour. Artous restituye a estas cuestiones el lugar justo en el pensamiento del político. Entra así en las distinciones necesarias entre clase gobernante y clase dominante y clase dirigente. entre forma jurídica y relación salarial. chez Marx luimême et dans le contexte politique de son siècle. sostener en la simple afirmación liberal/libertaria de la auto-institución democrática . Artous subraya así que llevado por su polémica contra los utopistas.années 1970 de la revue Critique du droit. el fin anunciado de la política en beneficio del pasaje a la simple dirección de las operaciones de producción. como si la perspectiva de la dictadura del proletariado y del marchitamiento del Estado hubiera tomado un doble movimiento contradictorio. La troisième partie aborde le rapport entre «État et classes sociales» à partir d’une lecture fine du 18 Brumaire. de otra. Cette réflexion très riche s’achève sur une interrogation concernant le rapport entre les luttes et les mouvements sociaux et la représentation politique. d’autre part la fin annoncée de la politique au profit du passage à la simple direction des opérations de production. Le «moment stratégique» tend alors à s’effacer dans la promesse de la dictature du prolétariat. en la elaboración de la noción de bonapartismo y. enfin. la manera en la cual la lucha de clases se traduce. Artous souligne ainsi qu’emporté par sa polémique contre les utopistes. «la dictadura del proletariado y la extinción del estado». en Marx mismo y en el contexto político de su siglo. dans l’élaboration de la notion de bonapartisme et. en la lengua específica del político : aquella de las naciones y de los gobiernos. La democracia contra el Estado. la importancia de las mediaciones políticas. precisa. Ce constat a valeur de programme de travail au moment où les désastres du siècle obligent à repenser la démocratie et où les métamorphoses accélérées du droit (en particulier international) mettent en évidence son rapport problématique à la sphère de la production comme aux sources de la légitimité politique. La cuarta y última parte desemboca sobre los problemas de una evidente (y encendida) actualidad. Lejos de enfermarse en un análisis sociológico de esta relación. comme si la perspective de la dictature du prolétariat et du dépérissement de l’État était prise dans un double mouvement contradictoire. insistiendo por que este «contra» incluya el momento estratégico de las luchas de emancipación que supone la confrontación con el Estado y la transformación radicale de esta última : «La referencia a la democracia como principio de organización político de lo social no puede. Artous restitue à ces questions leur juste place dans la pensée du politique. es decir. con desplazamientos y condensaciones. Artous muestra cómo la idea de un marchitamiento del derecho (como pasaje a una simple reglamentación técnica) y del Estado (en provecho de la simple administración de las cosas) cohabita con «lo cercano haciendo de la política un momento estratégico clave» en la lucha que conduce hacia la instauración de un nuevo poder y de un sistema representativo reconsiderando la abstracción política moderna con el fin de encastrar (pero no de disolver) la política en lo social». Una conclusión capital resultante : «una subestimación del momento jurídico de la emancipación». Esta observación tiene valor de programa de trabajo al momento donde los desastres del siglo obligan a repensar la democracia y dónde las metamorfosis aceleradas del derecho (en particular internacional) ponen en evidencia son relación problemática en la esfera de la producción como a las fuentes de la ligitimidad política. De una parte la afirmación de la política como momento estratégico de las luchas de emancipación.

Luego el aparato del Estado se estructura a través de la burocracia moderna. dont l’autre face est l’homme abstrait de la société capitaliste.» Le citoyen moderne apparaît ainsi comme «l’image inversée du producteur direct soumis au despotisme d’usine». La catégorie de l’abstraction comme caractéristique de la modernité capitaliste revient d’ailleurs en force dans Le Capital qui parle d’un nouveau monde enchanté produit par le fétichisme de la marchandise. Poulantzas. Rouge. [Marx] percibe el nacimiento de la política moderna como parte integrante de un cambio más general de la relación del hombre en el mundo. Este trabajo considerable. La categoría de la abstracción como característica de la modernidad capitalista devuelve la fuera al Capital que habla de un nuevo mundo encantado producido por el fetichismo de la mercancía. Si la démocratie visée par «l’auto-institution démocratique du social » ne saurait se laisser enfermer dans l’État bureaucratique-représentatif. Claude Lefort. issue d’une thèse de doctorat sous la direction de Paul Alliès. En principio. Se trata al contrario de una lectura crítica que no duda en relevar las lagunas. aux interrogations programmatiques du présent. . Étienne Balibar. Poulantzas. Ce travail considérable. nacido de una tesis de doctorado bajo la dirección de Paul Alli Alliès. poniendo constantemente a Marx a prueba de su posteridad histórica (Lenin y la Revolución rusa. Si Antoine Artous part d’une lecture scrupuleuse des textes de Marx – (re)lecture nécessaire pour traverser l’épaisse couche de mésinterprétations ou de contresens accumulés –. este Estado se organiza a través de la representación política moderna que se apoya sobre una organización del cuerpo social en la cual los individuos no son tratados segun sus estatus. les contradictions. y si se inventa en las luchas sociales otra idea de la ciudadanía y de la democracia. su propuesta no tiene nada de una piadosa restitución de un mensaje original.» Preguntas Sobrevolando este campo de investigación. que tiene por objeto una cuestion programática largamente abierta. siendo la otra cara el hombre abstracto de la sociedad capitalista. Habla sobre el tema de la abstracción política. las cuestiones irresolubles.» El ciudadano moderna aparece así como «la imagen inversa del producto directo sumido al despotismo de la fábrica». sino como ciudadanos libres e iguales. Preuve que la longue marche théorique d’Antoine Artous nous ramène. Étienne Balibar.l’État. Il s’agit au contraire d’une lecture critique qui n’hésite pas à relever les lacunes. Ensuite l’appareil d’État se structure à travers la bureaucratie moderne. mettant constamment Marx à l’épreuve de sa postérité historique (Lénine et la Révolution russe notamment) et organisant un permanent dialogue avec des auteurs tels que Max Weber. De este modo. mais comme des citoyens libres et égaux. cet État s’organise à travers la représentation politique moderne qui s’appuie sur une réorganisation du corps social dans laquelle les individus ne sont pas saisis selon des statuts. Il formule les problèmes qui se posent à nous au terme d’un siècle d’expériences désastreuses : «Marx esquisse une théorie de l’État moderne comme État représentatif opérant une double rupture avec les anciennes formes de pouvoir. décembre 1998 de lo social al lado del Estado. qui font l’objet d’une question programmatique largement ouverte. qui devrait faire l’objet d’une publication séparée. encore faut-il que cette invention s’articule à des rapports de production et à des formes d’appropriation sociale. Si la democracia vista por la «auto-institución democrática de lo social» ne supiera dejarse enfermar en el Estado burocráticorepresentativo. Maurice Godelier o incluso Ernst Bloch. diciembre de 1998. que debía ser objeto de una publicación aparte. avec un bagage enrichi. Maurice Gode lier ou encore Ernst Bloch. sa démarche n’a rien d’une pieuse restitution d’un message originel. Il en parle sur le thème de l’abstraction politique. especialmente) y organizando un permanente diálogo con autores tales como Max Weber.» Interrogations On mesure. l’importance de la tâche accomplie. et s’il s’invente dans les luttes sociales une autre idée de la citoyenneté et de la démocratie. Rouge. en las preguntas programáticas del presente. comportait initialement une partie historique comparative sur les formes prémodernes de l’État. Claude Lefort. Formula los problemas que se nos presentan en términos de un siglo de experiencias desastrosas : «Marx esboza una teoría del Estado moderno como Estado representativo operando una doble ruptura con las antiguas formas de poder. en survolant ce champ de recherche. Prueba de la larga marcha teórica que Antoine Artous nos trae. con un bagaje rico. en ruptura con las sociadades precapitalistas. [Marx] perçoit la naissance de la politique moderne comme partie prenante d’un basculement plus général du rapport de l’homme au monde en rupture avec les sociétés précapitalistes. Ce faisant. aun falta que esta invención se articule en relaciones de producción y formas de apropiación social. incluía inicialmente una parte histórico comparativa sobre las formas premodernas del Estado. Tout d’abord. les questions irrésolues. Si Antoine Artous parte de una lectura escrupulosa de los textos de Marx –(re)lectura necesaria para atravesar la gruesa capa de malas interpretaciones o de contrasentidos acumulados–. medimos la importancia de la tarea realizada. las contradicciones.

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