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The Project Gutenberg Etext of Anatomie du mouvement, poésie by Huguette Bertrand,


1942-
Language : French - HTML edition- Released : February 2002
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Copyright © 2002 by Huguette Bertrand

tous ceux que l'on arrache au doute,


je les salue, bouches à nouveau ouvertes,
qui savaient déjà ce que signifie le silence

Rainer-Maria Rilke

ESQUISSE CYCLES AMOUREUX

C'est bien avec le poing qu'on récite le jour Sous les crocs du soir
quand les désirs sont à plaindre les ventres amoureux
En montant le volume du corps profanent
les prix grimpent le corps dépecé du silence
et la folie est à son plus bas ils palpent l'attente
Des formes terroristes devancent la mémoire jusqu'aux heures affolantes
Est-ce bien utile d'inventer de nouveaux visages du respir
alors que les fenêtres ne sont plus étanches
Au verso de la brutalité derrière le tableau

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il n'y a que de la poussière les battements de la forme
et de l'intimité taire l'inconnu
inventée pour l'anatomie branlante cet échappé de la main
C'est défoncé et plein d'impasses
et ça chemine vers l'obsession la nuit ça meurt toujours
à l'opposé d'un écho
Les muscles se profilent au tangage des mots quand le coeur s'enfonce dans l'absence
que la main refuse sous les orages de silences
Ces moments de flottement entre les paumes et le tue-mouches
soulèvent des enjeux
que les lèvres ne savent pas dissimuler le temps se rupture
La journée en toute maladresse brûle et le corps vole en éclats
d'une stimulation affectueuse de l'oeil sa respiration sous les arbres
dessine des zones de haute précision comme un objet sans repos
Alerte devenu végétal
l'heure sonne la stratégie
quand toutes les paniques ont été regroupées assises sur le monde
La ferveur est inévitable les amours lentes
La langue et ses maléfices organisent greffées à nos tempes
des aller-retour d'exil s'éloignent comme des vierges ensemencées
et même des rapprochements à ciel ouvert vers le chaud mélange du ciel
entre l'extase
La violence se fait discrète et son reflet
douce comme un bruissement d'horloge
et la réponse est là condamnées
rouge elles s'offrent jusqu'aux larmes
le soleil se lève encore des cinémas
l'oeil cousu à la mémoire
du voyageur puis vint le délire
qui apprend à mourir puis la mort
en cours de route restituée
digne de la peur une dernière fois dans l'haleine
avant le lait comme un tout rassemblé
après les sueurs
et sa descente au fond des sens promise au désert
comme une digestion la vie génitale
lorsque la bouche à plein régime s'écrie commande des toasts
Attendez-moi et du café
se noie dans toutes les directions
ce grand stress fut oublié en laissant tomber ses fruits
sur la batture
quand un bateau lent passa mais au pied du lit
aux pieds des enfants il y a des novembres
trop grands abandonnés à la pluie
trop chers l'alchimie d'une chanson
leurs samedis trop fréquentés bleu-or
en attendant le dimanche et la porte de la mémoire
dans la ville toujours fermée
avec ses secrets qui penchent quand c'est nécessaire
tantôt à droite
tantôt à gauche cet effeuillage discret de l'automne

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et le temps qui occupe le temps s'achèvera
quand on n'y est pas dès que la paume
aura tué le frisson
à grands coups de flots sur la peau ornementale des filles
la sève des marées qui grignotent la passion
embrassa le silence dans l'instantané des amants
de ces hommes impunis soûls
et leurs femmes ont craché leurs visages leurs hanches
dans les sables que dévorent gravées dans le calcaire
les vaisseaux endormis aux mille glissements de coeur
éclatés dans l'oeuf
elles ouvrent au large
leurs hanches le corps baisé
où le coulis fécond en saumure poétique
engrosse leurs rêves se fane vite et ras
infiniment dans le remous des défroques
dans le goudron et du lancer léger

devant ce miroir gris sans sourciller


c'était écrit le midi mange-tout annonce des mots
que l'oeil magique des nymphes
fixé sur le ventre de l'idolâtre et des moustiques
labourerait ses nuits pour les cas d'après-midi
sans mémoire comme si les oreillers étaient en manque
sur les draps propres
le jour venu des amours empesées
il n'y aurait plus que des noeuds
sur les murs enroulée dans le miel triste
et une parade de sentiments et la plume d'oie
d'origine inconnue la peau chic
sur l'indifférence du tapis hume les bières d'espèces
en poursuivant les fossoyeurs
c'était écrit aussi jusqu'au dix-huitième trou
que la Marie vengeur
du haut de son rêve ce dernier cratère amoureux
briguerait le suffrage théâtral de la chair embrasse
et qu'elle contesterait les bonheurs à coups d'épée dans la poussière
qui font mal le cri neuf
définitif
mais ne réveillez plus la femme
qui n'a pas tort malgré ce discours
de se lever en retard cet espace blanc
surtout quand elle a passé minuit et tout ce remplissage du silence
sans broncher qu'on verse sur le père
devant une fenêtre historique la mère les enfants
alors que le monde il y a mémère dans la dramaturgie
sous de lourdes paupières ordonnée
défilait sans payer multipliée par l'espace-temps
devant un vieux fusil
on la retrouve en double
à l'heure dite en triple

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on éteignit les lumières en quadrimoteur
de la rue sur les ailes du langage
jonchée de foules elle flotte
sous le manteau d'un ange gris sur la masse totale du poème
radoteux étriquée

pendant ce temps devant cette affiche en folie


la superfemelle il a failli faire noir
qui avalait goulûment son déjeuner mais de parole en parole
s'étouffa on s'est trompé de rue
puis on a marché sur des trous
et vous êtes parti mous
sans un mot dans les poches en faisant claquer nos doigts
un vieux bout de papier dans l'oreille des sourds
dans vos souliers
en cas d'urgence le bec en cul d'poule
on retourne au salon
après avoir grugé les villes l'instant d'une révolte
à petits pas fauves conservée dans la bienséance
vous êtes rentré
par la porte arrière à télé-Douceur
l'âme chiffonnée passe-moi le beurre
du bonheur des morts apaisés
mais le temps n'y était plus et le popcorn
seul un grincement de coeur
enfouissait ses vides viens
dans les noirs secrets on va faire la moue ensemble
d'un réfrigérateur dans un coin d'ombre
et puis on se promènera
voir ce spasme énorme dans la moiteur des yeux
au bar des mégots sans personne pour nous moucher
et les couples à talons hauts
une grosse bière passionnée on investira le pont d'argile
dans la foulée de l'oeil et on tassera nos vieilles peurs
bue comme un rôle sur mesure dans le courant de l'année
sans interrompre
un spot majuscule et rose les pigeons dans les beaux draps
sillonne la salle de soie
en quête du lieu précis pour le plaisir des mains
où se déroulera l'éclat des sens et le désir encore

il pleut à verse sur l'écriture il n'y a rien d'inquiétant


effaçant les sexes joyeux quand la chambre est assoupie
ces jeux de théâtre et que ses effluves aspergent
et le retour les corps endormis

mais ce n'est l'affaire de personne le chatoiement de la brise sur la peau


si la terre vieillit grise les spasmes
d'un rêve à la fois et la dentelle des rideaux
avec son passé antérieur
évaché sur l'horizon comme un vieux fantôme rabougri

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devant les hommes et les femmes le songe
des morts à plaindre songe
d'avoir vécu il rafle le sommeil
en l'espace d'une poussière et tout recommence
sans rincer l'histoire
à l'eau de Javel de mémoire distraite
pluvieuse comme un souvenir on redessine le corps
d'écriture qu'on range dans l'armoire
sous une pile de secrets
quand ce blues est incertain rapiécés
j'implore les vierges de la modernité que le temps renifle
les icônes de la rue en l'absence du poids des lettres
les fonctionnaires et les fous et des mots cachés
et je consacre mes jours
à dormir dans la poubelle du coeur il ne reste plus qu'à disparaître
à l'envers dans les noirceurs
et les idées
parfois dans la chair puis à éteindre ce poème
il y a des coups de semonce dans le cendrier
du nucléaire qui pouffe de rire
et cette bagatelle qu'on appelle
tendresse
extra-légère "king size".

EFFLEUREMENT INCIDENCES

Affolement à la rencontre de la main Couchée dans le duvet de l'automne


mémoire à cinq doigts sur la bougeotte du je crie en silence
monde sous la pluie verte et sourde
cette vagabonde empoigne la chair des images mon corps détrempé ramollit
effleure la voix et que viennent les mouches
de l'autre braconner sur les restes
de ma folie
elle écrit entre les gestes
jusqu'à la racine des pierres entourez-moi de vos bruits d'ailes
pour l'intense de nos sangs froids enterrez-moi comme un hasard
durs jusqu'à la prochaine repousse

inclinée devant ce mystère dans ce "nowhere" solitaire


la main caresse ouvertement la vie des séances imaginaires
d'un élan vertigineux sous les caresses géniales
transporte le sol déclenchent
l'ondulation sauvage
au fond électrique
elle a froid
et ses bidules ne laissent aucune trace pour l'amour de l'amour

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jusqu'au moment cette vague s'abandonne
où une petite chose tranquille aux gémissements des sources
revint de vacances mystère de la pluie
avec le ciel dans sa valise et des vents millénaires
et des gants pour ramasser
les sortilèges enchaîné
répandus dans les nervures de l'automne au chant usé
juste avant l'hiver des cris mâles
le temps s'agenouille
au théâtre de l'espèce criblé de souvenirs
l'obstinée explore les désirs qu'un printemps fébrile
jusqu'au ras des brûlures étale
sur les draps livrés au désir
ces espaces nus
abandonnés à l'écriture saisir l'idole au bout de l'onde
recomposent la préhistoire en faire jaillir l'écume
à la recherche du mouvement de mes promenades solitaires
cette force chaude suppliant la rigidité des rocs
d'un sourire inachevé jusqu'au calme définitif

pendant ce temps je ne crois pas à la fin du monde


baiser à blanc au bord du lit mais je suis polie
au bord de la route quand vient le temps de crever l'absence
au bord du bord dans la rondeur du paysage
tandis qu'un vieux monde ergote
à l'angle Gorki et Lafontaine sur le coeur sanglé de métal
le blues loin des oreilles indiscrètes et de cuir
mes mains excessives peignent
emmitouflé dans les mythes artificiels des mémoires
l'oeil gitan pour l'émouvance
à travers les barbelés fabriquée vraie
veille tout près du loin
au milieu territoires exagérés
lorsque la silhouette se penche
reprenons à partir de la blessure doucement
qu'un matin embué invite sur l'infime
entre deux draps ivres
le corps en friche en apparat de mots-vampires
embaumé de soleil les dieux écoeurés fanatisent l'ardente
de chocolat fondant épuisée
accompagné de frites-sauce-fromage sur les dalles fleuries
octroyées par le ministère feux et vertiges aux fibres
de la tourmente fédérative
le corps errant
forcément dans les secrets de l'autre nuit
les roses ont le mal du tendre je m'abîme sous-cutanée
quand le bonbon ne fond pas sous la pulsion d'ancêtres
symboliques
mais tout ceci n'est qu'un oeil
dans l'oeil de l'autre une à l'infini
quand parler de l'amour dans le clapotis des lumières

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et d'une tête croche la couleur de l'hiver
c'est comme frôler un voyage expire
lorsque la bouche largue ses amarres esquisse transparente
sur une vieille peau et blessure d'or

en regard de nos mains recueillies programmés au cul du jour


tous les yeux les doigts immobiles
ont suivi essoufflés
la silhouette du silence
vers des ombres à rayures d'enfants sales
pillés par les jeux des absents
images brûlées
devenues pays
et vastes saisons

cette vision engendre un printemps féroce


dans le ventre des coutumes
ses formes bohémiennes
promises à la torture
à travers les lieux tièdes
de la chair

il se peut qu'une voix


à tête chercheuse prononce
une tonne de briques
sur les braguettes magiques
qui en ont assez de languir
au pied de l'escalier

tout ça se ramasse à la cuillère


au cours d'un brunch menstruel
arôme de noix
de camomille et de thé glacé
bouillie avortée dans des assiettes
plaquées or
flanquées de fourchettes en plastique

oedème aux yeux


qu'allons-nous faire dans ces salles d'eau
sinon excrémenter des figures de style
et "sniffer" des bulles
comme des éponges naissantes

ce bluff quotidien s'assoupit


dans le journal intime du matin
et les nouvelles croupissent
sous le choc des odeurs événementielles

alors
sonne l'heure de la débâcle

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© Éditions En Marge et Huguette Bertrand


Dépôt légal / premier trimestre 1991, 57 p.
Bibliothèque nationale du Québec
Bibliothèque nationale du Canada
ISBN 2-9802204-O-X - Tous droits réservés

version html de ce recueil sur le site de la Bibliothèque nationale du Canada -1998


http://collection.nlc-bnc.ca/100/200/300/huguette_bertrand/anatomie/anatomie.htm
Site personnel de l'auteure / The author's personal website :
Espace poétique de Huguette Bertrand : http://www.espacepoetique.com
Plan du site / Map site : http://www.espacepoetique.com/poete/map.html
Courriel / Email : huguettebertrand@videotron.ca

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